MEYGRA ENTREPRISACatoliqui imperatoris, quando de anno DominiM.D.XXXVI.veniebat per Provensam bene corrossatus in postam prendere Franciam cum villis de Provensa; propter grossas et menutas gentes rejohire, per Antonium Arenam, Bastifausata(Bafouée). 1 vol. in-8 de 106 pages, et 16 pages préliminaires.Lugduni, 1760.Réimpression tirée à 150 exemplaires seulement d'un livre publié, en 1536, à Avignon, en lettres gothiques, et devenu si rare, au rapport de Bouche, l'historien de Provence, qu'il n'en avait jamais vu que deux exemplaires. Cette réimpression est plus belle et plus recherchée que celle qui parut, en 1748, à Avignon, sous la rubrique de Bruxelles.Ce poème a 2396 vers, alternativement hexamètres et pentamètres. L'auteur s'adresse à François Ier....:Rex bone!lui dit-il, la guerre vous donne de si rudes pensemens, que la tête vous en fait mal..... Votre sommeil est troublé..... Croyez-moi, faites grande chère..... Nul mélancolique ne peut vivre..... Vous régnez sur cette France que le ciel favorise, pour laquelle chacun de ses enfans est prêt à mourir...., et qui ne sera jamais reniée comme Dieu le fut de saint Pierre..... Écoutez, je vais vous donner de fraîches nouvelles qui vous réjouiront le cœur..... Janot, le roi d'Espagne, imperlateur des lansquenets, jaloux du titre de maître du monde, avait formé, contre vous, une lourde et sotte entreprise....; celle de saisir vos états et vos enfans..... Il était entré dans notre Provence, tuant, pillant, ne laissant dans nos campagnes poules ni semences..... Vainement le pape et le grand cardinal de Lorraine, que je voudrais bien voir pape un jour, avaient essayé de l'arrêter, lui représentant que le droit n'était pas pour lui, que mal prend à qui fait mauvaise guerre à la France, que bien mal acquis ne profite pas..... Il ne voulut rien entendre... Il s'écria: La France pense me trouver bon-homme...., je rabattrai son caquet.....Sum Dominus: mundi gladii est mihi cessa potestas,Atque meis regitur legibus omnis homo...et autre babil semblable..... Il s'imaginait déjà tenir Paris..... Le forfant Antoine de Leve lui avait mis cette vision en tête....; et déjà les vainqueurs se partageaient le butin..... De vrai, ils s'y prirent bien d'abord..... La Provence le sait trop à leurs pilleries.....Janot marcha le premier vers Antibes, en passant par Nice pour voir sa dame, et se faisant escorter, sur mer, par cinq galères d'André Doria..... Le seigneur d'Antibes, Gentifalot, se défendit bien; mais, ne pouvant résister au nombre, il se retira vers Grasse, puis à Brignolles, puis à Aix avec nos soldats..... Cependant nos campagnes étaient fiérobrûlodévastées..... Les peuples se lamentaient, disant: «Nous avons sué, nous avons semé, et la guerre nous enlève le fruit de nos sueurs et de nos semences...» Patience! criaient nos gens d'armes..., notre roi vous confortera..... Belle chienne de patience! reprenaient les peuples; nous allons devenir errans sur la terre comme des Bohémiens sans feu ni lieu...» Subito l'espérance renaît... Janot l'imperlateur ne pourra vivre avec ses ribauds dans un pays dévastobrûlé..... Il ne faut que le harceler devant, derrière et de côté, tandis que nos gens d'armes s'assembleront pour, puis après frotti frotter son orde échine..... Allons, presto, assemblons les gens d'armes!..... Les gens d'armes s'assemblent... Grand roi! vous cherchez un lieu sûr pour asseoir votre camp... vous croyez l'avoir trouvé sur le mont Barret, près d'Aix....; mais le sage Montmorency ne juge pas la place bonne pour le camp et veut l'établir sous Avignon, en laissant seulement 6,000 hommes pour protéger la ville d'Aix..... Bientôt même l'ordre est donné d'évacuer cette noble cité, avec invitation à chacun d'emporter son bien..... Que de cris! que de larmes!..... Déjà l'Espagnol avait occupé Grasse, Brignolles, et s'acheminait sur Aix par Saint-Maximin, près Marseille... Entre Brignolles et le château de Gaylet, la bande française lui frotta un tantinet les os dans une escarmouche....; pourtant il fallut lui céder, et le ribaud se crut triomphant... Le voilà plantant son camp sur les bords du Rhône, au plan d'Alhan... Là, copieusement fourni de toutes choses hormis de pain, il se met à banqueter sous ses tentes et à manger nos raisins...; la foire le prit lors au ventre...Ullum cristerium, pro cullo, nemo petebat,De rossignolo, merdas, armata, chiabat, etc.Que de gens illustres il avait avec lui!..... Le duc de Savoie, le bossu, le cocu que nous voulions priver de son duché, du Piémont, de la Bresse et même de Nice, et à grande raison, car c'est un gille qui laisse porter les chausses à sa femme, et ladite femme est tout encarognée de colère contre nous... Le marquis de Saluces, traître à qui nous avions confié le commandement de nos armées... Que Dieu lui concède damnation dans l'autre monde!... Ce ribaud d'Antoine Leva, maladif, grand guerrierde langue, qui se fait porter par les paysans comme une relique... songecreux, maudevin, bon conseiller de malices..., puis le duc de Bavière, puis Ferrand, marquis du Guast, puis le duc d'Albe... Les méchans s'entourent de méchans... L'armée de ces brûlovoleurs semblait si grosse que de nous devoir sans miséricorde avaler...; mais néant!.. Il en demeura bien dans les champs de Provence 20,000 de ces imperlatoriaux, qui servirent de friandise aux chiens et aux loups..... Ils y restèrent les ribauds sans que les cloches aient tintinnabulé leur glas, sans que prêtre de Dieu ait chanté pour euxde profundis... Ils rendaient leur ame par terre et non au lit, et n'avaient point d'amis près d'eux en mourant... Les malheureux n'en ont pas... Donc Janot l'Espagnol, Tudesque, Italien, s'avançait en France, en ferme foi de nous escoffier..., se croyant redoutable à Dieu même, parlant aux saints avec bonté, jurant qu'il ne lairrait cheux nous pierre sur pierre... Il marchait avec cavaliers lombards, agiles comme des lièvres, avec arquebusiers, piquiers, artilleurs... La terreur les précédait... Les mères s'enfuyaient devant lui, portant leurs nouveau-nés sur leur dos... Les femmes grosses allaient accoucher dans les bois ou parmi les roches... A bon droit défilait-on, car jamais, sur terre, il ne se vit une si perverse canaille, pas même chez les Turcs...Omne scelus faciunt non metuendo Deum...Ces coquins de Nissars et de Génois remplissaient leurs barques de butin français et l'emportaient chez eux par mer... Tout doux!... Un jour la Provence vous traitera comme vous l'avez traitée!... Alors vous lui crierez pardon, ribauds!... mais elle vous répondra: taisez-vous!... Non, la muse se refuse à exprimer les indignités que ces mécréans commirent...Establum faciunt de gleisis gens maledicta.Latrinas culi, mesprisiando Deum.Et corpus Christi per terram sæpe gitando, etc.Dans la grande église de Saint-Sauveur, à Aix, ils ne laissèrent ni reliques, ni vases sacrés... Alors, grand roi, vos paysans de Provence s'émurent..., ils s'armèrent, qui de bâtons, qui de rapières, qui de broches; ils se répandirent autour du camp ennemi, tombant sur ceux-ci quand ils dormaient, sur ceux-là quand ils buvaient, sur les gens isolés, sur les enfans perdus, et les tuant de la meilleure volonté possible... Leur demandait-on la vie? les paysans répondaient: à la mort!... Pourquoi êtes-vous venus ici manger nos gallines, ribauds! à la mort!... Et les soldats d'Espagne rendaient la pareille aux paysans qu'ils prenaient... C'était une désolation...Testiculos illis extra de ventre tirabantCum cordis valde testa ligata fuit, etc., etc.Ah! guerre rustique! on ne peut se figurer combien vous êtes cruelle!... L'imperlateur n'était pas où il croyait d'abord en être... S'il abandonnait un village sans l'occuper, ce village se rébellait sur ses talons... S'il y laissait quelques soldats, les villages d'alentour se levaient pour accourir à l'égorgée de la garnison, ainsi qu'on le vit arriver à Saint-Maximin... Mais je veux raconter ce que fit la brave ville de Soliers, ma patrie... Un trompette vient un jour la sommer de se rendre... Le peuple répond qu'il aime mieux mourir... Seconde sommation accompagnée de douces paroles...Hispani flatant quando trahire volunt;Quando petunt aliquid, per dulcia verba babilhant.....Réponse que les épées sont prêtes, et que s'il ne se retire on le frottera... Troisième sommation avec menace de mettre la ville à feu et à sac... Aussitôt toutes les cloches de la ville de tocsiner..., toutes les cloches de la campagne drelindinent pareillement... L'Espagnol attaque, mais il perd bon nombre des siens avant de prendre la ville et de la saccager... Enfin Soliers fut saccagé... J'y perdis mes meubles et ma maison... Que le diable torde le cou à l'Espagnol!... Le fort de Toulon ne se distingua pas moins en tirant sur les galères de Doria... Partout les ennemis étaient reçus à l'infernal... Hélas! ils pénètrent dans la ville d'Aix..., ils incendient le palais..., ils envahissent les salles du parlement, et font demander à nos magistrats de rendre la justice au nom de Janot... Mais tous absens, tous fidèles à la France, font défaut à la cour... (Ici Aréna nomme tous les membres des diverses cours de Provence, en mêlant à leurs noms d'ingénieux éloges que la mémorable circonstance qui les amène rend précieux pour leurs familles.) Comment représenter les excès des impériaux?... Ils affament, ils ruinent la ville et ne s'arrêtent que lorsqu'ils se voient eux-mêmes en butte à la famine et à la misère... Alors ils regardent le ciel, les insensés, et s'écrient: «Grand Dieu! nous sommes coupables..., secourez-nous!...» Mais le Dieu qui gouverne les astres est sourd aux prières des ribauds... Dans leur désespoir, ils eussent consumé la cité d'Aix entière, sans les supplications des moines observantins, des religieuses de Sainte-Claire et de celles de Nazareth... Pendant qu'ils couraient la campagne pour chercher des vivres, heureusement pour eux, André Doria leur amena un fort secours d'argent et de biscuit...Cela les mit en goût d'aller ruiner la cité d'Arles... L'épouvante, à leur approche, avait saisi les habitans...; mais le lieutenant de justice les rassure... J'irai trouver Montmorency, leur dit-il; je lui demanderai de visiter nos murs et de nous aider à les défendre... Il dit, et cavalcando, eperonando, va trouver Montmorency dans Avignon la sainte, où sont de belles femmes pro rigolando... Montmorency répondouid'un signe de tête et tient parole... Il visite la cité d'Arles et la met en état de se bien défendre, lui laissant le prince de Melfe avec Bonneval... Les gendarmes y affluent de toute part et se logent en maîtres dans les maisons... Les amis font bonne cuisine aux frais des habitans et les paient ensuite en jetant leurs meubles par les fenêtres et les piédauculant s'ils soufflent un mot du procédé... Telle est la guerre... Elle se fait toujours aux dépens de Jacques Bonhomme...Triste quid est aliud bellum, quam missa per orbemPublica tempestas, diluviumque domus?...Les femmes les plus illustres, madame d'Alène, madame de Beaujeu portent elles-mêmes de la terre aux remparts dans des corbeilles... On est bientôt prêt à recevoir l'ennemi... Sur ces entrefaites, le marquis du Guast se présente... Il voit ces murailles hérissées de défenseurs... Il voit la cité d'Arles, entourée par le Rhône, le narguer comme une reine au sein des eaux... Il recule et bien lui prend, car s'il se fût obstiné, rudement il eût été frotté avant d'être jeté dans le fleuve... Vive la cité d'Arles! puisse-t-elle bragarder semper!... Le capitaine du Guast voulait prendre Tarascon, saccager Sainte-Marthe, passer par bateaux à Roses, traverser le Languedoc et regagner l'Espagne...; il se flattait... Tarascon et Beaucaire ne furent pas de son avis... Il retourne alors sur Marseille...; néant... Notre-Dame-de-la-Garde garde Marseille... Quand l'imperlateur vit cette courageuse ville si bien fournie qu'elle était de soldats, de canons, de galères de toute grandeur: «Arrière, arrière, dit-il, le diable ni César ne prendraient Marseille; elle est trop vaillante et trop fortifiée...» Ce dit, il se retirecula et rejoignit son Antoine Leva qui, de présent, se moribondait d'éthysie, et qui lui fit l'allocation suivante: «César!fuge littus avarum!Fuyez la Provence!... Nous ne pouvons rien contre la fortune...; cette garce est pour la France... Fuyez! autrement les Français sortiront de leur camp d'Avignon, et vous aurez sur l'échine!... Je vais mourir... croyez m'en donc!... Retirez-vous en sage et galant homme!...» Comme il achevait ces mots,le ribaud, il expira désespéré et s'en alla droit aux enfers... Là, Pluto proserpinait le prince des diables avec les siens... Leva leur cria: «Je suis à vous...; je vous appartiens pour avoir conseillé d'attaquer la France..., pour avoir empoisonné le Dauphin à Madrid... Il est vrai que je n'étais pas seul à verser le poison et que quelqu'un m'a bien adjudé comme le confessa le comte de Montécuculi sous la main du bourreau...» Qui fut ratepenaudé par la mort d'Antoine de Lève? ce fut Janot l'imperlateur... Il ne mangeait ni ne dormait plus... Antoine! mon ami! que deviendra mon empire sans toi?... Maudite mort! maudit destin!... Tandis que l'imperlateur se morfondait ainsi en hélas, un messager survient qui lui apporte de méchantes nouvelles d'Avignon... Le roi François est arrivé au camp... Sa vue a enflammé ses troupes... Un cri a retenti:France! France vivat...Les larmes coulaient de tous les yeux, les canons tonnaient, les arquebuses pétaient, les étendards flottaient, ensemble les banderolles... On eût dit que le paradis avec les chérubins descendait sur terre... Notre roi était armé de pied en cap... Le coursier qu'il montait, bardé de fer et d'or ciselé, bondissait sous lui sans le secours des éperons... Il n'y a point, dans l'univers, de si gaillarde lance que notre roi... C'est la guerre qui l'a créé...Guerra creavit illum...Avec cela, doux au peuple et bon compagnon pour tous... Les seigneurs de France l'escortaient ayant le grand maître Montmorency à leur tête... Le camp est levé... L'armée s'avance d'Avignon... Elle forme bien 100,000 hommes avec les paysans qui s'y joignent, et la présence du roi seul en vaut 20,000... A cette approche formidable, Janot se met à pleurer... «Hoïmé, soldats, dit-il aux siens, la fortune est une ribaude...; prenez sur vous pour cinq jours de pain et détalons d'ici faute de quoi nous ferions triste fin...» Ces mots à peine achevés, vous eussiez juré que trente mille diables remuaient la plaine d'Alhan..., et le boute-selle de sonner, et les chevaux de galoper toupatata patatou... A l'étendard!... Heli! Heli!... en Italie!... détalons!... Si France nous prenait, ce ne serait pour nous péché véniel... «Dieu! je suis deshonoré!... moi qui ai vaincu le Turc, qui ai pris Tunis, qui ai fait sauter les galères de Barberousse, moi forcé de me retireculer sans livrer bataille!...» Ainsi se désolait l'imperlateur, et cependant il cherchait à prix d'or, parmi les paysans, quelques espions qui voulussent aller à la découverte de la marche des Français...; mais il n'en trouva pas un seul dans toute la Provence... La retraite des impériaux une fois commencée, le roi de France dépêcha contre eux le sénéchal et le comte de Tende... On lespoursuivit l'épée dans les reins... Les paysans s'y mirent, et chaque jour on tuait de ces ribauds à belles douzaines...Propter Hispanos mortos et lansquenetos,Patria, pro vero, fœtida tota manet.Enfin Janot confia les débris de son armée au marquis du Guast qui, vaille que vaille, les ramena en Italie, pendant que lui, honteux et dolent, fut conduit à Gênes sur les galères de Doria... Vaillant roi de France! grâces vous soient rendues!... vous nous avez sauvés!... vivez à jamais!... que votre glorieuse mémoire soit impérissable!... et donnez à votre serviteur un petit emploi pour banqueter... Sire! avisez-y... Je ne veux qu'une épouse qui soit vierge, riche, belle et sage, pour vous chanter, pour vous bénir!...O rex bone! vole!Moi, Antoine Aréna, j'écrivais ceci étant avec les paysans de Provence, par les bois, montagnes et forêts, lorsqu'en l'année 1636 l'empereur d'Espagne et toute sa gendarmerie, faute de pain, dévastaient nos vignes et vinrent puis après foirer sans clystères dans la ville d'Aix.Il y a beaucoup de verve et d'esprit dans cet ouvrage. Toutefois Aréna ne vaut pas Merlin Cocaïe, il s'en faut de toute la distance de l'esprit au génie.NOUVELLE MORALITÉD'UNE PAUVRE FILLE VILLAGEOISE;Laquelle ayma mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur; faicte à la louange des chastes et honnestes filles, à quatre personnaiges, sçavoir: le Père, la Fille, le Seigneur et le Valet.Imprimé sur un ancien manuscrit, et inséré dans la collection de différens ouvrages anciens, poésies et facéties, ditele Recueil de Caron[51], faite et publiée par les soins de Pierre-Siméon Caron. Paris, 1798—1806, 11 volumes petit in-8, dont il n'a été tiré que 56 exemplaires, dont 12 en papier vélin, 2 en papier bleu, 2 en papier rose, et un seul sur peau de vélin. (Voir, pour les détails bibliographiques et biographiques relatifs à cette rare collection, l'ouvrage curieux et savant de M. Charles Nodier intitulé:Mélanges tirés d'une petite bibliothèque.)ETMORALITÉ NOUVELLE TRÈS FRUCTUEUSEDE L'ENFANT DE PERDITION,QUI PENDIT SON PÈRE ET TUA SA MÈRE:Et comment il se désespéra. A sept personnaiges, sçavoir: le Bourgeois, la Bourgeoise, le Fils, et quatre Brigands. A Lyon, chez Pierre Rigaud, 1608.Réimprimé sur le seul exemplaire connu, lequel se trouvait dans la bibliothèque de Louis XVI, à Versailles, et se voit maintenant dans la bibliothèque royale, et inséré dans le précieux Recueil de Farces gothiques rares, fait et publié à très petit nombre d'exemplaires par les soins de M. Crozet, libraire. Paris, 1 vol. pet. in-8 contenant 19 pièces. 1827-28.(1536-40—1608—1798—1827-29.)Il y a, nous le pensons, une instruction littéraire importante à tirer du rapprochement de ces deux moralités, dont l'une estpathétique, celle de la chaste villageoise, et l'autre horrible, celle de l'enfant de perdition. C'est, en effet, dans ces premiers efforts de l'art que les vrais principes qui le constituent deviennent frappans d'évidence. Il n'y a pas moyen de s'y tromper à une époque où ils agissent pour ainsi dire d'eux-mêmes, et sans le secours des prestiges que, plus tard, un style plus élégant, une plus grande expérience des effets de la scène peuvent leur prêter. On voit donc ici clairement que l'intérêt dramatique, ainsi que l'a proclamé Aristote, consiste dans les situations et les caractères mixtes, ceux où la terreur et la pitié se balancent, et non dans les extrêmes qui excitent l'horreur ou le mépris. Nos poètes modernes feront bien de méditer là dessus.En rangeant la première de ces deux moralités sous l'année 1536, et la seconde sous l'année 1540, sans dire pourquoi, les frères Parfait ont probablement fait une transposition; et très certainement ils ont commis cette erreur, si, comme nous penchons à le croire, les deux ouvrages sont de la même main très habile; c'est à dire toujours, selon nous, de Jean Bouchet: car il n'est pas présumable qu'un auteur, une fois qu'il a découvert le secret capital de l'art, l'oublie ou n'en tienne compte. Quoi qu'il en soit, voici l'analyse de ces moralités remarquables qui compléteront ce que nous avons cru devoir recueillir en ce genre, parmi plus de trente pièces que les curieux nous ont transmises.Moralité de la pauvre fille villageoise.—Le père commence en ces mots:Ma fille!—Que vous plaît, mon père?—Ne m'est-ce pas douleur amère que Dieu ait défait mon ménage?—Père! cessez ce desconfort, etc., etc.—Servir je vous veulx pour certain—tant qu'il plaira au créateur.—Fille! tu m'éjouis le cueur!—Quand j'entends ta douce loquence,—ta bonté passe ma douleur, etc., etc.—Mon père! il est temps de dîner;—vous plaist-il ceste busche fendre?—Ce tableau des soins du ménage à l'aide desquels cette tendre fille cherche à distraire le veuvage de son père est une peinture digne d'Homère ou de la Bible; et le père, qui termine cette scène antique par des louanges à Dieu, y met le sceau de la perfection. Mais voici un contraste terrible qui va commencer l'action. La scène change; le seigneur du lieu paraît suivi de son valet et vêtu de beaux habits.—Que dit-on de moy quand je vais par voye?—Suis-je pas beau?—On dit que d'icy en Savoie—n'y en a pas un aussi net.—Ha! que tu es un bon valet! etc., etc.—Mais je sens amoureuse jeunesse, etc., etc.—Se tu sçais fille ne princesse,—pour m'esbattre, si la recorde!—J'en sçay une, etc., etc.—Mais son chaste cueur homme n'aborde, etc., etc.—Parma foy! j'en suis féru:—Qui est-elle?—La fille au pauvre Groux-Moulu,—Esglantine au beau corps menu.—Son père est mon vassal; va le trouver! promets-lui qu'après mon plaisir je la ferai marier et lui donnerai de grands présens.—Le valet part pour sa honteuse ambassade: il aborde la jeune Esglantine en messager impudique et grossier. La chaste fille le repousse avec mépris. Il revient tout confus raconter sa mauvaise réception au seigneur qui, plus enflammé par la résistance, ordonne à son valet de retourner et de faire agir la menace. Le valet obéit et trouve le père et la fille ensemble occupés à louer Dieu.—Je suis aussi pauvre que Job, dit le père;—mais toutes fois j'ay suffisance, etc., etc.—Puisque ma fille en pacience—me tient loyale compagnie, etc., etc.; à quoi la fille répond par cette prière:Douce mère du fruit de vie!Regnant en gloire triumphanteDessus la haute gérarchieDes anges ou chascun d'eulx chante,En vous louant, vierge puissante,Par leurs doux chants très amoureux,Préservez vos pauvres servantes,Par grâce! de faits vicieux!Le valet interrompt ces touchantes paroles par de nouvelles propositions plus infames et plus violentes. La fille écarte ce misérable avec indignation. Le père veut l'assommer et le chasse. Nouveau récit fait au seigneur; nouvelle colère de cet homme impétueux.—Comment ce villain malostru—lui fault-il mon vouloir briser?—Je porterai mon branc d'acier,—foy que je dois à Saint-Richier!—il aura des coups plus de cent, etc. Arrivé chez le paysan:—Villain! de rude entendement, dit cet homme,—qui te meut d'estre si hardy?—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!etc., etc.—Fausse garce, vous y passerez!—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!—Mercy? coquin, vous y mourrez!—Le père effrayé s'écrie:—Tout vostre plaisir en ferez;—où force règne droict n'a lieu.—O Jésus-Christ! souverain Dieu!