Chapter 4

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

N'est-ce pas là le comble de l'insolence? Et il me semble que la chose ne fera que s'aggraver. Mais il faut y remédier: c'est le devoir de tout homme bien outillé. Et d'abord, dépouillons-nous de notre exomis, de manière que l'homme sente l'homme de près; il ne convient donc pas de se barder d'étoffe. Mais allons, braves aux pieds de loup, comme nous sommes allés au Lipsydrion, lors de notre jeunesse. Aujourd'hui, en ce moment même, il nous faut rajeunir, prendre des ailes, et secouer de tout notre corps cette vieillesse: car si quelqu'un de nous donne la moindre prise à ces femmes, elles ne manqueront pas de faire un vigoureux coup de main; elles construiront des navires; elles essaieront de combattre sur mer et de naviguer contre nous, comme Artémisia: si elles se tournent vers le maniement du cheval, j'efface des rôles les cavaliers; car la femme est un être très chevalin, fort sur la monture, et qui tient bon à la course. Vois les Amazones que Mikôn a peintes combattant contre des hommes. Oui, il faut leur ajuster à toutes un carcan bien troué, et leur y serrer le cou.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Par les deux Déesses! si tu m'échauffes, je lâche sur toi ma truie, et j'agirai aujourd'hui de manière que, bien frotté par moi, tu appelles tes concitoyens. Nous aussi, femmes, déshabillons-nous au plus vite, pour exhaler une odeur de femmes, irritées jusqu'à mordre. Qu'un de vous s'avance contre moi, et désormais il ne mangera plus ni ail, ni fèves noires. Tu n'as même qu'à dire un mot d'outrage, ma colère t'accouchera comme l'escarbot l'aigle pondeuse. Et, de fait, je ne me préoccuperai pas de vous tant que vivront près de moi Lampito et Ismènia, la jeune, chère et noble Thèbaine. Nul pouvoir ne prévaudra, fisses-tu sept décrets, misérable, haï de tout le monde et de tes voisins. Hier, célébrant une fête de Hékatè, je voulus faire venir du voisinage une amie de mes enfants, fille honnête et aimable, une anguille de Boeotia: on refusa de me l'envoyer à cause de tes décrets, et vous ne cesserez ces décrets que quand, vous prenant la jambe, on vous aura cassé le cou.

LE CHOEUR DES FEMMES,à Lysistrata.

O toi qui présides à notre glorieuse entreprise, pourquoi viens-tu vers moi avec cet air sombre?

LYSISTRATA.

C'est la conduite de ces méchantes femmes, c'est le caractère féminin qui me fait courir, découragée, de haut en bas.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Que dis-tu? Que dis-tu?

LYSISTRATA.

La vérité! La vérité!

LE CHOEUR DES FEMMES.

Q'y a-t-il de fâcheux? Dis-le à tes amies.

LYSISTRATA.

Mais la chose est honteuse à dire et difficile à taire.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Ne me cache pas ce qui nous est arrivé de mal.

LYSISTRATA.

Nous sommes en rut, pour tout trancher d'un mot.

LE CHOEUR DES FEMMES.

O Zeus!

LYSISTRATA.

A quoi bon invoques-tu Zeus? La chose est comme elle est. Je ne peux plus les empêcher, moi, de vouloir des hommes: elles s'enfuient. La première que j'ai surprise nettoyait l'issue voisine de l'antre de Pan; une autre se laissait glisser à l'aide d'une poulie; celle-ci préparait son évasion; celle-là, perchée sur un oiseau, songeait à s'abattre sur la maison d'Orsilokhos, lorsque je l'arrêtai hier par les cheveux. Elles forgent tous les prétextes, pour s'en aller d'ici chez elles. Tiens, en voici une qui sort! Holà! Où cours-tu?

PREMIÈRE FEMME.

Je veux aller chez moi: j'ai à la maison de la laine de Milètos, qui se mange aux vers.

LYSISTRATA.

Quels vers? Ne vas-tu pas rentrer?

PREMIÈRE FEMME.

Je reviendrai tout de suite, j'en jure par les deux Déesses; je n'ai qu'à étendre sur le lit, tout simplement.

LYSISTRATA.

N'étends rien, et ne t'en va pas du tout.

PREMIÈRE FEMME.

Faut-il donc laisser gâter ma laine?

LYSISTRATA.

Oui, si c'est nécessaire.

DEUXIÈME FEMME.

Malheureuse que je suis! Et mon lin! Je l'ai laissé à la maison sans le teiller!

LYSISTRATA.

En voilà une autre qui sort pour aller teiller son lin! Vite, rentre ici.

DEUXIÈME FEMME.

Mais, j'en jure par la Déesse de la lumière, dès que je l'aurai mis en état, je rentre.

LYSISTRATA.

Ne mets rien en état; car, si tu commençais, une autre en voudrait faire autant.

TROISIÈME FEMME.

O divine Ilithyia, retarde l'enfantement, jusqu'à ce que je sois arrivée dans un lieu profane.

LYSISTRATA.

