NOTES:

NOTES:[1]Albert Dürer fit une grande quantité de dessins fort remarquables, mais ses tableaux se comptent, on sait où les rencontrer tous; ils sont dans les musées publics ou chez des particuliers qui se font une fête de les montrer aux étrangers.Voici un petit catalogue rédigé, par ordre chronologique, d'après nos notes de voyage; il n'a pas d'autre prétention que d'être d'une scrupuleuse exactitude et de donner au lecteur le moyen de trouver, sans les chercher, les chefs-d'œuvre du maître.Nous ne parlerons ici que pour mémoire du portrait d'Albert Dürer qui est conservé précieusement à Vienne dans la collection Albertine;—ce portrait, d'une grâce et d'une naïveté délicieuses, est exécuté à la pointe d'argent sur papier teinté.—Il porte cette inscription, écrite par l'artiste lui-même: «J'ai dessiné ceci d'après moi, dans un miroir, en 1484, quand j'étais encore enfant.«Albert Durer.»Il avait donc 13 ans à peine, et il était encore apprenti orfévre; c'est en 1486 seulement qu'il fit son entrée dans l'atelier de maître Wohlgemuth.La première peinture d'Albert Dürer qui soit parvenue jusqu'à nous, est le portrait de son père. On la voit dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 128, avec cette légende: «J'ai peint ce tableau d'après la personne de mon père, lorsqu'il avait 70 ans. AlbertDurerl'aîné.»Puis viennent le célèbre monogramme et la date 1497.Il fit deux fois son propre portrait en 1498: l'un est à Florence, il a été gravé par Hollar et par Édelinck; l'autre est à Madrid, aumuseo del Rey. Dans ce dernier portrait, son visage est un peu maigre et un peu long, mais fort beau et fort distingué. Ses grands yeux bleus, sa barbe naissante, ses cheveux blonds qui s'échappent en grosses boucles d'un bonnet pointu, son costume blanc et noir théâtralement drapé lui donnent un aspect à la fois étrange et charmant. (Voir à la 1repage de ce livre.)En 1499, il a peint le portrait d'Oswald Krel, qui est à Munich, cabinet VII, sous le numéro 120.En 1500, il a fait le portrait d'un jeune homme, peut-être Joannes Dürer, son frère (Munich, cabinet VII, no147), et aussi son propre portrait. Ce n'est plus le même homme que l'on a vu à Madrid; sa barbe est plus touffue, son visage est plus mâle, son front est déjà un peu soucieux, son costume surtout est changé de fond en comble; le bariolage blanc et noir est remplacé par une fourrure de prix. On reconnaît en lui le chef d'une illustre école de peinture, et on voit jusqu'à quel point Camerarius a raison lorsqu'il dit: «Non-seulement Albert Dürer était beau, mais il était très-fier de sa beauté, et il ne négligeait rien pour la faire ressortir.» Ce portrait est fort remarquable, il ne peut être comparé qu'à celui qu'il a fait plus tard de son vénérable maître Wohlgemuth, et qui est dans le même musée.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, avec la date de 1503, uneSainte Vierge et l'Enfant Jésus, deux têtes, deux chefs-d'œuvre.En 1504, Albert Dürer grava sans doute plus qu'il ne peignit, car nous ne connaissons qu'un seul tableau qui porte cette date, c'est unMarius sur les ruines de Carthage. Le grand homme est assis près d'une colonne brisée; il jette un long regard triste sur cette ville autrefois si superbe, et il se dit sans doute que les destinées des hommes et des empires sont souvent les mêmes: plus ils sont puissants, plus leur chute est imminente. Ce tableau est surtout remarquable par la couleur.C'est en 1506 qu'il fit son voyage à Venise, où il peignit, outre leSaint Bartholomé, dont il parle dans sa première lettre à Pirkeimer, unChrist avec les Pharisiens, qu'il termina en cinq jours, et uneSainte Vierge couronnée par les anges. Albert Dürer ébauchait ce dernier tableau, lorsque Giovanni Bellini vint le voir dans son atelier: «Mon cher Albert, lui dit-il, voudriez-vous me rendre un grand service?—Certainement, dit le peintre nurembergeois, si ce que vous me demandez est en mon pouvoir.—Parfaitement, répondit Bellini, faites-moi présent d'un de vos pinceaux, de celui qui vous sert à peindre les cheveux de vos personnages.» Dürer prit une poignée de pinceaux absolument semblables à ceux dont se servait Bellini, et les lui offrant: «Choisissez, dit-il, celui qui vous plaît, ou les prenez tous.» Le peintre italien, croyant à une méprise, insista pour avoir un des pinceaux avec lesquels il exécutait les cheveux. Pour toute réponse, Albert Dürer s'assit et peignit avec l'un d'eux, le premier qui lui tomba sous la main, la chevelure longue et bouclée de laVierge aux angesavec une telle sûreté de main, que son ami resta stupéfait de sa facilité.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, une toile datée de 1507. C'est le portrait d'un jeune homme inconnu, dont les traits sont d'une très-grande beauté.1508 nous donne un des tableaux les plus célèbres du maître, laLégende des dix mille saints martyrisés sous le roi de Perse Sapor II. Malgré la multiplicité des personnages et le beau fini des détails, Albert Dürer le peignit en un an pour le duc Frédéric de Saxe; plus tard il devint la propriété du prince Albert, qui l'offrit au cardinal de Granvelle. Je n'ai trouvé nulle part comment il devint la propriété de l'empereur d'Autriche. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il est depuis longtemps déjà à Vienne, au Belvédère (salle 1re, no18), où il excite une juste admiration.—Au milieu de la toile, on aperçoit Albert Dürer et son Pylade Bilibald Pirkeimer; tous deux sont vêtus d'habits noirs et suivent avec intérêt les péripéties du drame terrible qui se déroule devant eux: leur attitude est calme et digne; l'artiste tient à la main un petit drapeau sur lequel on lit l'inscription suivante:Ista faciebat anno Domini, 1508, Albertus Dürer Alemanus.Il y a, dans la galerie de Schleissheim, une répétition de cette toile. Un an avant d'exécuter laLégende des dix mille martyrs, l'artiste en avait fait un croquis à la plume. C'est le prince royal de Suède qui est l'heureux possesseur de ce petit chef-d'œuvre.Albert Dürer peignit l'Ascension de la Viergepour Jacques Heller, de Francfort; il se représenta au second plan, appuyé sur une table qui portait son nom et la date 1509. Je dis qui portait, car cette belle toile a été détruite dans le terrible incendie du château de Munich. Le fameux tableau l'Adoration des rois mages, que l'on voit à Florence, porte aussi la date de 1509. C'est une œuvre du plus haut style, malgré son aspect un peu étrange. En effet, on a peine à garder son sérieux devant ses rois d'Orient, vêtus comme des gentilshommes allemands du commencement duXVIesiècle.Suivant les errements de tous les peintres, ses prédécesseurs, Albert Dürer ne se souciait pas du costume, il habillait ses personnages à la mode de son époque et de son pays.Revenons au Belvédère, nous ne perdrons pas nos pas, car nous nous trouverons en face d'une des plus belles pages du maître,la Trinité. Il fit ce chef-d'œuvre pour une église de Nuremberg, d'où on la porta à Prague; ensuite elle passa à Vienne, où on la voit encore. En haut, au milieu de la toile, Dieu le père presse entre ses bras le Christ attaché à la croix; le Saint-Esprit plane sur sa tête; deux séraphins tiennent le manteau de Jéhovah, tandis que plusieurs anges voltigent autour d'eux, portant les instruments de la Passion. A gauche, on aperçoit des saintes conduites par la Vierge; à droite, des saints conduits par saint Jean-Baptiste; au-dessous, une troupe d'élus de tous les états et de toutes les races se tiennent debout sur des nuages et rendent des actions de grâces au Créateur. A la droite du spectateur, on aperçoit Albert Dürer lui-même, vêtu d'un riche manteau fourré; il tient dans la main gauche un écusson sur lequel on lit:Albertus Durer Noricus faciebat anno Virginis partu 1511.Un beau paysage, baigné par un lac transparent, occupe le bas de la toile.1511 nous donne un autre tableau qui ne vaut pas le précédent, il s'en faut; c'est uneVierge allaitant l'enfant Jésus, que l'on trouve au musée royal de Madrid. On peut reprocher à la mère du Sauveur de n'être qu'une bonne bourgeoise de Nuremberg, mais on doit reconnaître que la toile est d'un bel effet et d'un bon coloris.1512 ne nous apporte qu'un tableau que l'on voit à Vienne, au Belvédère, c'est uneMadonequi se ressent du séjour du maître en Italie. La robe bleue de la Vierge est d'une couleur très-intense, trop intense peut-être; elle écrase un peu les chairs qui sont un peu pâles; l'enfant nu que la Madone tient sur ses genoux est remarquablement beau.Le musée du roi, à Madrid, renferme unCalvairedaté de 1513, qui peut rivaliser avec les meilleurs morceaux d'Albert Dürer. Ce n'est guère qu'un tableau de chevalet. Mais les œuvres de génie ne se mesurent pas au mètre.En 1515, il fit à la plume les dessins du célèbre livre de prières destiné à l'empereur Maximilien. Aucun de ces nombreux petits chefs-d'œuvre ne ressemble à son voisin: les uns sont sérieux, les autres spirituels, tous sont admirables, et c'est toujours celui que l'on a sous les yeux qui paraît le meilleur. Ce livre unique est à Munich, dans la bibliothèque de la Cour.De tous les portraits d'Albert Dürer, le plus beau sans contredit est celui qu'il a fait en 1516, d'après laressemblancede son vieux maître, Michel Wohlgemuth. Cette œuvre pieuse est conservée à la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 139; elle est peinte sur un fond vert uni et porte cette singulière légende: «Albert Dürer a fait ce portrait en 1516, d'après la ressemblance de son maître, Michel Wohlgemuth, qui était âgé de 82 ans et qui a vécu jusqu'en 1519. Il est mort le jour de la Saint-André, avant le lever du soleil.»A l'âge de quatre-vingt-deux ans maître Wohlgemuth avait encore l'air intelligent, mais il ressemblait plutôt à un moine qu'à un grand artiste.LaLucrèceque nous trouvons à la pinacothèque de Munich, dans la deuxième salle, sous le numéro 93, passe pour être le portrait de sa femme. On se trompe évidemment; Agnès Frey était belle et distinguée, et cette Lucrèce est laide et sans distinction. La même année, Albert Dürer a peint uneVierge tenant son fils sur ses genoux. L'Enfant divin porte au cou un collier d'ambre jaune, et sur une table verte on aperçoit un citron coupé qui fait pâmer d'aise tous les réalistes. La Mère du Sauveur est aussi belle que les plus belles Vierges de Raphaël.—Ce tableau est à Vienne, au Belvédère à côté d'un superbe portrait de l'empereur Maximilien Ier, daté de 1519.En 1520, Albert Dürer entreprend son voyage dans les Pays-Bas. Chemin faisant, il dessine sur un album qu'il emporte toujours avec lui les personnages et les objets qui lui semblent intéressants. Ce précieux album a été vendu en détail; nous en avons vu quelques feuillets qui appartiennent à un amateur distingué, M. Ambroise-Firmin Didot. Ils nous ont laissé le regret de ne pas connaître les autres.Dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, numéro 127, nous trouvonsSiméon et l'évêque Lazare, un petit tableau charmant qui porte la date de 1523, et qui cependant est peint sur un fond d'or, dans le style de l'école de Cologne. A la même date, nous avons non-seulement un magnifique portrait d'homme peint à la détrempe sur toile, que l'on suppose être Jacques Frugger, mais encore trois des meilleurs tableaux du maître: 1ouneDescente de croix, fort bien composée et d'une vérité qui vous fait froid au cœur; 2ouneNativité dans la crèche, où l'on voit sainte Marie et saint Joseph adorer l'enfant Jésus entouré d'un groupe de chérubins, tandis que d'autres anges vont annoncer la bonne nouvelle aux bergers. CetteNativitéformait le centre d'un triptyque dont on a détaché les volets qui contenaient les portraits en pied des frères Baumgartner, dont Albert Dürer parle souvent dans ses lettres à Pirkeimer; 3olaSainte Trinité, qui appartient à un habitant d'Augsbourg. C'est un beau tableau largement peint et fort bien conçu.Le musée Van Ertborn, d'Anvers, possède une magnifique grisaille; c'est le portrait de l'électeur Frédéric III, de Saxe, conforme à la gravure qu'Albert Dürer en a faite en 1524 et qui porte son monogramme si connu.1526 nous apporte trois pages superbes. On voit la première à Aix-la-Chapelle; c'est un Christ qui fait ses adieux à sa Mère.On voit la seconde à Vienne, dans la galerie du Belvédère; c'est le portrait d'un certain Johann Kleeberger, dont les grands yeux noirs et le teint mat sont très-poétiques. Il serait très-beau s'il avait un nez, mais ce détail lui manque presque absolument. Ce Kleeberger épousa Felicitas Pirkeimer, la fille de l'ami de Dürer. En 1532, deux ans après la mort de sa femme, il s'établit à Lyon où on ne l'appela bientôt quele bon Allemand, à cause du bien qu'il faisait aux pauvres. Lorsqu'il mourut, en 1546, ses compatriotes d'adoption lui élevèrent, sur le roc de Bourgneuf, une statue en bois, qui fut remplacée en 1849 par une statue en pierre, due au ciseau de M. Bonnaire.La troisième est le portrait d'un des ancêtres de M. le conseiller et docteur Rodolphe Holzschuler, chef d'une illustre famille de Nuremberg, qui le montre aux étrangers avec une grâce parfaite. Son aïeul a cinquante-sept ans environ; mais malgré ses cheveux blancs, il a l'air fort jeune. Ce portrait est un chef-d'œuvre.Il ne nous reste plus qu'à parler des tableaux qui n'ont pas de date certaine. Parmi ceux-là nous trouvons, à Venise, le célèbreEcce Homoqui doit avoir été peint en 1505 ou en 1506.—A Vienne, dans la galerie de Fries, laMort de la Vierge. La tête de la mère du Christ est le portrait fidèle de Marie de Bourgogne, première femme de Maximilien. Au second plan, on reconnaît l'empereur, son fils et un grand nombre de contemporains célèbres. La beauté de la couleur, le fini des détails et la ressemblance des personnages historiques donnent un grand attrait à cette admirable peinture.—A Florence, dans la galerie des Offices, laMadone avec l'Enfant. Ce tableau est mal placé; cependant on remarque la grâce et la beauté de la Vierge: on jurerait une de ces belles toiles de Jules Romain ou de son illustre maître. A Schleissheim,la Vierge, sainte Anne et l'Enfant Jésus endormi, tableau d'une exécution irréprochable, et uneMater dolorosadebout, les mains jointes.—Citons encore unEcce Homoqui, pour ne pas valoir celui de Venise, n'est pas moins une fort belle chose dont la chapelle de Moritz, de Nuremberg, peut tirer grande vanité.—Hercule tuant les Harpiesest un tableau peint à la détrempe; il en reste juste assez pour faire voir qu'il a été superbe et combien on doit le regretter.—LesBustes des empereurs Charles et Sigismond, du château de Nuremberg, belles figures puissantes et majestueuses, peintes avec une grande sûreté de main.—Dans la galerie de Schleissheim, lePortrait d'un jeune savant, bon ouvrage exécuté à la détrempe, infiniment mieux conservé que l'Herculedont nous avons déploré la fin prématurée.—A Anvers, au musée Van Ertborn, uneMater dolorosa. La Vierge, vêtue d'un manteau vert, est assise les mains jointes. Ce tableau est très-beau, très-fini, d'une couleur très-intense et d'une conservation parfaite; Otto Mündler l'attribue à Altdorfer. Il est peut-être d'Albert Dürer; les hommes distingués qui ont rédigé le livret du musée d'Anvers se contentent de dire qu'il appartient à l'école allemande. En Espagne ou en Italie on le donnerait sans hésiter à Albert Dürer. En Belgique, dans le doute, on s'abstient toujours, ce qui est à la fois plus honnête et plus habile.Faut-il parler ici des peintures dont le musée de Saint-Pétersbourg gratifie trop généreusement Albert Dürer? Comme elles n'ont pas sur elles leur extrait de naissance ou leur passe-port, ce qui n'est pas toujours la même chose, nous aimons mieux les oublier pour n'avoir pas à les débaptiser.La bibliothèque Ambroisienne de Milan possède laConversion de saint Eustache, dont Albert Dürer a fait une de ses plus belles gravures.A Rome, il y a un tableau de Dürer, où il nous montre desAvaresrepoussants, à force d'être vrais, et une copie de l'Adoration des rois, que l'on voit à Florence. Tout le monde croit qu'elle est faite par un des bons élèves de Dürer. Le directeur du musée seul déclare avec assurance que c'est un original. Dans trois ans, si Dieu prête vie à ce galant homme, ce que je désire de tout mon cœur, il assurera avec le même aplomb que le tableau de Florence est une simple contrefaçon;—trois ans plus tard, il nommera l'élève de Dürer qui l'a fait d'après celui de Rome; il dira, si on l'exige, combien de temps il a employé à ce travail, où il était logé, ce qu'il mangeait à ses repas, et il ne croira pas mentir. Rien ne peut être comparé à l'imagination d'un propriétaire de tableaux. Et un directeur de musée n'est-il pas propriétaire de tous les tableaux qu'il a sous sa garde?Nous trouvons, à Turin, uneDéposition de croixd'une belle couleur, et unErmite en prière, qui pourrait bien être de Heinrich Aldegrœver.Dans la galerie du prince de Liechtenstein, à Vienne, il y a deux volets de triptyque dont le panneau central est absent: ce sont deux portraits en pied qui ne manquent pas de majesté et une petite esquisse à peine ébauchée, vrai chef-d'œuvre de naïveté.A Dresde, on montre un portrait que l'on assure être celui de Lucas de Leyde, qu'Albert Dürer a fait à Anvers, en 1520, et dont il parle dans ses notes de voyage.—UnPortement de croixen figurines et en grisailles, et unLapinà la gouache sur parchemin, d'une vérité parfaite;—il amuse beaucoup les enfants, les grandes personnes se contentent de l'admirer.Nous trouvons dans le musée de Madrid deuxallégoriesphilosophiques et chrétiennes peintes sur des panneaux longs et étroits. Comme dans l'un et dans l'autre la mort joue le rôle principal, on prétend qu'ils ont été commandés par un seigneur du temps qui avait le spleen.Et enfin les apôtres Pierre et Jean, Paul et Marc, que l'on admire à Munich, salle première, sous les numéros 71 et 76. Ils ne portent aucune date, mais le livret de la pinacothèque nous apprend qu'ils ont été faits en 1527, c'est-à-dire un an avant la mort d'Albert Dürer. Ces quatre apôtres pourraient être signés: Raphaël ou Fra Bartholomeo. Quelle élévation de style, quelle grandeur imposante et quelle noblesse! On les reconnaît, ce sont bien eux qui ont porté la parole du Christ par la terre entière. En peignant l'apôtre saint Jean, Albert Dürer lui a donné la belle et sympathique figure de Schiller. On dirait que le grand peintre a pressenti la venue du grand poëte et qu'il a voulu d'avance faire son portrait.On remarquera sans doute que nous n'avons pas cité une seule fois Paris dans ce rapide travail; c'est qu'en effet notre musée impérial, qui contient quelques beaux dessins du Raphaël de l'Allemagne, n'a pas une seule de ses admirables peintures. Je n'accuse personne, je sais combien notre surintendant est artiste; je sais aussi, sans qu'il me l'ait dit, avec quelle joie il payerait, non pas au poids de l'or, ce serait trop bon marché, au poids du rubis, un tableau qui porterait la signature d'Albert Dürer ou son célèbre monogramme. Mais ceux qui ont le bonheur de posséder ces inimitables chefs-d'œuvre les gardent. Il lui serait facile de se procurer quelques-unes des innombrables contrefaçons que l'on fabrique par un procédé qui est d'une déplorable simplicité; le voici: on colle sur une plaque de cuivre une gravure du maître, on la met en couleur; on a soin de respecter le monogramme; on la vernit, on l'envoie en Hollande, d'où elle revient sans toucher terre; on la conduit à l'hôtel Drouot, où on la sert aux banquiers enrichis en un jour qui se font une galerie en une heure.Si notre surintendant n'était pas lui-même un artiste distingué, il se laisserait prendre à ce piége, car il est quelquefois assez vraisemblablement ourdi, et nous aurions, comme quelques musées étrangers, une demi-douzaine d'Albert Dürer. Mais combien nous préférons l'absence du chef de l'école nurembergeoise à ces toiles douteuses qui font hausser les épaules aux vrais connaisseurs! Il y a encore assez de tableaux authentiques d'Albert Dürer dans les mains des particuliers, pour qu'un bon vent nous en amène un; s'il faut le payer cher, on le payera cher!Les musées de province ne sont guère plus riches que celui de Paris. Cependant Lyon a unex-votode l'empereur Maximilien signé du portrait de Dürer lui-même, et Limoges un magnifique tableau peint sur fond d'or.Dans la relation de son voyage en Flandre, Albert Dürer passe en revue la plus grande partie de ses gravures. Nous compléterons, chemin faisant, les renseignements qu'il donne lui-même, et nous prierons le lecteur qui voudra de plus amples détails de consulter l'Abecedario de Mariette, publié et annoté par MM. de Chenevières et de Montaiglon, M. Charles Blanc, qui parle longuement et savamment de l'œuvre gravé d'Albert Dürer dans son admirableHistoire des peintres, Heller, qui a corrigé Bartsch, M. Passavant, qui a corrigé Heller, et M. Émile Galichon qui, lui, n'a voulu corriger personne, et a pourtant écrit un fort bon ouvrage sur les gravures d'Albert Dürer.Nous l'avons dit, Albert Dürer ne fut pas seulement peintre et graveur, il embrassa tous les arts et excella dans tous. Il fut orfévre, mais aucun de ses travaux n'est resté. Sandrart nous apprend qu'il a ciselé sept sujets de la Passion, mais il ne les a pas vus.On lira dans leVoyage en Flandrequ'il fit beaucoup de dessins pour les orfévres. On verra, dans la même relation, qu'il s'occupa aussi d'architecture; entre autres travaux, il dessina au lavis le plan d'une maison pour le médecin de dame Marguerite, et le British Museum possède le plan d'une fort belle fontaine qu'il a dessiné à la plume; malheureusement, cette fontaine est restée à l'état de projet.Il fut aussi ingénieur comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. C'est lui qui dirigea les travaux de fortifications de la ville de Nuremberg.Comme sculpteur, on lui donne: 1oun petit bas-relief en pierre, représentant la naissance de saint Jean-Baptiste (il est conservé au British Museum); 2odeux statuettes, Adam et Ève (au musée de Gotha); 3odeux madones, bas-reliefs sculptés en bois; deux femmes nues, vues l'une de face, l'autre de dos, bas-reliefs en marbre (à Munich); 4oun saint Jean prêchant dans le désert, bas-relief (à Brunswick); 5odivers ouvrages exécutés en ivoire et en bois (à Dresde, dans la collection des Grünes Gewölbe); 6oune arquebuse (à Vienne); 7oplusieurs bas-reliefs en bois et en pierre lithographique, avec le monogramme d'Albert Dürer (à Paris, au Louvre, et à Bruges, au séminaire). Mais nous n'acceptons la plus grande partie de ces ouvrages que sous bénéfice d'inventaire. Les numismates lui attribuent aussi plusieurs médailles.Voici un pfenning qu'il grava pour Martin Luther:Le premier livre d'Albert Dürer est intitulé:Traité de géométrie, ou Méthode pour apprendre à mesurer avec la règle et le compas. Cet ouvrage est mûrement pensé et écrit clairement. On voit que l'auteur est convaincu de ce qu'il avance, à savoir «que la géométrie est le vrai fondement de toute peinture, et que, sans posséder à fond cette science, personne ne peut devenir un bon peintre.»Ce traité était fort estimé auXVIesiècle.—A la demande d'Agnès Frey, Joachim Camerarius en fit une traduction qui fut publiée à Paris,ex officina Christiani Welcheli.Sub scuto BasilensiM. D. XXXV.A la même époque, le même éditeur mit en vente une traduction latine duTraité sur les fortifications des villes, châteaux et bourgs, qu'Albert Dürer avait publié en 1527, et qu'il avait dédié au roi de Hongrie, Ferdinand, frère de Charles-Quint.L'ouvrage intitulé:Les quatre livres des proportions humaines, qui a été écrit en 1523, n'a été publié qu'après la mort d'Albert Dürer, par les soins de sa femme, qui n'a rien négligé pour en retirer un bon prix; il a aussi été traduit en latin par Camerarius, et en français par Loys Meygret, de Lyon. Nous ne dirons rien de cet ouvrage, puisqu'on peut le lire en français; il y en a un exemplaire à la Bibliothèque impériale. Outre les trois traités dont nous venons de parler, on conserve à la Bibliothèque de la Madeleine, à Breslau, un livre sur l'escrime qui doit être authentique. On sait combien Albert Dürer aimait tous les exercices du corps.Un ouvrage sur les proportions du cheval, qu'on lui attribue, n'est pas de lui, si l'on en croit Camerarius, qui est digne de foi.[2]Œuvres de Bernard Palissy, page 10 (édition Ruault,—1777); dans une note, on lit ceci: «En 1777, les pièces capitales se vendent jusqu'à 15 et 16 livres.» Que dirait donc l'auteur de la note, s'il savait que j'en ai vu vendre une, dernièrement, 1,200 francs?[3]Jean.[4]Célèbre imprimeur de Nuremberg.[5]Celui-ci a survécu à Albert, et fut son héritier.[6]Jean fut peintre du roi de Pologne.[7]Né à Nuremberg en 1434, mort en 1519 dans sa ville natale. On l'appelle généralement le Pérugin du Raphaël de l'Allemagne. Lorsque Albert Dürer entra chez Michel Wohlgemuth, ce peintre illustrait laChronique de Nuremberg, livre célèbre, qui fut imprimé, pour la première fois, en 1493, par le parrain d'Albert, Antoine Koberger.[8]Cette maison ou plutôt cette cage n'est intéressante que parce qu'elle a été habitée par le célèbre artiste pendant la plus grande partie de sa vie, et qu'il y a composé presque tous ses chefs-d'œuvre.—Elle est située à l'extrémité de la rue Albert Dürer et porte le numéro 376. Les murs sont construits avec des soliveaux entre-croisés, dont les intervalles sont remplis par la maçonnerie; les fenêtres sont nombreuses et larges; elle est coiffée d'un énorme toit rouge percé d'une grande quantité de lucarnes longues et basses comme ses voisines, dont elle n'a pas l'air de chercher à se distinguer.La tradition rapporte que, sur le pignon, à la hauteur du premier étage, s'avançait autrefois en saillie une loge vitrée qui servait d'atelier au maître; elle a été démolie, parce qu'elle menaçait ruine, et on a eu le tort de ne pas la reconstruire.La ville de Nuremberg a acquis cette maison et lui a donné une noble destination en la réservant aux assemblées de laSociété Albert Düreret aux expositions permanentes d'objets d'art.—Les étrangers qui désirent visiter ce pieux souvenir historique sont fort bien accueillis par un artiste délégué, qui leur montre avec une grâce parfaite le rez-de-chaussée où Dürer faisait poser ses modèles; la grande salle du premier étage où le maître recevait ses élèves et ses amis, après ses longues journées de labeur, lorsque la belle Agnès l'autorisait à ne pas travailler le soir, ce qui était fort rare; et enfin le second étage où on voit la chambre à coucher d'Albert Dürer. C'est un réduit situé sur la cour, où le soleil n'a jamais daigné venir le saluer, et où un homme de moyenne taille peut à peine se tenir debout. Si j'offrais à mon domestique quelque chose de pareil, il m'aurait bientôt donné mon compte.[9]Un jour, l'empereur Maximilien fit pour Albert Dürer ce que Charles-Quint fit plus tard pour le Titien, et François Ierpour Benvenuto Cellini, il maintint en équilibre l'échelle sur laquelle le peintre était monté, et dit aux gentilshommes de sa suite: «Vous le voyez, messieurs, le génie d'Albert Dürer le place même au-dessus de l'empereur.»Un autre jour, Albert Dürer, dessinant sur une muraille, allait devoir interrompre son travail, parce qu'il ne se trouvait plus assez élevé, lorsque l'empereur Maximilien, qui était présent, ordonna à un de ses gentilshommes de se poser de façon que l'artiste pût se servir de lui pour s'exhausser. Le gentilhomme représenta humblement qu'il était prêt à obéir, bien qu'il trouvât cette posture fort humiliante; il ajouta qu'on ne pouvait guère plus avilir la noblesse, qu'en la faisant servir de marchepied à un peintre.«Ce peintre, reprit l'empereur, est plus que noble par ses talents; je peux d'un paysan faire un noble, mais d'un noble je ne ferais jamais un artiste comme Albert Dürer.» Le soir même, Albert Dürer fut anobli par l'empereur, qui lui donna pour armes trois écussons d'argent, deux en chef et un en pointe sur champ d'azur.Nous laissons la responsabilité de ces anecdotes à Karle de Mander, qui a fait des comédies charmantes et des fables fort spirituelles, dont il s'est un peu trop souvent souvenu quand il a écrit son histoire des peintres.[10]Memini virum excellentem ingenio et virtute Albertum Durerum pictorem dicere, se juvenem floridas et maxime varias picturas amasse, seque admiratorem suorum operum valde lætatum esse, contemplando hanc varietatem in sua aliqua pictura.Postea se senem cœpisse intueri naturam, et illius nativam faciem intueri conatum esse.Quam cum non prorsus adsequi posset, dicebat se jam non esse admiratorem operum suorum ut olim, sed sæpe gemere intuentem suas tabulas et cogitare de infirmitate sua, etc., etc.(Epistolæ Ph. Melancthonis., Ep.XLVII, page 42.)[11]En 1477, un patricien de Nuremberg, nommé Martin Kœtzel, fit un voyage en Palestine. Pendant son séjour en Terre Sainte, il compta le nombre de pas qui séparent la maison de Pilate du Golgotha. Son dessein était de mesurer une distance égale, à partir de sa maison de Nuremberg jusqu'au cimetière Saint-Jean, et de faire sculpter, par l'illustre statuaire Kraft, sept stations dans l'intervalle et un calvaire avec le Christ, et les deux larrons à l'extrémité.—Qu'arriva-t-il?—Le patricien perdit-il la mémoire ou ses notes? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que, revenu chez lui, il n'avait plus ses mesures. Onze ans après, en 1488, il entreprit un nouveau pèlerinage pour pouvoir faire de nouveau son calcul sur place, et au retour il fut assez heureux pour trouver Adam Kraft plein de vie et dans toute la force de son talent. Cette fois, il ne perdit pas une seconde, son œuvre pie fut exécutée et fort bien, si l'on en juge par les morceaux que le temps n'a pas dévorés.[12]Willibald ou Bilibald Pirkeimer, sénateur de Nuremberg, homme de lettres distingué et l'un des amis intimes d'Albert Dürer.—Il a fait son portrait sur cuivre en buste vu de trois quarts avec cette épigraphe:Bilibaldi Pirkeymheri. effigies. œtatis. suæ, annoL. III.Vivitur. ingenio cætera. mortis eruntM. D. XX. IV. Ce portrait admirable est celui dont nous donnons, dans ce livre, une copie exécutée par M. Durand, d'après une épreuve de la collection de M. Ambroise-Firmin Didot. Dürer a aussi peint les armoiries de Pirkeimer, deux écus soutenus par deux génies ailés au-dessus desquels on lit:Sibi et amicisP., et dans la marge du bas: LiberBilibaldi Pirkeimer: dans celle du haut est une inscription en hébreu, une seconde en langue grecque et la suivante en latin:Initium sapientiæ timor Domini.[13]Il parle certainement des Allemands qui habitent laGiudeccaouZuecca(quartier des Juifs), dans l'île deSpinalonga.[14]Il veut parler sans doute d'une communauté allemande qui existait alors à Venise.[15]C'était leMartyre de saint Bartholomé. Ce tableau fut acheté plus tard par le roi de Bohême Rodolphe II, qui le plaça dans la galerie de Prague.[16]Le plus jeune et le plus illustre des deux frères Bellini, le maître de Giorgion et du Titien.Il est né à Venise en 1426, il y est mort en 1516 et il y est enterré à côté de son frère Gentile, dans l'église des apôtres saint Jean et saint Paul.[17]Albert Dürer parle-t-il de Jacob Walch ou de Jacob Elsner, l'artiste universel dont Neudörffer dit: «Ce Jacob Elsner était un homme d'un commerce agréable que les patriciens recherchaient fort. Il jouait admirablement du luth et vivait dans l'intimité des habiles organistes Sébastien Imhoff, Guillaume Haller et Laurent Stauber. Il peignit leurs portraits, illumina leurs beaux livres, dessina les blasons que l'empereur et les rois leur avaient donnés et fit nombre d'autres petits travaux pour eux. Personne de son temps ne savait peindre l'or comme lui.» Le docteur Frédéric Campe croit qu'il est question d'Elsner. «Albert Dürer, dit-il, parlerait avec plus de respect de son honorable prédécesseur Jacob Walch ou le Walche.» Le respect n'a rien à faire ici. Albert Dürer donne son opinion sur les peintres italiens, et s'il attaque quelqu'un, c'est Antoine Kolb, dont le zèle amical est en effet un peu bien exagéré.M. Passavant déclare nettement qu'il s'agit ici d'un tableau de Jacob Walch qui venait, grâce à Kolb, d'obtenir une situation auprès de Philippe de Bourgogne. Il ajoute qu'Albert Dürer avait peut-être sollicité cette situation. Pourquoi cette supposition toute gratuite? L'appréciation d'Albert Dürer n'était que juste. «Jacob Walch, dit Jacob de Barbarj, dit le Maître au caducée, avait du talent, mais il était loin d'égaler les maîtres italiens.» (Voir le travail de M. Émile Galichon sur ce peintre.Gazette des Beaux-Arts, t. XI, p. 314, no456.)