—De pitié et miséricorde, dit la fille:—Tu seras liée d'une corde, reprend le seigneur; et le valet de répéter deux fois:—Tu seras liée d'une corde!Esglantine demande pour dernière grâce une heure de répit, afin de parler à son père. On lui accorde cette heure, et c'est ici que le pathétique est à son comble. Que fait cette vertueuse fille dans son entretien dernier avec son père? Elle le supplie, elle le conjure de lui trancher la tête avec sa cognée.—Mon cher enfant! ma géniture!—La chair de mon corps engendré!—Possiblen'est à créature humaine, etc., etc.—Mon père, je mourray de ma main,—et si par vous je suis damnée,—je proteste m'en plaindre à plein—devant le juge souverain.—Mon cueur se rit et mon œil pleure, dit alors le père, en voyant tant de vertu dans sa chère fille; et le seigneur cependant est aux écoutes. La fille, pressant de plus en plus son père, ce malheureux père se dispose à frapper le coup fatal, quand le seigneur s'élance et dit au paysan:—Que feras-tu?—meschant! tu en seras pendu!—Monseigneur!s'écrie la jeune fille,—j'ay requis en piteux langage—mon père de moy décoller, etc., etc.—Cher seigneur! vous devez garder—vos subjects par vostre prouesse,—et vous me voulez diffamer!etc., etc.—J'ayme mieux mon temps conclure—maintenant honneur et sagesse.—Ces derniers mots fléchissent enfin le seigneur.—O vénérable créature, lui dit-il:—Sur toutes bonnes la régente,—je renonce à ma folle cure;—pardonnez-moy! pucelle gente!etc., etc.; et il prend une couronne de fleurs et il la lui met sur la tête en l'appelantfontaine de chasteté; et il fait le père intendant de ses biens avec de grands présens; et il reçoit tout en pleurs les remercîmens du père et de la fille; mais il n'épouse pas Esglantine, ce qu'aujourd'hui nos poètes lui auraient fait faire et ce qui eût été une faute impardonnable contre le costume et les mœurs du temps.MORALITÉ DE L'ENFANT DE PERDITION.Le bourgeois ouvre la scène par des plaintes amères contre les déréglemens de son fils—Ma femme! tu l'as trop flatté dans son enfance, etc., etc.—La bourgeoise essaie de calmer les chagrins de son mari. Tous deux vont à la messe pour se réconforter. Aussitôt le théâtre est occupé par les quatre brigands et le fils du bourgeois. On forme un complot pour détrousser des marchands. Le deuxième brigand renchérit sur le complot et engage le fils à tuer sonvieillard de père.—Si j'avais un vieillard de père—qui me détînt par vitupère—mon bien si très estroitement,—de mes deux mains villainement—l'estranglerois par grand outrage.—L'avis est soutenu pas les trois autres brigands. Le fils agrée cette monstrueuse proposition; il court droit à son père qu'il aperçoit:—Sus! ribaud père! sçay te quoi—pour avoir paix avec moy?—il te convient bailler argent.—Le père répond par de vifs reproches.—Sus! sus! vieillard, c'est trop presché!—dit un brigand.—Despêche-toy,ajoute le fils.—Las! mon enfant, en bonne foy,—je ne soustiens denier ne maille.—Alors le fils lui met la corde au cou.—Las! mon enfant, prends à mercy—ton pauvre père! veux-tu défaire—cil qui t'a faict?—Despêche-toy!—Las! que dira ta pauvre mère?etc., etc.—Je t'ay nourry en ma maison,—et maintenant faut que je meure.—Despêche-toy.—Las! tu me deusses secourir—et me nourrir—sur ma vieillesse,—et de tes mains me fais périr!etc., etc.—Au moins je te pry supporter—et mieux traiter—ta pauvre mère,—despêche-toy!—Mon cher enfant! las! baise-moy—pour dire adieu au départir, etc.—Adieu, mon fils! mon enfant cher!—Ici le fils pend son père.—Quand ma mère verra cela, dit-il après son parricide,elle criera comme une folle.—Eh bien! reprend un brigand,il ne faut que ton couteau traire—et lui donner dedans le corps.—Le fils consent. Sur ces entrefaites, arrive la mère qui, voyant le cadavre de son mari pendu, se met à crier et à pleurer. Elle interroge son fils, le soupçonne.—Vous en avez menti! coquarde!—O desloyal garçon mauldict!etc., etc.—Allez, voilà vostre payement!dit le fils, et il poignarde sa mère, qui expire en s'écriant:Jésus! Jésus!Et les monstres de courir à la maison pour la dévaliser. Alors le quatrième brigand propose à ses compagnons de se défaire du fils pour avoir plus grosse part du butin.—Non, dit un autre,vaut mieux le piper au jeu.—On joue au dez; le fils perd tout ce qu'il a d'un seul coup, et les brigands le quittent.Sa désespérationcommence avec sa misère.—O misérable faux truand!se dit-il à lui-même,—où iras-tu? que feras-tu?—Il fait son testament:—A Lucifer premièrement—teste et cervelle je luy donne,—et à Satan pareillement,—la peau de mon corps luy ordonne;—mes bras à Astaroth abandonne, etc., etc., et il finit par ces mots:—A tous les diables me command!—La première moralité est excellente, celle-ci est détestable: enfans des muses, cherchez pourquoi![51]On ajoute quelquefois à cette collection plusieurs pièces du même genre qui lui sont étrangères. Notre exemplaire, relié par Lewis, en Angleterre, contient, par exemple, 23 pièces; mais le recueil est complet avec les 12 articles énoncés par M. Brunet, dans sonManuel du Libraire et de l'Amateur.VINGT-DEUX FARCES ET SOTTIESDe l'an 1480 à l'an 1613-1632; tirées de la Collection de divers ouvrages anciens, par Pierre-Siméon Caron; et du Recueil de Farces gothiques, publié par M. Crozet, libraire.(De l'an 1480 à l'an 1613—1622—1798—1806-13-28.)Entre la Farce de Pathelin, la meilleure, la plus ancienne de toutes les pièces de ce genre, pièce que l'on s'obstine à croire anonyme, quoique M. de la Vallière l'ait attribuée à Pierre Blanchet[52], et la Farce de Gauthier Garguille et de Perrine sa femme, également anonyme, l'une des dernières et des plus cyniques de ce graveleux répertoire, se place une innombrable quantité de ces opuscules comiques, dont à peine cinquante nous avaient été conservés. Nous nous bornerons à donner l'extrait de quelques uns, en choisissant soit les plus piquans, soit ceux que MM. de la Vallière, Beauchamps et Parfait n'ont point analysés. Tout légers que paraissent ces titres desEnfans Sans Soucy, les dédaigner serait injuste; ils ont leur importance dans l'histoire de notre théâtre aussi bien que dans celle de nos mœurs; si bien que Gratian du Pont, dans sonArt de la Rhétorique, ne craint pas d'en assigner les règles, en disant que laFarcene doit pas avoir plus de 500 vers. Nos comédies en un acte sont évidemment dérivées de ces productionsrécréatives,historiques,facétieuses,enfarinées, etc., dont le domaine s'est partagé, vers 1613, entre nos théâtres et les tréteaux; et il faut remarquer que, de toutes les espèces de drames, c'est la seule qui ait eu des succès constamment progressifs, depuis 1474 environ, époque de sa naissance, où ses triomphes souvent sont marqués par de véritables chefs-d'œuvre de naturel, de malice et de gaîté.1.Farce nouvelle et récréative du médecin qui guarist de toutes sortes de maladies et de plusieurs aultres: aussi faict le nés a l'enfant d'une femme grosse, et apprend a deviner: c'està sçavoir quatre personnages:Le Médecin,le Boiteux,le Mary,la Femme. Cette farce grossière a fourni à La Fontaine l'idée de son joli conte du Faiseur d'oreilles; mais ici ce n'est pas l'oreille que l'ouvrier fait à l'enfant de la femme grosse, c'est le nez. Il y a bien d'autres différences entre les deux ouvrages.2.Farce de Colin, fils de Thénot le maire, qui revient de la guerre de Naples, et ameine un pélerin prisonnier, pensant que ce feust un turc.A quatre personnages, assavoir:Thénot,la Femme,Colin,le Pélerin. Colin, fils de Thénot, revient de Naples où il n'a pas fait d'autres prouesses que de s'enfuir et d'arrêter un pélerin endormi. Dans son voyage il pille la maison d'une pauvre paysanne qui vient se plaindre à Thénot, père, magistrat du lieu. Thénot fait mine d'interroger son fils, qui fait mine, de son côté, de ne rien entendre à la plainte et se perd en récits de l'expédition de Naples. Ce quiproquo entre la plaignante, le juge et Colin, rappelle une des meilleures scènes de la farce de Pathelin, et fait tout le comique de la pièce, dont le dénouement est le renvoi de la plaignante sans justice et le mariage de Colin avec la fille de Gauthier Garguille. Évidemment l'auteur a eu l'intention de ridiculiser les justices de village.3.Farce nouvelle de deux savetiers, l'un pauvre et l'autre riche; le riche est marri de ce qu'il veoid le pauvre rire et se resjouir, et perd cent escus et sa robe que le pauvre gaigne.A trois personnages, c'est à sçavoir:Le Pauvre,le Richeetle Juge. La scène s'ouvre par les chants joyeux du pauvre:Hay, hay, avant Jean de Nivelle,—Jean de Nivelle a des houzeaux,—le roi n'en a pas de si beaux, etc., etc. Le riche s'étonne de rencontrer tant de gaîté dans la pauvreté. Suit un dialogue entre le pauvre et le riche sur les avantages de la médiocrité pour le bonheur, dialogue plein d'agrément et de raison. Jusqu'ici l'auteur est dans la bonne voie, et c'est le sujet de la jolie fable du Savetier et du Financier: mais bientôt il dévie. Son pauvre savetier se laisse persuader d'aller demander à Dieu 100 écus au pied d'un autel. Le savetier riche se cache derrière l'autel et marchande, au nom de Dieu, avec le pauvre, d'abord pour 60 écus, puis pour 90; puis il lui en offre 99, dans l'espoir que le pauvre ne voudra rien démordre de ses 100 écus. Cependant le pauvre prend les 99 écus et s'enfuit, aux grands regrets du riche qui lui crie: «Despéche! rends-moi mes écus!» Le pauvre ne veut rien rendre. Un débat s'élève. Il faut aller trouver le juge en sa cour. Mais le pauvre n'a point de robe pour se rendre au plaids; le richelui en prête une. Arrivés tous deux devant le Juge, le Riche forme sa plainte en termes si confus et le pauvre se défend si naïvement, que le Juge condamne le Riche. Alors le Pauvre, joignant l'ironie à la fourberie (encore une imitation de Pathelin), dit au Riche: «Hay, génin, hay, pauvre cornard!—J'ay ta robe et ton argent;—mais est-elle point retournée?—Non payé suis de ma journée, etc., etc.—Pardonnez-nous, jeunes et vieux;—une autre fois nous ferons mieulx.»4.Farce nouvelle des femmes qui ayment mieux suivre Folconduit et vivre a leur plaisir que d'apprendre aucune bonne science.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Le Maître,Folconduit,Promptitude,Tardive à bien faire. Le Maître fait un appel aux femmes pour leur apprendre à bien vivre. Promptitude et Tardive se rendent chez lui avec Folconduit. Le Maître leur propose toutes sortes de bons livres et de bons préceptes. Les deux consultantes s'en moquent et disent non à tout; elles finissent par se remettre sous la direction de Folconduit, et le Maître leur souhaite bon voyage, en lançant contre les femmes cet anathème:Nulle science ne leur duict;—vérité leur est adversaire,—science ne les peut attraire,—à se taire on peut parler;—d'ailleurs, voulant toujours aller—par ville ou en pélerinage. Adieu.—Cela est bien aisé à dire.5.Farce nouvelle de l'Antechrist et de trois femmes, une bourgeoise et deux poissonnières.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Hamelot,Colechon,la Bourgeoise,l'Antechrist,deux Poissonnières. C'est une querelle de halle à propos de poisson marchandé par la Bourgeoise. On ne sait à quoi revient ici l'Antechrist qui arrive pour culbuter les paniers des Poissonnières, se faire battre et s'enfuir. La scène finit par la réconciliation des deux Poissardes qui vont boire ensemble.—Vadé a donc eu aussi son Jodelle, son Hardy, son Robert Garnier, comme Pierre Corneille.6.Farce joyeuse et récréative d'une femme qui demande les arrérages a son mary.A cinq personnages, c'est à sçavoir:Le Mary,la Femme,la Chambrière,le Sergent,le Voisin. La Femme se plaint à sa Chambrière d'être délaissée de son Mari. La Chambrière lui conseille d'aller trouver le Sergent, pour se faire payer ses arrérages par ordre de justice. Le Sergent expose à la Femme tout le détail des formes judiciaires employées en pareilles causes; mais il n'est pas besoin d'y recourir. Un voisin a si bien prêché le Mari, que celui-ci va chercher sa Femme, et, passant derrière le théâtre, lui paie les arrérages dus, à la satisfaction de la plaignante et du public.7.Farce nouvelle contenant le débat d'un jeune moine et d'un vieil gendarme, pardevant le dieu Cupidon pour une jeune fille; fort plaisante et récréative. A quatre personnages, c'est à sçavoir:Cupidon,la Fille,le Moine,le Gendarme. Au début, Cupidon, assis sur un trône, convoque les amans de tous les pays. Une jeune fille, qui n'est pas encore pourvue, se présente au dieu pour implorer son assistance. Cupidon lui donne bon espoir, mais la détourne du mariage et lui conseille de prendre un ami au jour la journée. La Fille, convaincue par les raisonnemens du dieu qui raisonne le plus mal, se dispose à faire son choix entre un jeune Moine et un vieux Gendarme qui sont venus également demander secours à Cupidon. Les deux rivaux se querellent à qui aura la Fille. Le dieu décide que ce sera le meilleur chanteur de basse-contre. La Fille chante d'abord avec le moine qu'elle trouve à son gré. Le capitaine veut la remise de la cause à huitaine. La Fille n'entend point dedilation.—Prenez-moy, dit le Gendarme;il n'est aboy que de vieux chiens.—A quoi la Fille ajoutequ'il n'est feu que de jeune boys.—Par adventure,—pour faire œuvre de nature,—si ay je encore verte veine.—Bon!s'écrie le Moine;un coup peust estre par semaine;—c'est où s'estend tout son pouvoir.—Je ne le veulx donc point avoir; répond la Fille, et Cupidon adjuge la belle Hélène au Moine, qui compte deux ducats au dieu pour ses habits; et Cupidon de remercier en ces mots:grates vobis, grates vobis.—Le sublime est que le Gendarme donne aussi un écu à Cupidon pour ses habits, ce qui lui vaut deuxgrates vobiset rien de plus.—Cette joyeuseté fait souvenir de la dame des belles cousines et de Damp, abbé.—Les sept farces précédentes ont été réunies en un volume in-12, selon le duc de la Vallière, lequel, publié en 1612, chez Nicolas Rousset, à Paris, est devenu très rare. Ce volume a probablement servi aux réimpressions de Caron.—Ces farces ont été jouées de 1480 à 1500 environ.8.Farce joyeuse et récréative du galant qui a faict le coup.A quatre personnages:Le Médecin,le badin Oudin,la femme Crespinete,la chambrière Malaperte. Pendant que Crespinete est allée en pélerinage, son mari Oudin a fait un enfant à sa chambrière Malaperte; et cela sur le théâtre, par respect sans doute pour l'unité de lieu: mais, au mépris de l'unité de temps, voilà Malaperte qui est grosse et sur le point d'accoucher. Comment cacher cette mésaventure à Crespinete qui va revenir? On court chez le Médecin. C'est un homme habile; il promet de tout arranger, pourvu qu'on lui envoie Crespinete, et que Badin fasse le malade. Badin fait donc le malade et envoie Crespinete au Médecin pour en obtenir remède à son mal. Le Médecin s'écrie, sur le récit de Crespinete, que Badin a unenfant dans le ventre.—Quoi! mon mari enceint?—Oui!—Quel remède?—Il faut tâcher de lefaire coucher avec votre chambrière et qu'elle prenne l'enfant sur son compte. Et Crespinete paraît une femme simple. Elle retourne chez son mari, le prêche si bien, ainsi que sa Chambrière, qu'elle les met tous deux au lit. Aussitôt elle se retire, et de cette façon l'enfant vient au monde sans que le mari s'en mette en peine et sans que le monde en jase.—Jouée à Paris en 1610.9.Sottieà dix personnages, jouée à Genève, en la place du Molard, le dimanche des Bordes, l'an 1523.—A Lyon, chez Pierre Rigaud.Folie,le Poste,Anthoine,Gallion,Grand Pierre,Claude Rousset,Pettremand,Gaudefroys,Mulet et l'Enfant. Cette pièce est une allusion aux malheurs causés par les troubles de religion. Mère Folie pleure son mari Bontemps. Tout d'un coup le Poste ou la Poste arrive de Genève qui apporte des nouvelles de Bontemps. Il n'est point mort. Il écrit, de deux lieues du paradis, qu'il se porte bien et qu'il reviendra quand justice aura son cours et qu'il n'aura risque d'être pendu. Mère Folie lit sa lettre à ses amis qu'elle convoque à cet effet. Grande joie dans la compagnie. On quitte le deuil; on se fait des chaperons blancs avec la chemise sale de mère Folie, et en attendant Bontemps on se met à boire, et puis c'est tout. La compagnie fait sagement, voulant boire, de boire en attendant Bontemps.10.Sottie jouée le dimanche après les Bordes, en 1524, en la justice.—«Monsieur le duc de Savoye et Madame estoient en cette ville et y devoient assister, mais pour ce qu'on ne les alla point quérir et aussi qu'on disoit que c'estoient des huguenots qui jouoient, ils n'y voulurent venir. M. de Maurienne et aultres courtisans y vinrent.—Les enfans de Bontemps estoient vestus de fil noir. A dix personnages:Le Prebstre,le Medecin,le Conseiller,l'Orphèvre,le Bonnetier,le Cousturier,le Savetier,le Cuisinier,Grande Mère Sottie,le Monde.» Cette Sottie est une suite de la précédente. Bontemps n'est point revenu et mère Folie est morte. Que vont faire les orphelins? Grande Mère Sottie vient à leur aide; elle leur dit d'apprendre chacun un métier et les conduit au Monde. Le Monde les interroge un à un, et trouve à redire aux œuvres de chacun, du Conseiller, du Prêtre dont les messes sont trop longues ou trop courtes, de l'Orphèvre, du Bonnetier, etc., etc. Le Monde se trouve malade; il commande aux enfans de Bontemps de porter de son urine au Médecin. Réflexion faite, il va chercher lui-même le Médecin et lui confesse qu'il est malade destristes prédictions qui circulent par tout.—«Et tu te troubles pour cela?» répond le Médecin:«Monde, tu ne te troubles pasDe voir ces hommes attrapardsVendre et acheter bénéfices;Les enfans ez bras des nourrices,Estre abbés, évesques, prieurs,Chevaucher très bien les deux sœurs,Tuer les gens pour leurs plaisirs, etc., etc.»Veux-tu guérir?—Oui.—Passe, et ne t'arreste en rien—à ces prognostications, etc.—Et vous tous, enfans de Bontemps, soyez, pour plaire au Monde, soyez bavards, ruffiens, menteurs,—rapporteurs, flatteurs, meschants—gents et vous aurez chez lui Bontemps.—Alors on habille le Monde en fou, et la toile tombe.11.Le mystère du chevalier qui donna sa femme au diable.A dix personnages, assavoir:Dieu, Notre-Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, sa Femme, Amaulry, escuyer; Anthénor, escuyer; le Pipeur et le Diable. Ce n'est pas là un vrai mystère, mais, sous ce nom, une farce moralité, du genre de celles que les confrères avaient permisaux Enfans Sans Soucyde représenter. On le reconnaîtra facilement à la nature et à la marche de l'action.—Un Chevalier, ébloui de sa fortune, dépense son bien à tort et à travers avec ses deux écuyers qui sont ses flatteurs et qu'il comble de présens. La Femme du Chevalier est une personne pieuse et sensée. Elle fait en vain à son mari de sages remontrances; on l'envoie promener; on lui dit de se taire; on l'appellecaquetoire: enfin elle est contrainte de se résigner, ce qu'elle fait en s'adressant à la Vierge Marie:«Haulte dame, dit-elle,Garde sa poure ame!Que mal ne l'entameDont puisse périr.Ta douleur réclameQue mon cœur enflammeTant qu'enfin la flammeNe puisse sentir, etc.»Les craintes de la vertueuse épouse ne tardent pas à se réaliser. Vient un Pipeur de dés. Le Chevalier perd tout son bien avec le Pipeur et ses deux écuyers. Alors ces Messieurs l'abandonnent. Il entre dans le désespoir. Le diable, qui guette l'ame du Chevalier et celle de la dame, offre ses services. Il promet au malheureux de lui rendre une grande fortune s'il consent à s'engager et à lui engager sa femme, le tout livrable dans sept ans. Le Chevalier signe l'engagement, redevient riche et retrouve ses deux flatteurs.«Anthenor, dit Amaulry, je suis bien joyeux,»Monseigneur si est remplumé, etc.»Ces misérables sont accueillis comme par le passé. La vie joyeuse recommence, et le Chevalier envoie paître sa femme tout de nouveau. Vient enfin le moment de se donner au diable. Le Chevalier conduit sa femme tristement à l'endroit convenu. Celle-ci, soupçonnant quelque mésaventure, demande à son mari de la laisser entrer dans une église, ce qui lui est accordé. Elle y fait une si ardente prière, que la Vierge Marie se charge de délivrer les deux époux des griffes du diable. Par son intercession, Dieu, suivi de Gabriel et de Raphaël, apparaît, et quand le diable se présente, il trouve à qui parler et n'a que le temps de s'enfuir chez Lucifer en blasphémant. De cette façon, le Chevalier garde sa femme, son ame et son argent. Il ne faut pourtant pas que tous les maris s'y fient; nous ne sommes plus au temps des mystères.12.Farce nouvelle du meusnier et du gentilhomme.A quatre personnages, à sçavoir:l'Abbé, le Meusnier, le Gentilhomme et son Page. A Troyes, chez Nicolas Oudot, 1628.—Un gentilhomme nécessiteux veut tirer 300 écus d'un abbé de son vasselage, et le taxe à cette somme, à moins qu'il n'en reçoive réponse aux trois questions suivantes: 1o. Quel est le centre du monde? 2o. Combien vaut ma personne? 3o. Que pensai-je en ce moment?—L'Abbé, fort en peine, conte son embarras à son meunier, qui le tire d'affaire en se chargeant des habits et du rôle de l'Abbé. 1o. Dit le Meunier au Gentilhomme, mettez un genou en terre; voilà précisément le centre du monde, et prouvez-moi le contraire; 2ovous valez 29 deniers, car Dieu ne fut vendu que 30 deniers par Judas, et ce n'est pas affaire que vous valiez un denier de moins que Dieu; 3ovous pensez que je sois l'abbé, tandis que je ne suis qu'un meunier à sa place. La plaisanterie réussit, et le Gentilhomme, fidèle à sa foi, renonce aux 300 écus.13.Joyeuse farce, à trois personnages, d'un Curia qui trompa la femme d'un Laboureur; le tout mis en rhythme savoyard, sauf le langage du Curia, lequel, en parlant audit Laboureur, escorchoit le langage françoys, et c'est une chose fort récréative: ensemble la chanson que ledit Laboureur chantoit en racoustrant son soulier, tandis que ledit Curia joyssait de la femme du Laboureur; puis les reproches et maudissions faictes audit Laboureur par sa femme, en lui remonstrant fort aigrement et avec grand courroux que c'estoit luy qui estoit la cause de tout le mal, d'autant que l'ayant menacé à battre, elle ne pouvoit du moins faire de luy obéir, par quoi le Laboureur oyant l'affront que lui avoit faict le Curia, se leva de cholère, et demandoit son épée et sa tranche ferranche pourtuer le Curia, mais sa femme l'apaisa.—A Lyon, 1595.—Le titre de cette pièce suffit à son analyse.14.Comédie facétieuse et très plaisante du voyage de frère Fécisti en Provence, vers Nostradamus: pour sçavoir certaines nouvelles des clefs du paradis et d'enfer que le pape avait perdues.