NOTES:

Elle racontait fort plaisamment la confession de MlleLaguerre, et disait que cette pécheresse pleurant comme une Madeleine aux pieds de son directeur, avouait avec componction qu'elle avait ruiné un évêque, ce qui la tourmentait infiniment. «Manger le bien de l'Eglise, s'écriait-elle!Dieu ne me le pardonnera jamais.» Elle nomma ensuite un financier qu'elle avait dévoré: «Ah! pour celui-là je ne saurais m'en confesser, car c'est la meilleure action que j'aie pu faire.»

Beaumarchais passa quatre ans àcombattre les obstacles sans cesse renaissans qu'on mettait à recevoir leMariage de Figaro. Le jour de la première représentation de cette pièce (27 avril 1784), la critique la menaçait d'une chute prochaine. «Oui, dit MlleArnould,c'est une pièce qui tombera.......... quarante fois de suite.» Cette prédiction a été plus que réalisée, car leMariage de Figaroa eu plus de cent représentations consécutives.

MmeB. de S., ci-devant C. de G.[86], philosophe comme un docteur, savantecomme un bel-esprit, donnait par goût dans les sciences, et par délassement dans la galanterie. Un jour La Harpe vantait l'érudition d'un ouvrage qu'elle venait de publier. «Comment cette femme ne serait-elle pas profonde, dit Sophie,il y a quinze ans qu'elle fait son cours d'humanités.»

Le comte de R... était fils d'un cabaretier deBagnols, en Languedoc; on l'a souvent attaqué sur sa naissance et son comté, et il n'a jamais répondu. Un jour qu'il avait reçu une épigramme extrêmement mordante, il dit au foyer de l'Opéra qu'il rouerait de coups l'auteur de ce brûlot. MlleArnould dit tout bas à quelqu'un: «Appaisez donc R...., et recommandez-lui de faire comme son père, qui mettait de l'eau dans son vin.»

Le 16 juillet 1784 le roi de Suède étant à l'Opéra avec la reine Sa Majesté voulut faire voir à cet illustre étranger les talens du jeune Vestris[87], qu'il n'avait point encore vu, parce que ce danseur arrivait de Londres. Elle lui fit dire de danser; il répond qu'il ne le peut pas, qu'il a mal au pied. Comme la reine savait que ce n'était qu'un prétexte, elle lui envoie un second message par lequel ellel'en prie. Saprière n'eut pas plus d'effet que son ordre. Le lendemain il fut conduit à l'hôtel de la Force. Le père Vestris ayant appris l'insolence de son fils, lui témoigna son indignation.Comment, lui dit-il,la reine de France fait son devoir, elle te prie de danser, et tu ne fais pas le tien! je t'ôterai mon nom. Ce propos singulier, mais digne du personnage, surprit beaucoup moins que l'action du fils. Sophie dit à ce sujet: «Ces gens-là prouvent bien qu'ils ont l'esprit aux talons.»

Beaumarchais voulant accroître la vogue dont il jouissait, proposa une institution patriotique en faveur des pauvres mères nourrices dont il se déclarait le chef. La lettre contenant ses idées à ce sujet fut insérée dans le Journal deParis, mais ne produisit point l'enthousiasme dont il s'était flatté. Pour exciter l'émulation des personnes généreuses, il annonça quelques jours après que la cinquantième représentation de sonFigaroserait donnée au profit des pauvres mères. Au jour marqué il se trouva à la cinquantième représentation duMariage de Figaropresqu'autant de monde qu'à la première. «Voyez, dit Sophie,comme cet auteur sait allier le bien et le mal; il donne du lait à l'enfance et du poison à la jeunesse.»

On attendait à Paris en 1786 un prince indien qui voyageait, disait-on, avec un quarteron de femmes.—Que dira M. l'archevêque, observa quelqu'un, souffrira-t-il un tel scandale? Les mœurs seront blessées si l'on permet que cetétranger conserve son sérail; et puis, il faut qu'il se fasse chrétien.—Oh mon Dieu!dit MlleArnould,il n'a qu'à embrasser notre religion, on lui passera toutes les filles de l'Opéra.

On peut regarder la fameuse affaire du collier comme le premier acte de la révolution française. Le cardinal de Rohan fut un des acteurs malheureux de cette singulière pièce qu'on regardait alors comme un Conte des mille et une Nuits. Sophie dit après avoir lu le mémoire de cet illustre accusé: «Le cardinal n'est pas franc duCOLLIER.»

MlleOlivier était la maîtresse de Dazincourt lorsqu'elle mourut en couche âgée de vingt-trois ans. Ce ne sont pas seulement les charmes de sa figure quil'ont fait regretter, c'est l'égalité de son caractère, la douceur de ses mœurs, sa gaieté franche et spirituelle: on se rappelle avec quel succès elle a établi le rôle deChérubindans laFolle Journée, et comme elle imitait la tendre Gaussin dans celui d'Eléonorede l'Ecole des Mères. MlleArnould disait en citant cette jeune actrice, qui n'était point vénale, n'écoutait que son cœur et restait fidèle à l'objet de son choix: «C'est une personne charmante qui vit le plus honnêtement possible hors du mariage et du célibat.»

Un jeune homme vivement épris d'une actrice, pressé par ses parens de quitter Paris, et ne voulant ni s'éloigner de sa maîtresse ni désobéir à son père, s'avisa d'un expédient singulier; il prit un pistoletet se perça le bras; cette blessure le retint nécessairement à Paris.—Voilà, dit une femme, ce qui s'appelle bien aimer!—Oui, reprit Sophie, «c'est aimer à la folie, et alors on mérite les petites-maisons.»

Beaumarchais offrit un composé de singularités, même dans un siècle où tant de choses ont été singulières; il parvint à une très grande fortune sans posséder aucune place; il fit de grandes entreprises de commerce en vivant en homme du monde; il eut au théâtre des succès sans exemple avec des ouvrages du second ordre; il obtint la plus grande célébrité par des procès qui avec tout autre que lui seraient demeurés aussi obscurs qu'ils étaient ridicules; enfin cet homme original a réussidans presque tout ce qu'il a entrepris. Un bonheur aussi constant a fait dire à MlleArnould: «Beaumarchais sera pendu; mais la corde cassera[88].»

On sait que R. avait usurpé le titre decomtecomme Pezai celui demarquis. Ce littérateur ayant lancé une épigramme contre MlleArnould, elle se trouva quelque temps après dans un cercle où après avoir vanté l'esprit de R. on parla de sa maison, qu'un savant généalogiste, M. de Varoquier de Méricourtde Lamotte de Combles, prétendait originaire d'Italie. «Bah!dit-elle,c'est unCOMTEpour rire que l'on nous fait là.»

Pendant le cours d'une discussion politique où l'on s'épuisait devant elle en projets sur le bien, sur le bonheur public, grands mots qui revenaient sans cesse à la bouche des interlocuteurs, survient M. L., amateur passionné des arts. «Que vous arrivez à propos, lui dit-elle;on agite ici la question du beau idéal; je compte sur votre avis.»

Elle était à l'assemblée nationale le jour qu'on arrêta la vente des biens ecclésiastiques. Ce décret excita, comme cela se devait, des réclamations bruyantes; chaque membre du clergé se levaitet changeait de place à chaque instant. MlleArnould, impatientée de ce brouhaha, dit à quelques abbés: «Messieurs, on veut vous raser; mais si vous remuez tant vous vous ferez couper.»

Une femme galante dissertant sur la politique, disait que la constitution anglaise était celle qui lui plaisait le plus. «C'est sans doute, répartit Sophie,à cause de l'habeas corpus.»

Lorsqu'on proposa dans l'assemblée constituante de charger les magistrats civils de quelques fonctions religieuses exercées par les prêtres, elle dit: «Je ne serais pas fâchée que l'on supprimât le baptême; du moins tout ne se ferait pas par compère et par commère.»

On lisait devant elle un ouvrage sur la révolution, lequel ne paraissait pas lui inspirer beaucoup d'intérêt. Son lecteur qui s'apercevait que le sommeil la gagnait, crut à propos d'élever la voix. Il en était à un passage à peu près ainsi conçu:Toute la France n'était alors qu'une vaste Bastille.«Oh! cela est bien vrai, dit-elle aussitôt en l'interrompant et feignant de revenir d'une sorte d'assoupissement,cela est bien vrai, un vaste jeu de quilles.»

MlleSaint-Huberti, en paraissant à l'Opéra, causa une révolution dans l'art du chant: on n'avait point encore vu d'exemple d'une déclamation aussi noble et d'une sensibilité aussi touchante; elle quitta le théâtre jeune encore, et après avoir été la maîtresse dumarquis de Louvois et de plusieurs autres, elle devint l'épouse du comte d'Entraigues, membre de l'assemblée constituante; ce qui fit dire à MlleArnould que ce représentant «avait changé le frontispice d'un livre qui avait eu beaucoup de vogue.»

Il fut ordonné en 1793 que chaque individu affichât sur sa porte son nom, son âge et sa profession. Sophie Arnould subit la loi commune, mais elle ne mit que quarante-trois ans, quoiqu'elle eût deux lustres de plus.—Je crois que vous trichez, lui dit un de ses amis, car tout le monde vous donne cinquante ans.—Il se peut qu'on me les donne, reprit-elle,mais je ne les prends pas.

Alexandrine Arnould faisant mauvaisménage avec M. A. M., le quitta et vint demeurer chez sa mère à Luzarches; elle y fit connaissance d'un nommé la N***, fils du maître de poste de l'endroit, et trouvant sans doute dans cet amant les qualités qu'elle désirait dans un mari, elle divorça pour l'épouser. Sophie blâma beaucoup l'inconduite de sa fille, et répondit à quelqu'un qui voulait l'excuser: «Une telle union me paraît un scandale; le divorce n'est que le sacrement de l'adultère.»[89]

Un poëte disait qu'il était fort difficiled'improviser en français, parce que cette langue a beaucoup de mots qui n'ont point leurs semblables pour la rime. Tel est le motpeuple, par exemple. «Ah!reprit-elle,je savais bien que le peuple n'a ni rime ni raison.»

Elle s'informait de la santé d'un riche fournisseur de sa connaissance.—Il est allé prendre les eaux de Barrège, répondit-on.—Je le reconnais bien là, dit-elle;il faut toujours qu'il prenne quelque chose.

La disette était si grande en 1795, que le peuple de Paris fut réduit à de faibles rations de pain. On chantait alors dans tous les spectaclesle Réveil du Peuple. Un jour qu'à l'Opéra on demandait à grands crisle Réveil du Peuple,elle dit tout bas à un de ses amis qui criait comme les autres: «Ne l'éveillez pas; qui dort dîne.»

On parlait devant elle d'un particulier qui à une époque assez rapprochée avait donné dans tous les excès des niveleurs, et fini par amasser une fortune considérable; ce qui fit dire à l'un des assistans avec l'accent de l'indignation:—Est-il permis, grands dieux! qu'un tel homme prospère.—Sophie répartit aussitôt par cet autre vers:

Le bonheur des méchans comme un torrent s'écoule!

Le bonheur des méchans comme un torrent s'écoule!

Le bonheur des méchans comme un torrent s'écoule!

Un député ayant prononcé, au conseil des cinq-cents, un discours en faveur des enfans nés hors du mariage, quelqu'un marqua son étonnement devoir les bâtards aussi bien traités que les enfans légitimes. «C'est cependant assez naturel, reprit-elle,car maintenant rien n'est plus légitime que tout ce qui ne l'est pas du tout.»

M. B. était fataliste par système. Il avait envie de se marier, et il prétendait posséder l'art de rendre une femme fidèle. Un jour qu'il faisait confidence de son secret à MlleArnould, il ajouta:—Je suis sûr de n'être jamais cocu.—Ce que vous dites est fort bon, reprit-elle,mais la destinée!

Un nouveau parvenu était au spectacle près de M. R., son ancien ami, qu'il feignait de ne pas apercevoir. M. R., citant cette rencontre à MlleArnould, dit en gémissant:—Quel changement! il n'a pas eu l'air de me reconnaître.—Jele crois bien, répartit-elle,il ne se reconnaît pas lui-même.

Une ancienne actrice de l'Opéra voulant réclamer sa pension d'émérite, fit une pétition qu'elle comptait présenter au ministre de l'intérieur: elle consulta MlleArnould sur le style de cette pièce, qui commençait ainsi:Monseigneur, je chantais autrefois...—Sophie l'interrompt en disant: «Cela ne vaut rien; si vous dites queVOUS CHANTIEZ AUTREFOIS, on vous répondra:Hé bien!DANSEZ MAINTENANT.»

Elle dissertait avec un membre de l'Institut sur le nouveau système des poids et mesures; elle en approuvait l'uniformité, mais elle en blâmait les dénominations. «On aura beau faire, disait-elle,les hommes auront toujours deuxpoids et deux mesures.» Puis, prenant son ton plaisant, elle ajouta: «Cette nomenclature scientifique ne pourra jamais se loger dans la tête des femmes: elles aimeront bien leCENTIMÈTRE, mais comment leur parler deSTÈRE.» (de s' taire.)

Elle se lia dans le cours de la révolution avec l'abbé Lemonnier, ancien chapelain de la Sainte-Chapelle de Paris; il était vraiment curieux d'entendre converser cette femme spirituelle avec cet ingénieux fabuliste; tous deux semblaient rajeunir par les grâces de l'esprit; leur conversation était une joûte continuelle de bons mots et de saillies piquantes. Elle disait que «de tous les gensA FABLES(affables)qu'elle avait connus, l'abbé Lemonnier était le plus aimable.»

Quoiqu'elle eût vécu dans sa jeunesse au milieu des plus brillans élèves de Terpsichore, elle n'eut jamais aucun goût pour la danse. «A quoi sert, disait-elle,de savoir danser si ce talent multiplie lesFAUX PAS?» Elle était souvent entourée de poëtes, la poésie lui offrait même des charmes, et jamais elle n'a pu composer un seul vers. Elle disait plaisamment à ce sujet: «Si dans ma vie j'ai fait quelques vers, il ne me sont pas sortis de la tête.»

