Chapter 9

Honnête homme, soit; du moins n'a-t-on pas encore de preuve du contraire, et je veux croire qu'il l'est. Pour un impertinent, et très impertinent, j'ai dit qu'il en étoit un, et j'ai raison. Vous dites que vous le garderez: vous n'en ferez rien.

ARAMINTE,froidement.

Il restera, je vous assure.

Mme. ARGANTE.

Point du tout; vous ne sauriez. Seriez-vous d'humeur à garder un intendant qui vous aime?

Eh! à qui voulez-vous donc qu'il s'attache? A vous, à qui il n'a pas affaire?

Mais, en effet, pourquoi faut-il que mon intendant me haïsse?

Mme. ARGANTE.

Eh! non, point d'équivoque. Quand je vous dis qu'il vous aime, j'entends qu'il est amoureux de vous, en bon françois; qu'il est ce qu'on appelle amoureux; qu'il soupire pour vous; que vous êtes l'objet secret de sa tendresse.

Dorante?

ARAMINTE,riant.

L'objet secret de sa tendresse! Oh! oui, très secret, je pense. Ah! ah! je ne me croyois pas si dangereuse à voir. Mais, dès que vous devinez de pareils secrets, que ne devinez-vous que tous mes gens sont comme lui? Peut-être qu'ils m'aiment aussi: que sait-on? Monsieur Remy, vous qui me voyez assez souvent, j'ai envie de deviner que vous m'aimez aussi.

Ma foi, Madame, à l'âge de mon neveu, je ne m'en tirerois pas mieux qu'on dit qu'il s'en tire.

Mme. ARGANTE.

Ceci n'est pas matière à plaisanterie, ma fille. Il n'est pas question de votre monsieur Remy; laissons-là ce bonhomme, et traitons la chose un peu plus sérieusement. Vos gens ne vous font pas peindre, vos gens ne se mettent point à contempler vos portraits, vos gens n'ont point l'air galant, la mine doucereuse.

M. REMY,à Araminte.

J'ai laissé passer le «bonhomme» à cause de vous, au moins; mais le «bonhomme» est quelquefois brutal.

En vérité, ma mère, vous seriez la première à vous moquer de moi si ce que vous me dites me faisoit la moindre impression; ce seroit une enfance[151] à moi que de le renvoyer sur un pareil soupçon. Est-ce qu'on ne peut me voir sans m'aimer? Je n'y saurois que faire; il faut bien m'y accoutumer, et prendre mon parti là-dessus. Vous lui trouvez l'air galant, dites-vous? Je n'y avois pas pris garde, et je ne lui en ferai point un reproche. Il y auroit de la bizarrerie à se fâcher de ce qu'il est bien fait. Je suis d'ailleurs comme tout le monde: j'aime assez les gens de bonne mine.

ARAMINTE, Mme. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE, DORANTE.

Je vous demande pardon, Madame, si je vous interromps. J'ai lieu de présumer que mes services ne vous sont plus agréables, et, dans la conjoncture présente, il est naturel que je sache mon sort.

Mme. ARGANTE,ironiquement.

Son sort! Le sort d'un intendant: que cela est beau!

Et pourquoi n'auroit-il pas un sort?

ARAMINTE,d'un air vif, à sa mère.

Voilà des emportements qui m'appartiennent. (A Dorante.) Quelle est cette conjoncture, Monsieur, et le motif de votre inquiétude?

Vous le savez, Madame. Il y a quelqu'un ici que vous avez envoyé chercher pour occuper ma place.

Ce quelqu'un-là est fort mal conseillé. Désabusez-vous: ce n'est point moi qui l'ai fait venir.

Tout a contribué à me tromper, d'autant plus que mademoiselle Marton vient de m'assurer que dans une heure je ne serois plus ici.

Marton vous a tenu un fort sot discours.

Mme. ARGANTE.

Le terme est encore trop long: il devroit en sortir tout à l'heure.[152]

M. REMY,comme à part.

Voyons par où cela finira.

Allez, Dorante, tenez-vous en repos; fussiez-vous l'homme du monde qui me convînt le moins, vous resteriez; dans cette occasion-ci, c'est à moi-même que je dois cela; je me sens offensée du procédé qu'on a avec moi, et je vais faire dire à cet homme d'affaires qu'il se retire; que ceux qui l'ont amené, sans me consulter, le remmènent, et qu'il n'en soit plus parlé.

ARAMINTE, Mme. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE, DORANTE, MARTON.

MARTON,froidement.

Ne vous pressez pas de le renvoyer. Madame; voilà une lettre de recommandation pour lui, et c'est monsieur Dorante qui l'a écrite.

Comment!

MARTON,donnant la lettre au Comte.

Un instant, Madame, cela mérite d'être écouté; la lettre est de Monsieur, vous dis-je.

LE COMTElit haut.

Je vous conjure, mon cher ami, d'être demain sur les neuf heures du matin chez vous; j'ai bien des choses à vous dire: je crois que je vais sortir de chez la dame que vous savez; elle ne peut plus ignorer la malheureuse passion que j'ai prise pour elle, et dont je ne guérirai jamais.

Mme. ARGANTE.

De la passion, entendez-vous, ma fille?

LE COMTElit.

Un misérable ouvrier que je n'attendois pas est venu ici m'apporter la boîte de ce portrait que j'ai fait d'elle.

Mme. ARGANTE.

C'est-à-dire que le personnage sait peindre.

LE COMTElit.

J'étois absent, il l'a laissée à une fille de la maison.

Mme. ARGANTE,à Marton.

Fille de la maison, cela vous regarde.

LE COMTElit.

On a soupçonné que ce portrait m'appartenoit: ainsi je pense qu'on va tout découvrir, et qu'avec le chagrin d'être renvoyé et de perdre le plaisir de voir tous les jours celle que j'adore…

Mme. ARGANTE.

Que j'adore! ah! que j'adore!

LE COMTElit.

J'aurai encore celui d'être méprisé d'elle.

Mme. ARGANTE.

Je crois qu'il n'a pas mal deviné celui-là, ma fille.

LE COMTElit.

Non pas à cause de la médiocrité de ma fortune, sorte de mépris dont je n'oserois la croire capable…

Mme. ARGANTE.

Eh! pourquoi non?

LE COMTElit.

Mais seulement à cause du peu que je vaux auprès d'elle, tout honoré que je suis de l'estime de tant d'honnêtes gens.

Mme. ARGANTE.

Et en vertu de quoi l'estiment-ils tant?

LE COMTElit.