[18]Minuit et demi de notre temps.[19]La mère de Dürer faisait cuire des œufs et Hans les peignait. Cette coutume existe encore aujourd'hui à Nuremberg et à Prague. Ces œufs, qui sont artistement peints, amusent toujours les petits enfants et même les grandes personnes.[20]Le premier dimanche après Pâques.[21]La première partie de cette lettre est écrite un peu en italien de cuisine, un peu en espagnol, un peu en portugais et beaucoup en patois indéchiffrable.—Pirkeimer, qui était un homme fort instruit, a dû rire beaucoup en la recevant.—Voici le texte original, original est le mot.«Grandissimo primo homo de mondo, woster servitor ell schiavo Alberto Dürer disi salus suo magnifico miser Willibaldo Pircamer my fede el aldy Wolentiri cum grando pisir woster sanita et grando honor el my maraweio como ell possibile star uno homo cosi wu contra thanto sapientissimo Tirasibuly milites non altro modo nysy una gracia de dio quando my leser woster littera de questi strania fysa de catza my habe thanto pawra et para my uno grando kosa.»[22]Pirkeimer avait envoyé à son ami un dessin un peu intime, en effet.[23]Il parle de sa femme.[24]Eucharis Karll, prieur des Augustins.[25]Les quelques premiers mots de cette phrase sont écrits en italien, un peu moins indéchiffrable que celui que l'on trouve au commencement de la lettre précédente.[26]A l'époque dont parle Albert Dürer, Pirkeimer fit partie de l'ambassade qui fut envoyée au conseil de la Confédération souabe par la ville de Nuremberg. L'histoire de cette négociation est conservée dans les archives de Nuremberg sous ce titre: Conventions conclues entre le margrave Frédéric de Brandenbourg et l'ambassade de Nuremberg, etc., 1506, in-folio.[27]Leonardo Loredano, doge de Venise de 1500 à 1521.[28]Antonio Suriano.[29]Agnès Frey, fille d'Hans Frey de Nuremberg, épousa Albert Dürer en 1494. Le journal de Dürer prouve qu'il n'avait pas laissé à Nuremberg son avare et querelleuse femme, comme l'ont prétendu jusqu'ici ses biographes, entre autres J. Sandrart, qui l'écrit en toutes lettres dans le deuxième volume de l'Académie allemande, page 225 (imprimé à Nuremberg en 1675). Du reste, Albert Dürer, dans son journal, ne dit pas un mot du caractère de sa femme. Il résulte aussi de ce document qu'en 1520 il se rendit pour la première fois dans les Pays-Bas. Il n'avait donc pas visité précédemment ce pays avec l'empereur Maximilien I, comme Quadens le prétend à tort dans lesFastes de la nation allemande, page 428. S'il est vrai qu'Albert Dürer alla dans les Pays-Bas pour fuir des chagrins domestiques, malheureusement trop réels, il faut que ce voyage nouveau ait eu lieu en 1523 ou en 1524 seulement.[30]Georges III, sacré en 1505, mort en 1522, protecteur des arts. Albert Dürer a fait son portrait.[31]Suite de 20 estampes. Hauteur, 11 pouces; largeur, 7 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, D. VII, no76-95.[32]L'Apocalypse de saint Jean, 15 estampes. Hauteur, 14 pouces 6 lignes; largeur, 10 pouces 3 à 6 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 60-75. Cette œuvre gigantesque est digne de l'homme de génie qui l'a exécutée, et digne du livre étrange qui l'a inspirée.[33]Le florin d'or valait 8 fr. 60 de notre monnaie d'aujourd'hui.[34]Hans Wolfgang Ratzheimer vivait à Bamberg, de 1492 à 1527.[35]Albus, ou pfennig blanc, monnaie d'argent mise en circulation vers 1360. Sous l'empereur Charles IV, elle avait surtout cours dans l'électorat de Cologne et dans la Hesse-Cassel; elle valait 9 pfennigs. On n'en trouve plus que dans les cabinets des numismates.[36]Le fils du sellier, l'élève du père d'Albert Dürer.[37]On sait que du temps d'Albert Dürer, cette ville était appelée Antorff par les Allemands.[38]Le chevalier Arnold de Liere, qui fut successivement bourgmestre de l'extérieur et de l'intérieur, de 1506 à 1529, date de sa mort.[39]Cette maison, située rue des Princes, devant la cour de Liere, est aussi appelée la Maison Anglaise. Aujourd'hui, c'est un hôpital militaire. L. Guicciardyn dit, dans saDescription des Pays-Bas, Amsterdam 1612, page 69, qu'elle fut bâtie par le seigneur Aert, né de la branche noble de Liere, pour servir de résidence à Charles V.[40]Maître Pierre, charpentier de la ville.[41]Quentin Metsys, peintre fameux, né à Louvain vers 1466, mort à Anvers en 1530.Nous disons en 1530. En effet, il résulte d'une communication faite à M. Pierre Génard par le chevalier Léon de Burbure, et insérée à la page 196 de laVlamsche School, volume de 1857, que maître Quentin Metsys est décédé entre le jour de la Noël 1529 et la veille de cette fête 1530. C'est en cette dernière année qu'il est mort, puisqu'il avait assisté encore, le 8 juillet 1530, à la passation d'un acte.... (Livret du musée d'Anvers).Le célèbre ferronnier-peintre avait donc seulement 64 ans et non 84 comme on le croyait avant la découverte de son acte de naissance faite récemment par M. Edward Van Even, l'infatigable archiviste de la ville de Louvain. M. Paul Mantz, qui est à l'affût de tout ce qui peut donner un attrait nouveau à sonHistoire des peintres flamands, publiera, j'en suis sûr, ce précieux document dans la prochaine édition de son excellent livre.[42]Quentin Metsys habitait alors une maison appelée le Singe (de Simme), dans la rue des Tanneurs (Huidevetters-Straet, section 3, no1037).Plus tard il alla habiter la rue du Jardin dans les Arbaletriers (Schutters-hof-Straet). C'est cette deuxième demeure qui avait encore, en 1658, pour enseigne, un saint Quentin forgé en fer par maître Quentin Metsys lui-même, si l'on en croit Van Fornenberg.[43]Les places de tir étaient alors situées, les deux premières, où sont aujourd'hui le marché au blé et le nouveau théâtre; la troisième, près des rues des Tapissiers et du Jardin-du-Tir. Elles furent toutes les trois rebâties en partie par Gillibert van Schoonbeke, en 1552.[44]Le 23 décembre 1520, Charles V fit son entrée triomphale à Anvers, où se tenait alors le conseil de toutes les provinces, pour offrir à Sa Majesté deux cent mille couronnes (Chronique anversoise, page 14).[45]Orfévre et amateur de Nuremberg, né en 1504, mort en 1546, reçu de la gilde de Saint-Luc en 1546.[46]37 estampes. Hauteur, 4 pouces 8 à 10 lignes; largeur, 3 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 16-52.[47]Suite de 16 pièces gravées sur bois. Hauteur, 4 pouces 4 lignes; largeur, 2 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 3-18. Vasari dit qu'Albert Dürer a été à Venise pour porter plainte contre Marc-Antoine, qui avait fait et vendu des copies de la grande et petite Passion de Jésus-Christ. Cette assertion est fausse. Ce qui le prouve mieux que tous les raisonnements, c'est que les cinquante-trois pièces qui composent les deux séries de la Passion ont été commencées en 1507 et terminées en 1513, lorsque Albert était revenu depuis longtemps de Venise. S'il y a été une autre fois, c'est avant 1506 et non après.[48]Félix Hungersberg, musicien célèbre et capitaine de l'empire.[49]Joachim Patenier ou de Patenir, né à Dinant, vers la fin duXVesiècle, célèbre comme peintre et comme ivrogne. Il a fait quelques batailles; mais c'est comme paysagiste qu'il s'est illustré. Il mettait dans un coin de tous ses tableaux un petit bonhomme accroupi et ...... C'était le coin du maître. Albert Dürer estimait beaucoup sa peinture; mais il voyait avec chagrin un homme de son méritevivre misérablement dans la crapule.[50]Desiderius Erasme, né à Rotterdam le 28 octobre 1467, mort le 11 juillet 1536 à Basel.[51]Peut-être le frère de Lumbardus, le peintre.[52]Imagines cœli septentrionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 10 lignes.Imagines cœli meridionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 8 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no151-152.[53]Nicolas Kratzer, chimiste et astronome fameux, florissait à Oxford en 1517. Holbein fit aussi son portrait en 1528.[54]Ces quelques lignes ont inspiré au grand peintre belge, Henri Leys, un tableau qui est un chef-d'œuvre.[55]Cette maison existe encore aujourd'hui; elle est située, rempart des tailleurs de pierre, W. 4, no794; mais elle est entièrement défigurée. Les Focker ou Fugger étaient, en ce temps-là, les plus riches marchands de l'Europe. Ils étaient originaires d'Augsbourg et s'étaient fixés à Anvers en 1505.[56]L'hôtel de Portugal, situé auKipdorp, W. 2, no1668, acheté par la ville à M. Gilles de Schermere, le 20 novembre 1511, et donné au facteur et consuls ordinaires du Portugal, «et ce tant et durant que les dicts facteur ou consuls se tiendront en ceste ditte ville, et que le facteur tiendra sa demeure en la ditte maison.» En 1817, on en fit la caserne des pompiers.[57]Rodrigo Fernandès, très-gros commerçant, facteur de Portugal en 1528. Cette année, il acheta le splendide hôtel d'Immerseele, appelé plus tard le Vetkot, situé rue Longue-Neuve W. 2, no1468. Il l'acheta au seigneur Jan d'Immerseele, bailli d'Anvers et marquis du pays de Ryen, et à demoiselle Marie De Lannoy, sa femme. La rue du Marquisat qui est près de là en a pris son nom. La jolie chapelle qui existe encore fut bâtie par le marquis en 1496.[58]Conrad Meyt, né à Malines, reçu à la gilde de Saint-Luc, en 1536.[59]Cette estampe est gravée à l'eau-forte sur fer. Hauteur, 7 pouces 9 lignes; largeur, 6 pouces 10 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no59.[60]Il y a tout un poëme dans cette figure, qui revient sans cesse, et peut-être malgré lui, dans l'œuvre du maître. Ce sont les traits dela jalousied'une grande quantité de ses vierges terrestres, et sans doute de ce monstre charmant, Agnès Frey, qu'il déteste et qu'il adore. Voir pageXIV.[61]Gravure que l'on trouve assez facilement belle. Hauteur, 3 pouces 7 lignes; largeur, 5 pouces 3 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no58.[62]Cette petite merveille que nous donnons ici est gravée au burin sec. Albert Dürer en avait fait tirer très-peu d'exemplaires. Aussi était-elle déjà rare de son vivant, et ne l'offrait-il qu'aux personnes dont il faisait grand cas.[63]Cette gravure, dont l'empereur Rodolphe II a fait dorer la planche, est une des plus fines et des plus remarquables du maître. On la nomme aussisaint Hubert, parce que l'on y voit dans une forêt un chasseur à genoux devant un cerf qui porte une croix lumineuse au-dessus de la tête. On croit, généralement que l'artiste a fait le portrait de Maximilien Ier. Peut-être est-ce celui de son ami Reiter, qui ressemblait à l'empereur. Hauteur mesurée du côté gauche, 13 pouces 3 lignes; du côté droit, 13 pouces seulement; largeur, 9 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no57.[64]On ne trouve plus ce titre dans les catalogues de l'œuvre d'Albert Dürer; il s'agit ici de lajusticeou de lagrande fortune.[65]Cette gravure, très-belle et très-rare, porte cette inscription: Albertus Dürer Noricus faciebat 1504. C'est la première fois que le maître signe en toutes lettres. Il a compris sans doute que l'œuvre est digne du grand nom qu'il se fera. Dès ce moment, en effet, son dessin et son exécution technique sont irréprochables. Il n'a plus ni dureté, ni sécheresse, il n'est plus l'élève d'aucun maître. Il est lui! Hauteur, 9 pouces 2 lignes; largeur, 7 pouces 1 ligne. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no1.[66]Voir pageCL.[67]Le Christ expirant sur la croix. On dit que cette estampe a été gravée sur le pommeau de l'épée de l'empereur Maximilien. C'est un petit chef-d'œuvre extrêmement rare.[68]Agent d'une maison de commerce du royaume à Bruxelles.[69]Rogier de Bruges, ou plutôt Rogier van der Weyden, peintre, né à Bruxelles, suivant les uns, à Tournay, suivant les autres, vers 1400, et mort à Bruxelles le 16 juin 1464, d'une maladie épidémique appelée lemal anglais, qui ravageait alors le pays.Trois des tableaux dont parle Albert Dürer sont d'une grande naïveté, mais le quatrième est d'un effet très-saisissant: c'est Herkenbaldt, mourant dans son lit, qui embrasse son neveu, convaincu d'un viol, et qui en même temps l'égorge pour le soustraire à l'ignominie du supplice.—La tête du vieillard est du plus haut style. M. Alphonse Wauters croit que ces tableaux ont été détruits dans le bombardement de Bruxelles, en 1695. Quatre magnifiques tapisseries de 26 pieds de longueur sur 13 pieds 6 pouces de hauteur, conservées précisément dans la sacristie de l'église de Berne, les reproduisent de la manière la plus complète, et nous font voir combien Lampsonius avait raison quand il s'écriait avec admiration: «O maître Rogier, quel homme vous étiez![70]Le Mexique.[71]Hugues Vandergoes, peintre distingué, que Vasari nomme Hugo d'Anversa. Pourquoi? Ce n'est sans doute pas parce qu'il est né à Gand vers 1430.—En 1476 il se fit ordonner prêtre, devint chanoine régulier au monastère de la Croix-Rouge, dans la forêt de Soignes, aux portes de Bruxelles, et mourut en 1482.Ses compagnons de retraite gravèrent cette inscription sur sa tombe:Pictor Hugo van der Goes humatus hic quiescit.Dolet ars, cum similem sibi modo nescit.[72]Bernard van Orley, ou Barend van Brussel, né à Bruxelles en 1471, mort dans sa ville natale en 1541, peintre de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il eut la gloire d'être un des rares peintres flamands qui accueillirent Albert Dürer sans jalousie.[73]Receveur du Brabant pour le quartier de la ville d'Anvers.[74]Il est représenté à mi-corps dans son cabinet. Il écrit. Érasme ne fut pas content de ce portrait comme il l'avait été de celui fait par Holbein, qu'il avait gardé dix jours chez lui avant de le rendre, pour qu'il pût paraître dans la célèbre édition de l'Éloge de la folie, dite édition d'Holbein, parce que ce grand peintre l'avait illustrée de quatre-vingt-trois dessins, gravés sur cuivre, sans compter son portrait, celui de Morus et celui d'Érasme sur une seule planche. Oh! oh! s'était écrié le philosophe de Rotterdam en voyant ce portrait, si je ressemblais encore à cet Érasme-là, en vérité, je voudrais me marier. Albert Dürer a gravé ce portrait sur cuivre, avec cette inscription: «Imago Erasmi Roterodami ab Alberto Durero ad vivam effigiem delineata, MDXXVI.» Hauteur, 9 pouces 3 lignes; largeur, 7 pouces 2 lignes.[75]Albert Dürer parle-t-il de l'estampe de Lucas de Leyde, ou du petit livre populaire intituléAventures de Thyl Uylenspiegel, qui fut traduit en 1483 du néerlandais en allemand, selon les Flamands, ou de l'allemand en néerlandais, selon les Allemands? En 1613, Van der Hoeven, de Rotterdam, fit une nouvelle édition de cette bonne bouffonnerie avec ce titre: «Histoire de Thyl Uylenspiegel, relation des farces ingénieuses qu'il a faites; très-amusante à lire, avec de belles gravures.» Depuis on en a publié bon nombre corrigées et considérablement augmentées. Pour ma part j'en connais bien dix, en comptant celle qui est spirituellement illustrée par Paul Lauters. Je crois qu'Albert Dürer parle du livre, car de son temps la gravure devait déjà être très-rare. A peine gravée, la planche avait été perdue; peut-être Lucas l'avait-il détruite lui-même, car cette estampe n'était pas à la hauteur de ses autres ouvrages.Le graveur Henri Hondius en a fait une copie en 1644, avec cette inscription:Dees eerste vorm is wech, men vinter geen voor ons,Want een papiere Druck gelt vyftich Ducatons.«Cette forme première est perdue, on ne peut la retrouver; et un exemplaire sur papier se paye cinquante ducatons.»[76]Ambassadeur nurembergeois; fut conseiller et bourgmestre de sa ville, et mourut en 1553.[77]Tasses de Majolica. Poterie italienne.[78]L'écusson de cette famille fut peint par Dürer, et peut-être même gravé sur bois.[79]Jacques Cornelisz, né au village de Oostzanen, et maître de Jean Schorel. En 1512, il jouissait déjà d'une grande réputation. Charles van Mandre a vu à Harlem, chez Corneille Suyver, une Circoncision peinte par lui en 1517, dont il dit le plus grand bien. Ce peintre avait un frère, nommé Buys, et un fils nommé Dirck Jacob; l'un a fait de beaux paysages, l'autre de beaux portraits. Jacques Cornelisz est mort à Amsterdam dans un âge avancé. Dürer l'appelle Jacques de Lubeck, parce qu'il avait été pensionné par les magistrats de cette ville.[80]Ce sont ces quelques mots qui ont fait dire qu'Albert Dürer ne grava pas sur bois. Comment supposer cependant qu'étant en apprentissage chez Wolhgemuth, au moment où ce peintre était déjà occupé des dessins dela Chronique de Nuremberg, il n'ait pas appris toutes les pratiques de l'atelier de son maître, et qu'il n'ait pas plus tard mis la main à quelques-uns des bois à sa marque. On convient généralement que les dessins de Dürer sont mieux gravés que ceux des autres artistes de son temps. N'en pourrait-on pas conclure qu'il donnait le dernier coup de ciseau, ou qu'il dirigeait le travail comme un homme qui sait le métier et qui ne grave pas habituellement, parce qu'il n'a pas le loisir de s'occuper de cet ouvrage long et minutieux?[81]Jean Swart ou Jean Lenoir, originaire de Groningue, fit des tableaux d'histoire et des paysages avec un égal succès. Ses toiles sont fort rares; mais j'ai vu beaucoup de charmantes gravures sur bois, gravées par lui ou d'après ses dessins. Il avait une grande prédilection pour les cavaliers turcs, armés de flèches et de carquois, car il en a mis partout. Il courut beaucoup le monde et finit par se fixer à Gouda en 1522.[82]Cornelii Graphæi gratulatio Caroli V imperatoris, 1520. Antverpiæ, apud Joan. Croccium. 8o.[83]Dürer s'exprima plus longuement à ce sujet en causant avec Melanchthon qui, lors de son séjour à Nuremberg, vint souvent visiter le peintre. Il lui disait entre autres choses: «J'ai regardé ces jeunes filles fort attentivement et même brutalement (puisque je suis peintre).» Manlii Collectanea Locor. communium, page 345. Ces jeunes vierges étaient les plus belles personnes d'Anvers; elles étaient presque nues et habillées seulement d'une gaze légère. Lorsque Charles V fit son entrée triomphale, il ne se montra pas aussi admirateur que Dürer de leur beauté; car en passant devant elles il baissa les yeux, ce qui les indisposa fort contre lui.A cette époque, on voyait des vierges à peu près nues dans toutes les solennités de ce genre. Les jeunes filles se disputaient l'honneur d'être désignées par les juges instituésad hoc, car la mission de ces nouveaux Pâris était de choisir les plus belles et les mieux faites. Elles recevaient donc un diplôme de beauté, et plus tard leur mari pouvait dire avec un noble orgueil: Ma femme figurait à l'entrée de tel ou tel souverain.[84]Brabon.[85]Ce livre est un manuscrit duXVesiècle, que l'on trouve encore aujourd'hui dans les archives d'Anvers. C'est un in-folio, relié en corne blanche. Il porte ce titre: «Le vieux registre de divers mandements». Page 33, on lit l'histoire fabuleuse du géant Brabon et autres de son espèce.[86]Cet élève de Raphaël se nommait Thomaso Vincidore, de Bologne; il paraît avoir été envoyé en Flandre pour surveiller l'exécution de certaines tapisseries, faites d'après des dessins de Raphaël.[87]Ce portrait fut gravé au burin par André Stock. On lit cette inscription au bas de la planche: Effigies Alberti Dureri Norici, pictoris et sculptoris hactenus excellentissimi delineata ad imaginem ejus quam Thomas Vincidor de Bolognia ad vivum depinxit Antuerpiæ 1520. And. Stock, sculp. H. Hondius excudit 1639.[88]C'est à la famille d'Ebner que nous devons le journal d'Albert Dürer. M. C. G. de Murr, qui a publié le texte allemand, dit qu'il l'a tiréex bibliotheca Ebneriana. M. Frédéric Verachter, le savant archiviste de la ville d'Anvers, a traduit en flamand ce document précieux. Je me suis beaucoup aidé de son travail qui est fait avec une grande intelligence; pour être tout à fait juste, je dois dire que sans lui je ne serais jamais parvenu à rendre clairs une certaine quantité de passages qui étaient restés inexpliqués jusqu'à ce jour.[89]Gaspard Sturm, dit Teutschland (Allemagne), le héraut d'armes qui assista à la prise du château de Sickingen, et qui fut chargé de conduire Luther à la diète de Worms. (Voir laVie de Luther, par Audin, t. VI, p. 207.)[90]Stephen Lochner (de Constance), et non Lothner comme on l'a cru longtemps, né....? mort en 1451. Le tableau en question est un triptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages. Les volets sont peints des deux côtés, celui de droite nous montre sainte Ursule et ses compagnes à l'intérieur, et à l'extérieur l'Annonciation; sur celui de gauche, on voit à l'intérieur saint Géréon, le glorieux patron de la ville de Cologne, et un ange à genoux à l'extérieur. Avant la visite d'Albert Dürer il était attribué tantôt à Philippe Kaff, tantôt à Willem; depuis, il n'y a plus eu d'incertitude. Ce chef-d'œuvre est aujourd'hui dans la cathédrale de Cologne (chapelle Sainte-Agnès), où on l'admirerait sans restriction s'il n'avait pas subi quelques regrettables retouches. Une inscription que l'on peut lire sous le tableau dit qu'il a été peint à l'huile en 1410.[91]Il en fit un dessin gravé sur bois. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 38.[92]Cet acte de Charles V est du 4 novembre 1520, daté de Cologne. Par cet acte, les magistrats furent chargés de payer à Dürer la pension viagère de cent florins, qui lui avait été accordée par l'empereur Maximilien. La pièce originale de cet acte est encore aux archives de Nuremberg.[93]Arnold de Beer, élève de Lambert Suterman, peintre d'Anvers. Il s'est fait une réputation comme dessinateur plutôt que comme coloriste.[94]C'est à Berg-op-Zoom que Dürer veut dire.[95]Sculpteur, né à Metz.[96]L'abbaye de l'ordre de Prémontré, dédiée N.-D. et à saint Nicolas.[97]Jean Gossaert, ditJean de Maubeuge,né à Maubeuge vers 1470, mort le 1eroctobre 1532, mort à Anvers, où il fut enterré à Notre-Dame.[98]Une Descente de Croix qui avait été commandée par l'abbé Maximilien de Bourgogne. Ce tableau, un des meilleurs du maître, fut détruit par la foudre le 24 janvier 1568.[99]L'angelot valait deux florins et deux sous. L'archange Michel y était figuré, tenant de la main droite une épée, et de la gauche un écu chargé de trois fleurs de lis. Sous ses pieds, il avait un serpent.[100]Le chevalier Gérard van de Werve.[101]Thomas Lopez (le chevalier), ambassadeur du roi de Portugal.[102]De Haes.[103]Hans Schaufelein, un des bons élèves d'Albert Dürer.[104]Pierre Ægidius, plus tard greffier de la ville d'Anvers. C'était un ami intime d'Érasme et du chancelier Thomas Morus. Ægidius se trouvant un jour avec Érasme chez Quentin Metsys, ce peintre fit leur portrait sur deux panneaux ovales, attachés l'un à l'autre avec cette inscription latine:Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,Erasmus tantos Ægidiumque fere.Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.Sic desiderio est consultum absentis ut horumReddat amans animum littera, corpus ego.Pierre Ægidius, autrement dit Gillis, naquit à Anvers en 1486, et laissa plusieurs écrits remarquables. Il mourut dans sa ville natale en juin 1533. Son père, Nicolas Ægidius, avait été bailli d'Anvers.[105]Cette tour fut commencée en 1422, par un architecte nommé Jean Amelius de Bologne, selon les uns; selon les autres, par Pierre Smit, dit Appelmans, qui bâtit l'église de Saint-Georges et beaucoup de maisons des environs. Quoi qu'il en soit, il paraît, d'après le témoignage de Dürer, qu'en 1520 cette tour n'était pas encore achevée. Elle a cent vingt-deux mètres neuf cent vingt-cinq millimètres de haut. Albert Dürer n'est donc pas de beaucoup au-dessous de la vérité, puisque la flèche de Strasbourg n'en a que cent quarante-deux.[106]Adrien Herbouts, né et mort à Anvers, devint pensionnaire de cette ville en 1506. On voyait autrefois son épitaphe dans l'église des Pauvres-Claires:D. O. M.D. Adriano Herbouts,Præclaræ hujus urbis perXLIann.PensionarioUtriusque juris doctoriDecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVIElisabethæ nilis illius conjugiObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.Levinæ legitimæ utriusque illorum F.Nicolai van der Heyden uxori;Periit dolore partus,XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.[107]Graphæus ou Schryver, ou encore Scribonius, né à Alost en 1482. Savant très-versé dans les langues étrangères. Il mourut à Anvers le 19 décembre 1558 et fut enterré dans l'église Notre-Dame. Son tombeau, élevé par son fils Alexandre, porte l'inscription suivante:Cornelius ScriboniusPræclaræ hujus urbis a secretis,Sibi suisqueEt Adrianæ PhilippæDulciss. uxori vivens pos.Ipsa quidem vixit ann.LXXI.Uno etXL. ann. marita:Matrona et prudentiss.Et pietatis cultrix eximia.Ille vero caram secutus conjugem,MigravitXIXDecembrisM. D. LVIIICum vixisset annosLXXVI[108]Ambroise et Jean, deux frères, riches marchands, originaires d'Augsbourg, arrivés à Anvers vers 1485.[109]Rogier van der Weyden.[110]Hugo van der Goes. Le tableau dont il est question ici est une sainte Vierge avec l'enfant Jésus.[111]Cette admirable statue est encore aujourd'hui dans la même église.[112]Albert Dürer parle-t-il de Jean van Eyck? C'est probable. Cependant il pourrait être question deJean Hemmlinckou deJean Spital.[113]Il est question ici de l'Adoration de l'Agneau, que les frères Jean et Hubert van Eyck peignirent pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comte de Flandre. Après avoir admiré le génie des artistes, on admire leur patience. Rien, en effet, ne peut être comparé au fini précieux de ce tableau. On y compte trois cent trente têtes, sans en retrouver deux qui se ressemblent. De ce poëme, qui était composé de douze panneaux, il ne reste plus, dans la onzième chapelle de la cathédrale de Saint-Bavon à Gand, que quatre compartiments; mais si on en croit les chroniques, ce sont les plus beaux, et leur conservation est parfaite. Les couleurs principales, le rouge, le bleu et le pourpre, n'ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur éclat; on croirait que cette belle œuvre, qui a aujourd'hui quatre cent trente-deux ans, sort de l'atelier des peintres. Il est vrai que les Gantois en ont un soin tout particulier; elle ne voit la lumière que rarement, à certains grands jours de fête, et à la demande des gens considérables. On m'a assuré à Gand que l'homme préposé à sa garde se livre à une petite supercherie, que nous sommes assez tentés de lui pardonner, puisqu'elle contribue à prolonger l'existence de ce chef-d'œuvre inimitable. Il a un flair excellent parmi les touristes dont il reçoit la visite, il distingue du premier coup d'œil ceux qui sont dignes d'adorer l'Agneau; s'il a affaire à des connaisseurs, il montre le vrai tableau; s'il a affaire à des profanes, il exhibe une toile au hasard; ce qui n'empêche pas ces braves gens de trouver la réputation du tableau surfaite.Se non è vero è ben trovato.Le roi d'Espagne, Philippe II, ne pouvait se lasser d'admirer cette peinture, il en offrit à plusieurs reprises des sommes considérables, mais vainement; enfin, il se décida à la faire copier par Michel Coxie, qui employa à ce travail pour trente-deux ducats de bleu, que le Titien lui avait envoyé d'Italie. Cette copie est fort belle; on lui reproche seulement de n'être pas la reproduction tout à fait exacte du modèle. On se demande, par exemple, pourquoi la sainte Cécile regarde derrière elle; si c'est, comme on le suppose, un caprice royal, nous excusons Coxie. Philippe II payait assez cher (quatre mille florins) pour avoir le droit de donner des ordres, même mauvais. Après bien des pérégrinations en Espagne, en Angleterre et en Hollande, elle est aujourd'hui dans la même chapelle que son admirable modèle; voici par quel concours de circonstances: le gouvernement belge l'avant achetée (1800 francs) à la vente du roi Guillaume II, proposa à l'évêque de Gand, Monseigneur Delebecque, et au chapitre de Saint-Bavon de l'échanger contre deux tableaux d'Hubert van Eyck, représentant Adam et Ève de grandeur naturelle, qui étaient relegués dans les combles de l'église à cause de la légèreté de leur costume. Le marché fut accepté moyennant un appoint de 12,000 fr. que le gouvernement belge paya; cet argent servit à faire exécuter les vitraux que l'on voit derrière le maître-autel. Des douze panneaux de la composition originale, six appartiennent au roi de Prusse, qui les a achetés à un Anglais, M. Solly, avec quelques toiles d'un ordre inférieur, pour la somme de 410,900 fr. Cet Anglais les avait payés 100,000 fr. à M. Nieuwenhuys de Bruxelles, à qui ils avaient coûté 6,000 francs.[114]Wenceslas Hollar l'a gravé sur cuivre, d'après le dessin de Dürer, qui est dans le cabinet du comte Arundel. L'empereur Charles V, étant à Tunis, envoya un lion et quatre lionnes à un certain Dominique van Houcke, dit Van Vaernewyck, de Gand.Histoire de Belgique, page 119, Gand 1574.[115]On voyait autrefois ces statues sur un des ponts jetés sur la Lys, appelé le pont de la décapitation, avec cette inscription:Ae Gandt le en fant Fraepe sae père Tacte desuuMaies se Heppe rompe, si Grâce de Dieu.MCCCLXXI.Voici la légende: Deux hommes, le père et le fils, étaient condamnés à mort. Le roi avait fait grâce de la vie à celui des deux qui consentirait à décapiter l'autre. Le père refusa énergiquement, le fils eut la lâcheté d'accepter. Il brandit sa hache, mais elle se brisa et vint lui trancher la tête, au lieu de trancher celle de son père.Ces deux statues n'ont disparu que vers 1793.[116]Joachim Patenier. Le peintre de Dinant paraît avoir quarante-cinq ans environ. Il est en buste, vu de trois quarts, et coiffé d'un bonnet bizarre à deux étages, dont le premier est en fourrure. Les épaules sont couvertes d'un manteau bien drapé, qui laisse entrevoir un vêtement de chambre, d'une forme excentrique. Son cou est nu. Au haut de la planche à gauche, l'année 1521 et le chiffre d'Albert Dürer sont gravés sur un fond gris. Hauteur, 7 pouces 8 lignes, en comptant la petite marge du bas qui a 4 lignes.Il est prouvé aujourd'hui que ce portrait a été dessiné par Albert Dürer et gravé par Cornelius Cort.[117]Albert Dürer ajouta facilement foi à cette fausse nouvelle de l'emprisonnement et de la mort de Martin Luther, et il en fut fort attristé. Cet enlèvement n'avait pourtant pas été fait par ses ennemis, mais par ses amis. Lorsque Luther fut mis au ban de l'empire par Charles V, l'électeur, Frédéric III de Saxe, craignit qu'il ne lui arrivât malheur. Il résolut donc de le mettre en lieu sûr, et donna l'ordre à quelques hommes de confiance de l'enlever. Cet ordre fut exécuté par Jean de Berlepsch et Burkard de Kund, accompagnés de trois valets, le 4 mai 1521, pendant que Luther traversait la forêt de Thuringe, entre le château d'Altenstein et la petite ville de Walterhausen; on l'emmena sous un déguisement au château de Wartburg, près d'Eisenach. Là, il écrivit plusieurs ouvrages et y resta jusqu'au 1ermars de l'année suivante, époque à laquelle il retourna à Wittenberg.[118]Maître Gérard Horebout ou Hurembout, né à Gand, peintre d'Henri VIII, roi d'Angleterre.[119]Cette Suzanne devint une grande et belle personne, fort recherchée à la cour du roi Henri VIII. Elle fit un art de l'enluminure et mourut en Angleterre, considérablement riche et comblée d'honneurs. Son frère, Lucas Hurembout, alléché par les succès de sa sœur, quitta la peinture pour se faire enlumineur, mais il ne réussit pas comme elle.[120]Sans doute Henri de Bles ou Met de Bles, Henri à la Houppe, né à Bovines, près de Dinant. Les Italiens l'appelaient le Maître au hibou ouCivetta, parce qu'il avait la manie de peindre un hibou dans le feuillage de ses arbres; il l'y cachait si bien que souvent on avait beaucoup de mal à le trouver.[121]Van Eyck.[122]Jacopo de Barbary, dit le maître au caducée.[123]Bernard van Orley.[124]C'étaient les Augustins de Saxe, arrivés à Anvers en 1513 et chassés en 1523. Ils habitaient le quartier Saint-André, où il y a encore la rue des Augustins.[125]Lucas de Leyde, le célèbre graveur.[126]Peintre sur verre.[127]Hans Baldung Grun, célèbre peintre et graveur de médailles.[128]Christian II, roi des royaumes unis de Danemark, de Suède et de Norvége, surnommé le Néron du Nord.