Que veulent dire ces sornettes?

DEUXIÈME FEMME.

Je vais accoucher tout de suite.

LYSISTRATA.

Mais tu n'étais pas enceinte hier.

DEUXIÈME FEMME.

Je le suis aujourd'hui. Laisse-moi aller trouver la sage-femme, Lysistrata, au plus vite!

LYSISTRATA.

Quel conte tu nous fais! Qu'as-tu là de dur?

DEUXIÈME FEMME.

Un enfant mâle.

LYSISTRATA.

Mais non, par Aphroditè! on dirait quelque chose de creux comme un chaudron. Je vais le savoir. Ah! drôle de femme, tu as le casque sacré de Pallas, et tu te disais enceinte.

DEUXIÈME FEMME.

Oui, je le suis, de par Zeus!

LYSISTRATA.

Alors pourquoi ce casque?

DEUXIÈME FEMME.

Pour que les douleurs ne me prennent pas dans l'Akropolis, je ferai mon nid dans ce casque, comme les colombes.

LYSISTRATA.

Que dis-tu? C'est une défaite: la chose est claire. N'attendras-tu pas ici le cinquième jour des couches?

DEUXIÈME FEMME.

Mais je ne puis plus dormir dans l'Akropolis depuis que j'ai vu le serpent, qui lui sert de gardien.

PREMIÈRE FEMME.

Et moi, malheureuse, je suis exténuée par les chouettes, dont les cris continuels m'empêchent de dormir.

LYSISTRATA.

Maudites femmes, finissez-en avec vos mensonges. Vous regrettez vos maris, c'est clair. Mais croyez-vous qu'ils ne vous regrettent pas? Ils passent, je le sais, des nuits cruelles. Mais tenez bon, chères amies; patientez encore un peu; un oracle nous promet la victoire, si nous restons unies. Voici cet oracle.

PREMIÈRE FEMME.

Dis-nous ce qu'il dit.

LYSISTRATA.

Silence alors. «Quand les hirondelles, fuyant les huppes, se seront réunies dans un seul lieu, et se seront abstenues de commerce avec les mâles, alors finiront les maux, et Zeus tonnant mettra dessus ce qui était dessous.»

PREMIÈRE FEMME.

Nous aurons le dessus.

LYSISTRATA.

«Mais si les hirondelles se divisent, et s'envolent du temple sacré, nul autre oiseau ne leur sera comparable pour l'incontinence.»

PREMIÈRE FEMME.

Voilà, de par Zeus! un oracle clair. Grands dieux! ne nous laissons point abattre par le malheur. Rentrons. Il serait honteux, mes amies, de ne pas accomplir l'oracle.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Je veux vous dire une histoire, que j'ai entendu raconter lorsque j'étais encore enfant. Il y avait une fois un jeune homme, appelé Mélaniôn, qui, fuyant le mariage, s'enfonça dans le désert: il demeurait sur les montagnes, allait à la chasse aux lièvres, faisait des filets, avait un chien; et puis il ne revint plus chez lui, tant il avait de haine pour les femmes. Nous, nous ne sommes pas moins chastes que Mélaniôn.

UN VIEILLARD.

Ma vieille, je veux te baiser.

UNE FEMME.

Tu pourras te passer d'oignon.

LE VIEILLARD.

Et te donner des coups de pied.

LA FEMME.

Tu as une forêt de poils.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Myronidès aussi était rude, couvert partout de poils noirs, redouté de tous ses ennemis, comme Phormiôn.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Je veux également, moi, vous conter une histoire semblable à celle de Mélaniôn. Timôn était un être intraitable, la figure comme retranchée derrière un buisson d'épines, un émule des Erinys. Ce Timôn, plein de haine pour la perversité des hommes, s'enfuit loin d'eux en les maudissant. C'est ainsi qu'il haïssait les hommes pervers, mais il était fort tendre pour les femmes.

UNE FEMME.

Veux-tu que je te casse la mâchoire?

UN VIEILLARD.

Je n'ai pas peur de toi.

LA FEMME.

Si je te lâchais un coup de pied?

LE VIEILLARD.

Tu vas montrer ton derrière.

LA FEMME.

Tu verrais que, toute vieille que je suis, il n'est pas chevelu, mais épilé à la lampe.

LYSISTRATA.

Iou! Iou! Femmes, venez vers moi, vite.

PREMIÈRE FEMME.

Qu'y a-t-il? Dis-moi pourquoi ce cri?

LYSISTRATA.

Un homme! Un homme! Je le vois accourir comme un forcené, tout enflammé des feux d'Aphroditè.

MYRRHINA.

O Déesse de Kypros, de Kythèra et de Paphos, suis, en droite ligne, la route que tu as commencée!

UNE FEMME.

Où est-il, cet inconnu?

LYSISTRATA.

Près du temple de la Déesse Verdoyante.

MYRRHINA.

Oui, de par Zeus!

PREMIÈRE FEMME.

Mais qui est-ce?

LYSISTRATA.