Auquel cas je n'ai plus que faire à Paris. Vous êtes à la veille de vous embarquer, et je suis déterminé à vous suivre.

Mme. ARGANTE.

Bon voyage au galant.

Le beau motif d'embarquement!

Mme. ARGANTE.

Hé bien! en avez-vous le coeur net, ma fille?

L'éclaircissement m'en paroît complet.

ARAMINTE, à Dorante.

Quoi! cette lettre n'est pas d'une écriture contrefaite? Vous ne la niez point?

Madame…

Retirez-vous.

Eh bien! quoi? c'est de l'amour qu'il a; ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles personnes en donnent, et, tel que vous le voyez, il n'en a pas pris pour toutes celles qui auroient bien voulu lui en donner. Cet amour- là lui coûte quinze mille livres de rente, sans compter les mers qu'il veut courir; voilà le mal: car, au reste, s'il étoit riche, le personnage en vaudroit bien un autre; il pourroit bien dire qu'il adore. (Contrefaisant madame Argante.) Et cela ne seroit point si ridicule. Accommodez-vous; au reste, je suis votre serviteur, Madame.

(Il sort.)

Fera-t-on monter l'intendant que monsieur le Comte a amené, Madame?

N'entendrai-je parler que d'intendant? Allez-vous en, vous prenez mal votre temps pour me faire des questions.

(Marton sort.)

Mme. ARGANTE.

Mais, ma fille, elle a raison; c'est monsieur le Comte qui vous en répond, il n'y a qu'à le prendre.

Et moi je n'en veux point.

Est-ce à cause[153] qu'il vient de ma part, Madame?

Vous êtes le maître d'interpréter, Monsieur; mais je n'en veux point.

Vous vous expliquez là-dessus d'un air de vivacité qui m'étonne.

Mme. ARGANTE.

Mais en effet, je ne vous reconnois pas. Qu'est-ce qui vous fâche?

Tout: on s'y est mal pris; il y a dans tout ceci des façons si désagréables, des moyens si offensants, que tout m'en choque.

Mme. ARGANTE,étonnée.

On ne vous entend[154] point.

Quoique je n'aie aucune part à ce qui vient de se passer, je ne m'aperçois que trop, Madame, que je ne suis pas exempt de votre mauvaise humeur, et je serois fâché d'y contribuer davantage par ma présence.

Mme. ARGANTE.

Non, Monsieur, je vous suis. Ma fille, je retiens monsieur le Comte; vous allez venir nous trouver apparemment.[155] Vous n'y songez pas,[156] Araminte, on ne sait que penser.

Enfin, Madame, à ce que je vois, vous en voilà délivrée[157]: qu'il devienne tout ce qu'il voudra à présent, tout le monde a été témoin de sa folie, et vous n'avez plus rien à craindre de sa douleur; il ne dit mot. Au reste, je viens seulement de le rencontrer, plus mort que vif, qui traversoit la galerie pour aller chez lui. Vous auriez trop ri de le voir soupirer; il m'a pourtant fait pitié: je l'ai vu si défait, si pâle et si triste, que j'ai eu peur qu'il ne se trouve mal.

ARAMINTE,qui ne l'a pas regardé jusque-là, et qui a toujours rêvé, dit d'un ton haut.

Mais qu'on aille donc voir! Quelqu'un l'a-t-il suivi? Que ne le secouriez- vous? Faut-il tuer cet homme?

J'y ai pourvu, Madame; j'ai appelé Arlequin, qui ne le quittera pas, et je crois d'ailleurs qu'il n'arrivera rien: voilà qui est fini; je ne suis venu que pour vous dire une chose, c'est que je pense qu'il demandera à vous parler, et je ne conseille pas à Madame de le voir davantage: ce n'est pas la peine.

ARAMINTE,sèchement.

Ne vous embarrassez pas, ce sont mes affaires.

En un mot, vous en êtes quitte, et cela par le moyen de cette lettre qu'on vous a lue, et que mademoiselle Marton a tirée d'Arlequin par mon avis. Je me suis douté qu'elle pourrait vous être utile, et c'est une excellente idée que j'ai eue là, n'est-ce pas, Madame?

ARAMINTE,froidement.

Quoi! c'est à vous que j'ai l'obligation de la scène qui vient de se passer?

DUBOIS,librement.

Oui, Madame.

Méchant valet, ne vous présentez plus devant moi.

DUBOIS,comme étonné.

Hélas! Madame, j'ai cru bien faire.

Allez, malheureux! Il falloit m'obéir; je vous avois dit de ne plus vous en mêler: vous m'avez jetée dans tous les désagréments que je voulois éviter. C'est vous qui avez répandu tous les soupçons qu'on a eus[158] sur son compte, et ce n'est pas par attachement pour moi que vous m'avez appris qu'il m'aimoit: ce n'est que par le plaisir de faire du mal. Il m'importoit peu d'en être instruite: c'est un amour que je n'aurois jamais su, et je le trouve bien malheureux d'avoir eu affaire à vous, lui qui a été votre maître, qui vous affectionnoit, qui vous a bien traité, qui vient, tout récemment encore, de vous prier à genoux de lui garder le secret. Vous l'assassinez, vous me trahissez moi-même: il faut que vous soyez capable de tout. Que je ne vous voie jamais, et point de réplique.

DUBOIS,s'en va en riant.

Allons, voilà qui est parfait.

MARTON,triste.

La manière dont vous m'avez renvoyée il n'y a qu'un moment me montre que je vous suis désagréable, Madame, et je crois vous faire plaisir en vous demandant mon congé.

ARAMINTE,froidement.

Je vous le donne.

Votre intention est-elle que je sorte dès aujourd'hui, Madame?

Comme vous voudrez.

Cette aventure-ci est bien triste pour moi!

Oh! point d'explication, s'il vous plaît.

Je suis au désespoir!

ARAMINTE,avec impatience.

Est-ce que vous êtes fâchée de vous en aller? Eh bien! restez,Mademoiselle, restez: j'y consens; mais finissons.

Après les bienfaits dont vous m'avez comblée, que ferois-je auprès de vous à présent que je vous suis suspecte, et que j'ai perdu toute votre confiance?

Mais que voulez-vous que je vous confie? Inventerai-je des secrets pour vous les dire?

Il est pourtant vrai que vous me renvoyez, Madame, D'où vient ma disgrâce.

Elle est dans votre imagination. Vous me demandez votre congé, je vous le donne.

Ah! Madame, pourquoi m'avez-vous exposée au malheur de vous déplaire? J'ai persécuté par ignorance l'homme du monde le plus aimable, qui vous aime plus qu'on n'a jamais aimé.