Pendant longtemps Sophie vit naître autour d'elle tous les agrémens que procure l'opulence: l'indépendance était à ses yeux le premier des biens; et elle refusa plusieurs partis qui eussent pu séduire son ambition si elle n'eût mis les plaisirs du cœur au-dessus des calculsde l'intérêt[90]. Son âme voluptueuse considéraitl'amour comme le plus agréable épisode du roman de la vie, et l'hymen comme l'éteignoir de l'amour.

Elle conserva dans ses dernières années tout le feu de ses beaux yeux, au point qu'on pouvait y lire toute son histoire; et malgré une maladie cruelle qui la faisait beaucoup souffrir, son esprit montra toujours le même enjouement. On la félicitait de posséder encore cet heureux don de la nature. «Hélas!dit-elle,tout passe avec l'âge, une vieille femme n'est plus qu'uneVIELLEorganisée.»

Le 22 octobre 1802, peu d'heures avant de mourir, elle disait au curé de Saint-Germain-l'Auxerrois qui lui avait administré tous les sacremens: «Je suis comme Madeleine, beaucoup de péchés me seront remis, parce que j'ai beaucoup aimé.»

Sophie Arnould joignit aux talens qu'elle déploya sur la scène ce que l'étude ne donne pas, cet esprit vif et brillant qui s'échappe comme par éclairs, et qui dans ses saillies porte le caractère de la réflexion. Cette femme rare fut vivement regrettée de tous ceux qui l'avaient connue, des mélomanes pour ses talens, des gens d'esprit pour sa conversation, et de ses amis pour sonbon cœur. L'un de ces derniers composa pour elle les vers suivans:

La plus charmante des actricesDoit résider au séjour des élus.La rigide vertu lui reprocha des vices;Mais le vice admira ses aimables vertus.L'esprit, les talens et les grâcesBrillaient chez elle tour à tour,Et les beaux-arts, en composant sa courDe la vieillesse écartaient les disgrâces.O vous! nymphes de l'Opéra,Dont l'amour embellit la vie,Pour modèle prenez Sophie,Et chacun vous adorera.

La plus charmante des actricesDoit résider au séjour des élus.La rigide vertu lui reprocha des vices;Mais le vice admira ses aimables vertus.L'esprit, les talens et les grâcesBrillaient chez elle tour à tour,Et les beaux-arts, en composant sa courDe la vieillesse écartaient les disgrâces.O vous! nymphes de l'Opéra,Dont l'amour embellit la vie,Pour modèle prenez Sophie,Et chacun vous adorera.

La plus charmante des actrices

Doit résider au séjour des élus.

La rigide vertu lui reprocha des vices;

Mais le vice admira ses aimables vertus.

L'esprit, les talens et les grâces

Brillaient chez elle tour à tour,

Et les beaux-arts, en composant sa cour

De la vieillesse écartaient les disgrâces.

O vous! nymphes de l'Opéra,

Dont l'amour embellit la vie,

Pour modèle prenez Sophie,

Et chacun vous adorera.

On a remarqué que les trois plus grandes actrices du dix-huitième siècle, Clairon, Dumesnil et Arnould ont fini en 1802 leur brillante carrière; de même que les trois plus célèbres acteurs de leur temps, Eckhof en Allemagne, Garrick en Angleterre, et Lekain en France, sont morts dans la même année en 1778.

FIN.