—Imprimé à Nîmes, en 1599. Frère Fécisti, nommé ainsi pour avoir été fessé par les moines de son couvent à l'occasion d'une fille qu'il avait abusée, va en Provence consulter Nostradamus. En chemin, il rencontre Brusquet qui,sans être huguenot, le tourne en ridicule et lui prédit la potence. Brusquet poursuit son moine jusque chez le prophète, dont il se moque aussi bien que de frère Fécisti. Le moine ne veut pas d'abord dire son secret à Nostradamus devant Brusquet; mais il s'y résout sur l'assurance que Brusquetne vient pas de lieu—où les huguenots se nourrissent.—D'où vient-il donc?—D'où les diables pissent,—vers la Sorbonne de Paris. Or, frère Fécisti vient de la part du pape savoir des nouvelles de ses clefs. A chaque mot qu'il prononce, Brusquet l'interrompt par un lazzi huguenot. Nostradamus demande 24 heures pour répondre. En attendant cette réponse, Brusquet turlupine le moine, l'appellesot, larron, asne. Frère Fécisti se fâche à la fin, et la farce finit par bon nombre de gourmades entre lui et Brusquet. Cependant la réponse de Nostradamus n'arrive pas; elle n'est venue que de nos jours.15.Farce nouvelle, très bonne et très joyeuse de la cornette.A cinq personnages:Le Mary,la Femme,le Valet et les deux Nepveux; par Jehan d'Abundance, basochien et notaire royal de la ville de Pont-Saint-Esprit, 1545. C'est une jolie comédie dont Molière aurait pu profiter. Elle montre à quel point une femme qui s'est emparée de l'esprit de son mari peut impunément pousser la tromperie. Celle-ci, d'accord avec son valet Finet, tire de gros présens d'un chanoine et de bons services d'un jeune garçon. Les deux neveux du mari l'avertissent de tout ce manége, en insistant sur les circonstances; mais la dame a pris les devants en prévenant son cher époux, les larmes aux yeux, des calomnies de messieurs les neveux: aussi les reçoit-on vertement, et jamais il n'y eut de ménage moins troublé quand la pièce finit.16.Farce plaisante et récréative sur le tour qu'a joué un porteur d'eau dans Paris, le jour de ses noces, 1632.Le Porteur d'eau, l'Espouse, sa Mère, l'Entremetteur, les Violons, les Conviez.Que d'aigrefins ont imité le Porteur d'eau de 1632, lequel, étant accordé avec une jeune fille dont il a reçu de l'argent et un manteau, s'enfuit au moment du repas de noces etlaisse sa fiancée, les parens et les convives se débattre, pour le paiement, avec le traiteur et les violons.17.Tragi-comédie des enfans de Turlupin, malheureux de nature, ou l'on voit les fortunes dudit Turlupin, le mariage entre lui et la boulonnoise, et aultres mille plaisantes joyeusetez qui trompent la morne oysiveté.—A Rouen, rue de l'Horloge, chez Abraham Couturier. Pièce assez drôle, où les divers personnages sont tous plus malheureux les uns que les autres, se querellent, se battent, puis se consolent en buvant ensemble: grotesque image de la vie humaine.18.Tragi-comédie plaisante et facétieuse intitulée la subtilité de Fanfreluche et de Gaudichon, et comme il fut emporté par le diable.—A Rouen.—Acteurs:Fanfreluche,Gaudichon,le Vieillard,la Vieille,le Docteur,Bistory,valet de Fanfreluche,le Diable,la Mort. Rien de si obscur et de plus tristement plat que cette pièce, où l'on voit le diable emporter un latiniste manqué, nommé Fanfreluche, qui s'est marié à Gaudichon, uniquement pour la satisfaction du vieux père et de la vieille mère de la demoiselle.19.Farce joyeuse et profitable a un chascun, contenant la ruse et meschanceté et obstination d'aucunes femmes.Par personnages:Le Mary,la Femme,le Serviteur,le Serrurier, 1596. Le Mari n'est guère intéressant dans sa jalousie; car il n'a pas plutôt découvert les écus que sa femme a gagnés à ses dépens, qu'il entre en belle humeur et se réjouit de sa déconvenue maritale. Bien des gens suivent cet exemple; mais peu osent, comme ici, ne s'en point cacher devant le public.20.Discours facétieux des hommes qui font saller leurs femmes a cause qu'elles sont trop douces; lequel se joue à cinq personnages:Marceau,Jullien,Gillete,femme de Marceau,Françoise,femme de Jullien,Maistre Mace,philosophe de Bretaigne.—A Rouen, 1558. Marceau et Jullien s'entretiennent des vertus de leurs femmes. Ils n'y trouvent qu'une chose à redire; c'est qu'elles sont si doucesque possible ne sauraient-elles résister à la séduction. Qu'y faire? aller consulter Mace le philosophe. Mace promet de remédier à cette douceur excessive, et demande qu'on lui amène les deux femmes. Elles venues, il veut les faire mettre toutes nues pour les saler. Elles ne veulent point se mettre toutes nues devant un vieux philosophe, et encore moins se laisser saler; elles crient, elles tempêtent et s'en vont battre leurs maris. Ceux-ci reviennent au philosophe pour qu'il ait à dessaler un peu ces dames, la dose de sel paraissant trop forte. Mais Mace répond:«Les doulces je sçay bien salerMais touchant les désaler, point.»Et c'est là tout le sel de la pièce.21.Farce joyeuse et récréative de Poncette et de l'amoureux transy.—A Lyon, par Jean Marguerite, 1595. Ceci est tout bonnement une ordure; c'est pourquoi nous laissons l'amoureux transi se consoler de n'avoir pas épousé Poncette et d'avoir épousé mademoiselle Rose,quæ semper bombinat in lecto.22.Farce de la querelle de Gaultier Garguille et de Perrine, sa femme, avec la sentence de séparation entre eux rendue.—A Vaugirard, para. e. i. o. u., à l'enseigne des Trois-Raves. Gautier Garguille est mécontent de sa femme Perrine, parce que, l'ayant prise en bon lieu, il en attendait de grands profits et n'en retire que misère et maladies. Il lui fait des remontrances plus financières que morales, et Perrine lui répond par des résolutions, sentant l'impénitence finale, qui, parfois, sont très plaisantes. Là dessus Gaultier lui jette à la tête pots, plats, escuelles, potage, et lui eût rompu le cou sans la Renaud, honnête voisine, qui intervient fort à propos. S'ensuit un bel et bon divorce, prononcé par le juge, le 1eraoût 1613.On lit, dans les curieux Mémoires de l'abbé de Marolles, qu'il était difficile aux plus sérieux de ne pas rire de l'acteur fameux qui faisait le rôle de Perrine. Cet acteur était si parfaitement gai, que son nom est devenu proverbial dans la postérité, ainsi que la dame Gigogne, autre comédien, bouffon de ce temps.[52]Selon la bibliothèque du Théâtre Français, la Farce de Pathelin, composée vers 1474 ou 1480, l'aurait été par Pierre Blanchet, né à Poitiers en 1439, prêtre en 1469, et mort en 1499, dans sa ville natale.
MEYGRA ENTREPRISACatoliqui imperatoris, quando de anno DominiM.D.XXXVI.veniebat per Provensam bene corrossatus in postam prendere Franciam cum villis de Provensa; propter grossas et menutas gentes rejohire, per Antonium Arenam, Bastifausata(Bafouée). 1 vol. in-8 de 106 pages, et 16 pages préliminaires.Lugduni, 1760.Réimpression tirée à 150 exemplaires seulement d'un livre publié, en 1536, à Avignon, en lettres gothiques, et devenu si rare, au rapport de Bouche, l'historien de Provence, qu'il n'en avait jamais vu que deux exemplaires. Cette réimpression est plus belle et plus recherchée que celle qui parut, en 1748, à Avignon, sous la rubrique de Bruxelles.Ce poème a 2396 vers, alternativement hexamètres et pentamètres. L'auteur s'adresse à François Ier....:Rex bone!lui dit-il, la guerre vous donne de si rudes pensemens, que la tête vous en fait mal..... Votre sommeil est troublé..... Croyez-moi, faites grande chère..... Nul mélancolique ne peut vivre..... Vous régnez sur cette France que le ciel favorise, pour laquelle chacun de ses enfans est prêt à mourir...., et qui ne sera jamais reniée comme Dieu le fut de saint Pierre..... Écoutez, je vais vous donner de fraîches nouvelles qui vous réjouiront le cœur..... Janot, le roi d'Espagne, imperlateur des lansquenets, jaloux du titre de maître du monde, avait formé, contre vous, une lourde et sotte entreprise....; celle de saisir vos états et vos enfans..... Il était entré dans notre Provence, tuant, pillant, ne laissant dans nos campagnes poules ni semences..... Vainement le pape et le grand cardinal de Lorraine, que je voudrais bien voir pape un jour, avaient essayé de l'arrêter, lui représentant que le droit n'était pas pour lui, que mal prend à qui fait mauvaise guerre à la France, que bien mal acquis ne profite pas..... Il ne voulut rien entendre... Il s'écria: La France pense me trouver bon-homme...., je rabattrai son caquet.....Sum Dominus: mundi gladii est mihi cessa potestas,Atque meis regitur legibus omnis homo...et autre babil semblable..... Il s'imaginait déjà tenir Paris..... Le forfant Antoine de Leve lui avait mis cette vision en tête....; et déjà les vainqueurs se partageaient le butin..... De vrai, ils s'y prirent bien d'abord..... La Provence le sait trop à leurs pilleries.....Janot marcha le premier vers Antibes, en passant par Nice pour voir sa dame, et se faisant escorter, sur mer, par cinq galères d'André Doria..... Le seigneur d'Antibes, Gentifalot, se défendit bien; mais, ne pouvant résister au nombre, il se retira vers Grasse, puis à Brignolles, puis à Aix avec nos soldats..... Cependant nos campagnes étaient fiérobrûlodévastées..... Les peuples se lamentaient, disant: «Nous avons sué, nous avons semé, et la guerre nous enlève le fruit de nos sueurs et de nos semences...» Patience! criaient nos gens d'armes..., notre roi vous confortera..... Belle chienne de patience! reprenaient les peuples; nous allons devenir errans sur la terre comme des Bohémiens sans feu ni lieu...» Subito l'espérance renaît... Janot l'imperlateur ne pourra vivre avec ses ribauds dans un pays dévastobrûlé..... Il ne faut que le harceler devant, derrière et de côté, tandis que nos gens d'armes s'assembleront pour, puis après frotti frotter son orde échine..... Allons, presto, assemblons les gens d'armes!..... Les gens d'armes s'assemblent... Grand roi! vous cherchez un lieu sûr pour asseoir votre camp... vous croyez l'avoir trouvé sur le mont Barret, près d'Aix....; mais le sage Montmorency ne juge pas la place bonne pour le camp et veut l'établir sous Avignon, en laissant seulement 6,000 hommes pour protéger la ville d'Aix..... Bientôt même l'ordre est donné d'évacuer cette noble cité, avec invitation à chacun d'emporter son bien..... Que de cris! que de larmes!..... Déjà l'Espagnol avait occupé Grasse, Brignolles, et s'acheminait sur Aix par Saint-Maximin, près Marseille... Entre Brignolles et le château de Gaylet, la bande française lui frotta un tantinet les os dans une escarmouche....; pourtant il fallut lui céder, et le ribaud se crut triomphant... Le voilà plantant son camp sur les bords du Rhône, au plan d'Alhan... Là, copieusement fourni de toutes choses hormis de pain, il se met à banqueter sous ses tentes et à manger nos raisins...; la foire le prit lors au ventre...Ullum cristerium, pro cullo, nemo petebat,De rossignolo, merdas, armata, chiabat, etc.Que de gens illustres il avait avec lui!..... Le duc de Savoie, le bossu, le cocu que nous voulions priver de son duché, du Piémont, de la Bresse et même de Nice, et à grande raison, car c'est un gille qui laisse porter les chausses à sa femme, et ladite femme est tout encarognée de colère contre nous... Le marquis de Saluces, traître à qui nous avions confié le commandement de nos armées... Que Dieu lui concède damnation dans l'autre monde!... Ce ribaud d'Antoine Leva, maladif, grand guerrierde langue, qui se fait porter par les paysans comme une relique... songecreux, maudevin, bon conseiller de malices..., puis le duc de Bavière, puis Ferrand, marquis du Guast, puis le duc d'Albe... Les méchans s'entourent de méchans... L'armée de ces brûlovoleurs semblait si grosse que de nous devoir sans miséricorde avaler...; mais néant!.. Il en demeura bien dans les champs de Provence 20,000 de ces imperlatoriaux, qui servirent de friandise aux chiens et aux loups..... Ils y restèrent les ribauds sans que les cloches aient tintinnabulé leur glas, sans que prêtre de Dieu ait chanté pour euxde profundis... Ils rendaient leur ame par terre et non au lit, et n'avaient point d'amis près d'eux en mourant... Les malheureux n'en ont pas... Donc Janot l'Espagnol, Tudesque, Italien, s'avançait en France, en ferme foi de nous escoffier..., se croyant redoutable à Dieu même, parlant aux saints avec bonté, jurant qu'il ne lairrait cheux nous pierre sur pierre... Il marchait avec cavaliers lombards, agiles comme des lièvres, avec arquebusiers, piquiers, artilleurs... La terreur les précédait... Les mères s'enfuyaient devant lui, portant leurs nouveau-nés sur leur dos... Les femmes grosses allaient accoucher dans les bois ou parmi les roches... A bon droit défilait-on, car jamais, sur terre, il ne se vit une si perverse canaille, pas même chez les Turcs...Omne scelus faciunt non metuendo Deum...Ces coquins de Nissars et de Génois remplissaient leurs barques de butin français et l'emportaient chez eux par mer... Tout doux!... Un jour la Provence vous traitera comme vous l'avez traitée!... Alors vous lui crierez pardon, ribauds!... mais elle vous répondra: taisez-vous!... Non, la muse se refuse à exprimer les indignités que ces mécréans commirent...Establum faciunt de gleisis gens maledicta.Latrinas culi, mesprisiando Deum.Et corpus Christi per terram sæpe gitando, etc.Dans la grande église de Saint-Sauveur, à Aix, ils ne laissèrent ni reliques, ni vases sacrés... Alors, grand roi, vos paysans de Provence s'émurent..., ils s'armèrent, qui de bâtons, qui de rapières, qui de broches; ils se répandirent autour du camp ennemi, tombant sur ceux-ci quand ils dormaient, sur ceux-là quand ils buvaient, sur les gens isolés, sur les enfans perdus, et les tuant de la meilleure volonté possible... Leur demandait-on la vie? les paysans répondaient: à la mort!... Pourquoi êtes-vous venus ici manger nos gallines, ribauds! à la mort!... Et les soldats d'Espagne rendaient la pareille aux paysans qu'ils prenaient... C'était une désolation...Testiculos illis extra de ventre tirabantCum cordis valde testa ligata fuit, etc., etc.Ah! guerre rustique! on ne peut se figurer combien vous êtes cruelle!... L'imperlateur n'était pas où il croyait d'abord en être... S'il abandonnait un village sans l'occuper, ce village se rébellait sur ses talons... S'il y laissait quelques soldats, les villages d'alentour se levaient pour accourir à l'égorgée de la garnison, ainsi qu'on le vit arriver à Saint-Maximin... Mais je veux raconter ce que fit la brave ville de Soliers, ma patrie... Un trompette vient un jour la sommer de se rendre... Le peuple répond qu'il aime mieux mourir... Seconde sommation accompagnée de douces paroles...Hispani flatant quando trahire volunt;Quando petunt aliquid, per dulcia verba babilhant.....Réponse que les épées sont prêtes, et que s'il ne se retire on le frottera... Troisième sommation avec menace de mettre la ville à feu et à sac... Aussitôt toutes les cloches de la ville de tocsiner..., toutes les cloches de la campagne drelindinent pareillement... L'Espagnol attaque, mais il perd bon nombre des siens avant de prendre la ville et de la saccager... Enfin Soliers fut saccagé... J'y perdis mes meubles et ma maison... Que le diable torde le cou à l'Espagnol!... Le fort de Toulon ne se distingua pas moins en tirant sur les galères de Doria... Partout les ennemis étaient reçus à l'infernal... Hélas! ils pénètrent dans la ville d'Aix..., ils incendient le palais..., ils envahissent les salles du parlement, et font demander à nos magistrats de rendre la justice au nom de Janot... Mais tous absens, tous fidèles à la France, font défaut à la cour... (Ici Aréna nomme tous les membres des diverses cours de Provence, en mêlant à leurs noms d'ingénieux éloges que la mémorable circonstance qui les amène rend précieux pour leurs familles.) Comment représenter les excès des impériaux?... Ils affament, ils ruinent la ville et ne s'arrêtent que lorsqu'ils se voient eux-mêmes en butte à la famine et à la misère... Alors ils regardent le ciel, les insensés, et s'écrient: «Grand Dieu! nous sommes coupables..., secourez-nous!...» Mais le Dieu qui gouverne les astres est sourd aux prières des ribauds... Dans leur désespoir, ils eussent consumé la cité d'Aix entière, sans les supplications des moines observantins, des religieuses de Sainte-Claire et de celles de Nazareth... Pendant qu'ils couraient la campagne pour chercher des vivres, heureusement pour eux, André Doria leur amena un fort secours d'argent et de biscuit...Cela les mit en goût d'aller ruiner la cité d'Arles... L'épouvante, à leur approche, avait saisi les habitans...; mais le lieutenant de justice les rassure... J'irai trouver Montmorency, leur dit-il; je lui demanderai de visiter nos murs et de nous aider à les défendre... Il dit, et cavalcando, eperonando, va trouver Montmorency dans Avignon la sainte, où sont de belles femmes pro rigolando... Montmorency répondouid'un signe de tête et tient parole... Il visite la cité d'Arles et la met en état de se bien défendre, lui laissant le prince de Melfe avec Bonneval... Les gendarmes y affluent de toute part et se logent en maîtres dans les maisons... Les amis font bonne cuisine aux frais des habitans et les paient ensuite en jetant leurs meubles par les fenêtres et les piédauculant s'ils soufflent un mot du procédé... Telle est la guerre... Elle se fait toujours aux dépens de Jacques Bonhomme...Triste quid est aliud bellum, quam missa per orbemPublica tempestas, diluviumque domus?...Les femmes les plus illustres, madame d'Alène, madame de Beaujeu portent elles-mêmes de la terre aux remparts dans des corbeilles... On est bientôt prêt à recevoir l'ennemi... Sur ces entrefaites, le marquis du Guast se présente... Il voit ces murailles hérissées de défenseurs... Il voit la cité d'Arles, entourée par le Rhône, le narguer comme une reine au sein des eaux... Il recule et bien lui prend, car s'il se fût obstiné, rudement il eût été frotté avant d'être jeté dans le fleuve... Vive la cité d'Arles! puisse-t-elle bragarder semper!... Le capitaine du Guast voulait prendre Tarascon, saccager Sainte-Marthe, passer par bateaux à Roses, traverser le Languedoc et regagner l'Espagne...; il se flattait... Tarascon et Beaucaire ne furent pas de son avis... Il retourne alors sur Marseille...; néant... Notre-Dame-de-la-Garde garde Marseille... Quand l'imperlateur vit cette courageuse ville si bien fournie qu'elle était de soldats, de canons, de galères de toute grandeur: «Arrière, arrière, dit-il, le diable ni César ne prendraient Marseille; elle est trop vaillante et trop fortifiée...» Ce dit, il se retirecula et rejoignit son Antoine Leva qui, de présent, se moribondait d'éthysie, et qui lui fit l'allocation suivante: «César!fuge littus avarum!Fuyez la Provence!... Nous ne pouvons rien contre la fortune...; cette garce est pour la France... Fuyez! autrement les Français sortiront de leur camp d'Avignon, et vous aurez sur l'échine!... Je vais mourir... croyez m'en donc!... Retirez-vous en sage et galant homme!...» Comme il achevait ces mots,le ribaud, il expira désespéré et s'en alla droit aux enfers... Là, Pluto proserpinait le prince des diables avec les siens... Leva leur cria: «Je suis à vous...; je vous appartiens pour avoir conseillé d'attaquer la France..., pour avoir empoisonné le Dauphin à Madrid... Il est vrai que je n'étais pas seul à verser le poison et que quelqu'un m'a bien adjudé comme le confessa le comte de Montécuculi sous la main du bourreau...» Qui fut ratepenaudé par la mort d'Antoine de Lève? ce fut Janot l'imperlateur... Il ne mangeait ni ne dormait plus... Antoine! mon ami! que deviendra mon empire sans toi?... Maudite mort! maudit destin!... Tandis que l'imperlateur se morfondait ainsi en hélas, un messager survient qui lui apporte de méchantes nouvelles d'Avignon... Le roi François est arrivé au camp... Sa vue a enflammé ses troupes... Un cri a retenti:France! France vivat...Les larmes coulaient de tous les yeux, les canons tonnaient, les arquebuses pétaient, les étendards flottaient, ensemble les banderolles... On eût dit que le paradis avec les chérubins descendait sur terre... Notre roi était armé de pied en cap... Le coursier qu'il montait, bardé de fer et d'or ciselé, bondissait sous lui sans le secours des éperons... Il n'y a point, dans l'univers, de si gaillarde lance que notre roi... C'est la guerre qui l'a créé...Guerra creavit illum...Avec cela, doux au peuple et bon compagnon pour tous... Les seigneurs de France l'escortaient ayant le grand maître Montmorency à leur tête... Le camp est levé... L'armée s'avance d'Avignon... Elle forme bien 100,000 hommes avec les paysans qui s'y joignent, et la présence du roi seul en vaut 20,000... A cette approche formidable, Janot se met à pleurer... «Hoïmé, soldats, dit-il aux siens, la fortune est une ribaude...; prenez sur vous pour cinq jours de pain et détalons d'ici faute de quoi nous ferions triste fin...» Ces mots à peine achevés, vous eussiez juré que trente mille diables remuaient la plaine d'Alhan..., et le boute-selle de sonner, et les chevaux de galoper toupatata patatou... A l'étendard!... Heli! Heli!... en Italie!... détalons!... Si France nous prenait, ce ne serait pour nous péché véniel... «Dieu! je suis deshonoré!... moi qui ai vaincu le Turc, qui ai pris Tunis, qui ai fait sauter les galères de Barberousse, moi forcé de me retireculer sans livrer bataille!...» Ainsi se désolait l'imperlateur, et cependant il cherchait à prix d'or, parmi les paysans, quelques espions qui voulussent aller à la découverte de la marche des Français...; mais il n'en trouva pas un seul dans toute la Provence... La retraite des impériaux une fois commencée, le roi de France dépêcha contre eux le sénéchal et le comte de Tende... On lespoursuivit l'épée dans les reins... Les paysans s'y mirent, et chaque jour on tuait de ces ribauds à belles douzaines...Propter Hispanos mortos et lansquenetos,Patria, pro vero, fœtida tota manet.Enfin Janot confia les débris de son armée au marquis du Guast qui, vaille que vaille, les ramena en Italie, pendant que lui, honteux et dolent, fut conduit à Gênes sur les galères de Doria... Vaillant roi de France! grâces vous soient rendues!... vous nous avez sauvés!... vivez à jamais!... que votre glorieuse mémoire soit impérissable!... et donnez à votre serviteur un petit emploi pour banqueter... Sire! avisez-y... Je ne veux qu'une épouse qui soit vierge, riche, belle et sage, pour vous chanter, pour vous bénir!...O rex bone! vole!Moi, Antoine Aréna, j'écrivais ceci étant avec les paysans de Provence, par les bois, montagnes et forêts, lorsqu'en l'année 1636 l'empereur d'Espagne et toute sa gendarmerie, faute de pain, dévastaient nos vignes et vinrent puis après foirer sans clystères dans la ville d'Aix.Il y a beaucoup de verve et d'esprit dans cet ouvrage. Toutefois Aréna ne vaut pas Merlin Cocaïe, il s'en faut de toute la distance de l'esprit au génie.