ARAMINTE,à part.

Hélas.

Et à qui je n'ai rien à reprocher: car il vient de me parler. J'étois son ennemie, et je ne la suis plus. Il m'a tout dit. Il ne m'avoit jamais vue: c'est monsieur Remy qui m'a trompée, et j'excuse Dorante.

A la bonne heure.

Pourquoi avez-vous eu la cruauté de m'abandonner au hasard d'aimer un homme qui n'est pas fait pour moi, qui est digne de vous, et que j'ai jeté dans une douleur dont je suis pénétrée.

ARAMINTE,d'un ton doux.

Tu l'aimois donc, Marton?

Laissons là mes sentiments. Rendez-moi votre amitié comme je l'avois, et je serai contente.

Ah! je te la rends toute entière.

MARTON,lui baisant la main.

Me voilà consolée.

Non, Marton, tu ne l'es pas encore. Tu pleures, et tu m'attendris.

N'y prenez point garde. Rien ne m'est si cher que vous!

Va, je prétends bien te faire oublier tous tes chagrins. Je pense que voici Arlequin.

Que veux-tu?

ARLEQUIN,pleurant et sanglotant.

J'aurois bien de la peine à vous le dire, car je suis dans une détresse qui me coupe entièrement la parole, à cause de la trahison que mademoiselle Marton m'a faite. Ah! quelle ingrate perfidie!

Laisse là ta perfidie, et nous dis[159] ce que tu veux.

Ah! cette pauvre lettre! Quelle escroquerie!

Dis donc.

Monsieur Dorante vous demande à genoux qu'il vienne ici vous rendre compte des paperasses qu'il a eues[160] dans les mains depuis qu'il est ici. Il m'attend à la porte, où il pleure.

Dis-lui qu'il vienne.

Le voulez-vous, Madame? car je ne me fie pas à elle. Quand on m'a une fois affronté[161] je n'en reviens point.

MARTON,d'un air triste et attendri.

Parlez-lui, Madame; je vous laisse,

ARLEQUIN,quand Marton est partie.

Vous ne me répondez point. Madame.

Il peut venir.

(Arlequin sort.)

Approchez, Dorante.

Je n'ose presque paroître devant vous.

ARAMINTE,à part.

Ah! je n'ai guère plus d'assurance que lui. (Haut.) Pourquoi vouloir me rendre compte de mes papiers? Je m'en fie bien à vous. Ce n'est pas là- dessus que j'aurai à me plaindre.

Madame… j'ai autre chose à dire… Je suis si interdit, si tremblant, que je ne saurais parler.

ARAMINTE,à part, avec émotion.

Ah! que je crains la fin de tout ceci!

DORANTE,ému.

Un de vos fermiers[162] est venu tantôt, Madame.

ARAMINTE,émue.

Un de mes fermiers!… Cela se peut.

Oui, Madame… il est venu.

ARAMINTE,toujours émue.

Je n'en doute pas.

DORANTE,ému.

Et j'ai de l'argent à vous remettre.

Ah! de l'argent!… Nous verrons.

Quand il vous plaira, Madame, de le recevoir.

Oui… je le recevrai… vous me le donnerez. (A part.) Je ne sais ce que je lui réponds.

Ne seroit-il pas temps de vous l'apporter ce soir ou demain, Madame?

Demain, dites-vous? Comment vous garder jusque-là, après ce qui est arrivé?

DORANTE,plaintivement.

De tout le temps de ma vie que je vais passer loin de vous, je n'aurois plus que ce seul jour qui m'en seroit précieux.

Il n'y a pas moyen, Dorante: il faut se quitter. On sait que vous m'aimez, et on croiroit que je n'en suis pas fâchée.

Hélas! Madame, que je vais être à plaindre!

Ah! allez, Dorante, chacun a ses chagrins.

J'ai tout perdu! J'avois un portrait, et je ne l'ai plus.

A quoi vous sert de l'avoir? vous savez peindre.

Je ne pourrai de longtemps m'en dédommager. D'ailleurs, celui-ci m'auroit été bien cher! Il a été entre vos mains, Madame.

Mais vous n'êtes pas raisonnable.

Ah! Madame, je vais être éloigné de vous. Vous serez assez vengée; n'ajoutez rien à ma douleur.

Vous donner mon portrait! Songez-vous que ce seroit avouer que je vous aime.

Que vous m'aimez, Madame! Quelle idée! Qui pourrait se l'imaginer?

ARAMINTE,d'un ton vif et naïf.

Et voilà pourtant ce qui m'arrive.

DORANTE,se jetant à ses genoux.

Je me meurs!

Je ne sais plus où je suis. Modérez votre joie; levez-vous, Dorante.

DORANTEse lève, et tendrement.

Je ne la mérite pas. Cette joie me transporte. Je ne la mérite pas. Madame. Vous allez me l'ôter, mais n'importe, il faut que vous soyez instruite.

ARAMINTE,étonné.

Comment! que voulez-vous dire?

Dans tout ce qui s'est passé chez vous, il n'y a rien de vrai que ma passion, qui est infinie, et que le portrait que j'ai fait. Tous les incidents qui sont arrivés partent de l'industrie d'un domestique qui savoit mon amour, qui m'en plaint, qui, par le charme de l'espérance du plaisir de vous voir, m'a pour ainsi dire forcé de consentir à son stratagème: il vouloit me faire valoir auprès de vous, Voilà, Madame, ce que mon respect, mon amour et mon caractère ne me permettent pas de vous cacher. J'aime encore mieux regretter votre tendresse que de la devoir à l'artifice qui me l'a acquise; j'aime mieux votre haine que le remords d'avoir trompé ce que j'adore.

ARAMINTE,le regardant quelque temps sans parler.

Si j'apprenois cela d'un autre que de vous, je vous haïrais sans doute; mais l'aveu que vous m'en faites vous-même, dans un moment comme celui-ci, change tout. Ce trait de sincérité me charme, me paroît incroyable, et vous êtes le plus honnête homme du monde. Après tout, puisque vous m'aimez véritablement, ce que vous avez fait pour gagner mon coeur n'est point blâmable: il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu'il a réussi.

Quoi! la charmante Araminte daigne me justifier?

Voici le Comte avec ma mère; ne dites mot, et laissez-moi parler.

DORANTE, ARAMINTE, LE COMTE, Mme. ARGANTE.

Mme. ARGANTE,voyant Dorante.

Quoi! le voilà encore!

ARAMINTE,froidement.