NOTES:[1]C'est dans cette maison que périt l'amiral de Coligny pendant le massacre de la Saint-Barthélemi, et non dans l'hôtel Montbazon, rue Bétizi, comme le racontent plusieurs annalistes. L'hôtel de Lisieux présente encore dans ses distributions tout ce qui convenait alors à l'habitation d'un grand officier de la couronne; mais si l'hôtel Montbazon n'a pas la gloire d'avoir appartenu à l'amiral de Coligny, il a, dit-on, celle d'avoir servi de logement à la belle duchesse de Montbazon, si tendrement aimée du célèbre abbé de Rancé. On prétend qu'au retour d'un voyage cet abbé, alors très-mondain, allant voir sa maîtresse, dont il ignorait la mort, monta par un escalier dérobé, et qu'étant entré dans l'appartement il trouva sa tête dans un plat: on l'avait séparée du corps parce que le cercueil de plomb était trop petit. Cet affreux spectacle opéra subitement sa conversion, et l'abbé de Rancé, dégoûté du néant des choses terrestres, alla s'enfermer dans son abbaye de la Trappe, dont il devint le réformateur avec une austérité sans exemple.[2]La cadette, nommée Rosalie, entra dans la musique de la chambre du roi en 1770, et elle y est restée jusqu'en 1792.[3]MlleFel lui avait enseigné l'art du chant, et MlleClairon avait formé son jeu.[4]Par reconnaissance le prince payait chaque année à sa maîtresse les frais d'un équipage.[5]Ces vers ont été faits il y a longtemps par un des amis d'A. M.; mais cette plaisanterie et beaucoup d'autres n'ôtent rien à son mérite littéraire. Quel est l'homme de lettres à l'abri des épigrammes? Publier un ouvrage marquant, disait Diderot, c'est mettre la tête dans un guêpier.[6]Un amateur, ravi de ses accens mélodieux, lui adressa cet impromptu:Que ta voix divine me touche!Et que je serais fortunéSi je pouvais rendre à ta boucheLe plaisir qu'elle m'a donné![7]Garrick, célèbre acteur anglais, se trouvant à Paris en 1763, mit ce quatrain au bas d'un tableau qui représentait MlleClairon couronnée par Melpomène:J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène,Et mon espoir n'a point été déçu:Elle a couronné Melpomène;Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.[8]Barthe composa en 1767 une pièce de vers intitulée:Statuts pour l'Académie royale de Musique. Voici l'un des vingt-deux articles qui les composent:Tous remplis du vaste desseinDe perfectionner en France l'harmonie,Voulions au pontife romainDemander une colonieDe ces chantres flûtés qu'admire l'Ausonie;Mais tout notre conseil a jugé qu'un castra,Car c'est ainsi qu'on les appelle,Etait honnête à la chapelle,Mais indécent à l'Opéra.[9]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux,Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,Ont un hôtel et des chevaux,Se rappellent parfois leur première indigence,Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.Leur défendons en conséquenceDe regarder avec pitiéCelle qui s'en retourne à pié;Pauvre enfant dont l'innocenceN'a pas encore réussi,Mais qui, grâces à la danse,Fera son chemin aussi.[10]Gaussin en recevant le jourOffrit l'art d'aimer et de plaire,Et jamais enfant de l'amourNe ressembla mieux à son père.A. D.[11]Cette actrice jouant le rôle d'Ernelinde dans l'opéra de ce nom, Favart lui adressa ces vers:O Durancy! par quels charmes puissans,Par quel heureux prestige abuses-tu mes sens?C'est l'effet de ton art suprême.Je cours à l'Opéra pour t'entendre et te voir:L'actrice disparaît; tu trompes mon espoir;Je ne vois plus qu'Ernelinde elle-même.[12]M. F. D. N. a fait sur ce littérateur l'énigme suivante:J'ai sous un même nom trois attributs divers;Je suis un instrument, un poëte, une rue:Rue étroite, je suis des pédans parcourue;Instrument, par mes sons je charme l'univers;Rimeur, je l'endors par mes vers.[13]Dauberval, devenu l'amant de cette nymphe, fit faire un cachet sur lequel il était représenté en chasseur, avec ces mots pour légende:Quand je n'ai pasMiréje manque mon coup.[14]Malgré ce défaut cette actrice fit l'ornement du théâtre Français dans les rôles de fureur, de reine et de mère.Quand Dumesnil vient sur la scèneAu gré des connaisseurs parfaits,On croit entendre MelpomèneRéciter les vers qu'elle a faits.N.[15]Cette salle fut restaurée par M. Moreau en 1769; on proposa d'y mettre cette inscription:Ici les dieux du temps jadisRenouvellent leurs liturgies:Vénus y forme des Laïs;Mercure y dresse des Sosies.[16]Épigramme.Prenez les vers du rocailleux Lemierre,Dont un moment ici j'emprunte la manière;Lisez, relisez-les souventSi votre langue a de la gêne,Ils feront pour son mouvementL'effet de ces cailloux que mâchait Diogène.N.[17]On prétend que tout ce que son curé put tirer de lui dans ses derniers momens, furent ces mots-ci:Que diable venez-vous me chanter, M. le curé? vous avez la voix fausse.[18]Quelques années après Vestris fit oublier son offense par l'hommage de son amour, et ces deux amans allèrent ensuite se jurer une flamme éternelle sur l'autel de l'hymenée.[19]On fit paraître à cette époque les vers suivans:Belloy nous donne un siége; il en mérite un autre.Graves académiciens,Faites-lui partager le vôtre,Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.[20]On sait que cette célèbre danseuse avait plus de grâces que de légèreté.[21]C'est à un maître d'hôtel de cette maison qu'on doit l'espèce de dragée nomméepraline.[22]Allard, vive, aimable et jolie,Amuse et charme tour à tour;Elle sourit comme l'AmourEt danse comme la Folie.A. D.[23]Ce couplet est extrait de la pièce deSophie Arnould.[24]Dorat adressa à cette charmante actrice le quatrain suivant:Par tes talens, unis à la décence,Tu te fais respecter et chérir tour à tour:Si tu souris comme l'Amour,Tu parles comme l'Innocence.[25]Cependant cette pièce, protégée par M. de Maurepas, fut représentée avec le plus grand succès au Théâtre-Français, appelé maintenant l'Odéon. MlleC. n'a jamais été plus applaudie qu'en jouant la courtisane Rosalie, rôle où elle développa pour la première fois tout le charme de ses talens.[26]M. de Buffon se promenant à la campagne, une jeune personne lui demanda la différence qu'il y a entre un bœuf et un taureau? Il rêva un instant et répondit: Vous voyez bien, Mademoiselle, ces veaux qui bondissent dans la prairie? les taureaux sont leurs pères et les bœufs sont leurs oncles.[27]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit au sujet de l'opulence de ce directeur:Rien pour l'auteur de la musique,Pour l'auteur du poëme rien,Et le poëte et le musicienDoivent mourir de faim suivant l'usage antique.Jamais le grand talent n'eut droit d'être payé;Le frivole obtient tout, l'or, les cordons, la crosse:Rameau dut aller à pié,Les directeurs en carrosse.[28]M. de L. descendait d'un ministre, et M. de C. d'un valet de chambre.[29]Cet acteur est mort le 11 décembre 1802, et a emporté les regrets de tous les amis de Thalie.Tour à tour sublime et charmant,Des cœurs il a trouvé la route la plus sûre;On est tenté de croire en le voyantQue l'art, en formant son talent,Avait donné le mot à la nature.VIGÉE.[30]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, critique ainsi les principaux acteurs:Ordre à Pillot de ne plus détonner,A Muguet de prendre un air leste,A Durand d'ennoblir son geste,A Gélin de ne pas tonner;Que le Gros chante avec une âme,Beaumesnil avec une voix;Que la fécondeArnouldse montre quelquefois,Et que Guimard toujours se pâme.[31]La chronique scandaleuse a prétendu que MmeDubarri devait le jour à unpicpusnommé Gomar. En 1768, cette dame conversait avec M. de Choiseul sur les moines que le gouvernement voulait alors détruire. La favorite était contre eux; le ministre en prenait la défense, et pour frapper en leur faveur le dernier coup, il ajouta avec finesse:Vous conviendrez au moins, Madame, qu'ils savent faire de beaux enfans.[32]On connaît ces vers tirés de la Dunciade de Palissot:Alors tomba le petit Poinsinet;Il fut dissous par un coup de sifflet.Telle au matin une vapeur légèreS'évanouit aux premiers feux du jour,Tel Poinsinet disparut sans retour.[33]Les libertins de qualité, dit un moraliste, prenaient le surnom derouéspour se distinguer de leurs laquais, qui n'étaient que despendards.[34]On fit sur cette comédie le quatrain suivant:J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:C'est un change où l'argent circuleSans produire aucun intérêt.[35]Vers sur M. de Choiseul, après sa retraite des affaires:Comme tout autre, dans sa place,Il put avoir des ennemis;Comme nul autre, en sa disgrâce,Il acquit de nouveaux amis.[36]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:Le nombre des amans limité désormaisEt pour la blonde et pour la brune,Défense d'en avoir jamaisPlus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.Que la reconnaissance égale les bienfaits;Que l'amour dure autant que la fortune.[37]M. F. D. N., pénétré de la lecture des ouvrages de ce poëte, a composé le distique suivant pour le portait de MmeLe Mierre:Bras, front, sein, port, teint, taille, œil, pied, nez, dent, main, bouche,Tout en elle est attrait, tout est tentant, tout touche.[38]M. R. a fait sur ce littérateur l'épigramme suivante:Ce jeune homme a beaucoup acquis,Beaucoup acquis, je vous assure;Car, en dépit de la nature,Il s'est fait poëte et marquis.[39]Réponse à une dame qui, après la lecture des œuvres de Sedaine, marquait de la surprise sur les nombreux succès de cet auteur:Eh! pourquoi, s'il vous plaît, n'aurait-il pas la vogue?Il entend bien le dialogue;Dans la Gageure il est divin,Montauciel fait pleurer, Victorine fait rire:Ma foi! pour être un écrivain,Il ne lui manque rien que de savoir écrire.N.[40]Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaîté;Bon Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté:Que ses petits écrits ont de longues préfaces!Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur!Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'êtreOu sa maîtresse ou son lecteur.LA HARPE.[41]Ce jeune militaire étant de service à Versailles, gagna la petite vérole de Louis XV, et en mourut. On l'enterra comme un homme qui n'avait plus rien; on l'oublia comme un ruban dont la mode est passée.[42]En 1779 il parut une chanson sur les actrices de la Comédie-Française. Voici le premier couplet:Air des trois Fermiers.LaVestrisachète à grand prixLes bravo de la populace;A force d'art et de grimace,Elle fait applaudir ses cris.Mais elle ne vaut, à tout prendre, (bisPas un sou,Pas un sou,Pas un soupir tendre.bis.)[43]Lorsque ce poëte fit paraître son poëme desBaisers, Guichard lui adressa ce quatrain:Pour vingt baisers sans chaleur, sans ivresse,Prendre un louis! y penses-tu?Eh, mon ami! pour un écuJ'en aurai cent de ta maîtresse.[44]Lorsqu'on porta les sacremens à ce ministre, une poissarde se mit à dire:On a beau lui porter le bon Dieu, il n'empêchera pas que le diable ne l'emporte.[45]C'est en 1781 que le duc de Chartres fit construire le nouveau Palais-Royal; on y afficha les vers suivans:Le prince des gagne-deniers,Abattant des arbres antiques,Nous réserve sous ses portiques,Au travers de petits sentiers,L'air épuré de ses boutiquesEt l'ombrage de ses lauriers.[46]Ce ministre s'était successivement appelé Phélippeaux, Saint-Florentin et la Vrillière. On lui a fait cette épitaphe:Ci-gît, malgré son rang, un homme fort commun,Ayant porté trois noms et n'en laissant aucun.[47]LE CONCERT CHAMPÊTRE.Qu'ils me sont doux ces champêtres concertsOù rossignols, pinsons, merles, fauvettes,Sur leur théâtre, entre des rameaux verts,Viennentgratism'offrir leurs chansonnettes!Quels opéras me seraient aussi chers?Là n'est point d'art, d'ennui scientifique:Gluck et Rameau n'ont point noté les airs;Nature seule en a fait la musique,EtMarmonteln'en a point fait les vers.LEBRUN.[48]Ce jeune seigneur avait un précepteur que son père, le duc de R., trouva un jour en tête à tête avec sa chère moitié.Que n'étiez-vous là, Monsieur?lui dit la duchesse avec dignité;quand je n'ai pas mon écuyer je prends le bras de mon laquais.[49]Ce littérateur disait à Chénier que deux concurrens pour une place à l'Institut lui avaient passé sur le corps:Mon ami, répondit le poëte,vous êtes le pont aux ânes.[50]Allusion plaisante à un ouvrage qui, sous ce titre, jouissait alors d'une certaine vogue.[51]Cette dame était une jeune et jolie femme attachée à la duchesse de Chartres. Le marquis de la Fayette qui en était épris, ne pouvant réussir auprès d'elle, de dépit passa chez les insurgens, et elle devint indirectement le principe de sa fortune et de sa gloire.[52]En 1775 le comte d'Artois ayant eu part aux faveurs de cette nymphe, les plaisans dirent que ce prince venait à Paris prendredu théquand il était gorgé de biscuit deSavoie. On sait que la comtesse d'Artois était une princesse de Savoie.[53]Cette actrice n'espérant plus rien de son amant, l'abandonna à son malheureux sort. M. de Bièvre fit à ce sujet les vers suivans:Vous êtes surpris que LaguerreAit quitté le pauvre Bouillon?Depuis que Turenne est en terreLa paix est dans cette maison,Et le bon duc hait tantla guerreQu'il en redoute jusqu'au nom.[54]En 1768 MlleG., que Marmontel appelaitla belle damnée, s'était montrée aux promenades de Longchamp dans un char d'une élégance exquise. On remarqua surtout les armes parlantes qui en décoraient les panneaux. Au milieu de l'écusson se voyait un marc d'or d'où sortait un gui de chêne; les Grâces servaient de support, et les Amours couronnaient le cartouche.[55]Barthe dit à ce sujet, dans ses Statuts pour l'Opéra:Donnons ordre à ces demoisellesDe n'accoucher que rarement;En deux ans une fois, une fois seulement:Paris ne goûte point ces couches éternelles.Dans un embarras mauditCes accidens-là nous plongent:Plus leur taille s'arronditPlus nos visages s'allongent.[56]Ce poëte mourut à Paris d'une maladie de langueur, le 29 avril 1780. On lui fit cette épitaphe:De nos papillons enchanteursEmule trop fidèle,Il caressa toutes les fleurs,Excepté l'immortelle.[57]Cette actrice chantait ordinairement fort bien dansla Fausse Magiel'ariette qui commence par ces mots:Comme un éclair. Elle venait de finir assez mal ce morceau, lorsqu'un amateur arrive tout essoufflé dans une loge, et demande vivement:—A-t-elle chantéComme un éclair?—Non, Monsieur, elle a chantécomme un cochon.[58]Cette actrice avait été fort jolie et méritait le quatrain suivant:Coupé, mille Amours sur vos tracesViennent entendre vos chansons;Vous les attirez par vos sons,Et les retenez pas vos grâces.N.[59]A MlleContat, jouant le rôle de Thalie dansla Centenairede Corneille:A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,On croirait que Thalie a cédé son talentA la plus belle des trois Grâces.HOFFMAN.[60]M. de Bièvre disait que le cœur des courtisanes est comme un miroir qui réfléchit tous les objets qu'on lui présente, sans en garder jamais aucun souvenir.[61]Lemaréchalduc de Duras était chargé en 1779 de la surveillance des théâtres. Linguet ayant dans une de ses feuilles maltraité ce seigneur au sujet de ses vexations contre MlleSainval aînée, celui-ci fit dire au journaliste qu'il eût à s'abstenir de parler de lui, ou qu'il lui ferait donner des coups de bâton.Tant mieux, répliqua Linguet;on pourra du moins dire qu'il s'est servi de son bâton.[62]Marmontel s'était uni à Piccini pour refaire l'opéra deRoland. Les Gluckistes logèrent le poëte ruedes Mauvaises-Paroles, et le musicien ruedes Petits-Champs. Les Piccinistes prirent leur revanche, et firent placarder que le chevalier Gluck, auteur d'Iphigénie, d'Orphée, d'Alcesteet d'Armide, logeait ruedu Grand-Hurleur.[63]Cette nymphe eut la générosité de refuser les propositions de son amant, qui, de désespoir, se retira à la Trappe: il démentit en cela le caractère national.Lorsqu'un objet fait résistance,L'Anglais fier et vain s'en offense;L'Italien est désolé;L'Espagnol est inconsolable;L'Allemand se console à table;Le Français est tout consolé.N.[64]MmeN. disait: On reproche à Jean-Jacques d'être un hibou; oui, mais c'est celui de Minerve; et quand je songe auDevin du Village, j'ajoute: déniché par les Grâces.[65]Ce mot a été attribué à Piron; mais souvent les beaux esprits se rencontrent.[66]A cette époque un plaisant fit ainsi le tableau des ministres:Monsieur Turgot brouille tout,Monsieur de Saint-Germain renverse tout,Monsieur de Malesherbes sait tout,Monsieur de Sartines doute de tout,Monsieur de Maurepas rit de tout.[67]Apostrophe mortifiante pour monsieur Amelot, qui, étant intendant de Bourgogne lors des troubles de la magistrature en 1771, contribua à la destruction et reconstruction du parlement de Dijon.[68]Pour établir une hiérarchie parmi les femmes attachées aux grands spectacles, on disait lesdamesde la Comédie-Française, lesdemoisellesde la Comédie-Italienne, et lesfillesde l'Opéra.[69]En 1775 ce ministre était à l'Opéra la veille d'une émeute. On fit à ce sujet l'épigramme suivante:Monsieur le comte, on vous demande;Si vous ne mettez le holàLe peuple se révoltera.—Dites au peuple qu'il attende;Il faut que j'aille à l'Opéra.[70]M. Laus de Boissi étant chez Mmede Villette lors de sa première grossesse, trouva sur la cheminée unMathieu Lænsberg. Ah! Madame, s'écria-t-il aussitôt, voici une prophétie qui vous concerne, et il lut le quatrain suivant qu'il venait de composer, comme s'il l'eût trouvé dans l'almanach:DeBelle et Bonneil doit naître un enfantQui recevra le surnom de sa mère:Il y joindra grâce, esprit, enjouement;Car il faut bien qu'il tienne de son père.[71]Le jour de ce début son père, lediou de la danse, vêtu d'un riche habit de cour, l'épée au côté, le chapeau sous le bras, se présenta avec son fils sur le bord de la scène, et, après avoir adressé au parterre des paroles pleines de dignité sur la sublimité de son art et les nobles espérances que donnait l'auguste héritier de son nom, il se tourna d'un air imposant vers le jeune candidat, et lui dit:Allons, mon fils, montrez votre talent au poublic; votre père vous regarde.[72]Voltaire était logé chez le marquis de Villette, qui, jouissant peut-être avec trop de vanité du bonheur de montrer son hôte à tout Paris, s'attira ce quatrain:Petit Villette, c'est en vainQue vous prétendez à la gloire;Vous ne serez jamais qu'un nainQui montre un géant à la foire.[73]La plus belle promenade d'Athènes s'appelaitle Céramique, d'un mot grec qui signifietuile, origine semblable à celle du plus beau jardin de Paris, qu'on nommeles Tuileries. On sait que le célèbre Lenôtre en a dirigé l'exécution.Sur la forme d'un beau jardinSi le goût devient incertain,Anglais, Chinois gardez le vôtre;Car jamais vous n'aurezLenôtre.[74]Cette nymphe reçut un jour ce madrigal:Pour te fêter, belle R.,Que n'ai-je obtenu la puissanceDe changer vingt fois en un jourEt de sexe et de jouissance!Oui, je voudrais pour t'exprimerJusqu'à quel degré tu m'es chère,Etre jeune homme pour t'aimer,Et jeune fille pour te plaire.[75]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, adresse aux débutantes l'article suivant:Pour toute jeune débutanteQui veut entrer dans les ballets,Quatre examens au moins c'est la forme constante;Primo, le duc qui la présente,Y compris l'intendant et les premiers valets:Ceux-ci près de la nymphe ont droit de préséance;Secundo, nous, ses directeurs;Tertio, son maître de danse;Quarto, pas plus de trois acteurs.[76]Un jour que cette danseuse jouait le rôle deCampaspedans le ballet d'Alexandre, Favart lui adressa ces vers:Dans ce ballet, nouvelle Terpsichore,Vous présentez à nos regards surprisLa superbe Pallas, la sensible Cypris,La légère Diane et la charmante Flore.Sous leurs différens attributsTous les cœurs sont forcés de vous rendre les armes.Eh! le moyen de braver tant de charmes?Si l'on résiste à Flore, on est pris par Vénus.[77]M. Lebegue de Presle, médecin et ami de J.-J. Rousseau, étant allé le voir à Ermenonville quelque temps avant sa mort, il le trouva montant péniblement de sa cave, et lui demanda pourquoi à son âge il ne confiait pas ce soin à MmeRousseau?Que voulez-vous?répondit-il;quand elle y va elle y reste.[78]Ce poëte, dans son enthousiasme, lui adressa une chanson remplie de grâce et de sentiment. En voici un couplet:Quoiqu'Amour m'ait dans ses chaînesEngagé plus d'une fois,Quoiqu'Amour, malgré ses peines,M'ait fait adorer ses lois,Par une erreur très facileDans un cœur bien enflammé,Je crois, près de Cléophile,N'avoir pas encore aimé.[79]Un provincial venait d'arriver à Paris; son hôte lui demanda s'il voulait voirla Veuve du Malabar.—Ah! que nenni, reprit-il;je m'en tiendrai, s'il vous plaît, à ma femme.[80]On lui adressa le lendemain cemadrigal:Vous chantez comme une syrène,Vous buvez autant que Silène,Et vous aimez mieux que Cypris;Des plaisirs vous êtes la reine:Partout vous remportez le prix,A la table, au lit, sur la scène.[81]Cette actrice étant allé jouer à Amiens, un jeune homme lui offrit son cœur et vingt-cinq louis; elle le toise avec dignité et lui dit d'un ton imposant:Jeune homme, gardez votre hommage et vos vingt-cinq louis; si vous me plaisiez je vous en donnerais cent.[82]Cet aéronaute ayant fait en 1784 une ascension malheureuse, on chanta le couplet suivant, qu'on pourrait appliquer à plusieurs de ses confrères:Au champ de Mars il s'enrôla,Au champ voisin il resta là,Beaucoup d'argent il ramassa,Sic itur ad astra.[83]Un anti-mesmeriste fit alors circuler cette épigramme:Le magnétisme est aux abois;La Faculté, l'AcadémieL'ont condamné tout d'une voix,Et même couvert d'infamie.Après ce jugement bien sage et bien légal,Si quelqu'esprit originalPersiste encor dans son délire,Il sera permis de lui dire:Crois au magnétisme.... animal.[84]Un amateur qui avait admiré aux concerts de Feydeau les talens de M. G., observait qu'il n'avait cependant qu'un petit filet de voix.—Tudieu! reprit quelqu'un qui pendant la romance avait évalué la recette, vous appelez cela unpetit filet, qui pêche huit mille francs dans la poche des Parisiens![85]Le jeune Vestris ayant fait à son père des mémoires effrayans, il fit venir cet enfant prodigue, et, à la suite d'une longue réprimande, il lui dit gravement qu'il ne voulait pas de Guémené dans sa famille.[86]a madame de G.,AUTEUR DE MILLE ET UN OUVRAGES.Vous avez la fureur d'écrire,Et rien ne peut la réprimer;Mais avant de vous faire lireTâchez de vous faire estimer.A. D.[87]En 1779 ce petit mutin n'ayant absolument pas voulu doubler son père dans un des derniers ballets d'Armide, reçut l'ordre de se rendre au Fort-l'Evêque. Rien de plus pathétique que les adieux du père et du fils:Allez, lui dit ledioude la danse,allez, mon fils; voilà le plus beau jour de votre vie.Prenez mon carrosse et demandez l'appartement de mon ami le roi de Pologne; je paierai tout.[88]En 1774 Caron de Beaumarchais ayant perdu un procès porté au parlement Maupeou, on adressa à ses juges le quatrain suivant:O vous, qui lancez le tonnerre,Quand vous descendrez chez Pluton,Prenez votre chemin par terre;Vous seriez mal menés dans la barque àCaron.[89]M. Bourgueil a fait sur ce trait le quatrain suivant:L'autre soir du divorce on causait entre amis;Chacun de cette loi parlait à sa manière.Cette loi, dit Chloé, moi je la définisLe sacrement de l'adultère.[90]M. Bertin, trésorier des parties casuelles, avait voulu l'épouser; mais elle refusa sa main par attachement pour le comte de L.