NOTES:[1]Albert Dürer fit une grande quantité de dessins fort remarquables, mais ses tableaux se comptent, on sait où les rencontrer tous; ils sont dans les musées publics ou chez des particuliers qui se font une fête de les montrer aux étrangers.Voici un petit catalogue rédigé, par ordre chronologique, d'après nos notes de voyage; il n'a pas d'autre prétention que d'être d'une scrupuleuse exactitude et de donner au lecteur le moyen de trouver, sans les chercher, les chefs-d'œuvre du maître.Nous ne parlerons ici que pour mémoire du portrait d'Albert Dürer qui est conservé précieusement à Vienne dans la collection Albertine;—ce portrait, d'une grâce et d'une naïveté délicieuses, est exécuté à la pointe d'argent sur papier teinté.—Il porte cette inscription, écrite par l'artiste lui-même: «J'ai dessiné ceci d'après moi, dans un miroir, en 1484, quand j'étais encore enfant.«Albert Durer.»Il avait donc 13 ans à peine, et il était encore apprenti orfévre; c'est en 1486 seulement qu'il fit son entrée dans l'atelier de maître Wohlgemuth.La première peinture d'Albert Dürer qui soit parvenue jusqu'à nous, est le portrait de son père. On la voit dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 128, avec cette légende: «J'ai peint ce tableau d'après la personne de mon père, lorsqu'il avait 70 ans. AlbertDurerl'aîné.»Puis viennent le célèbre monogramme et la date 1497.Il fit deux fois son propre portrait en 1498: l'un est à Florence, il a été gravé par Hollar et par Édelinck; l'autre est à Madrid, aumuseo del Rey. Dans ce dernier portrait, son visage est un peu maigre et un peu long, mais fort beau et fort distingué. Ses grands yeux bleus, sa barbe naissante, ses cheveux blonds qui s'échappent en grosses boucles d'un bonnet pointu, son costume blanc et noir théâtralement drapé lui donnent un aspect à la fois étrange et charmant. (Voir à la 1repage de ce livre.)En 1499, il a peint le portrait d'Oswald Krel, qui est à Munich, cabinet VII, sous le numéro 120.En 1500, il a fait le portrait d'un jeune homme, peut-être Joannes Dürer, son frère (Munich, cabinet VII, no147), et aussi son propre portrait. Ce n'est plus le même homme que l'on a vu à Madrid; sa barbe est plus touffue, son visage est plus mâle, son front est déjà un peu soucieux, son costume surtout est changé de fond en comble; le bariolage blanc et noir est remplacé par une fourrure de prix. On reconnaît en lui le chef d'une illustre école de peinture, et on voit jusqu'à quel point Camerarius a raison lorsqu'il dit: «Non-seulement Albert Dürer était beau, mais il était très-fier de sa beauté, et il ne négligeait rien pour la faire ressortir.» Ce portrait est fort remarquable, il ne peut être comparé qu'à celui qu'il a fait plus tard de son vénérable maître Wohlgemuth, et qui est dans le même musée.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, avec la date de 1503, uneSainte Vierge et l'Enfant Jésus, deux têtes, deux chefs-d'œuvre.En 1504, Albert Dürer grava sans doute plus qu'il ne peignit, car nous ne connaissons qu'un seul tableau qui porte cette date, c'est unMarius sur les ruines de Carthage. Le grand homme est assis près d'une colonne brisée; il jette un long regard triste sur cette ville autrefois si superbe, et il se dit sans doute que les destinées des hommes et des empires sont souvent les mêmes: plus ils sont puissants, plus leur chute est imminente. Ce tableau est surtout remarquable par la couleur.C'est en 1506 qu'il fit son voyage à Venise, où il peignit, outre leSaint Bartholomé, dont il parle dans sa première lettre à Pirkeimer, unChrist avec les Pharisiens, qu'il termina en cinq jours, et uneSainte Vierge couronnée par les anges. Albert Dürer ébauchait ce dernier tableau, lorsque Giovanni Bellini vint le voir dans son atelier: «Mon cher Albert, lui dit-il, voudriez-vous me rendre un grand service?—Certainement, dit le peintre nurembergeois, si ce que vous me demandez est en mon pouvoir.—Parfaitement, répondit Bellini, faites-moi présent d'un de vos pinceaux, de celui qui vous sert à peindre les cheveux de vos personnages.» Dürer prit une poignée de pinceaux absolument semblables à ceux dont se servait Bellini, et les lui offrant: «Choisissez, dit-il, celui qui vous plaît, ou les prenez tous.» Le peintre italien, croyant à une méprise, insista pour avoir un des pinceaux avec lesquels il exécutait les cheveux. Pour toute réponse, Albert Dürer s'assit et peignit avec l'un d'eux, le premier qui lui tomba sous la main, la chevelure longue et bouclée de laVierge aux angesavec une telle sûreté de main, que son ami resta stupéfait de sa facilité.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, une toile datée de 1507. C'est le portrait d'un jeune homme inconnu, dont les traits sont d'une très-grande beauté.1508 nous donne un des tableaux les plus célèbres du maître, laLégende des dix mille saints martyrisés sous le roi de Perse Sapor II. Malgré la multiplicité des personnages et le beau fini des détails, Albert Dürer le peignit en un an pour le duc Frédéric de Saxe; plus tard il devint la propriété du prince Albert, qui l'offrit au cardinal de Granvelle. Je n'ai trouvé nulle part comment il devint la propriété de l'empereur d'Autriche. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il est depuis longtemps déjà à Vienne, au Belvédère (salle 1re, no18), où il excite une juste admiration.—Au milieu de la toile, on aperçoit Albert Dürer et son Pylade Bilibald Pirkeimer; tous deux sont vêtus d'habits noirs et suivent avec intérêt les péripéties du drame terrible qui se déroule devant eux: leur attitude est calme et digne; l'artiste tient à la main un petit drapeau sur lequel on lit l'inscription suivante:Ista faciebat anno Domini, 1508, Albertus Dürer Alemanus.Il y a, dans la galerie de Schleissheim, une répétition de cette toile. Un an avant d'exécuter laLégende des dix mille martyrs, l'artiste en avait fait un croquis à la plume. C'est le prince royal de Suède qui est l'heureux possesseur de ce petit chef-d'œuvre.Albert Dürer peignit l'Ascension de la Viergepour Jacques Heller, de Francfort; il se représenta au second plan, appuyé sur une table qui portait son nom et la date 1509. Je dis qui portait, car cette belle toile a été détruite dans le terrible incendie du château de Munich. Le fameux tableau l'Adoration des rois mages, que l'on voit à Florence, porte aussi la date de 1509. C'est une œuvre du plus haut style, malgré son aspect un peu étrange. En effet, on a peine à garder son sérieux devant ses rois d'Orient, vêtus comme des gentilshommes allemands du commencement duXVIesiècle.Suivant les errements de tous les peintres, ses prédécesseurs, Albert Dürer ne se souciait pas du costume, il habillait ses personnages à la mode de son époque et de son pays.Revenons au Belvédère, nous ne perdrons pas nos pas, car nous nous trouverons en face d'une des plus belles pages du maître,la Trinité. Il fit ce chef-d'œuvre pour une église de Nuremberg, d'où on la porta à Prague; ensuite elle passa à Vienne, où on la voit encore. En haut, au milieu de la toile, Dieu le père presse entre ses bras le Christ attaché à la croix; le Saint-Esprit plane sur sa tête; deux séraphins tiennent le manteau de Jéhovah, tandis que plusieurs anges voltigent autour d'eux, portant les instruments de la Passion. A gauche, on aperçoit des saintes conduites par la Vierge; à droite, des saints conduits par saint Jean-Baptiste; au-dessous, une troupe d'élus de tous les états et de toutes les races se tiennent debout sur des nuages et rendent des actions de grâces au Créateur. A la droite du spectateur, on aperçoit Albert Dürer lui-même, vêtu d'un riche manteau fourré; il tient dans la main gauche un écusson sur lequel on lit:Albertus Durer Noricus faciebat anno Virginis partu 1511.Un beau paysage, baigné par un lac transparent, occupe le bas de la toile.1511 nous donne un autre tableau qui ne vaut pas le précédent, il s'en faut; c'est uneVierge allaitant l'enfant Jésus, que l'on trouve au musée royal de Madrid. On peut reprocher à la mère du Sauveur de n'être qu'une bonne bourgeoise de Nuremberg, mais on doit reconnaître que la toile est d'un bel effet et d'un bon coloris.1512 ne nous apporte qu'un tableau que l'on voit à Vienne, au Belvédère, c'est uneMadonequi se ressent du séjour du maître en Italie. La robe bleue de la Vierge est d'une couleur très-intense, trop intense peut-être; elle écrase un peu les chairs qui sont un peu pâles; l'enfant nu que la Madone tient sur ses genoux est remarquablement beau.Le musée du roi, à Madrid, renferme unCalvairedaté de 1513, qui peut rivaliser avec les meilleurs morceaux d'Albert Dürer. Ce n'est guère qu'un tableau de chevalet. Mais les œuvres de génie ne se mesurent pas au mètre.En 1515, il fit à la plume les dessins du célèbre livre de prières destiné à l'empereur Maximilien. Aucun de ces nombreux petits chefs-d'œuvre ne ressemble à son voisin: les uns sont sérieux, les autres spirituels, tous sont admirables, et c'est toujours celui que l'on a sous les yeux qui paraît le meilleur. Ce livre unique est à Munich, dans la bibliothèque de la Cour.De tous les portraits d'Albert Dürer, le plus beau sans contredit est celui qu'il a fait en 1516, d'après laressemblancede son vieux maître, Michel Wohlgemuth. Cette œuvre pieuse est conservée à la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 139; elle est peinte sur un fond vert uni et porte cette singulière légende: «Albert Dürer a fait ce portrait en 1516, d'après la ressemblance de son maître, Michel Wohlgemuth, qui était âgé de 82 ans et qui a vécu jusqu'en 1519. Il est mort le jour de la Saint-André, avant le lever du soleil.»A l'âge de quatre-vingt-deux ans maître Wohlgemuth avait encore l'air intelligent, mais il ressemblait plutôt à un moine qu'à un grand artiste.LaLucrèceque nous trouvons à la pinacothèque de Munich, dans la deuxième salle, sous le numéro 93, passe pour être le portrait de sa femme. On se trompe évidemment; Agnès Frey était belle et distinguée, et cette Lucrèce est laide et sans distinction. La même année, Albert Dürer a peint uneVierge tenant son fils sur ses genoux. L'Enfant divin porte au cou un collier d'ambre jaune, et sur une table verte on aperçoit un citron coupé qui fait pâmer d'aise tous les réalistes. La Mère du Sauveur est aussi belle que les plus belles Vierges de Raphaël.—Ce tableau est à Vienne, au Belvédère à côté d'un superbe portrait de l'empereur Maximilien Ier, daté de 1519.En 1520, Albert Dürer entreprend son voyage dans les Pays-Bas. Chemin faisant, il dessine sur un album qu'il emporte toujours avec lui les personnages et les objets qui lui semblent intéressants. Ce précieux album a été vendu en détail; nous en avons vu quelques feuillets qui appartiennent à un amateur distingué, M. Ambroise-Firmin Didot. Ils nous ont laissé le regret de ne pas connaître les autres.Dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, numéro 127, nous trouvonsSiméon et l'évêque Lazare, un petit tableau charmant qui porte la date de 1523, et qui cependant est peint sur un fond d'or, dans le style de l'école de Cologne. A la même date, nous avons non-seulement un magnifique portrait d'homme peint à la détrempe sur toile, que l'on suppose être Jacques Frugger, mais encore trois des meilleurs tableaux du maître: 1ouneDescente de croix, fort bien composée et d'une vérité qui vous fait froid au cœur; 2ouneNativité dans la crèche, où l'on voit sainte Marie et saint Joseph adorer l'enfant Jésus entouré d'un groupe de chérubins, tandis que d'autres anges vont annoncer la bonne nouvelle aux bergers. CetteNativitéformait le centre d'un triptyque dont on a détaché les volets qui contenaient les portraits en pied des frères Baumgartner, dont Albert Dürer parle souvent dans ses lettres à Pirkeimer; 3olaSainte Trinité, qui appartient à un habitant d'Augsbourg. C'est un beau tableau largement peint et fort bien conçu.Le musée Van Ertborn, d'Anvers, possède une magnifique grisaille; c'est le portrait de l'électeur Frédéric III, de Saxe, conforme à la gravure qu'Albert Dürer en a faite en 1524 et qui porte son monogramme si connu.1526 nous apporte trois pages superbes. On voit la première à Aix-la-Chapelle; c'est un Christ qui fait ses adieux à sa Mère.On voit la seconde à Vienne, dans la galerie du Belvédère; c'est le portrait d'un certain Johann Kleeberger, dont les grands yeux noirs et le teint mat sont très-poétiques. Il serait très-beau s'il avait un nez, mais ce détail lui manque presque absolument. Ce Kleeberger épousa Felicitas Pirkeimer, la fille de l'ami de Dürer. En 1532, deux ans après la mort de sa femme, il s'établit à Lyon où on ne l'appela bientôt quele bon Allemand, à cause du bien qu'il faisait aux pauvres. Lorsqu'il mourut, en 1546, ses compatriotes d'adoption lui élevèrent, sur le roc de Bourgneuf, une statue en bois, qui fut remplacée en 1849 par une statue en pierre, due au ciseau de M. Bonnaire.La troisième est le portrait d'un des ancêtres de M. le conseiller et docteur Rodolphe Holzschuler, chef d'une illustre famille de Nuremberg, qui le montre aux étrangers avec une grâce parfaite. Son aïeul a cinquante-sept ans environ; mais malgré ses cheveux blancs, il a l'air fort jeune. Ce portrait est un chef-d'œuvre.Il ne nous reste plus qu'à parler des tableaux qui n'ont pas de date certaine. Parmi ceux-là nous trouvons, à Venise, le célèbreEcce Homoqui doit avoir été peint en 1505 ou en 1506.—A Vienne, dans la galerie de Fries, laMort de la Vierge. La tête de la mère du Christ est le portrait fidèle de Marie de Bourgogne, première femme de Maximilien. Au second plan, on reconnaît l'empereur, son fils et un grand nombre de contemporains célèbres. La beauté de la couleur, le fini des détails et la ressemblance des personnages historiques donnent un grand attrait à cette admirable peinture.—A Florence, dans la galerie des Offices, laMadone avec l'Enfant. Ce tableau est mal placé; cependant on remarque la grâce et la beauté de la Vierge: on jurerait une de ces belles toiles de Jules Romain ou de son illustre maître. A Schleissheim,la Vierge, sainte Anne et l'Enfant Jésus endormi, tableau d'une exécution irréprochable, et uneMater dolorosadebout, les mains jointes.—Citons encore unEcce Homoqui, pour ne pas valoir celui de Venise, n'est pas moins une fort belle chose dont la chapelle de Moritz, de Nuremberg, peut tirer grande vanité.—Hercule tuant les Harpiesest un tableau peint à la détrempe; il en reste juste assez pour faire voir qu'il a été superbe et combien on doit le regretter.—LesBustes des empereurs Charles et Sigismond, du château de Nuremberg, belles figures puissantes et majestueuses, peintes avec une grande sûreté de main.—Dans la galerie de Schleissheim, lePortrait d'un jeune savant, bon ouvrage exécuté à la détrempe, infiniment mieux conservé que l'Herculedont nous avons déploré la fin prématurée.—A Anvers, au musée Van Ertborn, uneMater dolorosa. La Vierge, vêtue d'un manteau vert, est assise les mains jointes. Ce tableau est très-beau, très-fini, d'une couleur très-intense et d'une conservation parfaite; Otto Mündler l'attribue à Altdorfer. Il est peut-être d'Albert Dürer; les hommes distingués qui ont rédigé le livret du musée d'Anvers se contentent de dire qu'il appartient à l'école allemande. En Espagne ou en Italie on le donnerait sans hésiter à Albert Dürer. En Belgique, dans le doute, on s'abstient toujours, ce qui est à la fois plus honnête et plus habile.Faut-il parler ici des peintures dont le musée de Saint-Pétersbourg gratifie trop généreusement Albert Dürer? Comme elles n'ont pas sur elles leur extrait de naissance ou leur passe-port, ce qui n'est pas toujours la même chose, nous aimons mieux les oublier pour n'avoir pas à les débaptiser.La bibliothèque Ambroisienne de Milan possède laConversion de saint Eustache, dont Albert Dürer a fait une de ses plus belles gravures.A Rome, il y a un tableau de Dürer, où il nous montre desAvaresrepoussants, à force d'être vrais, et une copie de l'Adoration des rois, que l'on voit à Florence. Tout le monde croit qu'elle est faite par un des bons élèves de Dürer. Le directeur du musée seul déclare avec assurance que c'est un original. Dans trois ans, si Dieu prête vie à ce galant homme, ce que je désire de tout mon cœur, il assurera avec le même aplomb que le tableau de Florence est une simple contrefaçon;—trois ans plus tard, il nommera l'élève de Dürer qui l'a fait d'après celui de Rome; il dira, si on l'exige, combien de temps il a employé à ce travail, où il était logé, ce qu'il mangeait à ses repas, et il ne croira pas mentir. Rien ne peut être comparé à l'imagination d'un propriétaire de tableaux. Et un directeur de musée n'est-il pas propriétaire de tous les tableaux qu'il a sous sa garde?Nous trouvons, à Turin, uneDéposition de croixd'une belle couleur, et unErmite en prière, qui pourrait bien être de Heinrich Aldegrœver.Dans la galerie du prince de Liechtenstein, à Vienne, il y a deux volets de triptyque dont le panneau central est absent: ce sont deux portraits en pied qui ne manquent pas de majesté et une petite esquisse à peine ébauchée, vrai chef-d'œuvre de naïveté.A Dresde, on montre un portrait que l'on assure être celui de Lucas de Leyde, qu'Albert Dürer a fait à Anvers, en 1520, et dont il parle dans ses notes de voyage.—UnPortement de croixen figurines et en grisailles, et unLapinà la gouache sur parchemin, d'une vérité parfaite;—il amuse beaucoup les enfants, les grandes personnes se contentent de l'admirer.Nous trouvons dans le musée de Madrid deuxallégoriesphilosophiques et chrétiennes peintes sur des panneaux longs et étroits. Comme dans l'un et dans l'autre la mort joue le rôle principal, on prétend qu'ils ont été commandés par un seigneur du temps qui avait le spleen.Et enfin les apôtres Pierre et Jean, Paul et Marc, que l'on admire à Munich, salle première, sous les numéros 71 et 76. Ils ne portent aucune date, mais le livret de la pinacothèque nous apprend qu'ils ont été faits en 1527, c'est-à-dire un an avant la mort d'Albert Dürer. Ces quatre apôtres pourraient être signés: Raphaël ou Fra Bartholomeo. Quelle élévation de style, quelle grandeur imposante et quelle noblesse! On les reconnaît, ce sont bien eux qui ont porté la parole du Christ par la terre entière. En peignant l'apôtre saint Jean, Albert Dürer lui a donné la belle et sympathique figure de Schiller. On dirait que le grand peintre a pressenti la venue du grand poëte et qu'il a voulu d'avance faire son portrait.On remarquera sans doute que nous n'avons pas cité une seule fois Paris dans ce rapide travail; c'est qu'en effet notre musée impérial, qui contient quelques beaux dessins du Raphaël de l'Allemagne, n'a pas une seule de ses admirables peintures. Je n'accuse personne, je sais combien notre surintendant est artiste; je sais aussi, sans qu'il me l'ait dit, avec quelle joie il payerait, non pas au poids de l'or, ce serait trop bon marché, au poids du rubis, un tableau qui porterait la signature d'Albert Dürer ou son célèbre monogramme. Mais ceux qui ont le bonheur de posséder ces inimitables chefs-d'œuvre les gardent. Il lui serait facile de se procurer quelques-unes des innombrables contrefaçons que l'on fabrique par un procédé qui est d'une déplorable simplicité; le voici: on colle sur une plaque de cuivre une gravure du maître, on la met en couleur; on a soin de respecter le monogramme; on la vernit, on l'envoie en Hollande, d'où elle revient sans toucher terre; on la conduit à l'hôtel Drouot, où on la sert aux banquiers enrichis en un jour qui se font une galerie en une heure.Si notre surintendant n'était pas lui-même un artiste distingué, il se laisserait prendre à ce piége, car il est quelquefois assez vraisemblablement ourdi, et nous aurions, comme quelques musées étrangers, une demi-douzaine d'Albert Dürer. Mais combien nous préférons l'absence du chef de l'école nurembergeoise à ces toiles douteuses qui font hausser les épaules aux vrais connaisseurs! Il y a encore assez de tableaux authentiques d'Albert Dürer dans les mains des particuliers, pour qu'un bon vent nous en amène un; s'il faut le payer cher, on le payera cher!Les musées de province ne sont guère plus riches que celui de Paris. Cependant Lyon a unex-votode l'empereur Maximilien signé du portrait de Dürer lui-même, et Limoges un magnifique tableau peint sur fond d'or.Dans la relation de son voyage en Flandre, Albert Dürer passe en revue la plus grande partie de ses gravures. Nous compléterons, chemin faisant, les renseignements qu'il donne lui-même, et nous prierons le lecteur qui voudra de plus amples détails de consulter l'Abecedario de Mariette, publié et annoté par MM. de Chenevières et de Montaiglon, M. Charles Blanc, qui parle longuement et savamment de l'œuvre gravé d'Albert Dürer dans son admirableHistoire des peintres, Heller, qui a corrigé Bartsch, M. Passavant, qui a corrigé Heller, et M. Émile Galichon qui, lui, n'a voulu corriger personne, et a pourtant écrit un fort bon ouvrage sur les gravures d'Albert Dürer.Nous l'avons dit, Albert Dürer ne fut pas seulement peintre et graveur, il embrassa tous les arts et excella dans tous. Il fut orfévre, mais aucun de ses travaux n'est resté. Sandrart nous apprend qu'il a ciselé sept sujets de la Passion, mais il ne les a pas vus.On lira dans leVoyage en Flandrequ'il fit beaucoup de dessins pour les orfévres. On verra, dans la même relation, qu'il s'occupa aussi d'architecture; entre autres travaux, il dessina au lavis le plan d'une maison pour le médecin de dame Marguerite, et le British Museum possède le plan d'une fort belle fontaine qu'il a dessiné à la plume; malheureusement, cette fontaine est restée à l'état de projet.Il fut aussi ingénieur comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. C'est lui qui dirigea les travaux de fortifications de la ville de Nuremberg.Comme sculpteur, on lui donne: 1oun petit bas-relief en pierre, représentant la naissance de saint Jean-Baptiste (il est conservé au British Museum); 2odeux statuettes, Adam et Ève (au musée de Gotha); 3odeux madones, bas-reliefs sculptés en bois; deux femmes nues, vues l'une de face, l'autre de dos, bas-reliefs en marbre (à Munich); 4oun saint Jean prêchant dans le désert, bas-relief (à Brunswick); 5odivers ouvrages exécutés en ivoire et en bois (à Dresde, dans la collection des Grünes Gewölbe); 6oune arquebuse (à Vienne); 7oplusieurs bas-reliefs en bois et en pierre lithographique, avec le monogramme d'Albert Dürer (à Paris, au Louvre, et à Bruges, au séminaire). Mais nous n'acceptons la plus grande partie de ces ouvrages que sous bénéfice d'inventaire. Les numismates lui attribuent aussi plusieurs médailles.Voici un pfenning qu'il grava pour Martin Luther:Le premier livre d'Albert Dürer est intitulé:Traité de géométrie, ou Méthode pour apprendre à mesurer avec la règle et le compas. Cet ouvrage est mûrement pensé et écrit clairement. On voit que l'auteur est convaincu de ce qu'il avance, à savoir «que la géométrie est le vrai fondement de toute peinture, et que, sans posséder à fond cette science, personne ne peut devenir un bon peintre.»Ce traité était fort estimé auXVIesiècle.—A la demande d'Agnès Frey, Joachim Camerarius en fit une traduction qui fut publiée à Paris,ex officina Christiani Welcheli.Sub scuto BasilensiM. D. XXXV.A la même époque, le même éditeur mit en vente une traduction latine duTraité sur les fortifications des villes, châteaux et bourgs, qu'Albert Dürer avait publié en 1527, et qu'il avait dédié au roi de Hongrie, Ferdinand, frère de Charles-Quint.L'ouvrage intitulé:Les quatre livres des proportions humaines, qui a été écrit en 1523, n'a été publié qu'après la mort d'Albert Dürer, par les soins de sa femme, qui n'a rien négligé pour en retirer un bon prix; il a aussi été traduit en latin par Camerarius, et en français par Loys Meygret, de Lyon. Nous ne dirons rien de cet ouvrage, puisqu'on peut le lire en français; il y en a un exemplaire à la Bibliothèque impériale. Outre les trois traités dont nous venons de parler, on conserve à la Bibliothèque de la Madeleine, à Breslau, un livre sur l'escrime qui doit être authentique. On sait combien Albert Dürer aimait tous les exercices du corps.Un ouvrage sur les proportions du cheval, qu'on lui attribue, n'est pas de lui, si l'on en croit Camerarius, qui est digne de foi.[2]Œuvres de Bernard Palissy, page 10 (édition Ruault,—1777); dans une note, on lit ceci: «En 1777, les pièces capitales se vendent jusqu'à 15 et 16 livres.» Que dirait donc l'auteur de la note, s'il savait que j'en ai vu vendre une, dernièrement, 1,200 francs?[3]Jean.[4]Célèbre imprimeur de Nuremberg.[5]Celui-ci a survécu à Albert, et fut son héritier.[6]Jean fut peintre du roi de Pologne.[7]Né à Nuremberg en 1434, mort en 1519 dans sa ville natale. On l'appelle généralement le Pérugin du Raphaël de l'Allemagne. Lorsque Albert Dürer entra chez Michel Wohlgemuth, ce peintre illustrait laChronique de Nuremberg, livre célèbre, qui fut imprimé, pour la première fois, en 1493, par le parrain d'Albert, Antoine Koberger.[8]Cette maison ou plutôt cette cage n'est intéressante que parce qu'elle a été habitée par le célèbre artiste pendant la plus grande partie de sa vie, et qu'il y a composé presque tous ses chefs-d'œuvre.—Elle est située à l'extrémité de la rue Albert Dürer et porte le numéro 376. Les murs sont construits avec des soliveaux entre-croisés, dont les intervalles sont remplis par la maçonnerie; les fenêtres sont nombreuses et larges; elle est coiffée d'un énorme toit rouge percé d'une grande quantité de lucarnes longues et basses comme ses voisines, dont elle n'a pas l'air de chercher à se distinguer.La tradition rapporte que, sur le pignon, à la hauteur du premier étage, s'avançait autrefois en saillie une loge vitrée qui servait d'atelier au maître; elle a été démolie, parce qu'elle menaçait ruine, et on a eu le tort de ne pas la reconstruire.La ville de Nuremberg a acquis cette maison et lui a donné une noble destination en la réservant aux assemblées de laSociété Albert Düreret aux expositions permanentes d'objets d'art.—Les étrangers qui désirent visiter ce pieux souvenir historique sont fort bien accueillis par un artiste délégué, qui leur montre avec une grâce parfaite le rez-de-chaussée où Dürer faisait poser ses modèles; la grande salle du premier étage où le maître recevait ses élèves et ses amis, après ses longues journées de labeur, lorsque la belle Agnès l'autorisait à ne pas travailler le soir, ce qui était fort rare; et enfin le second étage où on voit la chambre à coucher d'Albert Dürer. C'est un réduit situé sur la cour, où le soleil n'a jamais daigné venir le saluer, et où un homme de moyenne taille peut à peine se tenir debout. Si j'offrais à mon domestique quelque chose de pareil, il m'aurait bientôt donné mon compte.[9]Un jour, l'empereur Maximilien fit pour Albert Dürer ce que Charles-Quint fit plus tard pour le Titien, et François Ierpour Benvenuto Cellini, il maintint en équilibre l'échelle sur laquelle le peintre était monté, et dit aux gentilshommes de sa suite: «Vous le voyez, messieurs, le génie d'Albert Dürer le place même au-dessus de l'empereur.»Un autre jour, Albert Dürer, dessinant sur une muraille, allait devoir interrompre son travail, parce qu'il ne se trouvait plus assez élevé, lorsque l'empereur Maximilien, qui était présent, ordonna à un de ses gentilshommes de se poser de façon que l'artiste pût se servir de lui pour s'exhausser. Le gentilhomme représenta humblement qu'il était prêt à obéir, bien qu'il trouvât cette posture fort humiliante; il ajouta qu'on ne pouvait guère plus avilir la noblesse, qu'en la faisant servir de marchepied à un peintre.«Ce peintre, reprit l'empereur, est plus que noble par ses talents; je peux d'un paysan faire un noble, mais d'un noble je ne ferais jamais un artiste comme Albert Dürer.» Le soir même, Albert Dürer fut anobli par l'empereur, qui lui donna pour armes trois écussons d'argent, deux en chef et un en pointe sur champ d'azur.Nous laissons la responsabilité de ces anecdotes à Karle de Mander, qui a fait des comédies charmantes et des fables fort spirituelles, dont il s'est un peu trop souvent souvenu quand il a écrit son histoire des peintres.[10]Memini virum excellentem ingenio et virtute Albertum Durerum pictorem dicere, se juvenem floridas et maxime varias picturas amasse, seque admiratorem suorum operum valde lætatum esse, contemplando hanc varietatem in sua aliqua pictura.Postea se senem cœpisse intueri naturam, et illius nativam faciem intueri conatum esse.Quam cum non prorsus adsequi posset, dicebat se jam non esse admiratorem operum suorum ut olim, sed sæpe gemere intuentem suas tabulas et cogitare de infirmitate sua, etc., etc.(Epistolæ Ph. Melancthonis., Ep.XLVII, page 42.)[11]En 1477, un patricien de Nuremberg, nommé Martin Kœtzel, fit un voyage en Palestine. Pendant son séjour en Terre Sainte, il compta le nombre de pas qui séparent la maison de Pilate du Golgotha. Son dessein était de mesurer une distance égale, à partir de sa maison de Nuremberg jusqu'au cimetière Saint-Jean, et de faire sculpter, par l'illustre statuaire Kraft, sept stations dans l'intervalle et un calvaire avec le Christ, et les deux larrons à l'extrémité.—Qu'arriva-t-il?—Le patricien perdit-il la mémoire ou ses notes? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que, revenu chez lui, il n'avait plus ses mesures. Onze ans après, en 1488, il entreprit un nouveau pèlerinage pour pouvoir faire de nouveau son calcul sur place, et au retour il fut assez heureux pour trouver Adam Kraft plein de vie et dans toute la force de son talent. Cette fois, il ne perdit pas une seconde, son œuvre pie fut exécutée et fort bien, si l'on en juge par les morceaux que le temps n'a pas dévorés.[12]Willibald ou Bilibald Pirkeimer, sénateur de Nuremberg, homme de lettres distingué et l'un des amis intimes d'Albert Dürer.—Il a fait son portrait sur cuivre en buste vu de trois quarts avec cette épigraphe:Bilibaldi Pirkeymheri. effigies. œtatis. suæ, annoL. III.Vivitur. ingenio cætera. mortis eruntM. D. XX. IV. Ce portrait admirable est celui dont nous donnons, dans ce livre, une copie exécutée par M. Durand, d'après une épreuve de la collection de M. Ambroise-Firmin Didot. Dürer a aussi peint les armoiries de Pirkeimer, deux écus soutenus par deux génies ailés au-dessus desquels on lit:Sibi et amicisP., et dans la marge du bas: LiberBilibaldi Pirkeimer: dans celle du haut est une inscription en hébreu, une seconde en langue grecque et la suivante en latin:Initium sapientiæ timor Domini.[13]Il parle certainement des Allemands qui habitent laGiudeccaouZuecca(quartier des Juifs), dans l'île deSpinalonga.[14]Il veut parler sans doute d'une communauté allemande qui existait alors à Venise.[15]C'était leMartyre de saint Bartholomé. Ce tableau fut acheté plus tard par le roi de Bohême Rodolphe II, qui le plaça dans la galerie de Prague.[16]Le plus jeune et le plus illustre des deux frères Bellini, le maître de Giorgion et du Titien.Il est né à Venise en 1426, il y est mort en 1516 et il y est enterré à côté de son frère Gentile, dans l'église des apôtres saint Jean et saint Paul.[17]Albert Dürer parle-t-il de Jacob Walch ou de Jacob Elsner, l'artiste universel dont Neudörffer dit: «Ce Jacob Elsner était un homme d'un commerce agréable que les patriciens recherchaient fort. Il jouait admirablement du luth et vivait dans l'intimité des habiles organistes Sébastien Imhoff, Guillaume Haller et Laurent Stauber. Il peignit leurs portraits, illumina leurs beaux livres, dessina les blasons que l'empereur et les rois leur avaient donnés et fit nombre d'autres petits travaux pour eux. Personne de son temps ne savait peindre l'or comme lui.» Le docteur Frédéric Campe croit qu'il est question d'Elsner. «Albert Dürer, dit-il, parlerait avec plus de respect de son honorable prédécesseur Jacob Walch ou le Walche.» Le respect n'a rien à faire ici. Albert Dürer donne son opinion sur les peintres italiens, et s'il attaque quelqu'un, c'est Antoine Kolb, dont le zèle amical est en effet un peu bien exagéré.M. Passavant déclare nettement qu'il s'agit ici d'un tableau de Jacob Walch qui venait, grâce à Kolb, d'obtenir une situation auprès de Philippe de Bourgogne. Il ajoute qu'Albert Dürer avait peut-être sollicité cette situation. Pourquoi cette supposition toute gratuite? L'appréciation d'Albert Dürer n'était que juste. «Jacob Walch, dit Jacob de Barbarj, dit le Maître au caducée, avait du talent, mais il était loin d'égaler les maîtres italiens.» (Voir le travail de M. Émile Galichon sur ce peintre.Gazette des Beaux-Arts, t. XI, p. 314, no456.)