Regardez. Quelqu'une de vous le reconnaît-elle?

MYRRHINA.

Hé oui, de par Zeus! moi! C'est mon mari Kinésias.

LYSISTRATA.

Mets-toi donc à l'oeuvre: fais-le griller, mets-le sens dessus dessous, séduis-le, aime sans aimer, cède-lui tout, sauf ce que défend le serment sur la coupe.

MYRRHINA.

N'aie crainte, je m'en charge.

LYSISTRATA.

Et moi je reste, pour t'aider à le séduire et à prolonger son tourment. Vous autres, retirez-vous.

KINÉSIAS.

Malheureux que je suis! Quel spasme nerveux! quelle rigidité des membres, comme si on me tournait sur une roue!

LYSISTRATA.

Quel est celui-là, qui se tient en deçà des sentinelles?

KINÉSIAS.

Moi!

LYSISTRATA.

Un homme?

KINÉSIAS.

Oui, un homme.

LYSISTRATA.

Ne vas-tu pas décamper?

KINÉSIAS.

Qui es-tu, toi qui me chasses ainsi?

LYSISTRATA.

La sentinelle de jour.

KINÉSIAS.

Au nom des dieux, hâte-toi de m'appeler Myrrhina.

LYSISTRATA.

Bon! Que je t'appelle Myrrhina! Et qui es-tu, toi?

KINÉSIAS.

Son mari, Kinésias de Pæonia.

LYSISTRATA.

Ah! bonjour, mon très cher; ton non n'est ni obscur, ni inconnu parmi nous. Constamment, en effet, ta femme l'a à la bouche. Qu'elle prenne un oeuf ou une pomme: «C'est, dit-elle, pour Kinésias.»

KINÉSIAS.

Ah! grands dieux!

LYSISTRATA.

Et, j'en atteste Aphroditè, si la conversation tombe sur les hommes, aussitôt ta femme de s'écrier: «Tout le reste n'est que bagatelle au prix de Kinésias.»

KINÉSIAS.

Va donc tout de suite; appelle-la-moi.

LYSISTRATA.

Comment cela? Que me donneras-tu, à moi?

KINÉSIAS.

Moi, de par Zeus! à toi tout ce que tu voudras! J'ai ceci, et ce que j'ai, je te le donne.

LYSISTRATA.

Eh bien, je descends tout de suite, et je te l'appelle.

KINÉSIAS.

Oui, tout de suite, va vite. La vie pour moi n'a plus aucun charme, depuis qu'elle est sortie de la maison. J'y rentre avec ennui; tout m'y semble désert. Nul des mets que je mange ne me fait plaisir; car je suis tout tendu.

MYRRHINA,à Lysistrata qui est restée dehors.

Je l'aime, oui, je l'aime; mais il ne veut pas être aimé de moi: ne m'appelle donc pas pour lui.

KINÉSIAS.

O ma douce petite Myrrhina, pourquoi agis-tu comme cela? Descends ici.

MYRRHINA.

Oh! non, de par Zeus! non.

KINÉSIAS.

Quand c'est moi qui t'appelle, tu ne descendras pas, Myrrhina?

MYRRHINA.

Tu n'as pas du tout besoin de m'appeler.

KINÉSIAS.

Pas besoin! Mais je n'en puis plus.

MYRRHINA.

Je m'en vais.

KINÉSIAS.

Non, je t'en prie: écoute au moins notre garçonnet. Petit, tu n'appelles pas maman?

L'ENFANT.

Maman, maman, maman!

KINÉSIAS.

Eh bien, qu'éprouves-tu? Tu n'as pas pitié de ce pauvre enfant, non lavé et non allaité depuis six jours?

MYRRHINA.

Moi, certainement, j'en ai pitié; mais c'est son père qui n'en a aucun soin.

KINÉSIAS.

Descends, ma chérie, auprès de ton garçon.

MYRRHINA.

Ce que c'est que d'être mère! Il faut que je descende.

KINÉSIAS.

Qu'est-ce que j'éprouve? Elle me semble plus jeune, et son regard beaucoup plus caressant. Ses rigueurs à mon égard et ses dédains ne servent qu'à irriter mes désirs.

MYRRHINA.

O doux petit enfant d'un méchant père, reçois le plus doux baiser de ta maman.

KINÉSIAS.

Ah! méchante, que tu fais donc mal de te laisser entraîner par les autres femmes: tu me fais de la peine et tu t'affliges toi-même.

MYRRHINA.

Ne me touche pas; à bas la main!

KINÉSIAS.

Les affaires de la maison, les miennes et les tiennes sont, par ta faute, dans le pire état.

MYRRHINA.

Je ne m'en soucie guère.

KINÉSIAS.

Et tu ne te soucies pas non plus de ta toile déchiquetée par les poules?

MYRRHINA.

Nullement, de par Zeus!

KINÉSIAS.

Tes sacrifices à Aphroditè datent de bien longtemps; ne reviens-tu pas?

MYRRHINA.

Non, de par Zeus! à moins que vous ne fassiez la paix et que vous ne mettiez fin à la guerre.

