Au lecteurTableANALECTABIBLION,OUEXTRAITS CRITIQUESDEDIVERS LIVRES RARES, OUBLIÉS OU PEU CONNUS,tirés du cabinet du marquis D. R***.TOME PREMIER.Non ego ventosæ Plebis suffragia venorImpensis cœnarum, et tritæ munere vestis.Non ego nobilium scriptorum auditor, et ultor,Grammaticas ambire tribus, et Pulpita dignor, etc.Q. Horat.,Epistol.XIX,lib.1.PARIS,TECHENER, PLACE DU LOUVRE,No12.M.DCCC.XXXVI.TABLE DES MATIÈRESDU TOME PREMIER.Pages.Préface.3Sur les premiers travaux de l'Imprimerie.17Fragmens de l'explication allégorique du Cantique des Cantiques.29Salustii philosophi de diis et mundo.34C. Pedonis Albinovani, elegiæIII.41Aphtonii progymnasmata.47Aristeneti epistolæ.49Alciphronis rhetoris epistolæ.51Hiéroclès, sur les vers dorés.55Premiers monumens de la Langue française et de ses principaux dialectes.62Disciplina clericalis.96Li Rommant de Rou et des ducs de Normandie.99Meliadus de Leonnoys.107Beufves de Hantonne.117Milles et Amys.120Li Jus Adam, ou de la Feuillié, et li Gieus de Robin et Marion.123Le Renoncement d'Amours.127La Vie de nrē benoit Sauueur Ihesus Crist.130Histoire critique de Nicolas Flamel, et de Pernelle sa femme.132Les Quinze Joies de Mariage (ou la Nasse).135La Vengeance et Destruction de Hiérusalem.140Le triumphant Mystère des Actes des Apôtres.145Confessionale Antonini.161Le Livre de Taillevent, grand Cuisinier de France.167La Prenostication des Hommes et Femmes.170Divini eloquii preconis celeberrimi fratris Oliverii Maillardi.172Les Dictz de Salomon.182La Grād Monarchie de France.186Les Vertus des Eaux et des Herbes.209Les Lunettes des Princes.212Le Vergier d'honneur.217Sydrach le grant philosophe, Fontaine de toutes sciences.232La Guerre et le Débat entre la Langue, les Membres et le Ventre.235Volumen eruditissimi viri Antonii Codri Urcæi.238Moralité très singulière et très bonne des Blasphémateurs du nom de Dieu.247Les Regnards traversant les périlleuses voyes des Folles fiances du monde.253Le Jeu du Prince des Sotz et Mère-Sotte.258Opus Merlini Cocaii, poetæ mantuani macaronicorum.265Epistolarum obscurorum virorum.287Détermination de la Faculté théologale de Paris sur la doctrine de Luther.302Le livre des Passe-temps des Dez.304Antonius de Arena (Antoine de la Sable).306Nouvelle moralité d'une pauvre fille villageoise, laquelle ayma mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur, etc., etc.318Vingt-deux Farces et Sotties de l'an 1480 à l'an 1613-1632.323Déclamation contenant la manière de bien instruire les enfans.333Allumettes du Feu divin.336La Manière de bien traduire d'une langue dans une autre, etc., par Estienne Dolet.338Le Réveil-Matin des Courtisans, ou Moyens légitimes pour parvenir à la faveur et pour s'y maintenir.343Lyon Marchant.348Le second Enfer d'Etienne Dolet.352Marguerites de la Marguerite des Princesses.355Le Trespas, Obsèques et Enterrement de François Ier.363La Saulsaye, églogue de la vie solitaire.368Les Discours fantastiques de Justin Tonnelier.370Cœlii secundi curionis religionis christianæ institutio, etc.379La Circé de M. Giovan Baptista Gello, Académicien florentin.381L'Histoire mémorable des expéditions faites depuis le déluge par les Gaulois ou François.387La Comédie des Supposez, de M. Louys Arioste.391La Physique papale, par Pierre Viret.402Excellent et très util Opuscule, à tous nécessaire, de plusieurs exquises Receptes.406Les Mondes terrestres et infernaux.409De tribus impostoribus.412Il Catechismo di Bernardino Ochino da Siena.416Les Dialogues de Jean Tahureau.425Passevent parisien.429Antithèse des Faicts de Jésus-Christ et du pape.434Facéties latines.438De l'Heur et Malheur du Mariage.445Nicolaii Clenardi epistolarum Libri duo.448FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER.ANALECTABIBLION,OUEXTRAITS CRITIQUESDEDIVERS LIVRES RARES, OUBLIÉS OU PEU CONNUS,tirésdu cabinet du marquis D. R.....IMPRIMERIE DE MADAME HUZARD (NÉE VALLAT LA CHAPELLE).rue de l'Eperon, no7.ANALECTABIBLION.PRÉFACE.L'idée d'offrir au public un extrait raisonné de divers livres précieux par leur mérite ou leur rareté n'est pas nouvelle; elle remonte au patriarche Photius, qui fournit, dès le neuvième siècle, ainsi qu'on l'a dit justement, dans sa Bibliothèque analectique, intitulée:Myriobiblion, le germe de cette foule de journaux littéraires, dont nos temps modernes s'applaudissent avec raison. Le savant Grec n'est pas seulement ici inventeur; il est modèle par la précision de ses analyses, le choix de ses exemples, et la rectitude de son jugement. Deux cent quatre-vingts ouvrages, de cent soixante-cinq auteurs différens, sont rapportés dans son Recueil, dont il serait à désirer que la traduction française, annoncée depuis si long-temps, nous fût enfin donnée. Ces auteurs peuvent être rangés dans l'ordre suivant: cinquante-cinq théologiens, treize philologues, grammairiens ou lexicographes, trois poètes ou écrivains relatifs à la poésie, vingt-trois orateurs, vingt historiens sacrés, trente-deux historiens profanes, seize philosophes ou médecins, et cinq écrivains érotiques.L'invention n'a pas été stérile. Sans compter les écrits périodiques, dont nous venons de parler, de nombreux et judicieux critiques se sont signalés, en ce genre, par d'utiles travaux, entre lesquels sedistinguent chez nous (pour ne citer que ceux dont les analectes sont imprimés[1]), les Bénédictins, La Croix-du Maine et son continuateur du Verdier, Sallengre dans de curieux mémoires que le père Desmolets a étendus, sur un autre plan, avec beaucoup de mérite aussi, David Clément dont le recueil alphabétique s'arrête malheureusement dès la lettre H, l'abbé Gouget dans sa docteBibliothèque française, encore qu'il ait, à la fin, succombé sous le faix d'une entreprise trop vaste, Le Clerc dans ses quatre-vingts volumesd'Extraits Critiques, bien qu'il n'ait pas toujours été heureux sous le rapport des sujets, à beaucoup près, le marquis de Paulmy, ou plutôt sous son nom, Constant d'Orville, qui eût toutefois gagné à porter, dans ses volumineux et confus mélanges, le savoir, le goût et la sagacité que M. Charles Nodier a mis dans les siens trop restreints, le Père Nicéron, Lelong et Fontette, Ancillon, l'Abbé d'Artigny, Thémiseuil, le faux Vigneuil-Marville, Sablier dans sesVariétésréellementsérieuses et amusantes, Formey dans leDucatiana, et avec lui plusieurs des nombreux compilateurs d'Ana, Dom Liron dans sesSingularitéset sesAménités, Dreux du Radier, Coupé dans sesSoirées littéraires, aussi agréables qu'instructives, et bien d'autres qu'il serait inutile de rappeler ici, puisque les bibliographes les ont inscrits sur leurs catalogues.Tous ces noms sont dignes de souvenir. Sans doute la gloire ne leur est pas due; elle n'appartient, dans les lettres, qu'aux esprits qui, s'élançant d'eux-mêmes, nés pour l'action plutôt que pour la spéculation, sont, en quelque sorte, les seuls artisans de leur fortune; mais ce serait une grande erreur ou une grande injustice de dénier aux philologues la part notable qui leur revient dans les richesses intellectuelles de la France. Ils ont établi cette active communication des esprits qui, si elle n'assure pas le règne constant de la raison et du goût, rend du moins, il est permis de l'espèrer, l'erreurpassagère et les ténèbres impossibles. Le talent de résumer et d'apprécier les pensées d'autrui, le soin pénible de recherches qu'il exige, le discernement prompt et sûr qu'il suppose, tout cela n'est ni commun, ni méprisable, et rentre d'ailleurs dans le domaine de l'art, quand un style varié, avec une simplicité élégante, vient y joindre ses agrémens, ce qui s'est rencontré plus d'une fois.Ce n'est pas à ce dernier titre que je publie ce nouveau recueil analectique; il se présente plus modestement, et des circonstances fortuites uniquement l'ont fait naître. Dans l'été de 1830, traversant Paris pour entreprendre un voyage qui fut court, mais qui pouvait être indéfini, je dis adieu à mes livres. En jetant de tristes regards sur une collection d'environ 7000 volumes que des amateurs et des libraires entendus ne trouvaient pas sans choix, et que j'avais mis vingt-six ans à former avec le secours de feu M. Barrois, de MM. Debure, Merlin, Labitte, Crozet et Téchener, je regrettai vivement de n'avoir point profité de la possession pour laisser, dans une analyse fidèle et raisonnée, quelques traces de ces trésors les plus rares, les moins connus ou les plus oubliés. De ces regrets au ferme propos de mettre la main à l'œuvre, si l'occasion se représentait, la marche était naturelle; l'occasion se représenta, et, dans le cours de quatre années, le présent recueil fut achevé sous le titre un peu ambitieux mais du moins très précis d'Analectabiblion.—Quand je disachevé, je me sers d'une expression hasardée, car de pareils livres communément ne le sont pas: fort heureux quand on leur trouve une sorte de commencement; ils n'ont d'ordinaire ni milieu, ni fin, et c'est, avec le défaut d'unité, défaut inévitable, les torts essentiels qu'on leur peut reprocher. Aussi ne doivent-ils guère prétendre aux honneurs d'une lecture avidement suivie, d'un succès général et brillant; c'est beaucoup, c'est assez que les gens studieux les estiment, qu'ils les consultent, le goût du public vient ensuite, s'il peut.Quant à leur utilité, rien ne semble moins contestable, si ce n'est qu'on trouve indifférent de faire connaître l'esprit des neuf dixièmes des gens dont il est important de retracer le nom, la patrie, la naissance, la vie et la mort,ainsi que le font tous les dictionnaires historiques si curieusement recherchés; autrement qu'il est superflu de savoir ce que tels et tels ont écrit, pourvu qu'on sache qu'ils ont écrit; proposition difficile à soutenir.Loin d'être inutiles, ces analectes sont à considérer sous plus d'une face, et le temps presse de les multiplier. Il n'y a point de péril pour les productions émises depuis cent ans, ni pour celles qui suivront; les journaux de toute forme y ont paré; de sorte que, désormais, au moyen de deux grandes tables faites de siècle en siècle sur ces journaux, l'une par ordre de matières, l'autre par ordre alphabétique avec renvois à la première, le registre des pensées des hommes sera au courant, et le bilan de l'esprit humain toujours connu, sans même que ce soit une grande affaire. En effet (pour n'opérer par supposition que sur une période de dix mille ans, avec des chiffres hypothétiques), soient donnés six mille journaux, formant chacun annuellement quatre volumes in-8o, que nos deux tables, bien dressées, et même avec un certain détail, peuvent aisément réduire au quatre-centième; avec seulement six cent mille volumes in-8ode ces tables, on aura l'aperçu de deux milliards quatre cent millions d'ouvrages différens, d'après le compte qu'en auront rendu deux cent quarante millions de volumes périodiques, à ne supposer que dix analyses dans chacun d'eux; mais l'opération n'est pas si commode avec le passé. A peine y a-t-il quatre siècles que nous possédons l'imprimerie, et cette grande découverte a déjà donné tant de livres typographiés, que la liste complète en serait impossible, attendu qu'il en a dû périr autant et plus qu'il n'en reste, comme on peut l'inférer, tant de la rareté de ceux qui ont seulement deux cent cinquante ans d'âge, toutes les fois qu'ils n'ont pas été réimprimés, que de l'oubli, qui détruit, dans tous les temps, la plus grande partie des méchans ouvrages, et aussi beaucoup de bons. Qui connaît aujourd'hui, même vaguement, les écrits des mille auteurs cités par le jésuite espagnol Pineda, dans saMonarchie ecclésiastique? ou la dixième partie des livres dont parle Vossius? Et, si nous regardons les manuscrits, c'est bien alors que l'imagination s'épouvante, que la raison se trouble par l'impuissance dans laquelle noussommes de retrouver tout ce qui est perdu, de compulser tout ce qui subsiste!Cependant, je le répète, il y a plus d'un parti à tirer de la recherche prudente des écrits rares et anciens. Premièrement, mieux que les meilleurs raisonnemens, toujours plus ou moins conjecturaux et soumis aux chances de la polémique, elle peut, en donnant l'autorité du fait à la sentence connue,qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, garantir les esprits hardis ou fatigués de l'indiscrète poursuite des nouveautés. N'y a-t-il pas de quoi réfléchir à voir que tel bon mot ou tel conte, qui nous fait rire maintenant dans Paris, a probablement son histoire, et, qu'en suivant sa piste de siècle en siècle, et d'idiome en idiome, on le surprendrait faisant rire, il y a deux mille ans, un Arabe, et d'abord un Hébreu, et d'abord un Indien? C'est pourtant la généalogie qu'Hébers, translateur français sous notre roi Louis VIII, assigne au roman des sept sages, dit leDolopatos, tiré premièrement du latin de l'ancien moine Jean de Haute-Selve, lequel l'aurait tiré du grec, héritier des types de l'Orient. Ceci n'est que plaisant; mais voici du sérieux: chacun peut retrouver, dans le livre de Bernard Ochin, extrait dans ce recueil, la plupart des témérités métaphysiques dont le siècle dernier s'était follement épris; dans la république de Bodin, la plupart des raisonnemens politiques en circulation aujourd'hui; dans letraité des reliquesde Calvin, les traits d'ironie dont, il y a peu d'années encore, nous tirions gratuitement vanité; dans un rêve de Jean-Baptiste Gello, les plus solides pensées dont s'honorent chaque jour nos orateurs sacrés. Les témoignages en tout genre surabondent ici, et il ne s'agit pas simplement du fond des choses; à chaque instant les mêmes formes se représentent, avec de si frappantes ressemblances, dans leurs variétés mêmes, que ce n'est point une comparaison forcée de figurer le génie de l'homme, comme un grand arbre renouvelant sans cesse, et dépouillant son feuillage.Rien dans cette figure ne doit arrêter l'émulation, ni décourager la culture des esprits. Au contraire, de même que, dans la nature inanimée, il apparaît que les produits supérieurs et les plus belles formes naissent difficilementet en petit nombre d'un travail intelligent et assidu; ainsi, dans l'empire souverain de la pensée, les titres véritables, ceux qui entraînent l'admiration de la postérité, sont exclusivement le prix d'efforts constans et bien dirigés; d'où il suit que la seule manière d'être en quelque sorte nouveau c'est d'exceller, parce qu'il n'y a que l'excellent qui ne soit pas commun.Autre utilité des Analectes: ils enseignent, preuve en mains, que les plus pauvres écrits ne le sont presque jamais assez pour qu'on n'y trouve rien à recueillir; et cette découverte, capable d'éloigner des jugemens dédaigneux et d'une critique superbe, tourne en même temps au profit du goût, qu'elle forme d'autant plus qu'elle l'exerce davantage. Ce n'est pas une merveille d'être ravi jusqu'aux cieux par Homère et Milton, de s'attendrir avec Virgile ou Racine, de philosopher en riant avec Molière et Rabelais, de remonter aux sources du beau, avec Cicéron, Quintilien, Rollin, La Harpe et Villemain, de distinguer le jour où le soleil luit; il ne faut pour cela que se laisser aller à ses impressions naturelles, sans peine, sans étude, sous l'inspiration d'un instinct tout ordinaire; mais il n'en va pas de même à l'égard de ces auteurs bizarres ou incomplets, qui trébuchent à chaque pas, qui manquent le but ou le dépassent, chez qui une pensée juste s'égare parmi d'innombrables sophismes, un sentiment profond dans le faux esprit, une expression pittoresques entre des images basses ou forcées; là le juge le plus sûr est obligé de se tenir en garde, l'investigateur le plus résolu a besoin de constance et d'un tact très fin; mais là également il y a de grands profits à faire; car l'ombre ne sert pas seulement à faire ressortir la lumière, elle en est encore l'exacte mesure.La recherche du beau, dans ces ruines ténébreuses, conduit encore à des résultats importans. Il arrive qu'en faisant apprécier avec exactitude les immenses difficultés de l'art, elle redouble, pour les grands maîtres qui les ont vaincues, cette estime profonde qui tend à s'affaiblir sitôt qu'on s'est familiarisé avec leurs perfections. Ou je m'abuse, ou ce n'était ni par défaut de génie philosophique,ni par manque de science que les Porphyre et les Jamblique se confondaient en divagations après les Pythagore, les Aristote et les Platon, qui éclairaient le monde même par leurs erreurs. Ce n'était pas davantage faute de génie poétique, d'esprit orné, de connaissance du latin d'Auguste, qu'Ausone, Sidoine Apollinaire et Fortunat enfantaient des poésies informes et ruinaient la belle langue latine; mais plutôt par une sorte de lassitude que partageaient leurs contemporains, lassitude venue d'un commerce trop habituel, trop uniforme avec les modèles, et qu'ils auraient pu prévenir, si, tournant leurs yeux en arrière, au lieu de dévorer l'espace ouvert devant eux, ils avaient laborieusement reconnu, dans les productions oubliées des temps passés, ces écarts audacieux, ces irrégularités singulières dont leur imagination trompée se formait d'avance une idée si heureuse. Moins novateurs alors, moins jaloux de faire autrement que bien dans la vue de faire mieux, ils n'eussent peut-être point donné aux peuples d'Athènes et de Rome l'affligeant spectacle d'une barbarie introduite par des esprits supérieurs, plus pénible cent fois pour les gens de goût que celle des vrais barbares, comme le sont, pour les gens de bien, des excès commis par des êtres nés pour la vertu. En tout cas, ils n'eussent pas manqué, par l'effet d'une critique ainsi rajeunie, de rendre hommage à l'étonnante supériorité de leurs illustres devanciers; car ce n'est pas un contre-sens d'avancer que la plus sûre manière d'honorer un Virgile et un Horace est d'observer le premier dans Ennius et le second dans Lucile. Eh! quelle haute idée ne doit-on pas se faire, confessons-le, de ces auteurs privilégiés vulgairement nommésclassiques, en voyant que parmi les hommes qui, depuis quatre mille ans, ont tenu le style ou la plume, comparables par le nombre aux grains de sable de la mer, à peine en est-il une centaine qui soient accomplis, et que cette petite colonie d'immortels, rassemblée à travers les âges et les distances, suffit pour vivifier, pour nourrir ou ranimer la civilisation du monde?Enfin, et c'est le dernier point de vue sous lequel j'envisagerai l'utilité des Analectes: ces recueils, s'ilsétaient composés avec art, liés par d'habiles transitions, établis, sans trop de lacune, selon l'ordre chronologique, retraceraient avec des couleurs vivantes la marche de l'esprit humain en littérature, laquelle n'est point celle de l'homme, d'abord enfant, puis adulte, puis viril, puis caduc, ainsi que le représente, par confusion, une comparaison banale, tant s'en faut qu'il s'en manque de peu qu'elle ne soit tout opposée; les peuples manifestant sur le champ, dans les lettres, une virilité généreuse, portée rapidement à son plus haut point, qui finit, il est vrai, par la faiblesse et par la mort; mais avec cette différence propre, qu'à leur dernier âge ces peuples déploient une agitation fiévreuse qui fait à quelques uns l'illusion d'une jeunesse pleine de sève et d'avenir: car les lettres, et généralement les beaux-arts, procèdent comme le sentiment moral, l'accompagnent, le côtoient pour ainsi dire, en reçoivent et lui communiquent perpétuellement des forces nouvelles, vivent et s'éteignent avec lui et comme lui. Il en est autrement des lois, lesquelles, produits de nécessités bien comprises, de calculs approfondis, d'intérêts multipliés, fruits de l'expérience et du temps, sont plutôt le remède à la défaillance des mœurs, que leurs compagnes et leur soutiens; en sorte que le bel âge de la législation rarement est celui des muses, et d'ordinaire lui succède. Ce sera, si l'on veut, des lois que nous dirons, qu'à l'instar des individus, elles passent lentement du premier âge à la décrépitude, en parcourant une période constante de progrès et de décadence; mais dès qu'un peuple éprouve de fortes émotions du cœur, et tant qu'il les éprouve, il n'y a pour lui ni enfance ni vieillesse, il est prêt pour la gloire littéraire: heureux! si, comme les Grecs, il se donne promptement, pour peindre ses sentimens et ses pensées, une langue harmonieuse, riche et régulière, ce que nous autres, enfans du Nord, n'avons obtenu qu'à la sueur du génie, après cinq cents ans d'efforts!Si donc il m'avait été donné de concevoir plus tôt, d'apercevoir mieux, de savoir davantage, le Recueil pour lequel j'invoque l'indulgence du public serait devenu, j'ose le dire, un tableau très vrai, très animé, de la littératurenationale, et par là même une intéressante partie de notre histoire. Les grands écrivains n'auraient point figuré dans ce tableau pour eux-mêmes. Ressortant d'autant plus qu'ils s'y seraient présentés simplement, à leur rang, avec leurs seuls noms, ils y auraient servi comme de points lumineux pour en éclairer l'ensemble. Je me serais bien gardé, après ce qui est arrivé à l'estimable abbé Goujet, de vouloir tout retracer et tout décrire; et, me bornant à saisir dans la foule les physionomies caractéristiques, j'aurais passé vivement au milieu de cette foule même, écartant de mon chemin beaucoup de gens qui, sans doute, ne se croyaient pas faits pour cette injure, à voir la peine qu'ils avaient prise à se parer. Circonscrit scrupuleusement, pour le coup, dans les limites de mon pays (car j'ai peu de foi aux universels), je ne m'y serais pas cru à l'étroit; loin de là que, si mon Recueil eût répondu à mon idée, ce magasin de choses délaissées eût offert, parmi ses misères, un échantillon des produits littéraires de tous les temps, avec cette circonstance précieuse, que l'œil eût sans peine distingué les procédés et la progression du travail. Mais surtout, puisque les mœurs et les lettres sont inséparables, il eût rendu visible, à ne pas s'y méprendre, l'action des premières sur les secondes, celles-ci ne s'y montrant plus que dépouillées de l'appareil du génie, dans ce costume commun,dans cet à tous les joursqui trahit la nature, ou plutôt qui la révèle. On sentira aisément, par des exemples, comment cela se peut faire. En effet, que l'historien ou l'orateur s'étudie à peindre à grands traits d'éloquence, depuis les Gaulois devenus Romains, jusqu'aux Français de nos jours, le penchant pour la tendresse et la volupté, principe de la galanterie, qui se mêle sur notre sol à l'ardeur de se produire, à l'impatience du joug, au besoin de triompher en tout genre, il en dira moins, dans son œuvre entière, qu'un extrait tout uni desArrêts d'amourde Martial d'Auvergne, faux arrêts rendus sur de fausses plaidoiries, et appuyés gravement par le jurisconsulte Benoît Court de toute l'artillerie desPandecteset duDigeste. C'est bien là, s'écrie-t-on en lisant ces arrêts plaisans, le même peuple romancier qui, avec un sentiment plein de charme et de naïveté,plus entêté d'amours encore que de combats, célébrait dans des chants épiques la reine Berthe, Blancheflore, la tendre Yseult, autant et plus que les héros qui l'affranchirent des Wandres et des Sarrasins, et lui conquirent le Saint Graal et le Saint-Sépulcre!D'un autre côté, en voyant nos épopées naissantes presque aussitôt tourner au familier, et, peu après, céder la place à des milliers de joyeux conteurs et de faiseurs de drames, satiriques ingénieux, ennemis sans fiel des ridicules, penseurs hardis et légers, un peu nus dans leurs jeux, et toujours entraînés gaîment vers les peintures érotiques, n'aperçoit-on pas d'abord cette influence des femmes, qui prévaut toujours dans le commerce libre des deux sexes? Grâce au ciel, cette liberté, si douce et si utile, ne fut nulle part mieux ni plus tôt naturalisée qu'en France: là donc, le sentiment et le rire devaient triompher à l'envi. Le rire principalement, le rire, élément indéfinissable de la société humaine et son produit tout ensemble, qui, suscité par ce qui est étrange ou singulier, vit du rapprochement des personnes, meurt dans leur isolement, et suppose, chez qui l'excite à dessein, une extrême finesse, devait à ces titres régner dans notre bienheureux pays. Aussi découvre-t-on, par la littérature de ce pays, qu'il en a fait son empire. Politique, morale, religion, le rire chez nous a tout pénétré, faisant, selon le temps, dominer la folie ou la raison; ainsi ce sera, les grelots à la main, que Théodore de Bèze attaquera l'unité de l'Eglise; que Béroalde, aussi bien que l'auteur duPantagruel, essaiera d'arracher à la superstition ses torches et ses couteaux; que le sombre Pascal lui-même rappellera des moines mondains à l'humilité, à l'austérité des mœurs évangéliques; et aussi que Montesquieu fraiera la voie aux profondes vérités dont sa tête forte est remplie; que Voltaire enchaînera la capricieuse vogue à son char de poète, d'historien et de philosophe; mais surtout que Molièreemportera le prix de son art, et La Fontaine le prix du sien, tous deux pour venir se ranger à la tête des poètes favoris de leur nation; et le même rire qui fera le mobile principal de nos premiers écrivains deviendra, par la même raison, celui des moindres,ou bien plus encore, parce que, ainsi que nous venons de le voir, la plèbe des auteurs est précisément l'espèce qui se moule le mieux sur les mœurs populaires.Plus on étendrait ce parallèle de nos mœurs et de nos écrits, plus on reconnaîtrait qu'un choix habile, fait parmi nos anciennes productions du second et du troisième ordre, devenues rares ou tombées dans l'oubli, eût fidèlement retracé la marche de la société française, et même pu jeter du jour sur le cours souvent caché des évènemens. Mais tant d'honneur ne m'était pas réservé. Sans doute, il ne faut rien chercher de pareil dans l'Analectabiblion; ce recueil se ressent de son origine fortuite. Je serais surpris qu'on n'y trouvât rien d'estimable; mais il aura rempli mon attente, s'il a le sort de tous ceux que j'ai cités. Il n'est suffisant dans aucune partie, je l'avoue; et même, entre les sujets rapportés, il en est plusieurs que d'autres du même genre, si je les avais eus sous la main, eussent avantageusement remplacés, soit sous le rapport de la rareté, soit sous celui de l'importance; toutefois, tel qu'il est, le choix et la variété n'y manquent pas. Le lecteur y passe en revue, selon l'ordre des temps, des chansons de gestes ou épopées gothiques, genre de poèmes qu'un de nos premiers philologues, M. Paulin Pâris, vient si heureusement de remettre en lumière et en honneur, des romans de chevalerie d'ancienne origine, des contes, des moralités, des farces de nos vieux trouvères, quelques uns de ces mystères qui ont précédé nos drames immortels, entre autres celui de tous à qui Clément Marot donnait la palme; des traités de morale, de philosophie, de politique, de métaphysique sous diverses formes et de différens âges, des écrits satiriques en prose et en vers, de l'histoire, des sermons, de la controverse, des dissertations, et jusqu'à des libelles; en un mot, beaucoup de choses qui sont l'objet de la littérature proprement dite.On ne doit point espérer, d'après cet énoncé, qu'une telle lecture n'offre rien de libre en morale, d'hétérodoxe en religion, de hardi en politique, rien qui blesse les oreilles des jeunes filles ou même de leurs mères, ni qui choque les croyances publiques et privées; un tel espoirserait trompé trop souvent, et la chose était inévitable, puisqu'il est question dans ce livre de Merlin Coccaïe, de l'Arétin, d'Hubert Languet et de Geoffroy Vallée; mais que cette liberté soit un mal ici, je ne le pense pas, au contraire; pourvu qu'une certaine mesure ait été gardée dans les exemples, et que le juste et l'honnête aient été respectés ou vengés dans la critique: or, c'est ce que j'ai eu constamment en vue; et c'est assez pour les personnes éclairées et sincères, les seules qu'il faille prendre pour juges, les seules à qui ce livre soit adressé[2].