Catoliqui imperatoris, quando de anno DominiM.D.XXXVI.veniebat per Provensam bene corrossatus in postam prendere Franciam cum villis de Provensa; propter grossas et menutas gentes rejohire, per Antonium Arenam, Bastifausata(Bafouée). 1 vol. in-8 de 106 pages, et 16 pages préliminaires.Lugduni, 1760.
Réimpression tirée à 150 exemplaires seulement d'un livre publié, en 1536, à Avignon, en lettres gothiques, et devenu si rare, au rapport de Bouche, l'historien de Provence, qu'il n'en avait jamais vu que deux exemplaires. Cette réimpression est plus belle et plus recherchée que celle qui parut, en 1748, à Avignon, sous la rubrique de Bruxelles.
Ce poème a 2396 vers, alternativement hexamètres et pentamètres. L'auteur s'adresse à François Ier....:Rex bone!lui dit-il, la guerre vous donne de si rudes pensemens, que la tête vous en fait mal..... Votre sommeil est troublé..... Croyez-moi, faites grande chère..... Nul mélancolique ne peut vivre..... Vous régnez sur cette France que le ciel favorise, pour laquelle chacun de ses enfans est prêt à mourir...., et qui ne sera jamais reniée comme Dieu le fut de saint Pierre..... Écoutez, je vais vous donner de fraîches nouvelles qui vous réjouiront le cœur..... Janot, le roi d'Espagne, imperlateur des lansquenets, jaloux du titre de maître du monde, avait formé, contre vous, une lourde et sotte entreprise....; celle de saisir vos états et vos enfans..... Il était entré dans notre Provence, tuant, pillant, ne laissant dans nos campagnes poules ni semences..... Vainement le pape et le grand cardinal de Lorraine, que je voudrais bien voir pape un jour, avaient essayé de l'arrêter, lui représentant que le droit n'était pas pour lui, que mal prend à qui fait mauvaise guerre à la France, que bien mal acquis ne profite pas..... Il ne voulut rien entendre... Il s'écria: La France pense me trouver bon-homme...., je rabattrai son caquet.....
Sum Dominus: mundi gladii est mihi cessa potestas,Atque meis regitur legibus omnis homo...
Sum Dominus: mundi gladii est mihi cessa potestas,
Atque meis regitur legibus omnis homo...
et autre babil semblable..... Il s'imaginait déjà tenir Paris..... Le forfant Antoine de Leve lui avait mis cette vision en tête....; et déjà les vainqueurs se partageaient le butin..... De vrai, ils s'y prirent bien d'abord..... La Provence le sait trop à leurs pilleries.....Janot marcha le premier vers Antibes, en passant par Nice pour voir sa dame, et se faisant escorter, sur mer, par cinq galères d'André Doria..... Le seigneur d'Antibes, Gentifalot, se défendit bien; mais, ne pouvant résister au nombre, il se retira vers Grasse, puis à Brignolles, puis à Aix avec nos soldats..... Cependant nos campagnes étaient fiérobrûlodévastées..... Les peuples se lamentaient, disant: «Nous avons sué, nous avons semé, et la guerre nous enlève le fruit de nos sueurs et de nos semences...» Patience! criaient nos gens d'armes..., notre roi vous confortera..... Belle chienne de patience! reprenaient les peuples; nous allons devenir errans sur la terre comme des Bohémiens sans feu ni lieu...» Subito l'espérance renaît... Janot l'imperlateur ne pourra vivre avec ses ribauds dans un pays dévastobrûlé..... Il ne faut que le harceler devant, derrière et de côté, tandis que nos gens d'armes s'assembleront pour, puis après frotti frotter son orde échine..... Allons, presto, assemblons les gens d'armes!..... Les gens d'armes s'assemblent... Grand roi! vous cherchez un lieu sûr pour asseoir votre camp... vous croyez l'avoir trouvé sur le mont Barret, près d'Aix....; mais le sage Montmorency ne juge pas la place bonne pour le camp et veut l'établir sous Avignon, en laissant seulement 6,000 hommes pour protéger la ville d'Aix..... Bientôt même l'ordre est donné d'évacuer cette noble cité, avec invitation à chacun d'emporter son bien..... Que de cris! que de larmes!..... Déjà l'Espagnol avait occupé Grasse, Brignolles, et s'acheminait sur Aix par Saint-Maximin, près Marseille... Entre Brignolles et le château de Gaylet, la bande française lui frotta un tantinet les os dans une escarmouche....; pourtant il fallut lui céder, et le ribaud se crut triomphant... Le voilà plantant son camp sur les bords du Rhône, au plan d'Alhan... Là, copieusement fourni de toutes choses hormis de pain, il se met à banqueter sous ses tentes et à manger nos raisins...; la foire le prit lors au ventre...
Ullum cristerium, pro cullo, nemo petebat,De rossignolo, merdas, armata, chiabat, etc.
Ullum cristerium, pro cullo, nemo petebat,
De rossignolo, merdas, armata, chiabat, etc.
Que de gens illustres il avait avec lui!..... Le duc de Savoie, le bossu, le cocu que nous voulions priver de son duché, du Piémont, de la Bresse et même de Nice, et à grande raison, car c'est un gille qui laisse porter les chausses à sa femme, et ladite femme est tout encarognée de colère contre nous... Le marquis de Saluces, traître à qui nous avions confié le commandement de nos armées... Que Dieu lui concède damnation dans l'autre monde!... Ce ribaud d'Antoine Leva, maladif, grand guerrierde langue, qui se fait porter par les paysans comme une relique... songecreux, maudevin, bon conseiller de malices..., puis le duc de Bavière, puis Ferrand, marquis du Guast, puis le duc d'Albe... Les méchans s'entourent de méchans... L'armée de ces brûlovoleurs semblait si grosse que de nous devoir sans miséricorde avaler...; mais néant!.. Il en demeura bien dans les champs de Provence 20,000 de ces imperlatoriaux, qui servirent de friandise aux chiens et aux loups..... Ils y restèrent les ribauds sans que les cloches aient tintinnabulé leur glas, sans que prêtre de Dieu ait chanté pour euxde profundis... Ils rendaient leur ame par terre et non au lit, et n'avaient point d'amis près d'eux en mourant... Les malheureux n'en ont pas... Donc Janot l'Espagnol, Tudesque, Italien, s'avançait en France, en ferme foi de nous escoffier..., se croyant redoutable à Dieu même, parlant aux saints avec bonté, jurant qu'il ne lairrait cheux nous pierre sur pierre... Il marchait avec cavaliers lombards, agiles comme des lièvres, avec arquebusiers, piquiers, artilleurs... La terreur les précédait... Les mères s'enfuyaient devant lui, portant leurs nouveau-nés sur leur dos... Les femmes grosses allaient accoucher dans les bois ou parmi les roches... A bon droit défilait-on, car jamais, sur terre, il ne se vit une si perverse canaille, pas même chez les Turcs...Omne scelus faciunt non metuendo Deum...Ces coquins de Nissars et de Génois remplissaient leurs barques de butin français et l'emportaient chez eux par mer... Tout doux!... Un jour la Provence vous traitera comme vous l'avez traitée!... Alors vous lui crierez pardon, ribauds!... mais elle vous répondra: taisez-vous!... Non, la muse se refuse à exprimer les indignités que ces mécréans commirent...
Establum faciunt de gleisis gens maledicta.Latrinas culi, mesprisiando Deum.Et corpus Christi per terram sæpe gitando, etc.
Establum faciunt de gleisis gens maledicta.
Latrinas culi, mesprisiando Deum.
Et corpus Christi per terram sæpe gitando, etc.
Dans la grande église de Saint-Sauveur, à Aix, ils ne laissèrent ni reliques, ni vases sacrés... Alors, grand roi, vos paysans de Provence s'émurent..., ils s'armèrent, qui de bâtons, qui de rapières, qui de broches; ils se répandirent autour du camp ennemi, tombant sur ceux-ci quand ils dormaient, sur ceux-là quand ils buvaient, sur les gens isolés, sur les enfans perdus, et les tuant de la meilleure volonté possible... Leur demandait-on la vie? les paysans répondaient: à la mort!... Pourquoi êtes-vous venus ici manger nos gallines, ribauds! à la mort!... Et les soldats d'Espagne rendaient la pareille aux paysans qu'ils prenaient... C'était une désolation...
Testiculos illis extra de ventre tirabantCum cordis valde testa ligata fuit, etc., etc.
Testiculos illis extra de ventre tirabant
Cum cordis valde testa ligata fuit, etc., etc.
Ah! guerre rustique! on ne peut se figurer combien vous êtes cruelle!... L'imperlateur n'était pas où il croyait d'abord en être... S'il abandonnait un village sans l'occuper, ce village se rébellait sur ses talons... S'il y laissait quelques soldats, les villages d'alentour se levaient pour accourir à l'égorgée de la garnison, ainsi qu'on le vit arriver à Saint-Maximin... Mais je veux raconter ce que fit la brave ville de Soliers, ma patrie... Un trompette vient un jour la sommer de se rendre... Le peuple répond qu'il aime mieux mourir... Seconde sommation accompagnée de douces paroles...
Hispani flatant quando trahire volunt;Quando petunt aliquid, per dulcia verba babilhant.....
Hispani flatant quando trahire volunt;
Quando petunt aliquid, per dulcia verba babilhant.....
Réponse que les épées sont prêtes, et que s'il ne se retire on le frottera... Troisième sommation avec menace de mettre la ville à feu et à sac... Aussitôt toutes les cloches de la ville de tocsiner..., toutes les cloches de la campagne drelindinent pareillement... L'Espagnol attaque, mais il perd bon nombre des siens avant de prendre la ville et de la saccager... Enfin Soliers fut saccagé... J'y perdis mes meubles et ma maison... Que le diable torde le cou à l'Espagnol!... Le fort de Toulon ne se distingua pas moins en tirant sur les galères de Doria... Partout les ennemis étaient reçus à l'infernal... Hélas! ils pénètrent dans la ville d'Aix..., ils incendient le palais..., ils envahissent les salles du parlement, et font demander à nos magistrats de rendre la justice au nom de Janot... Mais tous absens, tous fidèles à la France, font défaut à la cour... (Ici Aréna nomme tous les membres des diverses cours de Provence, en mêlant à leurs noms d'ingénieux éloges que la mémorable circonstance qui les amène rend précieux pour leurs familles.) Comment représenter les excès des impériaux?... Ils affament, ils ruinent la ville et ne s'arrêtent que lorsqu'ils se voient eux-mêmes en butte à la famine et à la misère... Alors ils regardent le ciel, les insensés, et s'écrient: «Grand Dieu! nous sommes coupables..., secourez-nous!...» Mais le Dieu qui gouverne les astres est sourd aux prières des ribauds... Dans leur désespoir, ils eussent consumé la cité d'Aix entière, sans les supplications des moines observantins, des religieuses de Sainte-Claire et de celles de Nazareth... Pendant qu'ils couraient la campagne pour chercher des vivres, heureusement pour eux, André Doria leur amena un fort secours d'argent et de biscuit...Cela les mit en goût d'aller ruiner la cité d'Arles... L'épouvante, à leur approche, avait saisi les habitans...; mais le lieutenant de justice les rassure... J'irai trouver Montmorency, leur dit-il; je lui demanderai de visiter nos murs et de nous aider à les défendre... Il dit, et cavalcando, eperonando, va trouver Montmorency dans Avignon la sainte, où sont de belles femmes pro rigolando... Montmorency répondouid'un signe de tête et tient parole... Il visite la cité d'Arles et la met en état de se bien défendre, lui laissant le prince de Melfe avec Bonneval... Les gendarmes y affluent de toute part et se logent en maîtres dans les maisons... Les amis font bonne cuisine aux frais des habitans et les paient ensuite en jetant leurs meubles par les fenêtres et les piédauculant s'ils soufflent un mot du procédé... Telle est la guerre... Elle se fait toujours aux dépens de Jacques Bonhomme...
Triste quid est aliud bellum, quam missa per orbemPublica tempestas, diluviumque domus?...
Triste quid est aliud bellum, quam missa per orbem
Publica tempestas, diluviumque domus?...
Les femmes les plus illustres, madame d'Alène, madame de Beaujeu portent elles-mêmes de la terre aux remparts dans des corbeilles... On est bientôt prêt à recevoir l'ennemi... Sur ces entrefaites, le marquis du Guast se présente... Il voit ces murailles hérissées de défenseurs... Il voit la cité d'Arles, entourée par le Rhône, le narguer comme une reine au sein des eaux... Il recule et bien lui prend, car s'il se fût obstiné, rudement il eût été frotté avant d'être jeté dans le fleuve... Vive la cité d'Arles! puisse-t-elle bragarder semper!... Le capitaine du Guast voulait prendre Tarascon, saccager Sainte-Marthe, passer par bateaux à Roses, traverser le Languedoc et regagner l'Espagne...; il se flattait... Tarascon et Beaucaire ne furent pas de son avis... Il retourne alors sur Marseille...; néant... Notre-Dame-de-la-Garde garde Marseille... Quand l'imperlateur vit cette courageuse ville si bien fournie qu'elle était de soldats, de canons, de galères de toute grandeur: «Arrière, arrière, dit-il, le diable ni César ne prendraient Marseille; elle est trop vaillante et trop fortifiée...» Ce dit, il se retirecula et rejoignit son Antoine Leva qui, de présent, se moribondait d'éthysie, et qui lui fit l'allocation suivante: «César!fuge littus avarum!Fuyez la Provence!... Nous ne pouvons rien contre la fortune...; cette garce est pour la France... Fuyez! autrement les Français sortiront de leur camp d'Avignon, et vous aurez sur l'échine!... Je vais mourir... croyez m'en donc!... Retirez-vous en sage et galant homme!...» Comme il achevait ces mots,le ribaud, il expira désespéré et s'en alla droit aux enfers... Là, Pluto proserpinait le prince des diables avec les siens... Leva leur cria: «Je suis à vous...; je vous appartiens pour avoir conseillé d'attaquer la France..., pour avoir empoisonné le Dauphin à Madrid... Il est vrai que je n'étais pas seul à verser le poison et que quelqu'un m'a bien adjudé comme le confessa le comte de Montécuculi sous la main du bourreau...» Qui fut ratepenaudé par la mort d'Antoine de Lève? ce fut Janot l'imperlateur... Il ne mangeait ni ne dormait plus... Antoine! mon ami! que deviendra mon empire sans toi?... Maudite mort! maudit destin!... Tandis que l'imperlateur se morfondait ainsi en hélas, un messager survient qui lui apporte de méchantes nouvelles d'Avignon... Le roi François est arrivé au camp... Sa vue a enflammé ses troupes... Un cri a retenti:France! France vivat...Les larmes coulaient de tous les yeux, les canons tonnaient, les arquebuses pétaient, les étendards flottaient, ensemble les banderolles... On eût dit que le paradis avec les chérubins descendait sur terre... Notre roi était armé de pied en cap... Le coursier qu'il montait, bardé de fer et d'or ciselé, bondissait sous lui sans le secours des éperons... Il n'y a point, dans l'univers, de si gaillarde lance que notre roi... C'est la guerre qui l'a créé...Guerra creavit illum...Avec cela, doux au peuple et bon compagnon pour tous... Les seigneurs de France l'escortaient ayant le grand maître Montmorency à leur tête... Le camp est levé... L'armée s'avance d'Avignon... Elle forme bien 100,000 hommes avec les paysans qui s'y joignent, et la présence du roi seul en vaut 20,000... A cette approche formidable, Janot se met à pleurer... «Hoïmé, soldats, dit-il aux siens, la fortune est une ribaude...; prenez sur vous pour cinq jours de pain et détalons d'ici faute de quoi nous ferions triste fin...» Ces mots à peine achevés, vous eussiez juré que trente mille diables remuaient la plaine d'Alhan..., et le boute-selle de sonner, et les chevaux de galoper toupatata patatou... A l'étendard!... Heli! Heli!... en Italie!... détalons!... Si France nous prenait, ce ne serait pour nous péché véniel... «Dieu! je suis deshonoré!... moi qui ai vaincu le Turc, qui ai pris Tunis, qui ai fait sauter les galères de Barberousse, moi forcé de me retireculer sans livrer bataille!...» Ainsi se désolait l'imperlateur, et cependant il cherchait à prix d'or, parmi les paysans, quelques espions qui voulussent aller à la découverte de la marche des Français...; mais il n'en trouva pas un seul dans toute la Provence... La retraite des impériaux une fois commencée, le roi de France dépêcha contre eux le sénéchal et le comte de Tende... On lespoursuivit l'épée dans les reins... Les paysans s'y mirent, et chaque jour on tuait de ces ribauds à belles douzaines...
Propter Hispanos mortos et lansquenetos,Patria, pro vero, fœtida tota manet.
Propter Hispanos mortos et lansquenetos,
Patria, pro vero, fœtida tota manet.
Enfin Janot confia les débris de son armée au marquis du Guast qui, vaille que vaille, les ramena en Italie, pendant que lui, honteux et dolent, fut conduit à Gênes sur les galères de Doria... Vaillant roi de France! grâces vous soient rendues!... vous nous avez sauvés!... vivez à jamais!... que votre glorieuse mémoire soit impérissable!... et donnez à votre serviteur un petit emploi pour banqueter... Sire! avisez-y... Je ne veux qu'une épouse qui soit vierge, riche, belle et sage, pour vous chanter, pour vous bénir!...O rex bone! vole!
Moi, Antoine Aréna, j'écrivais ceci étant avec les paysans de Provence, par les bois, montagnes et forêts, lorsqu'en l'année 1636 l'empereur d'Espagne et toute sa gendarmerie, faute de pain, dévastaient nos vignes et vinrent puis après foirer sans clystères dans la ville d'Aix.
Moi, Antoine Aréna, j'écrivais ceci étant avec les paysans de Provence, par les bois, montagnes et forêts, lorsqu'en l'année 1636 l'empereur d'Espagne et toute sa gendarmerie, faute de pain, dévastaient nos vignes et vinrent puis après foirer sans clystères dans la ville d'Aix.
Il y a beaucoup de verve et d'esprit dans cet ouvrage. Toutefois Aréna ne vaut pas Merlin Cocaïe, il s'en faut de toute la distance de l'esprit au génie.