KINÉSIAS.

Hé bien, si tu le veux, nous ferons la paix.

MYRRHINA.

Alors, si tu le veux, je reviendrai ici; maintenant, je suis liée par un serment.

KINÉSIAS.

Au moins, couche un instant avec moi.

MYRRHINA.

Pas du tout, et pourtant je ne saurais nier que je t'aime.

KINÉSIAS.

Tu m'aimes? Pourquoi donc alors ne veux-tu pas te coucher, ma Myrrhinette?

MYRRHINA.

O drôle d'homme! Devant cet enfant!

KINÉSIAS.

Hé, de par Zeus! Manès, remporte-le à la maison. Tu vois, l'enfant ne te gêne plus. Pourquoi ne te couches-tu pas?

MYRRHINA.

Mais, malheureux, où pourrait-on faire cela?

KINÉSIAS.

Dans la grotte de Pan, la place est bonne.

MYRRHINA.

Mais comment me purifier pour rentrer dans l'Akropolis?

KINÉSIAS.

Très facilement; tu te laveras à la klepsydre.

MYRRHINA.

Mais, puisque j'ai juré, je me parjurerai, malheureux!

KINÉSIAS.

Que tout retombe sur moi! Ne t'inquiète pas de ton serment.

MYRRHINA.

Attends, je vais apporter un petit lit pour nous deux.

KINÉSIAS.

Inutile; la terre nous suffit.

MYRRHINA.

Au nom d'Apollôn, je ne souffrirai pas, moi, que, si pressé que tu sois, tu couches par terre.

KINÉSIAS.

Combien ma femme m'aime, c'est aisé à voir.

MYRRHINA.

Allons, couche-toi, pour en finir: je me déshabille. Mais, cependant, malepeste! il faut apporter une natte.

KINÉSIAS.

Pourquoi, une natte? Pas pour moi.

MYRRHINA.

Au nom d'Artémis, il serait honteux de coucher sur des sangles.

KINÉSIAS.

Donne-moi un baiser.

MYRRHINA.

Voilà.

KINÉSIAS.

Ah! ah! Reviens vite.

MYRRHINA.

Voilà la natte. Couche-toi, je me déshabille. Mais, quel malheur! tu n'as pas d'oreiller.

KINÉSIAS.

Je n'en ai pas besoin, moi.

MYRRHINA.

A moi, de par Zeus! il en faut un.

KINÉSIAS.

L'engin que j'ai là est traité comme Hèraklès.

MYRRHINA.

Allons, lève-toi!

KINÉSIAS.

As-tu maintenant tout?

MYRRHINA.

Tout absolument.

KINÉSIAS.

Viens à présent, mon trésor.

MYRRHINA.

Je détache ma ceinture; mais souviens-toi. Ne me trompe pas au sujet de la paix.

KINÉSIAS.

Non, de par Zeus! ou je meure!

MYRRHINA.

Tu n'as pas de couverture.

KINÉSIAS.

Ah! de par Zeus! je n'en ai pas besoin; je veux t'avoir entre mes bras.

MYRRHINA.

Sois tranquille, tu vas le faire: je reviens à l'instant.

KINÉSIAS.

Cette femme-là me fera mourir avec ses couvertures.

MYRRHINA.

Redresse-toi.

KINÉSIAS.

Mais c'est tout dressé.

MYRRHINA.

Veux-tu que je te parfume?

KINÉSIAS.

Mais non, de par Apollôn!

MYRRHINA.

Par Aphroditè, il le faut, que tu le veuilles ou non.

KINÉSIAS.

Que la fiole soit bientôt vide, ô Zeus souverain!

MYRRHINA.

Tends la main, prends et frotte-toi.

KINÉSIAS.

Par Apollôn, ce parfum n'est pas agréable, à moins qu'il ne le devienne en frottant: il ne sent pas la couche nuptiale.

MYRRHINA.

Maladroite! J'ai apporté du parfum de Rhodos.

KINÉSIAS.

C'est bon; laissons cela, folle que tu es!

MYRRHINA.

Tu veux rire.

KINÉSIAS.

Qu'il aille à la malheure celui qui le premier a distillé ce parfum!

MYRRHINA.

Prends cette fiole.

KINÉSIAS.

Mais j'en tiens une autre. Allons, mauvaise, couche-toi et ne m'apporte plus rien.

MYRRHINA.

Je le ferai, j'en atteste Artémis. Je me déchausse. Mais, mon chéri, décide quelque chose en faveur de la paix.

KINÉSIAS.

J'y songerai.(Myrrhina s'en va). Comment, elle m'a exténué, elle m'a tué, cette femme, et elle me laisse là écorché vif! Hélas! que je souffre! Sur qui passer mon envie, trompé par la plus belle de toutes? Comment élèverai-je cet enfant? Où est Kynalopex? Gage-moi une nourrice!