[18]Minuit et demi de notre temps.[19]La mère de Dürer faisait cuire des œufs et Hans les peignait. Cette coutume existe encore aujourd'hui à Nuremberg et à Prague. Ces œufs, qui sont artistement peints, amusent toujours les petits enfants et même les grandes personnes.[20]Le premier dimanche après Pâques.[21]La première partie de cette lettre est écrite un peu en italien de cuisine, un peu en espagnol, un peu en portugais et beaucoup en patois indéchiffrable.—Pirkeimer, qui était un homme fort instruit, a dû rire beaucoup en la recevant.—Voici le texte original, original est le mot.«Grandissimo primo homo de mondo, woster servitor ell schiavo Alberto Dürer disi salus suo magnifico miser Willibaldo Pircamer my fede el aldy Wolentiri cum grando pisir woster sanita et grando honor el my maraweio como ell possibile star uno homo cosi wu contra thanto sapientissimo Tirasibuly milites non altro modo nysy una gracia de dio quando my leser woster littera de questi strania fysa de catza my habe thanto pawra et para my uno grando kosa.»[22]Pirkeimer avait envoyé à son ami un dessin un peu intime, en effet.[23]Il parle de sa femme.[24]Eucharis Karll, prieur des Augustins.[25]Les quelques premiers mots de cette phrase sont écrits en italien, un peu moins indéchiffrable que celui que l'on trouve au commencement de la lettre précédente.[26]A l'époque dont parle Albert Dürer, Pirkeimer fit partie de l'ambassade qui fut envoyée au conseil de la Confédération souabe par la ville de Nuremberg. L'histoire de cette négociation est conservée dans les archives de Nuremberg sous ce titre: Conventions conclues entre le margrave Frédéric de Brandenbourg et l'ambassade de Nuremberg, etc., 1506, in-folio.[27]Leonardo Loredano, doge de Venise de 1500 à 1521.[28]Antonio Suriano.[29]Agnès Frey, fille d'Hans Frey de Nuremberg, épousa Albert Dürer en 1494. Le journal de Dürer prouve qu'il n'avait pas laissé à Nuremberg son avare et querelleuse femme, comme l'ont prétendu jusqu'ici ses biographes, entre autres J. Sandrart, qui l'écrit en toutes lettres dans le deuxième volume de l'Académie allemande, page 225 (imprimé à Nuremberg en 1675). Du reste, Albert Dürer, dans son journal, ne dit pas un mot du caractère de sa femme. Il résulte aussi de ce document qu'en 1520 il se rendit pour la première fois dans les Pays-Bas. Il n'avait donc pas visité précédemment ce pays avec l'empereur Maximilien I, comme Quadens le prétend à tort dans lesFastes de la nation allemande, page 428. S'il est vrai qu'Albert Dürer alla dans les Pays-Bas pour fuir des chagrins domestiques, malheureusement trop réels, il faut que ce voyage nouveau ait eu lieu en 1523 ou en 1524 seulement.[30]Georges III, sacré en 1505, mort en 1522, protecteur des arts. Albert Dürer a fait son portrait.[31]Suite de 20 estampes. Hauteur, 11 pouces; largeur, 7 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, D. VII, no76-95.[32]L'Apocalypse de saint Jean, 15 estampes. Hauteur, 14 pouces 6 lignes; largeur, 10 pouces 3 à 6 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 60-75. Cette œuvre gigantesque est digne de l'homme de génie qui l'a exécutée, et digne du livre étrange qui l'a inspirée.[33]Le florin d'or valait 8 fr. 60 de notre monnaie d'aujourd'hui.[34]Hans Wolfgang Ratzheimer vivait à Bamberg, de 1492 à 1527.[35]Albus, ou pfennig blanc, monnaie d'argent mise en circulation vers 1360. Sous l'empereur Charles IV, elle avait surtout cours dans l'électorat de Cologne et dans la Hesse-Cassel; elle valait 9 pfennigs. On n'en trouve plus que dans les cabinets des numismates.[36]Le fils du sellier, l'élève du père d'Albert Dürer.[37]On sait que du temps d'Albert Dürer, cette ville était appelée Antorff par les Allemands.[38]Le chevalier Arnold de Liere, qui fut successivement bourgmestre de l'extérieur et de l'intérieur, de 1506 à 1529, date de sa mort.[39]Cette maison, située rue des Princes, devant la cour de Liere, est aussi appelée la Maison Anglaise. Aujourd'hui, c'est un hôpital militaire. L. Guicciardyn dit, dans saDescription des Pays-Bas, Amsterdam 1612, page 69, qu'elle fut bâtie par le seigneur Aert, né de la branche noble de Liere, pour servir de résidence à Charles V.[40]Maître Pierre, charpentier de la ville.[41]Quentin Metsys, peintre fameux, né à Louvain vers 1466, mort à Anvers en 1530.Nous disons en 1530. En effet, il résulte d'une communication faite à M. Pierre Génard par le chevalier Léon de Burbure, et insérée à la page 196 de laVlamsche School, volume de 1857, que maître Quentin Metsys est décédé entre le jour de la Noël 1529 et la veille de cette fête 1530. C'est en cette dernière année qu'il est mort, puisqu'il avait assisté encore, le 8 juillet 1530, à la passation d'un acte.... (Livret du musée d'Anvers).Le célèbre ferronnier-peintre avait donc seulement 64 ans et non 84 comme on le croyait avant la découverte de son acte de naissance faite récemment par M. Edward Van Even, l'infatigable archiviste de la ville de Louvain. M. Paul Mantz, qui est à l'affût de tout ce qui peut donner un attrait nouveau à sonHistoire des peintres flamands, publiera, j'en suis sûr, ce précieux document dans la prochaine édition de son excellent livre.[42]Quentin Metsys habitait alors une maison appelée le Singe (de Simme), dans la rue des Tanneurs (Huidevetters-Straet, section 3, no1037).Plus tard il alla habiter la rue du Jardin dans les Arbaletriers (Schutters-hof-Straet). C'est cette deuxième demeure qui avait encore, en 1658, pour enseigne, un saint Quentin forgé en fer par maître Quentin Metsys lui-même, si l'on en croit Van Fornenberg.[43]Les places de tir étaient alors situées, les deux premières, où sont aujourd'hui le marché au blé et le nouveau théâtre; la troisième, près des rues des Tapissiers et du Jardin-du-Tir. Elles furent toutes les trois rebâties en partie par Gillibert van Schoonbeke, en 1552.[44]Le 23 décembre 1520, Charles V fit son entrée triomphale à Anvers, où se tenait alors le conseil de toutes les provinces, pour offrir à Sa Majesté deux cent mille couronnes (Chronique anversoise, page 14).[45]Orfévre et amateur de Nuremberg, né en 1504, mort en 1546, reçu de la gilde de Saint-Luc en 1546.[46]37 estampes. Hauteur, 4 pouces 8 à 10 lignes; largeur, 3 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 16-52.[47]Suite de 16 pièces gravées sur bois. Hauteur, 4 pouces 4 lignes; largeur, 2 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 3-18. Vasari dit qu'Albert Dürer a été à Venise pour porter plainte contre Marc-Antoine, qui avait fait et vendu des copies de la grande et petite Passion de Jésus-Christ. Cette assertion est fausse. Ce qui le prouve mieux que tous les raisonnements, c'est que les cinquante-trois pièces qui composent les deux séries de la Passion ont été commencées en 1507 et terminées en 1513, lorsque Albert était revenu depuis longtemps de Venise. S'il y a été une autre fois, c'est avant 1506 et non après.[48]Félix Hungersberg, musicien célèbre et capitaine de l'empire.[49]Joachim Patenier ou de Patenir, né à Dinant, vers la fin duXVesiècle, célèbre comme peintre et comme ivrogne. Il a fait quelques batailles; mais c'est comme paysagiste qu'il s'est illustré. Il mettait dans un coin de tous ses tableaux un petit bonhomme accroupi et ...... C'était le coin du maître. Albert Dürer estimait beaucoup sa peinture; mais il voyait avec chagrin un homme de son méritevivre misérablement dans la crapule.[50]Desiderius Erasme, né à Rotterdam le 28 octobre 1467, mort le 11 juillet 1536 à Basel.[51]Peut-être le frère de Lumbardus, le peintre.[52]Imagines cœli septentrionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 10 lignes.Imagines cœli meridionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 8 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no151-152.[53]Nicolas Kratzer, chimiste et astronome fameux, florissait à Oxford en 1517. Holbein fit aussi son portrait en 1528.[54]Ces quelques lignes ont inspiré au grand peintre belge, Henri Leys, un tableau qui est un chef-d'œuvre.[55]Cette maison existe encore aujourd'hui; elle est située, rempart des tailleurs de pierre, W. 4, no794; mais elle est entièrement défigurée. Les Focker ou Fugger étaient, en ce temps-là, les plus riches marchands de l'Europe. Ils étaient originaires d'Augsbourg et s'étaient fixés à Anvers en 1505.[56]L'hôtel de Portugal, situé auKipdorp, W. 2, no1668, acheté par la ville à M. Gilles de Schermere, le 20 novembre 1511, et donné au facteur et consuls ordinaires du Portugal, «et ce tant et durant que les dicts facteur ou consuls se tiendront en ceste ditte ville, et que le facteur tiendra sa demeure en la ditte maison.» En 1817, on en fit la caserne des pompiers.[57]Rodrigo Fernandès, très-gros commerçant, facteur de Portugal en 1528. Cette année, il acheta le splendide hôtel d'Immerseele, appelé plus tard le Vetkot, situé rue Longue-Neuve W. 2, no1468. Il l'acheta au seigneur Jan d'Immerseele, bailli d'Anvers et marquis du pays de Ryen, et à demoiselle Marie De Lannoy, sa femme. La rue du Marquisat qui est près de là en a pris son nom. La jolie chapelle qui existe encore fut bâtie par le marquis en 1496.[58]Conrad Meyt, né à Malines, reçu à la gilde de Saint-Luc, en 1536.[59]Cette estampe est gravée à l'eau-forte sur fer. Hauteur, 7 pouces 9 lignes; largeur, 6 pouces 10 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no59.[60]Il y a tout un poëme dans cette figure, qui revient sans cesse, et peut-être malgré lui, dans l'œuvre du maître. Ce sont les traits dela jalousied'une grande quantité de ses vierges terrestres, et sans doute de ce monstre charmant, Agnès Frey, qu'il déteste et qu'il adore. Voir pageXIV.[61]Gravure que l'on trouve assez facilement belle. Hauteur, 3 pouces 7 lignes; largeur, 5 pouces 3 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no58.[62]Cette petite merveille que nous donnons ici est gravée au burin sec. Albert Dürer en avait fait tirer très-peu d'exemplaires. Aussi était-elle déjà rare de son vivant, et ne l'offrait-il qu'aux personnes dont il faisait grand cas.[63]Cette gravure, dont l'empereur Rodolphe II a fait dorer la planche, est une des plus fines et des plus remarquables du maître. On la nomme aussisaint Hubert, parce que l'on y voit dans une forêt un chasseur à genoux devant un cerf qui porte une croix lumineuse au-dessus de la tête. On croit, généralement que l'artiste a fait le portrait de Maximilien Ier. Peut-être est-ce celui de son ami Reiter, qui ressemblait à l'empereur. Hauteur mesurée du côté gauche, 13 pouces 3 lignes; du côté droit, 13 pouces seulement; largeur, 9 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no57.[64]On ne trouve plus ce titre dans les catalogues de l'œuvre d'Albert Dürer; il s'agit ici de lajusticeou de lagrande fortune.[65]Cette gravure, très-belle et très-rare, porte cette inscription: Albertus Dürer Noricus faciebat 1504. C'est la première fois que le maître signe en toutes lettres. Il a compris sans doute que l'œuvre est digne du grand nom qu'il se fera. Dès ce moment, en effet, son dessin et son exécution technique sont irréprochables. Il n'a plus ni dureté, ni sécheresse, il n'est plus l'élève d'aucun maître. Il est lui! Hauteur, 9 pouces 2 lignes; largeur, 7 pouces 1 ligne. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no1.[66]Voir pageCL.[67]Le Christ expirant sur la croix. On dit que cette estampe a été gravée sur le pommeau de l'épée de l'empereur Maximilien. C'est un petit chef-d'œuvre extrêmement rare.[68]Agent d'une maison de commerce du royaume à Bruxelles.[69]Rogier de Bruges, ou plutôt Rogier van der Weyden, peintre, né à Bruxelles, suivant les uns, à Tournay, suivant les autres, vers 1400, et mort à Bruxelles le 16 juin 1464, d'une maladie épidémique appelée lemal anglais, qui ravageait alors le pays.Trois des tableaux dont parle Albert Dürer sont d'une grande naïveté, mais le quatrième est d'un effet très-saisissant: c'est Herkenbaldt, mourant dans son lit, qui embrasse son neveu, convaincu d'un viol, et qui en même temps l'égorge pour le soustraire à l'ignominie du supplice.—La tête du vieillard est du plus haut style. M. Alphonse Wauters croit que ces tableaux ont été détruits dans le bombardement de Bruxelles, en 1695. Quatre magnifiques tapisseries de 26 pieds de longueur sur 13 pieds 6 pouces de hauteur, conservées précisément dans la sacristie de l'église de Berne, les reproduisent de la manière la plus complète, et nous font voir combien Lampsonius avait raison quand il s'écriait avec admiration: «O maître Rogier, quel homme vous étiez![70]Le Mexique.[71]Hugues Vandergoes, peintre distingué, que Vasari nomme Hugo d'Anversa. Pourquoi? Ce n'est sans doute pas parce qu'il est né à Gand vers 1430.—En 1476 il se fit ordonner prêtre, devint chanoine régulier au monastère de la Croix-Rouge, dans la forêt de Soignes, aux portes de Bruxelles, et mourut en 1482.Ses compagnons de retraite gravèrent cette inscription sur sa tombe:Pictor Hugo van der Goes humatus hic quiescit.Dolet ars, cum similem sibi modo nescit.[72]Bernard van Orley, ou Barend van Brussel, né à Bruxelles en 1471, mort dans sa ville natale en 1541, peintre de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il eut la gloire d'être un des rares peintres flamands qui accueillirent Albert Dürer sans jalousie.[73]Receveur du Brabant pour le quartier de la ville d'Anvers.[74]Il est représenté à mi-corps dans son cabinet. Il écrit. Érasme ne fut pas content de ce portrait comme il l'avait été de celui fait par Holbein, qu'il avait gardé dix jours chez lui avant de le rendre, pour qu'il pût paraître dans la célèbre édition de l'Éloge de la folie, dite édition d'Holbein, parce que ce grand peintre l'avait illustrée de quatre-vingt-trois dessins, gravés sur cuivre, sans compter son portrait, celui de Morus et celui d'Érasme sur une seule planche. Oh! oh! s'était écrié le philosophe de Rotterdam en voyant ce portrait, si je ressemblais encore à cet Érasme-là, en vérité, je voudrais me marier. Albert Dürer a gravé ce portrait sur cuivre, avec cette inscription: «Imago Erasmi Roterodami ab Alberto Durero ad vivam effigiem delineata, MDXXVI.» Hauteur, 9 pouces 3 lignes; largeur, 7 pouces 2 lignes.[75]Albert Dürer parle-t-il de l'estampe de Lucas de Leyde, ou du petit livre populaire intituléAventures de Thyl Uylenspiegel, qui fut traduit en 1483 du néerlandais en allemand, selon les Flamands, ou de l'allemand en néerlandais, selon les Allemands? En 1613, Van der Hoeven, de Rotterdam, fit une nouvelle édition de cette bonne bouffonnerie avec ce titre: «Histoire de Thyl Uylenspiegel, relation des farces ingénieuses qu'il a faites; très-amusante à lire, avec de belles gravures.» Depuis on en a publié bon nombre corrigées et considérablement augmentées. Pour ma part j'en connais bien dix, en comptant celle qui est spirituellement illustrée par Paul Lauters. Je crois qu'Albert Dürer parle du livre, car de son temps la gravure devait déjà être très-rare. A peine gravée, la planche avait été perdue; peut-être Lucas l'avait-il détruite lui-même, car cette estampe n'était pas à la hauteur de ses autres ouvrages.Le graveur Henri Hondius en a fait une copie en 1644, avec cette inscription:Dees eerste vorm is wech, men vinter geen voor ons,Want een papiere Druck gelt vyftich Ducatons.«Cette forme première est perdue, on ne peut la retrouver; et un exemplaire sur papier se paye cinquante ducatons.»[76]Ambassadeur nurembergeois; fut conseiller et bourgmestre de sa ville, et mourut en 1553.[77]Tasses de Majolica. Poterie italienne.[78]L'écusson de cette famille fut peint par Dürer, et peut-être même gravé sur bois.[79]Jacques Cornelisz, né au village de Oostzanen, et maître de Jean Schorel. En 1512, il jouissait déjà d'une grande réputation. Charles van Mandre a vu à Harlem, chez Corneille Suyver, une Circoncision peinte par lui en 1517, dont il dit le plus grand bien. Ce peintre avait un frère, nommé Buys, et un fils nommé Dirck Jacob; l'un a fait de beaux paysages, l'autre de beaux portraits. Jacques Cornelisz est mort à Amsterdam dans un âge avancé. Dürer l'appelle Jacques de Lubeck, parce qu'il avait été pensionné par les magistrats de cette ville.[80]Ce sont ces quelques mots qui ont fait dire qu'Albert Dürer ne grava pas sur bois. Comment supposer cependant qu'étant en apprentissage chez Wolhgemuth, au moment où ce peintre était déjà occupé des dessins dela Chronique de Nuremberg, il n'ait pas appris toutes les pratiques de l'atelier de son maître, et qu'il n'ait pas plus tard mis la main à quelques-uns des bois à sa marque. On convient généralement que les dessins de Dürer sont mieux gravés que ceux des autres artistes de son temps. N'en pourrait-on pas conclure qu'il donnait le dernier coup de ciseau, ou qu'il dirigeait le travail comme un homme qui sait le métier et qui ne grave pas habituellement, parce qu'il n'a pas le loisir de s'occuper de cet ouvrage long et minutieux?[81]Jean Swart ou Jean Lenoir, originaire de Groningue, fit des tableaux d'histoire et des paysages avec un égal succès. Ses toiles sont fort rares; mais j'ai vu beaucoup de charmantes gravures sur bois, gravées par lui ou d'après ses dessins. Il avait une grande prédilection pour les cavaliers turcs, armés de flèches et de carquois, car il en a mis partout. Il courut beaucoup le monde et finit par se fixer à Gouda en 1522.[82]Cornelii Graphæi gratulatio Caroli V imperatoris, 1520. Antverpiæ, apud Joan. Croccium. 8o.[83]Dürer s'exprima plus longuement à ce sujet en causant avec Melanchthon qui, lors de son séjour à Nuremberg, vint souvent visiter le peintre. Il lui disait entre autres choses: «J'ai regardé ces jeunes filles fort attentivement et même brutalement (puisque je suis peintre).» Manlii Collectanea Locor. communium, page 345. Ces jeunes vierges étaient les plus belles personnes d'Anvers; elles étaient presque nues et habillées seulement d'une gaze légère. Lorsque Charles V fit son entrée triomphale, il ne se montra pas aussi admirateur que Dürer de leur beauté; car en passant devant elles il baissa les yeux, ce qui les indisposa fort contre lui.A cette époque, on voyait des vierges à peu près nues dans toutes les solennités de ce genre. Les jeunes filles se disputaient l'honneur d'être désignées par les juges instituésad hoc, car la mission de ces nouveaux Pâris était de choisir les plus belles et les mieux faites. Elles recevaient donc un diplôme de beauté, et plus tard leur mari pouvait dire avec un noble orgueil: Ma femme figurait à l'entrée de tel ou tel souverain.[84]Brabon.[85]Ce livre est un manuscrit duXVesiècle, que l'on trouve encore aujourd'hui dans les archives d'Anvers. C'est un in-folio, relié en corne blanche. Il porte ce titre: «Le vieux registre de divers mandements». Page 33, on lit l'histoire fabuleuse du géant Brabon et autres de son espèce.[86]Cet élève de Raphaël se nommait Thomaso Vincidore, de Bologne; il paraît avoir été envoyé en Flandre pour surveiller l'exécution de certaines tapisseries, faites d'après des dessins de Raphaël.[87]Ce portrait fut gravé au burin par André Stock. On lit cette inscription au bas de la planche: Effigies Alberti Dureri Norici, pictoris et sculptoris hactenus excellentissimi delineata ad imaginem ejus quam Thomas Vincidor de Bolognia ad vivum depinxit Antuerpiæ 1520. And. Stock, sculp. H. Hondius excudit 1639.[88]C'est à la famille d'Ebner que nous devons le journal d'Albert Dürer. M. C. G. de Murr, qui a publié le texte allemand, dit qu'il l'a tiréex bibliotheca Ebneriana. M. Frédéric Verachter, le savant archiviste de la ville d'Anvers, a traduit en flamand ce document précieux. Je me suis beaucoup aidé de son travail qui est fait avec une grande intelligence; pour être tout à fait juste, je dois dire que sans lui je ne serais jamais parvenu à rendre clairs une certaine quantité de passages qui étaient restés inexpliqués jusqu'à ce jour.[89]Gaspard Sturm, dit Teutschland (Allemagne), le héraut d'armes qui assista à la prise du château de Sickingen, et qui fut chargé de conduire Luther à la diète de Worms. (Voir laVie de Luther, par Audin, t. VI, p. 207.)[90]Stephen Lochner (de Constance), et non Lothner comme on l'a cru longtemps, né....? mort en 1451. Le tableau en question est un triptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages. Les volets sont peints des deux côtés, celui de droite nous montre sainte Ursule et ses compagnes à l'intérieur, et à l'extérieur l'Annonciation; sur celui de gauche, on voit à l'intérieur saint Géréon, le glorieux patron de la ville de Cologne, et un ange à genoux à l'extérieur. Avant la visite d'Albert Dürer il était attribué tantôt à Philippe Kaff, tantôt à Willem; depuis, il n'y a plus eu d'incertitude. Ce chef-d'œuvre est aujourd'hui dans la cathédrale de Cologne (chapelle Sainte-Agnès), où on l'admirerait sans restriction s'il n'avait pas subi quelques regrettables retouches. Une inscription que l'on peut lire sous le tableau dit qu'il a été peint à l'huile en 1410.[91]Il en fit un dessin gravé sur bois. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 38.[92]Cet acte de Charles V est du 4 novembre 1520, daté de Cologne. Par cet acte, les magistrats furent chargés de payer à Dürer la pension viagère de cent florins, qui lui avait été accordée par l'empereur Maximilien. La pièce originale de cet acte est encore aux archives de Nuremberg.[93]Arnold de Beer, élève de Lambert Suterman, peintre d'Anvers. Il s'est fait une réputation comme dessinateur plutôt que comme coloriste.[94]C'est à Berg-op-Zoom que Dürer veut dire.[95]Sculpteur, né à Metz.[96]L'abbaye de l'ordre de Prémontré, dédiée N.-D. et à saint Nicolas.[97]Jean Gossaert, ditJean de Maubeuge,né à Maubeuge vers 1470, mort le 1eroctobre 1532, mort à Anvers, où il fut enterré à Notre-Dame.[98]Une Descente de Croix qui avait été commandée par l'abbé Maximilien de Bourgogne. Ce tableau, un des meilleurs du maître, fut détruit par la foudre le 24 janvier 1568.[99]L'angelot valait deux florins et deux sous. L'archange Michel y était figuré, tenant de la main droite une épée, et de la gauche un écu chargé de trois fleurs de lis. Sous ses pieds, il avait un serpent.[100]Le chevalier Gérard van de Werve.[101]Thomas Lopez (le chevalier), ambassadeur du roi de Portugal.[102]De Haes.[103]Hans Schaufelein, un des bons élèves d'Albert Dürer.[104]Pierre Ægidius, plus tard greffier de la ville d'Anvers. C'était un ami intime d'Érasme et du chancelier Thomas Morus. Ægidius se trouvant un jour avec Érasme chez Quentin Metsys, ce peintre fit leur portrait sur deux panneaux ovales, attachés l'un à l'autre avec cette inscription latine:Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,Erasmus tantos Ægidiumque fere.Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.Sic desiderio est consultum absentis ut horumReddat amans animum littera, corpus ego.Pierre Ægidius, autrement dit Gillis, naquit à Anvers en 1486, et laissa plusieurs écrits remarquables. Il mourut dans sa ville natale en juin 1533. Son père, Nicolas Ægidius, avait été bailli d'Anvers.[105]Cette tour fut commencée en 1422, par un architecte nommé Jean Amelius de Bologne, selon les uns; selon les autres, par Pierre Smit, dit Appelmans, qui bâtit l'église de Saint-Georges et beaucoup de maisons des environs. Quoi qu'il en soit, il paraît, d'après le témoignage de Dürer, qu'en 1520 cette tour n'était pas encore achevée. Elle a cent vingt-deux mètres neuf cent vingt-cinq millimètres de haut. Albert Dürer n'est donc pas de beaucoup au-dessous de la vérité, puisque la flèche de Strasbourg n'en a que cent quarante-deux.[106]Adrien Herbouts, né et mort à Anvers, devint pensionnaire de cette ville en 1506. On voyait autrefois son épitaphe dans l'église des Pauvres-Claires:D. O. M.D. Adriano Herbouts,Præclaræ hujus urbis perXLIann.PensionarioUtriusque juris doctoriDecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVIElisabethæ nilis illius conjugiObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.Levinæ legitimæ utriusque illorum F.Nicolai van der Heyden uxori;Periit dolore partus,XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.[107]Graphæus ou Schryver, ou encore Scribonius, né à Alost en 1482. Savant très-versé dans les langues étrangères. Il mourut à Anvers le 19 décembre 1558 et fut enterré dans l'église Notre-Dame. Son tombeau, élevé par son fils Alexandre, porte l'inscription suivante:Cornelius ScriboniusPræclaræ hujus urbis a secretis,Sibi suisqueEt Adrianæ PhilippæDulciss. uxori vivens pos.Ipsa quidem vixit ann.LXXI.Uno etXL. ann. marita:Matrona et prudentiss.Et pietatis cultrix eximia.Ille vero caram secutus conjugem,MigravitXIXDecembrisM. D. LVIIICum vixisset annosLXXVI[108]Ambroise et Jean, deux frères, riches marchands, originaires d'Augsbourg, arrivés à Anvers vers 1485.[109]Rogier van der Weyden.[110]Hugo van der Goes. Le tableau dont il est question ici est une sainte Vierge avec l'enfant Jésus.[111]Cette admirable statue est encore aujourd'hui dans la même église.[112]Albert Dürer parle-t-il de Jean van Eyck? C'est probable. Cependant il pourrait être question deJean Hemmlinckou deJean Spital.[113]Il est question ici de l'Adoration de l'Agneau, que les frères Jean et Hubert van Eyck peignirent pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comte de Flandre. Après avoir admiré le génie des artistes, on admire leur patience. Rien, en effet, ne peut être comparé au fini précieux de ce tableau. On y compte trois cent trente têtes, sans en retrouver deux qui se ressemblent. De ce poëme, qui était composé de douze panneaux, il ne reste plus, dans la onzième chapelle de la cathédrale de Saint-Bavon à Gand, que quatre compartiments; mais si on en croit les chroniques, ce sont les plus beaux, et leur conservation est parfaite. Les couleurs principales, le rouge, le bleu et le pourpre, n'ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur éclat; on croirait que cette belle œuvre, qui a aujourd'hui quatre cent trente-deux ans, sort de l'atelier des peintres. Il est vrai que les Gantois en ont un soin tout particulier; elle ne voit la lumière que rarement, à certains grands jours de fête, et à la demande des gens considérables. On m'a assuré à Gand que l'homme préposé à sa garde se livre à une petite supercherie, que nous sommes assez tentés de lui pardonner, puisqu'elle contribue à prolonger l'existence de ce chef-d'œuvre inimitable. Il a un flair excellent parmi les touristes dont il reçoit la visite, il distingue du premier coup d'œil ceux qui sont dignes d'adorer l'Agneau; s'il a affaire à des connaisseurs, il montre le vrai tableau; s'il a affaire à des profanes, il exhibe une toile au hasard; ce qui n'empêche pas ces braves gens de trouver la réputation du tableau surfaite.Se non è vero è ben trovato.Le roi d'Espagne, Philippe II, ne pouvait se lasser d'admirer cette peinture, il en offrit à plusieurs reprises des sommes considérables, mais vainement; enfin, il se décida à la faire copier par Michel Coxie, qui employa à ce travail pour trente-deux ducats de bleu, que le Titien lui avait envoyé d'Italie. Cette copie est fort belle; on lui reproche seulement de n'être pas la reproduction tout à fait exacte du modèle. On se demande, par exemple, pourquoi la sainte Cécile regarde derrière elle; si c'est, comme on le suppose, un caprice royal, nous excusons Coxie. Philippe II payait assez cher (quatre mille florins) pour avoir le droit de donner des ordres, même mauvais. Après bien des pérégrinations en Espagne, en Angleterre et en Hollande, elle est aujourd'hui dans la même chapelle que son admirable modèle; voici par quel concours de circonstances: le gouvernement belge l'avant achetée (1800 francs) à la vente du roi Guillaume II, proposa à l'évêque de Gand, Monseigneur Delebecque, et au chapitre de Saint-Bavon de l'échanger contre deux tableaux d'Hubert van Eyck, représentant Adam et Ève de grandeur naturelle, qui étaient relegués dans les combles de l'église à cause de la légèreté de leur costume. Le marché fut accepté moyennant un appoint de 12,000 fr. que le gouvernement belge paya; cet argent servit à faire exécuter les vitraux que l'on voit derrière le maître-autel. Des douze panneaux de la composition originale, six appartiennent au roi de Prusse, qui les a achetés à un Anglais, M. Solly, avec quelques toiles d'un ordre inférieur, pour la somme de 410,900 fr. Cet Anglais les avait payés 100,000 fr. à M. Nieuwenhuys de Bruxelles, à qui ils avaient coûté 6,000 francs.[114]Wenceslas Hollar l'a gravé sur cuivre, d'après le dessin de Dürer, qui est dans le cabinet du comte Arundel. L'empereur Charles V, étant à Tunis, envoya un lion et quatre lionnes à un certain Dominique van Houcke, dit Van Vaernewyck, de Gand.Histoire de Belgique, page 119, Gand 1574.[115]On voyait autrefois ces statues sur un des ponts jetés sur la Lys, appelé le pont de la décapitation, avec cette inscription:Ae Gandt le en fant Fraepe sae père Tacte desuuMaies se Heppe rompe, si Grâce de Dieu.MCCCLXXI.Voici la légende: Deux hommes, le père et le fils, étaient condamnés à mort. Le roi avait fait grâce de la vie à celui des deux qui consentirait à décapiter l'autre. Le père refusa énergiquement, le fils eut la lâcheté d'accepter. Il brandit sa hache, mais elle se brisa et vint lui trancher la tête, au lieu de trancher celle de son père.Ces deux statues n'ont disparu que vers 1793.[116]Joachim Patenier. Le peintre de Dinant paraît avoir quarante-cinq ans environ. Il est en buste, vu de trois quarts, et coiffé d'un bonnet bizarre à deux étages, dont le premier est en fourrure. Les épaules sont couvertes d'un manteau bien drapé, qui laisse entrevoir un vêtement de chambre, d'une forme excentrique. Son cou est nu. Au haut de la planche à gauche, l'année 1521 et le chiffre d'Albert Dürer sont gravés sur un fond gris. Hauteur, 7 pouces 8 lignes, en comptant la petite marge du bas qui a 4 lignes.Il est prouvé aujourd'hui que ce portrait a été dessiné par Albert Dürer et gravé par Cornelius Cort.[117]Albert Dürer ajouta facilement foi à cette fausse nouvelle de l'emprisonnement et de la mort de Martin Luther, et il en fut fort attristé. Cet enlèvement n'avait pourtant pas été fait par ses ennemis, mais par ses amis. Lorsque Luther fut mis au ban de l'empire par Charles V, l'électeur, Frédéric III de Saxe, craignit qu'il ne lui arrivât malheur. Il résolut donc de le mettre en lieu sûr, et donna l'ordre à quelques hommes de confiance de l'enlever. Cet ordre fut exécuté par Jean de Berlepsch et Burkard de Kund, accompagnés de trois valets, le 4 mai 1521, pendant que Luther traversait la forêt de Thuringe, entre le château d'Altenstein et la petite ville de Walterhausen; on l'emmena sous un déguisement au château de Wartburg, près d'Eisenach. Là, il écrivit plusieurs ouvrages et y resta jusqu'au 1ermars de l'année suivante, époque à laquelle il retourna à Wittenberg.[118]Maître Gérard Horebout ou Hurembout, né à Gand, peintre d'Henri VIII, roi d'Angleterre.[119]Cette Suzanne devint une grande et belle personne, fort recherchée à la cour du roi Henri VIII. Elle fit un art de l'enluminure et mourut en Angleterre, considérablement riche et comblée d'honneurs. Son frère, Lucas Hurembout, alléché par les succès de sa sœur, quitta la peinture pour se faire enlumineur, mais il ne réussit pas comme elle.[120]Sans doute Henri de Bles ou Met de Bles, Henri à la Houppe, né à Bovines, près de Dinant. Les Italiens l'appelaient le Maître au hibou ouCivetta, parce qu'il avait la manie de peindre un hibou dans le feuillage de ses arbres; il l'y cachait si bien que souvent on avait beaucoup de mal à le trouver.[121]Van Eyck.[122]Jacopo de Barbary, dit le maître au caducée.[123]Bernard van Orley.[124]C'étaient les Augustins de Saxe, arrivés à Anvers en 1513 et chassés en 1523. Ils habitaient le quartier Saint-André, où il y a encore la rue des Augustins.[125]Lucas de Leyde, le célèbre graveur.[126]Peintre sur verre.[127]Hans Baldung Grun, célèbre peintre et graveur de médailles.[128]Christian II, roi des royaumes unis de Danemark, de Suède et de Norvége, surnommé le Néron du Nord.