NOUVELLE MORALITÉD'UNE PAUVRE FILLE VILLAGEOISE;Laquelle ayma mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur; faicte à la louange des chastes et honnestes filles, à quatre personnaiges, sçavoir: le Père, la Fille, le Seigneur et le Valet.Imprimé sur un ancien manuscrit, et inséré dans la collection de différens ouvrages anciens, poésies et facéties, ditele Recueil de Caron[51], faite et publiée par les soins de Pierre-Siméon Caron. Paris, 1798—1806, 11 volumes petit in-8, dont il n'a été tiré que 56 exemplaires, dont 12 en papier vélin, 2 en papier bleu, 2 en papier rose, et un seul sur peau de vélin. (Voir, pour les détails bibliographiques et biographiques relatifs à cette rare collection, l'ouvrage curieux et savant de M. Charles Nodier intitulé:Mélanges tirés d'une petite bibliothèque.)ETMORALITÉ NOUVELLE TRÈS FRUCTUEUSEDE L'ENFANT DE PERDITION,QUI PENDIT SON PÈRE ET TUA SA MÈRE:Et comment il se désespéra. A sept personnaiges, sçavoir: le Bourgeois, la Bourgeoise, le Fils, et quatre Brigands. A Lyon, chez Pierre Rigaud, 1608.Réimprimé sur le seul exemplaire connu, lequel se trouvait dans la bibliothèque de Louis XVI, à Versailles, et se voit maintenant dans la bibliothèque royale, et inséré dans le précieux Recueil de Farces gothiques rares, fait et publié à très petit nombre d'exemplaires par les soins de M. Crozet, libraire. Paris, 1 vol. pet. in-8 contenant 19 pièces. 1827-28.(1536-40—1608—1798—1827-29.)Il y a, nous le pensons, une instruction littéraire importante à tirer du rapprochement de ces deux moralités, dont l'une estpathétique, celle de la chaste villageoise, et l'autre horrible, celle de l'enfant de perdition. C'est, en effet, dans ces premiers efforts de l'art que les vrais principes qui le constituent deviennent frappans d'évidence. Il n'y a pas moyen de s'y tromper à une époque où ils agissent pour ainsi dire d'eux-mêmes, et sans le secours des prestiges que, plus tard, un style plus élégant, une plus grande expérience des effets de la scène peuvent leur prêter. On voit donc ici clairement que l'intérêt dramatique, ainsi que l'a proclamé Aristote, consiste dans les situations et les caractères mixtes, ceux où la terreur et la pitié se balancent, et non dans les extrêmes qui excitent l'horreur ou le mépris. Nos poètes modernes feront bien de méditer là dessus.En rangeant la première de ces deux moralités sous l'année 1536, et la seconde sous l'année 1540, sans dire pourquoi, les frères Parfait ont probablement fait une transposition; et très certainement ils ont commis cette erreur, si, comme nous penchons à le croire, les deux ouvrages sont de la même main très habile; c'est à dire toujours, selon nous, de Jean Bouchet: car il n'est pas présumable qu'un auteur, une fois qu'il a découvert le secret capital de l'art, l'oublie ou n'en tienne compte. Quoi qu'il en soit, voici l'analyse de ces moralités remarquables qui compléteront ce que nous avons cru devoir recueillir en ce genre, parmi plus de trente pièces que les curieux nous ont transmises.Moralité de la pauvre fille villageoise.—Le père commence en ces mots:Ma fille!—Que vous plaît, mon père?—Ne m'est-ce pas douleur amère que Dieu ait défait mon ménage?—Père! cessez ce desconfort, etc., etc.—Servir je vous veulx pour certain—tant qu'il plaira au créateur.—Fille! tu m'éjouis le cueur!—Quand j'entends ta douce loquence,—ta bonté passe ma douleur, etc., etc.—Mon père! il est temps de dîner;—vous plaist-il ceste busche fendre?—Ce tableau des soins du ménage à l'aide desquels cette tendre fille cherche à distraire le veuvage de son père est une peinture digne d'Homère ou de la Bible; et le père, qui termine cette scène antique par des louanges à Dieu, y met le sceau de la perfection. Mais voici un contraste terrible qui va commencer l'action. La scène change; le seigneur du lieu paraît suivi de son valet et vêtu de beaux habits.—Que dit-on de moy quand je vais par voye?—Suis-je pas beau?—On dit que d'icy en Savoie—n'y en a pas un aussi net.—Ha! que tu es un bon valet! etc., etc.—Mais je sens amoureuse jeunesse, etc., etc.—Se tu sçais fille ne princesse,—pour m'esbattre, si la recorde!—J'en sçay une, etc., etc.—Mais son chaste cueur homme n'aborde, etc., etc.—Parma foy! j'en suis féru:—Qui est-elle?—La fille au pauvre Groux-Moulu,—Esglantine au beau corps menu.—Son père est mon vassal; va le trouver! promets-lui qu'après mon plaisir je la ferai marier et lui donnerai de grands présens.—Le valet part pour sa honteuse ambassade: il aborde la jeune Esglantine en messager impudique et grossier. La chaste fille le repousse avec mépris. Il revient tout confus raconter sa mauvaise réception au seigneur qui, plus enflammé par la résistance, ordonne à son valet de retourner et de faire agir la menace. Le valet obéit et trouve le père et la fille ensemble occupés à louer Dieu.—Je suis aussi pauvre que Job, dit le père;—mais toutes fois j'ay suffisance, etc., etc.—Puisque ma fille en pacience—me tient loyale compagnie, etc., etc.; à quoi la fille répond par cette prière:Douce mère du fruit de vie!Regnant en gloire triumphanteDessus la haute gérarchieDes anges ou chascun d'eulx chante,En vous louant, vierge puissante,Par leurs doux chants très amoureux,Préservez vos pauvres servantes,Par grâce! de faits vicieux!Le valet interrompt ces touchantes paroles par de nouvelles propositions plus infames et plus violentes. La fille écarte ce misérable avec indignation. Le père veut l'assommer et le chasse. Nouveau récit fait au seigneur; nouvelle colère de cet homme impétueux.—Comment ce villain malostru—lui fault-il mon vouloir briser?—Je porterai mon branc d'acier,—foy que je dois à Saint-Richier!—il aura des coups plus de cent, etc. Arrivé chez le paysan:—Villain! de rude entendement, dit cet homme,—qui te meut d'estre si hardy?—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!etc., etc.—Fausse garce, vous y passerez!—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!—Mercy? coquin, vous y mourrez!—Le père effrayé s'écrie:—Tout vostre plaisir en ferez;—où force règne droict n'a lieu.—O Jésus-Christ! souverain Dieu!—De pitié et miséricorde, dit la fille:—Tu seras liée d'une corde, reprend le seigneur; et le valet de répéter deux fois:—Tu seras liée d'une corde!Esglantine demande pour dernière grâce une heure de répit, afin de parler à son père. On lui accorde cette heure, et c'est ici que le pathétique est à son comble. Que fait cette vertueuse fille dans son entretien dernier avec son père? Elle le supplie, elle le conjure de lui trancher la tête avec sa cognée.—Mon cher enfant! ma géniture!—La chair de mon corps engendré!—Possiblen'est à créature humaine, etc., etc.—Mon père, je mourray de ma main,—et si par vous je suis damnée,—je proteste m'en plaindre à plein—devant le juge souverain.—Mon cueur se rit et mon œil pleure, dit alors le père, en voyant tant de vertu dans sa chère fille; et le seigneur cependant est aux écoutes. La fille, pressant de plus en plus son père, ce malheureux père se dispose à frapper le coup fatal, quand le seigneur s'élance et dit au paysan:—Que feras-tu?—meschant! tu en seras pendu!—Monseigneur!s'écrie la jeune fille,—j'ay requis en piteux langage—mon père de moy décoller, etc., etc.—Cher seigneur! vous devez garder—vos subjects par vostre prouesse,—et vous me voulez diffamer!etc., etc.—J'ayme mieux mon temps conclure—maintenant honneur et sagesse.—Ces derniers mots fléchissent enfin le seigneur.—O vénérable créature, lui dit-il:—Sur toutes bonnes la régente,—je renonce à ma folle cure;—pardonnez-moy! pucelle gente!etc., etc.; et il prend une couronne de fleurs et il la lui met sur la tête en l'appelantfontaine de chasteté; et il fait le père intendant de ses biens avec de grands présens; et il reçoit tout en pleurs les remercîmens du père et de la fille; mais il n'épouse pas Esglantine, ce qu'aujourd'hui nos poètes lui auraient fait faire et ce qui eût été une faute impardonnable contre le costume et les mœurs du temps.MORALITÉ DE L'ENFANT DE PERDITION.Le bourgeois ouvre la scène par des plaintes amères contre les déréglemens de son fils—Ma femme! tu l'as trop flatté dans son enfance, etc., etc.—La bourgeoise essaie de calmer les chagrins de son mari. Tous deux vont à la messe pour se réconforter. Aussitôt le théâtre est occupé par les quatre brigands et le fils du bourgeois. On forme un complot pour détrousser des marchands. Le deuxième brigand renchérit sur le complot et engage le fils à tuer sonvieillard de père.—Si j'avais un vieillard de père—qui me détînt par vitupère—mon bien si très estroitement,—de mes deux mains villainement—l'estranglerois par grand outrage.—L'avis est soutenu pas les trois autres brigands. Le fils agrée cette monstrueuse proposition; il court droit à son père qu'il aperçoit:—Sus! ribaud père! sçay te quoi—pour avoir paix avec moy?—il te convient bailler argent.—Le père répond par de vifs reproches.—Sus! sus! vieillard, c'est trop presché!—dit un brigand.—Despêche-toy,ajoute le fils.—Las! mon enfant, en bonne foy,—je ne soustiens denier ne maille.—Alors le fils lui met la corde au cou.—Las! mon enfant, prends à mercy—ton pauvre père! veux-tu défaire—cil qui t'a faict?—Despêche-toy!—Las! que dira ta pauvre mère?etc., etc.—Je t'ay nourry en ma maison,—et maintenant faut que je meure.—Despêche-toy.—Las! tu me deusses secourir—et me nourrir—sur ma vieillesse,—et de tes mains me fais périr!etc., etc.—Au moins je te pry supporter—et mieux traiter—ta pauvre mère,—despêche-toy!—Mon cher enfant! las! baise-moy—pour dire adieu au départir, etc.—Adieu, mon fils! mon enfant cher!—Ici le fils pend son père.—Quand ma mère verra cela, dit-il après son parricide,elle criera comme une folle.—Eh bien! reprend un brigand,il ne faut que ton couteau traire—et lui donner dedans le corps.—Le fils consent. Sur ces entrefaites, arrive la mère qui, voyant le cadavre de son mari pendu, se met à crier et à pleurer. Elle interroge son fils, le soupçonne.—Vous en avez menti! coquarde!—O desloyal garçon mauldict!etc., etc.—Allez, voilà vostre payement!dit le fils, et il poignarde sa mère, qui expire en s'écriant:Jésus! Jésus!Et les monstres de courir à la maison pour la dévaliser. Alors le quatrième brigand propose à ses compagnons de se défaire du fils pour avoir plus grosse part du butin.—Non, dit un autre,vaut mieux le piper au jeu.—On joue au dez; le fils perd tout ce qu'il a d'un seul coup, et les brigands le quittent.Sa désespérationcommence avec sa misère.—O misérable faux truand!se dit-il à lui-même,—où iras-tu? que feras-tu?—Il fait son testament:—A Lucifer premièrement—teste et cervelle je luy donne,—et à Satan pareillement,—la peau de mon corps luy ordonne;—mes bras à Astaroth abandonne, etc., etc., et il finit par ces mots:—A tous les diables me command!—La première moralité est excellente, celle-ci est détestable: enfans des muses, cherchez pourquoi![51]On ajoute quelquefois à cette collection plusieurs pièces du même genre qui lui sont étrangères. Notre exemplaire, relié par Lewis, en Angleterre, contient, par exemple, 23 pièces; mais le recueil est complet avec les 12 articles énoncés par M. Brunet, dans sonManuel du Libraire et de l'Amateur.
Laquelle ayma mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur; faicte à la louange des chastes et honnestes filles, à quatre personnaiges, sçavoir: le Père, la Fille, le Seigneur et le Valet.
Imprimé sur un ancien manuscrit, et inséré dans la collection de différens ouvrages anciens, poésies et facéties, ditele Recueil de Caron[51], faite et publiée par les soins de Pierre-Siméon Caron. Paris, 1798—1806, 11 volumes petit in-8, dont il n'a été tiré que 56 exemplaires, dont 12 en papier vélin, 2 en papier bleu, 2 en papier rose, et un seul sur peau de vélin. (Voir, pour les détails bibliographiques et biographiques relatifs à cette rare collection, l'ouvrage curieux et savant de M. Charles Nodier intitulé:Mélanges tirés d'une petite bibliothèque.)
ETMORALITÉ NOUVELLE TRÈS FRUCTUEUSEDE L'ENFANT DE PERDITION,QUI PENDIT SON PÈRE ET TUA SA MÈRE:
Et comment il se désespéra. A sept personnaiges, sçavoir: le Bourgeois, la Bourgeoise, le Fils, et quatre Brigands. A Lyon, chez Pierre Rigaud, 1608.
Réimprimé sur le seul exemplaire connu, lequel se trouvait dans la bibliothèque de Louis XVI, à Versailles, et se voit maintenant dans la bibliothèque royale, et inséré dans le précieux Recueil de Farces gothiques rares, fait et publié à très petit nombre d'exemplaires par les soins de M. Crozet, libraire. Paris, 1 vol. pet. in-8 contenant 19 pièces. 1827-28.
(1536-40—1608—1798—1827-29.)
Il y a, nous le pensons, une instruction littéraire importante à tirer du rapprochement de ces deux moralités, dont l'une estpathétique, celle de la chaste villageoise, et l'autre horrible, celle de l'enfant de perdition. C'est, en effet, dans ces premiers efforts de l'art que les vrais principes qui le constituent deviennent frappans d'évidence. Il n'y a pas moyen de s'y tromper à une époque où ils agissent pour ainsi dire d'eux-mêmes, et sans le secours des prestiges que, plus tard, un style plus élégant, une plus grande expérience des effets de la scène peuvent leur prêter. On voit donc ici clairement que l'intérêt dramatique, ainsi que l'a proclamé Aristote, consiste dans les situations et les caractères mixtes, ceux où la terreur et la pitié se balancent, et non dans les extrêmes qui excitent l'horreur ou le mépris. Nos poètes modernes feront bien de méditer là dessus.
En rangeant la première de ces deux moralités sous l'année 1536, et la seconde sous l'année 1540, sans dire pourquoi, les frères Parfait ont probablement fait une transposition; et très certainement ils ont commis cette erreur, si, comme nous penchons à le croire, les deux ouvrages sont de la même main très habile; c'est à dire toujours, selon nous, de Jean Bouchet: car il n'est pas présumable qu'un auteur, une fois qu'il a découvert le secret capital de l'art, l'oublie ou n'en tienne compte. Quoi qu'il en soit, voici l'analyse de ces moralités remarquables qui compléteront ce que nous avons cru devoir recueillir en ce genre, parmi plus de trente pièces que les curieux nous ont transmises.
Moralité de la pauvre fille villageoise.—Le père commence en ces mots:Ma fille!—Que vous plaît, mon père?—Ne m'est-ce pas douleur amère que Dieu ait défait mon ménage?—Père! cessez ce desconfort, etc., etc.—Servir je vous veulx pour certain—tant qu'il plaira au créateur.—Fille! tu m'éjouis le cueur!—Quand j'entends ta douce loquence,—ta bonté passe ma douleur, etc., etc.—Mon père! il est temps de dîner;—vous plaist-il ceste busche fendre?—Ce tableau des soins du ménage à l'aide desquels cette tendre fille cherche à distraire le veuvage de son père est une peinture digne d'Homère ou de la Bible; et le père, qui termine cette scène antique par des louanges à Dieu, y met le sceau de la perfection. Mais voici un contraste terrible qui va commencer l'action. La scène change; le seigneur du lieu paraît suivi de son valet et vêtu de beaux habits.—Que dit-on de moy quand je vais par voye?—Suis-je pas beau?—On dit que d'icy en Savoie—n'y en a pas un aussi net.—Ha! que tu es un bon valet! etc., etc.—Mais je sens amoureuse jeunesse, etc., etc.—Se tu sçais fille ne princesse,—pour m'esbattre, si la recorde!—J'en sçay une, etc., etc.—Mais son chaste cueur homme n'aborde, etc., etc.—Parma foy! j'en suis féru:—Qui est-elle?—La fille au pauvre Groux-Moulu,—Esglantine au beau corps menu.—Son père est mon vassal; va le trouver! promets-lui qu'après mon plaisir je la ferai marier et lui donnerai de grands présens.—Le valet part pour sa honteuse ambassade: il aborde la jeune Esglantine en messager impudique et grossier. La chaste fille le repousse avec mépris. Il revient tout confus raconter sa mauvaise réception au seigneur qui, plus enflammé par la résistance, ordonne à son valet de retourner et de faire agir la menace. Le valet obéit et trouve le père et la fille ensemble occupés à louer Dieu.—Je suis aussi pauvre que Job, dit le père;—mais toutes fois j'ay suffisance, etc., etc.—Puisque ma fille en pacience—me tient loyale compagnie, etc., etc.; à quoi la fille répond par cette prière:
Douce mère du fruit de vie!Regnant en gloire triumphanteDessus la haute gérarchieDes anges ou chascun d'eulx chante,En vous louant, vierge puissante,Par leurs doux chants très amoureux,Préservez vos pauvres servantes,Par grâce! de faits vicieux!
Douce mère du fruit de vie!
Regnant en gloire triumphante
Dessus la haute gérarchie
Des anges ou chascun d'eulx chante,
En vous louant, vierge puissante,
Par leurs doux chants très amoureux,
Préservez vos pauvres servantes,
Par grâce! de faits vicieux!
Le valet interrompt ces touchantes paroles par de nouvelles propositions plus infames et plus violentes. La fille écarte ce misérable avec indignation. Le père veut l'assommer et le chasse. Nouveau récit fait au seigneur; nouvelle colère de cet homme impétueux.—Comment ce villain malostru—lui fault-il mon vouloir briser?—Je porterai mon branc d'acier,—foy que je dois à Saint-Richier!—il aura des coups plus de cent, etc. Arrivé chez le paysan:—Villain! de rude entendement, dit cet homme,—qui te meut d'estre si hardy?—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!etc., etc.—Fausse garce, vous y passerez!—Ha! monseigneur! pour Dieu, mercy!—Mercy? coquin, vous y mourrez!—Le père effrayé s'écrie:—Tout vostre plaisir en ferez;—où force règne droict n'a lieu.—O Jésus-Christ! souverain Dieu!—De pitié et miséricorde, dit la fille:—Tu seras liée d'une corde, reprend le seigneur; et le valet de répéter deux fois:—Tu seras liée d'une corde!Esglantine demande pour dernière grâce une heure de répit, afin de parler à son père. On lui accorde cette heure, et c'est ici que le pathétique est à son comble. Que fait cette vertueuse fille dans son entretien dernier avec son père? Elle le supplie, elle le conjure de lui trancher la tête avec sa cognée.—Mon cher enfant! ma géniture!—La chair de mon corps engendré!—Possiblen'est à créature humaine, etc., etc.—Mon père, je mourray de ma main,—et si par vous je suis damnée,—je proteste m'en plaindre à plein—devant le juge souverain.—Mon cueur se rit et mon œil pleure, dit alors le père, en voyant tant de vertu dans sa chère fille; et le seigneur cependant est aux écoutes. La fille, pressant de plus en plus son père, ce malheureux père se dispose à frapper le coup fatal, quand le seigneur s'élance et dit au paysan:—Que feras-tu?—meschant! tu en seras pendu!—Monseigneur!s'écrie la jeune fille,—j'ay requis en piteux langage—mon père de moy décoller, etc., etc.—Cher seigneur! vous devez garder—vos subjects par vostre prouesse,—et vous me voulez diffamer!etc., etc.—J'ayme mieux mon temps conclure—maintenant honneur et sagesse.—Ces derniers mots fléchissent enfin le seigneur.—O vénérable créature, lui dit-il:—Sur toutes bonnes la régente,—je renonce à ma folle cure;—pardonnez-moy! pucelle gente!etc., etc.; et il prend une couronne de fleurs et il la lui met sur la tête en l'appelantfontaine de chasteté; et il fait le père intendant de ses biens avec de grands présens; et il reçoit tout en pleurs les remercîmens du père et de la fille; mais il n'épouse pas Esglantine, ce qu'aujourd'hui nos poètes lui auraient fait faire et ce qui eût été une faute impardonnable contre le costume et les mœurs du temps.
Le bourgeois ouvre la scène par des plaintes amères contre les déréglemens de son fils—Ma femme! tu l'as trop flatté dans son enfance, etc., etc.—La bourgeoise essaie de calmer les chagrins de son mari. Tous deux vont à la messe pour se réconforter. Aussitôt le théâtre est occupé par les quatre brigands et le fils du bourgeois. On forme un complot pour détrousser des marchands. Le deuxième brigand renchérit sur le complot et engage le fils à tuer sonvieillard de père.—Si j'avais un vieillard de père—qui me détînt par vitupère—mon bien si très estroitement,—de mes deux mains villainement—l'estranglerois par grand outrage.—L'avis est soutenu pas les trois autres brigands. Le fils agrée cette monstrueuse proposition; il court droit à son père qu'il aperçoit:—Sus! ribaud père! sçay te quoi—pour avoir paix avec moy?—il te convient bailler argent.—Le père répond par de vifs reproches.—Sus! sus! vieillard, c'est trop presché!—dit un brigand.—Despêche-toy,ajoute le fils.—Las! mon enfant, en bonne foy,—je ne soustiens denier ne maille.—Alors le fils lui met la corde au cou.—Las! mon enfant, prends à mercy—ton pauvre père! veux-tu défaire—cil qui t'a faict?—Despêche-toy!—Las! que dira ta pauvre mère?etc., etc.—Je t'ay nourry en ma maison,—et maintenant faut que je meure.—Despêche-toy.—Las! tu me deusses secourir—et me nourrir—sur ma vieillesse,—et de tes mains me fais périr!etc., etc.—Au moins je te pry supporter—et mieux traiter—ta pauvre mère,—despêche-toy!—Mon cher enfant! las! baise-moy—pour dire adieu au départir, etc.—Adieu, mon fils! mon enfant cher!—Ici le fils pend son père.—Quand ma mère verra cela, dit-il après son parricide,elle criera comme une folle.—Eh bien! reprend un brigand,il ne faut que ton couteau traire—et lui donner dedans le corps.—Le fils consent. Sur ces entrefaites, arrive la mère qui, voyant le cadavre de son mari pendu, se met à crier et à pleurer. Elle interroge son fils, le soupçonne.—Vous en avez menti! coquarde!—O desloyal garçon mauldict!etc., etc.—Allez, voilà vostre payement!dit le fils, et il poignarde sa mère, qui expire en s'écriant:Jésus! Jésus!Et les monstres de courir à la maison pour la dévaliser. Alors le quatrième brigand propose à ses compagnons de se défaire du fils pour avoir plus grosse part du butin.—Non, dit un autre,vaut mieux le piper au jeu.—On joue au dez; le fils perd tout ce qu'il a d'un seul coup, et les brigands le quittent.Sa désespérationcommence avec sa misère.—O misérable faux truand!se dit-il à lui-même,—où iras-tu? que feras-tu?—Il fait son testament:—A Lucifer premièrement—teste et cervelle je luy donne,—et à Satan pareillement,—la peau de mon corps luy ordonne;—mes bras à Astaroth abandonne, etc., etc., et il finit par ces mots:—A tous les diables me command!—La première moralité est excellente, celle-ci est détestable: enfans des muses, cherchez pourquoi!
[51]On ajoute quelquefois à cette collection plusieurs pièces du même genre qui lui sont étrangères. Notre exemplaire, relié par Lewis, en Angleterre, contient, par exemple, 23 pièces; mais le recueil est complet avec les 12 articles énoncés par M. Brunet, dans sonManuel du Libraire et de l'Amateur.
[51]On ajoute quelquefois à cette collection plusieurs pièces du même genre qui lui sont étrangères. Notre exemplaire, relié par Lewis, en Angleterre, contient, par exemple, 23 pièces; mais le recueil est complet avec les 12 articles énoncés par M. Brunet, dans sonManuel du Libraire et de l'Amateur.