[1]Antoine Lancelot, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, né en 1675, a laissé, à la Bibliothèque royale, 528 porte-feuilles d'Analectes.Le Recueil manuscrit de M. de la Curne-Sainte-Palaye, remplit 40 vol. in fol., etc.[2]Cette préface était à peine achevée, lorsqu'en parcourant le tomeIVdesSouvenirs de Mirabeau, publié en 1834, par M. Lucas de Montigny, j'y trouvai les paroles suivantes, qui exposent si nettement l'idée et le plan de mon Recueil, qu'il m'a paru aussi heureux pour moi qu'indispensable de les transcrire. Mirabeau, dans une lettre du 14 février 1785, qu'il écrit à Vitry, s'exprime donc en ces termes:«Vous savez quel est le plan du Journal que je conçois, et qu'on ne veut pas comprendre. Il serait fait, sur l'idée, assez neuve, peut-être, et qui, selon moi, n'est pas sans utilité, de s'occuper des vieux livres, comme les journaux ordinaires s'occupent des nouveaux. Abréger et choisir est assurément, aujourd'hui, le besoin le plus urgent des sciences et des lettres. Conserver est d'une utilité moins prochaine, peut-être, ou plutôt moins abondante. Mais, cependant, à mesure que le goût de l'érudition passe, que la manie d'écrire devient plus contagieuse, que l'ardeur de publier, ou la nécessité de sacrifier au goût du jour, aux coryphées du temps, à la prétention d'être exempt de préjugés, ce qui n'est guère, au fond, que substituer des préjugés à des préjugés; à mesure, dis-je, que toutes ces maladies nous gagnent et s'aggravent, nous négligeons trop les efforts de nos devanciers, qui, quand il serait vrai que nous les surpassassions par le talent de mettre en œuvre, n'en devraient que mieux appeler nos regards, afin, du moins, de monter avec élégance ce qu'ils ont si lourdement enchâssé. Je dis donc que cet article rendra quelque chose, et j'invoque, à cet égard, vos recherches, nos philologues duXVIesiècle, nos savans duXVIIe, nos recueils, nos compilations de tous les temps, excepté de celui où l'on n'a plus fait de livres qu'avec des cartons bien ou mal cousus, et des tragédies qu'avec de vieux hémistiches.»ANALECTABIBLION.SUR LES PREMIERS TRAVAUX DE L'IMPRIMERIE.Les amateurs de l'imprimerie ont encore à demander un historien, après l'estimable travail de Prosper Marchand, étendu par le docte abbé Mercier de Saint-Léger[3], après lesOrigines typographiquesde Meerman[4], lesAnnales typographiquesde Maittaire, continuées, ou plutôt corrigées par Denys[5], celles de Panzer[6], et les nombreuses annales particulières aux divers pays; tous ouvrages précieux et savans, sur lesquels on devra baser désormais tout travail de ce genre, mais qui laissent beaucoup à désirer, soit pour la forme, soit pour le fond; c'est à dire pour présenter soit un ensemble clair et agréable, soit un tout homogène et complet jusqu'à notre siècle dix-neuvième, époque où l'imprimerie semble avoir atteint, principalement à Londres et à Paris, le plus haut degré de perfection possible. Peut-être un jour nouveau, répandu sur la naissance de ce bel art, en fera-t-il découvrir avec certitude et précision l'inventeur premier et le premier monument, aujourd'hui encore sujets de doute et de controverse; car les origines de la presse, quoique si rapprochées de nous, n'ont pas entièrement échappé à la destinée ordinaire de toutes les origines. Est-ce à Laurent Coster de Harlem que l'humanité doit en Europe (de l'an 1420 à l'an 1446), l'heureux secret déjà découvert par les Chinois, de multiplier, en les perpétuant, les signes de la pensée? Est-ce à Mentel de Strasbourg? une rumeur savante indique obscurément, à ce propos, une certaineVie de saint Jean l'Évangéliste, un certainMiroir du salut, unArt de mourir, desSermons de Léonardd'Udine, imprimés sans date et en latin avant les monumens de la presse mayençaise; mais ici personne ne s'accorde, ni sur les temps, ni sur les lieux, ni sur les personnes. Est-ce le gentilhomme mayençais Jean de Gensfleisch, dit Guttemberg, né en 1400, qui, vers 1450, imprima le premier? Est-ce à Strasbourg qu'il fit son premier essai? Cet essai fut-il je ne sais quel almanach dont la date est incertaine? ou plutôt Guttemberg ne travailla-t-il pas d'abord à Mayence, par suite d'une association fondée entre 1450 et 1455, avec Jean Fust ou Faust, citoyen de cette ville; et le fruit originaire de cette Société, rompue en 1455, ne fut-il pas la Bible latine, in-folio de 637 feuillets à 42 lignes, sans date? Alors le fameux Psautier de 1457, qui tient le premier rang parmi nos imprimés connus avec certitude, perdrait à beau jeu sa qualité d'aîné. Quelle part faut-il donner, dans l'invention, au gentilhomme? quelle à son associé Bourgeois? quelle à cet ingénieux Schoëffer, gendre de l'associé Jean Faust, qui marqua d'un sceau et d'un chiffre impérissables les premières impressions datées? Et observons ici que le nom de Guttemberg ne figure sur aucun livre; que les noms réunis de Faust et de Schoëffer ne se voient point avant 1457, point après 1470, et que le nom de Schoëffer, isolé, disparaît après 1492.Nous ne sommes pas appelés à résoudre ces difficiles questions; il nous suffit de résumer les opinions reçues, en choisissant les mieux fondées.Il est donc à croire que Guttemberg, vers 1446, dans un temps où la gravure se répandait, y puisa, le premier, l'idée génératrice d'appliquer, à des écrits de longue haleine, les procédés employés à reproduire les quatrains et distiques placés en dessous des gravures sur bois. Il ne fallut, pour cela, que de plus grandes planches et plus de patience. Accordons que Faust, vers 1451, jugea plus solide et plus net l'emploi de matrices métalliques fondues. Cependant tout cela ne conduisait encore qu'à un grossier et lent stéréotypage. Enfin, vers 1456, Schoëffer imagina les poinçons ou caractères mobiles, et la face de notre globe dut changer. C'est ainsi que, plusieurs mille ans auparavant, un génie céleste avait trouvé les signes vocaux simples dont se compose l'alphabet, et, par là, dans l'avenir, substitué des langues nouvelles d'une portée incommensurable au langage étroit des symboles et des caractères composés.L'imprimerie, une fois découverte, s'enrichit, se polit tout d'un coup singulièrement. Que dire des signatures, des réclames, des titres détachés, de la ponctuation, des majuscules, des souscriptions,de la pagination, des chiffres, améliorations diverses qui toutes ont leur importance et leur histoire? Ce n'est pas ici le lieu d'en parler avec détail; mais, honneur, gloire et reconnaissance, mille fois, au paisible triumvirat qui, pour toujours, établit, entre les intelligences, des voies rapides et sûres, d'une extrémité de la terre à l'autre! L'erreur, sans doute, y voyage autant et plus que la vérité; toutefois, la première, qui court en ravageant, y doit laisser moins de traces, à la longue, que la seconde, qui marche à journées comptées, et se retranche à chaque repos. Que les ames religieuses se rassurent! le Dieu de l'univers n'y perdra rien, puisqu'il est le premier besoin de l'homme, et la vérité même. C'est ce que figure cette formule finale des inventeurs, prophétique dans sa naïveté:Ad Eusebiam Dei consummatum.Arrêtons donc, sans scrupule, un instant nos regards sur les premiers bienfaits de la presse.1oet 2o. En 1457, nous voyons publier à Mayence, par les deux principaux inventeurs, lePsalmorum codex, déjà cité, et peut-être aussi, à Cologne, chez Quentel, leDonatus, ou le livre de Donat, sur l'instruction grammaticale. Nous disonspeut-être, parce que, suivant Maittaire, on a bien pu omettre un C dans la dateM.CCCC.LVII, auquel cas le livre serait postérieur d'un siècle, ce qui serait un grand déshonneur pour lui. Poursuivons.3oet 4o. En 1459, à Mayence, par les mêmes inventeurs, Faust et Schoëffer, leRationalis divinorum officiorum Gulielmi Durandi codex, et lePsalterium Davidicum, le second des innombrables psautiers.5oet 6o. En 1460, à Mayence toujours, et toujours par les inventeurs, leCatholiconet leClementis papæ quinti constitutionum codex. Notez que leCatholiconne porte pas de nom d'imprimeur.7o. En 1461, à Venise, par Nicolas Jenson,le Decor Puellarum, oula Beauté des jeunes Filles; bien entendu qu'il s'agit ici de la beauté morale. L'imprimerie, qui devait, plus tard, s'émanciper cruellement, fut d'abord toute grave et toute chaste. Au surplus, la date de ce livre n'est rien moins que garantie. Plus probablement, elle doit être rapportée à l'année 1471, temps où Jenson fleurissait à Venise. Ce Jenson était Français d'origine. Pourquoi a-t-il laissé à des étrangers l'honneur d'introduire son art dans sa patrie?8oet 9o. En 1462, à Mayence, à peu près dans le même temps quelesSermones Gabriel Biel, la célèbreBiblia latina, si belle et si chère. C'est la seconde Bible, ou la première, en ne comptant pas la Bible à 42 lignes, sans date. Aujourd'hui circulent plusieurs milliers d'éditions différentes de ce livre des livres.10o. En 1464,Biblia latina, par Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburger. C'est la troisième Bible.11o, 12oet 13o. En 1465, année plantureuse pour la presse, trois ouvrages précieux: 1oLactantii institutiones, imprimées sans nom d'imprimeur, dans le monastère deSubbiaco, états romains; 2oSexti decretalium, Bonifacii VIII libri opus preclarum, à Mayence, par Jean Faust et Schoëffer. Nous possédons un magnifique exemplaire de ce livre, sur membrane, contenant 137 feuillets. Maittaire ne connaît, de cet ouvrage, aucun exemplaire sur peau vélin, hormis dans l'édition de 1473, qui est la cinquième. Il faut avoir senti la volupté de posséder un livre que Maittaire n'a pas connu pour la bien apprécier: l'amant le plus heureux en serait jaloux[7]; 3o, à Mayence,Ciceronis officia et paradoxa.C'est le premier livre classique imprimé. Un tel hommage revenait à Cicéron.14oet 15o. En 1466, à Augsbourg,Biblia latina, par Jean Bemler, etGrammatica rhythmica.En 1467, la presse met au jour plus de vingt ouvrages différens. Aussi les livres de cette date, quoique très rares et d'un haut prix, comme la plupart de ceux qui sont antérieurs à 1500, n'ont-ils pas, dans l'opinion des curieux, le mérite de rareté première, que réunissent presqu'au même degré, entre eux, les quinze imprimés que nous venons de citer. Il faut remarquer qu'alors toutes les impressions sont latines. Cependant on voit, dès 1467, une Bible allemande. Seconde remarque: la théologie occupe la presse, pour ainsi dire exclusivement, à l'exception de Cicéron, dont elle reproduit les Épîtres familières, après lesOfficeset lesParadoxes. Troisième remarque: le format employé n'est guère que l'in-folio, qui exigeait le moins de complication dans les procédés. Bientôt on va plier la feuille en deux, puis en quatre; plus tard on la pliera en six, en huit, en seize, et même en trente-deux; et alors on obtiendra, par l'in-64, un jouet d'enfant dans un prodige de l'art. Quatrième remarque: l'imprimerie européenne, en 1467,n'a point encore voyagé visiblement au delà des bords du Rhin.1468-70. L'émigration des imprimeurs commence. L'Europe appelle de tout côté les Allemands habiles dans la pratique du nouvel art, de l'art magique. Paitoni, l'historien de l'imprimerie vénitienne, nous apprend que Jean de Spire, en 1469, ouvrit, dans la ville de Venise, la noble carrière que les Alde Manuce devaient tant illustrer après Nicolas Jenson. Rome, dès la fin de l'année 1467, s'enorgueillit de son premier imprimeur, Arnoldus Pannartz. Suivant Middleton l'annaliste de la presse anglaise, l'année 1468 dote la cité d'Oxford des travaux de l'imprimeur Frédéric Corsellis. Paris, plus tardif et plus rebelle aux innovations, ne laisse pas, en 1470, sous le plus soupçonneux de nos rois, de recevoir l'imprimerie des mains d'Ulric Gering, dont nous parlerons plus tard, non pas seulement comme d'un habile et savant imprimeur, mais aussi comme d'un excellent homme et d'un bienfaiteur de notre jeunesse studieuse. Chose notable, c'est un docteur de Sorbonne, le professeur Fichet, qui nous fait ce beau présent, plus précieux, sans doute, que les trois livres de sa Rhétorique latine, le second ouvrage qui ait été imprimé en France. Il faut lire ces détails dans l'Histoire de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, par André Chevillier[8]. A cette même époque de 1470, commencent à paraître les classiques grecs, mais seulement dans des traductions latines; les savans de Byzance, réfugiés trop nouvellement en Italie, n'avaient pas eu le temps encore de familiariser la presse avec les caractères grecs, ainsi qu'il ne tardèrent pas à le faire dans Milan. Plutarque et Strabon ont les honneurs de ces publications translatées.1473. Cette année nous présente, mais toujours en latin, Polybe, Diodore de Sicile, Aristote et d'autres Grecs immortels. Alors les imprimés font irruption par toute l'Europe.1474. Dans cette année, Paris reçoit son premier livre imprimé en français[9], si Maittaire en est cru. Le choix n'est pas heureux,malgré le titre de l'ouvrage: c'est l'Aiguillon de l'Amour divin, in-4. L'imprimeur est Pierre Caron. L'Italie avait été mieux inspirée; car elle possédait, dès lors, dans sa mélodieuse langue vulgaire, Pétrarque, Dante et Boccace. Il y avait aussi déjà plusieurs livres imprimés en castillan. La presse anglaise ne paraît avoir débuté en anglais que de 1475 à 80, par l'Histoire du chevalier Jason[10].1475. Jusqu'ici toutes les impressions sont en lettres rondes, fort lisibles, en dépit de trop nombreuses abréviations, et, de plus, très correctes. En 1475 ou même un peu plus tôt, Venise produit les caractères gothiques, comme pour rappeler l'origine germaine de la presse. C'est surtout dans leValère Maximequ'on voit cette nouveauté barbare, due à Nicolas Jenson, si célèbre, d'ailleurs, par son beauCésarde 1472; et l'incorrection suit bientôt cette barbarie.1479. Nouveau livre imprimé en français; c'est leMirouer historial, traduit duSpeculum historialede Vincent de Beauvais. Nous le devons aux presses du célèbre Barthélemy Büyer, imprimeur à Lyon, le même qui avait imprimé, en 1476, la vie de Jésus-Christ.1480-88. Enfin paraît, à Milan, le premier livre en grec, sous les auspices et par les soins d'Antoine Zarot, qui établit une imprimerie dans cette ville, dès l'année 1470. Voici le titre de l'ouvrage:Compendium octo orationis partium et aliorum quorumdam necessariorum, editum a Constantino Lascari Byzantino, græcè et latinè, in-4,M.CCCC.LXXX. Ainsi payait noblement à l'Italie l'hospitalité qu'il en avait reçue, ce grand et malheureux Constantin Lascaris, sur la destinée duquel le plus pur de nos écrivains contemporains a dernièrement jeté tant d'intérêt et d'éclat. Vicence imitera dans peu Milan, et, dans l'année 1483, donnera au monde savant, par les mains de Denis Bertochus de Bologne, le premier lexique grec-latin connu. Mais ce ne sera qu'en 1488, à Florence, que deux éditeurs illustres, Démétrius de Chalcondyle et Démétrius de Crète, feront sortir de l'obscurité des manuscrits, par les presses de Bernard et Nerius Nerli, le prince des poètes, l'Homère grec. Une particularité curieusese rattache à cette édition mémorable: en 1804, à la vente des livres de M. de Cotte, deux bibliophiles fameux, MM. Naigeon et Caillard, se disputèrent un exemplaire broché de l'Homère princeps. Il fut adjugé au dernier pour 3,600 liv. La Bibliothèque royale en possède un sur membrane. L'exemplaire de M. de Cotte n'était que sur papier.1495. Terminons cet aperçu général à l'année 1495, qui vit, à Venise, les premiers essais d'Alde Manuce, dans le poème attribué à Musée, sur Héro et Léandre, et hâtons-nous de rendre un juste hommage à l'imprimerie parisienne, en rapportant, d'après Maittaire, et d'après les monumens modernes, les principaux noms qui l'ont illustrée.PRINCIPAUX IMPRIMEURS PARISIENS.1o.Ulric Gering.1470-1510. Ce digne et savant artiste, élève, à ce qu'on croit, d'Elye, chanoine de Munster, au canton de Lucerne, fut appelé à Paris par Lapierre, prieur, et Fichet, docteur de Sorbonne, ce dernier recteur de l'Université de Paris. Il consacra ses premiers travaux à l'impression desLettres latinesde Gasparin Barzizius de Pergame, et dela Rhétorique latinede Fichet, et se fit connaître par des caractères de forme ronde, fort beaux et fort nets. Son talent d'imprimeur n'était, au surplus, que son moindre mérite. Il avait une ame grande et généreuse. Il releva le bâtiment de la bibliothèque de Sorbonne à ses frais, en reconnaissance de quoi la société lui donna, en 1493, le droit d'hospitalité perpétuelle, dont il n'usa pas. Il mourut à Paris, rue Saint-Jacques, le 23 août 1510, après avoir fait un testament, rapporté dans Maittaire, où il dispose de fortes sommes en faveur des Sorbonnistes, à la charge par eux d'entretenir gratuitement un certain nombre d'écoliers à l'Université de Paris.2o.Pierre CaronouLe Caron.1474. Ce fut lui qui imprima l'Aiguillon de l'Amour divin, que Maittaire croit être le premier livre imprimé en français. On voit un Guillaume Caron, probablement de la même famille, figurer, de 1481 à 1491, parmi les imprimeurs de Paris. Remarquons, au sujet de la traduction du livre deSaint Bonaventure, citée ici, que M. Brunet y a vu la date de 1494. Nous nous en rapportons, pour ces détails, à ce qui en est.3o.Pascal Bonhomme.1476. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris, de 1486 à 1489. Pascal ou Pasquier Bonhommeest surtout fameux par son édition desGrandes Chroniques de France, ditesles Chroniques de Saint-Denis. (Voir, à ce sujet, lanote 9.)4o.Antoine Vérard.1480-1517. C'est le prince des imprimeurs en gothique française. Les éditions qu'il a données sont aujourd'hui toutes d'un grand prix. Quelques uns ont prétendu qu'Antoine Vérard ne fut qu'un libraire faisant imprimer; mais qu'est-ce que quelques uns n'ont pas prétendu? Encore une occasion de s'en rapporter, dans le doute, à ce qui en est.5o.Jehan du Pré,Jehan Belin.1481-93.6o.François Regnault.1481-1500-1539. Il imprimait en fort beau gothique. Nous avons de lui un exemplaire duConfessionale Anthonini, pet. in-12 à deux colonnes et 255 feuillets, plus 5 feuillets de table.Paris, 1510, avec frontispice gravé, figurant le chiffre de l'imprimeur, supporté par un berger et une bergère, avec cette légende:En Dieu est mon espérance.7o.Denys Janot.1484-1539. Nom célèbre dans les annales de la presse parisienne, plus par la multiplicité de ses titres que par leur supériorité. Denys Janot imprimait ordinairement en gothique. On a de lui plusieurs romans de chevalerie, tels que leMéliadus de Leonnoys, in-fol. de 1532; et, en société avec Alain Lotrian, le livre deSydrah le grand philosophe, Fontaine de toutes sciences, in-4, à l'enseigne de l'Ecu de France. Une de ses meilleures productions est en lettres rondes, in-8, 1539; c'est la traduction française desTriumphes petrarcques.8o.Wolfgand Hopyl.1489-98.9o.Philippe Pigouchet.1484-1512. Homme de grand talent. Un des chefs-d'œuvre de son officine est le livre de Jehan Meschinot, intitulé:les Lunettes des Princes, in-8, gothique, 1499, avec son nom, et son chiffre au frontispice, représentant Adam et Ève.10o.Godefroy Marnef.1491-98. Encore un nom typographique notable, porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marnef imprimeur en 1517; un Jehan de Marnef, en 1524; et une Jeanne de Marnef, en 1546, rue Neuve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint Jean-Baptiste. Cette dernière imprimales Trois nouvelles Déesses, Pallas, Juno, et Vénus, poème courtisanesque de François Habert, dit le poète de Berry.Sa devise est:Nul ne s'y frotte, devise qui convient également aux anciennes et aux nouvelles déesses.11o.Jehan Trepperel.1494-98. Nous possédons, de cet habile imprimeur, un poème anonyme, intitulé:le Renoncement d'Amours, très nettement imprimé en gothique, avec figures sur bois, in-8. L'ouvrage est terminé par le chiffre de Jehan Trepperel, supporté par deux lions, surmonté de l'écu de France. Le même a donné, entre autres beaux ouvrages,les deux Testamens de Villon, in-8, gothique. 8 juillet 1497.12o.Jehan Petit.1498-1539. Il doit y avoir eu ici succession de personnes sous les mêmes noms et prénoms.13o.Simon Vostre.1500. Imprimeur estimé; d'abord libraire seulement. Il travaillait dans le même temps que Nicolas Wolf et Nicolas de la Barre. M. Brunet, qui est ici de grande autorité, a mis en doute que Simon Vostre ait été autre chose que libraire faisant imprimer. On pourrait écrire des volumes de controverse sur des questions de cette nature sans les résoudre complètement. Or l'esprit humain a besoin d'une pâture. Pour la science des petits faits, il faut se contenter bien souvent de trouver l'à peu près, et de ne se pas tromper tout seul.14o.Guidon Mercator.1502.15o.Henry EstienneIer.1503-20. Ce patriarche de l'imprimerie française, chef de son illustre famille, naquit à Paris vers 1470. Il y imprimait dès l'an 1503, et y mourut vers 1520. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous nommerons François Ier, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en 1564. Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en 1503, il débuta dans la carrière, en 1527, par l'impression des Partitions oratoires de Cicéron; puis il fit paraître sonThesaurus linguæ latinæ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint imprimeur du roi, son protecteur, en 1539, et mourut à Genève, en 1559, ayant été comme chassé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert Iereut, ainsi que son père, Henri Ier, trois fils; savoir: 1oHenri IIe, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en 1528, s'en alla mourir à l'hôpital à Lyon, en 1598, laissant un fils, Paul Estienne, lequel naquit en 1566, et mourut, en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas, tels que l'inestimableThesaurus linguæ græcæ, queson prote, Scapula, lui vola en abrégé, l'Apologie pour Hérodote, et divers Traités précieux sur la langue française; 2oRobert II, né en 1530, mort en 1571, père de Robert III, imprimeur mort sans enfans en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640; 3oFrançois II, dont on sait peu de choses. Revenons à Paul Estienne, fils du grand et infortuné Henri II. Il eut un fils, nommé Antoine, lequel fut imprimeur, et mourut à l'hôpital, comme son aïeul, sans avoir mérité, comme lui, les persécutions de l'envie et du fanatisme. Antoine Estienne rendit son souffle obscur et son beau nom à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'âge de 80 ans, en 1674. On aurait pu graver sur sa tombe ces mots:ultimus et minimus. Tout finit; mais cette grande race des Estienne, grande par ses travaux, son indépendance d'esprit et ses malheurs, a bien gagné l'immortalité en faisant jouer ses presses pendant près de deux siècles. Nulle famille de héros ne s'est signalée par autant de conquêtes, ni par d'aussi durables.16o.Badius Ascensius, ou Josse Bade d'Asc. 1505-32. Les produits de l'imprimerie, sous ce nom, sont prodigieux en nombre.17o.Michel le Noir.1506. Philippe le Noir, selon l'apparence, parent de Michel, imprimait, en 1524,les Regnars traversant les périlleuses voies des Folles Fiances du monde, ouvrage du célèbre Bouchet, et, vers le même temps, ou peu avant,le Vergier d'honneur, d'André de La Vigne et d'Octavien de Saint-Gelais.18o.Berthold Rumbolt, en 1508, exerçait d'abord son art, de société avec Ulric Gering. Il imprima seul, plus tard, et en parfaitement beau gothique, divers ouvrages, notammentle Romant des trois Pelerinages de la Vie humaine, poème de Guilleville, composé au 13esiècle.19o.Galyot du Pré.1512. Nicolas du Pré, 1515.—Jehan du Prat.—1539.—Le nom du Pré figure jusqu'en 1551. Galyot, qui l'a le plus illustré, est l'imprimeur excellent duRoman de la Rose, de 1529; duSage Sydrah, de 1531, et d'autres ouvrages curieux, tous en lettres rondes. On recherche à tout prix ses éditions.20o.Ægide (Gille) Gormont.1513-30. Nicolas Gormont. 1540. Nous possédons, du premier des deux Gormont, une charmante édition gothique, très rare, de l'Amant rendu Cordelier à l'observance d'amour, joli poème de Martial d'Auvergne.21o.Jehan Bonfons.1518. Nicolas Bonfons. Ces deux imprimeursgothiques sont très médiocres; néanmoins, ils sont recherchés à cause de la rareté de leurs productions, telles que les éditions duGrand Kalendrier des Bergiers, des romans deMiles et Amys, deBeufves de Hantonnes, etc.22o.Alain Lotrian.1539. Son nom, qui se trouve sur des livres chers et peu communs, fait la meilleure part de son mérite: on le voit décorer l'édition, très précieuse, à la date de 1539, duMystère de la Vengeance de Titus, et Destruction de Jérusalem.23o.Thomas Laisne.24o.Vidove.1530. Nous citerons de lui la charmante édition, en lettres rondes, duChampion des Dames, ennuyeux poème de Martin Franc, pet. in-8, 1530, dont un bel exemplaire se paie fort aisément aujourd'hui, de 150 à 200 fr.25o.Les Angeliers.1535-88. Famille digne de mémoire, notamment par sa belle édition duMystère des Actes des Apôtres, de Simon et Arnould Gréban, et par celle qu'elle a donnée desEssais de Michel Montaigne, du vivant de l'auteur.26o.Vascosan.1536-83. Excellent imprimeur, dont le chef-d'œuvre est lePlutarqued'Amyot, in-8 et in-fol.27o.Mamert Patisson.1569-99. Vidua Patisson, 1604. Mamert Patisson fut imprimeur du roi: ses impressions sont fort belles, notamment celle desOrigines de la Langue française, par Fauchet. In-4, 1581.28o.Morel.1580-1639. Officine laborieuse, à en juger par le nombre de ses produits.29o.Antoine Vitray, ouVitré.1628-58. On connaît sa jolie Bible, en 8 vol. in-12, de 1652, si recherchée des amateurs.30o.Sébastien Cramoisy.1620-69. André Cramoisy. 1670-97. Sébastien Cramoisy, digne, par la magnificence de ses types, d'avoir conduit si long-temps l'imprimerie royale, s'est particulièrement honoré par les éditions duDiscours sur l'Histoire universelle, de Bossuet, in-4, duJoinvillede Du Cange, in-fol., etc., etc. Il mourut en 1669.31o.Rigaut.1709. Imprimeur de l'imprimerie royale, qui a fait tant d'honneur, jusqu'à nos jours, au nom d'Anisson. Sa belle édition in-8, 1709, desSermons de Bourdaloue, est encore aujourd'hui celle de cet auteur que l'on estime le plus.32o.Coustellier.1723-45. Justement estimé, surtout par sajolie Collection desVieux poètes français, in-12, et par ses charmantes éditions in-12 de plusieurs classiques latins, tels que leVirgile, leLucrèce, etc.33o.Barbou.1757, etc. Sa Collection in-12 des Classiques latins, qui fait suite aux impressions de ce genre qu'a données Coustellier, sonMalherbe, avec les notes de Saint-Marc, in-8, et d'autres productions aussi nettes que correctes lui ont acquis une réputation méritée.34o.Louis Cellot.1768-71. Nous lui devons, parmi beaucoup de bonnes éditions, leRacinein-8 de Luneau de Boisgermain, et la traduction duTérence, de Le Monnier.35o.Didot.1743-1834. Ce grand nom typographique est, avec le nom d'Estienne, celui qui honore le plus l'imprimerie française. Depuis 1743, qu'on le voit paraître, au plus tard, avec un éclat modeste, dans les traductions in-12 de la Vie et des ouvrages de Cicéron, ainsi que dans nombre d'autres excellens ouvrages, jusqu'à nos jours; il n'a cessé de figurer dans les plus belles, les plus correctes et les plus utiles productions de la presse, à commencer par les magnifiques Collections de nos classiques ditesdu Dauphin, et à finir par la superbe réimpression duThesaurus linguæ græcæde Henri Estienne. Mais, ce qui met le comble à la gloire de cette famille, c'est qu'à l'exemple de celle des Estienne, elle joint le triple mérite de la science, des talens littéraires et des vertus civiques à celui de la perfection dans son art. Les Didot auront un jour leur histoire.36o.Crapelet.1822-34. A étendu, avec autant de goût que de bonheur et de savoir, le luxe des nouvelles éditions grand in-8 de nos classiques, à une suite de réimpressions des principaux monumens anciens de notre langue. Sa Collection, sur papier de Hollande, est et ne cessera d'être un de nos premiers titres typographiques.Il serait aisé, peut-être même juste, surtout par rapport aux travaux du temps présent, d'étendre la précédente liste, de mentionner, par exemple, cet estimable Delatour, qui a si bien imprimé leCicéronde l'abbé d'Olivet, les Panckoucke, les Prault, les Cussac, les Michaud, les Rignoux, les Le Normant, et d'autres encore; mais nous n'avons pas prétendu dresser le catalogue complet de nos grands imprimeurs de Paris, tant s'en faut. Un tel travail exigerait plus de développement que nous n'en pouvons donner ici. C'est assez; laissons à d'autres le soin de compléter le catalogue de Lottin, qui s'arrête en 1789.[3]Hist. de l'imprimerie.La Haye, 1740, in-4, etParis, 1775, in-4.[4]Origines typographicæ.La Haye, 1740, in-4.[5]Annales typographicæ.La Haye, 1719-25.Amst., 1723.Londini, 1741,Viennæ, 1780-89. 10 vol. in-4.[6]Idem.Norimbergæ, 1793-1803. 11 vol. in-4.—Voy.encore l'Histoire de l'imprimerie et de la librairie, par Jean De la Caille.A Paris, 1689.[7]M. Brunet cite deux exemplaires sur vélin de cette édition, l'un de la Bibliothèque Gaignat, l'autre de celle de La Vallière.[8]Amsterdam, 1694. Le premier livre imprimé en France le fut à la date de 1470, par Ulric Gering, Martin Crantz, et Michel Friburger; c'est l'in-4 intitulé:Gasparii Barzizii Bergamensis Epistolæ. La Rhétorique de Fichet ne porte que la date de 1471. Gabriel Naudé, dans une savante Dissertation sur l'origine de l'imprimerie, insérée au tomeIVdesMémoires de Commines, édition in-4 de Lenglet-Dufresnoy, cite, comme premier livre imprimé en France, leSpeculum vitæ humanæ, de Roderic, évêque de Zamora, et lui assigne la rubrique suivante:Paris, 1470, quoique le livre ne contienne aucune indication de date ni de lieu.[9]M. Brunet dit que le premier livre imprimé en langue française fut celui desChroniques de saint Denis, depuis les Troyens jusqu'à la mort de CharlesVII, en 1461. Fait à Paris, en l'ostel de Pasquier Bonhomm, leXVIejour de janvier de l'an de grâceM.CCCC.LXXVI. 3 vol. in-fol., goth.: Pasquier ou Pascal Bonhomme commença par être seulement libraire, faisant imprimer avant d'être imprimeur-libraire. Il est d'ailleurs peu probable que l'imprimerie ait débuté en français par un ouvrage de si longue haleine.[10]The history of ye Knight Jason, by Ger. Leeu, Andewarp, in-fol.
Au lecteur
Table
TOME PREMIER.
Non ego ventosæ Plebis suffragia venorImpensis cœnarum, et tritæ munere vestis.Non ego nobilium scriptorum auditor, et ultor,Grammaticas ambire tribus, et Pulpita dignor, etc.Q. Horat.,Epistol.XIX,lib.1.
Non ego ventosæ Plebis suffragia venorImpensis cœnarum, et tritæ munere vestis.Non ego nobilium scriptorum auditor, et ultor,Grammaticas ambire tribus, et Pulpita dignor, etc.
Non ego ventosæ Plebis suffragia venor
Impensis cœnarum, et tritæ munere vestis.
Non ego nobilium scriptorum auditor, et ultor,
Grammaticas ambire tribus, et Pulpita dignor, etc.
Q. Horat.,Epistol.XIX,lib.1.
PARIS,TECHENER, PLACE DU LOUVRE,No12.
M.DCCC.XXXVI.
TABLE DES MATIÈRESDU TOME PREMIER.Pages.Préface.3Sur les premiers travaux de l'Imprimerie.17Fragmens de l'explication allégorique du Cantique des Cantiques.29Salustii philosophi de diis et mundo.34C. Pedonis Albinovani, elegiæIII.41Aphtonii progymnasmata.47Aristeneti epistolæ.49Alciphronis rhetoris epistolæ.51Hiéroclès, sur les vers dorés.55Premiers monumens de la Langue française et de ses principaux dialectes.62Disciplina clericalis.96Li Rommant de Rou et des ducs de Normandie.99Meliadus de Leonnoys.107Beufves de Hantonne.117Milles et Amys.120Li Jus Adam, ou de la Feuillié, et li Gieus de Robin et Marion.123Le Renoncement d'Amours.127La Vie de nrē benoit Sauueur Ihesus Crist.130Histoire critique de Nicolas Flamel, et de Pernelle sa femme.132Les Quinze Joies de Mariage (ou la Nasse).135La Vengeance et Destruction de Hiérusalem.140Le triumphant Mystère des Actes des Apôtres.145Confessionale Antonini.161Le Livre de Taillevent, grand Cuisinier de France.167La Prenostication des Hommes et Femmes.170Divini eloquii preconis celeberrimi fratris Oliverii Maillardi.172Les Dictz de Salomon.182La Grād Monarchie de France.186Les Vertus des Eaux et des Herbes.209Les Lunettes des Princes.212Le Vergier d'honneur.217Sydrach le grant philosophe, Fontaine de toutes sciences.232La Guerre et le Débat entre la Langue, les Membres et le Ventre.235Volumen eruditissimi viri Antonii Codri Urcæi.238Moralité très singulière et très bonne des Blasphémateurs du nom de Dieu.247Les Regnards traversant les périlleuses voyes des Folles fiances du monde.253Le Jeu du Prince des Sotz et Mère-Sotte.258Opus Merlini Cocaii, poetæ mantuani macaronicorum.265Epistolarum obscurorum virorum.287Détermination de la Faculté théologale de Paris sur la doctrine de Luther.302Le livre des Passe-temps des Dez.304Antonius de Arena (Antoine de la Sable).306Nouvelle moralité d'une pauvre fille villageoise, laquelle ayma mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur, etc., etc.318Vingt-deux Farces et Sotties de l'an 1480 à l'an 1613-1632.323Déclamation contenant la manière de bien instruire les enfans.333Allumettes du Feu divin.336La Manière de bien traduire d'une langue dans une autre, etc., par Estienne Dolet.338Le Réveil-Matin des Courtisans, ou Moyens légitimes pour parvenir à la faveur et pour s'y maintenir.343Lyon Marchant.348Le second Enfer d'Etienne Dolet.352Marguerites de la Marguerite des Princesses.355Le Trespas, Obsèques et Enterrement de François Ier.363La Saulsaye, églogue de la vie solitaire.368Les Discours fantastiques de Justin Tonnelier.370Cœlii secundi curionis religionis christianæ institutio, etc.379La Circé de M. Giovan Baptista Gello, Académicien florentin.381L'Histoire mémorable des expéditions faites depuis le déluge par les Gaulois ou François.387La Comédie des Supposez, de M. Louys Arioste.391La Physique papale, par Pierre Viret.402Excellent et très util Opuscule, à tous nécessaire, de plusieurs exquises Receptes.406Les Mondes terrestres et infernaux.409De tribus impostoribus.412Il Catechismo di Bernardino Ochino da Siena.416Les Dialogues de Jean Tahureau.425Passevent parisien.429Antithèse des Faicts de Jésus-Christ et du pape.434Facéties latines.438De l'Heur et Malheur du Mariage.445Nicolaii Clenardi epistolarum Libri duo.448FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER.ANALECTABIBLION,OUEXTRAITS CRITIQUESDEDIVERS LIVRES RARES, OUBLIÉS OU PEU CONNUS,tirésdu cabinet du marquis D. R.....IMPRIMERIE DE MADAME HUZARD (NÉE VALLAT LA CHAPELLE).rue de l'Eperon, no7.
DU TOME PREMIER.
FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER.
ANALECTABIBLION,OUEXTRAITS CRITIQUESDEDIVERS LIVRES RARES, OUBLIÉS OU PEU CONNUS,tirésdu cabinet du marquis D. R.....
ANALECTABIBLION,OUEXTRAITS CRITIQUESDEDIVERS LIVRES RARES, OUBLIÉS OU PEU CONNUS,tirésdu cabinet du marquis D. R.....
IMPRIMERIE DE MADAME HUZARD (NÉE VALLAT LA CHAPELLE).rue de l'Eperon, no7.
IMPRIMERIE DE MADAME HUZARD (NÉE VALLAT LA CHAPELLE).rue de l'Eperon, no7.
ANALECTABIBLION.PRÉFACE.L'idée d'offrir au public un extrait raisonné de divers livres précieux par leur mérite ou leur rareté n'est pas nouvelle; elle remonte au patriarche Photius, qui fournit, dès le neuvième siècle, ainsi qu'on l'a dit justement, dans sa Bibliothèque analectique, intitulée:Myriobiblion, le germe de cette foule de journaux littéraires, dont nos temps modernes s'applaudissent avec raison. Le savant Grec n'est pas seulement ici inventeur; il est modèle par la précision de ses analyses, le choix de ses exemples, et la rectitude de son jugement. Deux cent quatre-vingts ouvrages, de cent soixante-cinq auteurs différens, sont rapportés dans son Recueil, dont il serait à désirer que la traduction française, annoncée depuis si long-temps, nous fût enfin donnée. Ces auteurs peuvent être rangés dans l'ordre suivant: cinquante-cinq théologiens, treize philologues, grammairiens ou lexicographes, trois poètes ou écrivains relatifs à la poésie, vingt-trois orateurs, vingt historiens sacrés, trente-deux historiens profanes, seize philosophes ou médecins, et cinq écrivains érotiques.L'invention n'a pas été stérile. Sans compter les écrits périodiques, dont nous venons de parler, de nombreux et judicieux critiques se sont signalés, en ce genre, par d'utiles travaux, entre lesquels sedistinguent chez nous (pour ne citer que ceux dont les analectes sont imprimés[1]), les Bénédictins, La Croix-du Maine et son continuateur du Verdier, Sallengre dans de curieux mémoires que le père Desmolets a étendus, sur un autre plan, avec beaucoup de mérite aussi, David Clément dont le recueil alphabétique s'arrête malheureusement dès la lettre H, l'abbé Gouget dans sa docteBibliothèque française, encore qu'il ait, à la fin, succombé sous le faix d'une entreprise trop vaste, Le Clerc dans ses quatre-vingts volumesd'Extraits Critiques, bien qu'il n'ait pas toujours été heureux sous le rapport des sujets, à beaucoup près, le marquis de Paulmy, ou plutôt sous son nom, Constant d'Orville, qui eût toutefois gagné à porter, dans ses volumineux et confus mélanges, le savoir, le goût et la sagacité que M. Charles Nodier a mis dans les siens trop restreints, le Père Nicéron, Lelong et Fontette, Ancillon, l'Abbé d'Artigny, Thémiseuil, le faux Vigneuil-Marville, Sablier dans sesVariétésréellementsérieuses et amusantes, Formey dans leDucatiana, et avec lui plusieurs des nombreux compilateurs d'Ana, Dom Liron dans sesSingularitéset sesAménités, Dreux du Radier, Coupé dans sesSoirées littéraires, aussi agréables qu'instructives, et bien d'autres qu'il serait inutile de rappeler ici, puisque les bibliographes les ont inscrits sur leurs catalogues.Tous ces noms sont dignes de souvenir. Sans doute la gloire ne leur est pas due; elle n'appartient, dans les lettres, qu'aux esprits qui, s'élançant d'eux-mêmes, nés pour l'action plutôt que pour la spéculation, sont, en quelque sorte, les seuls artisans de leur fortune; mais ce serait une grande erreur ou une grande injustice de dénier aux philologues la part notable qui leur revient dans les richesses intellectuelles de la France. Ils ont établi cette active communication des esprits qui, si elle n'assure pas le règne constant de la raison et du goût, rend du moins, il est permis de l'espèrer, l'erreurpassagère et les ténèbres impossibles. Le talent de résumer et d'apprécier les pensées d'autrui, le soin pénible de recherches qu'il exige, le discernement prompt et sûr qu'il suppose, tout cela n'est ni commun, ni méprisable, et rentre d'ailleurs dans le domaine de l'art, quand un style varié, avec une simplicité élégante, vient y joindre ses agrémens, ce qui s'est rencontré plus d'une fois.Ce n'est pas à ce dernier titre que je publie ce nouveau recueil analectique; il se présente plus modestement, et des circonstances fortuites uniquement l'ont fait naître. Dans l'été de 1830, traversant Paris pour entreprendre un voyage qui fut court, mais qui pouvait être indéfini, je dis adieu à mes livres. En jetant de tristes regards sur une collection d'environ 7000 volumes que des amateurs et des libraires entendus ne trouvaient pas sans choix, et que j'avais mis vingt-six ans à former avec le secours de feu M. Barrois, de MM. Debure, Merlin, Labitte, Crozet et Téchener, je regrettai vivement de n'avoir point profité de la possession pour laisser, dans une analyse fidèle et raisonnée, quelques traces de ces trésors les plus rares, les moins connus ou les plus oubliés. De ces regrets au ferme propos de mettre la main à l'œuvre, si l'occasion se représentait, la marche était naturelle; l'occasion se représenta, et, dans le cours de quatre années, le présent recueil fut achevé sous le titre un peu ambitieux mais du moins très précis d'Analectabiblion.—Quand je disachevé, je me sers d'une expression hasardée, car de pareils livres communément ne le sont pas: fort heureux quand on leur trouve une sorte de commencement; ils n'ont d'ordinaire ni milieu, ni fin, et c'est, avec le défaut d'unité, défaut inévitable, les torts essentiels qu'on leur peut reprocher. Aussi ne doivent-ils guère prétendre aux honneurs d'une lecture avidement suivie, d'un succès général et brillant; c'est beaucoup, c'est assez que les gens studieux les estiment, qu'ils les consultent, le goût du public vient ensuite, s'il peut.Quant à leur utilité, rien ne semble moins contestable, si ce n'est qu'on trouve indifférent de faire connaître l'esprit des neuf dixièmes des gens dont il est important de retracer le nom, la patrie, la naissance, la vie et la mort,ainsi que le font tous les dictionnaires historiques si curieusement recherchés; autrement qu'il est superflu de savoir ce que tels et tels ont écrit, pourvu qu'on sache qu'ils ont écrit; proposition difficile à soutenir.Loin d'être inutiles, ces analectes sont à considérer sous plus d'une face, et le temps presse de les multiplier. Il n'y a point de péril pour les productions émises depuis cent ans, ni pour celles qui suivront; les journaux de toute forme y ont paré; de sorte que, désormais, au moyen de deux grandes tables faites de siècle en siècle sur ces journaux, l'une par ordre de matières, l'autre par ordre alphabétique avec renvois à la première, le registre des pensées des hommes sera au courant, et le bilan de l'esprit humain toujours connu, sans même que ce soit une grande affaire. En effet (pour n'opérer par supposition que sur une période de dix mille ans, avec des chiffres hypothétiques), soient donnés six mille journaux, formant chacun annuellement quatre volumes in-8o, que nos deux tables, bien dressées, et même avec un certain détail, peuvent aisément réduire au quatre-centième; avec seulement six cent mille volumes in-8ode ces tables, on aura l'aperçu de deux milliards quatre cent millions d'ouvrages différens, d'après le compte qu'en auront rendu deux cent quarante millions de volumes périodiques, à ne supposer que dix analyses dans chacun d'eux; mais l'opération n'est pas si commode avec le passé. A peine y a-t-il quatre siècles que nous possédons l'imprimerie, et cette grande découverte a déjà donné tant de livres typographiés, que la liste complète en serait impossible, attendu qu'il en a dû périr autant et plus qu'il n'en reste, comme on peut l'inférer, tant de la rareté de ceux qui ont seulement deux cent cinquante ans d'âge, toutes les fois qu'ils n'ont pas été réimprimés, que de l'oubli, qui détruit, dans tous les temps, la plus grande partie des méchans ouvrages, et aussi beaucoup de bons. Qui connaît aujourd'hui, même vaguement, les écrits des mille auteurs cités par le jésuite espagnol Pineda, dans saMonarchie ecclésiastique? ou la dixième partie des livres dont parle Vossius? Et, si nous regardons les manuscrits, c'est bien alors que l'imagination s'épouvante, que la raison se trouble par l'impuissance dans laquelle noussommes de retrouver tout ce qui est perdu, de compulser tout ce qui subsiste!Cependant, je le répète, il y a plus d'un parti à tirer de la recherche prudente des écrits rares et anciens. Premièrement, mieux que les meilleurs raisonnemens, toujours plus ou moins conjecturaux et soumis aux chances de la polémique, elle peut, en donnant l'autorité du fait à la sentence connue,qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, garantir les esprits hardis ou fatigués de l'indiscrète poursuite des nouveautés. N'y a-t-il pas de quoi réfléchir à voir que tel bon mot ou tel conte, qui nous fait rire maintenant dans Paris, a probablement son histoire, et, qu'en suivant sa piste de siècle en siècle, et d'idiome en idiome, on le surprendrait faisant rire, il y a deux mille ans, un Arabe, et d'abord un Hébreu, et d'abord un Indien? C'est pourtant la généalogie qu'Hébers, translateur français sous notre roi Louis VIII, assigne au roman des sept sages, dit leDolopatos, tiré premièrement du latin de l'ancien moine Jean de Haute-Selve, lequel l'aurait tiré du grec, héritier des types de l'Orient. Ceci n'est que plaisant; mais voici du sérieux: chacun peut retrouver, dans le livre de Bernard Ochin, extrait dans ce recueil, la plupart des témérités métaphysiques dont le siècle dernier s'était follement épris; dans la république de Bodin, la plupart des raisonnemens politiques en circulation aujourd'hui; dans letraité des reliquesde Calvin, les traits d'ironie dont, il y a peu d'années encore, nous tirions gratuitement vanité; dans un rêve de Jean-Baptiste Gello, les plus solides pensées dont s'honorent chaque jour nos orateurs sacrés. Les témoignages en tout genre surabondent ici, et il ne s'agit pas simplement du fond des choses; à chaque instant les mêmes formes se représentent, avec de si frappantes ressemblances, dans leurs variétés mêmes, que ce n'est point une comparaison forcée de figurer le génie de l'homme, comme un grand arbre renouvelant sans cesse, et dépouillant son feuillage.Rien dans cette figure ne doit arrêter l'émulation, ni décourager la culture des esprits. Au contraire, de même que, dans la nature inanimée, il apparaît que les produits supérieurs et les plus belles formes naissent difficilementet en petit nombre d'un travail intelligent et assidu; ainsi, dans l'empire souverain de la pensée, les titres véritables, ceux qui entraînent l'admiration de la postérité, sont exclusivement le prix d'efforts constans et bien dirigés; d'où il suit que la seule manière d'être en quelque sorte nouveau c'est d'exceller, parce qu'il n'y a que l'excellent qui ne soit pas commun.Autre utilité des Analectes: ils enseignent, preuve en mains, que les plus pauvres écrits ne le sont presque jamais assez pour qu'on n'y trouve rien à recueillir; et cette découverte, capable d'éloigner des jugemens dédaigneux et d'une critique superbe, tourne en même temps au profit du goût, qu'elle forme d'autant plus qu'elle l'exerce davantage. Ce n'est pas une merveille d'être ravi jusqu'aux cieux par Homère et Milton, de s'attendrir avec Virgile ou Racine, de philosopher en riant avec Molière et Rabelais, de remonter aux sources du beau, avec Cicéron, Quintilien, Rollin, La Harpe et Villemain, de distinguer le jour où le soleil luit; il ne faut pour cela que se laisser aller à ses impressions naturelles, sans peine, sans étude, sous l'inspiration d'un instinct