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Un mal affreux, infortuné, met au supplice ton âme déçue. Et moi, j'ai pitié de toi; hélas! hélas! Quels reins, en effet, pourraient y tenir? Quelle vigueur? Quel appareil prolifique? Quelles hanches? Quelle tension de nerfs? Et n'avoir personne à caresser le matin!

KINÉSIAS.

O Zeus! les horribles convulsions!

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Voilà pourtant où t'a réduit en ce moment la plus détestable, la plus scélérate des femmes!

KINÉSIAS.

De par Zeus! dis la plus chérie, la plus douce.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Comment la plus douce? Une méchante, une coquine, j'en atteste Zeus. Oui, Zeus! puisses-tu, comme la paille, l'enlever dans un tourbillon et dans un orage, la rouler, puis la lâcher, de manière que, entraînée vers la terre, elle tombe soudain sur un engin viril qui l'embroche!

UN HÉRAUT.

Où est le Conseil des Anciens d'Athènes, où sont les Prytanes? Je viens leur annoncer du nouveau.

LE PROBOULOS.

Qui es-tu, toi? Un homme ou Konisalos?

LE HÉRAUT.

Je suis un héraut, ô grand enfant; et, j'en atteste les Gémeaux, je viens de Spartè pour la trêve.

LE PROBOULOS.

Et c'est pour cela que tu portes une lance sous l'aisselle?

LE HÉRAUT.

Moi, non, de par Zeus!

LE PROBOULOS.

Pourquoi te détournes-tu? Pourquoi tirer ainsi ta khlamyde? Est-ce que la marche t'a donné des tumeurs dans l'aine?

LE HÉRAUT.

Par Kastor! assurément cet homme est fou!

LE PROBOULOS.

Mais tu es dans un état scandaleux, homme sans pudeur!

LE HÉRAUT.

Moi, non, de par Zeus! Pas de plaisanteries.

LE PROBOULOS.

Qu'est-ce donc que cela?

LE HÉRAUT.

Une skytale lakonienne.

LE PROBOULOS.

Soit! C'est une skytale lakonienne. Mais comme à un homme qui la sait, dis-moi la vérité. Comment vont vos affaires à Lakédæmôn?

LE HÉRAUT.

Toute Lakédæmôn est en l'air, et tous les alliés sont en rut: il leur faut Pellènè.

LE PROBOULOS.

D'où vous est tombé ce fléau? Vient-il de Pan?

LE HÉRAUT.

Non; mais Lampito, je crois, à donné le signal, et alors les autres femmes de Spartè, comme enfermées par la même barrière, ont toutes exclu leurs maris de leur couche.

LE PROBOULOS.

Comment faites-vous?

LE HÉRAUT.

Nous nous morfondons. A travers la ville, nous marchons courbés, comme si nous portions des lanternes. Les femmes, en effet, ne veulent pas laisser manier leur jardinet avant que tous, d'un commun accord, nous ayons fait la paix avec la Hellas.

LE PROBOULOS.

C'est une conspiration organisée surtout entre les femmes; je comprends maintenant. Mais va dire au plus vite, relativement à la trêve, qu'on envoie ici des ministres plénipotentiaires. Je dirai au Conseil d'en envoyer d'autres ici, en leur montrant ce qui nous tourmente au milieu du corps.

LE HÉRAUT.

Je vole. Tu ne dis que des choses excellentes.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Il n'y a pas de fauve plus invincible que la femme: ni le feu, ni la panthère ne sont plus impudents.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Tu sais cela, et pourtant tu me fais la guerre, quand tu pourrais, méchant, avoir en moi une constante amie.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Non, jamais je ne cesserai de haïr les femmes.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Comme tu voudras. Pour le moment, je ne te laisserai pas dans cette nudité. Je vois combien tu es ridicule. Allons, je vais aller te mettre cette exomis.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

C'est, de par Zeus! une bonne chose que vous faites: je l'avais retirée dans un mauvais accès de colère.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Tout de suite tu as l'air d'un homme, et puis tu n'es plus ridicule. Si tu ne m'avais pas fait de peine, je saisirais et j'enlèverais cette bête que tu as à présent dans l'oeil.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

C'est donc là ce qui me faisait mal: prends cet anneau; retire la bête et montre-la-moi, après l'avoir enlevée. De par Zeus! il y a longtemps qu'elle me pique l'oeil.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Je suis prête à le faire, quoique tu sois un homme désagréable. O Zeus! l'énorme moucheron que tu avais là! Ne vois-tu pas? C'est un moucheron de Trikorynthos.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

De par Zeus! quel soulagement tu m'as apporté! Depuis longtemps il me crevait l'oeil comme un puits. Maintenant qu'il est enlevé, mes larmes coulent en abondance.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Je t'essuierai, tout méchant que tu es, et je te donnerai un baiser.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Pas de baiser.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Que tu le veuilles ou non.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Allez à la malheure! Comme elles sont de nature câline, et qu'on a raison de dire ce mot, qui n'est pas mal formulé: «Pas moyen de vivre avec ces drôlesses, et pas moyen de vivre sans elles!»

LE CHOEUR DES FEMMES.