[1]Albert Dürer fit une grande quantité de dessins fort remarquables, mais ses tableaux se comptent, on sait où les rencontrer tous; ils sont dans les musées publics ou chez des particuliers qui se font une fête de les montrer aux étrangers.Voici un petit catalogue rédigé, par ordre chronologique, d'après nos notes de voyage; il n'a pas d'autre prétention que d'être d'une scrupuleuse exactitude et de donner au lecteur le moyen de trouver, sans les chercher, les chefs-d'œuvre du maître.Nous ne parlerons ici que pour mémoire du portrait d'Albert Dürer qui est conservé précieusement à Vienne dans la collection Albertine;—ce portrait, d'une grâce et d'une naïveté délicieuses, est exécuté à la pointe d'argent sur papier teinté.—Il porte cette inscription, écrite par l'artiste lui-même: «J'ai dessiné ceci d'après moi, dans un miroir, en 1484, quand j'étais encore enfant.«Albert Durer.»Il avait donc 13 ans à peine, et il était encore apprenti orfévre; c'est en 1486 seulement qu'il fit son entrée dans l'atelier de maître Wohlgemuth.La première peinture d'Albert Dürer qui soit parvenue jusqu'à nous, est le portrait de son père. On la voit dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 128, avec cette légende: «J'ai peint ce tableau d'après la personne de mon père, lorsqu'il avait 70 ans. AlbertDurerl'aîné.»Puis viennent le célèbre monogramme et la date 1497.Il fit deux fois son propre portrait en 1498: l'un est à Florence, il a été gravé par Hollar et par Édelinck; l'autre est à Madrid, aumuseo del Rey. Dans ce dernier portrait, son visage est un peu maigre et un peu long, mais fort beau et fort distingué. Ses grands yeux bleus, sa barbe naissante, ses cheveux blonds qui s'échappent en grosses boucles d'un bonnet pointu, son costume blanc et noir théâtralement drapé lui donnent un aspect à la fois étrange et charmant. (Voir à la 1repage de ce livre.)En 1499, il a peint le portrait d'Oswald Krel, qui est à Munich, cabinet VII, sous le numéro 120.En 1500, il a fait le portrait d'un jeune homme, peut-être Joannes Dürer, son frère (Munich, cabinet VII, no147), et aussi son propre portrait. Ce n'est plus le même homme que l'on a vu à Madrid; sa barbe est plus touffue, son visage est plus mâle, son front est déjà un peu soucieux, son costume surtout est changé de fond en comble; le bariolage blanc et noir est remplacé par une fourrure de prix. On reconnaît en lui le chef d'une illustre école de peinture, et on voit jusqu'à quel point Camerarius a raison lorsqu'il dit: «Non-seulement Albert Dürer était beau, mais il était très-fier de sa beauté, et il ne négligeait rien pour la faire ressortir.» Ce portrait est fort remarquable, il ne peut être comparé qu'à celui qu'il a fait plus tard de son vénérable maître Wohlgemuth, et qui est dans le même musée.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, avec la date de 1503, uneSainte Vierge et l'Enfant Jésus, deux têtes, deux chefs-d'œuvre.En 1504, Albert Dürer grava sans doute plus qu'il ne peignit, car nous ne connaissons qu'un seul tableau qui porte cette date, c'est unMarius sur les ruines de Carthage. Le grand homme est assis près d'une colonne brisée; il jette un long regard triste sur cette ville autrefois si superbe, et il se dit sans doute que les destinées des hommes et des empires sont souvent les mêmes: plus ils sont puissants, plus leur chute est imminente. Ce tableau est surtout remarquable par la couleur.C'est en 1506 qu'il fit son voyage à Venise, où il peignit, outre leSaint Bartholomé, dont il parle dans sa première lettre à Pirkeimer, unChrist avec les Pharisiens, qu'il termina en cinq jours, et uneSainte Vierge couronnée par les anges. Albert Dürer ébauchait ce dernier tableau, lorsque Giovanni Bellini vint le voir dans son atelier: «Mon cher Albert, lui dit-il, voudriez-vous me rendre un grand service?—Certainement, dit le peintre nurembergeois, si ce que vous me demandez est en mon pouvoir.—Parfaitement, répondit Bellini, faites-moi présent d'un de vos pinceaux, de celui qui vous sert à peindre les cheveux de vos personnages.» Dürer prit une poignée de pinceaux absolument semblables à ceux dont se servait Bellini, et les lui offrant: «Choisissez, dit-il, celui qui vous plaît, ou les prenez tous.» Le peintre italien, croyant à une méprise, insista pour avoir un des pinceaux avec lesquels il exécutait les cheveux. Pour toute réponse, Albert Dürer s'assit et peignit avec l'un d'eux, le premier qui lui tomba sous la main, la chevelure longue et bouclée de laVierge aux angesavec une telle sûreté de main, que son ami resta stupéfait de sa facilité.Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, une toile datée de 1507. C'est le portrait d'un jeune homme inconnu, dont les traits sont d'une très-grande beauté.1508 nous donne un des tableaux les plus célèbres du maître, laLégende des dix mille saints martyrisés sous le roi de Perse Sapor II. Malgré la multiplicité des personnages et le beau fini des détails, Albert Dürer le peignit en un an pour le duc Frédéric de Saxe; plus tard il devint la propriété du prince Albert, qui l'offrit au cardinal de Granvelle. Je n'ai trouvé nulle part comment il devint la propriété de l'empereur d'Autriche. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il est depuis longtemps déjà à Vienne, au Belvédère (salle 1re, no18), où il excite une juste admiration.—Au milieu de la toile, on aperçoit Albert Dürer et son Pylade Bilibald Pirkeimer; tous deux sont vêtus d'habits noirs et suivent avec intérêt les péripéties du drame terrible qui se déroule devant eux: leur attitude est calme et digne; l'artiste tient à la main un petit drapeau sur lequel on lit l'inscription suivante:Ista faciebat anno Domini, 1508, Albertus Dürer Alemanus.Il y a, dans la galerie de Schleissheim, une répétition de cette toile. Un an avant d'exécuter laLégende des dix mille martyrs, l'artiste en avait fait un croquis à la plume. C'est le prince royal de Suède qui est l'heureux possesseur de ce petit chef-d'œuvre.Albert Dürer peignit l'Ascension de la Viergepour Jacques Heller, de Francfort; il se représenta au second plan, appuyé sur une table qui portait son nom et la date 1509. Je dis qui portait, car cette belle toile a été détruite dans le terrible incendie du château de Munich. Le fameux tableau l'Adoration des rois mages, que l'on voit à Florence, porte aussi la date de 1509. C'est une œuvre du plus haut style, malgré son aspect un peu étrange. En effet, on a peine à garder son sérieux devant ses rois d'Orient, vêtus comme des gentilshommes allemands du commencement duXVIesiècle.Suivant les errements de tous les peintres, ses prédécesseurs, Albert Dürer ne se souciait pas du costume, il habillait ses personnages à la mode de son époque et de son pays.Revenons au Belvédère, nous ne perdrons pas nos pas, car nous nous trouverons en face d'une des plus belles pages du maître,la Trinité. Il fit ce chef-d'œuvre pour une église de Nuremberg, d'où on la porta à Prague; ensuite elle passa à Vienne, où on la voit encore. En haut, au milieu de la toile, Dieu le père presse entre ses bras le Christ attaché à la croix; le Saint-Esprit plane sur sa tête; deux séraphins tiennent le manteau de Jéhovah, tandis que plusieurs anges voltigent autour d'eux, portant les instruments de la Passion. A gauche, on aperçoit des saintes conduites par la Vierge; à droite, des saints conduits par saint Jean-Baptiste; au-dessous, une troupe d'élus de tous les états et de toutes les races se tiennent debout sur des nuages et rendent des actions de grâces au Créateur. A la droite du spectateur, on aperçoit Albert Dürer lui-même, vêtu d'un riche manteau fourré; il tient dans la main gauche un écusson sur lequel on lit:Albertus Durer Noricus faciebat anno Virginis partu 1511.Un beau paysage, baigné par un lac transparent, occupe le bas de la toile.1511 nous donne un autre tableau qui ne vaut pas le précédent, il s'en faut; c'est uneVierge allaitant l'enfant Jésus, que l'on trouve au musée royal de Madrid. On peut reprocher à la mère du Sauveur de n'être qu'une bonne bourgeoise de Nuremberg, mais on doit reconnaître que la toile est d'un bel effet et d'un bon coloris.1512 ne nous apporte qu'un tableau que l'on voit à Vienne, au Belvédère, c'est uneMadonequi se ressent du séjour du maître en Italie. La robe bleue de la Vierge est d'une couleur très-intense, trop intense peut-être; elle écrase un peu les chairs qui sont un peu pâles; l'enfant nu que la Madone tient sur ses genoux est remarquablement beau.Le musée du roi, à Madrid, renferme unCalvairedaté de 1513, qui peut rivaliser avec les meilleurs morceaux d'Albert Dürer. Ce n'est guère qu'un tableau de chevalet. Mais les œuvres de génie ne se mesurent pas au mètre.En 1515, il fit à la plume les dessins du célèbre livre de prières destiné à l'empereur Maximilien. Aucun de ces nombreux petits chefs-d'œuvre ne ressemble à son voisin: les uns sont sérieux, les autres spirituels, tous sont admirables, et c'est toujours celui que l'on a sous les yeux qui paraît le meilleur. Ce livre unique est à Munich, dans la bibliothèque de la Cour.De tous les portraits d'Albert Dürer, le plus beau sans contredit est celui qu'il a fait en 1516, d'après laressemblancede son vieux maître, Michel Wohlgemuth. Cette œuvre pieuse est conservée à la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 139; elle est peinte sur un fond vert uni et porte cette singulière légende: «Albert Dürer a fait ce portrait en 1516, d'après la ressemblance de son maître, Michel Wohlgemuth, qui était âgé de 82 ans et qui a vécu jusqu'en 1519. Il est mort le jour de la Saint-André, avant le lever du soleil.»A l'âge de quatre-vingt-deux ans maître Wohlgemuth avait encore l'air intelligent, mais il ressemblait plutôt à un moine qu'à un grand artiste.LaLucrèceque nous trouvons à la pinacothèque de Munich, dans la deuxième salle, sous le numéro 93, passe pour être le portrait de sa femme. On se trompe évidemment; Agnès Frey était belle et distinguée, et cette Lucrèce est laide et sans distinction. La même année, Albert Dürer a peint uneVierge tenant son fils sur ses genoux. L'Enfant divin porte au cou un collier d'ambre jaune, et sur une table verte on aperçoit un citron coupé qui fait pâmer d'aise tous les réalistes. La Mère du Sauveur est aussi belle que les plus belles Vierges de Raphaël.—Ce tableau est à Vienne, au Belvédère à côté d'un superbe portrait de l'empereur Maximilien Ier, daté de 1519.En 1520, Albert Dürer entreprend son voyage dans les Pays-Bas. Chemin faisant, il dessine sur un album qu'il emporte toujours avec lui les personnages et les objets qui lui semblent intéressants. Ce précieux album a été vendu en détail; nous en avons vu quelques feuillets qui appartiennent à un amateur distingué, M. Ambroise-Firmin Didot. Ils nous ont laissé le regret de ne pas connaître les autres.Dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, numéro 127, nous trouvonsSiméon et l'évêque Lazare, un petit tableau charmant qui porte la date de 1523, et qui cependant est peint sur un fond d'or, dans le style de l'école de Cologne. A la même date, nous avons non-seulement un magnifique portrait d'homme peint à la détrempe sur toile, que l'on suppose être Jacques Frugger, mais encore trois des meilleurs tableaux du maître: 1ouneDescente de croix, fort bien composée et d'une vérité qui vous fait froid au cœur; 2ouneNativité dans la crèche, où l'on voit sainte Marie et saint Joseph adorer l'enfant Jésus entouré d'un groupe de chérubins, tandis que d'autres anges vont annoncer la bonne nouvelle aux bergers. CetteNativitéformait le centre d'un triptyque dont on a détaché les volets qui contenaient les portraits en pied des frères Baumgartner, dont Albert Dürer parle souvent dans ses lettres à Pirkeimer; 3olaSainte Trinité, qui appartient à un habitant d'Augsbourg. C'est un beau tableau largement peint et fort bien conçu.Le musée Van Ertborn, d'Anvers, possède une magnifique grisaille; c'est le portrait de l'électeur Frédéric III, de Saxe, conforme à la gravure qu'Albert Dürer en a faite en 1524 et qui porte son monogramme si connu.1526 nous apporte trois pages superbes. On voit la première à Aix-la-Chapelle; c'est un Christ qui fait ses adieux à sa Mère.On voit la seconde à Vienne, dans la galerie du Belvédère; c'est le portrait d'un certain Johann Kleeberger, dont les grands yeux noirs et le teint mat sont très-poétiques. Il serait très-beau s'il avait un nez, mais ce détail lui manque presque absolument. Ce Kleeberger épousa Felicitas Pirkeimer, la fille de l'ami de Dürer. En 1532, deux ans après la mort de sa femme, il s'établit à Lyon où on ne l'appela bientôt quele bon Allemand, à cause du bien qu'il faisait aux pauvres. Lorsqu'il mourut, en 1546, ses compatriotes d'adoption lui élevèrent, sur le roc de Bourgneuf, une statue en bois, qui fut remplacée en 1849 par une statue en pierre, due au ciseau de M. Bonnaire.La troisième est le portrait d'un des ancêtres de M. le conseiller et docteur Rodolphe Holzschuler, chef d'une illustre famille de Nuremberg, qui le montre aux étrangers avec une grâce parfaite. Son aïeul a cinquante-sept ans environ; mais malgré ses cheveux blancs, il a l'air fort jeune. Ce portrait est un chef-d'œuvre.Il ne nous reste plus qu'à parler des tableaux qui n'ont pas de date certaine. Parmi ceux-là nous trouvons, à Venise, le célèbreEcce Homoqui doit avoir été peint en 1505 ou en 1506.—A Vienne, dans la galerie de Fries, laMort de la Vierge. La tête de la mère du Christ est le portrait fidèle de Marie de Bourgogne, première femme de Maximilien. Au second plan, on reconnaît l'empereur, son fils et un grand nombre de contemporains célèbres. La beauté de la couleur, le fini des détails et la ressemblance des personnages historiques donnent un grand attrait à cette admirable peinture.—A Florence, dans la galerie des Offices, laMadone avec l'Enfant. Ce tableau est mal placé; cependant on remarque la grâce et la beauté de la Vierge: on jurerait une de ces belles toiles de Jules Romain ou de son illustre maître. A Schleissheim,la Vierge, sainte Anne et l'Enfant Jésus endormi, tableau d'une exécution irréprochable, et uneMater dolorosadebout, les mains jointes.—Citons encore unEcce Homoqui, pour ne pas valoir celui de Venise, n'est pas moins une fort belle chose dont la chapelle de Moritz, de Nuremberg, peut tirer grande vanité.—Hercule tuant les Harpiesest un tableau peint à la détrempe; il en reste juste assez pour faire voir qu'il a été superbe et combien on doit le regretter.—LesBustes des empereurs Charles et Sigismond, du château de Nuremberg, belles figures puissantes et majestueuses, peintes avec une grande sûreté de main.—Dans la galerie de Schleissheim, lePortrait d'un jeune savant, bon ouvrage exécuté à la détrempe, infiniment mieux conservé que l'Herculedont nous avons déploré la fin prématurée.—A Anvers, au musée Van Ertborn, uneMater dolorosa. La Vierge, vêtue d'un manteau vert, est assise les mains jointes. Ce tableau est très-beau, très-fini, d'une couleur très-intense et d'une conservation parfaite; Otto Mündler l'attribue à Altdorfer. Il est peut-être d'Albert Dürer; les hommes distingués qui ont rédigé le livret du musée d'Anvers se contentent de dire qu'il appartient à l'école allemande. En Espagne ou en Italie on le donnerait sans hésiter à Albert Dürer. En Belgique, dans le doute, on s'abstient toujours, ce qui est à la fois plus honnête et plus habile.Faut-il parler ici des peintures dont le musée de Saint-Pétersbourg gratifie trop généreusement Albert Dürer? Comme elles n'ont pas sur elles leur extrait de naissance ou leur passe-port, ce qui n'est pas toujours la même chose, nous aimons mieux les oublier pour n'avoir pas à les débaptiser.La bibliothèque Ambroisienne de Milan possède laConversion de saint Eustache, dont Albert Dürer a fait une de ses plus belles gravures.A Rome, il y a un tableau de Dürer, où il nous montre desAvaresrepoussants, à force d'être vrais, et une copie de l'Adoration des rois, que l'on voit à Florence. Tout le monde croit qu'elle est faite par un des bons élèves de Dürer. Le directeur du musée seul déclare avec assurance que c'est un original. Dans trois ans, si Dieu prête vie à ce galant homme, ce que je désire de tout mon cœur, il assurera avec le même aplomb que le tableau de Florence est une simple contrefaçon;—trois ans plus tard, il nommera l'élève de Dürer qui l'a fait d'après celui de Rome; il dira, si on l'exige, combien de temps il a employé à ce travail, où il était logé, ce qu'il mangeait à ses repas, et il ne croira pas mentir. Rien ne peut être comparé à l'imagination d'un propriétaire de tableaux. Et un directeur de musée n'est-il pas propriétaire de tous les tableaux qu'il a sous sa garde?Nous trouvons, à Turin, uneDéposition de croixd'une belle couleur, et unErmite en prière, qui pourrait bien être de Heinrich Aldegrœver.Dans la galerie du prince de Liechtenstein, à Vienne, il y a deux volets de triptyque dont le panneau central est absent: ce sont deux portraits en pied qui ne manquent pas de majesté et une petite esquisse à peine ébauchée, vrai chef-d'œuvre de naïveté.A Dresde, on montre un portrait que l'on assure être celui de Lucas de Leyde, qu'Albert Dürer a fait à Anvers, en 1520, et dont il parle dans ses notes de voyage.—UnPortement de croixen figurines et en grisailles, et unLapinà la gouache sur parchemin, d'une vérité parfaite;—il amuse beaucoup les enfants, les grandes personnes se contentent de l'admirer.Nous trouvons dans le musée de Madrid deuxallégoriesphilosophiques et chrétiennes peintes sur des panneaux longs et étroits. Comme dans l'un et dans l'autre la mort joue le rôle principal, on prétend qu'ils ont été commandés par un seigneur du temps qui avait le spleen.Et enfin les apôtres Pierre et Jean, Paul et Marc, que l'on admire à Munich, salle première, sous les numéros 71 et 76. Ils ne portent aucune date, mais le livret de la pinacothèque nous apprend qu'ils ont été faits en 1527, c'est-à-dire un an avant la mort d'Albert Dürer. Ces quatre apôtres pourraient être signés: Raphaël ou Fra Bartholomeo. Quelle élévation de style, quelle grandeur imposante et quelle noblesse! On les reconnaît, ce sont bien eux qui ont porté la parole du Christ par la terre entière. En peignant l'apôtre saint Jean, Albert Dürer lui a donné la belle et sympathique figure de Schiller. On dirait que le grand peintre a pressenti la venue du grand poëte et qu'il a voulu d'avance faire son portrait.On remarquera sans doute que nous n'avons pas cité une seule fois Paris dans ce rapide travail; c'est qu'en effet notre musée impérial, qui contient quelques beaux dessins du Raphaël de l'Allemagne, n'a pas une seule de ses admirables peintures. Je n'accuse personne, je sais combien notre surintendant est artiste; je sais aussi, sans qu'il me l'ait dit, avec quelle joie il payerait, non pas au poids de l'or, ce serait trop bon marché, au poids du rubis, un tableau qui porterait la signature d'Albert Dürer ou son célèbre monogramme. Mais ceux qui ont le bonheur de posséder ces inimitables chefs-d'œuvre les gardent. Il lui serait facile de se procurer quelques-unes des innombrables contrefaçons que l'on fabrique par un procédé qui est d'une déplorable simplicité; le voici: on colle sur une plaque de cuivre une gravure du maître, on la met en couleur; on a soin de respecter le monogramme; on la vernit, on l'envoie en Hollande, d'où elle revient sans toucher terre; on la conduit à l'hôtel Drouot, où on la sert aux banquiers enrichis en un jour qui se font une galerie en une heure.Si notre surintendant n'était pas lui-même un artiste distingué, il se laisserait prendre à ce piége, car il est quelquefois assez vraisemblablement ourdi, et nous aurions, comme quelques musées étrangers, une demi-douzaine d'Albert Dürer. Mais combien nous préférons l'absence du chef de l'école nurembergeoise à ces toiles douteuses qui font hausser les épaules aux vrais connaisseurs! Il y a encore assez de tableaux authentiques d'Albert Dürer dans les mains des particuliers, pour qu'un bon vent nous en amène un; s'il faut le payer cher, on le payera cher!Les musées de province ne sont guère plus riches que celui de Paris. Cependant Lyon a unex-votode l'empereur Maximilien signé du portrait de Dürer lui-même, et Limoges un magnifique tableau peint sur fond d'or.Dans la relation de son voyage en Flandre, Albert Dürer passe en revue la plus grande partie de ses gravures. Nous compléterons, chemin faisant, les renseignements qu'il donne lui-même, et nous prierons le lecteur qui voudra de plus amples détails de consulter l'Abecedario de Mariette, publié et annoté par MM. de Chenevières et de Montaiglon, M. Charles Blanc, qui parle longuement et savamment de l'œuvre gravé d'Albert Dürer dans son admirableHistoire des peintres, Heller, qui a corrigé Bartsch, M. Passavant, qui a corrigé Heller, et M. Émile Galichon qui, lui, n'a voulu corriger personne, et a pourtant écrit un fort bon ouvrage sur les gravures d'Albert Dürer.Nous l'avons dit, Albert Dürer ne fut pas seulement peintre et graveur, il embrassa tous les arts et excella dans tous. Il fut orfévre, mais aucun de ses travaux n'est resté. Sandrart nous apprend qu'il a ciselé sept sujets de la Passion, mais il ne les a pas vus.On lira dans leVoyage en Flandrequ'il fit beaucoup de dessins pour les orfévres. On verra, dans la même relation, qu'il s'occupa aussi d'architecture; entre autres travaux, il dessina au lavis le plan d'une maison pour le médecin de dame Marguerite, et le British Museum possède le plan d'une fort belle fontaine qu'il a dessiné à la plume; malheureusement, cette fontaine est restée à l'état de projet.Il fut aussi ingénieur comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. C'est lui qui dirigea les travaux de fortifications de la ville de Nuremberg.Comme sculpteur, on lui donne: 1oun petit bas-relief en pierre, représentant la naissance de saint Jean-Baptiste (il est conservé au British Museum); 2odeux statuettes, Adam et Ève (au musée de Gotha); 3odeux madones, bas-reliefs sculptés en bois; deux femmes nues, vues l'une de face, l'autre de dos, bas-reliefs en marbre (à Munich); 4oun saint Jean prêchant dans le désert, bas-relief (à Brunswick); 5odivers ouvrages exécutés en ivoire et en bois (à Dresde, dans la collection des Grünes Gewölbe); 6oune arquebuse (à Vienne); 7oplusieurs bas-reliefs en bois et en pierre lithographique, avec le monogramme d'Albert Dürer (à Paris, au Louvre, et à Bruges, au séminaire). Mais nous n'acceptons la plus grande partie de ces ouvrages que sous bénéfice d'inventaire. Les numismates lui attribuent aussi plusieurs médailles.Voici un pfenning qu'il grava pour Martin Luther:Le premier livre d'Albert Dürer est intitulé:Traité de géométrie, ou Méthode pour apprendre à mesurer avec la règle et le compas. Cet ouvrage est mûrement pensé et écrit clairement. On voit que l'auteur est convaincu de ce qu'il avance, à savoir «que la géométrie est le vrai fondement de toute peinture, et que, sans posséder à fond cette science, personne ne peut devenir un bon peintre.»Ce traité était fort estimé auXVIesiècle.—A la demande d'Agnès Frey, Joachim Camerarius en fit une traduction qui fut publiée à Paris,ex officina Christiani Welcheli.Sub scuto BasilensiM. D. XXXV.A la même époque, le même éditeur mit en vente une traduction latine duTraité sur les fortifications des villes, châteaux et bourgs, qu'Albert Dürer avait publié en 1527, et qu'il avait dédié au roi de Hongrie, Ferdinand, frère de Charles-Quint.L'ouvrage intitulé:Les quatre livres des proportions humaines, qui a été écrit en 1523, n'a été publié qu'après la mort d'Albert Dürer, par les soins de sa femme, qui n'a rien négligé pour en retirer un bon prix; il a aussi été traduit en latin par Camerarius, et en français par Loys Meygret, de Lyon. Nous ne dirons rien de cet ouvrage, puisqu'on peut le lire en français; il y en a un exemplaire à la Bibliothèque impériale. Outre les trois traités dont nous venons de parler, on conserve à la Bibliothèque de la Madeleine, à Breslau, un livre sur l'escrime qui doit être authentique. On sait combien Albert Dürer aimait tous les exercices du corps.Un ouvrage sur les proportions du cheval, qu'on lui attribue, n'est pas de lui, si l'on en croit Camerarius, qui est digne de foi.[2]Œuvres de Bernard Palissy, page 10 (édition Ruault,—1777); dans une note, on lit ceci: «En 1777, les pièces capitales se vendent jusqu'à 15 et 16 livres.» Que dirait donc l'auteur de la note, s'il savait que j'en ai vu vendre une, dernièrement, 1,200 francs?[3]Jean.[4]Célèbre imprimeur de Nuremberg.[5]Celui-ci a survécu à Albert, et fut son héritier.[6]Jean fut peintre du roi de Pologne.[7]Né à Nuremberg en 1434, mort en 1519 dans sa ville natale. On l'appelle généralement le Pérugin du Raphaël de l'Allemagne. Lorsque Albert Dürer entra chez Michel Wohlgemuth, ce peintre illustrait laChronique de Nuremberg, livre célèbre, qui fut imprimé, pour la première fois, en 1493, par le parrain d'Albert, Antoine Koberger.[8]Cette maison ou plutôt cette cage n'est intéressante que parce qu'elle a été habitée par le célèbre artiste pendant la plus grande partie de sa vie, et qu'il y a composé presque tous ses chefs-d'œuvre.—Elle est située à l'extrémité de la rue Albert Dürer et porte le numéro 376. Les murs sont construits avec des soliveaux entre-croisés, dont les intervalles sont remplis par la maçonnerie; les fenêtres sont nombreuses et larges; elle est coiffée d'un énorme toit rouge percé d'une grande quantité de lucarnes longues et basses comme ses voisines, dont elle n'a pas l'air de chercher à se distinguer.La tradition rapporte que, sur le pignon, à la hauteur du premier étage, s'avançait autrefois en saillie une loge vitrée qui servait d'atelier au maître; elle a été démolie, parce qu'elle menaçait ruine, et on a eu le tort de ne pas la reconstruire.La ville de Nuremberg a acquis cette maison et lui a donné une noble destination en la réservant aux assemblées de laSociété Albert Düreret aux expositions permanentes d'objets d'art.—Les étrangers qui désirent visiter ce pieux souvenir historique sont fort bien accueillis par un artiste délégué, qui leur montre avec une grâce parfaite le rez-de-chaussée où Dürer faisait poser ses modèles; la grande salle du premier étage où le maître recevait ses élèves et ses amis, après ses longues journées de labeur, lorsque la belle Agnès l'autorisait à ne pas travailler le soir, ce qui était fort rare; et enfin le second étage où on voit la chambre à coucher d'Albert Dürer. C'est un réduit situé sur la cour, où le soleil n'a jamais daigné venir le saluer, et où un homme de moyenne taille peut à peine se tenir debout. Si j'offrais à mon domestique quelque chose de pareil, il m'aurait bientôt donné mon compte.[9]Un jour, l'empereur Maximilien fit pour Albert Dürer ce que Charles-Quint fit plus tard pour le Titien, et François Ierpour Benvenuto Cellini, il maintint en équilibre l'échelle sur laquelle le peintre était monté, et dit aux gentilshommes de sa suite: «Vous le voyez, messieurs, le génie d'Albert Dürer le place même au-dessus de l'empereur.»Un autre jour, Albert Dürer, dessinant sur une muraille, allait devoir interrompre son travail, parce qu'il ne se trouvait plus assez élevé, lorsque l'empereur Maximilien, qui était présent, ordonna à un de ses gentilshommes de se poser de façon que l'artiste pût se servir de lui pour s'exhausser. Le gentilhomme représenta humblement qu'il était prêt à obéir, bien qu'il trouvât cette posture fort humiliante; il ajouta qu'on ne pouvait guère plus avilir la noblesse, qu'en la faisant servir de marchepied à un peintre.«Ce peintre, reprit l'empereur, est plus que noble par ses talents; je peux d'un paysan faire un noble, mais d'un noble je ne ferais jamais un artiste comme Albert Dürer.» Le soir même, Albert Dürer fut anobli par l'empereur, qui lui donna pour armes trois écussons d'argent, deux en chef et un en pointe sur champ d'azur.Nous laissons la responsabilité de ces anecdotes à Karle de Mander, qui a fait des comédies charmantes et des fables fort spirituelles, dont il s'est un peu trop souvent souvenu quand il a écrit son histoire des peintres.[10]Memini virum excellentem ingenio et virtute Albertum Durerum pictorem dicere, se juvenem floridas et maxime varias picturas amasse, seque admiratorem suorum operum valde lætatum esse, contemplando hanc varietatem in sua aliqua pictura.Postea se senem cœpisse intueri naturam, et illius nativam faciem intueri conatum esse.Quam cum non prorsus adsequi posset, dicebat se jam non esse admiratorem operum suorum ut olim, sed sæpe gemere intuentem suas tabulas et cogitare de infirmitate sua, etc., etc.(Epistolæ Ph. Melancthonis., Ep.XLVII, page 42.)[11]En 1477, un patricien de Nuremberg, nommé Martin Kœtzel, fit un voyage en Palestine. Pendant son séjour en Terre Sainte, il compta le nombre de pas qui séparent la maison de Pilate du Golgotha. Son dessein était de mesurer une distance égale, à partir de sa maison de Nuremberg jusqu'au cimetière Saint-Jean, et de faire sculpter, par l'illustre statuaire Kraft, sept stations dans l'intervalle et un calvaire avec le Christ, et les deux larrons à l'extrémité.—Qu'arriva-t-il?—Le patricien perdit-il la mémoire ou ses notes? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que, revenu chez lui, il n'avait plus ses mesures. Onze ans après, en 1488, il entreprit un nouveau pèlerinage pour pouvoir faire de nouveau son calcul sur place, et au retour il fut assez heureux pour trouver Adam Kraft plein de vie et dans toute la force de son talent. Cette fois, il ne perdit pas une seconde, son œuvre pie fut exécutée et fort bien, si l'on en juge par les morceaux que le temps n'a pas dévorés.[12]Willibald ou Bilibald Pirkeimer, sénateur de Nuremberg, homme de lettres distingué et l'un des amis intimes d'Albert Dürer.—Il a fait son portrait sur cuivre en buste vu de trois quarts avec cette épigraphe:Bilibaldi Pirkeymheri. effigies. œtatis. suæ, annoL. III.Vivitur. ingenio cætera. mortis eruntM. D. XX. IV. Ce portrait admirable est celui dont nous donnons, dans ce livre, une copie exécutée par M. Durand, d'après une épreuve de la collection de M. Ambroise-Firmin Didot. Dürer a aussi peint les armoiries de Pirkeimer, deux écus soutenus par deux génies ailés au-dessus desquels on lit:Sibi et amicisP., et dans la marge du bas: LiberBilibaldi Pirkeimer: dans celle du haut est une inscription en hébreu, une seconde en langue grecque et la suivante en latin:Initium sapientiæ timor Domini.[13]Il parle certainement des Allemands qui habitent laGiudeccaouZuecca(quartier des Juifs), dans l'île deSpinalonga.[14]Il veut parler sans doute d'une communauté allemande qui existait alors à Venise.[15]C'était leMartyre de saint Bartholomé. Ce tableau fut acheté plus tard par le roi de Bohême Rodolphe II, qui le plaça dans la galerie de Prague.[16]Le plus jeune et le plus illustre des deux frères Bellini, le maître de Giorgion et du Titien.Il est né à Venise en 1426, il y est mort en 1516 et il y est enterré à côté de son frère Gentile, dans l'église des apôtres saint Jean et saint Paul.[17]Albert Dürer parle-t-il de Jacob Walch ou de Jacob Elsner, l'artiste universel dont Neudörffer dit: «Ce Jacob Elsner était un homme d'un commerce agréable que les patriciens recherchaient fort. Il jouait admirablement du luth et vivait dans l'intimité des habiles organistes Sébastien Imhoff, Guillaume Haller et Laurent Stauber. Il peignit leurs portraits, illumina leurs beaux livres, dessina les blasons que l'empereur et les rois leur avaient donnés et fit nombre d'autres petits travaux pour eux. Personne de son temps ne savait peindre l'or comme lui.» Le docteur Frédéric Campe croit qu'il est question d'Elsner. «Albert Dürer, dit-il, parlerait avec plus de respect de son honorable prédécesseur Jacob Walch ou le Walche.» Le respect n'a rien à faire ici. Albert Dürer donne son opinion sur les peintres italiens, et s'il attaque quelqu'un, c'est Antoine Kolb, dont le zèle amical est en effet un peu bien exagéré.M. Passavant déclare nettement qu'il s'agit ici d'un tableau de Jacob Walch qui venait, grâce à Kolb, d'obtenir une situation auprès de Philippe de Bourgogne. Il ajoute qu'Albert Dürer avait peut-être sollicité cette situation. Pourquoi cette supposition toute gratuite? L'appréciation d'Albert Dürer n'était que juste. «Jacob Walch, dit Jacob de Barbarj, dit le Maître au caducée, avait du talent, mais il était loin d'égaler les maîtres italiens.» (Voir le travail de M. Émile Galichon sur ce peintre.Gazette des Beaux-Arts, t. XI, p. 314, no456.)[18]Minuit et demi de notre temps.[19]La mère de Dürer faisait cuire des œufs et Hans les peignait. Cette coutume existe encore aujourd'hui à Nuremberg et à Prague. Ces œufs, qui sont artistement peints, amusent toujours les petits enfants et même les grandes personnes.[20]Le premier dimanche après Pâques.[21]La première partie de cette lettre est écrite un peu en italien de cuisine, un peu en espagnol, un peu en portugais et beaucoup en patois indéchiffrable.—Pirkeimer, qui était un homme fort instruit, a dû rire beaucoup en la recevant.—Voici le texte original, original est le mot.«Grandissimo primo homo de mondo, woster servitor ell schiavo Alberto Dürer disi salus suo magnifico miser Willibaldo Pircamer my fede el aldy Wolentiri cum grando pisir woster sanita et grando honor el my maraweio como ell possibile star uno homo cosi wu contra thanto sapientissimo Tirasibuly milites non altro modo nysy una gracia de dio quando my leser woster littera de questi strania fysa de catza my habe thanto pawra et para my uno grando kosa.»[22]Pirkeimer avait envoyé à son ami un dessin un peu intime, en effet.[23]Il parle de sa femme.[24]Eucharis Karll, prieur des Augustins.[25]Les quelques premiers mots de cette phrase sont écrits en italien, un peu moins indéchiffrable que celui que l'on trouve au commencement de la lettre précédente.[26]A l'époque dont parle Albert Dürer, Pirkeimer fit partie de l'ambassade qui fut envoyée au conseil de la Confédération souabe par la ville de Nuremberg. L'histoire de cette négociation est conservée dans les archives de Nuremberg sous ce titre: Conventions conclues entre le margrave Frédéric de Brandenbourg et l'ambassade de Nuremberg, etc., 1506, in-folio.[27]Leonardo Loredano, doge de Venise de 1500 à 1521.[28]Antonio Suriano.[29]Agnès Frey, fille d'Hans Frey de Nuremberg, épousa Albert Dürer en 1494. Le journal de Dürer prouve qu'il n'avait pas laissé à Nuremberg son avare et querelleuse femme, comme l'ont prétendu jusqu'ici ses biographes, entre autres J. Sandrart, qui l'écrit en toutes lettres dans le deuxième volume de l'Académie allemande, page 225 (imprimé à Nuremberg en 1675). Du reste, Albert Dürer, dans son journal, ne dit pas un mot du caractère de sa femme. Il résulte aussi de ce document qu'en 1520 il se rendit pour la première fois dans les Pays-Bas. Il n'avait donc pas visité précédemment ce pays avec l'empereur Maximilien I, comme Quadens le prétend à tort dans lesFastes de la nation allemande, page 428. S'il est vrai qu'Albert Dürer alla dans les Pays-Bas pour fuir des chagrins domestiques, malheureusement trop réels, il faut que ce voyage nouveau ait eu lieu en 1523 ou en 1524 seulement.[30]Georges III, sacré en 1505, mort en 1522, protecteur des arts. Albert Dürer a fait son portrait.[31]Suite de 20 estampes. Hauteur, 11 pouces; largeur, 7 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, D. VII, no76-95.[32]L'Apocalypse de saint Jean, 15 estampes. Hauteur, 14 pouces 6 lignes; largeur, 10 pouces 3 à 6 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 60-75. Cette œuvre gigantesque est digne de l'homme de génie qui l'a exécutée, et digne du livre étrange qui l'a inspirée.[33]Le florin d'or valait 8 fr. 60 de notre monnaie d'aujourd'hui.[34]Hans Wolfgang Ratzheimer vivait à Bamberg, de 1492 à 1527.[35]Albus, ou pfennig blanc, monnaie d'argent mise en circulation vers 1360. Sous l'empereur Charles IV, elle avait surtout cours dans l'électorat de Cologne et dans la Hesse-Cassel; elle valait 9 pfennigs. On n'en trouve plus que dans les cabinets des numismates.[36]Le fils du sellier, l'élève du père d'Albert Dürer.[37]On sait que du temps d'Albert Dürer, cette ville était appelée Antorff par les Allemands.[38]Le chevalier Arnold de Liere, qui fut successivement bourgmestre de l'extérieur et de l'intérieur, de 1506 à 1529, date de sa mort.[39]Cette maison, située rue des Princes, devant la cour de Liere, est aussi appelée la Maison Anglaise. Aujourd'hui, c'est un hôpital militaire. L. Guicciardyn dit, dans saDescription des Pays-Bas, Amsterdam 1612, page 69, qu'elle fut bâtie par le seigneur Aert, né de la branche noble de Liere, pour servir de résidence à Charles V.[40]Maître Pierre, charpentier de la ville.[41]Quentin Metsys, peintre fameux, né à Louvain vers 1466, mort à Anvers en 1530.Nous disons en 1530. En effet, il résulte d'une communication faite à M. Pierre Génard par le chevalier Léon de Burbure, et insérée à la page 196 de laVlamsche School, volume de 1857, que maître Quentin Metsys est décédé entre le jour de la Noël 1529 et la veille de cette fête 1530. C'est en cette dernière année qu'il est mort, puisqu'il avait assisté encore, le 8 juillet 1530, à la passation d'un acte.... (Livret du musée d'Anvers).Le célèbre ferronnier-peintre avait donc seulement 64 ans et non 84 comme on le croyait avant la découverte de son acte de naissance faite récemment par M. Edward Van Even, l'infatigable archiviste de la ville de Louvain. M. Paul Mantz, qui est à l'affût de tout ce qui peut donner un attrait nouveau à sonHistoire des peintres flamands, publiera, j'en suis sûr, ce précieux document dans la prochaine édition de son excellent livre.[42]Quentin Metsys habitait alors une maison appelée le Singe (de Simme), dans la rue des Tanneurs (Huidevetters-Straet, section 3, no1037).Plus tard il alla habiter la rue du Jardin dans les Arbaletriers (Schutters-hof-Straet). C'est cette deuxième demeure qui avait encore, en 1658, pour enseigne, un saint Quentin forgé en fer par maître Quentin Metsys lui-même, si l'on en croit Van Fornenberg.[43]Les places de tir étaient alors situées, les deux premières, où sont aujourd'hui le marché au blé et le nouveau théâtre; la troisième, près des rues des Tapissiers et du Jardin-du-Tir. Elles furent toutes les trois rebâties en partie par Gillibert van Schoonbeke, en 1552.[44]Le 23 décembre 1520, Charles V fit son entrée triomphale à Anvers, où se tenait alors le conseil de toutes les provinces, pour offrir à Sa Majesté deux cent mille couronnes (Chronique anversoise, page 14).[45]Orfévre et amateur de Nuremberg, né en 1504, mort en 1546, reçu de la gilde de Saint-Luc en 1546.[46]37 estampes. Hauteur, 4 pouces 8 à 10 lignes; largeur, 3 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 16-52.[47]Suite de 16 pièces gravées sur bois. Hauteur, 4 pouces 4 lignes; largeur, 2 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 3-18. Vasari dit qu'Albert Dürer a été à Venise pour porter plainte contre Marc-Antoine, qui avait fait et vendu des copies de la grande et petite Passion de Jésus-Christ. Cette assertion est fausse. Ce qui le prouve mieux que tous les raisonnements, c'est que les cinquante-trois pièces qui composent les deux séries de la Passion ont été commencées en 1507 et terminées en 1513, lorsque Albert était revenu depuis longtemps de Venise. S'il y a été une autre fois, c'est avant 1506 et non après.[48]Félix Hungersberg, musicien célèbre et capitaine de l'empire.[49]Joachim Patenier ou de Patenir, né à Dinant, vers la fin duXVesiècle, célèbre comme peintre et comme ivrogne. Il a fait quelques batailles; mais c'est comme paysagiste qu'il s'est illustré. Il mettait dans un coin de tous ses tableaux un petit bonhomme accroupi et ...... C'était le coin du maître. Albert Dürer estimait beaucoup sa peinture; mais il voyait avec chagrin un homme de son méritevivre misérablement dans la crapule.[50]Desiderius Erasme, né à Rotterdam le 28 octobre 1467, mort le 11 juillet 1536 à Basel.[51]Peut-être le frère de Lumbardus, le peintre.[52]Imagines cœli septentrionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 10 lignes.Imagines cœli meridionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 8 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no151-152.[53]Nicolas Kratzer, chimiste et astronome fameux, florissait à Oxford en 1517. Holbein fit aussi son portrait en 1528.[54]Ces quelques lignes ont inspiré au grand peintre belge, Henri Leys, un tableau qui est un chef-d'œuvre.[55]Cette maison existe encore aujourd'hui; elle est située, rempart des tailleurs de pierre, W. 4, no794; mais elle est entièrement défigurée. Les Focker ou Fugger étaient, en ce temps-là, les plus riches marchands de l'Europe. Ils étaient originaires d'Augsbourg et s'étaient fixés à Anvers en 1505.[56]L'hôtel de Portugal, situé auKipdorp, W. 2, no1668, acheté par la ville à M. Gilles de Schermere, le 20 novembre 1511, et donné au facteur et consuls ordinaires du Portugal, «et ce tant et durant que les dicts facteur ou consuls se tiendront en ceste ditte ville, et que le facteur tiendra sa demeure en la ditte maison.» En 1817, on en fit la caserne des pompiers.[57]Rodrigo Fernandès, très-gros commerçant, facteur de Portugal en 1528. Cette année, il acheta le splendide hôtel d'Immerseele, appelé plus tard le Vetkot, situé rue Longue-Neuve W. 2, no1468. Il l'acheta au seigneur Jan d'Immerseele, bailli d'Anvers et marquis du pays de Ryen, et à demoiselle Marie De Lannoy, sa femme. La rue du Marquisat qui est près de là en a pris son nom. La jolie chapelle qui existe encore fut bâtie par le marquis en 1496.[58]Conrad Meyt, né à Malines, reçu à la gilde de Saint-Luc, en 1536.[59]Cette estampe est gravée à l'eau-forte sur fer. Hauteur, 7 pouces 9 lignes; largeur, 6 pouces 10 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no59.[60]Il y a tout un poëme dans cette figure, qui revient sans cesse, et peut-être malgré lui, dans l'œuvre du maître. Ce sont les traits dela jalousied'une grande quantité de ses vierges terrestres, et sans doute de ce monstre charmant, Agnès Frey, qu'il déteste et qu'il adore. Voir pageXIV.[61]Gravure que l'on trouve assez facilement belle. Hauteur, 3 pouces 7 lignes; largeur, 5 pouces 3 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no58.[62]Cette petite merveille que nous donnons ici est gravée au burin sec. Albert Dürer en avait fait tirer très-peu d'exemplaires. Aussi était-elle déjà rare de son vivant, et ne l'offrait-il qu'aux personnes dont il faisait grand cas.[63]Cette gravure, dont l'empereur Rodolphe II a fait dorer la planche, est une des plus fines et des plus remarquables du maître. On la nomme aussisaint Hubert, parce que l'on y voit dans une forêt un chasseur à genoux devant un cerf qui porte une croix lumineuse au-dessus de la tête. On croit, généralement que l'artiste a fait le portrait de Maximilien Ier. Peut-être est-ce celui de son ami Reiter, qui ressemblait à l'empereur. Hauteur mesurée du côté gauche, 13 pouces 3 lignes; du côté droit, 13 pouces seulement; largeur, 9 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no57.[64]On ne trouve plus ce titre dans les catalogues de l'œuvre d'Albert Dürer; il s'agit ici de lajusticeou de lagrande fortune.[65]Cette gravure, très-belle et très-rare, porte cette inscription: Albertus Dürer Noricus faciebat 1504. C'est la première fois que le maître signe en toutes lettres. Il a compris sans doute que l'œuvre est digne du grand nom qu'il se fera. Dès ce moment, en effet, son dessin et son exécution technique sont irréprochables. Il n'a plus ni dureté, ni sécheresse, il n'est plus l'élève d'aucun maître. Il est lui! Hauteur, 9 pouces 2 lignes; largeur, 7 pouces 1 ligne. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no1.[66]Voir pageCL.[67]Le Christ expirant sur la croix. On dit que cette estampe a été gravée sur le pommeau de l'épée de l'empereur Maximilien. C'est un petit chef-d'œuvre extrêmement rare.[68]Agent d'une maison de commerce du royaume à Bruxelles.[69]Rogier de Bruges, ou plutôt Rogier van der Weyden, peintre, né à Bruxelles, suivant les uns, à Tournay, suivant les autres, vers 1400, et mort à Bruxelles le 16 juin 1464, d'une maladie épidémique appelée lemal anglais, qui ravageait alors le pays.Trois des tableaux dont parle Albert Dürer sont d'une grande naïveté, mais le quatrième est d'un effet très-saisissant: c'est Herkenbaldt, mourant dans son lit, qui embrasse son neveu, convaincu d'un viol, et qui en même temps l'égorge pour le soustraire à l'ignominie du supplice.—La tête du vieillard est du plus haut style. M. Alphonse Wauters croit que ces tableaux ont été détruits dans le bombardement de Bruxelles, en 1695. Quatre magnifiques tapisseries de 26 pieds de longueur sur 13 pieds 6 pouces de hauteur, conservées précisément dans la sacristie de l'église de Berne, les reproduisent de la manière la plus complète, et nous font voir combien Lampsonius avait raison quand il s'écriait avec admiration: «O maître Rogier, quel homme vous étiez![70]Le Mexique.[71]Hugues Vandergoes, peintre distingué, que Vasari nomme Hugo d'Anversa. Pourquoi? Ce n'est sans doute pas parce qu'il est né à Gand vers 1430.—En 1476 il se fit ordonner prêtre, devint chanoine régulier au monastère de la Croix-Rouge, dans la forêt de Soignes, aux portes de Bruxelles, et mourut en 1482.Ses compagnons de retraite gravèrent cette inscription sur sa tombe:Pictor Hugo van der Goes humatus hic quiescit.Dolet ars, cum similem sibi modo nescit.[72]Bernard van Orley, ou Barend van Brussel, né à Bruxelles en 1471, mort dans sa ville natale en 1541, peintre de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il eut la gloire d'être un des rares peintres flamands qui accueillirent Albert Dürer sans jalousie.[73]Receveur du Brabant pour le quartier de la ville d'Anvers.[74]Il est représenté à mi-corps dans son cabinet. Il écrit. Érasme ne fut pas content de ce portrait comme il l'avait été de celui fait par Holbein, qu'il avait gardé dix jours chez lui avant de le rendre, pour qu'il pût paraître dans la célèbre édition de l'Éloge de la folie, dite édition d'Holbein, parce que ce grand peintre l'avait illustrée de quatre-vingt-trois dessins, gravés sur cuivre, sans compter son portrait, celui de Morus et celui d'Érasme sur une seule planche. Oh! oh! s'était écrié le philosophe de Rotterdam en voyant ce portrait, si je ressemblais encore à cet Érasme-là, en vérité, je voudrais me marier. Albert Dürer a gravé ce portrait sur cuivre, avec cette inscription: «Imago Erasmi Roterodami ab Alberto Durero ad vivam effigiem delineata, MDXXVI.» Hauteur, 9 pouces 3 lignes; largeur, 7 pouces 2 lignes.[75]Albert Dürer parle-t-il de l'estampe de Lucas de Leyde, ou du petit livre populaire intituléAventures de Thyl Uylenspiegel, qui fut traduit en 1483 du néerlandais en allemand, selon les Flamands, ou de l'allemand en néerlandais, selon les Allemands? En 1613, Van der Hoeven, de Rotterdam, fit une nouvelle édition de cette bonne bouffonnerie avec ce titre: «Histoire de Thyl Uylenspiegel, relation des farces ingénieuses qu'il a faites; très-amusante à lire, avec de belles gravures.» Depuis on en a publié bon nombre corrigées et considérablement augmentées. Pour ma part j'en connais bien dix, en comptant celle qui est spirituellement illustrée par Paul Lauters. Je crois qu'Albert Dürer parle du livre, car de son temps la gravure devait déjà être très-rare. A peine gravée, la planche avait été perdue; peut-être Lucas l'avait-il détruite lui-même, car cette estampe n'était pas à la hauteur de ses autres ouvrages.Le graveur Henri Hondius en a fait une copie en 1644, avec cette inscription:Dees eerste vorm is wech, men vinter geen voor ons,Want een papiere Druck gelt vyftich Ducatons.«Cette forme première est perdue, on ne peut la retrouver; et un exemplaire sur papier se paye cinquante ducatons.»[76]Ambassadeur nurembergeois; fut conseiller et bourgmestre de sa ville, et mourut en 1553.[77]Tasses de Majolica. Poterie italienne.[78]L'écusson de cette famille fut peint par Dürer, et peut-être même gravé sur bois.[79]Jacques Cornelisz, né au village de Oostzanen, et maître de Jean Schorel. En 1512, il jouissait déjà d'une grande réputation. Charles van Mandre a vu à Harlem, chez Corneille Suyver, une Circoncision peinte par lui en 1517, dont il dit le plus grand bien. Ce peintre avait un frère, nommé Buys, et un fils nommé Dirck Jacob; l'un a fait de beaux paysages, l'autre de beaux portraits. Jacques Cornelisz est mort à Amsterdam dans un âge avancé. Dürer l'appelle Jacques de Lubeck, parce qu'il avait été pensionné par les magistrats de cette ville.[80]Ce sont ces quelques mots qui ont fait dire qu'Albert Dürer ne grava pas sur bois. Comment supposer cependant qu'étant en apprentissage chez Wolhgemuth, au moment où ce peintre était déjà occupé des dessins dela Chronique de Nuremberg, il n'ait pas appris toutes les pratiques de l'atelier de son maître, et qu'il n'ait pas plus tard mis la main à quelques-uns des bois à sa marque. On convient généralement que les dessins de Dürer sont mieux gravés que ceux des autres artistes de son temps. N'en pourrait-on pas conclure qu'il donnait le dernier coup de ciseau, ou qu'il dirigeait le travail comme un homme qui sait le métier et qui ne grave pas habituellement, parce qu'il n'a pas le loisir de s'occuper de cet ouvrage long et minutieux?[81]Jean Swart ou Jean Lenoir, originaire de Groningue, fit des tableaux d'histoire et des paysages avec un égal succès. Ses toiles sont fort rares; mais j'ai vu beaucoup de charmantes gravures sur bois, gravées par lui ou d'après ses dessins. Il avait une grande prédilection pour les cavaliers turcs, armés de flèches et de carquois, car il en a mis partout. Il courut beaucoup le monde et finit par se fixer à Gouda en 1522.[82]Cornelii Graphæi gratulatio Caroli V imperatoris, 1520. Antverpiæ, apud Joan. Croccium. 8o.[83]Dürer s'exprima plus longuement à ce sujet en causant avec Melanchthon qui, lors de son séjour à Nuremberg, vint souvent visiter le peintre. Il lui disait entre autres choses: «J'ai regardé ces jeunes filles fort attentivement et même brutalement (puisque je suis peintre).» Manlii Collectanea Locor. communium, page 345. Ces jeunes vierges étaient les plus belles personnes d'Anvers; elles étaient presque nues et habillées seulement d'une gaze légère. Lorsque Charles V fit son entrée triomphale, il ne se montra pas aussi admirateur que Dürer de leur beauté; car en passant devant elles il baissa les yeux, ce qui les indisposa fort contre lui.A cette époque, on voyait des vierges à peu près nues dans toutes les solennités de ce genre. Les jeunes filles se disputaient l'honneur d'être désignées par les juges instituésad hoc, car la mission de ces nouveaux Pâris était de choisir les plus belles et les mieux faites. Elles recevaient donc un diplôme de beauté, et plus tard leur mari pouvait dire avec un noble orgueil: Ma femme figurait à l'entrée de tel ou tel souverain.[84]Brabon.[85]Ce livre est un manuscrit duXVesiècle, que l'on trouve encore aujourd'hui dans les archives d'Anvers. C'est un in-folio, relié en corne blanche. Il porte ce titre: «Le vieux registre de divers mandements». Page 33, on lit l'histoire fabuleuse du géant Brabon et autres de son espèce.[86]Cet élève de Raphaël se nommait Thomaso Vincidore, de Bologne; il paraît avoir été envoyé en Flandre pour surveiller l'exécution de certaines tapisseries, faites d'après des dessins de Raphaël.[87]Ce portrait fut gravé au burin par André Stock. On lit cette inscription au bas de la planche: Effigies Alberti Dureri Norici, pictoris et sculptoris hactenus excellentissimi delineata ad imaginem ejus quam Thomas Vincidor de Bolognia ad vivum depinxit Antuerpiæ 1520. And. Stock, sculp. H. Hondius excudit 1639.[88]C'est à la famille d'Ebner que nous devons le journal d'Albert Dürer. M. C. G. de Murr, qui a publié le texte allemand, dit qu'il l'a tiréex bibliotheca Ebneriana. M. Frédéric Verachter, le savant archiviste de la ville d'Anvers, a traduit en flamand ce document précieux. Je me suis beaucoup aidé de son travail qui est fait avec une grande intelligence; pour être tout à fait juste, je dois dire que sans lui je ne serais jamais parvenu à rendre clairs une certaine quantité de passages qui étaient restés inexpliqués jusqu'à ce jour.[89]Gaspard Sturm, dit Teutschland (Allemagne), le héraut d'armes qui assista à la prise du château de Sickingen, et qui fut chargé de conduire Luther à la diète de Worms. (Voir laVie de Luther, par Audin, t. VI, p. 207.)[90]Stephen Lochner (de Constance), et non Lothner comme on l'a cru longtemps, né....? mort en 1451. Le tableau en question est un triptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages. Les volets sont peints des deux côtés, celui de droite nous montre sainte Ursule et ses compagnes à l'intérieur, et à l'extérieur l'Annonciation; sur celui de gauche, on voit à l'intérieur saint Géréon, le glorieux patron de la ville de Cologne, et un ange à genoux à l'extérieur. Avant la visite d'Albert Dürer il était attribué tantôt à Philippe Kaff, tantôt à Willem; depuis, il n'y a plus eu d'incertitude. Ce chef-d'œuvre est aujourd'hui dans la cathédrale de Cologne (chapelle Sainte-Agnès), où on l'admirerait sans restriction s'il n'avait pas subi quelques regrettables retouches. Une inscription que l'on peut lire sous le tableau dit qu'il a été peint à l'huile en 1410.[91]Il en fit un dessin gravé sur bois. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 38.[92]Cet acte de Charles V est du 4 novembre 1520, daté de Cologne. Par cet acte, les magistrats furent chargés de payer à Dürer la pension viagère de cent florins, qui lui avait été accordée par l'empereur Maximilien. La pièce originale de cet acte est encore aux archives de Nuremberg.[93]Arnold de Beer, élève de Lambert Suterman, peintre d'Anvers. Il s'est fait une réputation comme dessinateur plutôt que comme coloriste.[94]C'est à Berg-op-Zoom que Dürer veut dire.[95]Sculpteur, né à Metz.[96]L'abbaye de l'ordre de Prémontré, dédiée N.-D. et à saint Nicolas.[97]Jean Gossaert, ditJean de Maubeuge,né à Maubeuge vers 1470, mort le 1eroctobre 1532, mort à Anvers, où il fut enterré à Notre-Dame.[98]Une Descente de Croix qui avait été commandée par l'abbé Maximilien de Bourgogne. Ce tableau, un des meilleurs du maître, fut détruit par la foudre le 24 janvier 1568.[99]L'angelot valait deux florins et deux sous. L'archange Michel y était figuré, tenant de la main droite une épée, et de la gauche un écu chargé de trois fleurs de lis. Sous ses pieds, il avait un serpent.[100]Le chevalier Gérard van de Werve.[101]Thomas Lopez (le chevalier), ambassadeur du roi de Portugal.[102]De Haes.[103]Hans Schaufelein, un des bons élèves d'Albert Dürer.[104]Pierre Ægidius, plus tard greffier de la ville d'Anvers. C'était un ami intime d'Érasme et du chancelier Thomas Morus. Ægidius se trouvant un jour avec Érasme chez Quentin Metsys, ce peintre fit leur portrait sur deux panneaux ovales, attachés l'un à l'autre avec cette inscription latine:Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,Erasmus tantos Ægidiumque fere.Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.Sic desiderio est consultum absentis ut horumReddat amans animum littera, corpus ego.Pierre Ægidius, autrement dit Gillis, naquit à Anvers en 1486, et laissa plusieurs écrits remarquables. Il mourut dans sa ville natale en juin 1533. Son père, Nicolas Ægidius, avait été bailli d'Anvers.[105]Cette tour fut commencée en 1422, par un architecte nommé Jean Amelius de Bologne, selon les uns; selon les autres, par Pierre Smit, dit Appelmans, qui bâtit l'église de Saint-Georges et beaucoup de maisons des environs. Quoi qu'il en soit, il paraît, d'après le témoignage de Dürer, qu'en 1520 cette tour n'était pas encore achevée. Elle a cent vingt-deux mètres neuf cent vingt-cinq millimètres de haut. Albert Dürer n'est donc pas de beaucoup au-dessous de la vérité, puisque la flèche de Strasbourg n'en a que cent quarante-deux.[106]Adrien Herbouts, né et mort à Anvers, devint pensionnaire de cette ville en 1506. On voyait autrefois son épitaphe dans l'église des Pauvres-Claires:D. O. M.D. Adriano Herbouts,Præclaræ hujus urbis perXLIann.PensionarioUtriusque juris doctoriDecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVIElisabethæ nilis illius conjugiObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.Levinæ legitimæ utriusque illorum F.Nicolai van der Heyden uxori;Periit dolore partus,XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.[107]Graphæus ou Schryver, ou encore Scribonius, né à Alost en 1482. Savant très-versé dans les langues étrangères. Il mourut à Anvers le 19 décembre 1558 et fut enterré dans l'église Notre-Dame. Son tombeau, élevé par son fils Alexandre, porte l'inscription suivante:Cornelius ScriboniusPræclaræ hujus urbis a secretis,Sibi suisqueEt Adrianæ PhilippæDulciss. uxori vivens pos.Ipsa quidem vixit ann.LXXI.Uno etXL. ann. marita:Matrona et prudentiss.Et pietatis cultrix eximia.Ille vero caram secutus conjugem,MigravitXIXDecembrisM. D. LVIIICum vixisset annosLXXVI[108]Ambroise et Jean, deux frères, riches marchands, originaires d'Augsbourg, arrivés à Anvers vers 1485.[109]Rogier van der Weyden.[110]Hugo van der Goes. Le tableau dont il est question ici est une sainte Vierge avec l'enfant Jésus.[111]Cette admirable statue est encore aujourd'hui dans la même église.[112]Albert Dürer parle-t-il de Jean van Eyck? C'est probable. Cependant il pourrait être question deJean Hemmlinckou deJean Spital.[113]Il est question ici de l'Adoration de l'Agneau, que les frères Jean et Hubert van Eyck peignirent pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comte de Flandre. Après avoir admiré le génie des artistes, on admire leur patience. Rien, en effet, ne peut être comparé au fini précieux de ce tableau. On y compte trois cent trente têtes, sans en retrouver deux qui se ressemblent. De ce poëme, qui était composé de douze panneaux, il ne reste plus, dans la onzième chapelle de la cathédrale de Saint-Bavon à Gand, que quatre compartiments; mais si on en croit les chroniques, ce sont les plus beaux, et leur conservation est parfaite. Les couleurs principales, le rouge, le bleu et le pourpre, n'ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur éclat; on croirait que cette belle œuvre, qui a aujourd'hui quatre cent trente-deux ans, sort de l'atelier des peintres. Il est vrai que les Gantois en ont un soin tout particulier; elle ne voit la lumière que rarement, à certains grands jours de fête, et à la demande des gens considérables. On m'a assuré à Gand que l'homme préposé à sa garde se livre à une petite supercherie, que nous sommes assez tentés de lui pardonner, puisqu'elle contribue à prolonger l'existence de ce chef-d'œuvre inimitable. Il a un flair excellent parmi les touristes dont il reçoit la visite, il distingue du premier coup d'œil ceux qui sont dignes d'adorer l'Agneau; s'il a affaire à des connaisseurs, il montre le vrai tableau; s'il a affaire à des profanes, il exhibe une toile au hasard; ce qui n'empêche pas ces braves gens de trouver la réputation du tableau surfaite.Se non è vero è ben trovato.Le roi d'Espagne, Philippe II, ne pouvait se lasser d'admirer cette peinture, il en offrit à plusieurs reprises des sommes considérables, mais vainement; enfin, il se décida à la faire copier par Michel Coxie, qui employa à ce travail pour trente-deux ducats de bleu, que le Titien lui avait envoyé d'Italie. Cette copie est fort belle; on lui reproche seulement de n'être pas la reproduction tout à fait exacte du modèle. On se demande, par exemple, pourquoi la sainte Cécile regarde derrière elle; si c'est, comme on le suppose, un caprice royal, nous excusons Coxie. Philippe II payait assez cher (quatre mille florins) pour avoir le droit de donner des ordres, même mauvais. Après bien des pérégrinations en Espagne, en Angleterre et en Hollande, elle est aujourd'hui dans la même chapelle que son admirable modèle; voici par quel concours de circonstances: le gouvernement belge l'avant achetée (1800 francs) à la vente du roi Guillaume II, proposa à l'évêque de Gand, Monseigneur Delebecque, et au chapitre de Saint-Bavon de l'échanger contre deux tableaux d'Hubert van Eyck, représentant Adam et Ève de grandeur naturelle, qui étaient relegués dans les combles de l'église à cause de la légèreté de leur costume. Le marché fut accepté moyennant un appoint de 12,000 fr. que le gouvernement belge paya; cet argent servit à faire exécuter les vitraux que l'on voit derrière le maître-autel. Des douze panneaux de la composition originale, six appartiennent au roi de Prusse, qui les a achetés à un Anglais, M. Solly, avec quelques toiles d'un ordre inférieur, pour la somme de 410,900 fr. Cet Anglais les avait payés 100,000 fr. à M. Nieuwenhuys de Bruxelles, à qui ils avaient coûté 6,000 francs.[114]Wenceslas Hollar l'a gravé sur cuivre, d'après le dessin de Dürer, qui est dans le cabinet du comte Arundel. L'empereur Charles V, étant à Tunis, envoya un lion et quatre lionnes à un certain Dominique van Houcke, dit Van Vaernewyck, de Gand.Histoire de Belgique, page 119, Gand 1574.[115]On voyait autrefois ces statues sur un des ponts jetés sur la Lys, appelé le pont de la décapitation, avec cette inscription:Ae Gandt le en fant Fraepe sae père Tacte desuuMaies se Heppe rompe, si Grâce de Dieu.MCCCLXXI.Voici la légende: Deux hommes, le père et le fils, étaient condamnés à mort. Le roi avait fait grâce de la vie à celui des deux qui consentirait à décapiter l'autre. Le père refusa énergiquement, le fils eut la lâcheté d'accepter. Il brandit sa hache, mais elle se brisa et vint lui trancher la tête, au lieu de trancher celle de son père.Ces deux statues n'ont disparu que vers 1793.[116]Joachim Patenier. Le peintre de Dinant paraît avoir quarante-cinq ans environ. Il est en buste, vu de trois quarts, et coiffé d'un bonnet bizarre à deux étages, dont le premier est en fourrure. Les épaules sont couvertes d'un manteau bien drapé, qui laisse entrevoir un vêtement de chambre, d'une forme excentrique. Son cou est nu. Au haut de la planche à gauche, l'année 1521 et le chiffre d'Albert Dürer sont gravés sur un fond gris. Hauteur, 7 pouces 8 lignes, en comptant la petite marge du bas qui a 4 lignes.Il est prouvé aujourd'hui que ce portrait a été dessiné par Albert Dürer et gravé par Cornelius Cort.[117]Albert Dürer ajouta facilement foi à cette fausse nouvelle de l'emprisonnement et de la mort de Martin Luther, et il en fut fort attristé. Cet enlèvement n'avait pourtant pas été fait par ses ennemis, mais par ses amis. Lorsque Luther fut mis au ban de l'empire par Charles V, l'électeur, Frédéric III de Saxe, craignit qu'il ne lui arrivât malheur. Il résolut donc de le mettre en lieu sûr, et donna l'ordre à quelques hommes de confiance de l'enlever. Cet ordre fut exécuté par Jean de Berlepsch et Burkard de Kund, accompagnés de trois valets, le 4 mai 1521, pendant que Luther traversait la forêt de Thuringe, entre le château d'Altenstein et la petite ville de Walterhausen; on l'emmena sous un déguisement au château de Wartburg, près d'Eisenach. Là, il écrivit plusieurs ouvrages et y resta jusqu'au 1ermars de l'année suivante, époque à laquelle il retourna à Wittenberg.[118]Maître Gérard Horebout ou Hurembout, né à Gand, peintre d'Henri VIII, roi d'Angleterre.[119]Cette Suzanne devint une grande et belle personne, fort recherchée à la cour du roi Henri VIII. Elle fit un art de l'enluminure et mourut en Angleterre, considérablement riche et comblée d'honneurs. Son frère, Lucas Hurembout, alléché par les succès de sa sœur, quitta la peinture pour se faire enlumineur, mais il ne réussit pas comme elle.[120]Sans doute Henri de Bles ou Met de Bles, Henri à la Houppe, né à Bovines, près de Dinant. Les Italiens l'appelaient le Maître au hibou ouCivetta, parce qu'il avait la manie de peindre un hibou dans le feuillage de ses arbres; il l'y cachait si bien que souvent on avait beaucoup de mal à le trouver.[121]Van Eyck.[122]Jacopo de Barbary, dit le maître au caducée.[123]Bernard van Orley.[124]C'étaient les Augustins de Saxe, arrivés à Anvers en 1513 et chassés en 1523. Ils habitaient le quartier Saint-André, où il y a encore la rue des Augustins.[125]Lucas de Leyde, le célèbre graveur.[126]Peintre sur verre.[127]Hans Baldung Grun, célèbre peintre et graveur de médailles.[128]Christian II, roi des royaumes unis de Danemark, de Suède et de Norvége, surnommé le Néron du Nord.