tout ordinaire; mais il n'en va pas de même à l'égard de ces auteurs bizarres ou incomplets, qui trébuchent à chaque pas, qui manquent le but ou le dépassent, chez qui une pensée juste s'égare parmi d'innombrables sophismes, un sentiment profond dans le faux esprit, une expression pittoresques entre des images basses ou forcées; là le juge le plus sûr est obligé de se tenir en garde, l'investigateur le plus résolu a besoin de constance et d'un tact très fin; mais là également il y a de grands profits à faire; car l'ombre ne sert pas seulement à faire ressortir la lumière, elle en est encore l'exacte mesure.La recherche du beau, dans ces ruines ténébreuses, conduit encore à des résultats importans. Il arrive qu'en faisant apprécier avec exactitude les immenses difficultés de l'art, elle redouble, pour les grands maîtres qui les ont vaincues, cette estime profonde qui tend à s'affaiblir sitôt qu'on s'est familiarisé avec leurs perfections. Ou je m'abuse, ou ce n'était ni par défaut de génie philosophique,ni par manque de science que les Porphyre et les Jamblique se confondaient en divagations après les Pythagore, les Aristote et les Platon, qui éclairaient le monde même par leurs erreurs. Ce n'était pas davantage faute de génie poétique, d'esprit orné, de connaissance du latin d'Auguste, qu'Ausone, Sidoine Apollinaire et Fortunat enfantaient des poésies informes et ruinaient la belle langue latine; mais plutôt par une sorte de lassitude que partageaient leurs contemporains, lassitude venue d'un commerce trop habituel, trop uniforme avec les modèles, et qu'ils auraient pu prévenir, si, tournant leurs yeux en arrière, au lieu de dévorer l'espace ouvert devant eux, ils avaient laborieusement reconnu, dans les productions oubliées des temps passés, ces écarts audacieux, ces irrégularités singulières dont leur imagination trompée se formait d'avance une idée si heureuse. Moins novateurs alors, moins jaloux de faire autrement que bien dans la vue de faire mieux, ils n'eussent peut-être point donné aux peuples d'Athènes et de Rome l'affligeant spectacle d'une barbarie introduite par des esprits supérieurs, plus pénible cent fois pour les gens de goût que celle des vrais barbares, comme le sont, pour les gens de bien, des excès commis par des êtres nés pour la vertu. En tout cas, ils n'eussent pas manqué, par l'effet d'une critique ainsi rajeunie, de rendre hommage à l'étonnante supériorité de leurs illustres devanciers; car ce n'est pas un contre-sens d'avancer que la plus sûre manière d'honorer un Virgile et un Horace est d'observer le premier dans Ennius et le second dans Lucile. Eh! quelle haute idée ne doit-on pas se faire, confessons-le, de ces auteurs privilégiés vulgairement nommésclassiques, en voyant que parmi les hommes qui, depuis quatre mille ans, ont tenu le style ou la plume, comparables par le nombre aux grains de sable de la mer, à peine en est-il une centaine qui soient accomplis, et que cette petite colonie d'immortels, rassemblée à travers les âges et les distances, suffit pour vivifier, pour nourrir ou ranimer la civilisation du monde?Enfin, et c'est le dernier point de vue sous lequel j'envisagerai l'utilité des Analectes: ces recueils, s'ilsétaient composés avec art, liés par d'habiles transitions, établis, sans trop de lacune, selon l'ordre chronologique, retraceraient avec des couleurs vivantes la marche de l'esprit humain en littérature, laquelle n'est point celle de l'homme, d'abord enfant, puis adulte, puis viril, puis caduc, ainsi que le représente, par confusion, une comparaison banale, tant s'en faut qu'il s'en manque de peu qu'elle ne soit tout opposée; les peuples manifestant sur le champ, dans les lettres, une virilité généreuse, portée rapidement à son plus haut point, qui finit, il est vrai, par la faiblesse et par la mort; mais avec cette différence propre, qu'à leur dernier âge ces peuples déploient une agitation fiévreuse qui fait à quelques uns l'illusion d'une jeunesse pleine de sève et d'avenir: car les lettres, et généralement les beaux-arts, procèdent comme le sentiment moral, l'accompagnent, le côtoient pour ainsi dire, en reçoivent et lui communiquent perpétuellement des forces nouvelles, vivent et s'éteignent avec lui et comme lui. Il en est autrement des lois, lesquelles, produits de nécessités bien comprises, de calculs approfondis, d'intérêts multipliés, fruits de l'expérience et du temps, sont plutôt le remède à la défaillance des mœurs, que leurs compagnes et leur soutiens; en sorte que le bel âge de la législation rarement est celui des muses, et d'ordinaire lui succède. Ce sera, si l'on veut, des lois que nous dirons, qu'à l'instar des individus, elles passent lentement du premier âge à la décrépitude, en parcourant une période constante de progrès et de décadence; mais dès qu'un peuple éprouve de fortes émotions du cœur, et tant qu'il les éprouve, il n'y a pour lui ni enfance ni vieillesse, il est prêt pour la gloire littéraire: heureux! si, comme les Grecs, il se donne promptement, pour peindre ses sentimens et ses pensées, une langue harmonieuse, riche et régulière, ce que nous autres, enfans du Nord, n'avons obtenu qu'à la sueur du génie, après cinq cents ans d'efforts!Si donc il m'avait été donné de concevoir plus tôt, d'apercevoir mieux, de savoir davantage, le Recueil pour lequel j'invoque l'indulgence du public serait devenu, j'ose le dire, un tableau très vrai, très animé, de la littératurenationale, et par là même une intéressante partie de notre histoire. Les grands écrivains n'auraient point figuré dans ce tableau pour eux-mêmes. Ressortant d'autant plus qu'ils s'y seraient présentés simplement, à leur rang, avec leurs seuls noms, ils y auraient servi comme de points lumineux pour en éclairer l'ensemble. Je me serais bien gardé, après ce qui est arrivé à l'estimable abbé Goujet, de vouloir tout retracer et tout décrire; et, me bornant à saisir dans la foule les physionomies caractéristiques, j'aurais passé vivement au milieu de cette foule même, écartant de mon chemin beaucoup de gens qui, sans doute, ne se croyaient pas faits pour cette injure, à voir la peine qu'ils avaient prise à se parer. Circonscrit scrupuleusement, pour le coup, dans les limites de mon pays (car j'ai peu de foi aux universels), je ne m'y serais pas cru à l'étroit; loin de là que, si mon Recueil eût répondu à mon idée, ce magasin de choses délaissées eût offert, parmi ses misères, un échantillon des produits littéraires de tous les temps, avec cette circonstance précieuse, que l'œil eût sans peine distingué les procédés et la progression du travail. Mais surtout, puisque les mœurs et les lettres sont inséparables, il eût rendu visible, à ne pas s'y méprendre, l'action des premières sur les secondes, celles-ci ne s'y montrant plus que dépouillées de l'appareil du génie, dans ce costume commun,dans cet à tous les joursqui trahit la nature, ou plutôt qui la révèle. On sentira aisément, par des exemples, comment cela se peut faire. En effet, que l'historien ou l'orateur s'étudie à peindre à grands traits d'éloquence, depuis les Gaulois devenus Romains, jusqu'aux Français de nos jours, le penchant pour la tendresse et la volupté, principe de la galanterie, qui se mêle sur notre sol à l'ardeur de se produire, à l'impatience du joug, au besoin de triompher en tout genre, il en dira moins, dans son œuvre entière, qu'un extrait tout uni desArrêts d'amourde Martial d'Auvergne, faux arrêts rendus sur de fausses plaidoiries, et appuyés gravement par le jurisconsulte Benoît Court de toute l'artillerie desPandecteset duDigeste. C'est bien là, s'écrie-t-on en lisant ces arrêts plaisans, le même peuple romancier qui, avec un sentiment plein de charme et de naïveté,plus entêté d'amours encore que de combats, célébrait dans des chants épiques la reine Berthe, Blancheflore, la tendre Yseult, autant et plus que les héros qui l'affranchirent des Wandres et des Sarrasins, et lui conquirent le Saint Graal et le Saint-Sépulcre!D'un autre côté, en voyant nos épopées naissantes presque aussitôt tourner au familier, et, peu après, céder la place à des milliers de joyeux conteurs et de faiseurs de drames, satiriques ingénieux, ennemis sans fiel des ridicules, penseurs hardis et légers, un peu nus dans leurs jeux, et toujours entraînés gaîment vers les peintures érotiques, n'aperçoit-on pas d'abord cette influence des femmes, qui prévaut toujours dans le commerce libre des deux sexes? Grâce au ciel, cette liberté, si douce et si utile, ne fut nulle part mieux ni plus tôt naturalisée qu'en France: là donc, le sentiment et le rire devaient triompher à l'envi. Le rire principalement, le rire, élément indéfinissable de la société humaine et son produit tout ensemble, qui, suscité par ce qui est étrange ou singulier, vit du rapprochement des personnes, meurt dans leur isolement, et suppose, chez qui l'excite à dessein, une extrême finesse, devait à ces titres régner dans notre bienheureux pays. Aussi découvre-t-on, par la littérature de ce pays, qu'il en a fait son empire. Politique, morale, religion, le rire chez nous a tout pénétré, faisant, selon le temps, dominer la folie ou la raison; ainsi ce sera, les grelots à la main, que Théodore de Bèze attaquera l'unité de l'Eglise; que Béroalde, aussi bien que l'auteur duPantagruel, essaiera d'arracher à la superstition ses torches et ses couteaux; que le sombre Pascal lui-même rappellera des moines mondains à l'humilité, à l'austérité des mœurs évangéliques; et aussi que Montesquieu fraiera la voie aux profondes vérités dont sa tête forte est remplie; que Voltaire enchaînera la capricieuse vogue à son char de poète, d'historien et de philosophe; mais surtout que Molièreemportera le prix de son art, et La Fontaine le prix du sien, tous deux pour venir se ranger à la tête des poètes favoris de leur nation; et le même rire qui fera le mobile principal de nos premiers écrivains deviendra, par la même raison, celui des moindres,ou bien plus encore, parce que, ainsi que nous venons de le voir, la plèbe des auteurs est précisément l'espèce qui se moule le mieux sur les mœurs populaires.Plus on étendrait ce parallèle de nos mœurs et de nos écrits, plus on reconnaîtrait qu'un choix habile, fait parmi nos anciennes productions du second et du troisième ordre, devenues rares ou tombées dans l'oubli, eût fidèlement retracé la marche de la société française, et même pu jeter du jour sur le cours souvent caché des évènemens. Mais tant d'honneur ne m'était pas réservé. Sans doute, il ne faut rien chercher de pareil dans l'Analectabiblion; ce recueil se ressent de son origine fortuite. Je serais surpris qu'on n'y trouvât rien d'estimable; mais il aura rempli mon attente, s'il a le sort de tous ceux que j'ai cités. Il n'est suffisant dans aucune partie, je l'avoue; et même, entre les sujets rapportés, il en est plusieurs que d'autres du même genre, si je les avais eus sous la main, eussent avantageusement remplacés, soit sous le rapport de la rareté, soit sous celui de l'importance; toutefois, tel qu'il est, le choix et la variété n'y manquent pas. Le lecteur y passe en revue, selon l'ordre des temps, des chansons de gestes ou épopées gothiques, genre de poèmes qu'un de nos premiers philologues, M. Paulin Pâris, vient si heureusement de remettre en lumière et en honneur, des romans de chevalerie d'ancienne origine, des contes, des moralités, des farces de nos vieux trouvères, quelques uns de ces mystères qui ont précédé nos drames immortels, entre autres celui de tous à qui Clément Marot donnait la palme; des traités de morale, de philosophie, de politique, de métaphysique sous diverses formes et de différens âges, des écrits satiriques en prose et en vers, de l'histoire, des sermons, de la controverse, des dissertations, et jusqu'à des libelles; en un mot, beaucoup de choses qui sont l'objet de la littérature proprement dite.On ne doit point espérer, d'après cet énoncé, qu'une telle lecture n'offre rien de libre en morale, d'hétérodoxe en religion, de hardi en politique, rien qui blesse les oreilles des jeunes filles ou même de leurs mères, ni qui choque les croyances publiques et privées; un tel espoirserait trompé trop souvent, et la chose était inévitable, puisqu'il est question dans ce livre de Merlin Coccaïe, de l'Arétin, d'Hubert Languet et de Geoffroy Vallée; mais que cette liberté soit un mal ici, je ne le pense pas, au contraire; pourvu qu'une certaine mesure ait été gardée dans les exemples, et que le juste et l'honnête aient été respectés ou vengés dans la critique: or, c'est ce que j'ai eu constamment en vue; et c'est assez pour les personnes éclairées et sincères, les seules qu'il faille prendre pour juges, les seules à qui ce livre soit adressé[2].[1]Antoine Lancelot, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, né en 1675, a laissé, à la Bibliothèque royale, 528 porte-feuilles d'Analectes.Le Recueil manuscrit de M. de la Curne-Sainte-Palaye, remplit 40 vol. in fol., etc.[2]Cette préface était à peine achevée, lorsqu'en parcourant le tomeIVdesSouvenirs de Mirabeau, publié en 1834, par M. Lucas de Montigny, j'y trouvai les paroles suivantes, qui exposent si nettement l'idée et le plan de mon Recueil, qu'il m'a paru aussi heureux pour moi qu'indispensable de les transcrire. Mirabeau, dans une lettre du 14 février 1785, qu'il écrit à Vitry, s'exprime donc en ces termes:«Vous savez quel est le plan du Journal que je conçois, et qu'on ne veut pas comprendre. Il serait fait, sur l'idée, assez neuve, peut-être, et qui, selon moi, n'est pas sans utilité, de s'occuper des vieux livres, comme les journaux ordinaires s'occupent des nouveaux. Abréger et choisir est assurément, aujourd'hui, le besoin le plus urgent des sciences et des lettres. Conserver est d'une utilité moins prochaine, peut-être, ou plutôt moins abondante. Mais, cependant, à mesure que le goût de l'érudition passe, que la manie d'écrire devient plus contagieuse, que l'ardeur de publier, ou la nécessité de sacrifier au goût du jour, aux coryphées du temps, à la prétention d'être exempt de préjugés, ce qui n'est guère, au fond, que substituer des préjugés à des préjugés; à mesure, dis-je, que toutes ces maladies nous gagnent et s'aggravent, nous négligeons trop les efforts de nos devanciers, qui, quand il serait vrai que nous les surpassassions par le talent de mettre en œuvre, n'en devraient que mieux appeler nos regards, afin, du moins, de monter avec élégance ce qu'ils ont si lourdement enchâssé. Je dis donc que cet article rendra quelque chose, et j'invoque, à cet égard, vos recherches, nos philologues duXVIesiècle, nos savans duXVIIe, nos recueils, nos compilations de tous les temps, excepté de celui où l'on n'a plus fait de livres qu'avec des cartons bien ou mal cousus, et des tragédies qu'avec de vieux hémistiches.»
ANALECTABIBLION.
L'idée d'offrir au public un extrait raisonné de divers livres précieux par leur mérite ou leur rareté n'est pas nouvelle; elle remonte au patriarche Photius, qui fournit, dès le neuvième siècle, ainsi qu'on l'a dit justement, dans sa Bibliothèque analectique, intitulée:Myriobiblion, le germe de cette foule de journaux littéraires, dont nos temps modernes s'applaudissent avec raison. Le savant Grec n'est pas seulement ici inventeur; il est modèle par la précision de ses analyses, le choix de ses exemples, et la rectitude de son jugement. Deux cent quatre-vingts ouvrages, de cent soixante-cinq auteurs différens, sont rapportés dans son Recueil, dont il serait à désirer que la traduction française, annoncée depuis si long-temps, nous fût enfin donnée. Ces auteurs peuvent être rangés dans l'ordre suivant: cinquante-cinq théologiens, treize philologues, grammairiens ou lexicographes, trois poètes ou écrivains relatifs à la poésie, vingt-trois orateurs, vingt historiens sacrés, trente-deux historiens profanes, seize philosophes ou médecins, et cinq écrivains érotiques.
L'invention n'a pas été stérile. Sans compter les écrits périodiques, dont nous venons de parler, de nombreux et judicieux critiques se sont signalés, en ce genre, par d'utiles travaux, entre lesquels sedistinguent chez nous (pour ne citer que ceux dont les analectes sont imprimés[1]), les Bénédictins, La Croix-du Maine et son continuateur du Verdier, Sallengre dans de curieux mémoires que le père Desmolets a étendus, sur un autre plan, avec beaucoup de mérite aussi, David Clément dont le recueil alphabétique s'arrête malheureusement dès la lettre H, l'abbé Gouget dans sa docteBibliothèque française, encore qu'il ait, à la fin, succombé sous le faix d'une entreprise trop vaste, Le Clerc dans ses quatre-vingts volumesd'Extraits Critiques, bien qu'il n'ait pas toujours été heureux sous le rapport des sujets, à beaucoup près, le marquis de Paulmy, ou plutôt sous son nom, Constant d'Orville, qui eût toutefois gagné à porter, dans ses volumineux et confus mélanges, le savoir, le goût et la sagacité que M. Charles Nodier a mis dans les siens trop restreints, le Père Nicéron, Lelong et Fontette, Ancillon, l'Abbé d'Artigny, Thémiseuil, le faux Vigneuil-Marville, Sablier dans sesVariétésréellementsérieuses et amusantes, Formey dans leDucatiana, et avec lui plusieurs des nombreux compilateurs d'Ana, Dom Liron dans sesSingularitéset sesAménités, Dreux du Radier, Coupé dans sesSoirées littéraires, aussi agréables qu'instructives, et bien d'autres qu'il serait inutile de rappeler ici, puisque les bibliographes les ont inscrits sur leurs catalogues.
Tous ces noms sont dignes de souvenir. Sans doute la gloire ne leur est pas due; elle n'appartient, dans les lettres, qu'aux esprits qui, s'élançant d'eux-mêmes, nés pour l'action plutôt que pour la spéculation, sont, en quelque sorte, les seuls artisans de leur fortune; mais ce serait une grande erreur ou une grande injustice de dénier aux philologues la part notable qui leur revient dans les richesses intellectuelles de la France. Ils ont établi cette active communication des esprits qui, si elle n'assure pas le règne constant de la raison et du goût, rend du moins, il est permis de l'espèrer, l'erreurpassagère et les ténèbres impossibles. Le talent de résumer et d'apprécier les pensées d'autrui, le soin pénible de recherches qu'il exige, le discernement prompt et sûr qu'il suppose, tout cela n'est ni commun, ni méprisable, et rentre d'ailleurs dans le domaine de l'art, quand un style varié, avec une simplicité élégante, vient y joindre ses agrémens, ce qui s'est rencontré plus d'une fois.
Ce n'est pas à ce dernier titre que je publie ce nouveau recueil analectique; il se présente plus modestement, et des circonstances fortuites uniquement l'ont fait naître. Dans l'été de 1830, traversant Paris pour entreprendre un voyage qui fut court, mais qui pouvait être indéfini, je dis adieu à mes livres. En jetant de tristes regards sur une collection d'environ 7000 volumes que des amateurs et des libraires entendus ne trouvaient pas sans choix, et que j'avais mis vingt-six ans à former avec le secours de feu M. Barrois, de MM. Debure, Merlin, Labitte, Crozet et Téchener, je regrettai vivement de n'avoir point profité de la possession pour laisser, dans une analyse fidèle et raisonnée, quelques traces de ces trésors les plus rares, les moins connus ou les plus oubliés. De ces regrets au ferme propos de mettre la main à l'œuvre, si l'occasion se représentait, la marche était naturelle; l'occasion se représenta, et, dans le cours de quatre années, le présent recueil fut achevé sous le titre un peu ambitieux mais du moins très précis d'Analectabiblion.—Quand je disachevé, je me sers d'une expression hasardée, car de pareils livres communément ne le sont pas: fort heureux quand on leur trouve une sorte de commencement; ils n'ont d'ordinaire ni milieu, ni fin, et c'est, avec le défaut d'unité, défaut inévitable, les torts essentiels qu'on leur peut reprocher. Aussi ne doivent-ils guère prétendre aux honneurs d'une lecture avidement suivie, d'un succès général et brillant; c'est beaucoup, c'est assez que les gens studieux les estiment, qu'ils les consultent, le goût du public vient ensuite, s'il peut.
Quant à leur utilité, rien ne semble moins contestable, si ce n'est qu'on trouve indifférent de faire connaître l'esprit des neuf dixièmes des gens dont il est important de retracer le nom, la patrie, la naissance, la vie et la mort,ainsi que le font tous les dictionnaires historiques si curieusement recherchés; autrement qu'il est superflu de savoir ce que tels et tels ont écrit, pourvu qu'on sache qu'ils ont écrit; proposition difficile à soutenir.
Loin d'être inutiles, ces analectes sont à considérer sous plus d'une face, et le temps presse de les multiplier. Il n'y a point de péril pour les productions émises depuis cent ans, ni pour celles qui suivront; les journaux de toute forme y ont paré; de sorte que, désormais, au moyen de deux grandes tables faites de siècle en siècle sur ces journaux, l'une par ordre de matières, l'autre par ordre alphabétique avec renvois à la première, le registre des pensées des hommes sera au courant, et le bilan de l'esprit humain toujours connu, sans même que ce soit une grande affaire. En effet (pour n'opérer par supposition que sur une période de dix mille ans, avec des chiffres hypothétiques), soient donnés six mille journaux, formant chacun annuellement quatre volumes in-8o, que nos deux tables, bien dressées, et même avec un certain détail, peuvent aisément réduire au quatre-centième; avec seulement six cent mille volumes in-8ode ces tables, on aura l'aperçu de deux milliards quatre cent millions d'ouvrages différens, d'après le compte qu'en auront rendu deux cent quarante millions de volumes périodiques, à ne supposer que dix analyses dans chacun d'eux; mais l'opération n'est pas si commode avec le passé. A peine y a-t-il quatre siècles que nous possédons l'imprimerie, et cette grande découverte a déjà donné tant de livres typographiés, que la liste complète en serait impossible, attendu qu'il en a dû périr autant et plus qu'il n'en reste, comme on peut l'inférer, tant de la rareté de ceux qui ont seulement deux cent cinquante ans d'âge, toutes les fois qu'ils n'ont pas été réimprimés, que de l'oubli, qui détruit, dans tous les temps, la plus grande partie des méchans ouvrages, et aussi beaucoup de bons. Qui connaît aujourd'hui, même vaguement, les écrits des mille auteurs cités par le jésuite espagnol Pineda, dans saMonarchie ecclésiastique? ou la dixième partie des livres dont parle Vossius? Et, si nous regardons les manuscrits, c'est bien alors que l'imagination s'épouvante, que la raison se trouble par l'impuissance dans laquelle noussommes de retrouver tout ce qui est perdu, de compulser tout ce qui subsiste!
Cependant, je le répète, il y a plus d'un parti à tirer de la recherche prudente des écrits rares et anciens. Premièrement, mieux que les meilleurs raisonnemens, toujours plus ou moins conjecturaux et soumis aux chances de la polémique, elle peut, en donnant l'autorité du fait à la sentence connue,qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, garantir les esprits hardis ou fatigués de l'indiscrète poursuite des nouveautés. N'y a-t-il pas de quoi réfléchir à voir que tel bon mot ou tel conte, qui nous fait rire maintenant dans Paris, a probablement son histoire, et, qu'en suivant sa piste de siècle en siècle, et d'idiome en idiome, on le surprendrait faisant rire, il y a deux mille ans, un Arabe, et d'abord un Hébreu, et d'abord un Indien? C'est pourtant la généalogie qu'Hébers, translateur français sous notre roi Louis VIII, assigne au roman des sept sages, dit leDolopatos, tiré premièrement du latin de l'ancien moine Jean de Haute-Selve, lequel l'aurait tiré du grec, héritier des types de l'Orient. Ceci n'est que plaisant; mais voici du sérieux: chacun peut retrouver, dans le livre de Bernard Ochin, extrait dans ce recueil, la plupart des témérités métaphysiques dont le siècle dernier s'était follement épris; dans la république de Bodin, la plupart des raisonnemens politiques en circulation aujourd'hui; dans letraité des reliquesde Calvin, les traits d'ironie dont, il y a peu d'années encore, nous tirions gratuitement vanité; dans un rêve de Jean-Baptiste Gello, les plus solides pensées dont s'honorent chaque jour nos orateurs sacrés. Les témoignages en tout genre surabondent ici, et il ne s'agit pas simplement du fond des choses; à chaque instant les mêmes formes se représentent, avec de si frappantes ressemblances, dans leurs variétés mêmes, que ce n'est point une comparaison forcée de figurer le génie de l'homme, comme un grand arbre renouvelant sans cesse, et dépouillant son feuillage.
