DU PROJET DE TRANSSAHARIEN SOULEYRE

Planche IX.Le Pays cristallin. Les Basaltes de Tin ed’ness (Egéré).

Planche IX.Le Pays cristallin. Les Basaltes de Tin ed’ness (Egéré).

Planche IX.

Le Pays cristallin. Les Basaltes de Tin ed’ness (Egéré).

C’est en vain que nous avons cherché dans les alluvions que l’on trouve sous les coulées des restes d’organismes permettant d’avoir une idée de l’âge des épanchements.

On en est réduit à faire uniquement pour le moment, entre les différents volcans et leurs coulées, des comparaisons fondées sur l’état de conservation des appareils volcaniques et les relations des coulées entre elles (quand c’est possible).

** *

Les principaux centres volcaniques dont nous avons constaté l’existence sont les suivants :

a)Au Nord et au pied du massif de l’Oudan, entre ce massif et le mont Edjeleh, et plus près de ce massif que l’Edjeleh, nous avons constaté la présence de coulées basaltiques étalées en vastes nappes qui couvrent une assez grande surface.

Ces coulées semblent récentes.

Leur existence n’avait pas été signalée jusqu’à maintenant ;

b)Dans l’Edjéré et à l’Ouest de Tisemtnous avons rencontré des volcans et coulées, de l’Hanou Tin-a-degdeg dans l’oued Tedjert à Tisemt sur les bords de la plaine de l’Amadror.

Ces volcans sont remarquablement bien conservés. Tous leurs appareils noirâtres font contraste avec les crêtes des Schistes cristallins qui émergent parées de vives couleurs par les jeux de lumières étonnants de ces pays des sombres coulées basaltiques.

Ces coulées s’étalent en général comme de véritables lacs occupant les fonds des vallées, et les oueds se sont réfugiés sur leurs bords, en suivant leur contact avec les Schistes cristallins ; ces oueds ont souvent leurs rives parées de magnifiques colonnades de prismes basaltiques, en particulier l’oued Tedjert de l’abankor Ahalléllen (au Sud deHanou-Tin-a-degdeg, lui-même au Sud de Hanou-Tin-Edéjerid), à l’abankor Tin-ed’ness (près du redir El-Arab).

Sur les bords de cet oued Tedjert, à Tin-ed’ness, deux coulées de ces basaltes des vallées sont superposées, la plus élevée est donc la plus récente.

Non loin de là, à l’Est de Tin-ed’ness, et à l’Ouest de la gara Maserof (en gneiss) une coulée plus élevée forme plateau.

Cette coulée semble plus ancienne que les deux précédentes, qui se trouvent en contrebas.

On peut donc distinguer dans la région de Tin-ed’ness trois phases dans l’activité volcanique.

Ces phases sont d’une époque antérieure à la présence de l’homme de l’âge de la pierre taillée dans ces régions. En effet :

A l’Est du point d’eau de Tin-ed’ness, dans des grottes qui se trouvent sur les flancs d’un cratère, nous avons fait la découverte en faisant une tranchée de fouille, de nombreux instruments de l’âge de la pierre taillée bien en place, de facture genre Tardenoisien, c’est-à-dire avec pièces microlithiques et géométriques[44].

(Ces instruments sont, semble-t-il, contemporains des tombes anté-islamiques à tumuli qui sont particulièrement abondantes dans les fonds de cratères, peut-être parce que quelque croyance religieuse s’attachait à ces entonnoirs infernaux et y voyait quelque rapport avec le noir séjour des morts.)

Ces grottes avaient donc été habitées par des populations préhistoriques comme elles l’ont été d’ailleurs souvent depuis par les Touareg ainsi qu’il ressort de l’abondance des ustensiles de touareg que l’on trouve abandonnés sur leur sol.

Ce volcan n’est peut-être pas le plus récent de la région de Tin-ed’ness. Près de là, se trouvent des volcans que leur état de conservation peut faire considérer comme postérieurs. Mais la proximité de ces derniers fait que l’habitat des grottes voisines lors de leur activité est peu vraisemblable.