[1]Albert Dürer fit une grande quantité de dessins fort remarquables, mais ses tableaux se comptent, on sait où les rencontrer tous; ils sont dans les musées publics ou chez des particuliers qui se font une fête de les montrer aux étrangers.

Voici un petit catalogue rédigé, par ordre chronologique, d'après nos notes de voyage; il n'a pas d'autre prétention que d'être d'une scrupuleuse exactitude et de donner au lecteur le moyen de trouver, sans les chercher, les chefs-d'œuvre du maître.

Nous ne parlerons ici que pour mémoire du portrait d'Albert Dürer qui est conservé précieusement à Vienne dans la collection Albertine;—ce portrait, d'une grâce et d'une naïveté délicieuses, est exécuté à la pointe d'argent sur papier teinté.—Il porte cette inscription, écrite par l'artiste lui-même: «J'ai dessiné ceci d'après moi, dans un miroir, en 1484, quand j'étais encore enfant.

«Albert Durer.»

Il avait donc 13 ans à peine, et il était encore apprenti orfévre; c'est en 1486 seulement qu'il fit son entrée dans l'atelier de maître Wohlgemuth.

La première peinture d'Albert Dürer qui soit parvenue jusqu'à nous, est le portrait de son père. On la voit dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 128, avec cette légende: «J'ai peint ce tableau d'après la personne de mon père, lorsqu'il avait 70 ans. AlbertDurerl'aîné.»

Puis viennent le célèbre monogramme et la date 1497.

Il fit deux fois son propre portrait en 1498: l'un est à Florence, il a été gravé par Hollar et par Édelinck; l'autre est à Madrid, aumuseo del Rey. Dans ce dernier portrait, son visage est un peu maigre et un peu long, mais fort beau et fort distingué. Ses grands yeux bleus, sa barbe naissante, ses cheveux blonds qui s'échappent en grosses boucles d'un bonnet pointu, son costume blanc et noir théâtralement drapé lui donnent un aspect à la fois étrange et charmant. (Voir à la 1repage de ce livre.)

En 1499, il a peint le portrait d'Oswald Krel, qui est à Munich, cabinet VII, sous le numéro 120.