VINGT-DEUX FARCES ET SOTTIESDe l'an 1480 à l'an 1613-1632; tirées de la Collection de divers ouvrages anciens, par Pierre-Siméon Caron; et du Recueil de Farces gothiques, publié par M. Crozet, libraire.(De l'an 1480 à l'an 1613—1622—1798—1806-13-28.)Entre la Farce de Pathelin, la meilleure, la plus ancienne de toutes les pièces de ce genre, pièce que l'on s'obstine à croire anonyme, quoique M. de la Vallière l'ait attribuée à Pierre Blanchet[52], et la Farce de Gauthier Garguille et de Perrine sa femme, également anonyme, l'une des dernières et des plus cyniques de ce graveleux répertoire, se place une innombrable quantité de ces opuscules comiques, dont à peine cinquante nous avaient été conservés. Nous nous bornerons à donner l'extrait de quelques uns, en choisissant soit les plus piquans, soit ceux que MM. de la Vallière, Beauchamps et Parfait n'ont point analysés. Tout légers que paraissent ces titres desEnfans Sans Soucy, les dédaigner serait injuste; ils ont leur importance dans l'histoire de notre théâtre aussi bien que dans celle de nos mœurs; si bien que Gratian du Pont, dans sonArt de la Rhétorique, ne craint pas d'en assigner les règles, en disant que laFarcene doit pas avoir plus de 500 vers. Nos comédies en un acte sont évidemment dérivées de ces productionsrécréatives,historiques,facétieuses,enfarinées, etc., dont le domaine s'est partagé, vers 1613, entre nos théâtres et les tréteaux; et il faut remarquer que, de toutes les espèces de drames, c'est la seule qui ait eu des succès constamment progressifs, depuis 1474 environ, époque de sa naissance, où ses triomphes souvent sont marqués par de véritables chefs-d'œuvre de naturel, de malice et de gaîté.1.Farce nouvelle et récréative du médecin qui guarist de toutes sortes de maladies et de plusieurs aultres: aussi faict le nés a l'enfant d'une femme grosse, et apprend a deviner: c'està sçavoir quatre personnages:Le Médecin,le Boiteux,le Mary,la Femme. Cette farce grossière a fourni à La Fontaine l'idée de son joli conte du Faiseur d'oreilles; mais ici ce n'est pas l'oreille que l'ouvrier fait à l'enfant de la femme grosse, c'est le nez. Il y a bien d'autres différences entre les deux ouvrages.2.Farce de Colin, fils de Thénot le maire, qui revient de la guerre de Naples, et ameine un pélerin prisonnier, pensant que ce feust un turc.A quatre personnages, assavoir:Thénot,la Femme,Colin,le Pélerin. Colin, fils de Thénot, revient de Naples où il n'a pas fait d'autres prouesses que de s'enfuir et d'arrêter un pélerin endormi. Dans son voyage il pille la maison d'une pauvre paysanne qui vient se plaindre à Thénot, père, magistrat du lieu. Thénot fait mine d'interroger son fils, qui fait mine, de son côté, de ne rien entendre à la plainte et se perd en récits de l'expédition de Naples. Ce quiproquo entre la plaignante, le juge et Colin, rappelle une des meilleures scènes de la farce de Pathelin, et fait tout le comique de la pièce, dont le dénouement est le renvoi de la plaignante sans justice et le mariage de Colin avec la fille de Gauthier Garguille. Évidemment l'auteur a eu l'intention de ridiculiser les justices de village.3.Farce nouvelle de deux savetiers, l'un pauvre et l'autre riche; le riche est marri de ce qu'il veoid le pauvre rire et se resjouir, et perd cent escus et sa robe que le pauvre gaigne.A trois personnages, c'est à sçavoir:Le Pauvre,le Richeetle Juge. La scène s'ouvre par les chants joyeux du pauvre:Hay, hay, avant Jean de Nivelle,—Jean de Nivelle a des houzeaux,—le roi n'en a pas de si beaux, etc., etc. Le riche s'étonne de rencontrer tant de gaîté dans la pauvreté. Suit un dialogue entre le pauvre et le riche sur les avantages de la médiocrité pour le bonheur, dialogue plein d'agrément et de raison. Jusqu'ici l'auteur est dans la bonne voie, et c'est le sujet de la jolie fable du Savetier et du Financier: mais bientôt il dévie. Son pauvre savetier se laisse persuader d'aller demander à Dieu 100 écus au pied d'un autel. Le savetier riche se cache derrière l'autel et marchande, au nom de Dieu, avec le pauvre, d'abord pour 60 écus, puis pour 90; puis il lui en offre 99, dans l'espoir que le pauvre ne voudra rien démordre de ses 100 écus. Cependant le pauvre prend les 99 écus et s'enfuit, aux grands regrets du riche qui lui crie: «Despéche! rends-moi mes écus!» Le pauvre ne veut rien rendre. Un débat s'élève. Il faut aller trouver le juge en sa cour. Mais le pauvre n'a point de robe pour se rendre au plaids; le richelui en prête une. Arrivés tous deux devant le Juge, le Riche forme sa plainte en termes si confus et le pauvre se défend si naïvement, que le Juge condamne le Riche. Alors le Pauvre, joignant l'ironie à la fourberie (encore une imitation de Pathelin), dit au Riche: «Hay, génin, hay, pauvre cornard!—J'ay ta robe et ton argent;—mais est-elle point retournée?—Non payé suis de ma journée, etc., etc.—Pardonnez-nous, jeunes et vieux;—une autre fois nous ferons mieulx.»4.Farce nouvelle des femmes qui ayment mieux suivre Folconduit et vivre a leur plaisir que d'apprendre aucune bonne science.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Le Maître,Folconduit,Promptitude,Tardive à bien faire. Le Maître fait un appel aux femmes pour leur apprendre à bien vivre. Promptitude et Tardive se rendent chez lui avec Folconduit. Le Maître leur propose toutes sortes de bons livres et de bons préceptes. Les deux consultantes s'en moquent et disent non à tout; elles finissent par se remettre sous la direction de Folconduit, et le Maître leur souhaite bon voyage, en lançant contre les femmes cet anathème:Nulle science ne leur duict;—vérité leur est adversaire,—science ne les peut attraire,—à se taire on peut parler;—d'ailleurs, voulant toujours aller—par ville ou en pélerinage. Adieu.—Cela est bien aisé à dire.5.Farce nouvelle de l'Antechrist et de trois femmes, une bourgeoise et deux poissonnières.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Hamelot,Colechon,la Bourgeoise,l'Antechrist,deux Poissonnières. C'est une querelle de halle à propos de poisson marchandé par la Bourgeoise. On ne sait à quoi revient ici l'Antechrist qui arrive pour culbuter les paniers des Poissonnières, se faire battre et s'enfuir. La scène finit par la réconciliation des deux Poissardes qui vont boire ensemble.—Vadé a donc eu aussi son Jodelle, son Hardy, son Robert Garnier, comme Pierre Corneille.6.Farce joyeuse et récréative d'une femme qui demande les arrérages a son mary.A cinq personnages, c'est à sçavoir:Le Mary,la Femme,la Chambrière,le Sergent,le Voisin. La Femme se plaint à sa Chambrière d'être délaissée de son Mari. La Chambrière lui conseille d'aller trouver le Sergent, pour se faire payer ses arrérages par ordre de justice. Le Sergent expose à la Femme tout le détail des formes judiciaires employées en pareilles causes; mais il n'est pas besoin d'y recourir. Un voisin a si bien prêché le Mari, que celui-ci va chercher sa Femme, et, passant derrière le théâtre, lui paie les arrérages dus, à la satisfaction de la plaignante et du public.7.Farce nouvelle contenant le débat d'un jeune moine et d'un vieil gendarme, pardevant le dieu Cupidon pour une jeune fille; fort plaisante et récréative. A quatre personnages, c'est à sçavoir:Cupidon,la Fille,le Moine,le Gendarme. Au début, Cupidon, assis sur un trône, convoque les amans de tous les pays. Une jeune fille, qui n'est pas encore pourvue, se présente au dieu pour implorer son assistance. Cupidon lui donne bon espoir, mais la détourne du mariage et lui conseille de prendre un ami au jour la journée. La Fille, convaincue par les raisonnemens du dieu qui raisonne le plus mal, se dispose à faire son choix entre un jeune Moine et un vieux Gendarme qui sont venus également demander secours à Cupidon. Les deux rivaux se querellent à qui aura la Fille. Le dieu décide que ce sera le meilleur chanteur de basse-contre. La Fille chante d'abord avec le moine qu'elle trouve à son gré. Le capitaine veut la remise de la cause à huitaine. La Fille n'entend point dedilation.—Prenez-moy, dit le Gendarme;il n'est aboy que de vieux chiens.—A quoi la Fille ajoutequ'il n'est feu que de jeune boys.—Par adventure,—pour faire œuvre de nature,—si ay je encore verte veine.—Bon!s'écrie le Moine;un coup peust estre par semaine;—c'est où s'estend tout son pouvoir.—Je ne le veulx donc point avoir; répond la Fille, et Cupidon adjuge la belle Hélène au Moine, qui compte deux ducats au dieu pour ses habits; et Cupidon de remercier en ces mots:grates vobis, grates vobis.—Le sublime est que le Gendarme donne aussi un écu à Cupidon pour ses habits, ce qui lui vaut deuxgrates vobiset rien de plus.—Cette joyeuseté fait souvenir de la dame des belles cousines et de Damp, abbé.—Les sept farces précédentes ont été réunies en un volume in-12, selon le duc de la Vallière, lequel, publié en 1612, chez Nicolas Rousset, à Paris, est devenu très rare. Ce volume a probablement servi aux réimpressions de Caron.—Ces farces ont été jouées de 1480 à 1500 environ.8.Farce joyeuse et récréative du galant qui a faict le coup.A quatre personnages:Le Médecin,le badin Oudin,la femme Crespinete,la chambrière Malaperte. Pendant que Crespinete est allée en pélerinage, son mari Oudin a fait un enfant à sa chambrière Malaperte; et cela sur le théâtre, par respect sans doute pour l'unité de lieu: mais, au mépris de l'unité de temps, voilà Malaperte qui est grosse et sur le point d'accoucher. Comment cacher cette mésaventure à Crespinete qui va revenir? On court chez le Médecin. C'est un homme habile; il promet de tout arranger, pourvu qu'on lui envoie Crespinete, et que Badin fasse le malade. Badin fait donc le malade et envoie Crespinete au Médecin pour en obtenir remède à son mal. Le Médecin s'écrie, sur le récit de Crespinete, que Badin a unenfant dans le ventre.—Quoi! mon mari enceint?—Oui!—Quel remède?—Il faut tâcher de lefaire coucher avec votre chambrière et qu'elle prenne l'enfant sur son compte. Et Crespinete paraît une femme simple. Elle retourne chez son mari, le prêche si bien, ainsi que sa Chambrière, qu'elle les met tous deux au lit. Aussitôt elle se retire, et de cette façon l'enfant vient au monde sans que le mari s'en mette en peine et sans que le monde en jase.—Jouée à Paris en 1610.9.Sottieà dix personnages, jouée à Genève, en la place du Molard, le dimanche des Bordes, l'an 1523.—A Lyon, chez Pierre Rigaud.Folie,le Poste,Anthoine,Gallion,Grand Pierre,Claude Rousset,Pettremand,Gaudefroys,Mulet et l'Enfant. Cette pièce est une allusion aux malheurs causés par les troubles de religion. Mère Folie pleure son mari Bontemps. Tout d'un coup le Poste ou la Poste arrive de Genève qui apporte des nouvelles de Bontemps. Il n'est point mort. Il écrit, de deux lieues du paradis, qu'il se porte bien et qu'il reviendra quand justice aura son cours et qu'il n'aura risque d'être pendu. Mère Folie lit sa lettre à ses amis qu'elle convoque à cet effet. Grande joie dans la compagnie. On quitte le deuil; on se fait des chaperons blancs avec la chemise sale de mère Folie, et en attendant Bontemps on se met à boire, et puis c'est tout. La compagnie fait sagement, voulant boire, de boire en attendant Bontemps.10.Sottie jouée le dimanche après les Bordes, en 1524, en la justice.—«Monsieur le duc de Savoye et Madame estoient en cette ville et y devoient assister, mais pour ce qu'on ne les alla point quérir et aussi qu'on disoit que c'estoient des huguenots qui jouoient, ils n'y voulurent venir. M. de Maurienne et aultres courtisans y vinrent.—Les enfans de Bontemps estoient vestus de fil noir. A dix personnages:Le Prebstre,le Medecin,le Conseiller,l'Orphèvre,le Bonnetier,le Cousturier,le Savetier,le Cuisinier,Grande Mère Sottie,le Monde.» Cette Sottie est une suite de la précédente. Bontemps n'est point revenu et mère Folie est morte. Que vont faire les orphelins? Grande Mère Sottie vient à leur aide; elle leur dit d'apprendre chacun un métier et les conduit au Monde. Le Monde les interroge un à un, et trouve à redire aux œuvres de chacun, du Conseiller, du Prêtre dont les messes sont trop longues ou trop courtes, de l'Orphèvre, du Bonnetier, etc., etc. Le Monde se trouve malade; il commande aux enfans de Bontemps de porter de son urine au Médecin. Réflexion faite, il va chercher lui-même le Médecin et lui confesse qu'il est malade destristes prédictions qui circulent par tout.—«Et tu te troubles pour cela?» répond le Médecin:«Monde, tu ne te troubles pasDe voir ces hommes attrapardsVendre et acheter bénéfices;Les enfans ez bras des nourrices,Estre abbés, évesques, prieurs,Chevaucher très bien les deux sœurs,Tuer les gens pour leurs plaisirs, etc., etc.»Veux-tu guérir?—Oui.—Passe, et ne t'arreste en rien—à ces prognostications, etc.—Et vous tous, enfans de Bontemps, soyez, pour plaire au Monde, soyez bavards, ruffiens, menteurs,—rapporteurs, flatteurs, meschants—gents et vous aurez chez lui Bontemps.—Alors on habille le Monde en fou, et la toile tombe.11.Le mystère du chevalier qui donna sa femme au diable.A dix personnages, assavoir:Dieu, Notre-Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, sa Femme, Amaulry, escuyer; Anthénor, escuyer; le Pipeur et le Diable. Ce n'est pas là un vrai mystère, mais, sous ce nom, une farce moralité, du genre de celles que les confrères avaient permisaux Enfans Sans Soucyde représenter. On le reconnaîtra facilement à la nature et à la marche de l'action.—Un Chevalier, ébloui de sa fortune, dépense son bien à tort et à travers avec ses deux écuyers qui sont ses flatteurs et qu'il comble de présens. La Femme du Chevalier est une personne pieuse et sensée. Elle fait en vain à son mari de sages remontrances; on l'envoie promener; on lui dit de se taire; on l'appellecaquetoire: enfin elle est contrainte de se résigner, ce qu'elle fait en s'adressant à la Vierge Marie:«Haulte dame, dit-elle,Garde sa poure ame!Que mal ne l'entameDont puisse périr.Ta douleur réclameQue mon cœur enflammeTant qu'enfin la flammeNe puisse sentir, etc.»Les craintes de la vertueuse épouse ne tardent pas à se réaliser. Vient un Pipeur de dés. Le Chevalier perd tout son bien avec le Pipeur et ses deux écuyers. Alors ces Messieurs l'abandonnent. Il entre dans le désespoir. Le diable, qui guette l'ame du Chevalier et celle de la dame, offre ses services. Il promet au malheureux de lui rendre une grande fortune s'il consent à s'engager et à lui engager sa femme, le tout livrable dans sept ans. Le Chevalier signe l'engagement, redevient riche et retrouve ses deux flatteurs.«Anthenor, dit Amaulry, je suis bien joyeux,»Monseigneur si est remplumé, etc.»Ces misérables sont accueillis comme par le passé. La vie joyeuse recommence, et le Chevalier envoie paître sa femme tout de nouveau. Vient enfin le moment de se donner au diable. Le Chevalier conduit sa femme tristement à l'endroit convenu. Celle-ci, soupçonnant quelque mésaventure, demande à son mari de la laisser entrer dans une église, ce qui lui est accordé. Elle y fait une si ardente prière, que la Vierge Marie se charge de délivrer les deux époux des griffes du diable. Par son intercession, Dieu, suivi de Gabriel et de Raphaël, apparaît, et quand le diable se présente, il trouve à qui parler et n'a que le temps de s'enfuir chez Lucifer en blasphémant. De cette façon, le Chevalier garde sa femme, son ame et son argent. Il ne faut pourtant pas que tous les maris s'y fient; nous ne sommes plus au temps des mystères.12.Farce nouvelle du meusnier et du gentilhomme.A quatre personnages, à sçavoir:l'Abbé, le Meusnier, le Gentilhomme et son Page. A Troyes, chez Nicolas Oudot, 1628.—Un gentilhomme nécessiteux veut tirer 300 écus d'un abbé de son vasselage, et le taxe à cette somme, à moins qu'il n'en reçoive réponse aux trois questions suivantes: 1o. Quel est le centre du monde? 2o. Combien vaut ma personne? 3o. Que pensai-je en ce moment?—L'Abbé, fort en peine, conte son embarras à son meunier, qui le tire d'affaire en se chargeant des habits et du rôle de l'Abbé. 1o. Dit le Meunier au Gentilhomme, mettez un genou en terre; voilà précisément le centre du monde, et prouvez-moi le contraire; 2ovous valez 29 deniers, car Dieu ne fut vendu que 30 deniers par Judas, et ce n'est pas affaire que vous valiez un denier de moins que Dieu; 3ovous pensez que je sois l'abbé, tandis que je ne suis qu'un meunier à sa place. La plaisanterie réussit, et le Gentilhomme, fidèle à sa foi, renonce aux 300 écus.13.Joyeuse farce, à trois personnages, d'un Curia qui trompa la femme d'un Laboureur; le tout mis en rhythme savoyard, sauf le langage du Curia, lequel, en parlant audit Laboureur, escorchoit le langage françoys, et c'est une chose fort récréative: ensemble la chanson que ledit Laboureur chantoit en racoustrant son soulier, tandis que ledit Curia joyssait de la femme du Laboureur; puis les reproches et maudissions faictes audit Laboureur par sa femme, en lui remonstrant fort aigrement et avec grand courroux que c'estoit luy qui estoit la cause de tout le mal, d'autant que l'ayant menacé à battre, elle ne pouvoit du moins faire de luy obéir, par quoi le Laboureur oyant l'affront que lui avoit faict le Curia, se leva de cholère, et demandoit son épée et sa tranche ferranche pourtuer le Curia, mais sa femme l'apaisa.—A Lyon, 1595.—Le titre de cette pièce suffit à son analyse.14.Comédie facétieuse et très plaisante du voyage de frère Fécisti en Provence, vers Nostradamus: pour sçavoir certaines nouvelles des clefs du paradis et d'enfer que le pape avait perdues.—Imprimé à Nîmes, en 1599. Frère Fécisti, nommé ainsi pour avoir été fessé par les moines de son couvent à l'occasion d'une fille qu'il avait abusée, va en Provence consulter Nostradamus. En chemin, il rencontre Brusquet qui,sans être huguenot, le tourne en ridicule et lui prédit la potence. Brusquet poursuit son moine jusque chez le prophète, dont il se moque aussi bien que de frère Fécisti. Le moine ne veut pas d'abord dire son secret à Nostradamus devant Brusquet; mais il s'y résout sur l'assurance que Brusquetne vient pas de lieu—où les huguenots se nourrissent.—D'où vient-il donc?—D'où les diables pissent,—vers la Sorbonne de Paris. Or, frère Fécisti vient de la part du pape savoir des nouvelles de ses clefs. A chaque mot qu'il prononce, Brusquet l'interrompt par un lazzi huguenot. Nostradamus demande 24 heures pour répondre. En attendant cette réponse, Brusquet turlupine le moine, l'appellesot, larron, asne. Frère Fécisti se fâche à la fin, et la farce finit par bon nombre de gourmades entre lui et Brusquet. Cependant la réponse de Nostradamus n'arrive pas; elle n'est venue que de nos jours.15.Farce nouvelle, très bonne et très joyeuse de la cornette.A cinq personnages:Le Mary,la Femme,le Valet et les deux Nepveux; par Jehan d'Abundance, basochien et notaire royal de la ville de Pont-Saint-Esprit, 1545. C'est une jolie comédie dont Molière aurait pu profiter. Elle montre à quel point une femme qui s'est emparée de l'esprit de son mari peut impunément pousser la tromperie. Celle-ci, d'accord avec son valet Finet, tire de gros présens d'un chanoine et de bons services d'un jeune garçon. Les deux neveux du mari l'avertissent de tout ce manége, en insistant sur les circonstances; mais la dame a pris les devants en prévenant son cher époux, les larmes aux yeux, des calomnies de messieurs les neveux: aussi les reçoit-on vertement, et jamais il n'y eut de ménage moins troublé quand la pièce finit.16.Farce plaisante et récréative sur le tour qu'a joué un porteur d'eau dans Paris, le jour de ses noces, 1632.Le Porteur d'eau, l'Espouse, sa Mère, l'Entremetteur, les Violons, les Conviez.Que d'aigrefins ont imité le Porteur d'eau de 1632, lequel, étant accordé avec une jeune fille dont il a reçu de l'argent et un manteau, s'enfuit au moment du repas de noces etlaisse sa fiancée, les parens et les convives se débattre, pour le paiement, avec le traiteur et les violons.17.Tragi-comédie des enfans de Turlupin, malheureux de nature, ou l'on voit les fortunes dudit Turlupin, le mariage entre lui et la boulonnoise, et aultres mille plaisantes joyeusetez qui trompent la morne oysiveté.—A Rouen, rue de l'Horloge, chez Abraham Couturier. Pièce assez drôle, où les divers personnages sont tous plus malheureux les uns que les autres, se querellent, se battent, puis se consolent en buvant ensemble: grotesque image de la vie humaine.18.Tragi-comédie plaisante et facétieuse intitulée la subtilité de Fanfreluche et de Gaudichon, et comme il fut emporté par le diable.—A Rouen.—Acteurs:Fanfreluche,Gaudichon,le Vieillard,la Vieille,le Docteur,Bistory,valet de Fanfreluche,le Diable,la Mort. Rien de si obscur et de plus tristement plat que cette pièce, où l'on voit le diable emporter un latiniste manqué, nommé Fanfreluche, qui s'est marié à Gaudichon, uniquement pour la satisfaction du vieux père et de la vieille mère de la demoiselle.19.Farce joyeuse et profitable a un chascun, contenant la ruse et meschanceté et obstination d'aucunes femmes.Par personnages:Le Mary,la Femme,le Serviteur,le Serrurier, 1596. Le Mari n'est guère intéressant dans sa jalousie; car il n'a pas plutôt découvert les écus que sa femme a gagnés à ses dépens, qu'il entre en belle humeur et se réjouit de sa déconvenue maritale. Bien des gens suivent cet exemple; mais peu osent, comme ici, ne s'en point cacher devant le public.20.Discours facétieux des hommes qui font saller leurs femmes a cause qu'elles sont trop douces; lequel se joue à cinq personnages:Marceau,Jullien,Gillete,femme de Marceau,Françoise,femme de Jullien,Maistre Mace,philosophe de Bretaigne.—A Rouen, 1558. Marceau et Jullien s'entretiennent des vertus de leurs femmes. Ils n'y trouvent qu'une chose à redire; c'est qu'elles sont si doucesque possible ne sauraient-elles résister à la séduction. Qu'y faire? aller consulter Mace le philosophe. Mace promet de remédier à cette douceur excessive, et demande qu'on lui amène les deux femmes. Elles venues, il veut les faire mettre toutes nues pour les saler. Elles ne veulent point se mettre toutes nues devant un vieux philosophe, et encore moins se laisser saler; elles crient, elles tempêtent et s'en vont battre leurs maris. Ceux-ci reviennent au philosophe pour qu'il ait à dessaler un peu ces dames, la dose de sel paraissant trop forte. Mais Mace répond:«Les doulces je sçay bien salerMais touchant les désaler, point.»Et c'est là tout le sel de la pièce.21.Farce joyeuse et récréative de Poncette et de l'amoureux transy.—A Lyon, par Jean Marguerite, 1595. Ceci est tout bonnement une ordure; c'est pourquoi nous laissons l'amoureux transi se consoler de n'avoir pas épousé Poncette et d'avoir épousé mademoiselle Rose,quæ semper bombinat in lecto.22.Farce de la querelle de Gaultier Garguille et de Perrine, sa femme, avec la sentence de séparation entre eux rendue.—A Vaugirard, para. e. i. o. u., à l'enseigne des Trois-Raves. Gautier Garguille est mécontent de sa femme Perrine, parce que, l'ayant prise en bon lieu, il en attendait de grands profits et n'en retire que misère et maladies. Il lui fait des remontrances plus financières que morales, et Perrine lui répond par des résolutions, sentant l'impénitence finale, qui, parfois, sont très plaisantes. Là dessus Gaultier lui jette à la tête pots, plats, escuelles, potage, et lui eût rompu le cou sans la Renaud, honnête voisine, qui intervient fort à propos. S'ensuit un bel et bon divorce, prononcé par le juge, le 1eraoût 1613.On lit, dans les curieux Mémoires de l'abbé de Marolles, qu'il était difficile aux plus sérieux de ne pas rire de l'acteur fameux qui faisait le rôle de Perrine. Cet acteur était si parfaitement gai, que son nom est devenu proverbial dans la postérité, ainsi que la dame Gigogne, autre comédien, bouffon de ce temps.[52]Selon la bibliothèque du Théâtre Français, la Farce de Pathelin, composée vers 1474 ou 1480, l'aurait été par Pierre Blanchet, né à Poitiers en 1439, prêtre en 1469, et mort en 1499, dans sa ville natale.
De l'an 1480 à l'an 1613-1632; tirées de la Collection de divers ouvrages anciens, par Pierre-Siméon Caron; et du Recueil de Farces gothiques, publié par M. Crozet, libraire.
(De l'an 1480 à l'an 1613—1622—1798—1806-13-28.)
Entre la Farce de Pathelin, la meilleure, la plus ancienne de toutes les pièces de ce genre, pièce que l'on s'obstine à croire anonyme, quoique M. de la Vallière l'ait attribuée à Pierre Blanchet[52], et la Farce de Gauthier Garguille et de Perrine sa femme, également anonyme, l'une des dernières et des plus cyniques de ce graveleux répertoire, se place une innombrable quantité de ces opuscules comiques, dont à peine cinquante nous avaient été conservés. Nous nous bornerons à donner l'extrait de quelques uns, en choisissant soit les plus piquans, soit ceux que MM. de la Vallière, Beauchamps et Parfait n'ont point analysés. Tout légers que paraissent ces titres desEnfans Sans Soucy, les dédaigner serait injuste; ils ont leur importance dans l'histoire de notre théâtre aussi bien que dans celle de nos mœurs; si bien que Gratian du Pont, dans sonArt de la Rhétorique, ne craint pas d'en assigner les règles, en disant que laFarcene doit pas avoir plus de 500 vers. Nos comédies en un acte sont évidemment dérivées de ces productionsrécréatives,historiques,facétieuses,enfarinées, etc., dont le domaine s'est partagé, vers 1613, entre nos théâtres et les tréteaux; et il faut remarquer que, de toutes les espèces de drames, c'est la seule qui ait eu des succès constamment progressifs, depuis 1474 environ, époque de sa naissance, où ses triomphes souvent sont marqués par de véritables chefs-d'œuvre de naturel, de malice et de gaîté.