Allons, je te promets, pour le moment et pour l'avenir, de ne te faire aucun tort, et tu t'engages à ne me rien faire de mal. Réunissons-nous donc et chantons en commun.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Nous ne nous disposons pas, ô hommes, à dire le moindre mal d'aucun citoyen, mais plutôt à en dire tout le bien possible, et à agir dans le même sens. Il suffit des maux présents. Or, faites-nous savoir, homme ou femme, si quelqu'un a besoin de recevoir un peu d'argent, deux ou trois mines. Il y en a là beaucoup, et nous avons des bourses. Si jamais la paix arrive, quiconque nous fera un emprunt aujourd'hui, ne rendra point ce qu'il aura reçu. Nous devons traiter quelques hôtes de Karystos, hommes beaux et bons. J'ai de la purée et un petit porc, que j'ai immolé: vous aurez à manger une chair tendre et de bonne mine. Venez donc chez moi aujourd'hui; il faut que ce soit de bonne heure, après le bain, vous et vos enfants. Vous entrerez sans rien dire à personne, mais allant tout droit, comme chez vous, hardiment; et la porte sera... fermée.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Voici les députés de Spartè: ils viennent avec leurs barbes traînantes: on dirait qu'ils ont une cage à porcs entre les cuisses. Hommes Lakoniens, tout d'abord, salut; puis, dites-nous comment vous allez.

UN LAKONIEN.

Il n'est pas besoin de vous dire beaucoup de paroles: vous pouvez voir dans quel état nous sommes.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Oh! oh! le mal acquiert une intensité effrayante; on dirait une inflammation de la pire espèce.

LE LAKONIEN.

C'est à n'y pas croire. Mais que dire? Envoyez-nous quelqu'un qui, à n'importe quelle condition, traite avec nous de la paix.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Mais je vois aussi de nos compatriotes qui, en vrais lutteurs, écartent les vêtements de leurs ventres, si bien qu'on dirait une maladie d'athlètes.

UN ATHÉNIEN.

Qui me dira où est Lysistrata? voilà où nous en sommes, nous autres hommes.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Autre chanson sur la même maladie. Êtes-vous pris de tensions de nerfs le matin?

L'ATHÉNIEN.

Oui, de par Zeus! et cet état-là nous tue. Si on ne conclut pas la paix au plus vite, il nous faudra nous rabattre sur Klisthénès.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Si vous êtes sages, remettez vos vêtements, afin de n'être pas vus par quelque mutilateur de Hermès.

L'ATHÉNIEN.

De par Zeus! tu parles d'or.

LE LAKONIEN.

Au nom des Gémeaux, c'est tout à fait cela. Voyons, remettons nos vêtements.

L'ATHÉNIEN.

Salut, Lakoniens; nous sommes dans un piteux état.

LE LAKONIEN.

Oui, mon très cher, c'eût été une triste chose, si des hommes m'avaient vu ainsi la lance en arrêt.

L'ATHÉNIEN.

Voyons, Lakonien, il faut dire carrément ce qui est. Pourquoi êtes-vous ici?

LE LAKONIEN.

On nous envoie traiter de la paix.

L'ATHÉNIEN.

Bien dit, et nous aussi. Que n'appelons-nous donc Lysistrata, qui seule peut nous mettre d'accord?

LE LAKONIEN.

Oui, au nom des Gémeaux, appelez même Lysistratos.

L'ATHÉNIEN.

Nous n'avons pas besoin, ce me semble, de l'appeler: elle nous a entendus, elle vient d'elle-même.

LE CHOEUR DES VIEILLARDS.

Salut à la plus courageuse de toutes. Voici l'instant de te montrer redoutable et bonne, humble et vénérable, sévère et indulgente, afin que les chefs des Hellènes, séduits par tes charmes, s'abandonnent à toi et te remettent, d'un commun accord, le jugement de leurs griefs.

LYSISTRATA.

La besogne n'est pas difficile, si on les prend au milieu de leurs désirs et n'essayant pas de se consoler les uns les autres. Je le saurai bientôt. Où est la Paix?--Va prendre et amène-moi d'abord les Lakoniens, mais pas d'une main rude et arrogante: ne fais pas comme nos hommes les malappris, mais comme il convient aux femmes, en toute douceur. S'ils ne t'offrent pas la main, amène-les par où tu sais. Amène-moi aussi les Athéniens, et prends-les par où ils se donneront.--Lakoniens, tenez-vous près de moi.--Vous, de ce côté.--Écoutez ce que j'ai à dire. Je ne suis qu'une femme, mais j'ai du bon sens. De moi-même, je ne suis pas mal partagée en fait de raison; et de la bouche de mon père et des vieillards j'ai recueilli beaucoup de discours, qui ne m'ont pas mal instruite. Je veux vous adresser à tous en commun des railleries que vous méritez, vous qui, arrosant les autels de la même eau lustrale, en vrais parents, à Olympia, aux Thermopyles, à Pytho (et combien d'autres localités je pourrais citer, si je voulais m'étendre!), perdez, sous les yeux de l'armée des Barbares, vos ennemis, et les Hellènes et leurs villes! Voilà déjà une partie de ce que j'ai à vous dire.