Oui, ma mère. (Au Comte.) Monsieur le Comte, il étoit question de mariage entre vous et moi, et il n'y faut plus penser. Vous méritez qu'on vous aime; mon coeur n'est point en état de vous rendre justice, et je ne suis pas d'un rang qui vous convienne.

Mme. ARGANTE.

Quoi donc! que signifie ce discours?

Je vous entends,[163] Madame, et, sans l'avoir dit à Madame (montrant madame Argante), je songeois à me retirer. J'ai deviné tout: Dorante n'est venu chez vous qu'à cause[164] qu'il vous aimoit; il vous a plu, vous voulez lui faire sa fortune: voilà tout ce que vous alliez dire.

Je n'ai rien à ajouter.

Mme. ARGANTE,outrée.

La fortune à cet homme-là!

LE COMTE,tristement.

Il n'y a plus que notre discussion, que nous réglerons à l'amiable; j'ai dit que je ne plaiderois point, et je tiendrai parole.

Vous êtes bien généreux; envoyez-moi quelqu'un qui en décide, et ce sera assez.

Mme. ARGANTE.

Ah! la belle chute! Ah! ce maudit intendant! Qu'il soit votre mari tant qu'il vous plaira, mais il ne sera jamais mon gendre.

Laissons passer sa colère, et finissons.

(Ils sortent.)

Ouf! ma gloire m'accable; je mériterois bien d'appeler cette femme-là ma bru.[165]

Pardi,[166] nous nous soucions bien de ton tableau à présent! L'original nous en fournira bien d'autres copies.

* * * * *

[1] Larroumet,Marivaux, p. 564.

[2] Palissot, p. 3, quoting evidently from de La Porte, p. 1.

[3] D'Alembert, p. 209.

[4] Fournier,Notice, p. 2.

[5] Larroumet,Marivaux, p. 17, note 3.

[6] Gossot,Marivaux moraliste, p. 11.

[7] "Pierre Carlet de Marivaux naquit à Paris sur la Paroisse de Saint- Gervais en 1688, et non en Auvergne, comme on le trouve écrit en plusieurs endroits." De La Porte, p. 1.

[8] De La Porte, p. 1.

[9] Lesbros de la Versane, p. 5.

[10] "M. de Marivaux, à ce qu'on peut juger [note that Palissot draws his own conclusions and does not state a fact], n'avait point fait de bonnes études; on pourrait même soupçonner qu'il n'en avait fait aucunes." Palissot, pp. 4-5.

[11] D'Alembert,Éloge, p. 210.

[12] Marivaux,le Spectateur français, 7e feuille. OEuvres, tome IX, p. 62.

[13] Marivaux,Oeuvres, tome IX, pp. 9-11. This anecdote has been narrated by all of Marivaux's biographers, but sometimes so fancifully, as in the case of Houssaye [Galerie du XVIIIe siècle, première série pp. 94-95], that it has seemed well to give the author's own account.

[14] Houssaye,Galerie du XVIIIe siècle, première série, p. 95.

[15] D'Alembert,Éloge, p. 242.

[16] According to d'Alembert, p. 214. L'abbé de La Porte does not mention his age.

[17 D'Alembert,Éloge, p. 215.

[18] Fontenelle,Oeuvres, tome VII, p. 546 (Éloge de Mme. de Lambert).

[19] Lucien Brunel, in Petit de Julleville'sHistoire de la langue et de la littérature française, tome vi, p. 396.

[20] Palissot, p. 10.

[21] Marmontel,Mémoires, livre IV, tome I, pp. 232-233.

[22] Marivaux,La Vie de Marianne, 4e partie. Oeuvres, tome VI, p. 275.

[23] Marivaux, ibid., tome VI, p. 276.

[24] Deschamps,Marivaux, p. 87.

[25] Marmontel,Mémoires, livre VI, tome II, p. 88.

[26] Ibid., p. 90.

[27] "Sensible, et même ombrageux dans la société, sur les discours qui pouvaient avoir rapport à lui, il avait souvent le malheur de ne pouvoir cacher cette disposition, aussi importune pour lui que pour les autres; il la décelait quelquefois au point d'être vivement blessé de ce qu'on n'avait pas dit." D'Alembert,Éloge, p. 244.

"Il était repli d'amour-propre lui-même, et je n'ai vu de mes jours à cet égard personne d'aussi chatouilleux que lui. Il fallait le louer et le caresser continuellement comme une jolie femme." Collé,Journal et mémoires, p. 289.

"Marivaux était honnête homme, mais d'un caractère ombrageux et d'un commerce difficile; il entendait finesse à tout; les mots les plus innocents le blessaient, et il supposait volontiers qu'on cherchait à le mortifier: ce qui l'a rendu malheureux, et son commerce épineux et insupportable." Grimm,Correspondance littéraire, tome III, p. 183.

[28] De La Porte, pp.6-7. Lebros de la Versane, pp. 20-21, repeats the words of de La Porte, without, however, acknowledging the quotation.

[29] D'Alembert,Éloge, p. 242.

[30] Marmontel,Mémoires, livre VII, tome II, pp. 222-224.

[31] There is little, if any, doubt that Marivaux was the author of all three of these productions, as well as of theTélémaque travesti, the authorship of which he denied. For a discussion of the matter, see Larroumet,Marivaux, edition of 1894, p. 25, note 2, pp. 29, 30, notes 1 and 2; Fleury,Marivaux et le marivaudage, pp. 14, 16, 17, 18;Bibliothèque française, ou Histoire littéraire de la France, Amsterdam, H. Du Sauzet, in-12, t. XXII, dernière partie, 1736, p. 249, etc.

[32] Fournier, Théâtre complet de Marivaux, Notice, p. 6.

[33] Sainte-Beuve,Causeries du lundi, tome IX, p. 275.

[34] See note, p. xxxvi.

[35] Marivaux,le Spectateur français, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 8.

[36] Marivaux,le Spectateur français, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 36.

[37] Ibid., 3e feuille, p. 21.

[38] Ibid., 1e feuille, p. 4.

[39] Lesbros de la Versane, pp. 29, 30.

[40] See Marivaux,le Spectateur français, 1e feuille. Oeuvres, tome XX, p. 9.

[41] Charles Collé, in hisJournal et Mémoires, tome II, p. 288, gives the following bit of testimony along this line: "Marivaux était curieux en ligne et en habits; il était friand et aimait les bons morceaux; il était très difficile à nourrir."

[42] Lebros de la Versane, pp. 37-38.

[43] D'Alembert,Éloge, p. 237.