1.Farce nouvelle et récréative du médecin qui guarist de toutes sortes de maladies et de plusieurs aultres: aussi faict le nés a l'enfant d'une femme grosse, et apprend a deviner: c'està sçavoir quatre personnages:Le Médecin,le Boiteux,le Mary,la Femme. Cette farce grossière a fourni à La Fontaine l'idée de son joli conte du Faiseur d'oreilles; mais ici ce n'est pas l'oreille que l'ouvrier fait à l'enfant de la femme grosse, c'est le nez. Il y a bien d'autres différences entre les deux ouvrages.2.Farce de Colin, fils de Thénot le maire, qui revient de la guerre de Naples, et ameine un pélerin prisonnier, pensant que ce feust un turc.A quatre personnages, assavoir:Thénot,la Femme,Colin,le Pélerin. Colin, fils de Thénot, revient de Naples où il n'a pas fait d'autres prouesses que de s'enfuir et d'arrêter un pélerin endormi. Dans son voyage il pille la maison d'une pauvre paysanne qui vient se plaindre à Thénot, père, magistrat du lieu. Thénot fait mine d'interroger son fils, qui fait mine, de son côté, de ne rien entendre à la plainte et se perd en récits de l'expédition de Naples. Ce quiproquo entre la plaignante, le juge et Colin, rappelle une des meilleures scènes de la farce de Pathelin, et fait tout le comique de la pièce, dont le dénouement est le renvoi de la plaignante sans justice et le mariage de Colin avec la fille de Gauthier Garguille. Évidemment l'auteur a eu l'intention de ridiculiser les justices de village.3.Farce nouvelle de deux savetiers, l'un pauvre et l'autre riche; le riche est marri de ce qu'il veoid le pauvre rire et se resjouir, et perd cent escus et sa robe que le pauvre gaigne.A trois personnages, c'est à sçavoir:Le Pauvre,le Richeetle Juge. La scène s'ouvre par les chants joyeux du pauvre:Hay, hay, avant Jean de Nivelle,—Jean de Nivelle a des houzeaux,—le roi n'en a pas de si beaux, etc., etc. Le riche s'étonne de rencontrer tant de gaîté dans la pauvreté. Suit un dialogue entre le pauvre et le riche sur les avantages de la médiocrité pour le bonheur, dialogue plein d'agrément et de raison. Jusqu'ici l'auteur est dans la bonne voie, et c'est le sujet de la jolie fable du Savetier et du Financier: mais bientôt il dévie. Son pauvre savetier se laisse persuader d'aller demander à Dieu 100 écus au pied d'un autel. Le savetier riche se cache derrière l'autel et marchande, au nom de Dieu, avec le pauvre, d'abord pour 60 écus, puis pour 90; puis il lui en offre 99, dans l'espoir que le pauvre ne voudra rien démordre de ses 100 écus. Cependant le pauvre prend les 99 écus et s'enfuit, aux grands regrets du riche qui lui crie: «Despéche! rends-moi mes écus!» Le pauvre ne veut rien rendre. Un débat s'élève. Il faut aller trouver le juge en sa cour. Mais le pauvre n'a point de robe pour se rendre au plaids; le richelui en prête une. Arrivés tous deux devant le Juge, le Riche forme sa plainte en termes si confus et le pauvre se défend si naïvement, que le Juge condamne le Riche. Alors le Pauvre, joignant l'ironie à la fourberie (encore une imitation de Pathelin), dit au Riche: «Hay, génin, hay, pauvre cornard!—J'ay ta robe et ton argent;—mais est-elle point retournée?—Non payé suis de ma journée, etc., etc.—Pardonnez-nous, jeunes et vieux;—une autre fois nous ferons mieulx.»4.Farce nouvelle des femmes qui ayment mieux suivre Folconduit et vivre a leur plaisir que d'apprendre aucune bonne science.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Le Maître,Folconduit,Promptitude,Tardive à bien faire. Le Maître fait un appel aux femmes pour leur apprendre à bien vivre. Promptitude et Tardive se rendent chez lui avec Folconduit. Le Maître leur propose toutes sortes de bons livres et de bons préceptes. Les deux consultantes s'en moquent et disent non à tout; elles finissent par se remettre sous la direction de Folconduit, et le Maître leur souhaite bon voyage, en lançant contre les femmes cet anathème:Nulle science ne leur duict;—vérité leur est adversaire,—science ne les peut attraire,—à se taire on peut parler;—d'ailleurs, voulant toujours aller—par ville ou en pélerinage. Adieu.—Cela est bien aisé à dire.5.Farce nouvelle de l'Antechrist et de trois femmes, une bourgeoise et deux poissonnières.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Hamelot,Colechon,la Bourgeoise,l'Antechrist,deux Poissonnières. C'est une querelle de halle à propos de poisson marchandé par la Bourgeoise. On ne sait à quoi revient ici l'Antechrist qui arrive pour culbuter les paniers des Poissonnières, se faire battre et s'enfuir. La scène finit par la réconciliation des deux Poissardes qui vont boire ensemble.—Vadé a donc eu aussi son Jodelle, son Hardy, son Robert Garnier, comme Pierre Corneille.6.Farce joyeuse et récréative d'une femme qui demande les arrérages a son mary.A cinq personnages, c'est à sçavoir:Le Mary,la Femme,la Chambrière,le Sergent,le Voisin. La Femme se plaint à sa Chambrière d'être délaissée de son Mari. La Chambrière lui conseille d'aller trouver le Sergent, pour se faire payer ses arrérages par ordre de justice. Le Sergent expose à la Femme tout le détail des formes judiciaires employées en pareilles causes; mais il n'est pas besoin d'y recourir. Un voisin a si bien prêché le Mari, que celui-ci va chercher sa Femme, et, passant derrière le théâtre, lui paie les arrérages dus, à la satisfaction de la plaignante et du public.7.Farce nouvelle contenant le débat d'un jeune moine et d'un vieil gendarme, pardevant le dieu Cupidon pour une jeune fille; fort plaisante et récréative. A quatre personnages, c'est à sçavoir:Cupidon,la Fille,le Moine,le Gendarme. Au début, Cupidon, assis sur un trône, convoque les amans de tous les pays. Une jeune fille, qui n'est pas encore pourvue, se présente au dieu pour implorer son assistance. Cupidon lui donne bon espoir, mais la détourne du mariage et lui conseille de prendre un ami au jour la journée. La Fille, convaincue par les raisonnemens du dieu qui raisonne le plus mal, se dispose à faire son choix entre un jeune Moine et un vieux Gendarme qui sont venus également demander secours à Cupidon. Les deux rivaux se querellent à qui aura la Fille. Le dieu décide que ce sera le meilleur chanteur de basse-contre. La Fille chante d'abord avec le moine qu'elle trouve à son gré. Le capitaine veut la remise de la cause à huitaine. La Fille n'entend point dedilation.—Prenez-moy, dit le Gendarme;il n'est aboy que de vieux chiens.—A quoi la Fille ajoutequ'il n'est feu que de jeune boys.—Par adventure,—pour faire œuvre de nature,—si ay je encore verte veine.—Bon!s'écrie le Moine;un coup peust estre par semaine;—c'est où s'estend tout son pouvoir.—Je ne le veulx donc point avoir; répond la Fille, et Cupidon adjuge la belle Hélène au Moine, qui compte deux ducats au dieu pour ses habits; et Cupidon de remercier en ces mots:grates vobis, grates vobis.—Le sublime est que le Gendarme donne aussi un écu à Cupidon pour ses habits, ce qui lui vaut deuxgrates vobiset rien de plus.—Cette joyeuseté fait souvenir de la dame des belles cousines et de Damp, abbé.—Les sept farces précédentes ont été réunies en un volume in-12, selon le duc de la Vallière, lequel, publié en 1612, chez Nicolas Rousset, à Paris, est devenu très rare. Ce volume a probablement servi aux réimpressions de Caron.—Ces farces ont été jouées de 1480 à 1500 environ.8.Farce joyeuse et récréative du galant qui a faict le coup.A quatre personnages:Le Médecin,le badin Oudin,la femme Crespinete,la chambrière Malaperte. Pendant que Crespinete est allée en pélerinage, son mari Oudin a fait un enfant à sa chambrière Malaperte; et cela sur le théâtre, par respect sans doute pour l'unité de lieu: mais, au mépris de l'unité de temps, voilà Malaperte qui est grosse et sur le point d'accoucher. Comment cacher cette mésaventure à Crespinete qui va revenir? On court chez le Médecin. C'est un homme habile; il promet de tout arranger, pourvu qu'on lui envoie Crespinete, et que Badin fasse le malade. Badin fait donc le malade et envoie Crespinete au Médecin pour en obtenir remède à son mal. Le Médecin s'écrie, sur le récit de Crespinete, que Badin a unenfant dans le ventre.—Quoi! mon mari enceint?—Oui!—Quel remède?—Il faut tâcher de lefaire coucher avec votre chambrière et qu'elle prenne l'enfant sur son compte. Et Crespinete paraît une femme simple. Elle retourne chez son mari, le prêche si bien, ainsi que sa Chambrière, qu'elle les met tous deux au lit. Aussitôt elle se retire, et de cette façon l'enfant vient au monde sans que le mari s'en mette en peine et sans que le monde en jase.—Jouée à Paris en 1610.9.Sottieà dix personnages, jouée à Genève, en la place du Molard, le dimanche des Bordes, l'an 1523.—A Lyon, chez Pierre Rigaud.Folie,le Poste,Anthoine,Gallion,Grand Pierre,Claude Rousset,Pettremand,Gaudefroys,Mulet et l'Enfant. Cette pièce est une allusion aux malheurs causés par les troubles de religion. Mère Folie pleure son mari Bontemps. Tout d'un coup le Poste ou la Poste arrive de Genève qui apporte des nouvelles de Bontemps. Il n'est point mort. Il écrit, de deux lieues du paradis, qu'il se porte bien et qu'il reviendra quand justice aura son cours et qu'il n'aura risque d'être pendu. Mère Folie lit sa lettre à ses amis qu'elle convoque à cet effet. Grande joie dans la compagnie. On quitte le deuil; on se fait des chaperons blancs avec la chemise sale de mère Folie, et en attendant Bontemps on se met à boire, et puis c'est tout. La compagnie fait sagement, voulant boire, de boire en attendant Bontemps.10.Sottie jouée le dimanche après les Bordes, en 1524, en la justice.—«Monsieur le duc de Savoye et Madame estoient en cette ville et y devoient assister, mais pour ce qu'on ne les alla point quérir et aussi qu'on disoit que c'estoient des huguenots qui jouoient, ils n'y voulurent venir. M. de Maurienne et aultres courtisans y vinrent.—Les enfans de Bontemps estoient vestus de fil noir. A dix personnages:Le Prebstre,le Medecin,le Conseiller,l'Orphèvre,le Bonnetier,le Cousturier,le Savetier,le Cuisinier,Grande Mère Sottie,le Monde.» Cette Sottie est une suite de la précédente. Bontemps n'est point revenu et mère Folie est morte. Que vont faire les orphelins? Grande Mère Sottie vient à leur aide; elle leur dit d'apprendre chacun un métier et les conduit au Monde. Le Monde les interroge un à un, et trouve à redire aux œuvres de chacun, du Conseiller, du Prêtre dont les messes sont trop longues ou trop courtes, de l'Orphèvre, du Bonnetier, etc., etc. Le Monde se trouve malade; il commande aux enfans de Bontemps de porter de son urine au Médecin. Réflexion faite, il va chercher lui-même le Médecin et lui confesse qu'il est malade destristes prédictions qui circulent par tout.—«Et tu te troubles pour cela?» répond le Médecin:«Monde, tu ne te troubles pasDe voir ces hommes attrapardsVendre et acheter bénéfices;Les enfans ez bras des nourrices,Estre abbés, évesques, prieurs,Chevaucher très bien les deux sœurs,Tuer les gens pour leurs plaisirs, etc., etc.»Veux-tu guérir?—Oui.—Passe, et ne t'arreste en rien—à ces prognostications, etc.—Et vous tous, enfans de Bontemps, soyez, pour plaire au Monde, soyez bavards, ruffiens, menteurs,—rapporteurs, flatteurs, meschants—gents et vous aurez chez lui Bontemps.—Alors on habille le Monde en fou, et la toile tombe.11.Le mystère du chevalier qui donna sa femme au diable.A dix personnages, assavoir:Dieu, Notre-Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, sa Femme, Amaulry, escuyer; Anthénor, escuyer; le Pipeur et le Diable. Ce n'est pas là un vrai mystère, mais, sous ce nom, une farce moralité, du genre de celles que les confrères avaient permisaux Enfans Sans Soucyde représenter. On le reconnaîtra facilement à la nature et à la marche de l'action.—Un Chevalier, ébloui de sa fortune, dépense son bien à tort et à travers avec ses deux écuyers qui sont ses flatteurs et qu'il comble de présens. La Femme du Chevalier est une personne pieuse et sensée. Elle fait en vain à son mari de sages remontrances; on l'envoie promener; on lui dit de se taire; on l'appellecaquetoire: enfin elle est contrainte de se résigner, ce qu'elle fait en s'adressant à la Vierge Marie:«Haulte dame, dit-elle,Garde sa poure ame!Que mal ne l'entameDont puisse périr.Ta douleur réclameQue mon cœur enflammeTant qu'enfin la flammeNe puisse sentir, etc.»Les craintes de la vertueuse épouse ne tardent pas à se réaliser. Vient un Pipeur de dés. Le Chevalier perd tout son bien avec le Pipeur et ses deux écuyers. Alors ces Messieurs l'abandonnent. Il entre dans le désespoir. Le diable, qui guette l'ame du Chevalier et celle de la dame, offre ses services. Il promet au malheureux de lui rendre une grande fortune s'il consent à s'engager et à lui engager sa femme, le tout livrable dans sept ans. Le Chevalier signe l'engagement, redevient riche et retrouve ses deux flatteurs.«Anthenor, dit Amaulry, je suis bien joyeux,»Monseigneur si est remplumé, etc.»Ces misérables sont accueillis comme par le passé. La vie joyeuse recommence, et le Chevalier envoie paître sa femme tout de nouveau. Vient enfin le moment de se donner au diable. Le Chevalier conduit sa femme tristement à l'endroit convenu. Celle-ci, soupçonnant quelque mésaventure, demande à son mari de la laisser entrer dans une église, ce qui lui est accordé. Elle y fait une si ardente prière, que la Vierge Marie se charge de délivrer les deux époux des griffes du diable. Par son intercession, Dieu, suivi de Gabriel et de Raphaël, apparaît, et quand le diable se présente, il trouve à qui parler et n'a que le temps de s'enfuir chez Lucifer en blasphémant. De cette façon, le Chevalier garde sa femme, son ame et son argent. Il ne faut pourtant pas que tous les maris s'y fient; nous ne sommes plus au temps des mystères.12.Farce nouvelle du meusnier et du gentilhomme.A quatre personnages, à sçavoir:l'Abbé, le Meusnier, le Gentilhomme et son Page. A Troyes, chez Nicolas Oudot, 1628.—Un gentilhomme nécessiteux veut tirer 300 écus d'un abbé de son vasselage, et le taxe à cette somme, à moins qu'il n'en reçoive réponse aux trois questions suivantes: 1o. Quel est le centre du monde? 2o. Combien vaut ma personne? 3o. Que pensai-je en ce moment?—L'Abbé, fort en peine, conte son embarras à son meunier, qui le tire d'affaire en se chargeant des habits et du rôle de l'Abbé. 1o. Dit le Meunier au Gentilhomme, mettez un genou en terre; voilà précisément le centre du monde, et prouvez-moi le contraire; 2ovous valez 29 deniers, car Dieu ne fut vendu que 30 deniers par Judas, et ce n'est pas affaire que vous valiez un denier de moins que Dieu; 3ovous pensez que je sois l'abbé, tandis que je ne suis qu'un meunier à sa place. La plaisanterie réussit, et le Gentilhomme, fidèle à sa foi, renonce aux 300 écus.13.Joyeuse farce, à trois personnages, d'un Curia qui trompa la femme d'un Laboureur; le tout mis en rhythme savoyard, sauf le langage du Curia, lequel, en parlant audit Laboureur, escorchoit le langage françoys, et c'est une chose fort récréative: ensemble la chanson que ledit Laboureur chantoit en racoustrant son soulier, tandis que ledit Curia joyssait de la femme du Laboureur; puis les reproches et maudissions faictes audit Laboureur par sa femme, en lui remonstrant fort aigrement et avec grand courroux que c'estoit luy qui estoit la cause de tout le mal, d'autant que l'ayant menacé à battre, elle ne pouvoit du moins faire de luy obéir, par quoi le Laboureur oyant l'affront que lui avoit faict le Curia, se leva de cholère, et demandoit son épée et sa tranche ferranche pourtuer le Curia, mais sa femme l'apaisa.—A Lyon, 1595.—Le titre de cette pièce suffit à son analyse.14.Comédie facétieuse et très plaisante du voyage de frère Fécisti en Provence, vers Nostradamus: pour sçavoir certaines nouvelles des clefs du paradis et d'enfer que le pape avait perdues.—Imprimé à Nîmes, en 1599. Frère Fécisti, nommé ainsi pour avoir été fessé par les moines de son couvent à l'occasion d'une fille qu'il avait abusée, va en Provence consulter Nostradamus. En chemin, il rencontre Brusquet qui,sans être huguenot, le tourne en ridicule et lui prédit la potence. Brusquet poursuit son moine jusque chez le prophète, dont il se moque aussi bien que de frère Fécisti. Le moine ne veut pas d'abord dire son secret à Nostradamus devant Brusquet; mais il s'y résout sur l'assurance que Brusquetne vient pas de lieu—où les huguenots se nourrissent.—D'où vient-il donc?—D'où les diables pissent,—vers la Sorbonne de Paris. Or, frère Fécisti vient de la part du pape savoir des nouvelles de ses clefs. A chaque mot qu'il prononce, Brusquet l'interrompt par un lazzi huguenot. Nostradamus demande 24 heures pour répondre. En attendant cette réponse, Brusquet turlupine le moine, l'appellesot, larron, asne. Frère Fécisti se fâche à la fin, et la farce finit par bon nombre de gourmades entre lui et Brusquet. Cependant la réponse de Nostradamus n'arrive pas; elle n'est venue que de nos jours.15.Farce nouvelle, très bonne et très joyeuse de la cornette.A cinq personnages:Le Mary,la Femme,le Valet et les deux Nepveux; par Jehan d'Abundance, basochien et notaire royal de la ville de Pont-Saint-Esprit, 1545. C'est une jolie comédie dont Molière aurait pu profiter. Elle montre à quel point une femme qui s'est emparée de l'esprit de son mari peut impunément pousser la tromperie. Celle-ci, d'accord avec son valet Finet, tire de gros présens d'un chanoine et de bons services d'un jeune garçon. Les deux neveux du mari l'avertissent de tout ce manége, en insistant sur les circonstances; mais la dame a pris les devants en prévenant son cher époux, les larmes aux yeux, des calomnies de messieurs les neveux: aussi les reçoit-on vertement, et jamais il n'y eut de ménage moins troublé quand la pièce finit.16.Farce plaisante et récréative sur le tour qu'a joué un porteur d'eau dans Paris, le jour de ses noces, 1632.Le Porteur d'eau, l'Espouse, sa Mère, l'Entremetteur, les Violons, les Conviez.Que d'aigrefins ont imité le Porteur d'eau de 1632, lequel, étant accordé avec une jeune fille dont il a reçu de l'argent et un manteau, s'enfuit au moment du repas de noces etlaisse sa fiancée, les parens et les convives se débattre, pour le paiement, avec le traiteur et les violons.17.Tragi-comédie des enfans de Turlupin, malheureux de nature, ou l'on voit les fortunes dudit Turlupin, le mariage entre lui et la boulonnoise, et aultres mille plaisantes joyeusetez qui trompent la morne oysiveté.—A Rouen, rue de l'Horloge, chez Abraham Couturier. Pièce assez drôle, où les divers personnages sont tous plus malheureux les uns que les autres, se querellent, se battent, puis se consolent en buvant ensemble: grotesque image de la vie humaine.18.Tragi-comédie plaisante et facétieuse intitulée la subtilité de Fanfreluche et de Gaudichon, et comme il fut emporté par le diable.—A Rouen.—Acteurs:Fanfreluche,Gaudichon,le Vieillard,la Vieille,le Docteur,Bistory,valet de Fanfreluche,le Diable,la Mort. Rien de si obscur et de plus tristement plat que cette pièce, où l'on voit le diable emporter un latiniste manqué, nommé Fanfreluche, qui s'est marié à Gaudichon, uniquement pour la satisfaction du vieux père et de la vieille mère de la demoiselle.19.Farce joyeuse et profitable a un chascun, contenant la ruse et meschanceté et obstination d'aucunes femmes.Par personnages:Le Mary,la Femme,le Serviteur,le Serrurier, 1596. Le Mari n'est guère intéressant dans sa jalousie; car il n'a pas plutôt découvert les écus que sa femme a gagnés à ses dépens, qu'il entre en belle humeur et se réjouit de sa déconvenue maritale. Bien des gens suivent cet exemple; mais peu osent, comme ici, ne s'en point cacher devant le public.20.Discours facétieux des hommes qui font saller leurs femmes a cause qu'elles sont trop douces; lequel se joue à cinq personnages:Marceau,Jullien,Gillete,femme de Marceau,Françoise,femme de Jullien,Maistre Mace,philosophe de Bretaigne.—A Rouen, 1558. Marceau et Jullien s'entretiennent des vertus de leurs femmes. Ils n'y trouvent qu'une chose à redire; c'est qu'elles sont si doucesque possible ne sauraient-elles résister à la séduction. Qu'y faire? aller consulter Mace le philosophe. Mace promet de remédier à cette douceur excessive, et demande qu'on lui amène les deux femmes. Elles venues, il veut les faire mettre toutes nues pour les saler. Elles ne veulent point se mettre toutes nues devant un vieux philosophe, et encore moins se laisser saler; elles crient, elles tempêtent et s'en vont battre leurs maris. Ceux-ci reviennent au philosophe pour qu'il ait à dessaler un peu ces dames, la dose de sel paraissant trop forte. Mais Mace répond:«Les doulces je sçay bien salerMais touchant les désaler, point.»Et c'est là tout le sel de la pièce.21.Farce joyeuse et récréative de Poncette et de l'amoureux transy.—A Lyon, par Jean Marguerite, 1595. Ceci est tout bonnement une ordure; c'est pourquoi nous laissons l'amoureux transi se consoler de n'avoir pas épousé Poncette et d'avoir épousé mademoiselle Rose,quæ semper bombinat in lecto.22.Farce de la querelle de Gaultier Garguille et de Perrine, sa femme, avec la sentence de séparation entre eux rendue.—A Vaugirard, para. e. i. o. u., à l'enseigne des Trois-Raves. Gautier Garguille est mécontent de sa femme Perrine, parce que, l'ayant prise en bon lieu, il en attendait de grands profits et n'en retire que misère et maladies. Il lui fait des remontrances plus financières que morales, et Perrine lui répond par des résolutions, sentant l'impénitence finale, qui, parfois, sont très plaisantes. Là dessus Gaultier lui jette à la tête pots, plats, escuelles, potage, et lui eût rompu le cou sans la Renaud, honnête voisine, qui intervient fort à propos. S'ensuit un bel et bon divorce, prononcé par le juge, le 1eraoût 1613.
1.Farce nouvelle et récréative du médecin qui guarist de toutes sortes de maladies et de plusieurs aultres: aussi faict le nés a l'enfant d'une femme grosse, et apprend a deviner: c'està sçavoir quatre personnages:Le Médecin,le Boiteux,le Mary,la Femme. Cette farce grossière a fourni à La Fontaine l'idée de son joli conte du Faiseur d'oreilles; mais ici ce n'est pas l'oreille que l'ouvrier fait à l'enfant de la femme grosse, c'est le nez. Il y a bien d'autres différences entre les deux ouvrages.
2.Farce de Colin, fils de Thénot le maire, qui revient de la guerre de Naples, et ameine un pélerin prisonnier, pensant que ce feust un turc.A quatre personnages, assavoir:Thénot,la Femme,Colin,le Pélerin. Colin, fils de Thénot, revient de Naples où il n'a pas fait d'autres prouesses que de s'enfuir et d'arrêter un pélerin endormi. Dans son voyage il pille la maison d'une pauvre paysanne qui vient se plaindre à Thénot, père, magistrat du lieu. Thénot fait mine d'interroger son fils, qui fait mine, de son côté, de ne rien entendre à la plainte et se perd en récits de l'expédition de Naples. Ce quiproquo entre la plaignante, le juge et Colin, rappelle une des meilleures scènes de la farce de Pathelin, et fait tout le comique de la pièce, dont le dénouement est le renvoi de la plaignante sans justice et le mariage de Colin avec la fille de Gauthier Garguille. Évidemment l'auteur a eu l'intention de ridiculiser les justices de village.