UN ATHÉNIEN.

Moi, je meurs de désirs.

LYSISTRATA.

Pour vous, Lakoniens, car je m'adresse à vous, ne vous souvient-il plus comment le Lakonien Périklidas vint un jour à Athènes, en suppliant, et s'assit auprès des autels, pâle, vêtu de pourpre, demandant des secours? Car alors Messènè vous inquiétait, et un dieu ébranlait votre terre. Parti avec mille hoplites, Kimôn sauva Lakédæmôn entière. Traités ainsi par les Athéniens, vous ravagez le pays qui vous a rendu ce bon service.

L'ATHÉNIEN.

Oui, de par Zeus! ils ont tort, Lysistrata.

UN LAKONIEN.

Nous avons tort; mais impossible de dire combien son derrière est beau.

LYSISTRATA.

Et vous, Athéniens, pensez-vous que je vais vous passer sous silence? Ne vous souvenez-vous plus que les Lakoniens, au temps où vous portiez la peau de mouton, venant, à leur tour, la lance en main, mirent à mort un grand nombre de Thessaliens, un grand nombre d'amis ou d'alliés de Hippias? Se faisant seuls vos champions dans cette journée, ils vous rendirent la liberté, qui permit au peuple de quitter la peau de mouton, pour revêtir la læna retrouvée.

LE LAKONIEN.

Je n'ai jamais vu plus digne femme.

L'ATHÉNIEN.

Ni jamais de plus beaux appas.

LYSISTRATA.

Pourquoi donc, après vous être rendu de si nombreux services, vous faites-vous la guerre et ne mettez-vous pas fin à votre méchanceté? Pourquoi ne pas conclure la paix? Qui vous empêche?

LE LAKONIEN.

Nous le voulons bien, si l'on veut nous rendre l'enkyklos.

LYSISTRATA.

Lequel, mon cher?

LE LAKONIEN.

Pylos, que, depuis longtemps, nous demandons et convoitons.

L'ATHÉNIEN.

Par Poséidôn! nous ne ferons jamais cela.

LYSISTRATA.

Laissez-la-leur, mes amis.

L'ATHÉNIEN.

Alors où mettrons-nous le désordre?

LYSISTRATA.

Demandez une autre place en échange.

L'ATHÉNIEN.

Eh bien! donnez-nous donc Ékhinousa, et le golfe Maliaque, qui est derrière, et les Jambes de Mégara.

LE LAKONIEN.

Par les Gémeaux! pas tout cela, espèce de fou!

LYSISTRATA.

Laissez donc cela: ne disputez pas à propos de jambes.

L'ATHÉNIEN.

Je voudrais déjà mettre habit bas et labourer la terre.

LE LAKONIEN.

Et moi tout d'abord la fumer, j'en prends les Gémeaux à témoin.

LYSISTRATA.

Commencez par faire la paix, et puis vous agirez. Si donc vous désirez la conclure, mettez l'affaire en délibération et communiquez-la à nos alliés.

L'ATHÉNIEN.

A quels alliés, ma chère? Nous n'en pouvons plus. Crois-tu que tous nos alliés ne soient d'avis de coucher avec leurs femmes?

LE LAKONIEN.

Et les nôtres aussi, j'en atteste les Gémeaux.

L'ATHÉNIEN.

Et les Karystiens également, de par Zeus!

LYSISTRATA.

Bien dit. Maintenant purifiez-vous, et nous, femmes, nous vous recevrons dans l'Akropolis, avec les paniers que nous avons. Là, engagez les uns aux autres vos serments et votre foi; puis chacun prendra sa femme et s'en ira avec elle.

L'ATHÉNIEN.

Allons-y au plus vite.

LE LAKONIEN.

J'irai où tu voudras.

L'ATHÉNIEN.

De par Zeus! au plus tôt, dépêchons.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Stromates bigarrés, lænas, xystis, bijoux d'or à moi, je n'ai nul regret à les offrir à tous vos enfants, pour qu'ils les portent, si l'une de vos filles est kanéphore. Oui, je vous permets à tous de prendre chez moi ce qui s'y trouve: il n'y a rien de si bien scellé, dont on ne puisse rompre les cachets, et emporter ce qu'il y a dedans. Personne, en cherchant, n'y verra rien, quelqu'un de vous fût-il plus clairvoyant que moi. Si quelqu'un de vous n'a pas de provisions pour nourrir ses serviteurs et ses nombreux petits-enfants, il peut prendre chez moi du grain tout broyé, et y voir un pain d'un boisseau, d'une belle venue. Ainsi, que ceux des pauvres qui le veulent viennent chez moi avec des sacs et des besaces, ils recevront du blé. Manès, un esclave à moi, leur en fournira. Toutefois, je vous préviens de ne pas approcher de ma porte: autrement, gare au chien!

UN FLANEUR.

Ouvre la porte, toi.

UN SERVITEUR.