Rien dans cette figure ne doit arrêter l'émulation, ni décourager la culture des esprits. Au contraire, de même que, dans la nature inanimée, il apparaît que les produits supérieurs et les plus belles formes naissent difficilementet en petit nombre d'un travail intelligent et assidu; ainsi, dans l'empire souverain de la pensée, les titres véritables, ceux qui entraînent l'admiration de la postérité, sont exclusivement le prix d'efforts constans et bien dirigés; d'où il suit que la seule manière d'être en quelque sorte nouveau c'est d'exceller, parce qu'il n'y a que l'excellent qui ne soit pas commun.
Autre utilité des Analectes: ils enseignent, preuve en mains, que les plus pauvres écrits ne le sont presque jamais assez pour qu'on n'y trouve rien à recueillir; et cette découverte, capable d'éloigner des jugemens dédaigneux et d'une critique superbe, tourne en même temps au profit du goût, qu'elle forme d'autant plus qu'elle l'exerce davantage. Ce n'est pas une merveille d'être ravi jusqu'aux cieux par Homère et Milton, de s'attendrir avec Virgile ou Racine, de philosopher en riant avec Molière et Rabelais, de remonter aux sources du beau, avec Cicéron, Quintilien, Rollin, La Harpe et Villemain, de distinguer le jour où le soleil luit; il ne faut pour cela que se laisser aller à ses impressions naturelles, sans peine, sans étude, sous l'inspiration d'un instinct tout ordinaire; mais il n'en va pas de même à l'égard de ces auteurs bizarres ou incomplets, qui trébuchent à chaque pas, qui manquent le but ou le dépassent, chez qui une pensée juste s'égare parmi d'innombrables sophismes, un sentiment profond dans le faux esprit, une expression pittoresques entre des images basses ou forcées; là le juge le plus sûr est obligé de se tenir en garde, l'investigateur le plus résolu a besoin de constance et d'un tact très fin; mais là également il y a de grands profits à faire; car l'ombre ne sert pas seulement à faire ressortir la lumière, elle en est encore l'exacte mesure.
La recherche du beau, dans ces ruines ténébreuses, conduit encore à des résultats importans. Il arrive qu'en faisant apprécier avec exactitude les immenses difficultés de l'art, elle redouble, pour les grands maîtres qui les ont vaincues, cette estime profonde qui tend à s'affaiblir sitôt qu'on s'est familiarisé avec leurs perfections. Ou je m'abuse, ou ce n'était ni par défaut de génie philosophique,ni par manque de science que les Porphyre et les Jamblique se confondaient en divagations après les Pythagore, les Aristote et les Platon, qui éclairaient le monde même par leurs erreurs. Ce n'était pas davantage faute de génie poétique, d'esprit orné, de connaissance du latin d'Auguste, qu'Ausone, Sidoine Apollinaire et Fortunat enfantaient des poésies informes et ruinaient la belle langue latine; mais plutôt par une sorte de lassitude que partageaient leurs contemporains, lassitude venue d'un commerce trop habituel, trop uniforme avec les modèles, et qu'ils auraient pu prévenir, si, tournant leurs yeux en arrière, au lieu de dévorer l'espace ouvert devant eux, ils avaient laborieusement reconnu, dans les productions oubliées des temps passés, ces écarts audacieux, ces irrégularités singulières dont leur imagination trompée se formait d'avance une idée si heureuse. Moins novateurs alors, moins jaloux de faire autrement que bien dans la vue de faire mieux, ils n'eussent peut-être point donné aux peuples d'Athènes et de Rome l'affligeant spectacle d'une barbarie introduite par des esprits supérieurs, plus pénible cent fois pour les gens de goût que celle des vrais barbares, comme le sont, pour les gens de bien, des excès commis par des êtres nés pour la vertu. En tout cas, ils n'eussent pas manqué, par l'effet d'une critique ainsi rajeunie, de rendre hommage à l'étonnante supériorité de leurs illustres devanciers; car ce n'est pas un contre-sens d'avancer que la plus sûre manière d'honorer un Virgile et un Horace est d'observer le premier dans Ennius et le second dans Lucile. Eh! quelle haute idée ne doit-on pas se faire, confessons-le, de ces auteurs privilégiés vulgairement nommésclassiques, en voyant que parmi les hommes qui, depuis quatre mille ans, ont tenu le style ou la plume, comparables par le nombre aux grains de sable de la mer, à peine en est-il une centaine qui soient accomplis, et que cette petite colonie d'immortels, rassemblée à travers les âges et les distances, suffit pour vivifier, pour nourrir ou ranimer la civilisation du monde?
Enfin, et c'est le dernier point de vue sous lequel j'envisagerai l'utilité des Analectes: ces recueils, s'ilsétaient composés avec art, liés par d'habiles transitions, établis, sans trop de lacune, selon l'ordre chronologique, retraceraient avec des couleurs vivantes la marche de l'esprit humain en littérature, laquelle n'est point celle de l'homme, d'abord enfant, puis adulte, puis viril, puis caduc, ainsi que le représente, par confusion, une comparaison banale, tant s'en faut qu'il s'en manque de peu qu'elle ne soit tout opposée; les peuples manifestant sur le champ, dans les lettres, une virilité généreuse, portée rapidement à son plus haut point, qui finit, il est vrai, par la faiblesse et par la mort; mais avec cette différence propre, qu'à leur dernier âge ces peuples déploient une agitation fiévreuse qui fait à quelques uns l'illusion d'une jeunesse pleine de sève et d'avenir: car les lettres, et généralement les beaux-arts, procèdent comme le sentiment moral, l'accompagnent, le côtoient pour ainsi dire, en reçoivent et lui communiquent perpétuellement des forces nouvelles, vivent et s'éteignent avec lui et comme lui. Il en est autrement des lois, lesquelles, produits de nécessités bien comprises, de calculs approfondis, d'intérêts multipliés, fruits de l'expérience et du temps, sont plutôt le remède à la défaillance des mœurs, que leurs compagnes et leur soutiens; en sorte que le bel âge de la législation rarement est celui des muses, et d'ordinaire lui succède. Ce sera, si l'on veut, des lois que nous dirons, qu'à l'instar des individus, elles passent lentement du premier âge à la décrépitude, en parcourant une période constante de progrès et de décadence; mais dès qu'un peuple éprouve de fortes émotions du cœur, et tant qu'il les éprouve, il n'y a pour lui ni enfance ni vieillesse, il est prêt pour la gloire littéraire: heureux! si, comme les Grecs, il se donne promptement, pour peindre ses sentimens et ses pensées, une langue harmonieuse, riche et régulière, ce que nous autres, enfans du Nord, n'avons obtenu qu'à la sueur du génie, après cinq cents ans d'efforts!
Si donc il m'avait été donné de concevoir plus tôt, d'apercevoir mieux, de savoir davantage, le Recueil pour lequel j'invoque l'indulgence du public serait devenu, j'ose le dire, un tableau très vrai, très animé, de la littératurenationale, et par là même une intéressante partie de notre histoire. Les grands écrivains n'auraient point figuré dans ce tableau pour eux-mêmes. Ressortant d'autant plus qu'ils s'y seraient présentés simplement, à leur rang, avec leurs seuls noms, ils y auraient servi comme de points lumineux pour en éclairer l'ensemble. Je me serais bien gardé, après ce qui est arrivé à l'estimable abbé Goujet, de vouloir tout retracer et tout décrire; et, me bornant à saisir dans la foule les physionomies caractéristiques, j'aurais passé vivement au milieu de cette foule même, écartant de mon chemin beaucoup de gens qui, sans doute, ne se croyaient pas faits pour cette injure, à voir la peine qu'ils avaient prise à se parer. Circonscrit scrupuleusement, pour le coup, dans les limites de mon pays (car j'ai peu de foi aux universels), je ne m'y serais pas cru à l'étroit; loin de là que, si mon Recueil eût répondu à mon idée, ce magasin de choses délaissées eût offert, parmi ses misères, un échantillon des produits littéraires de tous les temps, avec cette circonstance précieuse, que l'œil eût sans peine distingué les procédés et la progression du travail. Mais surtout, puisque les mœurs et les lettres sont inséparables, il eût rendu visible, à ne pas s'y méprendre, l'action des premières sur les secondes, celles-ci ne s'y montrant plus que dépouillées de l'appareil du génie, dans ce costume commun,dans cet à tous les joursqui trahit la nature, ou plutôt qui la révèle. On sentira aisément, par des exemples, comment cela se peut faire. En effet, que l'historien ou l'orateur s'étudie à peindre à grands traits d'éloquence, depuis les Gaulois devenus Romains, jusqu'aux Français de nos jours, le penchant pour la tendresse et la volupté, principe de la galanterie, qui se mêle sur notre sol à l'ardeur de se produire, à l'impatience du joug, au besoin de triompher en tout genre, il en dira moins, dans son œuvre entière, qu'un extrait tout uni desArrêts d'amourde Martial d'Auvergne, faux arrêts rendus sur de fausses plaidoiries, et appuyés gravement par le jurisconsulte Benoît Court de toute l'artillerie desPandecteset duDigeste. C'est bien là, s'écrie-t-on en lisant ces arrêts plaisans, le même peuple romancier qui, avec un sentiment plein de charme et de naïveté,plus entêté d'amours encore que de combats, célébrait dans des chants épiques la reine Berthe, Blancheflore, la tendre Yseult, autant et plus que les héros qui l'affranchirent des Wandres et des Sarrasins, et lui conquirent le Saint Graal et le Saint-Sépulcre!
D'un autre côté, en voyant nos épopées naissantes presque aussitôt tourner au familier, et, peu après, céder la place à des milliers de joyeux conteurs et de faiseurs de drames, satiriques ingénieux, ennemis sans fiel des ridicules, penseurs hardis et légers, un peu nus dans leurs jeux, et toujours entraînés gaîment vers les peintures érotiques, n'aperçoit-on pas d'abord cette influence des femmes, qui prévaut toujours dans le commerce libre des deux sexes? Grâce au ciel, cette liberté, si douce et si utile, ne fut nulle part mieux ni plus tôt naturalisée qu'en France: là donc, le sentiment et le rire devaient triompher à l'envi. Le rire principalement, le rire, élément indéfinissable de la société humaine et son produit tout ensemble, qui, suscité par ce qui est étrange ou singulier, vit du rapprochement des personnes, meurt dans leur isolement, et suppose, chez qui l'excite à dessein, une extrême finesse, devait à ces titres régner dans notre bienheureux pays. Aussi découvre-t-on, par la littérature de ce pays, qu'il en a fait son empire. Politique, morale, religion, le rire chez nous a tout pénétré, faisant, selon le temps, dominer la folie ou la raison; ainsi ce sera, les grelots à la main, que Théodore de Bèze attaquera l'unité de l'Eglise; que Béroalde, aussi bien que l'auteur duPantagruel, essaiera d'arracher à la superstition ses torches et ses couteaux; que le sombre Pascal lui-même rappellera des moines mondains à l'humilité, à l'austérité des mœurs évangéliques; et aussi que Montesquieu fraiera la voie aux profondes vérités dont sa tête forte est remplie; que Voltaire enchaînera la capricieuse vogue à son char de poète, d'historien et de philosophe; mais surtout que Molièreemportera le prix de son art, et La Fontaine le prix du sien, tous deux pour venir se ranger à la tête des poètes favoris de leur nation; et le même rire qui fera le mobile principal de nos premiers écrivains deviendra, par la même raison, celui des moindres,ou bien plus encore, parce que, ainsi que nous venons de le voir, la plèbe des auteurs est précisément l'espèce qui se moule le mieux sur les mœurs populaires.
Plus on étendrait ce parallèle de nos mœurs et de nos écrits, plus on reconnaîtrait qu'un choix habile, fait parmi nos anciennes productions du second et du troisième ordre, devenues rares ou tombées dans l'oubli, eût fidèlement retracé la marche de la société française, et même pu jeter du jour sur le cours souvent caché des évènemens. Mais tant d'honneur ne m'était pas réservé. Sans doute, il ne faut rien chercher de pareil dans l'Analectabiblion; ce recueil se ressent de son origine fortuite. Je serais surpris qu'on n'y trouvât rien d'estimable; mais il aura rempli mon attente, s'il a le sort de tous ceux que j'ai cités. Il n'est suffisant dans aucune partie, je l'avoue; et même, entre les sujets rapportés, il en est plusieurs que d'autres du même genre, si je les avais eus sous la main, eussent avantageusement remplacés, soit sous le rapport de la rareté, soit sous celui de l'importance; toutefois, tel qu'il est, le choix et la variété n'y manquent pas. Le lecteur y passe en revue, selon l'ordre des temps, des chansons de gestes ou épopées gothiques, genre de poèmes qu'un de nos premiers philologues, M. Paulin Pâris, vient si heureusement de remettre en lumière et en honneur, des romans de chevalerie d'ancienne origine, des contes, des moralités, des farces de nos vieux trouvères, quelques uns de ces mystères qui ont précédé nos drames immortels, entre autres celui de tous à qui Clément Marot donnait la palme; des traités de morale, de philosophie, de politique, de métaphysique sous diverses formes et de différens âges, des écrits satiriques en prose et en vers, de l'histoire, des sermons, de la controverse, des dissertations, et jusqu'à des libelles; en un mot, beaucoup de choses qui sont l'objet de la littérature proprement dite.
On ne doit point espérer, d'après cet énoncé, qu'une telle lecture n'offre rien de libre en morale, d'hétérodoxe en religion, de hardi en politique, rien qui blesse les oreilles des jeunes filles ou même de leurs mères, ni qui choque les croyances publiques et privées; un tel espoirserait trompé trop souvent, et la chose était inévitable, puisqu'il est question dans ce livre de Merlin Coccaïe, de l'Arétin, d'Hubert Languet et de Geoffroy Vallée; mais que cette liberté soit un mal ici, je ne le pense pas, au contraire; pourvu qu'une certaine mesure ait été gardée dans les exemples, et que le juste et l'honnête aient été respectés ou vengés dans la critique: or, c'est ce que j'ai eu constamment en vue; et c'est assez pour les personnes éclairées et sincères, les seules qu'il faille prendre pour juges, les seules à qui ce livre soit adressé[2].
[1]Antoine Lancelot, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, né en 1675, a laissé, à la Bibliothèque royale, 528 porte-feuilles d'Analectes.Le Recueil manuscrit de M. de la Curne-Sainte-Palaye, remplit 40 vol. in fol., etc.[2]Cette préface était à peine achevée, lorsqu'en parcourant le tomeIVdesSouvenirs de Mirabeau, publié en 1834, par M. Lucas de Montigny, j'y trouvai les paroles suivantes, qui exposent si nettement l'idée et le plan de mon Recueil, qu'il m'a paru aussi heureux pour moi qu'indispensable de les transcrire. Mirabeau, dans une lettre du 14 février 1785, qu'il écrit à Vitry, s'exprime donc en ces termes:«Vous savez quel est le plan du Journal que je conçois, et qu'on ne veut pas comprendre. Il serait fait, sur l'idée, assez neuve, peut-être, et qui, selon moi, n'est pas sans utilité, de s'occuper des vieux livres, comme les journaux ordinaires s'occupent des nouveaux. Abréger et choisir est assurément, aujourd'hui, le besoin le plus urgent des sciences et des lettres. Conserver est d'une utilité moins prochaine, peut-être, ou plutôt moins abondante. Mais, cependant, à mesure que le goût de l'érudition passe, que la manie d'écrire devient plus contagieuse, que l'ardeur de publier, ou la nécessité de sacrifier au goût du jour, aux coryphées du temps, à la prétention d'être exempt de préjugés, ce qui n'est guère, au fond, que substituer des préjugés à des préjugés; à mesure, dis-je, que toutes ces maladies nous gagnent et s'aggravent, nous négligeons trop les efforts de nos devanciers, qui, quand il serait vrai que nous les surpassassions par le talent de mettre en œuvre, n'en devraient que mieux appeler nos regards, afin, du moins, de monter avec élégance ce qu'ils ont si lourdement enchâssé. Je dis donc que cet article rendra quelque chose, et j'invoque, à cet égard, vos recherches, nos philologues duXVIesiècle, nos savans duXVIIe, nos recueils, nos compilations de tous les temps, excepté de celui où l'on n'a plus fait de livres qu'avec des cartons bien ou mal cousus, et des tragédies qu'avec de vieux hémistiches.»
[1]Antoine Lancelot, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, né en 1675, a laissé, à la Bibliothèque royale, 528 porte-feuilles d'Analectes.
Le Recueil manuscrit de M. de la Curne-Sainte-Palaye, remplit 40 vol. in fol., etc.
[2]Cette préface était à peine achevée, lorsqu'en parcourant le tomeIVdesSouvenirs de Mirabeau, publié en 1834, par M. Lucas de Montigny, j'y trouvai les paroles suivantes, qui exposent si nettement l'idée et le plan de mon Recueil, qu'il m'a paru aussi heureux pour moi qu'indispensable de les transcrire. Mirabeau, dans une lettre du 14 février 1785, qu'il écrit à Vitry, s'exprime donc en ces termes:
«Vous savez quel est le plan du Journal que je conçois, et qu'on ne veut pas comprendre. Il serait fait, sur l'idée, assez neuve, peut-être, et qui, selon moi, n'est pas sans utilité, de s'occuper des vieux livres, comme les journaux ordinaires s'occupent des nouveaux. Abréger et choisir est assurément, aujourd'hui, le besoin le plus urgent des sciences et des lettres. Conserver est d'une utilité moins prochaine, peut-être, ou plutôt moins abondante. Mais, cependant, à mesure que le goût de l'érudition passe, que la manie d'écrire devient plus contagieuse, que l'ardeur de publier, ou la nécessité de sacrifier au goût du jour, aux coryphées du temps, à la prétention d'être exempt de préjugés, ce qui n'est guère, au fond, que substituer des préjugés à des préjugés; à mesure, dis-je, que toutes ces maladies nous gagnent et s'aggravent, nous négligeons trop les efforts de nos devanciers, qui, quand il serait vrai que nous les surpassassions par le talent de mettre en œuvre, n'en devraient que mieux appeler nos regards, afin, du moins, de monter avec élégance ce qu'ils ont si lourdement enchâssé. Je dis donc que cet article rendra quelque chose, et j'invoque, à cet égard, vos recherches, nos philologues duXVIesiècle, nos savans duXVIIe, nos recueils, nos compilations de tous les temps, excepté de celui où l'on n'a plus fait de livres qu'avec des cartons bien ou mal cousus, et des tragédies qu'avec de vieux hémistiches.»