En 1500, il a fait le portrait d'un jeune homme, peut-être Joannes Dürer, son frère (Munich, cabinet VII, no147), et aussi son propre portrait. Ce n'est plus le même homme que l'on a vu à Madrid; sa barbe est plus touffue, son visage est plus mâle, son front est déjà un peu soucieux, son costume surtout est changé de fond en comble; le bariolage blanc et noir est remplacé par une fourrure de prix. On reconnaît en lui le chef d'une illustre école de peinture, et on voit jusqu'à quel point Camerarius a raison lorsqu'il dit: «Non-seulement Albert Dürer était beau, mais il était très-fier de sa beauté, et il ne négligeait rien pour la faire ressortir.» Ce portrait est fort remarquable, il ne peut être comparé qu'à celui qu'il a fait plus tard de son vénérable maître Wohlgemuth, et qui est dans le même musée.

Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, avec la date de 1503, uneSainte Vierge et l'Enfant Jésus, deux têtes, deux chefs-d'œuvre.

En 1504, Albert Dürer grava sans doute plus qu'il ne peignit, car nous ne connaissons qu'un seul tableau qui porte cette date, c'est unMarius sur les ruines de Carthage. Le grand homme est assis près d'une colonne brisée; il jette un long regard triste sur cette ville autrefois si superbe, et il se dit sans doute que les destinées des hommes et des empires sont souvent les mêmes: plus ils sont puissants, plus leur chute est imminente. Ce tableau est surtout remarquable par la couleur.

C'est en 1506 qu'il fit son voyage à Venise, où il peignit, outre leSaint Bartholomé, dont il parle dans sa première lettre à Pirkeimer, unChrist avec les Pharisiens, qu'il termina en cinq jours, et uneSainte Vierge couronnée par les anges. Albert Dürer ébauchait ce dernier tableau, lorsque Giovanni Bellini vint le voir dans son atelier: «Mon cher Albert, lui dit-il, voudriez-vous me rendre un grand service?—Certainement, dit le peintre nurembergeois, si ce que vous me demandez est en mon pouvoir.—Parfaitement, répondit Bellini, faites-moi présent d'un de vos pinceaux, de celui qui vous sert à peindre les cheveux de vos personnages.» Dürer prit une poignée de pinceaux absolument semblables à ceux dont se servait Bellini, et les lui offrant: «Choisissez, dit-il, celui qui vous plaît, ou les prenez tous.» Le peintre italien, croyant à une méprise, insista pour avoir un des pinceaux avec lesquels il exécutait les cheveux. Pour toute réponse, Albert Dürer s'assit et peignit avec l'un d'eux, le premier qui lui tomba sous la main, la chevelure longue et bouclée de laVierge aux angesavec une telle sûreté de main, que son ami resta stupéfait de sa facilité.

Nous trouvons dans la galerie du Belvédère, à Vienne, une toile datée de 1507. C'est le portrait d'un jeune homme inconnu, dont les traits sont d'une très-grande beauté.

1508 nous donne un des tableaux les plus célèbres du maître, laLégende des dix mille saints martyrisés sous le roi de Perse Sapor II. Malgré la multiplicité des personnages et le beau fini des détails, Albert Dürer le peignit en un an pour le duc Frédéric de Saxe; plus tard il devint la propriété du prince Albert, qui l'offrit au cardinal de Granvelle. Je n'ai trouvé nulle part comment il devint la propriété de l'empereur d'Autriche. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il est depuis longtemps déjà à Vienne, au Belvédère (salle 1re, no18), où il excite une juste admiration.—Au milieu de la toile, on aperçoit Albert Dürer et son Pylade Bilibald Pirkeimer; tous deux sont vêtus d'habits noirs et suivent avec intérêt les péripéties du drame terrible qui se déroule devant eux: leur attitude est calme et digne; l'artiste tient à la main un petit drapeau sur lequel on lit l'inscription suivante:Ista faciebat anno Domini, 1508, Albertus Dürer Alemanus.

Il y a, dans la galerie de Schleissheim, une répétition de cette toile. Un an avant d'exécuter laLégende des dix mille martyrs, l'artiste en avait fait un croquis à la plume. C'est le prince royal de Suède qui est l'heureux possesseur de ce petit chef-d'œuvre.

Albert Dürer peignit l'Ascension de la Viergepour Jacques Heller, de Francfort; il se représenta au second plan, appuyé sur une table qui portait son nom et la date 1509. Je dis qui portait, car cette belle toile a été détruite dans le terrible incendie du château de Munich. Le fameux tableau l'Adoration des rois mages, que l'on voit à Florence, porte aussi la date de 1509. C'est une œuvre du plus haut style, malgré son aspect un peu étrange. En effet, on a peine à garder son sérieux devant ses rois d'Orient, vêtus comme des gentilshommes allemands du commencement duXVIesiècle.

Suivant les errements de tous les peintres, ses prédécesseurs, Albert Dürer ne se souciait pas du costume, il habillait ses personnages à la mode de son époque et de son pays.

Revenons au Belvédère, nous ne perdrons pas nos pas, car nous nous trouverons en face d'une des plus belles pages du maître,la Trinité. Il fit ce chef-d'œuvre pour une église de Nuremberg, d'où on la porta à Prague; ensuite elle passa à Vienne, où on la voit encore. En haut, au milieu de la toile, Dieu le père presse entre ses bras le Christ attaché à la croix; le Saint-Esprit plane sur sa tête; deux séraphins tiennent le manteau de Jéhovah, tandis que plusieurs anges voltigent autour d'eux, portant les instruments de la Passion. A gauche, on aperçoit des saintes conduites par la Vierge; à droite, des saints conduits par saint Jean-Baptiste; au-dessous, une troupe d'élus de tous les états et de toutes les races se tiennent debout sur des nuages et rendent des actions de grâces au Créateur. A la droite du spectateur, on aperçoit Albert Dürer lui-même, vêtu d'un riche manteau fourré; il tient dans la main gauche un écusson sur lequel on lit:Albertus Durer Noricus faciebat anno Virginis partu 1511.

Un beau paysage, baigné par un lac transparent, occupe le bas de la toile.

1511 nous donne un autre tableau qui ne vaut pas le précédent, il s'en faut; c'est uneVierge allaitant l'enfant Jésus, que l'on trouve au musée royal de Madrid. On peut reprocher à la mère du Sauveur de n'être qu'une bonne bourgeoise de Nuremberg, mais on doit reconnaître que la toile est d'un bel effet et d'un bon coloris.

1512 ne nous apporte qu'un tableau que l'on voit à Vienne, au Belvédère, c'est uneMadonequi se ressent du séjour du maître en Italie. La robe bleue de la Vierge est d'une couleur très-intense, trop intense peut-être; elle écrase un peu les chairs qui sont un peu pâles; l'enfant nu que la Madone tient sur ses genoux est remarquablement beau.

Le musée du roi, à Madrid, renferme unCalvairedaté de 1513, qui peut rivaliser avec les meilleurs morceaux d'Albert Dürer. Ce n'est guère qu'un tableau de chevalet. Mais les œuvres de génie ne se mesurent pas au mètre.

En 1515, il fit à la plume les dessins du célèbre livre de prières destiné à l'empereur Maximilien. Aucun de ces nombreux petits chefs-d'œuvre ne ressemble à son voisin: les uns sont sérieux, les autres spirituels, tous sont admirables, et c'est toujours celui que l'on a sous les yeux qui paraît le meilleur. Ce livre unique est à Munich, dans la bibliothèque de la Cour.

De tous les portraits d'Albert Dürer, le plus beau sans contredit est celui qu'il a fait en 1516, d'après laressemblancede son vieux maître, Michel Wohlgemuth. Cette œuvre pieuse est conservée à la pinacothèque de Munich, cabinet VII, sous le numéro 139; elle est peinte sur un fond vert uni et porte cette singulière légende: «Albert Dürer a fait ce portrait en 1516, d'après la ressemblance de son maître, Michel Wohlgemuth, qui était âgé de 82 ans et qui a vécu jusqu'en 1519. Il est mort le jour de la Saint-André, avant le lever du soleil.»

A l'âge de quatre-vingt-deux ans maître Wohlgemuth avait encore l'air intelligent, mais il ressemblait plutôt à un moine qu'à un grand artiste.

LaLucrèceque nous trouvons à la pinacothèque de Munich, dans la deuxième salle, sous le numéro 93, passe pour être le portrait de sa femme. On se trompe évidemment; Agnès Frey était belle et distinguée, et cette Lucrèce est laide et sans distinction. La même année, Albert Dürer a peint uneVierge tenant son fils sur ses genoux. L'Enfant divin porte au cou un collier d'ambre jaune, et sur une table verte on aperçoit un citron coupé qui fait pâmer d'aise tous les réalistes. La Mère du Sauveur est aussi belle que les plus belles Vierges de Raphaël.—Ce tableau est à Vienne, au Belvédère à côté d'un superbe portrait de l'empereur Maximilien Ier, daté de 1519.

En 1520, Albert Dürer entreprend son voyage dans les Pays-Bas. Chemin faisant, il dessine sur un album qu'il emporte toujours avec lui les personnages et les objets qui lui semblent intéressants. Ce précieux album a été vendu en détail; nous en avons vu quelques feuillets qui appartiennent à un amateur distingué, M. Ambroise-Firmin Didot. Ils nous ont laissé le regret de ne pas connaître les autres.

Dans la pinacothèque de Munich, cabinet VII, numéro 127, nous trouvonsSiméon et l'évêque Lazare, un petit tableau charmant qui porte la date de 1523, et qui cependant est peint sur un fond d'or, dans le style de l'école de Cologne. A la même date, nous avons non-seulement un magnifique portrait d'homme peint à la détrempe sur toile, que l'on suppose être Jacques Frugger, mais encore trois des meilleurs tableaux du maître: 1ouneDescente de croix, fort bien composée et d'une vérité qui vous fait froid au cœur; 2ouneNativité dans la crèche, où l'on voit sainte Marie et saint Joseph adorer l'enfant Jésus entouré d'un groupe de chérubins, tandis que d'autres anges vont annoncer la bonne nouvelle aux bergers. CetteNativitéformait le centre d'un triptyque dont on a détaché les volets qui contenaient les portraits en pied des frères Baumgartner, dont Albert Dürer parle souvent dans ses lettres à Pirkeimer; 3olaSainte Trinité, qui appartient à un habitant d'Augsbourg. C'est un beau tableau largement peint et fort bien conçu.

Le musée Van Ertborn, d'Anvers, possède une magnifique grisaille; c'est le portrait de l'électeur Frédéric III, de Saxe, conforme à la gravure qu'Albert Dürer en a faite en 1524 et qui porte son monogramme si connu.

1526 nous apporte trois pages superbes. On voit la première à Aix-la-Chapelle; c'est un Christ qui fait ses adieux à sa Mère.

On voit la seconde à Vienne, dans la galerie du Belvédère; c'est le portrait d'un certain Johann Kleeberger, dont les grands yeux noirs et le teint mat sont très-poétiques. Il serait très-beau s'il avait un nez, mais ce détail lui manque presque absolument. Ce Kleeberger épousa Felicitas Pirkeimer, la fille de l'ami de Dürer. En 1532, deux ans après la mort de sa femme, il s'établit à Lyon où on ne l'appela bientôt quele bon Allemand, à cause du bien qu'il faisait aux pauvres. Lorsqu'il mourut, en 1546, ses compatriotes d'adoption lui élevèrent, sur le roc de Bourgneuf, une statue en bois, qui fut remplacée en 1849 par une statue en pierre, due au ciseau de M. Bonnaire.

La troisième est le portrait d'un des ancêtres de M. le conseiller et docteur Rodolphe Holzschuler, chef d'une illustre famille de Nuremberg, qui le montre aux étrangers avec une grâce parfaite. Son aïeul a cinquante-sept ans environ; mais malgré ses cheveux blancs, il a l'air fort jeune. Ce portrait est un chef-d'œuvre.

Il ne nous reste plus qu'à parler des tableaux qui n'ont pas de date certaine. Parmi ceux-là nous trouvons, à Venise, le célèbreEcce Homoqui doit avoir été peint en 1505 ou en 1506.—A Vienne, dans la galerie de Fries, laMort de la Vierge. La tête de la mère du Christ est le portrait fidèle de Marie de Bourgogne, première femme de Maximilien. Au second plan, on reconnaît l'empereur, son fils et un grand nombre de contemporains célèbres. La beauté de la couleur, le fini des détails et la ressemblance des personnages historiques donnent un grand attrait à cette admirable peinture.—A Florence, dans la galerie des Offices, laMadone avec l'Enfant. Ce tableau est mal placé; cependant on remarque la grâce et la beauté de la Vierge: on jurerait une de ces belles toiles de Jules Romain ou de son illustre maître. A Schleissheim,la Vierge, sainte Anne et l'Enfant Jésus endormi, tableau d'une exécution irréprochable, et uneMater dolorosadebout, les mains jointes.—Citons encore unEcce Homoqui, pour ne pas valoir celui de Venise, n'est pas moins une fort belle chose dont la chapelle de Moritz, de Nuremberg, peut tirer grande vanité.—Hercule tuant les Harpiesest un tableau peint à la détrempe; il en reste juste assez pour faire voir qu'il a été superbe et combien on doit le regretter.—LesBustes des empereurs Charles et Sigismond, du château de Nuremberg, belles figures puissantes et majestueuses, peintes avec une grande sûreté de main.—Dans la galerie de Schleissheim, lePortrait d'un jeune savant, bon ouvrage exécuté à la détrempe, infiniment mieux conservé que l'Herculedont nous avons déploré la fin prématurée.—A Anvers, au musée Van Ertborn, uneMater dolorosa. La Vierge, vêtue d'un manteau vert, est assise les mains jointes. Ce tableau est très-beau, très-fini, d'une couleur très-intense et d'une conservation parfaite; Otto Mündler l'attribue à Altdorfer. Il est peut-être d'Albert Dürer; les hommes distingués qui ont rédigé le livret du musée d'Anvers se contentent de dire qu'il appartient à l'école allemande. En Espagne ou en Italie on le donnerait sans hésiter à Albert Dürer. En Belgique, dans le doute, on s'abstient toujours, ce qui est à la fois plus honnête et plus habile.

Faut-il parler ici des peintures dont le musée de Saint-Pétersbourg gratifie trop généreusement Albert Dürer? Comme elles n'ont pas sur elles leur extrait de naissance ou leur passe-port, ce qui n'est pas toujours la même chose, nous aimons mieux les oublier pour n'avoir pas à les débaptiser.

La bibliothèque Ambroisienne de Milan possède laConversion de saint Eustache, dont Albert Dürer a fait une de ses plus belles gravures.

A Rome, il y a un tableau de Dürer, où il nous montre desAvaresrepoussants, à force d'être vrais, et une copie de l'Adoration des rois, que l'on voit à Florence. Tout le monde croit qu'elle est faite par un des bons élèves de Dürer. Le directeur du musée seul déclare avec assurance que c'est un original. Dans trois ans, si Dieu prête vie à ce galant homme, ce que je désire de tout mon cœur, il assurera avec le même aplomb que le tableau de Florence est une simple contrefaçon;—trois ans plus tard, il nommera l'élève de Dürer qui l'a fait d'après celui de Rome; il dira, si on l'exige, combien de temps il a employé à ce travail, où il était logé, ce qu'il mangeait à ses repas, et il ne croira pas mentir. Rien ne peut être comparé à l'imagination d'un propriétaire de tableaux. Et un directeur de musée n'est-il pas propriétaire de tous les tableaux qu'il a sous sa garde?

Nous trouvons, à Turin, uneDéposition de croixd'une belle couleur, et un

Dans la galerie du prince de Liechtenstein, à Vienne, il y a deux volets de triptyque dont le panneau central est absent: ce sont deux portraits en pied qui ne manquent pas de majesté et une petite esquisse à peine ébauchée, vrai chef-d'œuvre de naïveté.

A Dresde, on montre un portrait que l'on assure être celui de Lucas de Leyde, qu'Albert Dürer a fait à Anvers, en 1520, et dont il parle dans ses notes de voyage.—UnPortement de croixen figurines et en grisailles, et unLapinà la gouache sur parchemin, d'une vérité parfaite;—il amuse beaucoup les enfants, les grandes personnes se contentent de l'admirer.

Nous trouvons dans le musée de Madrid deuxallégoriesphilosophiques et chrétiennes peintes sur des panneaux longs et étroits. Comme dans l'un et dans l'autre la mort joue le rôle principal, on prétend qu'ils ont été commandés par un seigneur du temps qui avait le spleen.

Et enfin les apôtres Pierre et Jean, Paul et Marc, que l'on admire à Munich, salle première, sous les numéros 71 et 76. Ils ne portent aucune date, mais le livret de la pinacothèque nous apprend qu'ils ont été faits en 1527, c'est-à-dire un an avant la mort d'Albert Dürer. Ces quatre apôtres pourraient être signés: Raphaël ou Fra Bartholomeo. Quelle élévation de style, quelle grandeur imposante et quelle noblesse! On les reconnaît, ce sont bien eux qui ont porté la parole du Christ par la terre entière. En peignant l'apôtre saint Jean, Albert Dürer lui a donné la belle et sympathique figure de Schiller. On dirait que le grand peintre a pressenti la venue du grand poëte et qu'il a voulu d'avance faire son portrait.

On remarquera sans doute que nous n'avons pas cité une seule fois Paris dans ce rapide travail; c'est qu'en effet notre musée impérial, qui contient quelques beaux dessins du Raphaël de l'Allemagne, n'a pas une seule de ses admirables peintures. Je n'accuse personne, je sais combien notre surintendant est artiste; je sais aussi, sans qu'il me l'ait dit, avec quelle joie il payerait, non pas au poids de l'or, ce serait trop bon marché, au poids du rubis, un tableau qui porterait la signature d'Albert Dürer ou son célèbre monogramme. Mais ceux qui ont le bonheur de posséder ces inimitables chefs-d'œuvre les gardent. Il lui serait facile de se procurer quelques-unes des innombrables contrefaçons que l'on fabrique par un procédé qui est d'une déplorable simplicité; le voici: on colle sur une plaque de cuivre une gravure du maître, on la met en couleur; on a soin de respecter le monogramme; on la vernit, on l'envoie en Hollande, d'où elle revient sans toucher terre; on la conduit à l'hôtel Drouot, où on la sert aux banquiers enrichis en un jour qui se font une galerie en une heure.

Si notre surintendant n'était pas lui-même un artiste distingué, il se laisserait prendre à ce piége, car il est quelquefois assez vraisemblablement ourdi, et nous aurions, comme quelques musées étrangers, une demi-douzaine d'Albert Dürer. Mais combien nous préférons l'absence du chef de l'école nurembergeoise à ces toiles douteuses qui font hausser les épaules aux vrais connaisseurs! Il y a encore assez de tableaux authentiques d'Albert Dürer dans les mains des particuliers, pour qu'un bon vent nous en amène un; s'il faut le payer cher, on le payera cher!

Les musées de province ne sont guère plus riches que celui de Paris. Cependant Lyon a unex-votode l'empereur Maximilien signé du portrait de Dürer lui-même, et Limoges un magnifique tableau peint sur fond d'or.

Dans la relation de son voyage en Flandre, Albert Dürer passe en revue la plus grande partie de ses gravures. Nous compléterons, chemin faisant, les renseignements qu'il donne lui-même, et nous prierons le lecteur qui voudra de plus amples détails de consulter l'Abecedario de Mariette, publié et annoté par MM. de Chenevières et de Montaiglon, M. Charles Blanc, qui parle longuement et savamment de l'œuvre gravé d'Albert Dürer dans son admirableHistoire des peintres, Heller, qui a corrigé Bartsch, M. Passavant, qui a corrigé Heller, et M. Émile Galichon qui, lui, n'a voulu corriger personne, et a pourtant écrit un fort bon ouvrage sur les gravures d'Albert Dürer.

Nous l'avons dit, Albert Dürer ne fut pas seulement peintre et graveur, il embrassa tous les arts et excella dans tous. Il fut orfévre, mais aucun de ses travaux n'est resté. Sandrart nous apprend qu'il a ciselé sept sujets de la Passion, mais il ne les a pas vus.

On lira dans leVoyage en Flandrequ'il fit beaucoup de dessins pour les orfévres. On verra, dans la même relation, qu'il s'occupa aussi d'architecture; entre autres travaux, il dessina au lavis le plan d'une maison pour le médecin de dame Marguerite, et le British Museum possède le plan d'une fort belle fontaine qu'il a dessiné à la plume; malheureusement, cette fontaine est restée à l'état de projet.

Il fut aussi ingénieur comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. C'est lui qui dirigea les travaux de fortifications de la ville de Nuremberg.

Comme sculpteur, on lui donne: 1oun petit bas-relief en pierre, représentant la naissance de saint Jean-Baptiste (il est conservé au British Museum); 2odeux statuettes, Adam et Ève (au musée de Gotha); 3odeux madones, bas-reliefs sculptés en bois; deux femmes nues, vues l'une de face, l'autre de dos, bas-reliefs en marbre (à Munich); 4oun saint Jean prêchant dans le désert, bas-relief (à Brunswick); 5odivers ouvrages exécutés en ivoire et en bois (à Dresde, dans la collection des Grünes Gewölbe); 6oune arquebuse (à Vienne); 7oplusieurs bas-reliefs en bois et en pierre lithographique, avec le monogramme d'Albert Dürer (à Paris, au Louvre, et à Bruges, au séminaire). Mais nous n'acceptons la plus grande partie de ces ouvrages que sous bénéfice d'inventaire. Les numismates lui attribuent aussi plusieurs médailles.

Voici un pfenning qu'il grava pour Martin Luther:

Le premier livre d'Albert Dürer est intitulé:Traité de géométrie, ou Méthode pour apprendre à mesurer avec la règle et le compas. Cet ouvrage est mûrement pensé et écrit clairement. On voit que l'auteur est convaincu de ce qu'il avance, à savoir «que la géométrie est le vrai fondement de toute peinture, et que, sans posséder à fond cette science, personne ne peut devenir un bon peintre.»

Ce traité était fort estimé auXVIesiècle.—A la demande d'Agnès Frey, Joachim Camerarius en fit une traduction qui fut publiée à Paris,ex officina Christiani Welcheli.

Sub scuto BasilensiM. D. XXXV.

A la même époque, le même éditeur mit en vente une traduction latine duTraité sur les fortifications des villes, châteaux et bourgs, qu'Albert Dürer avait publié en 1527, et qu'il avait dédié au roi de Hongrie, Ferdinand, frère de Charles-Quint.

L'ouvrage intitulé:Les quatre livres des proportions humaines, qui a été écrit en 1523, n'a été publié qu'après la mort d'Albert Dürer, par les soins de sa femme, qui n'a rien négligé pour en retirer un bon prix; il a aussi été traduit en latin par Camerarius, et en français par Loys Meygret, de Lyon. Nous ne dirons rien de cet ouvrage, puisqu'on peut le lire en français; il y en a un exemplaire à la Bibliothèque impériale. Outre les trois traités dont nous venons de parler, on conserve à la Bibliothèque de la Madeleine, à Breslau, un livre sur l'escrime qui doit être authentique. On sait combien Albert Dürer aimait tous les exercices du corps.

Un ouvrage sur les proportions du cheval, qu'on lui attribue, n'est pas de lui, si l'on en croit Camerarius, qui est digne de foi.

[2]Œuvres de Bernard Palissy, page 10 (édition Ruault,—1777); dans une note, on lit ceci: «En 1777, les pièces capitales se vendent jusqu'à 15 et 16 livres.» Que dirait donc l'auteur de la note, s'il savait que j'en ai vu vendre une, dernièrement, 1,200 francs?

[3]Jean.

[4]Célèbre imprimeur de Nuremberg.

[5]Celui-ci a survécu à Albert, et fut son héritier.

[6]Jean fut peintre du roi de Pologne.

[7]Né à Nuremberg en 1434, mort en 1519 dans sa ville natale. On l'appelle généralement le Pérugin du Raphaël de l'Allemagne. Lorsque Albert Dürer entra chez Michel Wohlgemuth, ce peintre illustrait laChronique de Nuremberg, livre célèbre, qui fut imprimé, pour la première fois, en 1493, par le parrain d'Albert, Antoine Koberger.

[8]Cette maison ou plutôt cette cage n'est intéressante que parce qu'elle a été habitée par le célèbre artiste pendant la plus grande partie de sa vie, et qu'il y a composé presque tous ses chefs-d'œuvre.—Elle est située à l'extrémité de la rue Albert Dürer et porte le numéro 376. Les murs sont construits avec des soliveaux entre-croisés, dont les intervalles sont remplis par la maçonnerie; les fenêtres sont nombreuses et larges; elle est coiffée d'un énorme toit rouge percé d'une grande quantité de lucarnes longues et basses comme ses voisines, dont elle n'a pas l'air de chercher à se distinguer.

La tradition rapporte que, sur le pignon, à la hauteur du premier étage, s'avançait autrefois en saillie une loge vitrée qui servait d'atelier au maître; elle a été démolie, parce qu'elle menaçait ruine, et on a eu le tort de ne pas la reconstruire.

La ville de Nuremberg a acquis cette maison et lui a donné une noble destination en la réservant aux assemblées de laSociété Albert Düreret aux expositions permanentes d'objets d'art.—Les étrangers qui désirent visiter ce pieux souvenir historique sont fort bien accueillis par un artiste délégué, qui leur montre avec une grâce parfaite le rez-de-chaussée où Dürer faisait poser ses modèles; la grande salle du premier étage où le maître recevait ses élèves et ses amis, après ses longues journées de labeur, lorsque la belle Agnès l'autorisait à ne pas travailler le soir, ce qui était fort rare; et enfin le second étage où on voit la chambre à coucher d'Albert Dürer. C'est un réduit situé sur la cour, où le soleil n'a jamais daigné venir le saluer, et où un homme de moyenne taille peut à peine se tenir debout. Si j'offrais à mon domestique quelque chose de pareil, il m'aurait bientôt donné mon compte.

[9]Un jour, l'empereur Maximilien fit pour Albert Dürer ce que Charles-Quint fit plus tard pour le Titien, et François Ierpour Benvenuto Cellini, il maintint en équilibre l'échelle sur laquelle le peintre était monté, et dit aux gentilshommes de sa suite: «Vous le voyez, messieurs, le génie d'Albert Dürer le place même au-dessus de l'empereur.»

Un autre jour, Albert Dürer, dessinant sur une muraille, allait devoir interrompre son travail, parce qu'il ne se trouvait plus assez élevé, lorsque l'empereur Maximilien, qui était présent, ordonna à un de ses gentilshommes de se poser de façon que l'artiste pût se servir de lui pour s'exhausser. Le gentilhomme représenta humblement qu'il était prêt à obéir, bien qu'il trouvât cette posture fort humiliante; il ajouta qu'on ne pouvait guère plus avilir la noblesse, qu'en la faisant servir de marchepied à un peintre.

«Ce peintre, reprit l'empereur, est plus que noble par ses talents; je peux d'un paysan faire un noble, mais d'un noble je ne ferais jamais un artiste comme Albert Dürer.» Le soir même, Albert Dürer fut anobli par l'empereur, qui lui donna pour armes trois écussons d'argent, deux en chef et un en pointe sur champ d'azur.

Nous laissons la responsabilité de ces anecdotes à Karle de Mander, qui a fait des comédies charmantes et des fables fort spirituelles, dont il s'est un peu trop souvent souvenu quand il a écrit son histoire des peintres.

[10]Memini virum excellentem ingenio et virtute Albertum Durerum pictorem dicere, se juvenem floridas et maxime varias picturas amasse, seque admiratorem suorum operum valde lætatum esse, contemplando hanc varietatem in sua aliqua pictura.

Postea se senem cœpisse intueri naturam, et illius nativam faciem intueri conatum esse.

Quam cum non prorsus adsequi posset, dicebat se jam non esse admiratorem operum suorum ut olim, sed sæpe gemere intuentem suas tabulas et cogitare de infirmitate sua, etc., etc.

(Epistolæ Ph. Melancthonis., Ep.XLVII, page 42.)

[11]En 1477, un patricien de Nuremberg, nommé Martin Kœtzel, fit un voyage en Palestine. Pendant son séjour en Terre Sainte, il compta le nombre de pas qui séparent la maison de Pilate du Golgotha. Son dessein était de mesurer une distance égale, à partir de sa maison de Nuremberg jusqu'au cimetière Saint-Jean, et de faire sculpter, par l'illustre statuaire Kraft, sept stations dans l'intervalle et un calvaire avec le Christ, et les deux larrons à l'extrémité.—Qu'arriva-t-il?—Le patricien perdit-il la mémoire ou ses notes? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que, revenu chez lui, il n'avait plus ses mesures. Onze ans après, en 1488, il entreprit un nouveau pèlerinage pour pouvoir faire de nouveau son calcul sur place, et au retour il fut assez heureux pour trouver Adam Kraft plein de vie et dans toute la force de son talent. Cette fois, il ne perdit pas une seconde, son œuvre pie fut exécutée et fort bien, si l'on en juge par les morceaux que le temps n'a pas dévorés.

[12]Willibald ou Bilibald Pirkeimer, sénateur de Nuremberg, homme de lettres distingué et l'un des amis intimes d'Albert Dürer.—Il a fait son portrait sur cuivre en buste vu de trois quarts avec cette épigraphe:Bilibaldi Pirkeymheri. effigies. œtatis. suæ, annoL. III.Vivitur. ingenio cætera. mortis eruntM. D. XX. IV. Ce portrait admirable est celui dont nous donnons, dans ce livre, une copie exécutée par M. Durand, d'après une épreuve de la collection de M. Ambroise-Firmin Didot. Dürer a aussi peint les armoiries de Pirkeimer, deux écus soutenus par deux génies ailés au-dessus desquels on lit:Sibi et amicisP., et dans la marge du bas: LiberBilibaldi Pirkeimer: dans celle du haut est une inscription en hébreu, une seconde en langue grecque et la suivante en latin:Initium sapientiæ timor Domini.

[13]Il parle certainement des Allemands qui habitent laGiudeccaouZuecca(quartier des Juifs), dans l'île deSpinalonga.

[14]Il veut parler sans doute d'une communauté allemande qui existait alors à Venise.

[15]C'était leMartyre de saint Bartholomé. Ce tableau fut acheté plus tard par le roi de Bohême Rodolphe II, qui le plaça dans la galerie de Prague.

[16]Le plus jeune et le plus illustre des deux frères Bellini, le maître de Giorgion et du Titien.

Il est né à Venise en 1426, il y est mort en 1516 et il y est enterré à côté de son frère Gentile, dans l'église des apôtres saint Jean et saint Paul.

[17]Albert Dürer parle-t-il de Jacob Walch ou de Jacob Elsner, l'artiste universel dont Neudörffer dit: «Ce Jacob Elsner était un homme d'un commerce agréable que les patriciens recherchaient fort. Il jouait admirablement du luth et vivait dans l'intimité des habiles organistes Sébastien Imhoff, Guillaume Haller et Laurent Stauber. Il peignit leurs portraits, illumina leurs beaux livres, dessina les blasons que l'empereur et les rois leur avaient donnés et fit nombre d'autres petits travaux pour eux. Personne de son temps ne savait peindre l'or comme lui.» Le docteur Frédéric Campe croit qu'il est question d'Elsner. «Albert Dürer, dit-il, parlerait avec plus de respect de son honorable prédécesseur Jacob Walch ou le Walche.» Le respect n'a rien à faire ici. Albert Dürer donne son opinion sur les peintres italiens, et s'il attaque quelqu'un, c'est Antoine Kolb, dont le zèle amical est en effet un peu bien exagéré.

M. Passavant déclare nettement qu'il s'agit ici d'un tableau de Jacob Walch qui venait, grâce à Kolb, d'obtenir une situation auprès de Philippe de Bourgogne. Il ajoute qu'Albert Dürer avait peut-être sollicité cette situation. Pourquoi cette supposition toute gratuite? L'appréciation d'Albert Dürer n'était que juste. «Jacob Walch, dit Jacob de Barbarj, dit le Maître au caducée, avait du talent, mais il était loin d'égaler les maîtres italiens.» (Voir le travail de M. Émile Galichon sur ce peintre.Gazette des Beaux-Arts, t. XI, p. 314, no456.)

[18]Minuit et demi de notre temps.

[19]La mère de Dürer faisait cuire des œufs et Hans les peignait. Cette coutume existe encore aujourd'hui à Nuremberg et à Prague. Ces œufs, qui sont artistement peints, amusent toujours les petits enfants et même les grandes personnes.

[20]Le premier dimanche après Pâques.

[21]La première partie de cette lettre est écrite un peu en italien de cuisine, un peu en espagnol, un peu en portugais et beaucoup en patois indéchiffrable.—Pirkeimer, qui était un homme fort instruit, a dû rire beaucoup en la recevant.—Voici le texte original, original est le mot.

«Grandissimo primo homo de mondo, woster servitor ell schiavo Alberto Dürer disi salus suo magnifico miser Willibaldo Pircamer my fede el aldy Wolentiri cum grando pisir woster sanita et grando honor el my maraweio como ell possibile star uno homo cosi wu contra thanto sapientissimo Tirasibuly milites non altro modo nysy una gracia de dio quando my leser woster littera de questi strania fysa de catza my habe thanto pawra et para my uno grando kosa.»

[22]Pirkeimer avait envoyé à son ami un dessin un peu intime, en effet.

[23]Il parle de sa femme.

[24]Eucharis Karll, prieur des Augustins.

[25]Les quelques premiers mots de cette phrase sont écrits en italien, un peu moins indéchiffrable que celui que l'on trouve au commencement de la lettre précédente.

[26]A l'époque dont parle Albert Dürer, Pirkeimer fit partie de l'ambassade qui fut envoyée au conseil de la Confédération souabe par la ville de Nuremberg. L'histoire de cette négociation est conservée dans les archives de Nuremberg sous ce titre: Conventions conclues entre le margrave Frédéric de Brandenbourg et l'ambassade de Nuremberg, etc., 1506, in-folio.

[27]Leonardo Loredano, doge de Venise de 1500 à 1521.

[28]Antonio Suriano.