[44] Lebros de la Versane, pp. 27-28. D'Alembert,Éloge, pp. 256-257.

[45] De La Porte, p. 8, and Lesbros de la Versane, p. 26, are agreed as to her name and place of residence. Houssaye, p. 97, gives her name as Mlle. Julie Duriez, but cites no authority.

[46] Reference as above to de La Porte and Lesbros de la Versane.

[47] De La Porte, p. 8, and Lesbros, p. 27. Houssaye, pp. 100-106, relates a pathetic and perhaps wholly fanciful romance, in which Guillaume de Bez and Mlle. Marivaux were the chief actors; but, contrary to the custom of Marivaux's comedies, love did not triumph; the worldly mother married her son unhappily, and the blind father, who thought that he could read so well the heart of woman, immured his daughter in a convent.

[48] Lesbros de la Versane, p. 27.

[49] D'Alembert,Éloge, p. 258.

[50] See Lesbros de la Versane, p. 36, and d'Alembert,Éloge, p. 258.

[51] Fleury,Marivaux et le marivaudage, p. 241.

[52] Marivaux,le Spectateur français, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 6.

[53] See Fleury,Marivaux et le marivaudage, p. 63.

[54] It was not, however, until 1689 that theHôtel des comédiens du Roi, entretenus par Sa Majestéinstalled itself on the rue des Fossés-Saint- Germain, and took the title of Comédie-Française.

[55] As early as 1548 a troupe of Italian comedians had performed at Lyons, for the entrance of Henry II and Catherine de' Medici.

[56] On Oct. 12, 1707, their ranks were increased by Dominique fils, particularly clever in the rôles of Trivelin.

[57] "The name indicates a type. It is, moreover, about the same with the Théâtre-Français of this epoch. The mothers are called Argante; the widows, Araminte; the artless girls, Angélique or Lucile; the lovers, Dorante, Éraste, Ergaste; the old men, Géronte; the valets, Crispin, Frontin, Trivelin; the peasants, Blaise, etc." Fleury,Marivaux et le marivaudage, pp. 63-64.

[58] See Larousse, ArticleComédie-Italienne.

[59] There was a brief period, from 1717 to 1726, in which Crébillon withdrew in discouragement from the theatre.

[60] Other writers for the Théâtre-Italien at this time were Autreau, Delisle, Fuzelier, none of whom is very famous.

[61] "On lui en connaît au moins trois pour ces sortes de couplets, alors à la mode, chantés et dansés, soit entre les divers actes, soit à la fin de la pièce. Ces collaborateurs sont l'aîné des deux frères Parfaict pour le divertissement de laFausse suivante(Anecdotes dramatiques, t. II, p. 345), Riccoboni pour celui de laJoie imprévue, le chansonnier Panard pour celui duTriomphe de Plutus(Journal de police, dansle Journal de Barbier, t. VIII, p. 205) et pour celui de laColonie(Nouveau théâtre italien, t. I, p. 336). Suivant leDictionnaire des Théâtres(supplément, p. 470), le même François Parfaict, dans un moment où Marivaux avait hâte de donner à la Comédie-Française sonDénouement imprévu(un acte, 10 décembre 1724), l'aida à en "dégrossir quelques scènes." Larroumet,Marivaux, edition of 1894, p. 33, note 1.

[62] Jules Lemaître,Impressions de théâtre, 4e série, p. 77.

[63] La Harpe,Cours de littérature ancienne et moderne, tome XIV, p. 477.

[64] Jules Lemaître, _Imprressions de théâtre, 2e série, p. 28.

[65] Lesbros de la Versane, p. 6.

[66] Larroumet,Marivaux, p. 63.

[67] De La Porte, p. 3. Lebros de la Versane repeats the same idea, p. 8.

[68] See Larroumet,Marivaux, pp. 63-64.

[69] D'Alembert,Éloge, p. 220.

[70] D'Alembert,Éloge, p. 220.

[71] Ibid, p. 219.

[72] Both Lesbros de la Versane, pp. 14-17, and d'Alembert, pp. 218-219, relate the anecdote, and in much the same way. I follow, in the main, the account given by Lebros.

[73] Larroumet,Marivaux, p. 60.

[74] Lesbros de la Versane, p. 19. D'Alembert,Éloge, p. 291, note 19.

[75] D'Alembert,Éloge, p. 237.

[76]Le Spectateur français, 4e feuille. Oeuvres, tome IX, pp. 30-31.

[77] Found in the twelfth leaflet of theSpectateur. See d'Alembert,Éloge, p. 235.

[78] D'Alembert,Éloge, note 15.

[79] Marivaux,le Spectateur français, 16e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 160.

[80] Sarcey, (Quarante ans de théâtre, tome II, pp. 265-266) argues against this conception.

[81] Fleury,Marivaux et le marivaudage, p. 59.

[82] Lavollée, _Marivaux inconnu, p. 61.

[83] See Fleury, _Marivaux et le marivaudage, p. 167.

[84] Ibid., pp. 192-202.

[85] "La première moitié seule fut insérée dans leMonde, parce que ce recueil cessa de vivre. La seconde moitié parut pour la première fois dans un volume de nouvelles de Mme. Riccoboni." Ibid., p. 202, note I.

[86] "Nous ajouterons que M. de Climal est un Tartuffe de cour, un hypocrite debonne compagnie, mais en même temps d'une hypocrisie trop déliée pour être mise sur le théâtre et saisie par la foule des spectateurs." D'Alembert,Éloge, p. 238.

[87] The attitude of Marianne towards her faithless lover and his ultimate return are foreshadowed in the early part of the story, although Marivaux leaves the breach unclosed. In fact, the opportunity for dramatic action is neglected by Marivaux, whose genius led him to analyses of motives rather than to portrayals of deep feeling or strong emotion.

[88] La Harpe,Cours de littérature ancienne et moderne, tome XVI, p. 273.

[89] Marivaux,Vie de Marianne, 4e partie. Oeuvres, tome VI, p. 212.

[90] Ibid., 5e partie. Oeuvres, tome VI, p. 285.

[91] Marivaux,Le Paysan parvenu, 4e partie. Oeuvres, tome VIII, pp. 136-137.

[92] An exception must be made in the case of theIliade travestie, in which work his pen is needlessly wanton. See Larroumet,Marivaux, p. 517.

[93]Impressions de théâtre, 2e série, p. 29.

[94] Fleury,Marivaux et le marivaudage, p. 214.

[95] Grimm et Diderot,Correspondence littéraire, tome 1, p. 41.