[1]C'est dans cette maison que périt l'amiral de Coligny pendant le massacre de la Saint-Barthélemi, et non dans l'hôtel Montbazon, rue Bétizi, comme le racontent plusieurs annalistes. L'hôtel de Lisieux présente encore dans ses distributions tout ce qui convenait alors à l'habitation d'un grand officier de la couronne; mais si l'hôtel Montbazon n'a pas la gloire d'avoir appartenu à l'amiral de Coligny, il a, dit-on, celle d'avoir servi de logement à la belle duchesse de Montbazon, si tendrement aimée du célèbre abbé de Rancé. On prétend qu'au retour d'un voyage cet abbé, alors très-mondain, allant voir sa maîtresse, dont il ignorait la mort, monta par un escalier dérobé, et qu'étant entré dans l'appartement il trouva sa tête dans un plat: on l'avait séparée du corps parce que le cercueil de plomb était trop petit. Cet affreux spectacle opéra subitement sa conversion, et l'abbé de Rancé, dégoûté du néant des choses terrestres, alla s'enfermer dans son abbaye de la Trappe, dont il devint le réformateur avec une austérité sans exemple.[2]La cadette, nommée Rosalie, entra dans la musique de la chambre du roi en 1770, et elle y est restée jusqu'en 1792.[3]MlleFel lui avait enseigné l'art du chant, et MlleClairon avait formé son jeu.[4]Par reconnaissance le prince payait chaque année à sa maîtresse les frais d'un équipage.[5]Ces vers ont été faits il y a longtemps par un des amis d'A. M.; mais cette plaisanterie et beaucoup d'autres n'ôtent rien à son mérite littéraire. Quel est l'homme de lettres à l'abri des épigrammes? Publier un ouvrage marquant, disait Diderot, c'est mettre la tête dans un guêpier.[6]Un amateur, ravi de ses accens mélodieux, lui adressa cet impromptu:Que ta voix divine me touche!Et que je serais fortunéSi je pouvais rendre à ta boucheLe plaisir qu'elle m'a donné![7]Garrick, célèbre acteur anglais, se trouvant à Paris en 1763, mit ce quatrain au bas d'un tableau qui représentait MlleClairon couronnée par Melpomène:J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène,Et mon espoir n'a point été déçu:Elle a couronné Melpomène;Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.[8]Barthe composa en 1767 une pièce de vers intitulée:Statuts pour l'Académie royale de Musique. Voici l'un des vingt-deux articles qui les composent:Tous remplis du vaste desseinDe perfectionner en France l'harmonie,Voulions au pontife romainDemander une colonieDe ces chantres flûtés qu'admire l'Ausonie;Mais tout notre conseil a jugé qu'un castra,Car c'est ainsi qu'on les appelle,Etait honnête à la chapelle,Mais indécent à l'Opéra.[9]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux,Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,Ont un hôtel et des chevaux,Se rappellent parfois leur première indigence,Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.Leur défendons en conséquenceDe regarder avec pitiéCelle qui s'en retourne à pié;Pauvre enfant dont l'innocenceN'a pas encore réussi,Mais qui, grâces à la danse,Fera son chemin aussi.[10]Gaussin en recevant le jourOffrit l'art d'aimer et de plaire,Et jamais enfant de l'amourNe ressembla mieux à son père.A. D.[11]Cette actrice jouant le rôle d'Ernelinde dans l'opéra de ce nom, Favart lui adressa ces vers:O Durancy! par quels charmes puissans,Par quel heureux prestige abuses-tu mes sens?C'est l'effet de ton art suprême.Je cours à l'Opéra pour t'entendre et te voir:L'actrice disparaît; tu trompes mon espoir;Je ne vois plus qu'Ernelinde elle-même.[12]M. F. D. N. a fait sur ce littérateur l'énigme suivante:J'ai sous un même nom trois attributs divers;Je suis un instrument, un poëte, une rue:Rue étroite, je suis des pédans parcourue;Instrument, par mes sons je charme l'univers;Rimeur, je l'endors par mes vers.[13]Dauberval, devenu l'amant de cette nymphe, fit faire un cachet sur lequel il était représenté en chasseur, avec ces mots pour légende:Quand je n'ai pasMiréje manque mon coup.[14]Malgré ce défaut cette actrice fit l'ornement du théâtre Français dans les rôles de fureur, de reine et de mère.Quand Dumesnil vient sur la scèneAu gré des connaisseurs parfaits,On croit entendre MelpomèneRéciter les vers qu'elle a faits.N.[15]Cette salle fut restaurée par M. Moreau en 1769; on proposa d'y mettre cette inscription:Ici les dieux du temps jadisRenouvellent leurs liturgies:Vénus y forme des Laïs;Mercure y dresse des Sosies.[16]Épigramme.Prenez les vers du rocailleux Lemierre,Dont un moment ici j'emprunte la manière;Lisez, relisez-les souventSi votre langue a de la gêne,Ils feront pour son mouvementL'effet de ces cailloux que mâchait Diogène.N.[17]On prétend que tout ce que son curé put tirer de lui dans ses derniers momens, furent ces mots-ci:Que diable venez-vous me chanter, M. le curé? vous avez la voix fausse.[18]Quelques années après Vestris fit oublier son offense par l'hommage de son amour, et ces deux amans allèrent ensuite se jurer une flamme éternelle sur l'autel de l'hymenée.[19]On fit paraître à cette époque les vers suivans:Belloy nous donne un siége; il en mérite un autre.Graves académiciens,Faites-lui partager le vôtre,Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.[20]On sait que cette célèbre danseuse avait plus de grâces que de légèreté.[21]C'est à un maître d'hôtel de cette maison qu'on doit l'espèce de dragée nomméepraline.[22]Allard, vive, aimable et jolie,Amuse et charme tour à tour;Elle sourit comme l'AmourEt danse comme la Folie.A. D.[23]Ce couplet est extrait de la pièce deSophie Arnould.[24]Dorat adressa à cette charmante actrice le quatrain suivant:Par tes talens, unis à la décence,Tu te fais respecter et chérir tour à tour:Si tu souris comme l'Amour,Tu parles comme l'Innocence.[25]Cependant cette pièce, protégée par M. de Maurepas, fut représentée avec le plus grand succès au Théâtre-Français, appelé maintenant l'Odéon. MlleC. n'a jamais été plus applaudie qu'en jouant la courtisane Rosalie, rôle où elle développa pour la première fois tout le charme de ses talens.[26]M. de Buffon se promenant à la campagne, une jeune personne lui demanda la différence qu'il y a entre un bœuf et un taureau? Il rêva un instant et répondit: Vous voyez bien, Mademoiselle, ces veaux qui bondissent dans la prairie? les taureaux sont leurs pères et les bœufs sont leurs oncles.[27]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit au sujet de l'opulence de ce directeur:Rien pour l'auteur de la musique,Pour l'auteur du poëme rien,Et le poëte et le musicienDoivent mourir de faim suivant l'usage antique.Jamais le grand talent n'eut droit d'être payé;Le frivole obtient tout, l'or, les cordons, la crosse:Rameau dut aller à pié,Les directeurs en carrosse.[28]M. de L. descendait d'un ministre, et M. de C. d'un valet de chambre.[29]Cet acteur est mort le 11 décembre 1802, et a emporté les regrets de tous les amis de Thalie.Tour à tour sublime et charmant,Des cœurs il a trouvé la route la plus sûre;On est tenté de croire en le voyantQue l'art, en formant son talent,Avait donné le mot à la nature.VIGÉE.[30]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, critique ainsi les principaux acteurs:Ordre à Pillot de ne plus détonner,A Muguet de prendre un air leste,A Durand d'ennoblir son geste,A Gélin de ne pas tonner;Que le Gros chante avec une âme,Beaumesnil avec une voix;Que la fécondeArnouldse montre quelquefois,Et que Guimard toujours se pâme.[31]La chronique scandaleuse a prétendu que MmeDubarri devait le jour à unpicpusnommé Gomar. En 1768, cette dame conversait avec M. de Choiseul sur les moines que le gouvernement voulait alors détruire. La favorite était contre eux; le ministre en prenait la défense, et pour frapper en leur faveur le dernier coup, il ajouta avec finesse:Vous conviendrez au moins, Madame, qu'ils savent faire de beaux enfans.[32]On connaît ces vers tirés de la Dunciade de Palissot:Alors tomba le petit Poinsinet;Il fut dissous par un coup de sifflet.Telle au matin une vapeur légèreS'évanouit aux premiers feux du jour,Tel Poinsinet disparut sans retour.[33]Les libertins de qualité, dit un moraliste, prenaient le surnom derouéspour se distinguer de leurs laquais, qui n'étaient que despendards.[34]On fit sur cette comédie le quatrain suivant:J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:C'est un change où l'argent circuleSans produire aucun intérêt.[35]Vers sur M. de Choiseul, après sa retraite des affaires:Comme tout autre, dans sa place,Il put avoir des ennemis;Comme nul autre, en sa disgrâce,Il acquit de nouveaux amis.[36]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:Le nombre des amans limité désormaisEt pour la blonde et pour la brune,Défense d'en avoir jamaisPlus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.Que la reconnaissance égale les bienfaits;Que l'amour dure autant que la fortune.[37]M. F. D. N., pénétré de la lecture des ouvrages de ce poëte, a composé le distique suivant pour le portait de MmeLe Mierre:Bras, front, sein, port, teint, taille, œil, pied, nez, dent, main, bouche,Tout en elle est attrait, tout est tentant, tout touche.[38]M. R. a fait sur ce littérateur l'épigramme suivante:Ce jeune homme a beaucoup acquis,Beaucoup acquis, je vous assure;Car, en dépit de la nature,Il s'est fait poëte et marquis.[39]Réponse à une dame qui, après la lecture des œuvres de Sedaine, marquait de la surprise sur les nombreux succès de cet auteur:Eh! pourquoi, s'il vous plaît, n'aurait-il pas la vogue?Il entend bien le dialogue;Dans la Gageure il est divin,Montauciel fait pleurer, Victorine fait rire:Ma foi! pour être un écrivain,Il ne lui manque rien que de savoir écrire.N.[40]Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaîté;Bon Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté:Que ses petits écrits ont de longues préfaces!Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur!Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'êtreOu sa maîtresse ou son lecteur.LA HARPE.[41]Ce jeune militaire étant de service à Versailles, gagna la petite vérole de Louis XV, et en mourut. On l'enterra comme un homme qui n'avait plus rien; on l'oublia comme un ruban dont la mode est passée.[42]En 1779 il parut une chanson sur les actrices de la Comédie-Française. Voici le premier couplet:Air des trois Fermiers.LaVestrisachète à grand prixLes bravo de la populace;A force d'art et de grimace,Elle fait applaudir ses cris.Mais elle ne vaut, à tout prendre, (bisPas un sou,Pas un sou,Pas un soupir tendre.bis.)[43]Lorsque ce poëte fit paraître son poëme desBaisers, Guichard lui adressa ce quatrain:Pour vingt baisers sans chaleur, sans ivresse,Prendre un louis! y penses-tu?Eh, mon ami! pour un écuJ'en aurai cent de ta maîtresse.[44]Lorsqu'on porta les sacremens à ce ministre, une poissarde se mit à dire:On a beau lui porter le bon Dieu, il n'empêchera pas que le diable ne l'emporte.[45]C'est en 1781 que le duc de Chartres fit construire le nouveau Palais-Royal; on y afficha les vers suivans:Le prince des gagne-deniers,Abattant des arbres antiques,Nous réserve sous ses portiques,Au travers de petits sentiers,L'air épuré de ses boutiquesEt l'ombrage de ses lauriers.[46]Ce ministre s'était successivement appelé Phélippeaux, Saint-Florentin et la Vrillière. On lui a fait cette épitaphe:Ci-gît, malgré son rang, un homme fort commun,Ayant porté trois noms et n'en laissant aucun.[47]LE CONCERT CHAMPÊTRE.Qu'ils me sont doux ces champêtres concertsOù rossignols, pinsons, merles, fauvettes,Sur leur théâtre, entre des rameaux verts,Viennentgratism'offrir leurs chansonnettes!Quels opéras me seraient aussi chers?Là n'est point d'art, d'ennui scientifique:Gluck et Rameau n'ont point noté les airs;Nature seule en a fait la musique,EtMarmonteln'en a point fait les vers.LEBRUN.[48]Ce jeune seigneur avait un précepteur que son père, le duc de R., trouva un jour en tête à tête avec sa chère moitié.Que n'étiez-vous là, Monsieur?lui dit la duchesse avec dignité;quand je n'ai pas mon écuyer je prends le bras de mon laquais.[49]Ce littérateur disait à Chénier que deux concurrens pour une place à l'Institut lui avaient passé sur le corps:Mon ami, répondit le poëte,vous êtes le pont aux ânes.[50]Allusion plaisante à un ouvrage qui, sous ce titre, jouissait alors d'une certaine vogue.[51]Cette dame était une jeune et jolie femme attachée à la duchesse de Chartres. Le marquis de la Fayette qui en était épris, ne pouvant réussir auprès d'elle, de dépit passa chez les insurgens, et elle devint indirectement le principe de sa fortune et de sa gloire.[52]En 1775 le comte d'Artois ayant eu part aux faveurs de cette nymphe, les plaisans dirent que ce prince venait à Paris prendredu théquand il était gorgé de biscuit deSavoie. On sait que la comtesse d'Artois était une princesse de Savoie.[53]Cette actrice n'espérant plus rien de son amant, l'abandonna à son malheureux sort. M. de Bièvre fit à ce sujet les vers suivans:Vous êtes surpris que LaguerreAit quitté le pauvre Bouillon?Depuis que Turenne est en terreLa paix est dans cette maison,Et le bon duc hait tantla guerreQu'il en redoute jusqu'au nom.[54]En 1768 MlleG., que Marmontel appelaitla belle damnée, s'était montrée aux promenades de Longchamp dans un char d'une élégance exquise. On remarqua surtout les armes parlantes qui en décoraient les panneaux. Au milieu de l'écusson se voyait un marc d'or d'où sortait un gui de chêne; les Grâces servaient de support, et les Amours couronnaient le cartouche.[55]Barthe dit à ce sujet, dans ses Statuts pour l'Opéra:Donnons ordre à ces demoisellesDe n'accoucher que rarement;En deux ans une fois, une fois seulement:Paris ne goûte point ces couches éternelles.Dans un embarras mauditCes accidens-là nous plongent:Plus leur taille s'arronditPlus nos visages s'allongent.[56]Ce poëte mourut à Paris d'une maladie de langueur, le 29 avril 1780. On lui fit cette épitaphe:De nos papillons enchanteursEmule trop fidèle,Il caressa toutes les fleurs,Excepté l'immortelle.[57]Cette actrice chantait ordinairement fort bien dansla Fausse Magiel'ariette qui commence par ces mots:Comme un éclair. Elle venait de finir assez mal ce morceau, lorsqu'un amateur arrive tout essoufflé dans une loge, et demande vivement:—A-t-elle chantéComme un éclair?—Non, Monsieur, elle a chantécomme un cochon.[58]Cette actrice avait été fort jolie et méritait le quatrain suivant:Coupé, mille Amours sur vos tracesViennent entendre vos chansons;Vous les attirez par vos sons,Et les retenez pas vos grâces.N.[59]A MlleContat, jouant le rôle de Thalie dansla Centenairede Corneille:A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,On croirait que Thalie a cédé son talentA la plus belle des trois Grâces.HOFFMAN.[60]M. de Bièvre disait que le cœur des courtisanes est comme un miroir qui réfléchit tous les objets qu'on lui présente, sans en garder jamais aucun souvenir.[61]Lemaréchalduc de Duras était chargé en 1779 de la surveillance des théâtres. Linguet ayant dans une de ses feuilles maltraité ce seigneur au sujet de ses vexations contre MlleSainval aînée, celui-ci fit dire au journaliste qu'il eût à s'abstenir de parler de lui, ou qu'il lui ferait donner des coups de bâton.Tant mieux, répliqua Linguet;on pourra du moins dire qu'il s'est servi de son bâton.[62]Marmontel s'était uni à Piccini pour refaire l'opéra deRoland. Les Gluckistes logèrent le poëte ruedes Mauvaises-Paroles, et le musicien ruedes Petits-Champs. Les Piccinistes prirent leur revanche, et firent placarder que le chevalier Gluck, auteur d'Iphigénie, d'Orphée, d'Alcesteet d'Armide, logeait ruedu Grand-Hurleur.[63]Cette nymphe eut la générosité de refuser les propositions de son amant, qui, de désespoir, se retira à la Trappe: il démentit en cela le caractère national.Lorsqu'un objet fait résistance,L'Anglais fier et vain s'en offense;L'Italien est désolé;L'Espagnol est inconsolable;L'Allemand se console à table;Le Français est tout consolé.N.[64]MmeN. disait: On reproche à Jean-Jacques d'être un hibou; oui, mais c'est celui de Minerve; et quand je songe auDevin du Village, j'ajoute: déniché par les Grâces.[65]Ce mot a été attribué à Piron; mais souvent les beaux esprits se rencontrent.[66]A cette époque un plaisant fit ainsi le tableau des ministres:Monsieur Turgot brouille tout,Monsieur de Saint-Germain renverse tout,Monsieur de Malesherbes sait tout,Monsieur de Sartines doute de tout,Monsieur de Maurepas rit de tout.[67]Apostrophe mortifiante pour monsieur Amelot, qui, étant intendant de Bourgogne lors des troubles de la magistrature en 1771, contribua à la destruction et reconstruction du parlement de Dijon.[68]Pour établir une hiérarchie parmi les femmes attachées aux grands spectacles, on disait lesdamesde la Comédie-Française, lesdemoisellesde la Comédie-Italienne, et lesfillesde l'Opéra.[69]En 1775 ce ministre était à l'Opéra la veille d'une émeute. On fit à ce sujet l'épigramme suivante:Monsieur le comte, on vous demande;Si vous ne mettez le holàLe peuple se révoltera.—Dites au peuple qu'il attende;Il faut que j'aille à l'Opéra.[70]M. Laus de Boissi étant chez Mmede Villette lors de sa première grossesse, trouva sur la cheminée unMathieu Lænsberg. Ah! Madame, s'écria-t-il aussitôt, voici une prophétie qui vous concerne, et il lut le quatrain suivant qu'il venait de composer, comme s'il l'eût trouvé dans l'almanach:DeBelle et Bonneil doit naître un enfantQui recevra le surnom de sa mère:Il y joindra grâce, esprit, enjouement;Car il faut bien qu'il tienne de son père.[71]Le jour de ce début son père, lediou de la danse, vêtu d'un riche habit de cour, l'épée au côté, le chapeau sous le bras, se présenta avec son fils sur le bord de la scène, et, après avoir adressé au parterre des paroles pleines de dignité sur la sublimité de son art et les nobles espérances que donnait l'auguste héritier de son nom, il se tourna d'un air imposant vers le jeune candidat, et lui dit:Allons, mon fils, montrez votre talent au poublic; votre père vous regarde.[72]Voltaire était logé chez le marquis de Villette, qui, jouissant peut-être avec trop de vanité du bonheur de montrer son hôte à tout Paris, s'attira ce quatrain:Petit Villette, c'est en vainQue vous prétendez à la gloire;Vous ne serez jamais qu'un nainQui montre un géant à la foire.[73]La plus belle promenade d'Athènes s'appelaitle Céramique, d'un mot grec qui signifietuile, origine semblable à celle du plus beau jardin de Paris, qu'on nommeles Tuileries. On sait que le célèbre Lenôtre en a dirigé l'exécution.Sur la forme d'un beau jardinSi le goût devient incertain,Anglais, Chinois gardez le vôtre;Car jamais vous n'aurezLenôtre.[74]Cette nymphe reçut un jour ce madrigal:Pour te fêter, belle R.,Que n'ai-je obtenu la puissanceDe changer vingt fois en un jourEt de sexe et de jouissance!Oui, je voudrais pour t'exprimerJusqu'à quel degré tu m'es chère,Etre jeune homme pour t'aimer,Et jeune fille pour te plaire.[75]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, adresse aux débutantes l'article suivant:Pour toute jeune débutanteQui veut entrer dans les ballets,Quatre examens au moins c'est la forme constante;Primo, le duc qui la présente,Y compris l'intendant et les premiers valets:Ceux-ci près de la nymphe ont droit de préséance;Secundo, nous, ses directeurs;Tertio, son maître de danse;Quarto, pas plus de trois acteurs.[76]Un jour que cette danseuse jouait le rôle deCampaspedans le ballet d'Alexandre, Favart lui adressa ces vers:Dans ce ballet, nouvelle Terpsichore,Vous présentez à nos regards surprisLa superbe Pallas, la sensible Cypris,La légère Diane et la charmante Flore.Sous leurs différens attributsTous les cœurs sont forcés de vous rendre les armes.Eh! le moyen de braver tant de charmes?Si l'on résiste à Flore, on est pris par Vénus.[77]M. Lebegue de Presle, médecin et ami de J.-J. Rousseau, étant allé le voir à Ermenonville quelque temps avant sa mort, il le trouva montant péniblement de sa cave, et lui demanda pourquoi à son âge il ne confiait pas ce soin à MmeRousseau?Que voulez-vous?répondit-il;quand elle y va elle y reste.[78]Ce poëte, dans son enthousiasme, lui adressa une chanson remplie de grâce et de sentiment. En voici un couplet:Quoiqu'Amour m'ait dans ses chaînesEngagé plus d'une fois,Quoiqu'Amour, malgré ses peines,M'ait fait adorer ses lois,Par une erreur très facileDans un cœur bien enflammé,Je crois, près de Cléophile,N'avoir pas encore aimé.[79]Un provincial venait d'arriver à Paris; son hôte lui demanda s'il voulait voirla Veuve du Malabar.—Ah! que nenni, reprit-il;je m'en tiendrai, s'il vous plaît, à ma femme.[80]On lui adressa le lendemain cemadrigal:Vous chantez comme une syrène,Vous buvez autant que Silène,Et vous aimez mieux que Cypris;Des plaisirs vous êtes la reine:Partout vous remportez le prix,A la table, au lit, sur la scène.[81]Cette actrice étant allé jouer à Amiens, un jeune homme lui offrit son cœur et vingt-cinq louis; elle le toise avec dignité et lui dit d'un ton imposant:Jeune homme, gardez votre hommage et vos vingt-cinq louis; si vous me plaisiez je vous en donnerais cent.[82]Cet aéronaute ayant fait en 1784 une ascension malheureuse, on chanta le couplet suivant, qu'on pourrait appliquer à plusieurs de ses confrères:Au champ de Mars il s'enrôla,Au champ voisin il resta là,Beaucoup d'argent il ramassa,Sic itur ad astra.[83]Un anti-mesmeriste fit alors circuler cette épigramme:Le magnétisme est aux abois;La Faculté, l'AcadémieL'ont condamné tout d'une voix,Et même couvert d'infamie.Après ce jugement bien sage et bien légal,Si quelqu'esprit originalPersiste encor dans son délire,Il sera permis de lui dire:Crois au magnétisme.... animal.[84]Un amateur qui avait admiré aux concerts de Feydeau les talens de M. G., observait qu'il n'avait cependant qu'un petit filet de voix.—Tudieu! reprit quelqu'un qui pendant la romance avait évalué la recette, vous appelez cela unpetit filet, qui pêche huit mille francs dans la poche des Parisiens![85]Le jeune Vestris ayant fait à son père des mémoires effrayans, il fit venir cet enfant prodigue, et, à la suite d'une longue réprimande, il lui dit gravement qu'il ne voulait pas de Guémené dans sa famille.[86]a madame de G.,AUTEUR DE MILLE ET UN OUVRAGES.Vous avez la fureur d'écrire,Et rien ne peut la réprimer;Mais avant de vous faire lireTâchez de vous faire estimer.A. D.[87]En 1779 ce petit mutin n'ayant absolument pas voulu doubler son père dans un des derniers ballets d'Armide, reçut l'ordre de se rendre au Fort-l'Evêque. Rien de plus pathétique que les adieux du père et du fils:Allez, lui dit ledioude la danse,allez, mon fils; voilà le plus beau jour de votre vie.Prenez mon carrosse et demandez l'appartement de mon ami le roi de Pologne; je paierai tout.[88]En 1774 Caron de Beaumarchais ayant perdu un procès porté au parlement Maupeou, on adressa à ses juges le quatrain suivant:O vous, qui lancez le tonnerre,Quand vous descendrez chez Pluton,Prenez votre chemin par terre;Vous seriez mal menés dans la barque àCaron.[89]M. Bourgueil a fait sur ce trait le quatrain suivant:L'autre soir du divorce on causait entre amis;Chacun de cette loi parlait à sa manière.Cette loi, dit Chloé, moi je la définisLe sacrement de l'adultère.[90]M. Bertin, trésorier des parties casuelles, avait voulu l'épouser; mais elle refusa sa main par attachement pour le comte de L.