ANALECTABIBLION.SUR LES PREMIERS TRAVAUX DE L'IMPRIMERIE.Les amateurs de l'imprimerie ont encore à demander un historien, après l'estimable travail de Prosper Marchand, étendu par le docte abbé Mercier de Saint-Léger[3], après lesOrigines typographiquesde Meerman[4], lesAnnales typographiquesde Maittaire, continuées, ou plutôt corrigées par Denys[5], celles de Panzer[6], et les nombreuses annales particulières aux divers pays; tous ouvrages précieux et savans, sur lesquels on devra baser désormais tout travail de ce genre, mais qui laissent beaucoup à désirer, soit pour la forme, soit pour le fond; c'est à dire pour présenter soit un ensemble clair et agréable, soit un tout homogène et complet jusqu'à notre siècle dix-neuvième, époque où l'imprimerie semble avoir atteint, principalement à Londres et à Paris, le plus haut degré de perfection possible. Peut-être un jour nouveau, répandu sur la naissance de ce bel art, en fera-t-il découvrir avec certitude et précision l'inventeur premier et le premier monument, aujourd'hui encore sujets de doute et de controverse; car les origines de la presse, quoique si rapprochées de nous, n'ont pas entièrement échappé à la destinée ordinaire de toutes les origines. Est-ce à Laurent Coster de Harlem que l'humanité doit en Europe (de l'an 1420 à l'an 1446), l'heureux secret déjà découvert par les Chinois, de multiplier, en les perpétuant, les signes de la pensée? Est-ce à Mentel de Strasbourg? une rumeur savante indique obscurément, à ce propos, une certaineVie de saint Jean l'Évangéliste, un certainMiroir du salut, unArt de mourir, desSermons de Léonardd'Udine, imprimés sans date et en latin avant les monumens de la presse mayençaise; mais ici personne ne s'accorde, ni sur les temps, ni sur les lieux, ni sur les personnes. Est-ce le gentilhomme mayençais Jean de Gensfleisch, dit Guttemberg, né en 1400, qui, vers 1450, imprima le premier? Est-ce à Strasbourg qu'il fit son premier essai? Cet essai fut-il je ne sais quel almanach dont la date est incertaine? ou plutôt Guttemberg ne travailla-t-il pas d'abord à Mayence, par suite d'une association fondée entre 1450 et 1455, avec Jean Fust ou Faust, citoyen de cette ville; et le fruit originaire de cette Société, rompue en 1455, ne fut-il pas la Bible latine, in-folio de 637 feuillets à 42 lignes, sans date? Alors le fameux Psautier de 1457, qui tient le premier rang parmi nos imprimés connus avec certitude, perdrait à beau jeu sa qualité d'aîné. Quelle part faut-il donner, dans l'invention, au gentilhomme? quelle à son associé Bourgeois? quelle à cet ingénieux Schoëffer, gendre de l'associé Jean Faust, qui marqua d'un sceau et d'un chiffre impérissables les premières impressions datées? Et observons ici que le nom de Guttemberg ne figure sur aucun livre; que les noms réunis de Faust et de Schoëffer ne se voient point avant 1457, point après 1470, et que le nom de Schoëffer, isolé, disparaît après 1492.Nous ne sommes pas appelés à résoudre ces difficiles questions; il nous suffit de résumer les opinions reçues, en choisissant les mieux fondées.Il est donc à croire que Guttemberg, vers 1446, dans un temps où la gravure se répandait, y puisa, le premier, l'idée génératrice d'appliquer, à des écrits de longue haleine, les procédés employés à reproduire les quatrains et distiques placés en dessous des gravures sur bois. Il ne fallut, pour cela, que de plus grandes planches et plus de patience. Accordons que Faust, vers 1451, jugea plus solide et plus net l'emploi de matrices métalliques fondues. Cependant tout cela ne conduisait encore qu'à un grossier et lent stéréotypage. Enfin, vers 1456, Schoëffer imagina les poinçons ou caractères mobiles, et la face de notre globe dut changer. C'est ainsi que, plusieurs mille ans auparavant, un génie céleste avait trouvé les signes vocaux simples dont se compose l'alphabet, et, par là, dans l'avenir, substitué des langues nouvelles d'une portée incommensurable au langage étroit des symboles et des caractères composés.L'imprimerie, une fois découverte, s'enrichit, se polit tout d'un coup singulièrement. Que dire des signatures, des réclames, des titres détachés, de la ponctuation, des majuscules, des souscriptions,de la pagination, des chiffres, améliorations diverses qui toutes ont leur importance et leur histoire? Ce n'est pas ici le lieu d'en parler avec détail; mais, honneur, gloire et reconnaissance, mille fois, au paisible triumvirat qui, pour toujours, établit, entre les intelligences, des voies rapides et sûres, d'une extrémité de la terre à l'autre! L'erreur, sans doute, y voyage autant et plus que la vérité; toutefois, la première, qui court en ravageant, y doit laisser moins de traces, à la longue, que la seconde, qui marche à journées comptées, et se retranche à chaque repos. Que les ames religieuses se rassurent! le Dieu de l'univers n'y perdra rien, puisqu'il est le premier besoin de l'homme, et la vérité même. C'est ce que figure cette formule finale des inventeurs, prophétique dans sa naïveté:Ad Eusebiam Dei consummatum.Arrêtons donc, sans scrupule, un instant nos regards sur les premiers bienfaits de la presse.1oet 2o. En 1457, nous voyons publier à Mayence, par les deux principaux inventeurs, lePsalmorum codex, déjà cité, et peut-être aussi, à Cologne, chez Quentel, leDonatus, ou le livre de Donat, sur l'instruction grammaticale. Nous disonspeut-être, parce que, suivant Maittaire, on a bien pu omettre un C dans la dateM.CCCC.LVII, auquel cas le livre serait postérieur d'un siècle, ce qui serait un grand déshonneur pour lui. Poursuivons.3oet 4o. En 1459, à Mayence, par les mêmes inventeurs, Faust et Schoëffer, leRationalis divinorum officiorum Gulielmi Durandi codex, et lePsalterium Davidicum, le second des innombrables psautiers.5oet 6o. En 1460, à Mayence toujours, et toujours par les inventeurs, leCatholiconet leClementis papæ quinti constitutionum codex. Notez que leCatholiconne porte pas de nom d'imprimeur.7o. En 1461, à Venise, par Nicolas Jenson,le Decor Puellarum, oula Beauté des jeunes Filles; bien entendu qu'il s'agit ici de la beauté morale. L'imprimerie, qui devait, plus tard, s'émanciper cruellement, fut d'abord toute grave et toute chaste. Au surplus, la date de ce livre n'est rien moins que garantie. Plus probablement, elle doit être rapportée à l'année 1471, temps où Jenson fleurissait à Venise. Ce Jenson était Français d'origine. Pourquoi a-t-il laissé à des étrangers l'honneur d'introduire son art dans sa patrie?8oet 9o. En 1462, à Mayence, à peu près dans le même temps quelesSermones Gabriel Biel, la célèbreBiblia latina, si belle et si chère. C'est la seconde Bible, ou la première, en ne comptant pas la Bible à 42 lignes, sans date. Aujourd'hui circulent plusieurs milliers d'éditions différentes de ce livre des livres.10o. En 1464,Biblia latina, par Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburger. C'est la troisième Bible.11o, 12oet 13o. En 1465, année plantureuse pour la presse, trois ouvrages précieux: 1oLactantii institutiones, imprimées sans nom d'imprimeur, dans le monastère deSubbiaco, états romains; 2oSexti decretalium, Bonifacii VIII libri opus preclarum, à Mayence, par Jean Faust et Schoëffer. Nous possédons un magnifique exemplaire de ce livre, sur membrane, contenant 137 feuillets. Maittaire ne connaît, de cet ouvrage, aucun exemplaire sur peau vélin, hormis dans l'édition de 1473, qui est la cinquième. Il faut avoir senti la volupté de posséder un livre que Maittaire n'a pas connu pour la bien apprécier: l'amant le plus heureux en serait jaloux[7]; 3o, à Mayence,Ciceronis officia et paradoxa.C'est le premier livre classique imprimé. Un tel hommage revenait à Cicéron.14oet 15o. En 1466, à Augsbourg,Biblia latina, par Jean Bemler, etGrammatica rhythmica.En 1467, la presse met au jour plus de vingt ouvrages différens. Aussi les livres de cette date, quoique très rares et d'un haut prix, comme la plupart de ceux qui sont antérieurs à 1500, n'ont-ils pas, dans l'opinion des curieux, le mérite de rareté première, que réunissent presqu'au même degré, entre eux, les quinze imprimés que nous venons de citer. Il faut remarquer qu'alors toutes les impressions sont latines. Cependant on voit, dès 1467, une Bible allemande. Seconde remarque: la théologie occupe la presse, pour ainsi dire exclusivement, à l'exception de Cicéron, dont elle reproduit les Épîtres familières, après lesOfficeset lesParadoxes. Troisième remarque: le format employé n'est guère que l'in-folio, qui exigeait le moins de complication dans les procédés. Bientôt on va plier la feuille en deux, puis en quatre; plus tard on la pliera en six, en huit, en seize, et même en trente-deux; et alors on obtiendra, par l'in-64, un jouet d'enfant dans un prodige de l'art. Quatrième remarque: l'imprimerie européenne, en 1467,n'a point encore voyagé visiblement au delà des bords du Rhin.1468-70. L'émigration des imprimeurs commence. L'Europe appelle de tout côté les Allemands habiles dans la pratique du nouvel art, de l'art magique. Paitoni, l'historien de l'imprimerie vénitienne, nous apprend que Jean de Spire, en 1469, ouvrit, dans la ville de Venise, la noble carrière que les Alde Manuce devaient tant illustrer après Nicolas Jenson. Rome, dès la fin de l'année 1467, s'enorgueillit de son premier imprimeur, Arnoldus Pannartz. Suivant Middleton l'annaliste de la presse anglaise, l'année 1468 dote la cité d'Oxford des travaux de l'imprimeur Frédéric Corsellis. Paris, plus tardif et plus rebelle aux innovations, ne laisse pas, en 1470, sous le plus soupçonneux de nos rois, de recevoir l'imprimerie des mains d'Ulric Gering, dont nous parlerons plus tard, non pas seulement comme d'un habile et savant imprimeur, mais aussi comme d'un excellent homme et d'un bienfaiteur de notre jeunesse studieuse. Chose notable, c'est un docteur de Sorbonne, le professeur Fichet, qui nous fait ce beau présent, plus précieux, sans doute, que les trois livres de sa Rhétorique latine, le second ouvrage qui ait été imprimé en France. Il faut lire ces détails dans l'Histoire de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, par André Chevillier[8]. A cette même époque de 1470, commencent à paraître les classiques grecs, mais seulement dans des traductions latines; les savans de Byzance, réfugiés trop nouvellement en Italie, n'avaient pas eu le temps encore de familiariser la presse avec les caractères grecs, ainsi qu'il ne tardèrent pas à le faire dans Milan. Plutarque et Strabon ont les honneurs de ces publications translatées.1473. Cette année nous présente, mais toujours en latin, Polybe, Diodore de Sicile, Aristote et d'autres Grecs immortels. Alors les imprimés font irruption par toute l'Europe.1474. Dans cette année, Paris reçoit son premier livre imprimé en français[9], si Maittaire en est cru. Le choix n'est pas heureux,malgré le titre de l'ouvrage: c'est l'Aiguillon de l'Amour divin, in-4. L'imprimeur est Pierre Caron. L'Italie avait été mieux inspirée; car elle possédait, dès lors, dans sa mélodieuse langue vulgaire, Pétrarque, Dante et Boccace. Il y avait aussi déjà plusieurs livres imprimés en castillan. La presse anglaise ne paraît avoir débuté en anglais que de 1475 à 80, par l'Histoire du chevalier Jason[10].1475. Jusqu'ici toutes les impressions sont en lettres rondes, fort lisibles, en dépit de trop nombreuses abréviations, et, de plus, très correctes. En 1475 ou même un peu plus tôt, Venise produit les caractères gothiques, comme pour rappeler l'origine germaine de la presse. C'est surtout dans leValère Maximequ'on voit cette nouveauté barbare, due à Nicolas Jenson, si célèbre, d'ailleurs, par son beauCésarde 1472; et l'incorrection suit bientôt cette barbarie.1479. Nouveau livre imprimé en français; c'est leMirouer historial, traduit duSpeculum historialede Vincent de Beauvais. Nous le devons aux presses du célèbre Barthélemy Büyer, imprimeur à Lyon, le même qui avait imprimé, en 1476, la vie de Jésus-Christ.1480-88. Enfin paraît, à Milan, le premier livre en grec, sous les auspices et par les soins d'Antoine Zarot, qui établit une imprimerie dans cette ville, dès l'année 1470. Voici le titre de l'ouvrage:Compendium octo orationis partium et aliorum quorumdam necessariorum, editum a Constantino Lascari Byzantino, græcè et latinè, in-4,M.CCCC.LXXX. Ainsi payait noblement à l'Italie l'hospitalité qu'il en avait reçue, ce grand et malheureux Constantin Lascaris, sur la destinée duquel le plus pur de nos écrivains contemporains a dernièrement jeté tant d'intérêt et d'éclat. Vicence imitera dans peu Milan, et, dans l'année 1483, donnera au monde savant, par les mains de Denis Bertochus de Bologne, le premier lexique grec-latin connu. Mais ce ne sera qu'en 1488, à Florence, que deux éditeurs illustres, Démétrius de Chalcondyle et Démétrius de Crète, feront sortir de l'obscurité des manuscrits, par les presses de Bernard et Nerius Nerli, le prince des poètes, l'Homère grec. Une particularité curieusese rattache à cette édition mémorable: en 1804, à la vente des livres de M. de Cotte, deux bibliophiles fameux, MM. Naigeon et Caillard, se disputèrent un exemplaire broché de l'Homère princeps. Il fut adjugé au dernier pour 3,600 liv. La Bibliothèque royale en possède un sur membrane. L'exemplaire de M. de Cotte n'était que sur papier.1495. Terminons cet aperçu général à l'année 1495, qui vit, à Venise, les premiers essais d'Alde Manuce, dans le poème attribué à Musée, sur Héro et Léandre, et hâtons-nous de rendre un juste hommage à l'imprimerie parisienne, en rapportant, d'après Maittaire, et d'après les monumens modernes, les principaux noms qui l'ont illustrée.PRINCIPAUX IMPRIMEURS PARISIENS.1o.Ulric Gering.1470-1510. Ce digne et savant artiste, élève, à ce qu'on croit, d'Elye, chanoine de Munster, au canton de Lucerne, fut appelé à Paris par Lapierre, prieur, et Fichet, docteur de Sorbonne, ce dernier recteur de l'Université de Paris. Il consacra ses premiers travaux à l'impression desLettres latinesde Gasparin Barzizius de Pergame, et dela Rhétorique latinede Fichet, et se fit connaître par des caractères de forme ronde, fort beaux et fort nets. Son talent d'imprimeur n'était, au surplus, que son moindre mérite. Il avait une ame grande et généreuse. Il releva le bâtiment de la bibliothèque de Sorbonne à ses frais, en reconnaissance de quoi la société lui donna, en 1493, le droit d'hospitalité perpétuelle, dont il n'usa pas. Il mourut à Paris, rue Saint-Jacques, le 23 août 1510, après avoir fait un testament, rapporté dans Maittaire, où il dispose de fortes sommes en faveur des Sorbonnistes, à la charge par eux d'entretenir gratuitement un certain nombre d'écoliers à l'Université de Paris.2o.Pierre CaronouLe Caron.1474. Ce fut lui qui imprima l'Aiguillon de l'Amour divin, que Maittaire croit être le premier livre imprimé en français. On voit un Guillaume Caron, probablement de la même famille, figurer, de 1481 à 1491, parmi les imprimeurs de Paris. Remarquons, au sujet de la traduction du livre deSaint Bonaventure, citée ici, que M. Brunet y a vu la date de 1494. Nous nous en rapportons, pour ces détails, à ce qui en est.3o.Pascal Bonhomme.1476. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris, de 1486 à 1489. Pascal ou Pasquier Bonhommeest surtout fameux par son édition desGrandes Chroniques de France, ditesles Chroniques de Saint-Denis. (Voir, à ce sujet, lanote 9.)4o.Antoine Vérard.1480-1517. C'est le prince des imprimeurs en gothique française. Les éditions qu'il a données sont aujourd'hui toutes d'un grand prix. Quelques uns ont prétendu qu'Antoine Vérard ne fut qu'un libraire faisant imprimer; mais qu'est-ce que quelques uns n'ont pas prétendu? Encore une occasion de s'en rapporter, dans le doute, à ce qui en est.5o.Jehan du Pré,Jehan Belin.1481-93.6o.François Regnault.1481-1500-1539. Il imprimait en fort beau gothique. Nous avons de lui un exemplaire duConfessionale Anthonini, pet. in-12 à deux colonnes et 255 feuillets, plus 5 feuillets de table.Paris, 1510, avec frontispice gravé, figurant le chiffre de l'imprimeur, supporté par un berger et une bergère, avec cette légende:En Dieu est mon espérance.7o.Denys Janot.1484-1539. Nom célèbre dans les annales de la presse parisienne, plus par la multiplicité de ses titres que par leur supériorité. Denys Janot imprimait ordinairement en gothique. On a de lui plusieurs romans de chevalerie, tels que leMéliadus de Leonnoys, in-fol. de 1532; et, en société avec Alain Lotrian, le livre deSydrah le grand philosophe, Fontaine de toutes sciences, in-4, à l'enseigne de l'Ecu de France. Une de ses meilleures productions est en lettres rondes, in-8, 1539; c'est la traduction française desTriumphes petrarcques.8o.Wolfgand Hopyl.1489-98.9o.Philippe Pigouchet.1484-1512. Homme de grand talent. Un des chefs-d'œuvre de son officine est le livre de Jehan Meschinot, intitulé:les Lunettes des Princes, in-8, gothique, 1499, avec son nom, et son chiffre au frontispice, représentant Adam et Ève.10o.Godefroy Marnef.1491-98. Encore un nom typographique notable, porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marnef imprimeur en 1517; un Jehan de Marnef, en 1524; et une Jeanne de Marnef, en 1546, rue Neuve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint Jean-Baptiste. Cette dernière imprimales Trois nouvelles Déesses, Pallas, Juno, et Vénus, poème courtisanesque de François Habert, dit le poète de Berry.Sa devise est:Nul ne s'y frotte, devise qui convient également aux anciennes et aux nouvelles déesses.11o.Jehan Trepperel.1494-98. Nous possédons, de cet habile imprimeur, un poème anonyme, intitulé:le Renoncement d'Amours, très nettement imprimé en gothique, avec figures sur bois, in-8. L'ouvrage est terminé par le chiffre de Jehan Trepperel, supporté par deux lions, surmonté de l'écu de France. Le même a donné, entre autres beaux ouvrages,les deux Testamens de Villon, in-8, gothique. 8 juillet 1497.12o.Jehan Petit.1498-1539. Il doit y avoir eu ici succession de personnes sous les mêmes noms et prénoms.13o.Simon Vostre.1500. Imprimeur estimé; d'abord libraire seulement. Il travaillait dans le même temps que Nicolas Wolf et Nicolas de la Barre. M. Brunet, qui est ici de grande autorité, a mis en doute que Simon Vostre ait été autre chose que libraire faisant imprimer. On pourrait écrire des volumes de controverse sur des questions de cette nature sans les résoudre complètement. Or l'esprit humain a besoin d'une pâture. Pour la science des petits faits, il faut se contenter bien souvent de trouver l'à peu près, et de ne se pas tromper tout seul.14o.Guidon Mercator.1502.15o.Henry EstienneIer.1503-20. Ce patriarche de l'imprimerie française, chef de son illustre famille, naquit à Paris vers 1470. Il y imprimait dès l'an 1503, et y mourut vers 1520. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous nommerons François Ier, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en 1564. Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en 1503, il débuta dans la carrière, en 1527, par l'impression des Partitions oratoires de Cicéron; puis il fit paraître sonThesaurus linguæ latinæ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint imprimeur du roi, son protecteur, en 1539, et mourut à Genève, en 1559, ayant été comme chassé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert Iereut, ainsi que son père, Henri Ier, trois fils; savoir: 1oHenri IIe, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en 1528, s'en alla mourir à l'hôpital à Lyon, en 1598, laissant un fils, Paul Estienne, lequel naquit en 1566, et mourut, en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas, tels que l'inestimableThesaurus linguæ græcæ, queson prote, Scapula, lui vola en abrégé, l'Apologie pour Hérodote, et divers Traités précieux sur la langue française; 2oRobert II, né en 1530, mort en 1571, père de Robert III, imprimeur mort sans enfans en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640; 3oFrançois II, dont on sait peu de choses. Revenons à Paul Estienne, fils du grand et infortuné Henri II. Il eut un fils, nommé Antoine, lequel fut imprimeur, et mourut à l'hôpital, comme son aïeul, sans avoir mérité, comme lui, les persécutions de l'envie et du fanatisme. Antoine Estienne rendit son souffle obscur et son beau nom à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'âge de 80 ans, en 1674. On aurait pu graver sur sa tombe ces mots:ultimus et minimus. Tout finit; mais cette grande race des Estienne, grande par ses travaux, son indépendance d'esprit et ses malheurs, a bien gagné l'immortalité en faisant jouer ses presses pendant près de deux siècles. Nulle famille de héros ne s'est signalée par autant de conquêtes, ni par d'aussi durables.16o.Badius Ascensius, ou Josse Bade d'Asc. 1505-32. Les produits de l'imprimerie, sous ce nom, sont prodigieux en nombre.17o.Michel le Noir.1506. Philippe le Noir, selon l'apparence, parent de Michel, imprimait, en 1524,les Regnars traversant les périlleuses voies des Folles Fiances du monde, ouvrage du célèbre Bouchet, et, vers le même temps, ou peu avant,le Vergier d'honneur, d'André de La Vigne et d'Octavien de Saint-Gelais.18o.Berthold Rumbolt, en 1508, exerçait d'abord son art, de société avec Ulric Gering. Il imprima seul, plus tard, et en parfaitement beau gothique, divers ouvrages, notammentle Romant des trois Pelerinages de la Vie humaine, poème de Guilleville, composé au 13esiècle.19o.Galyot du Pré.1512. Nicolas du Pré, 1515.—Jehan du Prat.—1539.—Le nom du Pré figure jusqu'en 1551. Galyot, qui l'a le plus illustré, est l'imprimeur excellent duRoman de la Rose, de 1529; duSage Sydrah, de 1531, et d'autres ouvrages curieux, tous en lettres rondes. On recherche à tout prix ses éditions.20o.Ægide (Gille) Gormont.1513-30. Nicolas Gormont. 1540. Nous possédons, du premier des deux Gormont, une charmante édition gothique, très rare, de l'Amant rendu Cordelier à l'observance d'amour, joli poème de Martial d'Auvergne.21o.Jehan Bonfons.1518. Nicolas Bonfons. Ces deux imprimeursgothiques sont très médiocres; néanmoins, ils sont recherchés à cause de la rareté de leurs productions, telles que les éditions duGrand Kalendrier des Bergiers, des romans deMiles et Amys, deBeufves de Hantonnes, etc.22o.Alain Lotrian.1539. Son nom, qui se trouve sur des livres chers et peu communs, fait la meilleure part de son mérite: on le voit décorer l'édition, très précieuse, à la date de 1539, duMystère de la Vengeance de Titus, et Destruction de Jérusalem.23o.Thomas Laisne.24o.Vidove.1530. Nous citerons de lui la charmante édition, en lettres rondes, duChampion des Dames, ennuyeux poème de Martin Franc, pet. in-8, 1530, dont un bel exemplaire se paie fort aisément aujourd'hui, de 150 à 200 fr.25o.Les Angeliers.1535-88. Famille digne de mémoire, notamment par sa belle édition duMystère des Actes des Apôtres, de Simon et Arnould Gréban, et par celle qu'elle a donnée desEssais de Michel Montaigne, du vivant de l'auteur.26o.Vascosan.1536-83. Excellent imprimeur, dont le chef-d'œuvre est lePlutarqued'Amyot, in-8 et in-fol.27o.Mamert Patisson.1569-99. Vidua Patisson, 1604. Mamert Patisson fut imprimeur du roi: ses impressions sont fort belles, notamment celle desOrigines de la Langue française, par Fauchet. In-4, 1581.28o.Morel.1580-1639. Officine laborieuse, à en juger par le nombre de ses produits.29o.Antoine Vitray, ouVitré.1628-58. On connaît sa jolie Bible, en 8 vol. in-12, de 1652, si recherchée des amateurs.30o.Sébastien Cramoisy.1620-69. André Cramoisy. 1670-97. Sébastien Cramoisy, digne, par la magnificence de ses types, d'avoir conduit si long-temps l'imprimerie royale, s'est particulièrement honoré par les éditions duDiscours sur l'Histoire universelle, de Bossuet, in-4, duJoinvillede Du Cange, in-fol., etc., etc. Il mourut en 1669.31o.Rigaut.1709. Imprimeur de l'imprimerie royale, qui a fait tant d'honneur, jusqu'à nos jours, au nom d'Anisson. Sa belle édition in-8, 1709, desSermons de Bourdaloue, est encore aujourd'hui celle de cet auteur que l'on estime le plus.32o.Coustellier.1723-45. Justement estimé, surtout par sajolie Collection desVieux poètes français, in-12, et par ses charmantes éditions in-12 de plusieurs classiques latins, tels que leVirgile, leLucrèce, etc.33o.Barbou.1757, etc. Sa Collection in-12 des Classiques latins, qui fait suite aux impressions de ce genre qu'a données Coustellier, sonMalherbe, avec les notes de Saint-Marc, in-8, et d'autres productions aussi nettes que correctes lui ont acquis une réputation méritée.34o.Louis Cellot.1768-71. Nous lui devons, parmi beaucoup de bonnes éditions, leRacinein-8 de Luneau de Boisgermain, et la traduction duTérence, de Le Monnier.35o.Didot.1743-1834. Ce grand nom typographique est, avec le nom d'Estienne, celui qui honore le plus l'imprimerie française. Depuis 1743, qu'on le voit paraître, au plus tard, avec un éclat modeste, dans les traductions in-12 de la Vie et des ouvrages de Cicéron, ainsi que dans nombre d'autres excellens ouvrages, jusqu'à nos jours; il n'a cessé de figurer dans les plus belles, les plus correctes et les plus utiles productions de la presse, à commencer par les magnifiques Collections de nos classiques ditesdu Dauphin, et à finir par la superbe réimpression duThesaurus linguæ græcæde Henri Estienne. Mais, ce qui met le comble à la gloire de cette famille, c'est qu'à l'exemple de celle des Estienne, elle joint le triple mérite de la science, des talens littéraires et des vertus civiques à celui de la perfection dans son art. Les Didot auront un jour leur histoire.36o.Crapelet.1822-34. A étendu, avec autant de goût que de bonheur et de savoir, le luxe des nouvelles éditions grand in-8 de nos classiques, à une suite de réimpressions des principaux monumens anciens de notre langue. Sa Collection, sur papier de Hollande, est et ne cessera d'être un de nos premiers titres typographiques.Il serait aisé, peut-être même juste, surtout par rapport aux travaux du temps présent, d'étendre la précédente liste, de mentionner, par exemple, cet estimable Delatour, qui a si bien imprimé leCicéronde l'abbé d'Olivet, les Panckoucke, les Prault, les Cussac, les Michaud, les Rignoux, les Le Normant, et d'autres encore; mais nous n'avons pas prétendu dresser le catalogue complet de nos grands imprimeurs de Paris, tant s'en faut. Un tel travail exigerait plus de développement que nous n'en pouvons donner ici. C'est assez; laissons à d'autres le soin de compléter le catalogue de Lottin, qui s'arrête en 1789.[3]Hist. de l'imprimerie.La Haye, 1740, in-4, etParis, 1775, in-4.[4]Origines typographicæ.La Haye, 1740, in-4.[5]Annales typographicæ.La Haye, 1719-25.Amst., 1723.Londini, 1741,Viennæ, 1780-89. 10 vol. in-4.[6]Idem.Norimbergæ, 1793-1803. 11 vol. in-4.—Voy.encore l'Histoire de l'imprimerie et de la librairie, par Jean De la Caille.A Paris, 1689.[7]M. Brunet cite deux exemplaires sur vélin de cette édition, l'un de la Bibliothèque Gaignat, l'autre de celle de La Vallière.[8]Amsterdam, 1694. Le premier livre imprimé en France le fut à la date de 1470, par Ulric Gering, Martin Crantz, et Michel Friburger; c'est l'in-4 intitulé:Gasparii Barzizii Bergamensis Epistolæ. La Rhétorique de Fichet ne porte que la date de 1471. Gabriel Naudé, dans une savante Dissertation sur l'origine de l'imprimerie, insérée au tomeIVdesMémoires de Commines, édition in-4 de Lenglet-Dufresnoy, cite, comme premier livre imprimé en France, leSpeculum vitæ humanæ, de Roderic, évêque de Zamora, et lui assigne la rubrique suivante:Paris, 1470, quoique le livre ne contienne aucune indication de date ni de lieu.[9]M. Brunet dit que le premier livre imprimé en langue française fut celui desChroniques de saint Denis, depuis les Troyens jusqu'à la mort de CharlesVII, en 1461. Fait à Paris, en l'ostel de Pasquier Bonhomm, leXVIejour de janvier de l'an de grâceM.CCCC.LXXVI. 3 vol. in-fol., goth.: Pasquier ou Pascal Bonhomme commença par être seulement libraire, faisant imprimer avant d'être imprimeur-libraire. Il est d'ailleurs peu probable que l'imprimerie ait débuté en français par un ouvrage de si longue haleine.[10]The history of ye Knight Jason, by Ger. Leeu, Andewarp, in-fol.
ANALECTABIBLION.
Les amateurs de l'imprimerie ont encore à demander un historien, après l'estimable travail de Prosper Marchand, étendu par le docte abbé Mercier de Saint-Léger[3], après lesOrigines typographiquesde Meerman[4], lesAnnales typographiquesde Maittaire, continuées, ou plutôt corrigées par Denys[5], celles de Panzer[6], et les nombreuses annales particulières aux divers pays; tous ouvrages précieux et savans, sur lesquels on devra baser désormais tout travail de ce genre, mais qui laissent beaucoup à désirer, soit pour la forme, soit pour le fond; c'est à dire pour présenter soit un ensemble clair et agréable, soit un tout homogène et complet jusqu'à notre siècle dix-neuvième, époque où l'imprimerie semble avoir atteint, principalement à Londres et à Paris, le plus haut degré de perfection possible. Peut-être un jour nouveau, répandu sur la naissance de ce bel art, en fera-t-il découvrir avec certitude et précision l'inventeur premier et le premier monument, aujourd'hui encore sujets de doute et de controverse; car les origines de la presse, quoique si rapprochées de nous, n'ont pas entièrement échappé à la destinée ordinaire de toutes les origines. Est-ce à Laurent Coster de Harlem que l'humanité doit en Europe (de l'an 1420 à l'an 1446), l'heureux secret déjà découvert par les Chinois, de multiplier, en les perpétuant, les signes de la pensée? Est-ce à Mentel de Strasbourg? une rumeur savante indique obscurément, à ce propos, une certaineVie de saint Jean l'Évangéliste, un certainMiroir du salut, unArt de mourir, desSermons de Léonardd'Udine, imprimés sans date et en latin avant les monumens de la presse mayençaise; mais ici personne ne s'accorde, ni sur les temps, ni sur les lieux, ni sur les personnes. Est-ce le gentilhomme mayençais Jean de Gensfleisch, dit Guttemberg, né en 1400, qui, vers 1450, imprima le premier? Est-ce à Strasbourg qu'il fit son premier essai? Cet essai fut-il je ne sais quel almanach dont la date est incertaine? ou plutôt Guttemberg ne travailla-t-il pas d'abord à Mayence, par suite d'une association fondée entre 1450 et 1455, avec Jean Fust ou Faust, citoyen de cette ville; et le fruit originaire de cette Société, rompue en 1455, ne fut-il pas la Bible latine, in-folio de 637 feuillets à 42 lignes, sans date? Alors le fameux Psautier de 1457, qui tient le premier rang parmi nos imprimés connus avec certitude, perdrait à beau jeu sa qualité d'aîné. Quelle part faut-il donner, dans l'invention, au gentilhomme? quelle à son associé Bourgeois? quelle à cet ingénieux Schoëffer, gendre de l'associé Jean Faust, qui marqua d'un sceau et d'un chiffre impérissables les premières impressions datées? Et observons ici que le nom de Guttemberg ne figure sur aucun livre; que les noms réunis de Faust et de Schoëffer ne se voient point avant 1457, point après 1470, et que le nom de Schoëffer, isolé, disparaît après 1492.