Veux-tu bien t'en aller? Pourquoi restez-vous là? Moi, je vais prendre une torche et vous brûler. Le poste est désagréable.

LE FLANEUR.

Je n'en ferai rien.

LE SERVITEUR.

S'il faut absolument le faire pour vous plaire, cela nous portera malheur.

LE FLANEUR.

Et nous serons malheureux avec toi.

LE SERVITEUR.

Vous ne partez pas? Vos cheveux en pâtiront. Partez donc pour que les Lakoniens s'en aillent tranquillement d'ici, après avoir fait bonne chère.

UN ATHÉNIEN.

Je ne vis jamais pareil festin. Les Lakoniens mêmes y étaient charmants. Nous étions, dans le vin, des convives très sages.

DEUXIÈME ATHÉNIEN.

C'est justice; à jeun nous n'avons pas le sens commun. Si les Athéniens veulent croire à mes paroles, nous nous enivrerons dans toutes nos députations. Maintenant, quand nous entrons à jeun à Lakédæmôn, nous regardons aussitôt par où jeter le désordre; si bien que ce qu'ils disent nous ne l'entendons pas, et ce qu'ils ne disent pas, nous l'interprétons mal. Aussi nos rapports sur ce qui est ne sont pas conformes à ce qui est. Mais aujourd'hui tout nous plaît. Qu'on chante la chanson de Télamôn, au lieu de chanter celle de Klitagoras, nous applaudirons tout de même, et nous n'hésiterons pas à nous parjurer.

PREMIER ATHÉNIEN.

Mais voilà ces gens qui pour la seconde fois reviennent ici. Ne décampez-vous pas, gibier d'étrivières?

DEUXIÈME ATHÉNIEN.

De par Zeus! les voilà qui sortent déjà.

UN LAKONIEN.

Mon tendre ami, prends tes flûtes, afin que je danse et que je chante quelque chose de beau en l'honneur des Athéniens et de nous-mêmes.

DEUXIÈME ATHÉNIEN.

Oui, prends tes flûtes, au nom des dieux. Rien ne me réjouit plus que de vous voir danser.

LE CHOEUR DES LAKONIENS.

Inspire ces jeunes gens, Mnémosynè, ainsi que la Muse, qui me connaît et qui connaît les Athéniens. Ceux-ci, près d'Artémision, s'élancèrent, semblables à des dieux, sur les vaisseaux des Mèdes et les vainquirent. Pour nous, Léonidas nous conduisit, pareils, ce semble, à des sangliers aiguisant leurs défenses: une sueur abondante florissait le long de nos joues et coulait abondamment de nos jambes. C'est que les Perses étaient aussi nombreux que les sables du rivage. Souveraine des bois, Artémis chasseresse, viens ici, vierge divine, présider à notre alliance, pour qu'elle dure longtemps. Qu'aujourd'hui une amitié éternelle résulte de nos traités; et mettons fin à nos ruses de renard. Viens ici, vierge chasseresse.

LYSISTRATA.

Voyons maintenant, puisque tout est pour le mieux, Lakoniens, emmenez vos femmes; que le mari se tienne près de sa femme et la femme près de son mari; ensuite, pour cet heureux événement, formons des danses en l'honneur des dieux, et gardons-nous à l'avenir de retomber dans les mêmes fautes.

LE CHOEUR DES ATHÉNIENS.

Introduis le choeur, fais appel aux Kharites, invoque Artémis et son jumeau, l'aimable dieu des choeurs qu'on appelle à grands cris, puis le dieu de Nysa, suivi des Mænades, Bakkhos au regard étincelant, et Zeus qui fait briller la flamme, et son épouse auguste et bienheureuse, et les dæmones, que nous prenons pour témoins, toujours présents, de la noble paix conclue sous les auspices de la divine Kypris. Alala! Io! Pæan! Sautez! Iè! comme pour une victoire, Iè! Evoé! Evoé! Evoé! Evoé!

LYSISTRATA.

Lakonien, après ta nouvelle chanson, fais entendre une chanson nouvelle.

CHOEUR DES LAKONIENS.

Le Taygéton à l'aimable sommet, quitte-le, Muse lakonienne, et viens célébrer avec nous Apollôn, dieu souverain d'Amyklæ, Athèna Khalkioeque, et les vaillants Tyndarides, qui s'exercent sur les bords de l'Eurotas. Voyons, élance-toi, bondis d'un vol léger: chantons Spartè, qui aime les choeurs des dieux et le bruit des pas. Comme des coursiers, les jeunes filles, sur les bords de l'Eurotas, bondissent et frappent la terre d'un pied rapide, laissant aller leurs chevelures, ainsi que des bakkhantes qui agitent leurs thyrses, en se jouant. A la tête du choeur est la fille de Lèda, chaste et belle. Allons, rattache ta chevelure avec une bandelette, et bondis comme une biche. Que tes applaudissements animent la danse, et chante la plus puissante des divinités, Khalkioeque, déesse des combats.

FIN DE LYSISTRATA


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