Il ressort de cette observation que l’activité des volcans de l’Edjéré est antérieure à la présence des hommes de l’âge de la pierre taillée qui ont habité ces grottes.

Mais la civilisation de l’âge de la pierre semble très récente en pays targui. Les Touareg conservent encore l’usage de l’emmanchure néolithique pour leurs haches, et l’âge de la pierre taillée, postérieur à la période d’activité des derniers volcans de l’Edjéré, n’est peut-être pas très ancien.

Les éruptions de l’Edjéré paraissent pléistocènes par l’état de conservation de leurs coulées et de leur cratère.

Les cratères de la région de Tin-ed’ness semblent alignés sensiblement suivant des directions sub-méridiennes.

On peut distinguer à l’Est de Tin-ed’ness, et de l’Est à l’Ouest, deux de ces alignements.

A l’Ouest de Tin-ed’ness on aperçoit une autre chaîne de volcans (monts Iferekouassen), la plus importante par l’ampleur de ses appareils.

Les volcans de l’Est de Tin-ed’ness paraissent en général moins récents que ceux de l’Ouest, mais ce n’est que l’impression qu’on peut avoir au cours d’un rapide passage, c’est-à-dire bien sujette à caution.

Les volcans sont très développés également dans la région de l’Ouest de l’oued In Reggi et du Nord-Ouest de Tisemt (monts Tig’elouin) où ils forment un ensemble montagneux important.

On trouve quelques cratères et coulées près de Tisemt.

La montagne de Tisemt qui domine les deux salines si réputées en pays targui est un curieux cratère.

L’entonnoir de ce cratère est rempli de cailloutis, sortes d’alluvions, de morceaux de roches diverses et très variéesque nous n’avons trouvés que là, et épars sur le sol autour de ce cratère.

Il existe un épanchement de ces cailloutis, sortes d’alluvions, sur le flanc Est de ce cratère.

Ces morceaux de roches diverses sont sans doute des débris arrachés à la cheminée et la dernière émission de ce volcan semble avoir été une émission de cailloutis.

Il semble que nous ayons là un beau type de « neck ».

Outre son genre particulier d’activité, le cratère de Tisemt est intéressant à un autre point de vue.

Dans les débris qui remplissent son entonnoir, nous avons trouvé des calcaires travertineux que M. Buttler a observés en place, non loin de la base.

Ainsi, ce cratère est postérieur à ces travertins, et le jour où ces travertins se révèleront fossilifères, nous pourrons avoir des données précises sur l’âge de ce volcan.

Au pied de ce cratère se trouvent les salines de Tisemt ; l’origine de ces salines est mystérieuse encore !

La formation de ces amas de sels a-t-elle été en relation avec les manifestations volcaniques ?

La forme des protubérances salines pourrait faire pencher vers cette hypothèse, mais elle pourrait également faire croire à l’existence passée de sources chargées de sel en cet endroit !!!, sources plus ou moins artésiennes, provenant peut-être d’un seuil rocheux, barrant l’issue des eaux cheminant en profondeur dans la plaine de l’Amadror, les obligeant à remonter en surface et les faisant sortir dans cette dépression qui est le point le plus bas de la plaine de l’Amadror (en profondeur de la plaine de l’Amadror se trouvent peut-être des dépôts salés qui chargeaient ces eaux en sels, dépôts salés d’une sorte d’ancienne mer morte ; le puits de Tisemt, très profond [80 m. environ], est salé, mais pas artésien !).

Des analyses d’échantillons salins que M. Buttler a recueillis dans cette saline nous fixeront peut-être dans la suite.

Dans toute la région Edjéré-Tisemt, l’ensemble volcanique peut être considéré comme pléistocène et antérieurà la présence de l’homme de l’âge de la pierre taillée dans cette région ;

c)Au Sud-Est de la plaine de l’Amadror, dans le Nord de l’Anahef, le massif volcanique de l’Assgaffi est le témoin d’une activité volcanique certainement antérieure à celle de tous les volcans précédents.