[1]C'est dans cette maison que périt l'amiral de Coligny pendant le massacre de la Saint-Barthélemi, et non dans l'hôtel Montbazon, rue Bétizi, comme le racontent plusieurs annalistes. L'hôtel de Lisieux présente encore dans ses distributions tout ce qui convenait alors à l'habitation d'un grand officier de la couronne; mais si l'hôtel Montbazon n'a pas la gloire d'avoir appartenu à l'amiral de Coligny, il a, dit-on, celle d'avoir servi de logement à la belle duchesse de Montbazon, si tendrement aimée du célèbre abbé de Rancé. On prétend qu'au retour d'un voyage cet abbé, alors très-mondain, allant voir sa maîtresse, dont il ignorait la mort, monta par un escalier dérobé, et qu'étant entré dans l'appartement il trouva sa tête dans un plat: on l'avait séparée du corps parce que le cercueil de plomb était trop petit. Cet affreux spectacle opéra subitement sa conversion, et l'abbé de Rancé, dégoûté du néant des choses terrestres, alla s'enfermer dans son abbaye de la Trappe, dont il devint le réformateur avec une austérité sans exemple.

[2]La cadette, nommée Rosalie, entra dans la musique de la chambre du roi en 1770, et elle y est restée jusqu'en 1792.

[3]MlleFel lui avait enseigné l'art du chant, et MlleClairon avait formé son jeu.

[4]Par reconnaissance le prince payait chaque année à sa maîtresse les frais d'un équipage.

[5]Ces vers ont été faits il y a longtemps par un des amis d'A. M.; mais cette plaisanterie et beaucoup d'autres n'ôtent rien à son mérite littéraire. Quel est l'homme de lettres à l'abri des épigrammes? Publier un ouvrage marquant, disait Diderot, c'est mettre la tête dans un guêpier.

[6]Un amateur, ravi de ses accens mélodieux, lui adressa cet impromptu:

Que ta voix divine me touche!Et que je serais fortunéSi je pouvais rendre à ta boucheLe plaisir qu'elle m'a donné!

Que ta voix divine me touche!Et que je serais fortunéSi je pouvais rendre à ta boucheLe plaisir qu'elle m'a donné!

Que ta voix divine me touche!

Et que je serais fortuné

Si je pouvais rendre à ta bouche

Le plaisir qu'elle m'a donné!

[7]Garrick, célèbre acteur anglais, se trouvant à Paris en 1763, mit ce quatrain au bas d'un tableau qui représentait MlleClairon couronnée par Melpomène:

J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène,Et mon espoir n'a point été déçu:Elle a couronné Melpomène;Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.

J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène,Et mon espoir n'a point été déçu:Elle a couronné Melpomène;Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.

J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène,

Et mon espoir n'a point été déçu:

Elle a couronné Melpomène;

Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.

[8]Barthe composa en 1767 une pièce de vers intitulée:Statuts pour l'Académie royale de Musique. Voici l'un des vingt-deux articles qui les composent:

Tous remplis du vaste desseinDe perfectionner en France l'harmonie,Voulions au pontife romainDemander une colonieDe ces chantres flûtés qu'admire l'Ausonie;Mais tout notre conseil a jugé qu'un castra,Car c'est ainsi qu'on les appelle,Etait honnête à la chapelle,Mais indécent à l'Opéra.

Tous remplis du vaste desseinDe perfectionner en France l'harmonie,Voulions au pontife romainDemander une colonieDe ces chantres flûtés qu'admire l'Ausonie;Mais tout notre conseil a jugé qu'un castra,Car c'est ainsi qu'on les appelle,Etait honnête à la chapelle,Mais indécent à l'Opéra.