[96] Marivaux,le Spectateur français, 19e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 190.

[97] D'Alembert,Éloge, p. 259.

[98] D'Alembert,Éloge, p. 259.

[99] D'Alembert,Éloge, p. 260.

[100] For an excellent comparison of Marivaux and the English novelists see Larroumet,Marivaux, pp. 348-364.

[101] See d'Alembert,Éloge, p. 229, and Collé,Journal historique, février, 1763, tome II, p. 290.

[102] Larroumet,Marivaux, edition of 1894, pp. 293-294.

[103]Causeries du lundi, tome IX, p. 286 and p. 296. His criticism of Marivaux as novelist is rather harsh.

[104] D'Alembert,Éloge, p. 221.

[105] La Harpe criticises Marivaux for this peculiarity. "Le noeud de ses pièces n'est autre chose qu'un mot qu'on s'obstine à ne dire qu'à la fin, et que tout le monde sait dès le commencement."Cours de littérature, etc., tome XIII, p. 336.

[106] D'Alembert,Éloge, p. 222.

[107] Deschamps,Marivaux, p. 186.

[108] Deschamps,Marivaux, p. 52.

[109] D'Alembert,Éloge, p. 282, note 12.

[110] D'Alembert,Éloge, p. 292.

[111] D'Alembert,Éloge, p. 293.]

[112]L'Ile de la Raison, La Réunion des Amours, la Dispute, Félicie, Arlequin poli par l'Amour, le Prince travesti, l'Ile des Esclaves, le Triomphe de Plutus, le Triomphe de l'Amour, la Colonie.Larroumet,Marivaux, p. 252, note 2.

[113] Jules Lemaître,Impressions de théâtre, 2e série, p. 27. Larroumet, pp. 292-297, gives a most interesting comparison of Marivaux with Shakespeare, and in note 2, p. 292, gives a brief sketch of the origin of this comparison and of its opponents.

[114] For a more complete idea of his drama one may have recourse to Larroumet,Marivaux, pp. 157-320, Fleury,Marivaux et le marivaudage, pp. 66-146, or Printzen,Marivaux, pp.41-38, who gives résumés of his comedies.

[115] Larroumet,Marivaux, p. 319.

[116] Marivaux,Théâtre choisi, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1892. Preface by F. Sarcey, pp. 7 and 15-17.

[117] J. Lemaître,Impressions de théâtre, 2e série, p. 23.

[118] See Lesbros de la Versane, p. 9, who adds: "Ce qui prouve combien son goût était sûr, puisque ce sont ses meilleures pièces."

De La Porte, p. 3, gives a list of Marivaux's plays most popular with his contemporaries: "Celles qui reparaissent le plus souvent à la Comédie- Française sontla Surprise de l'Amour,le Legsetle Préjugé vaincu; et aux Italiens,la Mère confidente,l'École des Mères,l'Heureux Stratagème,les Fausses Confidences,l'Épreuve,Arlequin poli par l'Amour,la Double Inconstance,le Fausse Suivante,l'Ile des Esclaves,le Jeu de l'Amour et du Hasard."

[119] Fleury,Marivaux et le marivaudage, p 129.

[120] Lonient,la Comédie en France au XVIIIe siècle, p. 367.

[121] Sarcey, inle Tempsof April 4, 1881 (seeQuarante ans de théâtre, tome 11, p. 262), gives an interesting comparison betweenles Fausses Confidencesand Octave Feuillet'sRoman d'un jeune homme pauvre, in which he gives all credit to the former. "M. Octave Feuillet," says he, "a récrit (le roman desFausses Confidences) et lui a donné je ne sais quoi de plus sombre. Son jeune homme pauvre est fier, cassant, et tombe parfois dans le mélodrame; sa jeune fille riche est agitée et nerveuse; leurs débats sont souvent violents et tristes. Le roman desFausses Confidencesse joue au contraire dans le pays lumineux des songes, et Dorante et Araminte charmeront encore les générations futures quand déjà il ne sera plus parlé du Maxime Odiot de M. Feuillet et de sa Marguerite Laroque." Vitet seems to have given an anticipatory reply to this severe criticism in hisDiscours de réception d'Octave Feuillet à l'Académie française(March 26, 1863), and Larroumet (p. 197, note 2) supports the latter's view.

[122]Causeries du lundi, tome IX, p. 299.

[123] Acte I, scène VIII.

[124] Collé,Journal et mémoires, tome II, p. 289. Février 1763.

[125] La Harpe,Cours de littérature ancienne et moderne, tome XIII, p. 381.

[126] D'Alembert,Éloge, p. 329.]

[127] Consult chapter III, onles Personnages(pp. 150-153), of Fleury'sMarivaux et le marivaudagefor a brief and happy summing up of these various differences, or part II, chapter I (pp. 93-155) of Deschamps'Marivaux, for a more extensive development.

[128] Brunetière,Nouvelles études critiques, pp. 151-152.

[129] Lescure,Éloge de Marivaux, p. 27.

[130] Frontin, ofla Méprise, is a noteworthy exception. His wit is decidedly superior to that of his master Ergate.

[131] Larroumet,Marivaux, p. 225-226.

[132] See Fleury,Marivaux et le marivaudage, 73-75, and Larroumet,Marivaux, pp. 227-229.

[133] Fleury,Marivaux et le marivaudage, p. 284.

[134] Larroumet,Marivaux, pp. 366-370.

[135] "Il habille à la moderneles Surprises de l'Amour, refaitleLegsdansl'Ane et le Ruisseau,l'Heureux StratagèmedansleCaprice,le Petit-Maître corrigédansOn ne badine pas avec l'amour."Larroumet,Marivaux, p. 369.

[136] Larroumet,Marivaux, p. 395, note I.

[137] Marivaux,Oeuvres, tome VII, p. 41.

[138] Ibid., tome VII, p. 237.

[139] Marivaux,Oeuvres, tome VI, p. 393.

[140] Ibid., tome VI, p. 345.

[141] Sainte-Beuve,Causeries du lundi, tome IX, p. 393.

[142] Deschamps,Marivaux, pp. 182-183.

[143] See La Harpe,Cours de littérature ancienne et moderne, tome XVI, p. 272.

[144] Avertissement desSerments indiscrets. Marivaux,Oeuvres, tome II, p. 7.

[145] On this subject consult Larroumet,Marivaux, pp. 541-561.