3.Farce nouvelle de deux savetiers, l'un pauvre et l'autre riche; le riche est marri de ce qu'il veoid le pauvre rire et se resjouir, et perd cent escus et sa robe que le pauvre gaigne.A trois personnages, c'est à sçavoir:Le Pauvre,le Richeetle Juge. La scène s'ouvre par les chants joyeux du pauvre:Hay, hay, avant Jean de Nivelle,—Jean de Nivelle a des houzeaux,—le roi n'en a pas de si beaux, etc., etc. Le riche s'étonne de rencontrer tant de gaîté dans la pauvreté. Suit un dialogue entre le pauvre et le riche sur les avantages de la médiocrité pour le bonheur, dialogue plein d'agrément et de raison. Jusqu'ici l'auteur est dans la bonne voie, et c'est le sujet de la jolie fable du Savetier et du Financier: mais bientôt il dévie. Son pauvre savetier se laisse persuader d'aller demander à Dieu 100 écus au pied d'un autel. Le savetier riche se cache derrière l'autel et marchande, au nom de Dieu, avec le pauvre, d'abord pour 60 écus, puis pour 90; puis il lui en offre 99, dans l'espoir que le pauvre ne voudra rien démordre de ses 100 écus. Cependant le pauvre prend les 99 écus et s'enfuit, aux grands regrets du riche qui lui crie: «Despéche! rends-moi mes écus!» Le pauvre ne veut rien rendre. Un débat s'élève. Il faut aller trouver le juge en sa cour. Mais le pauvre n'a point de robe pour se rendre au plaids; le richelui en prête une. Arrivés tous deux devant le Juge, le Riche forme sa plainte en termes si confus et le pauvre se défend si naïvement, que le Juge condamne le Riche. Alors le Pauvre, joignant l'ironie à la fourberie (encore une imitation de Pathelin), dit au Riche: «Hay, génin, hay, pauvre cornard!—J'ay ta robe et ton argent;—mais est-elle point retournée?—Non payé suis de ma journée, etc., etc.—Pardonnez-nous, jeunes et vieux;—une autre fois nous ferons mieulx.»
4.Farce nouvelle des femmes qui ayment mieux suivre Folconduit et vivre a leur plaisir que d'apprendre aucune bonne science.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Le Maître,Folconduit,Promptitude,Tardive à bien faire. Le Maître fait un appel aux femmes pour leur apprendre à bien vivre. Promptitude et Tardive se rendent chez lui avec Folconduit. Le Maître leur propose toutes sortes de bons livres et de bons préceptes. Les deux consultantes s'en moquent et disent non à tout; elles finissent par se remettre sous la direction de Folconduit, et le Maître leur souhaite bon voyage, en lançant contre les femmes cet anathème:Nulle science ne leur duict;—vérité leur est adversaire,—science ne les peut attraire,—à se taire on peut parler;—d'ailleurs, voulant toujours aller—par ville ou en pélerinage. Adieu.—Cela est bien aisé à dire.
5.Farce nouvelle de l'Antechrist et de trois femmes, une bourgeoise et deux poissonnières.A quatre personnages, c'est à sçavoir:Hamelot,Colechon,la Bourgeoise,l'Antechrist,deux Poissonnières. C'est une querelle de halle à propos de poisson marchandé par la Bourgeoise. On ne sait à quoi revient ici l'Antechrist qui arrive pour culbuter les paniers des Poissonnières, se faire battre et s'enfuir. La scène finit par la réconciliation des deux Poissardes qui vont boire ensemble.—Vadé a donc eu aussi son Jodelle, son Hardy, son Robert Garnier, comme Pierre Corneille.
6.Farce joyeuse et récréative d'une femme qui demande les arrérages a son mary.A cinq personnages, c'est à sçavoir:Le Mary,la Femme,la Chambrière,le Sergent,le Voisin. La Femme se plaint à sa Chambrière d'être délaissée de son Mari. La Chambrière lui conseille d'aller trouver le Sergent, pour se faire payer ses arrérages par ordre de justice. Le Sergent expose à la Femme tout le détail des formes judiciaires employées en pareilles causes; mais il n'est pas besoin d'y recourir. Un voisin a si bien prêché le Mari, que celui-ci va chercher sa Femme, et, passant derrière le théâtre, lui paie les arrérages dus, à la satisfaction de la plaignante et du public.
7.Farce nouvelle contenant le débat d'un jeune moine et d'un vieil gendarme, pardevant le dieu Cupidon pour une jeune fille; fort plaisante et récréative. A quatre personnages, c'est à sçavoir:Cupidon,la Fille,le Moine,le Gendarme. Au début, Cupidon, assis sur un trône, convoque les amans de tous les pays. Une jeune fille, qui n'est pas encore pourvue, se présente au dieu pour implorer son assistance. Cupidon lui donne bon espoir, mais la détourne du mariage et lui conseille de prendre un ami au jour la journée. La Fille, convaincue par les raisonnemens du dieu qui raisonne le plus mal, se dispose à faire son choix entre un jeune Moine et un vieux Gendarme qui sont venus également demander secours à Cupidon. Les deux rivaux se querellent à qui aura la Fille. Le dieu décide que ce sera le meilleur chanteur de basse-contre. La Fille chante d'abord avec le moine qu'elle trouve à son gré. Le capitaine veut la remise de la cause à huitaine. La Fille n'entend point dedilation.—Prenez-moy, dit le Gendarme;il n'est aboy que de vieux chiens.—A quoi la Fille ajoutequ'il n'est feu que de jeune boys.—Par adventure,—pour faire œuvre de nature,—si ay je encore verte veine.—Bon!s'écrie le Moine;un coup peust estre par semaine;—c'est où s'estend tout son pouvoir.—Je ne le veulx donc point avoir; répond la Fille, et Cupidon adjuge la belle Hélène au Moine, qui compte deux ducats au dieu pour ses habits; et Cupidon de remercier en ces mots:grates vobis, grates vobis.—Le sublime est que le Gendarme donne aussi un écu à Cupidon pour ses habits, ce qui lui vaut deuxgrates vobiset rien de plus.—Cette joyeuseté fait souvenir de la dame des belles cousines et de Damp, abbé.—Les sept farces précédentes ont été réunies en un volume in-12, selon le duc de la Vallière, lequel, publié en 1612, chez Nicolas Rousset, à Paris, est devenu très rare. Ce volume a probablement servi aux réimpressions de Caron.—Ces farces ont été jouées de 1480 à 1500 environ.
8.Farce joyeuse et récréative du galant qui a faict le coup.A quatre personnages:Le Médecin,le badin Oudin,la femme Crespinete,la chambrière Malaperte. Pendant que Crespinete est allée en pélerinage, son mari Oudin a fait un enfant à sa chambrière Malaperte; et cela sur le théâtre, par respect sans doute pour l'unité de lieu: mais, au mépris de l'unité de temps, voilà Malaperte qui est grosse et sur le point d'accoucher. Comment cacher cette mésaventure à Crespinete qui va revenir? On court chez le Médecin. C'est un homme habile; il promet de tout arranger, pourvu qu'on lui envoie Crespinete, et que Badin fasse le malade. Badin fait donc le malade et envoie Crespinete au Médecin pour en obtenir remède à son mal. Le Médecin s'écrie, sur le récit de Crespinete, que Badin a unenfant dans le ventre.—Quoi! mon mari enceint?—Oui!—Quel remède?—Il faut tâcher de lefaire coucher avec votre chambrière et qu'elle prenne l'enfant sur son compte. Et Crespinete paraît une femme simple. Elle retourne chez son mari, le prêche si bien, ainsi que sa Chambrière, qu'elle les met tous deux au lit. Aussitôt elle se retire, et de cette façon l'enfant vient au monde sans que le mari s'en mette en peine et sans que le monde en jase.—Jouée à Paris en 1610.
9.Sottieà dix personnages, jouée à Genève, en la place du Molard, le dimanche des Bordes, l'an 1523.—A Lyon, chez Pierre Rigaud.Folie,le Poste,Anthoine,Gallion,Grand Pierre,Claude Rousset,Pettremand,Gaudefroys,Mulet et l'Enfant. Cette pièce est une allusion aux malheurs causés par les troubles de religion. Mère Folie pleure son mari Bontemps. Tout d'un coup le Poste ou la Poste arrive de Genève qui apporte des nouvelles de Bontemps. Il n'est point mort. Il écrit, de deux lieues du paradis, qu'il se porte bien et qu'il reviendra quand justice aura son cours et qu'il n'aura risque d'être pendu. Mère Folie lit sa lettre à ses amis qu'elle convoque à cet effet. Grande joie dans la compagnie. On quitte le deuil; on se fait des chaperons blancs avec la chemise sale de mère Folie, et en attendant Bontemps on se met à boire, et puis c'est tout. La compagnie fait sagement, voulant boire, de boire en attendant Bontemps.
10.Sottie jouée le dimanche après les Bordes, en 1524, en la justice.—«Monsieur le duc de Savoye et Madame estoient en cette ville et y devoient assister, mais pour ce qu'on ne les alla point quérir et aussi qu'on disoit que c'estoient des huguenots qui jouoient, ils n'y voulurent venir. M. de Maurienne et aultres courtisans y vinrent.—Les enfans de Bontemps estoient vestus de fil noir. A dix personnages:Le Prebstre,le Medecin,le Conseiller,l'Orphèvre,le Bonnetier,le Cousturier,le Savetier,le Cuisinier,Grande Mère Sottie,le Monde.» Cette Sottie est une suite de la précédente. Bontemps n'est point revenu et mère Folie est morte. Que vont faire les orphelins? Grande Mère Sottie vient à leur aide; elle leur dit d'apprendre chacun un métier et les conduit au Monde. Le Monde les interroge un à un, et trouve à redire aux œuvres de chacun, du Conseiller, du Prêtre dont les messes sont trop longues ou trop courtes, de l'Orphèvre, du Bonnetier, etc., etc. Le Monde se trouve malade; il commande aux enfans de Bontemps de porter de son urine au Médecin. Réflexion faite, il va chercher lui-même le Médecin et lui confesse qu'il est malade destristes prédictions qui circulent par tout.—«Et tu te troubles pour cela?» répond le Médecin:
«Monde, tu ne te troubles pasDe voir ces hommes attrapardsVendre et acheter bénéfices;Les enfans ez bras des nourrices,Estre abbés, évesques, prieurs,Chevaucher très bien les deux sœurs,Tuer les gens pour leurs plaisirs, etc., etc.»
«Monde, tu ne te troubles pas
De voir ces hommes attrapards
Vendre et acheter bénéfices;
Les enfans ez bras des nourrices,
Estre abbés, évesques, prieurs,
Chevaucher très bien les deux sœurs,
Tuer les gens pour leurs plaisirs, etc., etc.»
Veux-tu guérir?—Oui.—Passe, et ne t'arreste en rien—à ces prognostications, etc.—Et vous tous, enfans de Bontemps, soyez, pour plaire au Monde, soyez bavards, ruffiens, menteurs,—rapporteurs, flatteurs, meschants—gents et vous aurez chez lui Bontemps.—Alors on habille le Monde en fou, et la toile tombe.
11.Le mystère du chevalier qui donna sa femme au diable.A dix personnages, assavoir:Dieu, Notre-Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, sa Femme, Amaulry, escuyer; Anthénor, escuyer; le Pipeur et le Diable. Ce n'est pas là un vrai mystère, mais, sous ce nom, une farce moralité, du genre de celles que les confrères avaient permisaux Enfans Sans Soucyde représenter. On le reconnaîtra facilement à la nature et à la marche de l'action.—Un Chevalier, ébloui de sa fortune, dépense son bien à tort et à travers avec ses deux écuyers qui sont ses flatteurs et qu'il comble de présens. La Femme du Chevalier est une personne pieuse et sensée. Elle fait en vain à son mari de sages remontrances; on l'envoie promener; on lui dit de se taire; on l'appellecaquetoire: enfin elle est contrainte de se résigner, ce qu'elle fait en s'adressant à la Vierge Marie:
«Haulte dame, dit-elle,Garde sa poure ame!Que mal ne l'entameDont puisse périr.Ta douleur réclameQue mon cœur enflammeTant qu'enfin la flammeNe puisse sentir, etc.»
«Haulte dame, dit-elle,
Garde sa poure ame!
Que mal ne l'entame
Dont puisse périr.
Ta douleur réclame
Que mon cœur enflamme
Tant qu'enfin la flamme
Ne puisse sentir, etc.»
Les craintes de la vertueuse épouse ne tardent pas à se réaliser. Vient un Pipeur de dés. Le Chevalier perd tout son bien avec le Pipeur et ses deux écuyers. Alors ces Messieurs l'abandonnent. Il entre dans le désespoir. Le diable, qui guette l'ame du Chevalier et celle de la dame, offre ses services. Il promet au malheureux de lui rendre une grande fortune s'il consent à s'engager et à lui engager sa femme, le tout livrable dans sept ans. Le Chevalier signe l'engagement, redevient riche et retrouve ses deux flatteurs.
«Anthenor, dit Amaulry, je suis bien joyeux,»Monseigneur si est remplumé, etc.»
«Anthenor, dit Amaulry, je suis bien joyeux,
»Monseigneur si est remplumé, etc.»
Ces misérables sont accueillis comme par le passé. La vie joyeuse recommence, et le Chevalier envoie paître sa femme tout de nouveau. Vient enfin le moment de se donner au diable. Le Chevalier conduit sa femme tristement à l'endroit convenu. Celle-ci, soupçonnant quelque mésaventure, demande à son mari de la laisser entrer dans une église, ce qui lui est accordé. Elle y fait une si ardente prière, que la Vierge Marie se charge de délivrer les deux époux des griffes du diable. Par son intercession, Dieu, suivi de Gabriel et de Raphaël, apparaît, et quand le diable se présente, il trouve à qui parler et n'a que le temps de s'enfuir chez Lucifer en blasphémant. De cette façon, le Chevalier garde sa femme, son ame et son argent. Il ne faut pourtant pas que tous les maris s'y fient; nous ne sommes plus au temps des mystères.
12.Farce nouvelle du meusnier et du gentilhomme.A quatre personnages, à sçavoir:l'Abbé, le Meusnier, le Gentilhomme et son Page. A Troyes, chez Nicolas Oudot, 1628.—Un gentilhomme nécessiteux veut tirer 300 écus d'un abbé de son vasselage, et le taxe à cette somme, à moins qu'il n'en reçoive réponse aux trois questions suivantes: 1o. Quel est le centre du monde? 2o. Combien vaut ma personne? 3o. Que pensai-je en ce moment?—L'Abbé, fort en peine, conte son embarras à son meunier, qui le tire d'affaire en se chargeant des habits et du rôle de l'Abbé. 1o. Dit le Meunier au Gentilhomme, mettez un genou en terre; voilà précisément le centre du monde, et prouvez-moi le contraire; 2ovous valez 29 deniers, car Dieu ne fut vendu que 30 deniers par Judas, et ce n'est pas affaire que vous valiez un denier de moins que Dieu; 3ovous pensez que je sois l'abbé, tandis que je ne suis qu'un meunier à sa place. La plaisanterie réussit, et le Gentilhomme, fidèle à sa foi, renonce aux 300 écus.
13.Joyeuse farce, à trois personnages, d'un Curia qui trompa la femme d'un Laboureur; le tout mis en rhythme savoyard, sauf le langage du Curia, lequel, en parlant audit Laboureur, escorchoit le langage françoys, et c'est une chose fort récréative: ensemble la chanson que ledit Laboureur chantoit en racoustrant son soulier, tandis que ledit Curia joyssait de la femme du Laboureur; puis les reproches et maudissions faictes audit Laboureur par sa femme, en lui remonstrant fort aigrement et avec grand courroux que c'estoit luy qui estoit la cause de tout le mal, d'autant que l'ayant menacé à battre, elle ne pouvoit du moins faire de luy obéir, par quoi le Laboureur oyant l'affront que lui avoit faict le Curia, se leva de cholère, et demandoit son épée et sa tranche ferranche pourtuer le Curia, mais sa femme l'apaisa.—A Lyon, 1595.—Le titre de cette pièce suffit à son analyse.
14.Comédie facétieuse et très plaisante du voyage de frère Fécisti en Provence, vers Nostradamus: pour sçavoir certaines nouvelles des clefs du paradis et d'enfer que le pape avait perdues.—Imprimé à Nîmes, en 1599. Frère Fécisti, nommé ainsi pour avoir été fessé par les moines de son couvent à l'occasion d'une fille qu'il avait abusée, va en Provence consulter Nostradamus. En chemin, il rencontre Brusquet qui,sans être huguenot, le tourne en ridicule et lui prédit la potence. Brusquet poursuit son moine jusque chez le prophète, dont il se moque aussi bien que de frère Fécisti. Le moine ne veut pas d'abord dire son secret à Nostradamus devant Brusquet; mais il s'y résout sur l'assurance que Brusquetne vient pas de lieu—où les huguenots se nourrissent.—D'où vient-il donc?—D'où les diables pissent,—vers la Sorbonne de Paris. Or, frère Fécisti vient de la part du pape savoir des nouvelles de ses clefs. A chaque mot qu'il prononce, Brusquet l'interrompt par un lazzi huguenot. Nostradamus demande 24 heures pour répondre. En attendant cette réponse, Brusquet turlupine le moine, l'appellesot, larron, asne. Frère Fécisti se fâche à la fin, et la farce finit par bon nombre de gourmades entre lui et Brusquet. Cependant la réponse de Nostradamus n'arrive pas; elle n'est venue que de nos jours.
15.Farce nouvelle, très bonne et très joyeuse de la cornette.A cinq personnages:Le Mary,la Femme,le Valet et les deux Nepveux; par Jehan d'Abundance, basochien et notaire royal de la ville de Pont-Saint-Esprit, 1545. C'est une jolie comédie dont Molière aurait pu profiter. Elle montre à quel point une femme qui s'est emparée de l'esprit de son mari peut impunément pousser la tromperie. Celle-ci, d'accord avec son valet Finet, tire de gros présens d'un chanoine et de bons services d'un jeune garçon. Les deux neveux du mari l'avertissent de tout ce manége, en insistant sur les circonstances; mais la dame a pris les devants en prévenant son cher époux, les larmes aux yeux, des calomnies de messieurs les neveux: aussi les reçoit-on vertement, et jamais il n'y eut de ménage moins troublé quand la pièce finit.
16.Farce plaisante et récréative sur le tour qu'a joué un porteur d'eau dans Paris, le jour de ses noces, 1632.Le Porteur d'eau, l'Espouse, sa Mère, l'Entremetteur, les Violons, les Conviez.Que d'aigrefins ont imité le Porteur d'eau de 1632, lequel, étant accordé avec une jeune fille dont il a reçu de l'argent et un manteau, s'enfuit au moment du repas de noces etlaisse sa fiancée, les parens et les convives se débattre, pour le paiement, avec le traiteur et les violons.
17.Tragi-comédie des enfans de Turlupin, malheureux de nature, ou l'on voit les fortunes dudit Turlupin, le mariage entre lui et la boulonnoise, et aultres mille plaisantes joyeusetez qui trompent la morne oysiveté.—A Rouen, rue de l'Horloge, chez Abraham Couturier. Pièce assez drôle, où les divers personnages sont tous plus malheureux les uns que les autres, se querellent, se battent, puis se consolent en buvant ensemble: grotesque image de la vie humaine.
18.Tragi-comédie plaisante et facétieuse intitulée la subtilité de Fanfreluche et de Gaudichon, et comme il fut emporté par le diable.—A Rouen.—Acteurs:Fanfreluche,Gaudichon,le Vieillard,la Vieille,le Docteur,Bistory,valet de Fanfreluche,le Diable,la Mort. Rien de si obscur et de plus tristement plat que cette pièce, où l'on voit le diable emporter un latiniste manqué, nommé Fanfreluche, qui s'est marié à Gaudichon, uniquement pour la satisfaction du vieux père et de la vieille mère de la demoiselle.
19.Farce joyeuse et profitable a un chascun, contenant la ruse et meschanceté et obstination d'aucunes femmes.Par personnages:Le Mary,la Femme,le Serviteur,le Serrurier, 1596. Le Mari n'est guère intéressant dans sa jalousie; car il n'a pas plutôt découvert les écus que sa femme a gagnés à ses dépens, qu'il entre en belle humeur et se réjouit de sa déconvenue maritale. Bien des gens suivent cet exemple; mais peu osent, comme ici, ne s'en point cacher devant le public.
20.Discours facétieux des hommes qui font saller leurs femmes a cause qu'elles sont trop douces; lequel se joue à cinq personnages:Marceau,Jullien,Gillete,femme de Marceau,Françoise,femme de Jullien,Maistre Mace,philosophe de Bretaigne.—A Rouen, 1558. Marceau et Jullien s'entretiennent des vertus de leurs femmes. Ils n'y trouvent qu'une chose à redire; c'est qu'elles sont si doucesque possible ne sauraient-elles résister à la séduction. Qu'y faire? aller consulter Mace le philosophe. Mace promet de remédier à cette douceur excessive, et demande qu'on lui amène les deux femmes. Elles venues, il veut les faire mettre toutes nues pour les saler. Elles ne veulent point se mettre toutes nues devant un vieux philosophe, et encore moins se laisser saler; elles crient, elles tempêtent et s'en vont battre leurs maris. Ceux-ci reviennent au philosophe pour qu'il ait à dessaler un peu ces dames, la dose de sel paraissant trop forte. Mais Mace répond:
«Les doulces je sçay bien salerMais touchant les désaler, point.»
«Les doulces je sçay bien saler
Mais touchant les désaler, point.»
Et c'est là tout le sel de la pièce.
21.Farce joyeuse et récréative de Poncette et de l'amoureux transy.—A Lyon, par Jean Marguerite, 1595. Ceci est tout bonnement une ordure; c'est pourquoi nous laissons l'amoureux transi se consoler de n'avoir pas épousé Poncette et d'avoir épousé mademoiselle Rose,quæ semper bombinat in lecto.
22.Farce de la querelle de Gaultier Garguille et de Perrine, sa femme, avec la sentence de séparation entre eux rendue.—A Vaugirard, para. e. i. o. u., à l'enseigne des Trois-Raves. Gautier Garguille est mécontent de sa femme Perrine, parce que, l'ayant prise en bon lieu, il en attendait de grands profits et n'en retire que misère et maladies. Il lui fait des remontrances plus financières que morales, et Perrine lui répond par des résolutions, sentant l'impénitence finale, qui, parfois, sont très plaisantes. Là dessus Gaultier lui jette à la tête pots, plats, escuelles, potage, et lui eût rompu le cou sans la Renaud, honnête voisine, qui intervient fort à propos. S'ensuit un bel et bon divorce, prononcé par le juge, le 1eraoût 1613.
On lit, dans les curieux Mémoires de l'abbé de Marolles, qu'il était difficile aux plus sérieux de ne pas rire de l'acteur fameux qui faisait le rôle de Perrine. Cet acteur était si parfaitement gai, que son nom est devenu proverbial dans la postérité, ainsi que la dame Gigogne, autre comédien, bouffon de ce temps.
[52]Selon la bibliothèque du Théâtre Français, la Farce de Pathelin, composée vers 1474 ou 1480, l'aurait été par Pierre Blanchet, né à Poitiers en 1439, prêtre en 1469, et mort en 1499, dans sa ville natale.
[52]Selon la bibliothèque du Théâtre Français, la Farce de Pathelin, composée vers 1474 ou 1480, l'aurait été par Pierre Blanchet, né à Poitiers en 1439, prêtre en 1469, et mort en 1499, dans sa ville natale.