Tous remplis du vaste dessein

De perfectionner en France l'harmonie,

Voulions au pontife romain

Demander une colonie

De ces chantres flûtés qu'admire l'Ausonie;

Mais tout notre conseil a jugé qu'un castra,

Car c'est ainsi qu'on les appelle,

Etait honnête à la chapelle,

Mais indécent à l'Opéra.

[9]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:

Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux,Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,Ont un hôtel et des chevaux,Se rappellent parfois leur première indigence,Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.Leur défendons en conséquenceDe regarder avec pitiéCelle qui s'en retourne à pié;Pauvre enfant dont l'innocenceN'a pas encore réussi,Mais qui, grâces à la danse,Fera son chemin aussi.

Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux,Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,Ont un hôtel et des chevaux,Se rappellent parfois leur première indigence,Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.Leur défendons en conséquenceDe regarder avec pitiéCelle qui s'en retourne à pié;Pauvre enfant dont l'innocenceN'a pas encore réussi,Mais qui, grâces à la danse,Fera son chemin aussi.

Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux,

Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,

Ont un hôtel et des chevaux,

Se rappellent parfois leur première indigence,

Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.

Leur défendons en conséquence

De regarder avec pitié

Celle qui s'en retourne à pié;

Pauvre enfant dont l'innocence

N'a pas encore réussi,

Mais qui, grâces à la danse,

Fera son chemin aussi.

[10]

Gaussin en recevant le jourOffrit l'art d'aimer et de plaire,Et jamais enfant de l'amourNe ressembla mieux à son père.

Gaussin en recevant le jourOffrit l'art d'aimer et de plaire,Et jamais enfant de l'amourNe ressembla mieux à son père.

Gaussin en recevant le jour

Offrit l'art d'aimer et de plaire,

Et jamais enfant de l'amour

Ne ressembla mieux à son père.

A. D.

[11]Cette actrice jouant le rôle d'Ernelinde dans l'opéra de ce nom, Favart lui adressa ces vers:

O Durancy! par quels charmes puissans,Par quel heureux prestige abuses-tu mes sens?C'est l'effet de ton art suprême.Je cours à l'Opéra pour t'entendre et te voir:L'actrice disparaît; tu trompes mon espoir;Je ne vois plus qu'Ernelinde elle-même.

O Durancy! par quels charmes puissans,Par quel heureux prestige abuses-tu mes sens?C'est l'effet de ton art suprême.Je cours à l'Opéra pour t'entendre et te voir:L'actrice disparaît; tu trompes mon espoir;Je ne vois plus qu'Ernelinde elle-même.

O Durancy! par quels charmes puissans,

Par quel heureux prestige abuses-tu mes sens?

C'est l'effet de ton art suprême.

Je cours à l'Opéra pour t'entendre et te voir:

L'actrice disparaît; tu trompes mon espoir;

Je ne vois plus qu'Ernelinde elle-même.

[12]M. F. D. N. a fait sur ce littérateur l'énigme suivante:

J'ai sous un même nom trois attributs divers;Je suis un instrument, un poëte, une rue:Rue étroite, je suis des pédans parcourue;Instrument, par mes sons je charme l'univers;Rimeur, je l'endors par mes vers.

J'ai sous un même nom trois attributs divers;Je suis un instrument, un poëte, une rue:Rue étroite, je suis des pédans parcourue;Instrument, par mes sons je charme l'univers;Rimeur, je l'endors par mes vers.

J'ai sous un même nom trois attributs divers;

Je suis un instrument, un poëte, une rue:

Rue étroite, je suis des pédans parcourue;

Instrument, par mes sons je charme l'univers;

Rimeur, je l'endors par mes vers.

[13]Dauberval, devenu l'amant de cette nymphe, fit faire un cachet sur lequel il était représenté en chasseur, avec ces mots pour légende:

Quand je n'ai pasMiréje manque mon coup.

Quand je n'ai pasMiréje manque mon coup.

Quand je n'ai pasMiréje manque mon coup.

[14]Malgré ce défaut cette actrice fit l'ornement du théâtre Français dans les rôles de fureur, de reine et de mère.

Quand Dumesnil vient sur la scèneAu gré des connaisseurs parfaits,On croit entendre MelpomèneRéciter les vers qu'elle a faits.

Quand Dumesnil vient sur la scèneAu gré des connaisseurs parfaits,On croit entendre MelpomèneRéciter les vers qu'elle a faits.

Quand Dumesnil vient sur la scène

Au gré des connaisseurs parfaits,

On croit entendre Melpomène

Réciter les vers qu'elle a faits.

N.

[15]Cette salle fut restaurée par M. Moreau en 1769; on proposa d'y mettre cette inscription:

Ici les dieux du temps jadisRenouvellent leurs liturgies:Vénus y forme des Laïs;Mercure y dresse des Sosies.

Ici les dieux du temps jadisRenouvellent leurs liturgies:Vénus y forme des Laïs;Mercure y dresse des Sosies.

Ici les dieux du temps jadis

Renouvellent leurs liturgies:

Vénus y forme des Laïs;

Mercure y dresse des Sosies.

[16]Épigramme.

Prenez les vers du rocailleux Lemierre,Dont un moment ici j'emprunte la manière;Lisez, relisez-les souventSi votre langue a de la gêne,Ils feront pour son mouvementL'effet de ces cailloux que mâchait Diogène.

Prenez les vers du rocailleux Lemierre,Dont un moment ici j'emprunte la manière;Lisez, relisez-les souventSi votre langue a de la gêne,Ils feront pour son mouvementL'effet de ces cailloux que mâchait Diogène.

Prenez les vers du rocailleux Lemierre,

Dont un moment ici j'emprunte la manière;

Lisez, relisez-les souvent

Si votre langue a de la gêne,

Ils feront pour son mouvement

L'effet de ces cailloux que mâchait Diogène.

N.

[17]On prétend que tout ce que son curé put tirer de lui dans ses derniers momens, furent ces mots-ci:Que diable venez-vous me chanter, M. le curé? vous avez la voix fausse.

[18]Quelques années après Vestris fit oublier son offense par l'hommage de son amour, et ces deux amans allèrent ensuite se jurer une flamme éternelle sur l'autel de l'hymenée.

[19]On fit paraître à cette époque les vers suivans:

Belloy nous donne un siége; il en mérite un autre.Graves académiciens,Faites-lui partager le vôtre,Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.

Belloy nous donne un siége; il en mérite un autre.Graves académiciens,Faites-lui partager le vôtre,Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.

Belloy nous donne un siége; il en mérite un autre.

Graves académiciens,

Faites-lui partager le vôtre,

Où tant de bonnes gens sont assis pour des riens.

[20]On sait que cette célèbre danseuse avait plus de grâces que de légèreté.

[21]C'est à un maître d'hôtel de cette maison qu'on doit l'espèce de dragée nomméepraline.

[22]

Allard, vive, aimable et jolie,Amuse et charme tour à tour;Elle sourit comme l'AmourEt danse comme la Folie.

Allard, vive, aimable et jolie,Amuse et charme tour à tour;Elle sourit comme l'AmourEt danse comme la Folie.

Allard, vive, aimable et jolie,

Amuse et charme tour à tour;

Elle sourit comme l'Amour

Et danse comme la Folie.

A. D.

[23]Ce couplet est extrait de la pièce deSophie Arnould.

[24]Dorat adressa à cette charmante actrice le quatrain suivant:

Par tes talens, unis à la décence,Tu te fais respecter et chérir tour à tour:Si tu souris comme l'Amour,Tu parles comme l'Innocence.

Par tes talens, unis à la décence,Tu te fais respecter et chérir tour à tour:Si tu souris comme l'Amour,Tu parles comme l'Innocence.

Par tes talens, unis à la décence,

Tu te fais respecter et chérir tour à tour:

Si tu souris comme l'Amour,

Tu parles comme l'Innocence.

[25]Cependant cette pièce, protégée par M. de Maurepas, fut représentée avec le plus grand succès au Théâtre-Français, appelé maintenant l'Odéon. MlleC. n'a jamais été plus applaudie qu'en jouant la courtisane Rosalie, rôle où elle développa pour la première fois tout le charme de ses talens.

[26]M. de Buffon se promenant à la campagne, une jeune personne lui demanda la différence qu'il y a entre un bœuf et un taureau? Il rêva un instant et répondit: Vous voyez bien, Mademoiselle, ces veaux qui bondissent dans la prairie? les taureaux sont leurs pères et les bœufs sont leurs oncles.

[27]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit au sujet de l'opulence de ce directeur:

Rien pour l'auteur de la musique,Pour l'auteur du poëme rien,Et le poëte et le musicienDoivent mourir de faim suivant l'usage antique.Jamais le grand talent n'eut droit d'être payé;Le frivole obtient tout, l'or, les cordons, la crosse:Rameau dut aller à pié,Les directeurs en carrosse.

Rien pour l'auteur de la musique,Pour l'auteur du poëme rien,Et le poëte et le musicienDoivent mourir de faim suivant l'usage antique.Jamais le grand talent n'eut droit d'être payé;Le frivole obtient tout, l'or, les cordons, la crosse:Rameau dut aller à pié,Les directeurs en carrosse.

Rien pour l'auteur de la musique,

Pour l'auteur du poëme rien,

Et le poëte et le musicien

Doivent mourir de faim suivant l'usage antique.

Jamais le grand talent n'eut droit d'être payé;

Le frivole obtient tout, l'or, les cordons, la crosse:

Rameau dut aller à pié,

Les directeurs en carrosse.

[28]M. de L. descendait d'un ministre, et M. de C. d'un valet de chambre.

[29]Cet acteur est mort le 11 décembre 1802, et a emporté les regrets de tous les amis de Thalie.

Tour à tour sublime et charmant,Des cœurs il a trouvé la route la plus sûre;On est tenté de croire en le voyantQue l'art, en formant son talent,Avait donné le mot à la nature.

Tour à tour sublime et charmant,Des cœurs il a trouvé la route la plus sûre;On est tenté de croire en le voyantQue l'art, en formant son talent,Avait donné le mot à la nature.

Tour à tour sublime et charmant,

Des cœurs il a trouvé la route la plus sûre;

On est tenté de croire en le voyant

Que l'art, en formant son talent,

Avait donné le mot à la nature.

VIGÉE.

[30]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, critique ainsi les principaux acteurs:

Ordre à Pillot de ne plus détonner,A Muguet de prendre un air leste,A Durand d'ennoblir son geste,A Gélin de ne pas tonner;Que le Gros chante avec une âme,Beaumesnil avec une voix;Que la fécondeArnouldse montre quelquefois,Et que Guimard toujours se pâme.

Ordre à Pillot de ne plus détonner,A Muguet de prendre un air leste,A Durand d'ennoblir son geste,A Gélin de ne pas tonner;Que le Gros chante avec une âme,Beaumesnil avec une voix;Que la fécondeArnouldse montre quelquefois,Et que Guimard toujours se pâme.

Ordre à Pillot de ne plus détonner,

A Muguet de prendre un air leste,

A Durand d'ennoblir son geste,

A Gélin de ne pas tonner;

Que le Gros chante avec une âme,

Beaumesnil avec une voix;

Que la fécondeArnouldse montre quelquefois,

Et que Guimard toujours se pâme.

[31]La chronique scandaleuse a prétendu que MmeDubarri devait le jour à unpicpusnommé Gomar. En 1768, cette dame conversait avec M. de Choiseul sur les moines que le gouvernement voulait alors détruire. La favorite était contre eux; le ministre en prenait la défense, et pour frapper en leur faveur le dernier coup, il ajouta avec finesse:Vous conviendrez au moins, Madame, qu'ils savent faire de beaux enfans.

[32]On connaît ces vers tirés de la Dunciade de Palissot:

Alors tomba le petit Poinsinet;Il fut dissous par un coup de sifflet.Telle au matin une vapeur légèreS'évanouit aux premiers feux du jour,Tel Poinsinet disparut sans retour.

Alors tomba le petit Poinsinet;Il fut dissous par un coup de sifflet.Telle au matin une vapeur légèreS'évanouit aux premiers feux du jour,Tel Poinsinet disparut sans retour.

Alors tomba le petit Poinsinet;

Il fut dissous par un coup de sifflet.

Telle au matin une vapeur légère

S'évanouit aux premiers feux du jour,

Tel Poinsinet disparut sans retour.

[33]Les libertins de qualité, dit un moraliste, prenaient le surnom derouéspour se distinguer de leurs laquais, qui n'étaient que despendards.

[34]On fit sur cette comédie le quatrain suivant:

J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:C'est un change où l'argent circuleSans produire aucun intérêt.

J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:C'est un change où l'argent circuleSans produire aucun intérêt.

J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,

Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:

C'est un change où l'argent circule

Sans produire aucun intérêt.

[35]Vers sur M. de Choiseul, après sa retraite des affaires:

Comme tout autre, dans sa place,Il put avoir des ennemis;Comme nul autre, en sa disgrâce,Il acquit de nouveaux amis.

Comme tout autre, dans sa place,Il put avoir des ennemis;Comme nul autre, en sa disgrâce,Il acquit de nouveaux amis.

Comme tout autre, dans sa place,

Il put avoir des ennemis;

Comme nul autre, en sa disgrâce,

Il acquit de nouveaux amis.

[36]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:

Le nombre des amans limité désormaisEt pour la blonde et pour la brune,Défense d'en avoir jamaisPlus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.Que la reconnaissance égale les bienfaits;Que l'amour dure autant que la fortune.

Le nombre des amans limité désormaisEt pour la blonde et pour la brune,Défense d'en avoir jamaisPlus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.Que la reconnaissance égale les bienfaits;Que l'amour dure autant que la fortune.

Le nombre des amans limité désormais

Et pour la blonde et pour la brune,

Défense d'en avoir jamais

Plus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.

Que la reconnaissance égale les bienfaits;

Que l'amour dure autant que la fortune.

[37]M. F. D. N., pénétré de la lecture des ouvrages de ce poëte, a composé le distique suivant pour le portait de MmeLe Mierre:

Bras, front, sein, port, teint, taille, œil, pied, nez, dent, main, bouche,Tout en elle est attrait, tout est tentant, tout touche.

