VLUMEN

1. Quoi, mon fils heureux ! tu as aimé de folie et compassion une femme née comme toi de l’argile anxieuse, et tu me dis que tu n’entends rien à mon langage ?

2. Viens, le sacrifice de la nuit s’allume au-dessus de nos têtes. De moi à toi l’antique souffrance se fera comprendre de l’antique souffrance.

3. Par delà le Rien, objet du suprême désir, celui-là qui est moins que rien, étant antérieur à l’antériorité du Mouvement ; celui-là qui est le plus étranger, le plus inconnu parmi les objets extérieurs, mais qui est intérieur aussi, terriblement.

4. Celui-là frappe la pierre espace-temps tombée du Lieu et en tire ces grandes étincelles pour éclairer la face de vierge et de mère de son amour.

5. Un de ces brandons soufflés par l’incendie de l’univers, le soleil jouet de nos jours, vient de s’envoler si loin dans le néant du ciel, que tu ne l’aperçois plus. La forêt et ses oiseaux sont un même nuage de sommeil.

6. Que savons-nous encore de celui-là qui est moins que le Rien de ton plus haut désir ? Ceci, mon fils : qu’il a soufflé pareillement à l’origine des choses — entends par là ta vraie naissance.

7. Un luminaire amant de ta pensée, laquelle est Sang, brûlant mariage du feu et de l’eau et leur fluence, partant espace et durée.

8. Et une affirmation qui est le fond de ton vertige clame en toi depuis l’éternité de ta Mémoire que le soleil diurnal qui est pourtant ton pain n’est qu’une pauvre allégorie.

9. Et que la dernière vérité solaire est en nous, bardée comme Raphaël de lumière immobile, donc seule située.

10. Quand de la plante des pieds à la frisure du poil follet tout ton être frémit du son : Oui ! alors le lieu fixe du cosmos émerge des eaux courantes de la pensée.

11. Quel lieu de magnificence c’est là, mon enfant ! Le feu et l’eau s’y copulent et fondent en une immobilité d’or : alors tout est instantanéité, totale Mémoire !

12. Et quelqu’un crie en nous — mais à briser l’espace : — Moi ! Et ce Moi n’est plus notre orgueil loqueteux, mais l’Etre premier et un, cœur immobile deLumen. Et ce Moi, on ne sait plus s’il s’abîme en nous ou s’il nous aspire.

13. Alors les noires glandes à venin de la vie se vident dans nos mains et le bâillement de la tombe s’achève en hilarité.

14. Jette la vue autour de toi, mon enfant. Comme tout est bon et simple. Tout cela, toute cette matière, mais c’est ton propre sang, et ce sang est mouvement, donc temps et espace.

15. Ton cœur est un soleil anatomique propulseur de ton microcosme sanguin, comme les grands Soleils sont les pères et les bergers des systèmes.

16. Telle est la raison pour laquelle les Maîtres mes amants ont marié le feu et l’eau dans la chaleur organique, les liant par le doux anneau centré de l’or.

17. Et si le cerveau, dans leur tendre babillage, est devenu Lune hermétique, ce n’est pas seulement par analogie de couleur.

18. La pensée n’est que la feuille détachée de l’arbre de la sensitivité, le cerveau n’est que le satellite du cœur. Il ne fait que recevoir, philtrer et restituer la lumière d’affirmation que lui envoie le cœur dans sa spirituelle radiation.

19. Lune et cerveau sont récepteurs et ordonnateurs de lumière. Ils humanisent le surhumain, rendent accessibles à nos yeux fragiles le dieu aveuglant.

20. Les silences des vieux Maîtres se font parole dans ma bouche. Car l’heure de la Relativité a sonné ! Et les instruments fouilleurs sont dans nos mains. Le jour des symboles n’est plus. Tout est accompli.

21. Les veines de la crucifixion sont taries, le grand œuvre d’expiation est accompli. Nous entrons dans la seconde innocence, dans la joie méritée, reconquise, consciente. La Mathématique est sanctifiée.

22. La trinité Matière-Espace-Temps, matrice de la multiplicité non-située, nous l’avons saisie à la gorge dans l’unité vive du Mouvement.

23. Tout cela, même ceci sous ma plume folle, est encore reflet, cerveau, lune. Mais le moment éternel du Soleil de la Mémoire lavé dans le Jourdain d’humilité nous va saisir, et cette instantanéité divine nous conduira en la céleste Chanaan, la seule terre située.