Là, on ne constate plus la présence de cratères bien conservés et les coulées sont perchées très au-dessus des vallées sur des socles cristallins (c’est le cas pour le Tellerteba, dont les parties les plus élevées sont d’épanchement volcanique), ce qui suppose un long travail d’érosion.

Les coulées sont également de nature minéralogique différente.

Le centre volcanique de l’Assgaffi et du Tellerteba est très ancien, aucune précision n’est possible pour le moment quant à son âge : il est tertiaire vraisemblablement, c’est tout ce qu’on peut en dire, et encore ! il pourrait être crétacé, mais alors il faudrait admettre qu’il n’est pas en relation avec le contre-coup des plissements alpins (Atlas) principaux sur un pays peu souple.

d)Dans la région d’Idelès, nous trouvons de nouveau un centre volcanique d’activité récente, pléistocène probablement.

Les coulées et volcans sont bien conservés. Citons en particulier les beaux basaltes prismés de l’oued Terrinet (affluent de la rive Ouest de l’oued Telouhet) tout près d’Idelès ;

e)Dans la Koudia, les formations volcaniques ont un immense développement.

Ce n’est que vastes coulées étagées, aiguilles, culots volcaniques plus ou moins prismés, l’Irhafock à Tamanrasat.

Dans ces régions centrales de l’Ahaggar l’activité volcanique s’est manifestée avec une ampleur particulière et en de nombreuses périodes (trois principales, semble-t-il), suivant des modes divers et avec des émissions variées.

La période la plus récente semble représentée par la coulée de basalte de l’oued Echchil (ou Abedassen) et l’îlot volcanique qui se trouve dans le fond de l’oued Ti-n-Iferan, au Nord-Ouest du Tahat, au Sud de la Source des Figuiers.

La période la plus ancienne, peut-être contemporaine des éruptions de l’Assgaffi, semble représentée par le plateau de l’Isekran (p. c. avec Asekrem dans l’Atakor) qui domine les vastes coulées étagées plus récentes dans lesquelles est encaissé l’oued Teroummout, et également peut-être par la coulée de l’Adrian.

La période de plus grande activité semble intermédiaire entre ces deux extrêmes et correspondant en particulier aux vastes coulées étagées dans lesquelles est encaissé l’oued Teroummout.

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On voit par l’exposé qui précède que les manifestations volcaniques au Pays cristallin de l’Ahaggar sont loin d’avoir été un cas isolé, localisé, et sans ampleur.

Nous avons constaté la présence de centres volcaniques au Nord de l’Oudan, dans l’Edjéré et la région Ouest de Tisemt, dans le Nord-Ouest de l’Anahef, dans la région d’Idelès et dans toute la Koudia.

Ce ne sont pas là encore tous les centres volcaniques du Pays cristallin de l’Ahaggar ; d’autres ont été signalés : le volcan d’In-Size, le Serkout, etc., etc.

A mesure que les explorations se poursuivent, le Pays cristallin de l’Ahaggar apparaît de plus en plus comme une terre de prédilection du volcanisme, au Tertiaire et au Quaternaire.

Les volcans de l’Ahaggar sont peut-être en relation avec des affaissements[45], qui, comme nous le verrons plusloin, pourraient expliquer certains des caractères morphologiques du Pays cristallin.

Planche X.Le Pays cristallin. « Monad nock » (Gara Maserof, dans la paeneplaine de l’Avant-pays cristallin à l’Est de Tin ed’ness (Edjéré).

Planche X.Le Pays cristallin. « Monad nock » (Gara Maserof, dans la paeneplaine de l’Avant-pays cristallin à l’Est de Tin ed’ness (Edjéré).

Planche X.

Le Pays cristallin. « Monad nock » (Gara Maserof, dans la paeneplaine de l’Avant-pays cristallin à l’Est de Tin ed’ness (Edjéré).

Il n’est pas possible de démontrer encore l’existence d’affaissements et il est difficile pour le moment de préciser leurs emplacements et de déterminer quelle fut leur ampleur.

Dans un pays à base de Schistes cristallins, c’est une étude qui nécessiterait une longue série d’observations.