Nous ne sommes pas appelés à résoudre ces difficiles questions; il nous suffit de résumer les opinions reçues, en choisissant les mieux fondées.
Il est donc à croire que Guttemberg, vers 1446, dans un temps où la gravure se répandait, y puisa, le premier, l'idée génératrice d'appliquer, à des écrits de longue haleine, les procédés employés à reproduire les quatrains et distiques placés en dessous des gravures sur bois. Il ne fallut, pour cela, que de plus grandes planches et plus de patience. Accordons que Faust, vers 1451, jugea plus solide et plus net l'emploi de matrices métalliques fondues. Cependant tout cela ne conduisait encore qu'à un grossier et lent stéréotypage. Enfin, vers 1456, Schoëffer imagina les poinçons ou caractères mobiles, et la face de notre globe dut changer. C'est ainsi que, plusieurs mille ans auparavant, un génie céleste avait trouvé les signes vocaux simples dont se compose l'alphabet, et, par là, dans l'avenir, substitué des langues nouvelles d'une portée incommensurable au langage étroit des symboles et des caractères composés.
L'imprimerie, une fois découverte, s'enrichit, se polit tout d'un coup singulièrement. Que dire des signatures, des réclames, des titres détachés, de la ponctuation, des majuscules, des souscriptions,de la pagination, des chiffres, améliorations diverses qui toutes ont leur importance et leur histoire? Ce n'est pas ici le lieu d'en parler avec détail; mais, honneur, gloire et reconnaissance, mille fois, au paisible triumvirat qui, pour toujours, établit, entre les intelligences, des voies rapides et sûres, d'une extrémité de la terre à l'autre! L'erreur, sans doute, y voyage autant et plus que la vérité; toutefois, la première, qui court en ravageant, y doit laisser moins de traces, à la longue, que la seconde, qui marche à journées comptées, et se retranche à chaque repos. Que les ames religieuses se rassurent! le Dieu de l'univers n'y perdra rien, puisqu'il est le premier besoin de l'homme, et la vérité même. C'est ce que figure cette formule finale des inventeurs, prophétique dans sa naïveté:Ad Eusebiam Dei consummatum.
Arrêtons donc, sans scrupule, un instant nos regards sur les premiers bienfaits de la presse.
1oet 2o. En 1457, nous voyons publier à Mayence, par les deux principaux inventeurs, lePsalmorum codex, déjà cité, et peut-être aussi, à Cologne, chez Quentel, leDonatus, ou le livre de Donat, sur l'instruction grammaticale. Nous disonspeut-être, parce que, suivant Maittaire, on a bien pu omettre un C dans la dateM.CCCC.LVII, auquel cas le livre serait postérieur d'un siècle, ce qui serait un grand déshonneur pour lui. Poursuivons.3oet 4o. En 1459, à Mayence, par les mêmes inventeurs, Faust et Schoëffer, leRationalis divinorum officiorum Gulielmi Durandi codex, et lePsalterium Davidicum, le second des innombrables psautiers.5oet 6o. En 1460, à Mayence toujours, et toujours par les inventeurs, leCatholiconet leClementis papæ quinti constitutionum codex. Notez que leCatholiconne porte pas de nom d'imprimeur.7o. En 1461, à Venise, par Nicolas Jenson,le Decor Puellarum, oula Beauté des jeunes Filles; bien entendu qu'il s'agit ici de la beauté morale. L'imprimerie, qui devait, plus tard, s'émanciper cruellement, fut d'abord toute grave et toute chaste. Au surplus, la date de ce livre n'est rien moins que garantie. Plus probablement, elle doit être rapportée à l'année 1471, temps où Jenson fleurissait à Venise. Ce Jenson était Français d'origine. Pourquoi a-t-il laissé à des étrangers l'honneur d'introduire son art dans sa patrie?8oet 9o. En 1462, à Mayence, à peu près dans le même temps quelesSermones Gabriel Biel, la célèbreBiblia latina, si belle et si chère. C'est la seconde Bible, ou la première, en ne comptant pas la Bible à 42 lignes, sans date. Aujourd'hui circulent plusieurs milliers d'éditions différentes de ce livre des livres.10o. En 1464,Biblia latina, par Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburger. C'est la troisième Bible.11o, 12oet 13o. En 1465, année plantureuse pour la presse, trois ouvrages précieux: 1oLactantii institutiones, imprimées sans nom d'imprimeur, dans le monastère deSubbiaco, états romains; 2oSexti decretalium, Bonifacii VIII libri opus preclarum, à Mayence, par Jean Faust et Schoëffer. Nous possédons un magnifique exemplaire de ce livre, sur membrane, contenant 137 feuillets. Maittaire ne connaît, de cet ouvrage, aucun exemplaire sur peau vélin, hormis dans l'édition de 1473, qui est la cinquième. Il faut avoir senti la volupté de posséder un livre que Maittaire n'a pas connu pour la bien apprécier: l'amant le plus heureux en serait jaloux[7]; 3o, à Mayence,Ciceronis officia et paradoxa.C'est le premier livre classique imprimé. Un tel hommage revenait à Cicéron.14oet 15o. En 1466, à Augsbourg,Biblia latina, par Jean Bemler, etGrammatica rhythmica.En 1467, la presse met au jour plus de vingt ouvrages différens. Aussi les livres de cette date, quoique très rares et d'un haut prix, comme la plupart de ceux qui sont antérieurs à 1500, n'ont-ils pas, dans l'opinion des curieux, le mérite de rareté première, que réunissent presqu'au même degré, entre eux, les quinze imprimés que nous venons de citer. Il faut remarquer qu'alors toutes les impressions sont latines. Cependant on voit, dès 1467, une Bible allemande. Seconde remarque: la théologie occupe la presse, pour ainsi dire exclusivement, à l'exception de Cicéron, dont elle reproduit les Épîtres familières, après lesOfficeset lesParadoxes. Troisième remarque: le format employé n'est guère que l'in-folio, qui exigeait le moins de complication dans les procédés. Bientôt on va plier la feuille en deux, puis en quatre; plus tard on la pliera en six, en huit, en seize, et même en trente-deux; et alors on obtiendra, par l'in-64, un jouet d'enfant dans un prodige de l'art. Quatrième remarque: l'imprimerie européenne, en 1467,n'a point encore voyagé visiblement au delà des bords du Rhin.1468-70. L'émigration des imprimeurs commence. L'Europe appelle de tout côté les Allemands habiles dans la pratique du nouvel art, de l'art magique. Paitoni, l'historien de l'imprimerie vénitienne, nous apprend que Jean de Spire, en 1469, ouvrit, dans la ville de Venise, la noble carrière que les Alde Manuce devaient tant illustrer après Nicolas Jenson. Rome, dès la fin de l'année 1467, s'enorgueillit de son premier imprimeur, Arnoldus Pannartz. Suivant Middleton l'annaliste de la presse anglaise, l'année 1468 dote la cité d'Oxford des travaux de l'imprimeur Frédéric Corsellis. Paris, plus tardif et plus rebelle aux innovations, ne laisse pas, en 1470, sous le plus soupçonneux de nos rois, de recevoir l'imprimerie des mains d'Ulric Gering, dont nous parlerons plus tard, non pas seulement comme d'un habile et savant imprimeur, mais aussi comme d'un excellent homme et d'un bienfaiteur de notre jeunesse studieuse. Chose notable, c'est un docteur de Sorbonne, le professeur Fichet, qui nous fait ce beau présent, plus précieux, sans doute, que les trois livres de sa Rhétorique latine, le second ouvrage qui ait été imprimé en France. Il faut lire ces détails dans l'Histoire de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, par André Chevillier[8]. A cette même époque de 1470, commencent à paraître les classiques grecs, mais seulement dans des traductions latines; les savans de Byzance, réfugiés trop nouvellement en Italie, n'avaient pas eu le temps encore de familiariser la presse avec les caractères grecs, ainsi qu'il ne tardèrent pas à le faire dans Milan. Plutarque et Strabon ont les honneurs de ces publications translatées.1473. Cette année nous présente, mais toujours en latin, Polybe, Diodore de Sicile, Aristote et d'autres Grecs immortels. Alors les imprimés font irruption par toute l'Europe.1474. Dans cette année, Paris reçoit son premier livre imprimé en français[9], si Maittaire en est cru. Le choix n'est pas heureux,malgré le titre de l'ouvrage: c'est l'Aiguillon de l'Amour divin, in-4. L'imprimeur est Pierre Caron. L'Italie avait été mieux inspirée; car elle possédait, dès lors, dans sa mélodieuse langue vulgaire, Pétrarque, Dante et Boccace. Il y avait aussi déjà plusieurs livres imprimés en castillan. La presse anglaise ne paraît avoir débuté en anglais que de 1475 à 80, par l'Histoire du chevalier Jason[10].1475. Jusqu'ici toutes les impressions sont en lettres rondes, fort lisibles, en dépit de trop nombreuses abréviations, et, de plus, très correctes. En 1475 ou même un peu plus tôt, Venise produit les caractères gothiques, comme pour rappeler l'origine germaine de la presse. C'est surtout dans leValère Maximequ'on voit cette nouveauté barbare, due à Nicolas Jenson, si célèbre, d'ailleurs, par son beauCésarde 1472; et l'incorrection suit bientôt cette barbarie.1479. Nouveau livre imprimé en français; c'est leMirouer historial, traduit duSpeculum historialede Vincent de Beauvais. Nous le devons aux presses du célèbre Barthélemy Büyer, imprimeur à Lyon, le même qui avait imprimé, en 1476, la vie de Jésus-Christ.1480-88. Enfin paraît, à Milan, le premier livre en grec, sous les auspices et par les soins d'Antoine Zarot, qui établit une imprimerie dans cette ville, dès l'année 1470. Voici le titre de l'ouvrage:Compendium octo orationis partium et aliorum quorumdam necessariorum, editum a Constantino Lascari Byzantino, græcè et latinè, in-4,M.CCCC.LXXX. Ainsi payait noblement à l'Italie l'hospitalité qu'il en avait reçue, ce grand et malheureux Constantin Lascaris, sur la destinée duquel le plus pur de nos écrivains contemporains a dernièrement jeté tant d'intérêt et d'éclat. Vicence imitera dans peu Milan, et, dans l'année 1483, donnera au monde savant, par les mains de Denis Bertochus de Bologne, le premier lexique grec-latin connu. Mais ce ne sera qu'en 1488, à Florence, que deux éditeurs illustres, Démétrius de Chalcondyle et Démétrius de Crète, feront sortir de l'obscurité des manuscrits, par les presses de Bernard et Nerius Nerli, le prince des poètes, l'Homère grec. Une particularité curieusese rattache à cette édition mémorable: en 1804, à la vente des livres de M. de Cotte, deux bibliophiles fameux, MM. Naigeon et Caillard, se disputèrent un exemplaire broché de l'Homère princeps. Il fut adjugé au dernier pour 3,600 liv. La Bibliothèque royale en possède un sur membrane. L'exemplaire de M. de Cotte n'était que sur papier.1495. Terminons cet aperçu général à l'année 1495, qui vit, à Venise, les premiers essais d'Alde Manuce, dans le poème attribué à Musée, sur Héro et Léandre, et hâtons-nous de rendre un juste hommage à l'imprimerie parisienne, en rapportant, d'après Maittaire, et d'après les monumens modernes, les principaux noms qui l'ont illustrée.
1oet 2o. En 1457, nous voyons publier à Mayence, par les deux principaux inventeurs, lePsalmorum codex, déjà cité, et peut-être aussi, à Cologne, chez Quentel, leDonatus, ou le livre de Donat, sur l'instruction grammaticale. Nous disonspeut-être, parce que, suivant Maittaire, on a bien pu omettre un C dans la dateM.CCCC.LVII, auquel cas le livre serait postérieur d'un siècle, ce qui serait un grand déshonneur pour lui. Poursuivons.
3oet 4o. En 1459, à Mayence, par les mêmes inventeurs, Faust et Schoëffer, leRationalis divinorum officiorum Gulielmi Durandi codex, et lePsalterium Davidicum, le second des innombrables psautiers.
5oet 6o. En 1460, à Mayence toujours, et toujours par les inventeurs, leCatholiconet leClementis papæ quinti constitutionum codex. Notez que leCatholiconne porte pas de nom d'imprimeur.
7o. En 1461, à Venise, par Nicolas Jenson,le Decor Puellarum, oula Beauté des jeunes Filles; bien entendu qu'il s'agit ici de la beauté morale. L'imprimerie, qui devait, plus tard, s'émanciper cruellement, fut d'abord toute grave et toute chaste. Au surplus, la date de ce livre n'est rien moins que garantie. Plus probablement, elle doit être rapportée à l'année 1471, temps où Jenson fleurissait à Venise. Ce Jenson était Français d'origine. Pourquoi a-t-il laissé à des étrangers l'honneur d'introduire son art dans sa patrie?
8oet 9o. En 1462, à Mayence, à peu près dans le même temps quelesSermones Gabriel Biel, la célèbreBiblia latina, si belle et si chère. C'est la seconde Bible, ou la première, en ne comptant pas la Bible à 42 lignes, sans date. Aujourd'hui circulent plusieurs milliers d'éditions différentes de ce livre des livres.
10o. En 1464,Biblia latina, par Ulric Gering, Martin Crantz et Michel Friburger. C'est la troisième Bible.
11o, 12oet 13o. En 1465, année plantureuse pour la presse, trois ouvrages précieux: 1oLactantii institutiones, imprimées sans nom d'imprimeur, dans le monastère deSubbiaco, états romains; 2oSexti decretalium, Bonifacii VIII libri opus preclarum, à Mayence, par Jean Faust et Schoëffer. Nous possédons un magnifique exemplaire de ce livre, sur membrane, contenant 137 feuillets. Maittaire ne connaît, de cet ouvrage, aucun exemplaire sur peau vélin, hormis dans l'édition de 1473, qui est la cinquième. Il faut avoir senti la volupté de posséder un livre que Maittaire n'a pas connu pour la bien apprécier: l'amant le plus heureux en serait jaloux[7]; 3o, à Mayence,Ciceronis officia et paradoxa.
C'est le premier livre classique imprimé. Un tel hommage revenait à Cicéron.
14oet 15o. En 1466, à Augsbourg,Biblia latina, par Jean Bemler, etGrammatica rhythmica.
En 1467, la presse met au jour plus de vingt ouvrages différens. Aussi les livres de cette date, quoique très rares et d'un haut prix, comme la plupart de ceux qui sont antérieurs à 1500, n'ont-ils pas, dans l'opinion des curieux, le mérite de rareté première, que réunissent presqu'au même degré, entre eux, les quinze imprimés que nous venons de citer. Il faut remarquer qu'alors toutes les impressions sont latines. Cependant on voit, dès 1467, une Bible allemande. Seconde remarque: la théologie occupe la presse, pour ainsi dire exclusivement, à l'exception de Cicéron, dont elle reproduit les Épîtres familières, après lesOfficeset lesParadoxes. Troisième remarque: le format employé n'est guère que l'in-folio, qui exigeait le moins de complication dans les procédés. Bientôt on va plier la feuille en deux, puis en quatre; plus tard on la pliera en six, en huit, en seize, et même en trente-deux; et alors on obtiendra, par l'in-64, un jouet d'enfant dans un prodige de l'art. Quatrième remarque: l'imprimerie européenne, en 1467,n'a point encore voyagé visiblement au delà des bords du Rhin.
1468-70. L'émigration des imprimeurs commence. L'Europe appelle de tout côté les Allemands habiles dans la pratique du nouvel art, de l'art magique. Paitoni, l'historien de l'imprimerie vénitienne, nous apprend que Jean de Spire, en 1469, ouvrit, dans la ville de Venise, la noble carrière que les Alde Manuce devaient tant illustrer après Nicolas Jenson. Rome, dès la fin de l'année 1467, s'enorgueillit de son premier imprimeur, Arnoldus Pannartz. Suivant Middleton l'annaliste de la presse anglaise, l'année 1468 dote la cité d'Oxford des travaux de l'imprimeur Frédéric Corsellis. Paris, plus tardif et plus rebelle aux innovations, ne laisse pas, en 1470, sous le plus soupçonneux de nos rois, de recevoir l'imprimerie des mains d'Ulric Gering, dont nous parlerons plus tard, non pas seulement comme d'un habile et savant imprimeur, mais aussi comme d'un excellent homme et d'un bienfaiteur de notre jeunesse studieuse. Chose notable, c'est un docteur de Sorbonne, le professeur Fichet, qui nous fait ce beau présent, plus précieux, sans doute, que les trois livres de sa Rhétorique latine, le second ouvrage qui ait été imprimé en France. Il faut lire ces détails dans l'Histoire de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, par André Chevillier[8]. A cette même époque de 1470, commencent à paraître les classiques grecs, mais seulement dans des traductions latines; les savans de Byzance, réfugiés trop nouvellement en Italie, n'avaient pas eu le temps encore de familiariser la presse avec les caractères grecs, ainsi qu'il ne tardèrent pas à le faire dans Milan. Plutarque et Strabon ont les honneurs de ces publications translatées.
1473. Cette année nous présente, mais toujours en latin, Polybe, Diodore de Sicile, Aristote et d'autres Grecs immortels. Alors les imprimés font irruption par toute l'Europe.
1474. Dans cette année, Paris reçoit son premier livre imprimé en français[9], si Maittaire en est cru. Le choix n'est pas heureux,malgré le titre de l'ouvrage: c'est l'Aiguillon de l'Amour divin, in-4. L'imprimeur est Pierre Caron. L'Italie avait été mieux inspirée; car elle possédait, dès lors, dans sa mélodieuse langue vulgaire, Pétrarque, Dante et Boccace. Il y avait aussi déjà plusieurs livres imprimés en castillan. La presse anglaise ne paraît avoir débuté en anglais que de 1475 à 80, par l'Histoire du chevalier Jason[10].
1475. Jusqu'ici toutes les impressions sont en lettres rondes, fort lisibles, en dépit de trop nombreuses abréviations, et, de plus, très correctes. En 1475 ou même un peu plus tôt, Venise produit les caractères gothiques, comme pour rappeler l'origine germaine de la presse. C'est surtout dans leValère Maximequ'on voit cette nouveauté barbare, due à Nicolas Jenson, si célèbre, d'ailleurs, par son beauCésarde 1472; et l'incorrection suit bientôt cette barbarie.
1479. Nouveau livre imprimé en français; c'est leMirouer historial, traduit duSpeculum historialede Vincent de Beauvais. Nous le devons aux presses du célèbre Barthélemy Büyer, imprimeur à Lyon, le même qui avait imprimé, en 1476, la vie de Jésus-Christ.
1480-88. Enfin paraît, à Milan, le premier livre en grec, sous les auspices et par les soins d'Antoine Zarot, qui établit une imprimerie dans cette ville, dès l'année 1470. Voici le titre de l'ouvrage:Compendium octo orationis partium et aliorum quorumdam necessariorum, editum a Constantino Lascari Byzantino, græcè et latinè, in-4,M.CCCC.LXXX. Ainsi payait noblement à l'Italie l'hospitalité qu'il en avait reçue, ce grand et malheureux Constantin Lascaris, sur la destinée duquel le plus pur de nos écrivains contemporains a dernièrement jeté tant d'intérêt et d'éclat. Vicence imitera dans peu Milan, et, dans l'année 1483, donnera au monde savant, par les mains de Denis Bertochus de Bologne, le premier lexique grec-latin connu. Mais ce ne sera qu'en 1488, à Florence, que deux éditeurs illustres, Démétrius de Chalcondyle et Démétrius de Crète, feront sortir de l'obscurité des manuscrits, par les presses de Bernard et Nerius Nerli, le prince des poètes, l'Homère grec. Une particularité curieusese rattache à cette édition mémorable: en 1804, à la vente des livres de M. de Cotte, deux bibliophiles fameux, MM. Naigeon et Caillard, se disputèrent un exemplaire broché de l'Homère princeps. Il fut adjugé au dernier pour 3,600 liv. La Bibliothèque royale en possède un sur membrane. L'exemplaire de M. de Cotte n'était que sur papier.
1495. Terminons cet aperçu général à l'année 1495, qui vit, à Venise, les premiers essais d'Alde Manuce, dans le poème attribué à Musée, sur Héro et Léandre, et hâtons-nous de rendre un juste hommage à l'imprimerie parisienne, en rapportant, d'après Maittaire, et d'après les monumens modernes, les principaux noms qui l'ont illustrée.