24. L’immobile Empyrée de Dante mon père, la sphère pure retombée dans l’unité originelle par la consécration du nombre Dix.

25. O mon épouse Renaissance au grand visage de France et d’Égypte ! toute cette science me vient de toi, car tu m’as appris la charité en m’enseignant la confiance.

26. En m’imposant la confiance, à moi contempteur dans un monde amer, oh amer ! Amer à tel point que le seul don d’argent de mâle à femelle ou de femelle à mâle y atteste la sincérité du demi-amour et scelle de volupté et de rancœur l’acte de la terrestre union.

27.Liber Paramirum(que tu m’as fait connaître, ô Compagne),Liber Paramirumnous brûle le cœur en parlant de la mort. Combien m’apparaît pur et clément cet arrêt du cerveau et du cœur, au regard de laTurba Magnanotre vie, sifflement de la faux contre le silex.

28. « Horrible, atroce vie ! Sexe ouvert à tout venant, comme sébile de mendiante, et cœur fermé au pauvre comme Royauté dans tous les temps. Miel noir de la trahison coagulé en cire épaisse sur une poignée de dards arrachés.

29. « Visages fuyants, vus comme dans un battement d’ailes immense et bref de lumignons de fin d’orgie, et tout décomposés par l’anxiété, bandée à se rompre, de la luxure adultère. O maison non d’amour, mais de passades !

30. « Ma fière passion si longtemps pourchassée et transpercée et déchiquetée ! Ah ! que l’unité divine, telle une corde de supplice, enserre enfin ces membres et organes étrangers que je suis.

31. « Prince de la Paix, affirmateur ruisselant de sueur sous les oliviers ! j’ai cherché, j’ai attendu, j’ai renoncé. La plus pure, la plus fidèle au son de l’or tressaille comme la vipère.

32. « O mer déserte et déchaînée ! Les futailles, dans la cale, sont épuisées, ma vie est restée seule et sans eau douce ; j’ai étendu mon esprit comme une voile de naufragé ; mais le nuage passe, je ne reçois pas le baptême de nature. Et voici qu’une nuit de cosmos altérés s’allume dans le vide désespoir.

33. « En haut, en bas, partout un grouillement. La fureur du Mouvement nous possède ; un règne de la vitesse et de la trépidation sur terre et sur eau et dans les airs ; et cette chose qu’ils nomment le « féminisme », agitation douloureuse et stérile de grands nymphéas jaunes et blancs, révolte contre l’époux, maître d’une science vide d’oraison, et polygame par débilité nerveuse.

34. « Pullulation des nationalités, ouragan de guerres conscientes, poésie et art rythmés par les moteurs, sténographie mentale. Voilà où tu m’as jeté, Dieu jaloux, dans un vomissement de furieux mercure. »

35. Telle était, hier encore, ma prière du matin, de midi et du soir. Mais, aujourd’hui, une compagne de service chemine dans mon ombre, à moi fils du Cosmopolite errant. Et je sais que surabondance de mouvement est putréfaction d’où s’élève un jeune blé revivifié.

36. Et écoute encore cet enseignement de charité que j’ai reçu de Renaissance ma Compagne. Que l’Épouse, Mère virginale de la vie, l’élève jusqu’à ses genoux tout saignants du Calvaire.

37. Mes frères de ce temps, ces Caïn que mon Maître m’ordonne de chérir, ne se sont jamais encore élevés au-dessus de notre mince atmosphère.

38. Toutefois, ils affirment superbement qu’à celui qui en sortirait, le soleil apparaîtrait non pas jaune ou rouge, mais bleu, électriquement et glacialement bleu dans un espace funèbre éclaboussé d’univers blafards.

39. S’il en est vraiment ainsi, quel enseignement de charité ne nous donne-t-il pas, ce scientifique soleil qui, en traversant notre atmosphère humanisée par notre respiration aimante et anxieuse, redevient le douxSoldes pieux laboratoires de jadis.

40. Car il se revêt de chaleur dorée et chantante ; et, non content de nous nourrir de pain et de vin, il pénètre en rayons perforants et secrets jusqu’au grand cœur d’enfant de la terre.

41. Et il y mûrit l’Or incorruptible et curatif de la divine Charité, le mielleux métal, sécrétion des abeilles archangéliques, l’or que ne captera jamais, sans le secours de l’Aveet duPater, aucune entreprise synthétique.


Back to IndexNext