[29]Agnès Frey, fille d'Hans Frey de Nuremberg, épousa Albert Dürer en 1494. Le journal de Dürer prouve qu'il n'avait pas laissé à Nuremberg son avare et querelleuse femme, comme l'ont prétendu jusqu'ici ses biographes, entre autres J. Sandrart, qui l'écrit en toutes lettres dans le deuxième volume de l'Académie allemande, page 225 (imprimé à Nuremberg en 1675). Du reste, Albert Dürer, dans son journal, ne dit pas un mot du caractère de sa femme. Il résulte aussi de ce document qu'en 1520 il se rendit pour la première fois dans les Pays-Bas. Il n'avait donc pas visité précédemment ce pays avec l'empereur Maximilien I, comme Quadens le prétend à tort dans lesFastes de la nation allemande, page 428. S'il est vrai qu'Albert Dürer alla dans les Pays-Bas pour fuir des chagrins domestiques, malheureusement trop réels, il faut que ce voyage nouveau ait eu lieu en 1523 ou en 1524 seulement.

[30]Georges III, sacré en 1505, mort en 1522, protecteur des arts. Albert Dürer a fait son portrait.

[31]Suite de 20 estampes. Hauteur, 11 pouces; largeur, 7 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, D. VII, no76-95.

[32]L'Apocalypse de saint Jean, 15 estampes. Hauteur, 14 pouces 6 lignes; largeur, 10 pouces 3 à 6 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 60-75. Cette œuvre gigantesque est digne de l'homme de génie qui l'a exécutée, et digne du livre étrange qui l'a inspirée.

[33]Le florin d'or valait 8 fr. 60 de notre monnaie d'aujourd'hui.

[34]Hans Wolfgang Ratzheimer vivait à Bamberg, de 1492 à 1527.

[35]Albus, ou pfennig blanc, monnaie d'argent mise en circulation vers 1360. Sous l'empereur Charles IV, elle avait surtout cours dans l'électorat de Cologne et dans la Hesse-Cassel; elle valait 9 pfennigs. On n'en trouve plus que dans les cabinets des numismates.

[36]Le fils du sellier, l'élève du père d'Albert Dürer.

[37]On sait que du temps d'Albert Dürer, cette ville était appelée Antorff par les Allemands.

[38]Le chevalier Arnold de Liere, qui fut successivement bourgmestre de l'extérieur et de l'intérieur, de 1506 à 1529, date de sa mort.

[39]Cette maison, située rue des Princes, devant la cour de Liere, est aussi appelée la Maison Anglaise. Aujourd'hui, c'est un hôpital militaire. L. Guicciardyn dit, dans saDescription des Pays-Bas, Amsterdam 1612, page 69, qu'elle fut bâtie par le seigneur Aert, né de la branche noble de Liere, pour servir de résidence à Charles V.

[40]Maître Pierre, charpentier de la ville.

[41]Quentin Metsys, peintre fameux, né à Louvain vers 1466, mort à Anvers en 1530.

Nous disons en 1530. En effet, il résulte d'une communication faite à M. Pierre Génard par le chevalier Léon de Burbure, et insérée à la page 196 de laVlamsche School, volume de 1857, que maître Quentin Metsys est décédé entre le jour de la Noël 1529 et la veille de cette fête 1530. C'est en cette dernière année qu'il est mort, puisqu'il avait assisté encore, le 8 juillet 1530, à la passation d'un acte.... (Livret du musée d'Anvers).

Le célèbre ferronnier-peintre avait donc seulement 64 ans et non 84 comme on le croyait avant la découverte de son acte de naissance faite récemment par M. Edward Van Even, l'infatigable archiviste de la ville de Louvain. M. Paul Mantz, qui est à l'affût de tout ce qui peut donner un attrait nouveau à sonHistoire des peintres flamands, publiera, j'en suis sûr, ce précieux document dans la prochaine édition de son excellent livre.

[42]Quentin Metsys habitait alors une maison appelée le Singe (de Simme), dans la rue des Tanneurs (Huidevetters-Straet, section 3, no1037).

Plus tard il alla habiter la rue du Jardin dans les Arbaletriers (Schutters-hof-Straet). C'est cette deuxième demeure qui avait encore, en 1658, pour enseigne, un saint Quentin forgé en fer par maître Quentin Metsys lui-même, si l'on en croit Van Fornenberg.

[43]Les places de tir étaient alors situées, les deux premières, où sont aujourd'hui le marché au blé et le nouveau théâtre; la troisième, près des rues des Tapissiers et du Jardin-du-Tir. Elles furent toutes les trois rebâties en partie par Gillibert van Schoonbeke, en 1552.

[44]Le 23 décembre 1520, Charles V fit son entrée triomphale à Anvers, où se tenait alors le conseil de toutes les provinces, pour offrir à Sa Majesté deux cent mille couronnes (Chronique anversoise, page 14).

[45]Orfévre et amateur de Nuremberg, né en 1504, mort en 1546, reçu de la gilde de Saint-Luc en 1546.

[46]37 estampes. Hauteur, 4 pouces 8 à 10 lignes; largeur, 3 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 16-52.

[47]Suite de 16 pièces gravées sur bois. Hauteur, 4 pouces 4 lignes; largeur, 2 pouces 9 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 3-18. Vasari dit qu'Albert Dürer a été à Venise pour porter plainte contre Marc-Antoine, qui avait fait et vendu des copies de la grande et petite Passion de Jésus-Christ. Cette assertion est fausse. Ce qui le prouve mieux que tous les raisonnements, c'est que les cinquante-trois pièces qui composent les deux séries de la Passion ont été commencées en 1507 et terminées en 1513, lorsque Albert était revenu depuis longtemps de Venise. S'il y a été une autre fois, c'est avant 1506 et non après.

[48]Félix Hungersberg, musicien célèbre et capitaine de l'empire.

[49]Joachim Patenier ou de Patenir, né à Dinant, vers la fin duXVesiècle, célèbre comme peintre et comme ivrogne. Il a fait quelques batailles; mais c'est comme paysagiste qu'il s'est illustré. Il mettait dans un coin de tous ses tableaux un petit bonhomme accroupi et ...... C'était le coin du maître. Albert Dürer estimait beaucoup sa peinture; mais il voyait avec chagrin un homme de son méritevivre misérablement dans la crapule.

[50]Desiderius Erasme, né à Rotterdam le 28 octobre 1467, mort le 11 juillet 1536 à Basel.

[51]Peut-être le frère de Lumbardus, le peintre.

[52]Imagines cœli septentrionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 10 lignes.Imagines cœli meridionalis.Hauteur et largeur, 15 pouces 8 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no151-152.

[53]Nicolas Kratzer, chimiste et astronome fameux, florissait à Oxford en 1517. Holbein fit aussi son portrait en 1528.

[54]Ces quelques lignes ont inspiré au grand peintre belge, Henri Leys, un tableau qui est un chef-d'œuvre.

[55]Cette maison existe encore aujourd'hui; elle est située, rempart des tailleurs de pierre, W. 4, no794; mais elle est entièrement défigurée. Les Focker ou Fugger étaient, en ce temps-là, les plus riches marchands de l'Europe. Ils étaient originaires d'Augsbourg et s'étaient fixés à Anvers en 1505.

[56]L'hôtel de Portugal, situé auKipdorp, W. 2, no1668, acheté par la ville à M. Gilles de Schermere, le 20 novembre 1511, et donné au facteur et consuls ordinaires du Portugal, «et ce tant et durant que les dicts facteur ou consuls se tiendront en ceste ditte ville, et que le facteur tiendra sa demeure en la ditte maison.» En 1817, on en fit la caserne des pompiers.

[57]Rodrigo Fernandès, très-gros commerçant, facteur de Portugal en 1528. Cette année, il acheta le splendide hôtel d'Immerseele, appelé plus tard le Vetkot, situé rue Longue-Neuve W. 2, no1468. Il l'acheta au seigneur Jan d'Immerseele, bailli d'Anvers et marquis du pays de Ryen, et à demoiselle Marie De Lannoy, sa femme. La rue du Marquisat qui est près de là en a pris son nom. La jolie chapelle qui existe encore fut bâtie par le marquis en 1496.

[58]Conrad Meyt, né à Malines, reçu à la gilde de Saint-Luc, en 1536.

[59]Cette estampe est gravée à l'eau-forte sur fer. Hauteur, 7 pouces 9 lignes; largeur, 6 pouces 10 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no59.

[60]Il y a tout un poëme dans cette figure, qui revient sans cesse, et peut-être malgré lui, dans l'œuvre du maître. Ce sont les traits dela jalousied'une grande quantité de ses vierges terrestres, et sans doute de ce monstre charmant, Agnès Frey, qu'il déteste et qu'il adore. Voir pageXIV.

[61]Gravure que l'on trouve assez facilement belle. Hauteur, 3 pouces 7 lignes; largeur, 5 pouces 3 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no58.

[62]Cette petite merveille que nous donnons ici est gravée au burin sec. Albert Dürer en avait fait tirer très-peu d'exemplaires. Aussi était-elle déjà rare de son vivant, et ne l'offrait-il qu'aux personnes dont il faisait grand cas.

[63]Cette gravure, dont l'empereur Rodolphe II a fait dorer la planche, est une des plus fines et des plus remarquables du maître. On la nomme aussisaint Hubert, parce que l'on y voit dans une forêt un chasseur à genoux devant un cerf qui porte une croix lumineuse au-dessus de la tête. On croit, généralement que l'artiste a fait le portrait de Maximilien Ier. Peut-être est-ce celui de son ami Reiter, qui ressemblait à l'empereur. Hauteur mesurée du côté gauche, 13 pouces 3 lignes; du côté droit, 13 pouces seulement; largeur, 9 pouces 7 lignes. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no57.

[64]On ne trouve plus ce titre dans les catalogues de l'œuvre d'Albert Dürer; il s'agit ici de lajusticeou de lagrande fortune.

[65]Cette gravure, très-belle et très-rare, porte cette inscription: Albertus Dürer Noricus faciebat 1504. C'est la première fois que le maître signe en toutes lettres. Il a compris sans doute que l'œuvre est digne du grand nom qu'il se fera. Dès ce moment, en effet, son dessin et son exécution technique sont irréprochables. Il n'a plus ni dureté, ni sécheresse, il n'est plus l'élève d'aucun maître. Il est lui! Hauteur, 9 pouces 2 lignes; largeur, 7 pouces 1 ligne. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, no1.

[66]Voir pageCL.

[67]Le Christ expirant sur la croix. On dit que cette estampe a été gravée sur le pommeau de l'épée de l'empereur Maximilien. C'est un petit chef-d'œuvre extrêmement rare.

[68]Agent d'une maison de commerce du royaume à Bruxelles.

[69]Rogier de Bruges, ou plutôt Rogier van der Weyden, peintre, né à Bruxelles, suivant les uns, à Tournay, suivant les autres, vers 1400, et mort à Bruxelles le 16 juin 1464, d'une maladie épidémique appelée lemal anglais, qui ravageait alors le pays.

Trois des tableaux dont parle Albert Dürer sont d'une grande naïveté, mais le quatrième est d'un effet très-saisissant: c'est Herkenbaldt, mourant dans son lit, qui embrasse son neveu, convaincu d'un viol, et qui en même temps l'égorge pour le soustraire à l'ignominie du supplice.—La tête du vieillard est du plus haut style. M. Alphonse Wauters croit que ces tableaux ont été détruits dans le bombardement de Bruxelles, en 1695. Quatre magnifiques tapisseries de 26 pieds de longueur sur 13 pieds 6 pouces de hauteur, conservées précisément dans la sacristie de l'église de Berne, les reproduisent de la manière la plus complète, et nous font voir combien Lampsonius avait raison quand il s'écriait avec admiration: «O maître Rogier, quel homme vous étiez!

[70]Le Mexique.

[71]Hugues Vandergoes, peintre distingué, que Vasari nomme Hugo d'Anversa. Pourquoi? Ce n'est sans doute pas parce qu'il est né à Gand vers 1430.—En 1476 il se fit ordonner prêtre, devint chanoine régulier au monastère de la Croix-Rouge, dans la forêt de Soignes, aux portes de Bruxelles, et mourut en 1482.

Ses compagnons de retraite gravèrent cette inscription sur sa tombe:

Pictor Hugo van der Goes humatus hic quiescit.Dolet ars, cum similem sibi modo nescit.

[72]Bernard van Orley, ou Barend van Brussel, né à Bruxelles en 1471, mort dans sa ville natale en 1541, peintre de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il eut la gloire d'être un des rares peintres flamands qui accueillirent Albert Dürer sans jalousie.

[73]Receveur du Brabant pour le quartier de la ville d'Anvers.

[74]Il est représenté à mi-corps dans son cabinet. Il écrit. Érasme ne fut pas content de ce portrait comme il l'avait été de celui fait par Holbein, qu'il avait gardé dix jours chez lui avant de le rendre, pour qu'il pût paraître dans la célèbre édition de l'Éloge de la folie, dite édition d'Holbein, parce que ce grand peintre l'avait illustrée de quatre-vingt-trois dessins, gravés sur cuivre, sans compter son portrait, celui de Morus et celui d'Érasme sur une seule planche. Oh! oh! s'était écrié le philosophe de Rotterdam en voyant ce portrait, si je ressemblais encore à cet Érasme-là, en vérité, je voudrais me marier. Albert Dürer a gravé ce portrait sur cuivre, avec cette inscription: «Imago Erasmi Roterodami ab Alberto Durero ad vivam effigiem delineata, MDXXVI.» Hauteur, 9 pouces 3 lignes; largeur, 7 pouces 2 lignes.

[75]Albert Dürer parle-t-il de l'estampe de Lucas de Leyde, ou du petit livre populaire intituléAventures de Thyl Uylenspiegel, qui fut traduit en 1483 du néerlandais en allemand, selon les Flamands, ou de l'allemand en néerlandais, selon les Allemands? En 1613, Van der Hoeven, de Rotterdam, fit une nouvelle édition de cette bonne bouffonnerie avec ce titre: «Histoire de Thyl Uylenspiegel, relation des farces ingénieuses qu'il a faites; très-amusante à lire, avec de belles gravures.» Depuis on en a publié bon nombre corrigées et considérablement augmentées. Pour ma part j'en connais bien dix, en comptant celle qui est spirituellement illustrée par Paul Lauters. Je crois qu'Albert Dürer parle du livre, car de son temps la gravure devait déjà être très-rare. A peine gravée, la planche avait été perdue; peut-être Lucas l'avait-il détruite lui-même, car cette estampe n'était pas à la hauteur de ses autres ouvrages.

Le graveur Henri Hondius en a fait une copie en 1644, avec cette inscription:

Dees eerste vorm is wech, men vinter geen voor ons,Want een papiere Druck gelt vyftich Ducatons.

«Cette forme première est perdue, on ne peut la retrouver; et un exemplaire sur papier se paye cinquante ducatons.»

[76]Ambassadeur nurembergeois; fut conseiller et bourgmestre de sa ville, et mourut en 1553.

[77]Tasses de Majolica. Poterie italienne.

[78]L'écusson de cette famille fut peint par Dürer, et peut-être même gravé sur bois.

[79]Jacques Cornelisz, né au village de Oostzanen, et maître de Jean Schorel. En 1512, il jouissait déjà d'une grande réputation. Charles van Mandre a vu à Harlem, chez Corneille Suyver, une Circoncision peinte par lui en 1517, dont il dit le plus grand bien. Ce peintre avait un frère, nommé Buys, et un fils nommé Dirck Jacob; l'un a fait de beaux paysages, l'autre de beaux portraits. Jacques Cornelisz est mort à Amsterdam dans un âge avancé. Dürer l'appelle Jacques de Lubeck, parce qu'il avait été pensionné par les magistrats de cette ville.

[80]Ce sont ces quelques mots qui ont fait dire qu'Albert Dürer ne grava pas sur bois. Comment supposer cependant qu'étant en apprentissage chez Wolhgemuth, au moment où ce peintre était déjà occupé des dessins dela Chronique de Nuremberg, il n'ait pas appris toutes les pratiques de l'atelier de son maître, et qu'il n'ait pas plus tard mis la main à quelques-uns des bois à sa marque. On convient généralement que les dessins de Dürer sont mieux gravés que ceux des autres artistes de son temps. N'en pourrait-on pas conclure qu'il donnait le dernier coup de ciseau, ou qu'il dirigeait le travail comme un homme qui sait le métier et qui ne grave pas habituellement, parce qu'il n'a pas le loisir de s'occuper de cet ouvrage long et minutieux?

[81]Jean Swart ou Jean Lenoir, originaire de Groningue, fit des tableaux d'histoire et des paysages avec un égal succès. Ses toiles sont fort rares; mais j'ai vu beaucoup de charmantes gravures sur bois, gravées par lui ou d'après ses dessins. Il avait une grande prédilection pour les cavaliers turcs, armés de flèches et de carquois, car il en a mis partout. Il courut beaucoup le monde et finit par se fixer à Gouda en 1522.

[82]Cornelii Graphæi gratulatio Caroli V imperatoris, 1520. Antverpiæ, apud Joan. Croccium. 8o.

[83]Dürer s'exprima plus longuement à ce sujet en causant avec Melanchthon qui, lors de son séjour à Nuremberg, vint souvent visiter le peintre. Il lui disait entre autres choses: «J'ai regardé ces jeunes filles fort attentivement et même brutalement (puisque je suis peintre).» Manlii Collectanea Locor. communium, page 345. Ces jeunes vierges étaient les plus belles personnes d'Anvers; elles étaient presque nues et habillées seulement d'une gaze légère. Lorsque Charles V fit son entrée triomphale, il ne se montra pas aussi admirateur que Dürer de leur beauté; car en passant devant elles il baissa les yeux, ce qui les indisposa fort contre lui.

A cette époque, on voyait des vierges à peu près nues dans toutes les solennités de ce genre. Les jeunes filles se disputaient l'honneur d'être désignées par les juges instituésad hoc, car la mission de ces nouveaux Pâris était de choisir les plus belles et les mieux faites. Elles recevaient donc un diplôme de beauté, et plus tard leur mari pouvait dire avec un noble orgueil: Ma femme figurait à l'entrée de tel ou tel souverain.

[84]Brabon.

[85]Ce livre est un manuscrit duXVesiècle, que l'on trouve encore aujourd'hui dans les archives d'Anvers. C'est un in-folio, relié en corne blanche. Il porte ce titre: «Le vieux registre de divers mandements». Page 33, on lit l'histoire fabuleuse du géant Brabon et autres de son espèce.

[86]Cet élève de Raphaël se nommait Thomaso Vincidore, de Bologne; il paraît avoir été envoyé en Flandre pour surveiller l'exécution de certaines tapisseries, faites d'après des dessins de Raphaël.

[87]Ce portrait fut gravé au burin par André Stock. On lit cette inscription au bas de la planche: Effigies Alberti Dureri Norici, pictoris et sculptoris hactenus excellentissimi delineata ad imaginem ejus quam Thomas Vincidor de Bolognia ad vivum depinxit Antuerpiæ 1520. And. Stock, sculp. H. Hondius excudit 1639.

[88]C'est à la famille d'Ebner que nous devons le journal d'Albert Dürer. M. C. G. de Murr, qui a publié le texte allemand, dit qu'il l'a tiréex bibliotheca Ebneriana. M. Frédéric Verachter, le savant archiviste de la ville d'Anvers, a traduit en flamand ce document précieux. Je me suis beaucoup aidé de son travail qui est fait avec une grande intelligence; pour être tout à fait juste, je dois dire que sans lui je ne serais jamais parvenu à rendre clairs une certaine quantité de passages qui étaient restés inexpliqués jusqu'à ce jour.

[89]Gaspard Sturm, dit Teutschland (Allemagne), le héraut d'armes qui assista à la prise du château de Sickingen, et qui fut chargé de conduire Luther à la diète de Worms. (Voir laVie de Luther, par Audin, t. VI, p. 207.)

[90]Stephen Lochner (de Constance), et non Lothner comme on l'a cru longtemps, né....? mort en 1451. Le tableau en question est un triptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages. Les volets sont peints des deux côtés, celui de droite nous montre sainte Ursule et ses compagnes à l'intérieur, et à l'extérieur l'Annonciation; sur celui de gauche, on voit à l'intérieur saint Géréon, le glorieux patron de la ville de Cologne, et un ange à genoux à l'extérieur. Avant la visite d'Albert Dürer il était attribué tantôt à Philippe Kaff, tantôt à Willem; depuis, il n'y a plus eu d'incertitude. Ce chef-d'œuvre est aujourd'hui dans la cathédrale de Cologne (chapelle Sainte-Agnès), où on l'admirerait sans restriction s'il n'avait pas subi quelques regrettables retouches. Une inscription que l'on peut lire sous le tableau dit qu'il a été peint à l'huile en 1410.

[91]Il en fit un dessin gravé sur bois. Voir Bartsch,le Peintre-Graveur, 38.

[92]Cet acte de Charles V est du 4 novembre 1520, daté de Cologne. Par cet acte, les magistrats furent chargés de payer à Dürer la pension viagère de cent florins, qui lui avait été accordée par l'empereur Maximilien. La pièce originale de cet acte est encore aux archives de Nuremberg.

[93]Arnold de Beer, élève de Lambert Suterman, peintre d'Anvers. Il s'est fait une réputation comme dessinateur plutôt que comme coloriste.

[94]C'est à Berg-op-Zoom que Dürer veut dire.

[95]Sculpteur, né à Metz.

[96]L'abbaye de l'ordre de Prémontré, dédiée N.-D. et à saint Nicolas.

[97]Jean Gossaert, ditJean de Maubeuge,né à Maubeuge vers 1470, mort le 1eroctobre 1532, mort à Anvers, où il fut enterré à Notre-Dame.

[98]Une Descente de Croix qui avait été commandée par l'abbé Maximilien de Bourgogne. Ce tableau, un des meilleurs du maître, fut détruit par la foudre le 24 janvier 1568.

[99]L'angelot valait deux florins et deux sous. L'archange Michel y était figuré, tenant de la main droite une épée, et de la gauche un écu chargé de trois fleurs de lis. Sous ses pieds, il avait un serpent.

[100]Le chevalier Gérard van de Werve.

[101]Thomas Lopez (le chevalier), ambassadeur du roi de Portugal.

[102]De Haes.

[103]Hans Schaufelein, un des bons élèves d'Albert Dürer.

[104]Pierre Ægidius, plus tard greffier de la ville d'Anvers. C'était un ami intime d'Érasme et du chancelier Thomas Morus. Ægidius se trouvant un jour avec Érasme chez Quentin Metsys, ce peintre fit leur portrait sur deux panneaux ovales, attachés l'un à l'autre avec cette inscription latine:

Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,Erasmus tantos Ægidiumque fere.Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.Sic desiderio est consultum absentis ut horumReddat amans animum littera, corpus ego.

Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,Erasmus tantos Ægidiumque fere.Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.Sic desiderio est consultum absentis ut horumReddat amans animum littera, corpus ego.

Quanti olim fuerant Pollux et Castor amici,

Erasmus tantos Ægidiumque fere.

Morus ab is dolet esse loco, conjunctus amore,

Tam prope quam quisquam vix queat esse sibi.

Sic desiderio est consultum absentis ut horum

Reddat amans animum littera, corpus ego.

Pierre Ægidius, autrement dit Gillis, naquit à Anvers en 1486, et laissa plusieurs écrits remarquables. Il mourut dans sa ville natale en juin 1533. Son père, Nicolas Ægidius, avait été bailli d'Anvers.

[105]Cette tour fut commencée en 1422, par un architecte nommé Jean Amelius de Bologne, selon les uns; selon les autres, par Pierre Smit, dit Appelmans, qui bâtit l'église de Saint-Georges et beaucoup de maisons des environs. Quoi qu'il en soit, il paraît, d'après le témoignage de Dürer, qu'en 1520 cette tour n'était pas encore achevée. Elle a cent vingt-deux mètres neuf cent vingt-cinq millimètres de haut. Albert Dürer n'est donc pas de beaucoup au-dessous de la vérité, puisque la flèche de Strasbourg n'en a que cent quarante-deux.

[106]Adrien Herbouts, né et mort à Anvers, devint pensionnaire de cette ville en 1506. On voyait autrefois son épitaphe dans l'église des Pauvres-Claires:

D. O. M.D. Adriano Herbouts,Præclaræ hujus urbis perXLIann.PensionarioUtriusque juris doctoriDecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVIElisabethæ nilis illius conjugiObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.Levinæ legitimæ utriusque illorum F.Nicolai van der Heyden uxori;Periit dolore partus,XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.

D. O. M.D. Adriano Herbouts,Præclaræ hujus urbis perXLIann.PensionarioUtriusque juris doctoriDecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVIElisabethæ nilis illius conjugiObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.Levinæ legitimæ utriusque illorum F.Nicolai van der Heyden uxori;Periit dolore partus,XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.

D. O. M.

D. Adriano Herbouts,

Præclaræ hujus urbis perXLIann.

Pensionario

Utriusque juris doctori

DecessitXJanuariiCI[C]. I[C]. XLVI

Elisabethæ nilis illius conjugi

ObiitIXAugusti, annoCI[C]. I[C]. XXXIII.

Levinæ legitimæ utriusque illorum F.

Nicolai van der Heyden uxori;

Periit dolore partus,

XXIVMartiiA. CI[C]. I[C]. XXVII.

[107]Graphæus ou Schryver, ou encore Scribonius, né à Alost en 1482. Savant très-versé dans les langues étrangères. Il mourut à Anvers le 19 décembre 1558 et fut enterré dans l'église Notre-Dame. Son tombeau, élevé par son fils Alexandre, porte l'inscription suivante:

Cornelius ScriboniusPræclaræ hujus urbis a secretis,Sibi suisqueEt Adrianæ PhilippæDulciss. uxori vivens pos.Ipsa quidem vixit ann.LXXI.Uno etXL. ann. marita:Matrona et prudentiss.Et pietatis cultrix eximia.Ille vero caram secutus conjugem,MigravitXIXDecembrisM. D. LVIIICum vixisset annosLXXVI

Cornelius ScriboniusPræclaræ hujus urbis a secretis,Sibi suisqueEt Adrianæ PhilippæDulciss. uxori vivens pos.Ipsa quidem vixit ann.LXXI.Uno etXL. ann. marita:Matrona et prudentiss.Et pietatis cultrix eximia.Ille vero caram secutus conjugem,MigravitXIXDecembrisM. D. LVIIICum vixisset annosLXXVI

Cornelius Scribonius

Præclaræ hujus urbis a secretis,

Sibi suisque

Et Adrianæ Philippæ

Dulciss. uxori vivens pos.

Ipsa quidem vixit ann.LXXI.

Uno etXL. ann. marita:

Matrona et prudentiss.

Et pietatis cultrix eximia.

Ille vero caram secutus conjugem,

MigravitXIXDecembrisM. D. LVIII

Cum vixisset annosLXXVI

[108]Ambroise et Jean, deux frères, riches marchands, originaires d'Augsbourg, arrivés à Anvers vers 1485.

[109]Rogier van der Weyden.

[110]Hugo van der Goes. Le tableau dont il est question ici est une sainte Vierge avec l'enfant Jésus.

[111]Cette admirable statue est encore aujourd'hui dans la même église.

[112]Albert Dürer parle-t-il de Jean van Eyck? C'est probable. Cependant il pourrait être question deJean Hemmlinckou deJean Spital.

[113]Il est question ici de l'Adoration de l'Agneau, que les frères Jean et Hubert van Eyck peignirent pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comte de Flandre. Après avoir admiré le génie des artistes, on admire leur patience. Rien, en effet, ne peut être comparé au fini précieux de ce tableau. On y compte trois cent trente têtes, sans en retrouver deux qui se ressemblent. De ce poëme, qui était composé de douze panneaux, il ne reste plus, dans la onzième chapelle de la cathédrale de Saint-Bavon à Gand, que quatre compartiments; mais si on en croit les chroniques, ce sont les plus beaux, et leur conservation est parfaite. Les couleurs principales, le rouge, le bleu et le pourpre, n'ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur éclat; on croirait que cette belle œuvre, qui a aujourd'hui quatre cent trente-deux ans, sort de l'atelier des peintres. Il est vrai que les Gantois en ont un soin tout particulier; elle ne voit la lumière que rarement, à certains grands jours de fête, et à la demande des gens considérables. On m'a assuré à Gand que l'homme préposé à sa garde se livre à une petite supercherie, que nous sommes assez tentés de lui pardonner, puisqu'elle contribue à prolonger l'existence de ce chef-d'œuvre inimitable. Il a un flair excellent parmi les touristes dont il reçoit la visite, il distingue du premier coup d'œil ceux qui sont dignes d'adorer l'Agneau; s'il a affaire à des connaisseurs, il montre le vrai tableau; s'il a affaire à des profanes, il exhibe une toile au hasard; ce qui n'empêche pas ces braves gens de trouver la réputation du tableau surfaite.Se non è vero è ben trovato.Le roi d'Espagne, Philippe II, ne pouvait se lasser d'admirer cette peinture, il en offrit à plusieurs reprises des sommes considérables, mais vainement; enfin, il se décida à la faire copier par Michel Coxie, qui employa à ce travail pour trente-deux ducats de bleu, que le Titien lui avait envoyé d'Italie. Cette copie est fort belle; on lui reproche seulement de n'être pas la reproduction tout à fait exacte du modèle. On se demande, par exemple, pourquoi la sainte Cécile regarde derrière elle; si c'est, comme on le suppose, un caprice royal, nous excusons Coxie. Philippe II payait assez cher (quatre mille florins) pour avoir le droit de donner des ordres, même mauvais. Après bien des pérégrinations en Espagne, en Angleterre et en Hollande, elle est aujourd'hui dans la même chapelle que son admirable modèle; voici par quel concours de circonstances: le gouvernement belge l'avant achetée (1800 francs) à la vente du roi Guillaume II, proposa à l'évêque de Gand, Monseigneur Delebecque, et au chapitre de Saint-Bavon de l'échanger contre deux tableaux d'Hubert van Eyck, représentant Adam et Ève de grandeur naturelle, qui étaient relegués dans les combles de l'église à cause de la légèreté de leur costume. Le marché fut accepté moyennant un appoint de 12,000 fr. que le gouvernement belge paya; cet argent servit à faire exécuter les vitraux que l'on voit derrière le maître-autel. Des douze panneaux de la composition originale, six appartiennent au roi de Prusse, qui les a achetés à un Anglais, M. Solly, avec quelques toiles d'un ordre inférieur, pour la somme de 410,900 fr. Cet Anglais les avait payés 100,000 fr. à M. Nieuwenhuys de Bruxelles, à qui ils avaient coûté 6,000 francs.

[114]Wenceslas Hollar l'a gravé sur cuivre, d'après le dessin de Dürer, qui est dans le cabinet du comte Arundel. L'empereur Charles V, étant à Tunis, envoya un lion et quatre lionnes à un certain Dominique van Houcke, dit Van Vaernewyck, de Gand.Histoire de Belgique, page 119, Gand 1574.

[115]On voyait autrefois ces statues sur un des ponts jetés sur la Lys, appelé le pont de la décapitation, avec cette inscription:

Ae Gandt le en fant Fraepe sae père Tacte desuuMaies se Heppe rompe, si Grâce de Dieu.MCCCLXXI.

Voici la légende: Deux hommes, le père et le fils, étaient condamnés à mort. Le roi avait fait grâce de la vie à celui des deux qui consentirait à décapiter l'autre. Le père refusa énergiquement, le fils eut la lâcheté d'accepter. Il brandit sa hache, mais elle se brisa et vint lui trancher la tête, au lieu de trancher celle de son père.

Ces deux statues n'ont disparu que vers 1793.

[116]Joachim Patenier. Le peintre de Dinant paraît avoir quarante-cinq ans environ. Il est en buste, vu de trois quarts, et coiffé d'un bonnet bizarre à deux étages, dont le premier est en fourrure. Les épaules sont couvertes d'un manteau bien drapé, qui laisse entrevoir un vêtement de chambre, d'une forme excentrique. Son cou est nu. Au haut de la planche à gauche, l'année 1521 et le chiffre d'Albert Dürer sont gravés sur un fond gris. Hauteur, 7 pouces 8 lignes, en comptant la petite marge du bas qui a 4 lignes.

Il est prouvé aujourd'hui que ce portrait a été dessiné par Albert Dürer et gravé par Cornelius Cort.

[117]Albert Dürer ajouta facilement foi à cette fausse nouvelle de l'emprisonnement et de la mort de Martin Luther, et il en fut fort attristé. Cet enlèvement n'avait pourtant pas été fait par ses ennemis, mais par ses amis. Lorsque Luther fut mis au ban de l'empire par Charles V, l'électeur, Frédéric III de Saxe, craignit qu'il ne lui arrivât malheur. Il résolut donc de le mettre en lieu sûr, et donna l'ordre à quelques hommes de confiance de l'enlever. Cet ordre fut exécuté par Jean de Berlepsch et Burkard de Kund, accompagnés de trois valets, le 4 mai 1521, pendant que Luther traversait la forêt de Thuringe, entre le château d'Altenstein et la petite ville de Walterhausen; on l'emmena sous un déguisement au château de Wartburg, près d'Eisenach. Là, il écrivit plusieurs ouvrages et y resta jusqu'au 1ermars de l'année suivante, époque à laquelle il retourna à Wittenberg.

[118]Maître Gérard Horebout ou Hurembout, né à Gand, peintre d'Henri VIII, roi d'Angleterre.

[119]Cette Suzanne devint une grande et belle personne, fort recherchée à la cour du roi Henri VIII. Elle fit un art de l'enluminure et mourut en Angleterre, considérablement riche et comblée d'honneurs. Son frère, Lucas Hurembout, alléché par les succès de sa sœur, quitta la peinture pour se faire enlumineur, mais il ne réussit pas comme elle.

[120]Sans doute Henri de Bles ou Met de Bles, Henri à la Houppe, né à Bovines, près de Dinant. Les Italiens l'appelaient le Maître au hibou ouCivetta, parce qu'il avait la manie de peindre un hibou dans le feuillage de ses arbres; il l'y cachait si bien que souvent on avait beaucoup de mal à le trouver.

[121]Van Eyck.

[122]Jacopo de Barbary, dit le maître au caducée.

[123]Bernard van Orley.

[124]C'étaient les Augustins de Saxe, arrivés à Anvers en 1513 et chassés en 1523. Ils habitaient le quartier Saint-André, où il y a encore la rue des Augustins.

[125]Lucas de Leyde, le célèbre graveur.

[126]Peintre sur verre.

[127]Hans Baldung Grun, célèbre peintre et graveur de médailles.

[128]Christian II, roi des royaumes unis de Danemark, de Suède et de Norvége, surnommé le Néron du Nord.


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