[146] Palissot (pp. 8-9) speaks of it as "un reste du jargon proscrit dansles Précieusesde Molière." "En effet," he continues, "les deux filles deGorgibusn'auraient peut-être pas défini le sentiment d'une manière plus étrange que M. de Marivaux ne l'a fait dans ce passage tiré deMarianne: Qu'est-ce que le sentiment? c'est l'utile enjolivé de l'honnête; malheureusement dans ce siècle, on n'enjolive plus." The passage is from the fifth part ofle Paysan parvenu(Oeuvres, tome VIII, p. 177) and not fromMarianne, and is, exactly quoted, as follows: "Mais c'est la nature qui nous rend amoureux; nous tenons d'elle l'utile que nous enjolivons de l'honnête; j'appelle ainsi le sentiment; on n'enjolive pourtant plus guère; la mode en est aussi passée dans ce temps où j'écris."

[147] Among the words mentioned by Desfontaines as neologisms perpetrated by Marivaux, none can be considered as coined words, and but very few, such asdisciplinable,fictivement,scélératesse, as obsolete or unusual.

[148] Fleury,Marivaux et le marivaudage, pp. 281-283.

[149] See Sarcey,Quarante ans de théâtre, tome II, p. 268.

[150]Mercurefor 1719.

[151]Le Spectateur français, 3e feuille.

[152]Le Spectateur français, 20e feuille.

[153]Le Spectateur français, 8e feuille.

[154] After the outrageous reception of hisSerments indiscretsby the public, Marivaux contented himself by saying: "Au reste, la représentation de cette pièce-ci n'a pas été achevée; elle demande de l'attention; il y avait beaucoup de monde, et bien des gens ont prétendu qu'il y avait une cabale pour la faire tomber; mais je n'en crois rien: elle est d'un genre dont la simplicité aurait pu toute seule lui tenir lieu de cabale, surtout dans le tumulte d'une première représentation. D'ailleurs, je ne supposerai jamais qu'il y ait des hommes capables de n'aller à un spectacle que pour y livrer une honteuse guerre à un ouvrage fait pour les amuser. Non, c'est la pièce même qui ne plut pas ce jour-là."Les Serments indiscrets: Avertissement. Marivaux.Oeuvres, tome II, pp. 7- 8.

[155] D'Alembert,Éloge, pp. 248-249. The play wasl'Amour et la Vérité. See Larroumet,Marivaux, p. 37, note 1.

[156] Marivaux,Oeuvres, tome IX, pp. 55, 56, 59.

[157] The one exception is in the case of Crébillon, already noted.

[158] De La Porte, p. 8. D'Alembert,Éloge, p. 298, note 25.

[159] See Marivaux,Oeuvres, tome X, p. 547.

[160] Ibid., pp. 550-551.

[161] D'Alembert,Éloge, pp. 295-296, note 23.

[162] Marivaux,Oeuvres, tome X, p. 552.

[163] D'Alembert,Éloge, p. 239.

[164] The registers of the French Academy (see Larroumet,Marivaux, p. 629) and d'Alembert (Éloge, p. 261) assign as the date of his death February 12; but l'Abbé de La Porte, p. 10), Lesbros de la Versane (p. 40), and Collé (Journal historique, tome II, p. 288) give the date as February 11.

[165] D'Alembert,Éloge, p. 261.

[166] Collé,Journal historique, tome II, p. 288.

[167] De La Porte, p. 10.

[1] SILVIA. The 'ideal type' of Marivaux's women. "Young, alert, lively, yet compliant, already competent, reasonable, and energetic, without her reason, deliberative as it is, excluding for a moment wit, sprightliness, and charm. Give her more reserve, more dignity, more tender kindliness, and also more indulgent experience and you will have, scarcely any older, and already a widow, Araminte ofles Fausses Confidences" (Henri Lion, inHistoire de la langue et de la littérature françaisePetit de Julleville, tome VI, p. 587).

[2] ARLEQUIN. One of the brightest and merriest of rôles. In passing to the Comédie-Française, this rôle, which at the Comédie-Italienne was played by Harlequin, was introduced under the name of Pasquin. It is possible that the personage of Harlequin has descended from the Greek plays, in which there appeared an actor filling a similar rôle and dressed in the skin of a goat or a tiger; but so early an origin, even if it could be proved, would not serve to explain the costume in which he now appears, and which is itself a modification of that worn by Harlequin in the sixteenth century.

The part of Harlequin, in the Italian comedy, appears to have originated in the rôle of thezanni, or clown, which comprised several varieties, such as Scapino, Coviello, etc. The costume of the part, whether thezannirepresented a stupid lout or a bright and resourceful valet, consisted of a loose jacket, very full trousers, a small cape, a broad-brimmed hat with feathers, and a wooden sword. This dress was varied later for the parts of Sganarelle and Pierrot, and the Harlequin dress itself was changed to a certain extent in the sixteenth century.

A description of his costume has come down to us from the time of Henry IV. "It is composed of a jacket open in front and fastened by cheap ribbons; of tight-fitting pantaloons, covered with pieces of cloth of different colors, placed at random. The jacket also is patched. He has a stiff, black beard, the black half-mask, and a cap shaped like those of the time of Francis I; no linen; the belt, the pouch, and the wooden sword. His feet are clad in very thin foot-gear, covered at the ankles by the pantaloons, which serve as gaiters" (Maurice Sand,Masques et Bouffons, p. 72). It was further changed, as well as the character itself, by the famous Dominique, of the Italian comedians to King Louis XIV. He made of Harlequin a clever and witty personage, instead of a stupid lout, and this change was accepted by the writers of plays for that particular troupe. The dress is greatly modified. The jacket is closer fitting; the trousers less full and shorter in the leg, coming down to just below the calf; the patches, still much larger than in the modern dress, are arranged symmetrically; the hat is soft, with a brim and a small plume; the shoes are of the ordinary seventeenth century shape, with the bow of ribbon on the instep. The wooden sword remains, as well as the half-mask, but with a moustache in the place of the former stiff beard.

The part was then played more and more as one calling for much spirit and endless fun-making powers,—so much so that when it was admitted to the stage of the Comédie-Française it evoked very strong condemnation as being unworthy of the gravity of the place.

The modern dress of Harlequin, rarely seen save in pantomimes, is a very brilliant close-fitting costume, composed of small triangles of bright cloth covered with spangles.

[3] QU'OUI. The correct form would be que oui, as the initial vowel of oui is now treated as an aspirate.

[4] CELA VA TOUT DE SUITE, 'That is a matter of course.' 'That is the natural conclusion' (judging from the desire of most girls to marry). The expressiontout de suitenow means 'at once,' 'immediately.' It is not in that sense that it is used here. Read,cela va de suite, considering the adverbtoutas simply adding emphasis to the expression. The wordsuitewas taken in the seventeenth and eighteenth centuries in the sense of 'consequence' or 'order.'