Il se pourrait, en particulier, qu’il y ait un affaissement à l’origine de la plaine de l’Amadror.

Les volcans de l’Edjéré-Tisemt sur le bord Ouest de cette plaine s’expliqueraient ainsi très bien.

Certains de ces volcans auraient peut-être provoqué dans la suite, par des barrages dus à leurs coulées, un vaste lac ; que ce soit avec lac ou sans lac, par alluvionnement, les oueds descendant des parties hautes du Pays cristallin auraient comblé cette grande dépression et ainsi se serait établi le vaste « reg » de la haute-plaine de l’Amadror dont l’immensité remarquablement plate de cailloutis et d’argile, située à l’altitude moyenne de 1.000 mètres environ, est un des étonnements des explorateurs qui l’ont vue.

Cet affaissement à l’origine de la plaine de l’Amadror n’est encore qu’à l’état d’hypothèse.

Au point de vue morphologique on peut distinguer dans ce vaste Pays cristallin[46]deux zones :

Le pourtour plus ou moins aplani ;

Le centre fortement montagneux.

De telle sorte qu’on peut comparer le Massif Central Saharien à un vaste ensemble fortifié comprenant une enceinte ; à l’intérieur de cette enceinte un vaste glacis,l’«Avant-pays cristallin» et, entourée par ce glacis, une imposante citadelle, le «Massif cristallin».

Ce glacis, l’Avant-pays cristallin, est composé soit de pays d’ennoyage à « reg » (plaine de cailloutis) prédominant, soit de pays de Schistes cristallins, particulièrement paeneplainisés, usés, « rabotés » par l’érosion, dont la monotonie est rompue plus ou moins fréquemment par des « monad-nock », des parties plus résistantes qui ont subsisté en relief et dont la silhouette aiguë et déchiquetée ou en tas conique de boules, étonne souvent au milieu de ces étendues relativement aplanies.

Citons dans cette zone : les pays de l’oued Tedjert et de l’oued Taheret (au pied des monts Ahellakan), de l’Amadror, d’Abada-Heg’erin, d’Admer, de Raris et de l’oued Taremert-n-Akh, d’Ag’erar, d’Afedafeda, une partie (la partie Est) du Tanezrouft-n-Ahnet, enfin les tanezroufts qui séparent les Tassilis-n-Ahaggar du massif de l’Ahaggar[47].

Ces pays sont très évolués au point de vue morphologique.

La zone montagneuse, leMassif cristallin, constitue l’ossature décharnée du Pays cristallin qui se dégage de ces contrées plus ou moins aplanies, comme la carcasse blanchie d’un chameau en décomposition sur le « reg ».

Il semble que l’œuvre des volcans n’ait pas été étrangère au rajeunissement et à la conservation d’une partie de ces reliefs centraux.

Elle comprend principalement :

Au Nord : une sorte d’arête, le Tifedest, de direction sub-méridienne ;

Au Sud : cette arête, après un ensellement, s’empâte en une vaste masse montagneuse semblant présenter dans la répartition de ses parties culminantes une grossière direction Est-Ouest, vaste système montagneux dont le massifle plus important, le plus élevé, est appelé par les Touareg Atakor-n-Ahaggar (pommeau de l’Ahaggar) ou Tehount-n-Ahaggar (grosse pierre de l’Ahaggar)[48]; et dans lequel les Touareg distinguent en particulier l’Ahaggar-oua-hegerin (haut Ahaggar) et l’Ahaggar-oua-gezzoulen (bas Ahaggar), l’Anahef, le Serkout, l’Ajjer, etc.[49].

Le Massif cristallin fait contraste avec l’Avant-pays cristallin par son caractère réellement montagneux.

Il est prématuré pour le moment de chercher à distinguer quels rôles exacts ont pu jouer des affaissements[50]ou ont joué des volcans dans l’individualisation du Massif cristallin ou encore, la résistance relative des roches qu’on y rencontre.

Dans le Massif cristallin les oueds ahaggariens présentent des caractères d’évolution variés :certaines vallées paraissent très évoluées et présentent sur leurs flancs des terrasses d’alluvions ; d’autres semblent en pleine jeunesse et sont fort accidentées.