1o.Ulric Gering.1470-1510. Ce digne et savant artiste, élève, à ce qu'on croit, d'Elye, chanoine de Munster, au canton de Lucerne, fut appelé à Paris par Lapierre, prieur, et Fichet, docteur de Sorbonne, ce dernier recteur de l'Université de Paris. Il consacra ses premiers travaux à l'impression desLettres latinesde Gasparin Barzizius de Pergame, et dela Rhétorique latinede Fichet, et se fit connaître par des caractères de forme ronde, fort beaux et fort nets. Son talent d'imprimeur n'était, au surplus, que son moindre mérite. Il avait une ame grande et généreuse. Il releva le bâtiment de la bibliothèque de Sorbonne à ses frais, en reconnaissance de quoi la société lui donna, en 1493, le droit d'hospitalité perpétuelle, dont il n'usa pas. Il mourut à Paris, rue Saint-Jacques, le 23 août 1510, après avoir fait un testament, rapporté dans Maittaire, où il dispose de fortes sommes en faveur des Sorbonnistes, à la charge par eux d'entretenir gratuitement un certain nombre d'écoliers à l'Université de Paris.2o.Pierre CaronouLe Caron.1474. Ce fut lui qui imprima l'Aiguillon de l'Amour divin, que Maittaire croit être le premier livre imprimé en français. On voit un Guillaume Caron, probablement de la même famille, figurer, de 1481 à 1491, parmi les imprimeurs de Paris. Remarquons, au sujet de la traduction du livre deSaint Bonaventure, citée ici, que M. Brunet y a vu la date de 1494. Nous nous en rapportons, pour ces détails, à ce qui en est.3o.Pascal Bonhomme.1476. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris, de 1486 à 1489. Pascal ou Pasquier Bonhommeest surtout fameux par son édition desGrandes Chroniques de France, ditesles Chroniques de Saint-Denis. (Voir, à ce sujet, lanote 9.)4o.Antoine Vérard.1480-1517. C'est le prince des imprimeurs en gothique française. Les éditions qu'il a données sont aujourd'hui toutes d'un grand prix. Quelques uns ont prétendu qu'Antoine Vérard ne fut qu'un libraire faisant imprimer; mais qu'est-ce que quelques uns n'ont pas prétendu? Encore une occasion de s'en rapporter, dans le doute, à ce qui en est.5o.Jehan du Pré,Jehan Belin.1481-93.6o.François Regnault.1481-1500-1539. Il imprimait en fort beau gothique. Nous avons de lui un exemplaire duConfessionale Anthonini, pet. in-12 à deux colonnes et 255 feuillets, plus 5 feuillets de table.Paris, 1510, avec frontispice gravé, figurant le chiffre de l'imprimeur, supporté par un berger et une bergère, avec cette légende:En Dieu est mon espérance.7o.Denys Janot.1484-1539. Nom célèbre dans les annales de la presse parisienne, plus par la multiplicité de ses titres que par leur supériorité. Denys Janot imprimait ordinairement en gothique. On a de lui plusieurs romans de chevalerie, tels que leMéliadus de Leonnoys, in-fol. de 1532; et, en société avec Alain Lotrian, le livre deSydrah le grand philosophe, Fontaine de toutes sciences, in-4, à l'enseigne de l'Ecu de France. Une de ses meilleures productions est en lettres rondes, in-8, 1539; c'est la traduction française desTriumphes petrarcques.8o.Wolfgand Hopyl.1489-98.9o.Philippe Pigouchet.1484-1512. Homme de grand talent. Un des chefs-d'œuvre de son officine est le livre de Jehan Meschinot, intitulé:les Lunettes des Princes, in-8, gothique, 1499, avec son nom, et son chiffre au frontispice, représentant Adam et Ève.10o.Godefroy Marnef.1491-98. Encore un nom typographique notable, porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marnef imprimeur en 1517; un Jehan de Marnef, en 1524; et une Jeanne de Marnef, en 1546, rue Neuve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint Jean-Baptiste. Cette dernière imprimales Trois nouvelles Déesses, Pallas, Juno, et Vénus, poème courtisanesque de François Habert, dit le poète de Berry.Sa devise est:Nul ne s'y frotte, devise qui convient également aux anciennes et aux nouvelles déesses.11o.Jehan Trepperel.1494-98. Nous possédons, de cet habile imprimeur, un poème anonyme, intitulé:le Renoncement d'Amours, très nettement imprimé en gothique, avec figures sur bois, in-8. L'ouvrage est terminé par le chiffre de Jehan Trepperel, supporté par deux lions, surmonté de l'écu de France. Le même a donné, entre autres beaux ouvrages,les deux Testamens de Villon, in-8, gothique. 8 juillet 1497.12o.Jehan Petit.1498-1539. Il doit y avoir eu ici succession de personnes sous les mêmes noms et prénoms.13o.Simon Vostre.1500. Imprimeur estimé; d'abord libraire seulement. Il travaillait dans le même temps que Nicolas Wolf et Nicolas de la Barre. M. Brunet, qui est ici de grande autorité, a mis en doute que Simon Vostre ait été autre chose que libraire faisant imprimer. On pourrait écrire des volumes de controverse sur des questions de cette nature sans les résoudre complètement. Or l'esprit humain a besoin d'une pâture. Pour la science des petits faits, il faut se contenter bien souvent de trouver l'à peu près, et de ne se pas tromper tout seul.14o.Guidon Mercator.1502.15o.Henry EstienneIer.1503-20. Ce patriarche de l'imprimerie française, chef de son illustre famille, naquit à Paris vers 1470. Il y imprimait dès l'an 1503, et y mourut vers 1520. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous nommerons François Ier, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en 1564. Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en 1503, il débuta dans la carrière, en 1527, par l'impression des Partitions oratoires de Cicéron; puis il fit paraître sonThesaurus linguæ latinæ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint imprimeur du roi, son protecteur, en 1539, et mourut à Genève, en 1559, ayant été comme chassé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert Iereut, ainsi que son père, Henri Ier, trois fils; savoir: 1oHenri IIe, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en 1528, s'en alla mourir à l'hôpital à Lyon, en 1598, laissant un fils, Paul Estienne, lequel naquit en 1566, et mourut, en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas, tels que l'inestimableThesaurus linguæ græcæ, queson prote, Scapula, lui vola en abrégé, l'Apologie pour Hérodote, et divers Traités précieux sur la langue française; 2oRobert II, né en 1530, mort en 1571, père de Robert III, imprimeur mort sans enfans en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640; 3oFrançois II, dont on sait peu de choses. Revenons à Paul Estienne, fils du grand et infortuné Henri II. Il eut un fils, nommé Antoine, lequel fut imprimeur, et mourut à l'hôpital, comme son aïeul, sans avoir mérité, comme lui, les persécutions de l'envie et du fanatisme. Antoine Estienne rendit son souffle obscur et son beau nom à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'âge de 80 ans, en 1674. On aurait pu graver sur sa tombe ces mots:ultimus et minimus. Tout finit; mais cette grande race des Estienne, grande par ses travaux, son indépendance d'esprit et ses malheurs, a bien gagné l'immortalité en faisant jouer ses presses pendant près de deux siècles. Nulle famille de héros ne s'est signalée par autant de conquêtes, ni par d'aussi durables.16o.Badius Ascensius, ou Josse Bade d'Asc. 1505-32. Les produits de l'imprimerie, sous ce nom, sont prodigieux en nombre.17o.Michel le Noir.1506. Philippe le Noir, selon l'apparence, parent de Michel, imprimait, en 1524,les Regnars traversant les périlleuses voies des Folles Fiances du monde, ouvrage du célèbre Bouchet, et, vers le même temps, ou peu avant,le Vergier d'honneur, d'André de La Vigne et d'Octavien de Saint-Gelais.18o.Berthold Rumbolt, en 1508, exerçait d'abord son art, de société avec Ulric Gering. Il imprima seul, plus tard, et en parfaitement beau gothique, divers ouvrages, notammentle Romant des trois Pelerinages de la Vie humaine, poème de Guilleville, composé au 13esiècle.19o.Galyot du Pré.1512. Nicolas du Pré, 1515.—Jehan du Prat.—1539.—Le nom du Pré figure jusqu'en 1551. Galyot, qui l'a le plus illustré, est l'imprimeur excellent duRoman de la Rose, de 1529; duSage Sydrah, de 1531, et d'autres ouvrages curieux, tous en lettres rondes. On recherche à tout prix ses éditions.20o.Ægide (Gille) Gormont.1513-30. Nicolas Gormont. 1540. Nous possédons, du premier des deux Gormont, une charmante édition gothique, très rare, de l'Amant rendu Cordelier à l'observance d'amour, joli poème de Martial d'Auvergne.21o.Jehan Bonfons.1518. Nicolas Bonfons. Ces deux imprimeursgothiques sont très médiocres; néanmoins, ils sont recherchés à cause de la rareté de leurs productions, telles que les éditions duGrand Kalendrier des Bergiers, des romans deMiles et Amys, deBeufves de Hantonnes, etc.22o.Alain Lotrian.1539. Son nom, qui se trouve sur des livres chers et peu communs, fait la meilleure part de son mérite: on le voit décorer l'édition, très précieuse, à la date de 1539, duMystère de la Vengeance de Titus, et Destruction de Jérusalem.23o.Thomas Laisne.24o.Vidove.1530. Nous citerons de lui la charmante édition, en lettres rondes, duChampion des Dames, ennuyeux poème de Martin Franc, pet. in-8, 1530, dont un bel exemplaire se paie fort aisément aujourd'hui, de 150 à 200 fr.25o.Les Angeliers.1535-88. Famille digne de mémoire, notamment par sa belle édition duMystère des Actes des Apôtres, de Simon et Arnould Gréban, et par celle qu'elle a donnée desEssais de Michel Montaigne, du vivant de l'auteur.26o.Vascosan.1536-83. Excellent imprimeur, dont le chef-d'œuvre est lePlutarqued'Amyot, in-8 et in-fol.27o.Mamert Patisson.1569-99. Vidua Patisson, 1604. Mamert Patisson fut imprimeur du roi: ses impressions sont fort belles, notamment celle desOrigines de la Langue française, par Fauchet. In-4, 1581.28o.Morel.1580-1639. Officine laborieuse, à en juger par le nombre de ses produits.29o.Antoine Vitray, ouVitré.1628-58. On connaît sa jolie Bible, en 8 vol. in-12, de 1652, si recherchée des amateurs.30o.Sébastien Cramoisy.1620-69. André Cramoisy. 1670-97. Sébastien Cramoisy, digne, par la magnificence de ses types, d'avoir conduit si long-temps l'imprimerie royale, s'est particulièrement honoré par les éditions duDiscours sur l'Histoire universelle, de Bossuet, in-4, duJoinvillede Du Cange, in-fol., etc., etc. Il mourut en 1669.31o.Rigaut.1709. Imprimeur de l'imprimerie royale, qui a fait tant d'honneur, jusqu'à nos jours, au nom d'Anisson. Sa belle édition in-8, 1709, desSermons de Bourdaloue, est encore aujourd'hui celle de cet auteur que l'on estime le plus.32o.Coustellier.1723-45. Justement estimé, surtout par sajolie Collection desVieux poètes français, in-12, et par ses charmantes éditions in-12 de plusieurs classiques latins, tels que leVirgile, leLucrèce, etc.33o.Barbou.1757, etc. Sa Collection in-12 des Classiques latins, qui fait suite aux impressions de ce genre qu'a données Coustellier, sonMalherbe, avec les notes de Saint-Marc, in-8, et d'autres productions aussi nettes que correctes lui ont acquis une réputation méritée.34o.Louis Cellot.1768-71. Nous lui devons, parmi beaucoup de bonnes éditions, leRacinein-8 de Luneau de Boisgermain, et la traduction duTérence, de Le Monnier.35o.Didot.1743-1834. Ce grand nom typographique est, avec le nom d'Estienne, celui qui honore le plus l'imprimerie française. Depuis 1743, qu'on le voit paraître, au plus tard, avec un éclat modeste, dans les traductions in-12 de la Vie et des ouvrages de Cicéron, ainsi que dans nombre d'autres excellens ouvrages, jusqu'à nos jours; il n'a cessé de figurer dans les plus belles, les plus correctes et les plus utiles productions de la presse, à commencer par les magnifiques Collections de nos classiques ditesdu Dauphin, et à finir par la superbe réimpression duThesaurus linguæ græcæde Henri Estienne. Mais, ce qui met le comble à la gloire de cette famille, c'est qu'à l'exemple de celle des Estienne, elle joint le triple mérite de la science, des talens littéraires et des vertus civiques à celui de la perfection dans son art. Les Didot auront un jour leur histoire.36o.Crapelet.1822-34. A étendu, avec autant de goût que de bonheur et de savoir, le luxe des nouvelles éditions grand in-8 de nos classiques, à une suite de réimpressions des principaux monumens anciens de notre langue. Sa Collection, sur papier de Hollande, est et ne cessera d'être un de nos premiers titres typographiques.
1o.Ulric Gering.1470-1510. Ce digne et savant artiste, élève, à ce qu'on croit, d'Elye, chanoine de Munster, au canton de Lucerne, fut appelé à Paris par Lapierre, prieur, et Fichet, docteur de Sorbonne, ce dernier recteur de l'Université de Paris. Il consacra ses premiers travaux à l'impression desLettres latinesde Gasparin Barzizius de Pergame, et dela Rhétorique latinede Fichet, et se fit connaître par des caractères de forme ronde, fort beaux et fort nets. Son talent d'imprimeur n'était, au surplus, que son moindre mérite. Il avait une ame grande et généreuse. Il releva le bâtiment de la bibliothèque de Sorbonne à ses frais, en reconnaissance de quoi la société lui donna, en 1493, le droit d'hospitalité perpétuelle, dont il n'usa pas. Il mourut à Paris, rue Saint-Jacques, le 23 août 1510, après avoir fait un testament, rapporté dans Maittaire, où il dispose de fortes sommes en faveur des Sorbonnistes, à la charge par eux d'entretenir gratuitement un certain nombre d'écoliers à l'Université de Paris.
2o.Pierre CaronouLe Caron.1474. Ce fut lui qui imprima l'Aiguillon de l'Amour divin, que Maittaire croit être le premier livre imprimé en français. On voit un Guillaume Caron, probablement de la même famille, figurer, de 1481 à 1491, parmi les imprimeurs de Paris. Remarquons, au sujet de la traduction du livre deSaint Bonaventure, citée ici, que M. Brunet y a vu la date de 1494. Nous nous en rapportons, pour ces détails, à ce qui en est.
3o.Pascal Bonhomme.1476. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris, de 1486 à 1489. Pascal ou Pasquier Bonhommeest surtout fameux par son édition desGrandes Chroniques de France, ditesles Chroniques de Saint-Denis. (Voir, à ce sujet, lanote 9.)
4o.Antoine Vérard.1480-1517. C'est le prince des imprimeurs en gothique française. Les éditions qu'il a données sont aujourd'hui toutes d'un grand prix. Quelques uns ont prétendu qu'Antoine Vérard ne fut qu'un libraire faisant imprimer; mais qu'est-ce que quelques uns n'ont pas prétendu? Encore une occasion de s'en rapporter, dans le doute, à ce qui en est.
5o.Jehan du Pré,Jehan Belin.1481-93.
6o.François Regnault.1481-1500-1539. Il imprimait en fort beau gothique. Nous avons de lui un exemplaire duConfessionale Anthonini, pet. in-12 à deux colonnes et 255 feuillets, plus 5 feuillets de table.Paris, 1510, avec frontispice gravé, figurant le chiffre de l'imprimeur, supporté par un berger et une bergère, avec cette légende:En Dieu est mon espérance.
7o.Denys Janot.1484-1539. Nom célèbre dans les annales de la presse parisienne, plus par la multiplicité de ses titres que par leur supériorité. Denys Janot imprimait ordinairement en gothique. On a de lui plusieurs romans de chevalerie, tels que leMéliadus de Leonnoys, in-fol. de 1532; et, en société avec Alain Lotrian, le livre deSydrah le grand philosophe, Fontaine de toutes sciences, in-4, à l'enseigne de l'Ecu de France. Une de ses meilleures productions est en lettres rondes, in-8, 1539; c'est la traduction française desTriumphes petrarcques.
8o.Wolfgand Hopyl.1489-98.
9o.Philippe Pigouchet.1484-1512. Homme de grand talent. Un des chefs-d'œuvre de son officine est le livre de Jehan Meschinot, intitulé:les Lunettes des Princes, in-8, gothique, 1499, avec son nom, et son chiffre au frontispice, représentant Adam et Ève.
10o.Godefroy Marnef.1491-98. Encore un nom typographique notable, porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marnef imprimeur en 1517; un Jehan de Marnef, en 1524; et une Jeanne de Marnef, en 1546, rue Neuve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint Jean-Baptiste. Cette dernière imprimales Trois nouvelles Déesses, Pallas, Juno, et Vénus, poème courtisanesque de François Habert, dit le poète de Berry.Sa devise est:Nul ne s'y frotte, devise qui convient également aux anciennes et aux nouvelles déesses.
11o.Jehan Trepperel.1494-98. Nous possédons, de cet habile imprimeur, un poème anonyme, intitulé:le Renoncement d'Amours, très nettement imprimé en gothique, avec figures sur bois, in-8. L'ouvrage est terminé par le chiffre de Jehan Trepperel, supporté par deux lions, surmonté de l'écu de France. Le même a donné, entre autres beaux ouvrages,les deux Testamens de Villon, in-8, gothique. 8 juillet 1497.
12o.Jehan Petit.1498-1539. Il doit y avoir eu ici succession de personnes sous les mêmes noms et prénoms.
13o.Simon Vostre.1500. Imprimeur estimé; d'abord libraire seulement. Il travaillait dans le même temps que Nicolas Wolf et Nicolas de la Barre. M. Brunet, qui est ici de grande autorité, a mis en doute que Simon Vostre ait été autre chose que libraire faisant imprimer. On pourrait écrire des volumes de controverse sur des questions de cette nature sans les résoudre complètement. Or l'esprit humain a besoin d'une pâture. Pour la science des petits faits, il faut se contenter bien souvent de trouver l'à peu près, et de ne se pas tromper tout seul.
14o.Guidon Mercator.1502.
15o.Henry EstienneIer.1503-20. Ce patriarche de l'imprimerie française, chef de son illustre famille, naquit à Paris vers 1470. Il y imprimait dès l'an 1503, et y mourut vers 1520. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous nommerons François Ier, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en 1564. Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en 1503, il débuta dans la carrière, en 1527, par l'impression des Partitions oratoires de Cicéron; puis il fit paraître sonThesaurus linguæ latinæ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint imprimeur du roi, son protecteur, en 1539, et mourut à Genève, en 1559, ayant été comme chassé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert Iereut, ainsi que son père, Henri Ier, trois fils; savoir: 1oHenri IIe, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en 1528, s'en alla mourir à l'hôpital à Lyon, en 1598, laissant un fils, Paul Estienne, lequel naquit en 1566, et mourut, en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas, tels que l'inestimableThesaurus linguæ græcæ, queson prote, Scapula, lui vola en abrégé, l'Apologie pour Hérodote, et divers Traités précieux sur la langue française; 2oRobert II, né en 1530, mort en 1571, père de Robert III, imprimeur mort sans enfans en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640; 3oFrançois II, dont on sait peu de choses. Revenons à Paul Estienne, fils du grand et infortuné Henri II. Il eut un fils, nommé Antoine, lequel fut imprimeur, et mourut à l'hôpital, comme son aïeul, sans avoir mérité, comme lui, les persécutions de l'envie et du fanatisme. Antoine Estienne rendit son souffle obscur et son beau nom à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'âge de 80 ans, en 1674. On aurait pu graver sur sa tombe ces mots:ultimus et minimus. Tout finit; mais cette grande race des Estienne, grande par ses travaux, son indépendance d'esprit et ses malheurs, a bien gagné l'immortalité en faisant jouer ses presses pendant près de deux siècles. Nulle famille de héros ne s'est signalée par autant de conquêtes, ni par d'aussi durables.
16o.Badius Ascensius, ou Josse Bade d'Asc. 1505-32. Les produits de l'imprimerie, sous ce nom, sont prodigieux en nombre.
17o.Michel le Noir.1506. Philippe le Noir, selon l'apparence, parent de Michel, imprimait, en 1524,les Regnars traversant les périlleuses voies des Folles Fiances du monde, ouvrage du célèbre Bouchet, et, vers le même temps, ou peu avant,le Vergier d'honneur, d'André de La Vigne et d'Octavien de Saint-Gelais.
18o.Berthold Rumbolt, en 1508, exerçait d'abord son art, de société avec Ulric Gering. Il imprima seul, plus tard, et en parfaitement beau gothique, divers ouvrages, notammentle Romant des trois Pelerinages de la Vie humaine, poème de Guilleville, composé au 13esiècle.
19o.Galyot du Pré.1512. Nicolas du Pré, 1515.—Jehan du Prat.—1539.—Le nom du Pré figure jusqu'en 1551. Galyot, qui l'a le plus illustré, est l'imprimeur excellent duRoman de la Rose, de 1529; duSage Sydrah, de 1531, et d'autres ouvrages curieux, tous en lettres rondes. On recherche à tout prix ses éditions.
20o.Ægide (Gille) Gormont.1513-30. Nicolas Gormont. 1540. Nous possédons, du premier des deux Gormont, une charmante édition gothique, très rare, de l'Amant rendu Cordelier à l'observance d'amour, joli poème de Martial d'Auvergne.
21o.Jehan Bonfons.1518. Nicolas Bonfons. Ces deux imprimeursgothiques sont très médiocres; néanmoins, ils sont recherchés à cause de la rareté de leurs productions, telles que les éditions duGrand Kalendrier des Bergiers, des romans deMiles et Amys, deBeufves de Hantonnes, etc.
22o.Alain Lotrian.1539. Son nom, qui se trouve sur des livres chers et peu communs, fait la meilleure part de son mérite: on le voit décorer l'édition, très précieuse, à la date de 1539, duMystère de la Vengeance de Titus, et Destruction de Jérusalem.
23o.Thomas Laisne.
24o.Vidove.1530. Nous citerons de lui la charmante édition, en lettres rondes, duChampion des Dames, ennuyeux poème de Martin Franc, pet. in-8, 1530, dont un bel exemplaire se paie fort aisément aujourd'hui, de 150 à 200 fr.
25o.Les Angeliers.1535-88. Famille digne de mémoire, notamment par sa belle édition duMystère des Actes des Apôtres, de Simon et Arnould Gréban, et par celle qu'elle a donnée desEssais de Michel Montaigne, du vivant de l'auteur.
26o.Vascosan.1536-83. Excellent imprimeur, dont le chef-d'œuvre est lePlutarqued'Amyot, in-8 et in-fol.
27o.Mamert Patisson.1569-99. Vidua Patisson, 1604. Mamert Patisson fut imprimeur du roi: ses impressions sont fort belles, notamment celle desOrigines de la Langue française, par Fauchet. In-4, 1581.
28o.Morel.1580-1639. Officine laborieuse, à en juger par le nombre de ses produits.
29o.Antoine Vitray, ouVitré.1628-58. On connaît sa jolie Bible, en 8 vol. in-12, de 1652, si recherchée des amateurs.
30o.Sébastien Cramoisy.1620-69. André Cramoisy. 1670-97. Sébastien Cramoisy, digne, par la magnificence de ses types, d'avoir conduit si long-temps l'imprimerie royale, s'est particulièrement honoré par les éditions duDiscours sur l'Histoire universelle, de Bossuet, in-4, duJoinvillede Du Cange, in-fol., etc., etc. Il mourut en 1669.
31o.Rigaut.1709. Imprimeur de l'imprimerie royale, qui a fait tant d'honneur, jusqu'à nos jours, au nom d'Anisson. Sa belle édition in-8, 1709, desSermons de Bourdaloue, est encore aujourd'hui celle de cet auteur que l'on estime le plus.
32o.Coustellier.1723-45. Justement estimé, surtout par sajolie Collection desVieux poètes français, in-12, et par ses charmantes éditions in-12 de plusieurs classiques latins, tels que leVirgile, leLucrèce, etc.
33o.Barbou.1757, etc. Sa Collection in-12 des Classiques latins, qui fait suite aux impressions de ce genre qu'a données Coustellier, sonMalherbe, avec les notes de Saint-Marc, in-8, et d'autres productions aussi nettes que correctes lui ont acquis une réputation méritée.
34o.Louis Cellot.1768-71. Nous lui devons, parmi beaucoup de bonnes éditions, leRacinein-8 de Luneau de Boisgermain, et la traduction duTérence, de Le Monnier.
35o.Didot.1743-1834. Ce grand nom typographique est, avec le nom d'Estienne, celui qui honore le plus l'imprimerie française. Depuis 1743, qu'on le voit paraître, au plus tard, avec un éclat modeste, dans les traductions in-12 de la Vie et des ouvrages de Cicéron, ainsi que dans nombre d'autres excellens ouvrages, jusqu'à nos jours; il n'a cessé de figurer dans les plus belles, les plus correctes et les plus utiles productions de la presse, à commencer par les magnifiques Collections de nos classiques ditesdu Dauphin, et à finir par la superbe réimpression duThesaurus linguæ græcæde Henri Estienne. Mais, ce qui met le comble à la gloire de cette famille, c'est qu'à l'exemple de celle des Estienne, elle joint le triple mérite de la science, des talens littéraires et des vertus civiques à celui de la perfection dans son art. Les Didot auront un jour leur histoire.
36o.Crapelet.1822-34. A étendu, avec autant de goût que de bonheur et de savoir, le luxe des nouvelles éditions grand in-8 de nos classiques, à une suite de réimpressions des principaux monumens anciens de notre langue. Sa Collection, sur papier de Hollande, est et ne cessera d'être un de nos premiers titres typographiques.
Il serait aisé, peut-être même juste, surtout par rapport aux travaux du temps présent, d'étendre la précédente liste, de mentionner, par exemple, cet estimable Delatour, qui a si bien imprimé leCicéronde l'abbé d'Olivet, les Panckoucke, les Prault, les Cussac, les Michaud, les Rignoux, les Le Normant, et d'autres encore; mais nous n'avons pas prétendu dresser le catalogue complet de nos grands imprimeurs de Paris, tant s'en faut. Un tel travail exigerait plus de développement que nous n'en pouvons donner ici. C'est assez; laissons à d'autres le soin de compléter le catalogue de Lottin, qui s'arrête en 1789.
[3]Hist. de l'imprimerie.La Haye, 1740, in-4, etParis, 1775, in-4.[4]Origines typographicæ.La Haye, 1740, in-4.[5]Annales typographicæ.La Haye, 1719-25.Amst., 1723.Londini, 1741,Viennæ, 1780-89. 10 vol. in-4.[6]Idem.Norimbergæ, 1793-1803. 11 vol. in-4.—Voy.encore l'Histoire de l'imprimerie et de la librairie, par Jean De la Caille.A Paris, 1689.[7]M. Brunet cite deux exemplaires sur vélin de cette édition, l'un de la Bibliothèque Gaignat, l'autre de celle de La Vallière.[8]Amsterdam, 1694. Le premier livre imprimé en France le fut à la date de 1470, par Ulric Gering, Martin Crantz, et Michel Friburger; c'est l'in-4 intitulé:Gasparii Barzizii Bergamensis Epistolæ. La Rhétorique de Fichet ne porte que la date de 1471. Gabriel Naudé, dans une savante Dissertation sur l'origine de l'imprimerie, insérée au tomeIVdesMémoires de Commines, édition in-4 de Lenglet-Dufresnoy, cite, comme premier livre imprimé en France, leSpeculum vitæ humanæ, de Roderic, évêque de Zamora, et lui assigne la rubrique suivante:Paris, 1470, quoique le livre ne contienne aucune indication de date ni de lieu.[9]M. Brunet dit que le premier livre imprimé en langue française fut celui desChroniques de saint Denis, depuis les Troyens jusqu'à la mort de CharlesVII, en 1461. Fait à Paris, en l'ostel de Pasquier Bonhomm, leXVIejour de janvier de l'an de grâceM.CCCC.LXXVI. 3 vol. in-fol., goth.: Pasquier ou Pascal Bonhomme commença par être seulement libraire, faisant imprimer avant d'être imprimeur-libraire. Il est d'ailleurs peu probable que l'imprimerie ait débuté en français par un ouvrage de si longue haleine.[10]The history of ye Knight Jason, by Ger. Leeu, Andewarp, in-fol.
[3]Hist. de l'imprimerie.La Haye, 1740, in-4, etParis, 1775, in-4.
[4]Origines typographicæ.La Haye, 1740, in-4.
[5]Annales typographicæ.La Haye, 1719-25.Amst., 1723.Londini, 1741,Viennæ, 1780-89. 10 vol. in-4.
[6]Idem.Norimbergæ, 1793-1803. 11 vol. in-4.—Voy.encore l'Histoire de l'imprimerie et de la librairie, par Jean De la Caille.A Paris, 1689.
[7]M. Brunet cite deux exemplaires sur vélin de cette édition, l'un de la Bibliothèque Gaignat, l'autre de celle de La Vallière.
[8]Amsterdam, 1694. Le premier livre imprimé en France le fut à la date de 1470, par Ulric Gering, Martin Crantz, et Michel Friburger; c'est l'in-4 intitulé:Gasparii Barzizii Bergamensis Epistolæ. La Rhétorique de Fichet ne porte que la date de 1471. Gabriel Naudé, dans une savante Dissertation sur l'origine de l'imprimerie, insérée au tomeIVdesMémoires de Commines, édition in-4 de Lenglet-Dufresnoy, cite, comme premier livre imprimé en France, leSpeculum vitæ humanæ, de Roderic, évêque de Zamora, et lui assigne la rubrique suivante:Paris, 1470, quoique le livre ne contienne aucune indication de date ni de lieu.
[9]M. Brunet dit que le premier livre imprimé en langue française fut celui desChroniques de saint Denis, depuis les Troyens jusqu'à la mort de CharlesVII, en 1461. Fait à Paris, en l'ostel de Pasquier Bonhomm, leXVIejour de janvier de l'an de grâceM.CCCC.LXXVI. 3 vol. in-fol., goth.: Pasquier ou Pascal Bonhomme commença par être seulement libraire, faisant imprimer avant d'être imprimeur-libraire. Il est d'ailleurs peu probable que l'imprimerie ait débuté en français par un ouvrage de si longue haleine.
[10]The history of ye Knight Jason, by Ger. Leeu, Andewarp, in-fol.