[5] DE FILLE. A peculiar use of the substantive after the prepositionde, similar to the ordinary participial or adjectival use, as in the expression:Il n'y a que vous de sérieux. Compare "Je n'ai qu'elle de fille" (Molière,le Médecin malgré lui, II, 4). These, and similar expressions, are an outgrowth of the partitive genitive, usually found after an indefinite:II n'y a rien de nouveau(that is to say,parmi les choses nouvelles).Quelque chose de nouveau. Qu'y a-t-il de nouveau? Cent soldats de prisonniers. Y a-t-il personne d'assez hardi?etc. Compare the Latin,Quid novi?

[6] ALLEZ RÉPONDRE VOS IMPERTINENCES AILLEURS. This is not a modern form. The meaning is, 'Keep your irrelevant remarks for people of your own class.'Impertinenceshas here the meaning of 'irrelevant remarks.'

[7] CE N'EST PAS À VOUS À JUGER. An infinitive afterc'est à(moi,vous,lui, etc.) may be introduced by either the prepositionàorde, but a difference is felt to-day between the two locutions, the first signifying 'it is your turn,' and the second, 'it is your right or duty.'

[8] UNE ORIGINALE, 'eccentric.' "Il n'y a qu'en France que le motoriginalappliqué à un individu, soit presque injurieux."— Théophile Gautier,les Grotesques.

[9] CELA EST ENCORE TOUT NEUF, 'That is another strange idea.' Bear in mind that Silvia had already expressed a distaste for marriage.

[10] AIMABLE, 'Fitted to inspire love,' 'worthy of love.'

[11] DE MARIAGE … D'UNION. A peculiar use of the prepositionde, allied to, and possibly derived from, the partitive after a negative:Il n'y a pas de mariage. It would be more natural today to sayun mariage … une union. The use of the formde mariageis easily explained by the ellipsis of the concluding words,que celui-ci.

[12] DÉLICIEUSE. Compare: "Il y a de bons mariages; mais il n'y en a point de délicieux" (La Rochefoucauld,Réflexion, 113).

[13] DANS LES FORMES, 'Legally.'

[14] DE QUOI VIVRE, 'Food.'

[15] PARDI, 'Indeed.' An alteration ofpar Dieu. Though still used,parbleu, likewise a euphemism forpar Dieu, has largely replaced it. It is not in the Dictionary of the Academy, 1878.

[16] TOUT EN SERA BON. Theenrefers apparently to the divers qualities of Dorante which Lisette has just enumerated, though it is difficult to see the connection clearly.

[17] TOUT S'Y TROUVE. The modern form would be,se trouve en lui, theynot being now used of persons.

[18] HÉTÉROCLITE. Used familiarly and figuratively for 'strange,' 'odd,' 'peculiar.'

[19] UN PENSÉE DE TRÈS BON SENS—Pleine de sens. VOLONTIERS, 'Frequently,' 'usually.' 'is usually inclined to be …'

[20] PASSE, 'We'll let that pass.' Used familiarly forsoit.

[21] OUI-DA, 'Truly,' 'certainly,' or, more freely and familiarly, 'I should think so.'Dais, according to Diez, a shortened form ofdiva, an exclamation composed of the two imperativesdisandva:diva > dea > da. It may be added to either the affirmative or the negative (non-da), or stand alone. In any case it adds force to the expression. Its use is becoming obsolete, especially in the negative.

[22] DE BEAUTÉ.Quant à la beautéwould convey the idea, better to the modern ear. The construction is the genitive afterdispenser. The pronominalenis. therefore, redundant.

[23] VERTUCHOUX, written usuallyvertuchou, 'Bless me,' A euphemism likevertubleu, which is similarly a corruption ofvertu (de) Dieu.

[24] CE SUPERFLU-LÀ SERA MON NÉCESSAIRE. Voltaire, in hisMondain(1736), lines 22-23, repeated the same idea: "Le superflu, chose très nécessaire, A réuni l'un et l'autre hémisphère."

[25] SE CONTREFONT-ILS, 'Disguise themselves.'

[26] AUSSI L'EST-IL. The modern form isIl l'est en effet.

[27] NE … MENT PAS D'UN MOT, 'Is not at all deceitful.'

[28] NI QUI NE GRONDE. The repetition of the relativequiis contrary to modern usage.

[29] ÂME, 'Being.'

[30] This whole scene recalls the dialogue between Angélique and Lisette in the first scene of Dancourt'sl'Été des Coquettes(July 12, 1690), and may be a clever amplification of the same.

[31] PORTE … UNE GRIMACE. A metonymy not accepted in common usage.

[32] DE TOUT CELA ==Dans tout cela.

[33] A CONDITION QUE, 'Provided that.' Governs either the indicative, conditional, or subjunctive.

[34] UN NOTAIRE. The notary is a frequent figure in French comedy in the seventeenth and eighteenth centuries, and appears also in that of the nineteenth century. It is he who draws up the marriage settlements; he acts usually as banker and trustee as well as legal adviser. He is a sworn officer of the government, and nowadays is subject to inspection by officials appointed for the purpose.

[35] SUR TOUT LE BIEN. The modern form would bed'après tout le bien.

[36] QUE VOUS VOUS REMERCIIEZ, 'That either of you will reject the other.' See Littré, "remercier," 5°.

[37] PLAISANTE, 'Amusing.'

[38] M'EN CONTER, 'To make love to me.'

[39] DES BONS AIRS, 'Kindly reception.' An example of a very common antiphrasis, although the expression in itself is antiquated.

[40] IL NE ME FAUT PRESQUE QU'UN TABLIER. An evidence of the similarity in dress of maid and mistress.

[41] NE L'AMUSEZ PAS, 'Do not detain her.'Amuseris sometimes used in this sense, 'to detain by idle words.'

[42] EN PARTIE DE MASQUE, 'For a masquerade.' It was a common practice in the circles of the Court, and of the richer bourgeoisie to get up masquerade parties and dances. There are frequent references to this in the Memoirs of Dangeau, Saint-Simon, and other writers.

[43] ARTICLE =Passage d'un écrit quelconque(Littré, "article," 3°).

[44] IMAGINATION. Used here in the sense ofpenséeoridée.

[45] FIGURE, 'Character,' which is also the meaning ofpersonnagein the next line.

[46] PLAISANT. See note 37.


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