Bras, front, sein, port, teint, taille, œil, pied, nez, dent, main, bouche,Tout en elle est attrait, tout est tentant, tout touche.

Bras, front, sein, port, teint, taille, œil, pied, nez, dent, main, bouche,

Tout en elle est attrait, tout est tentant, tout touche.

[38]M. R. a fait sur ce littérateur l'épigramme suivante:

Ce jeune homme a beaucoup acquis,Beaucoup acquis, je vous assure;Car, en dépit de la nature,Il s'est fait poëte et marquis.

Ce jeune homme a beaucoup acquis,Beaucoup acquis, je vous assure;Car, en dépit de la nature,Il s'est fait poëte et marquis.

Ce jeune homme a beaucoup acquis,

Beaucoup acquis, je vous assure;

Car, en dépit de la nature,

Il s'est fait poëte et marquis.

[39]Réponse à une dame qui, après la lecture des œuvres de Sedaine, marquait de la surprise sur les nombreux succès de cet auteur:

Eh! pourquoi, s'il vous plaît, n'aurait-il pas la vogue?Il entend bien le dialogue;Dans la Gageure il est divin,Montauciel fait pleurer, Victorine fait rire:Ma foi! pour être un écrivain,Il ne lui manque rien que de savoir écrire.

Eh! pourquoi, s'il vous plaît, n'aurait-il pas la vogue?Il entend bien le dialogue;Dans la Gageure il est divin,Montauciel fait pleurer, Victorine fait rire:Ma foi! pour être un écrivain,Il ne lui manque rien que de savoir écrire.

Eh! pourquoi, s'il vous plaît, n'aurait-il pas la vogue?

Il entend bien le dialogue;

Dans la Gageure il est divin,

Montauciel fait pleurer, Victorine fait rire:

Ma foi! pour être un écrivain,

Il ne lui manque rien que de savoir écrire.

N.

[40]

Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaîté;Bon Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté:Que ses petits écrits ont de longues préfaces!Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur!Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'êtreOu sa maîtresse ou son lecteur.

Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaîté;Bon Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté:Que ses petits écrits ont de longues préfaces!Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur!Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'êtreOu sa maîtresse ou son lecteur.

Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaîté;

Bon Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté:

Que ses petits écrits ont de longues préfaces!

Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.

Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur!

Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;

Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'être

Ou sa maîtresse ou son lecteur.

LA HARPE.

[41]Ce jeune militaire étant de service à Versailles, gagna la petite vérole de Louis XV, et en mourut. On l'enterra comme un homme qui n'avait plus rien; on l'oublia comme un ruban dont la mode est passée.

[42]En 1779 il parut une chanson sur les actrices de la Comédie-Française. Voici le premier couplet:

Air des trois Fermiers.

LaVestrisachète à grand prixLes bravo de la populace;A force d'art et de grimace,Elle fait applaudir ses cris.Mais elle ne vaut, à tout prendre, (bisPas un sou,Pas un sou,Pas un soupir tendre.bis.)

LaVestrisachète à grand prixLes bravo de la populace;A force d'art et de grimace,Elle fait applaudir ses cris.Mais elle ne vaut, à tout prendre, (bisPas un sou,Pas un sou,Pas un soupir tendre.bis.)

LaVestrisachète à grand prix

Les bravo de la populace;

A force d'art et de grimace,

Elle fait applaudir ses cris.

Mais elle ne vaut, à tout prendre, (bis

Pas un sou,

Pas un sou,

Pas un soupir tendre.bis.)

[43]Lorsque ce poëte fit paraître son poëme desBaisers, Guichard lui adressa ce quatrain:

Pour vingt baisers sans chaleur, sans ivresse,Prendre un louis! y penses-tu?Eh, mon ami! pour un écuJ'en aurai cent de ta maîtresse.

Pour vingt baisers sans chaleur, sans ivresse,Prendre un louis! y penses-tu?Eh, mon ami! pour un écuJ'en aurai cent de ta maîtresse.

Pour vingt baisers sans chaleur, sans ivresse,

Prendre un louis! y penses-tu?

Eh, mon ami! pour un écu

J'en aurai cent de ta maîtresse.

[44]Lorsqu'on porta les sacremens à ce ministre, une poissarde se mit à dire:On a beau lui porter le bon Dieu, il n'empêchera pas que le diable ne l'emporte.

[45]C'est en 1781 que le duc de Chartres fit construire le nouveau Palais-Royal; on y afficha les vers suivans:

Le prince des gagne-deniers,Abattant des arbres antiques,Nous réserve sous ses portiques,Au travers de petits sentiers,L'air épuré de ses boutiquesEt l'ombrage de ses lauriers.

Le prince des gagne-deniers,Abattant des arbres antiques,Nous réserve sous ses portiques,Au travers de petits sentiers,L'air épuré de ses boutiquesEt l'ombrage de ses lauriers.

Le prince des gagne-deniers,

Abattant des arbres antiques,

Nous réserve sous ses portiques,

Au travers de petits sentiers,

L'air épuré de ses boutiques

Et l'ombrage de ses lauriers.

[46]Ce ministre s'était successivement appelé Phélippeaux, Saint-Florentin et la Vrillière. On lui a fait cette épitaphe:

Ci-gît, malgré son rang, un homme fort commun,Ayant porté trois noms et n'en laissant aucun.

Ci-gît, malgré son rang, un homme fort commun,Ayant porté trois noms et n'en laissant aucun.

Ci-gît, malgré son rang, un homme fort commun,

Ayant porté trois noms et n'en laissant aucun.

[47]

LE CONCERT CHAMPÊTRE.

Qu'ils me sont doux ces champêtres concertsOù rossignols, pinsons, merles, fauvettes,Sur leur théâtre, entre des rameaux verts,Viennentgratism'offrir leurs chansonnettes!Quels opéras me seraient aussi chers?Là n'est point d'art, d'ennui scientifique:Gluck et Rameau n'ont point noté les airs;Nature seule en a fait la musique,EtMarmonteln'en a point fait les vers.

Qu'ils me sont doux ces champêtres concertsOù rossignols, pinsons, merles, fauvettes,Sur leur théâtre, entre des rameaux verts,Viennentgratism'offrir leurs chansonnettes!Quels opéras me seraient aussi chers?Là n'est point d'art, d'ennui scientifique:Gluck et Rameau n'ont point noté les airs;Nature seule en a fait la musique,EtMarmonteln'en a point fait les vers.

Qu'ils me sont doux ces champêtres concerts

Où rossignols, pinsons, merles, fauvettes,

Sur leur théâtre, entre des rameaux verts,

Viennentgratism'offrir leurs chansonnettes!

Quels opéras me seraient aussi chers?

Là n'est point d'art, d'ennui scientifique:

Gluck et Rameau n'ont point noté les airs;

Nature seule en a fait la musique,

EtMarmonteln'en a point fait les vers.

LEBRUN.

[48]Ce jeune seigneur avait un précepteur que son père, le duc de R., trouva un jour en tête à tête avec sa chère moitié.Que n'étiez-vous là, Monsieur?lui dit la duchesse avec dignité;quand je n'ai pas mon écuyer je prends le bras de mon laquais.

[49]Ce littérateur disait à Chénier que deux concurrens pour une place à l'Institut lui avaient passé sur le corps:Mon ami, répondit le poëte,vous êtes le pont aux ânes.

[50]Allusion plaisante à un ouvrage qui, sous ce titre, jouissait alors d'une certaine vogue.

[51]Cette dame était une jeune et jolie femme attachée à la duchesse de Chartres. Le marquis de la Fayette qui en était épris, ne pouvant réussir auprès d'elle, de dépit passa chez les insurgens, et elle devint indirectement le principe de sa fortune et de sa gloire.

[52]En 1775 le comte d'Artois ayant eu part aux faveurs de cette nymphe, les plaisans dirent que ce prince venait à Paris prendredu théquand il était gorgé de biscuit deSavoie. On sait que la comtesse d'Artois était une princesse de Savoie.

[53]Cette actrice n'espérant plus rien de son amant, l'abandonna à son malheureux sort. M. de Bièvre fit à ce sujet les vers suivans:

Vous êtes surpris que LaguerreAit quitté le pauvre Bouillon?Depuis que Turenne est en terreLa paix est dans cette maison,Et le bon duc hait tantla guerreQu'il en redoute jusqu'au nom.

Vous êtes surpris que LaguerreAit quitté le pauvre Bouillon?Depuis que Turenne est en terreLa paix est dans cette maison,Et le bon duc hait tantla guerreQu'il en redoute jusqu'au nom.

Vous êtes surpris que Laguerre

Ait quitté le pauvre Bouillon?

Depuis que Turenne est en terre

La paix est dans cette maison,

Et le bon duc hait tantla guerre

Qu'il en redoute jusqu'au nom.

[54]En 1768 MlleG., que Marmontel appelaitla belle damnée, s'était montrée aux promenades de Longchamp dans un char d'une élégance exquise. On remarqua surtout les armes parlantes qui en décoraient les panneaux. Au milieu de l'écusson se voyait un marc d'or d'où sortait un gui de chêne; les Grâces servaient de support, et les Amours couronnaient le cartouche.

[55]Barthe dit à ce sujet, dans ses Statuts pour l'Opéra:

Donnons ordre à ces demoisellesDe n'accoucher que rarement;En deux ans une fois, une fois seulement:Paris ne goûte point ces couches éternelles.Dans un embarras mauditCes accidens-là nous plongent:Plus leur taille s'arronditPlus nos visages s'allongent.

Donnons ordre à ces demoisellesDe n'accoucher que rarement;En deux ans une fois, une fois seulement:Paris ne goûte point ces couches éternelles.Dans un embarras mauditCes accidens-là nous plongent:Plus leur taille s'arronditPlus nos visages s'allongent.

Donnons ordre à ces demoiselles

De n'accoucher que rarement;

En deux ans une fois, une fois seulement:

Paris ne goûte point ces couches éternelles.

Dans un embarras maudit

Ces accidens-là nous plongent:

Plus leur taille s'arrondit

Plus nos visages s'allongent.

[56]Ce poëte mourut à Paris d'une maladie de langueur, le 29 avril 1780. On lui fit cette épitaphe:

De nos papillons enchanteursEmule trop fidèle,Il caressa toutes les fleurs,Excepté l'immortelle.

De nos papillons enchanteursEmule trop fidèle,Il caressa toutes les fleurs,Excepté l'immortelle.

De nos papillons enchanteurs

Emule trop fidèle,

Il caressa toutes les fleurs,

Excepté l'immortelle.

[57]Cette actrice chantait ordinairement fort bien dansla Fausse Magiel'ariette qui commence par ces mots:Comme un éclair. Elle venait de finir assez mal ce morceau, lorsqu'un amateur arrive tout essoufflé dans une loge, et demande vivement:—A-t-elle chantéComme un éclair?—Non, Monsieur, elle a chantécomme un cochon.

[58]Cette actrice avait été fort jolie et méritait le quatrain suivant:

Coupé, mille Amours sur vos tracesViennent entendre vos chansons;Vous les attirez par vos sons,Et les retenez pas vos grâces.

Coupé, mille Amours sur vos tracesViennent entendre vos chansons;Vous les attirez par vos sons,Et les retenez pas vos grâces.

Coupé, mille Amours sur vos traces

Viennent entendre vos chansons;

Vous les attirez par vos sons,

Et les retenez pas vos grâces.

N.

[59]A MlleContat, jouant le rôle de Thalie dansla Centenairede Corneille:

A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,On croirait que Thalie a cédé son talentA la plus belle des trois Grâces.

A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,On croirait que Thalie a cédé son talentA la plus belle des trois Grâces.

A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,

A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,

On croirait que Thalie a cédé son talent

A la plus belle des trois Grâces.

HOFFMAN.

[60]M. de Bièvre disait que le cœur des courtisanes est comme un miroir qui réfléchit tous les objets qu'on lui présente, sans en garder jamais aucun souvenir.

[61]Lemaréchalduc de Duras était chargé en 1779 de la surveillance des théâtres. Linguet ayant dans une de ses feuilles maltraité ce seigneur au sujet de ses vexations contre MlleSainval aînée, celui-ci fit dire au journaliste qu'il eût à s'abstenir de parler de lui, ou qu'il lui ferait donner des coups de bâton.Tant mieux, répliqua Linguet;on pourra du moins dire qu'il s'est servi de son bâton.

[62]Marmontel s'était uni à Piccini pour refaire l'opéra deRoland. Les Gluckistes logèrent le poëte ruedes Mauvaises-Paroles, et le musicien ruedes Petits-Champs. Les Piccinistes prirent leur revanche, et firent placarder que le chevalier Gluck, auteur d'Iphigénie, d'Orphée, d'Alcesteet d'Armide, logeait ruedu Grand-Hurleur.

[63]Cette nymphe eut la générosité de refuser les propositions de son amant, qui, de désespoir, se retira à la Trappe: il démentit en cela le caractère national.

Lorsqu'un objet fait résistance,L'Anglais fier et vain s'en offense;L'Italien est désolé;L'Espagnol est inconsolable;L'Allemand se console à table;Le Français est tout consolé.

Lorsqu'un objet fait résistance,L'Anglais fier et vain s'en offense;L'Italien est désolé;L'Espagnol est inconsolable;L'Allemand se console à table;Le Français est tout consolé.

Lorsqu'un objet fait résistance,

L'Anglais fier et vain s'en offense;

L'Italien est désolé;

L'Espagnol est inconsolable;

L'Allemand se console à table;

Le Français est tout consolé.

N.

[64]MmeN. disait: On reproche à Jean-Jacques d'être un hibou; oui, mais c'est celui de Minerve; et quand je songe auDevin du Village, j'ajoute: déniché par les Grâces.

[65]Ce mot a été attribué à Piron; mais souvent les beaux esprits se rencontrent.

[66]A cette époque un plaisant fit ainsi le tableau des ministres:

Monsieur Turgot brouille tout,Monsieur de Saint-Germain renverse tout,Monsieur de Malesherbes sait tout,Monsieur de Sartines doute de tout,Monsieur de Maurepas rit de tout.

Monsieur Turgot brouille tout,Monsieur de Saint-Germain renverse tout,Monsieur de Malesherbes sait tout,Monsieur de Sartines doute de tout,Monsieur de Maurepas rit de tout.

Monsieur Turgot brouille tout,

Monsieur de Saint-Germain renverse tout,

Monsieur de Malesherbes sait tout,

Monsieur de Sartines doute de tout,

Monsieur de Maurepas rit de tout.

[67]Apostrophe mortifiante pour monsieur Amelot, qui, étant intendant de Bourgogne lors des troubles de la magistrature en 1771, contribua à la destruction et reconstruction du parlement de Dijon.

[68]Pour établir une hiérarchie parmi les femmes attachées aux grands spectacles, on disait lesdamesde la Comédie-Française, lesdemoisellesde la Comédie-Italienne, et lesfillesde l'Opéra.

[69]En 1775 ce ministre était à l'Opéra la veille d'une émeute. On fit à ce sujet l'épigramme suivante:

Monsieur le comte, on vous demande;Si vous ne mettez le holàLe peuple se révoltera.—Dites au peuple qu'il attende;Il faut que j'aille à l'Opéra.

Monsieur le comte, on vous demande;Si vous ne mettez le holàLe peuple se révoltera.—Dites au peuple qu'il attende;Il faut que j'aille à l'Opéra.

Monsieur le comte, on vous demande;

Si vous ne mettez le holà

Le peuple se révoltera.

—Dites au peuple qu'il attende;

Il faut que j'aille à l'Opéra.

[70]M. Laus de Boissi étant chez Mmede Villette lors de sa première grossesse, trouva sur la cheminée unMathieu Lænsberg. Ah! Madame, s'écria-t-il aussitôt, voici une prophétie qui vous concerne, et il lut le quatrain suivant qu'il venait de composer, comme s'il l'eût trouvé dans l'almanach:

DeBelle et Bonneil doit naître un enfantQui recevra le surnom de sa mère:Il y joindra grâce, esprit, enjouement;Car il faut bien qu'il tienne de son père.

DeBelle et Bonneil doit naître un enfantQui recevra le surnom de sa mère:Il y joindra grâce, esprit, enjouement;Car il faut bien qu'il tienne de son père.

DeBelle et Bonneil doit naître un enfant

Qui recevra le surnom de sa mère:

Il y joindra grâce, esprit, enjouement;

Car il faut bien qu'il tienne de son père.

[71]Le jour de ce début son père, lediou de la danse, vêtu d'un riche habit de cour, l'épée au côté, le chapeau sous le bras, se présenta avec son fils sur le bord de la scène, et, après avoir adressé au parterre des paroles pleines de dignité sur la sublimité de son art et les nobles espérances que donnait l'auguste héritier de son nom, il se tourna d'un air imposant vers le jeune candidat, et lui dit:Allons, mon fils, montrez votre talent au poublic; votre père vous regarde.

[72]Voltaire était logé chez le marquis de Villette, qui, jouissant peut-être avec trop de vanité du bonheur de montrer son hôte à tout Paris, s'attira ce quatrain:

Petit Villette, c'est en vainQue vous prétendez à la gloire;Vous ne serez jamais qu'un nainQui montre un géant à la foire.

Petit Villette, c'est en vainQue vous prétendez à la gloire;Vous ne serez jamais qu'un nainQui montre un géant à la foire.

Petit Villette, c'est en vain

Que vous prétendez à la gloire;

Vous ne serez jamais qu'un nain

Qui montre un géant à la foire.

[73]La plus belle promenade d'Athènes s'appelaitle Céramique, d'un mot grec qui signifietuile, origine semblable à celle du plus beau jardin de Paris, qu'on nommeles Tuileries. On sait que le célèbre Lenôtre en a dirigé l'exécution.

Sur la forme d'un beau jardinSi le goût devient incertain,Anglais, Chinois gardez le vôtre;Car jamais vous n'aurezLenôtre.

Sur la forme d'un beau jardinSi le goût devient incertain,Anglais, Chinois gardez le vôtre;Car jamais vous n'aurezLenôtre.

Sur la forme d'un beau jardin

Si le goût devient incertain,

Anglais, Chinois gardez le vôtre;

Car jamais vous n'aurezLenôtre.

[74]Cette nymphe reçut un jour ce madrigal:

Pour te fêter, belle R.,Que n'ai-je obtenu la puissanceDe changer vingt fois en un jourEt de sexe et de jouissance!Oui, je voudrais pour t'exprimerJusqu'à quel degré tu m'es chère,Etre jeune homme pour t'aimer,Et jeune fille pour te plaire.

Pour te fêter, belle R.,Que n'ai-je obtenu la puissanceDe changer vingt fois en un jourEt de sexe et de jouissance!Oui, je voudrais pour t'exprimerJusqu'à quel degré tu m'es chère,Etre jeune homme pour t'aimer,Et jeune fille pour te plaire.

Pour te fêter, belle R.,

Que n'ai-je obtenu la puissance

De changer vingt fois en un jour

Et de sexe et de jouissance!

Oui, je voudrais pour t'exprimer

Jusqu'à quel degré tu m'es chère,

Etre jeune homme pour t'aimer,

Et jeune fille pour te plaire.

[75]Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, adresse aux débutantes l'article suivant:

Pour toute jeune débutanteQui veut entrer dans les ballets,Quatre examens au moins c'est la forme constante;Primo, le duc qui la présente,Y compris l'intendant et les premiers valets:Ceux-ci près de la nymphe ont droit de préséance;Secundo, nous, ses directeurs;Tertio, son maître de danse;Quarto, pas plus de trois acteurs.

Pour toute jeune débutanteQui veut entrer dans les ballets,Quatre examens au moins c'est la forme constante;Primo, le duc qui la présente,Y compris l'intendant et les premiers valets:Ceux-ci près de la nymphe ont droit de préséance;Secundo, nous, ses directeurs;Tertio, son maître de danse;Quarto, pas plus de trois acteurs.

Pour toute jeune débutante

Qui veut entrer dans les ballets,

Quatre examens au moins c'est la forme constante;

Primo, le duc qui la présente,

Y compris l'intendant et les premiers valets:

Ceux-ci près de la nymphe ont droit de préséance;

Secundo, nous, ses directeurs;

Tertio, son maître de danse;

Quarto, pas plus de trois acteurs.

[76]Un jour que cette danseuse jouait le rôle deCampaspedans le ballet d'Alexandre, Favart lui adressa ces vers:

Dans ce ballet, nouvelle Terpsichore,Vous présentez à nos regards surprisLa superbe Pallas, la sensible Cypris,La légère Diane et la charmante Flore.Sous leurs différens attributsTous les cœurs sont forcés de vous rendre les armes.Eh! le moyen de braver tant de charmes?Si l'on résiste à Flore, on est pris par Vénus.

Dans ce ballet, nouvelle Terpsichore,Vous présentez à nos regards surprisLa superbe Pallas, la sensible Cypris,La légère Diane et la charmante Flore.Sous leurs différens attributsTous les cœurs sont forcés de vous rendre les armes.Eh! le moyen de braver tant de charmes?Si l'on résiste à Flore, on est pris par Vénus.

Dans ce ballet, nouvelle Terpsichore,

Vous présentez à nos regards surpris

La superbe Pallas, la sensible Cypris,

La légère Diane et la charmante Flore.

Sous leurs différens attributs

Tous les cœurs sont forcés de vous rendre les armes.

Eh! le moyen de braver tant de charmes?

Si l'on résiste à Flore, on est pris par Vénus.

[77]M. Lebegue de Presle, médecin et ami de J.-J. Rousseau, étant allé le voir à Ermenonville quelque temps avant sa mort, il le trouva montant péniblement de sa cave, et lui demanda pourquoi à son âge il ne confiait pas ce soin à MmeRousseau?Que voulez-vous?répondit-il;quand elle y va elle y reste.

[78]Ce poëte, dans son enthousiasme, lui adressa une chanson remplie de grâce et de sentiment. En voici un couplet:

Quoiqu'Amour m'ait dans ses chaînesEngagé plus d'une fois,Quoiqu'Amour, malgré ses peines,M'ait fait adorer ses lois,Par une erreur très facileDans un cœur bien enflammé,Je crois, près de Cléophile,N'avoir pas encore aimé.

Quoiqu'Amour m'ait dans ses chaînesEngagé plus d'une fois,Quoiqu'Amour, malgré ses peines,M'ait fait adorer ses lois,Par une erreur très facileDans un cœur bien enflammé,Je crois, près de Cléophile,N'avoir pas encore aimé.

Quoiqu'Amour m'ait dans ses chaînes

Engagé plus d'une fois,

Quoiqu'Amour, malgré ses peines,

M'ait fait adorer ses lois,

Par une erreur très facile

Dans un cœur bien enflammé,

Je crois, près de Cléophile,

N'avoir pas encore aimé.

[79]Un provincial venait d'arriver à Paris; son hôte lui demanda s'il voulait voirla Veuve du Malabar.—Ah! que nenni, reprit-il;je m'en tiendrai, s'il vous plaît, à ma femme.

[80]On lui adressa le lendemain cemadrigal:

Vous chantez comme une syrène,Vous buvez autant que Silène,Et vous aimez mieux que Cypris;Des plaisirs vous êtes la reine:Partout vous remportez le prix,A la table, au lit, sur la scène.

Vous chantez comme une syrène,Vous buvez autant que Silène,Et vous aimez mieux que Cypris;Des plaisirs vous êtes la reine:Partout vous remportez le prix,A la table, au lit, sur la scène.

Vous chantez comme une syrène,

Vous buvez autant que Silène,

Et vous aimez mieux que Cypris;

Des plaisirs vous êtes la reine:

Partout vous remportez le prix,

A la table, au lit, sur la scène.

[81]Cette actrice étant allé jouer à Amiens, un jeune homme lui offrit son cœur et vingt-cinq louis; elle le toise avec dignité et lui dit d'un ton imposant:Jeune homme, gardez votre hommage et vos vingt-cinq louis; si vous me plaisiez je vous en donnerais cent.

[82]Cet aéronaute ayant fait en 1784 une ascension malheureuse, on chanta le couplet suivant, qu'on pourrait appliquer à plusieurs de ses confrères:

Au champ de Mars il s'enrôla,Au champ voisin il resta là,Beaucoup d'argent il ramassa,Sic itur ad astra.

Au champ de Mars il s'enrôla,Au champ voisin il resta là,Beaucoup d'argent il ramassa,Sic itur ad astra.

Au champ de Mars il s'enrôla,

Au champ voisin il resta là,

Beaucoup d'argent il ramassa,

Sic itur ad astra.

[83]Un anti-mesmeriste fit alors circuler cette épigramme:

Le magnétisme est aux abois;La Faculté, l'AcadémieL'ont condamné tout d'une voix,Et même couvert d'infamie.Après ce jugement bien sage et bien légal,Si quelqu'esprit originalPersiste encor dans son délire,Il sera permis de lui dire:Crois au magnétisme.... animal.

Le magnétisme est aux abois;La Faculté, l'AcadémieL'ont condamné tout d'une voix,Et même couvert d'infamie.Après ce jugement bien sage et bien légal,Si quelqu'esprit originalPersiste encor dans son délire,Il sera permis de lui dire:Crois au magnétisme.... animal.

Le magnétisme est aux abois;

La Faculté, l'Académie

L'ont condamné tout d'une voix,

Et même couvert d'infamie.

Après ce jugement bien sage et bien légal,

Si quelqu'esprit original

Persiste encor dans son délire,

Il sera permis de lui dire:

Crois au magnétisme.... animal.

[84]Un amateur qui avait admiré aux concerts de Feydeau les talens de M. G., observait qu'il n'avait cependant qu'un petit filet de voix.—Tudieu! reprit quelqu'un qui pendant la romance avait évalué la recette, vous appelez cela unpetit filet, qui pêche huit mille francs dans la poche des Parisiens!

[85]Le jeune Vestris ayant fait à son père des mémoires effrayans, il fit venir cet enfant prodigue, et, à la suite d'une longue réprimande, il lui dit gravement qu'il ne voulait pas de Guémené dans sa famille.

[86]a madame de G.,AUTEUR DE MILLE ET UN OUVRAGES.

Vous avez la fureur d'écrire,Et rien ne peut la réprimer;Mais avant de vous faire lireTâchez de vous faire estimer.

Vous avez la fureur d'écrire,Et rien ne peut la réprimer;Mais avant de vous faire lireTâchez de vous faire estimer.

Vous avez la fureur d'écrire,

Et rien ne peut la réprimer;

Mais avant de vous faire lire

Tâchez de vous faire estimer.

A. D.

[87]En 1779 ce petit mutin n'ayant absolument pas voulu doubler son père dans un des derniers ballets d'Armide, reçut l'ordre de se rendre au Fort-l'Evêque. Rien de plus pathétique que les adieux du père et du fils:Allez, lui dit ledioude la danse,allez, mon fils; voilà le plus beau jour de votre vie.Prenez mon carrosse et demandez l'appartement de mon ami le roi de Pologne; je paierai tout.

[88]En 1774 Caron de Beaumarchais ayant perdu un procès porté au parlement Maupeou, on adressa à ses juges le quatrain suivant:

O vous, qui lancez le tonnerre,Quand vous descendrez chez Pluton,Prenez votre chemin par terre;Vous seriez mal menés dans la barque àCaron.

O vous, qui lancez le tonnerre,Quand vous descendrez chez Pluton,Prenez votre chemin par terre;Vous seriez mal menés dans la barque àCaron.

O vous, qui lancez le tonnerre,

Quand vous descendrez chez Pluton,

Prenez votre chemin par terre;

Vous seriez mal menés dans la barque àCaron.

[89]M. Bourgueil a fait sur ce trait le quatrain suivant:

L'autre soir du divorce on causait entre amis;Chacun de cette loi parlait à sa manière.Cette loi, dit Chloé, moi je la définisLe sacrement de l'adultère.

L'autre soir du divorce on causait entre amis;Chacun de cette loi parlait à sa manière.Cette loi, dit Chloé, moi je la définisLe sacrement de l'adultère.

L'autre soir du divorce on causait entre amis;

Chacun de cette loi parlait à sa manière.

Cette loi, dit Chloé, moi je la définis

Le sacrement de l'adultère.

[90]M. Bertin, trésorier des parties casuelles, avait voulu l'épouser; mais elle refusa sa main par attachement pour le comte de L.


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