Le contraste est souvent saisissant.

Il est vrai que les vallées ayant des caractères morphologiques très différents dans les pays de roches grenues, dans ceux de Schistes cristallins et dans ceux d’épanchements volcaniques, il semble souvent que l’on constate l’existence de stades d’évolution différents, alors qu’en réalité il s’agit de façons d’évoluer différentes en rapport avec la nature du sol, dont le caractère de divergence est accentué à un point rare dans ces pays.

Sans doute aussi l’activité de creusement des oueds sahariens s’est réfugiée, localisée progressivement, dans leurcours tout à fait supérieur pour aplanir les derniers reliefs importants qui subsistent du massif central et parce que ces monts élevés reçoivent encore pas mal d’eau ; et les oueds sahariens conservent là une certaine jeunesse qui est en antithèse avec le reste de leur cours.

Des affaissements ont pu jouer un rôle important dans le rajeunissement inégal de certains oueds par des bouleversements divers dans leurs profils en long ; ainsi s’expliquerait en même temps la présence de certaines terrasses.

Des oscillations du niveau marin dans des golfes sahariens[51](dont nous avons montré la possibilité d’existence dans le passé, au début de ce travail), en un temps où les oueds sahariens auraient coulé d’un bout à l’autre de leur cours et auraient ainsi été comparables, dans leur activité, à de vrais fleuves et rivières, pourraient expliquer également la formation de certaines terrasses qui seraient ainsi la conséquence de ces variations d’un lointain niveau de base ?!

Les volcans ont contribué, semble-t-il, par leurs épanchements à changer la physionomie de certaines vallées et par des coulées formant barrages ou occupant le fond des vallées le profil en long de certains oueds, qui ont été ainsi amenés à modifier complètement leur activité sur des niveaux de base nouveaux s’échelonnant d’amont en aval ; d’une part ces oueds se sont mis à alluvionner sur certaines parties de leur cours, d’autre part ils ont repris une action de creusement dans d’autres ; une nouvelle formule d’activité particulièrement compliquée a présidé à leur vie ; on trouve là également l’explication de certaines terrasses.

Peut-être pourrait-on envisager la possibilité d’unpassé glaciairepour l’interprétation des formes de certaines vallées ; certains modelés offrent des caractères de similitude curieux avec ceux dus à l’action des glaciers.

Dans le massif du Tellerteba (2.200 m. environ) descirques peuvent évoquer la présence passée dans ce massif de glaciers suspendus, mais ils peuvent aussi représenter les restes d’immenses cratères très anciens et d’un type particulier.

Des vallées des régions hautes présentent parfois des espèces de seuils rocheux que l’on pourrait assimiler à des verrous glaciaires (les oueds post-glaciaires auraient creusé ces verrous dans la suite et la présence de certaines terrasses à l’amont pourrait ainsi encore être expliquée) ; mais ces seuils avec contre-pente peuvent être expliqués aussi par la seule dureté relative du rocher.

Des terrasses ont un tel développement dans certaines vallées qu’on pourrait y voir des terrasses de fonte de glaciers.

Il existe des roches moutonnées, mais l’effet de l’insolation sur les roches grenues les explique aussi.

Il semble pour le moment que l’on doive attribuer la création de ces contrastes, de ces terrasses et de ces formes suspectes au travail très particulier des oueds de ces régions, combiné à l’action de l’insolation, la gelée, les crises de ruissellement, les alternatives d’humidité et de sécheresse et le vent[52], sur un pays cristallin ayant été travaillé par des érosions antérieures de formules différentes de celles dont il est l’objet actuellement, ayant subi peut-être des mouvements variés et ayant été certainement le théâtre de manifestations volcaniques violentes.

Dans tous les cas, les oueds ahaggariens réduits en général pour le moment à une vie torrentielle discontinue et intermittente, semblent avoir passé par une période de vie plus active pendant laquelle ils devaient couler en surface, constamment, et sur tout leur cours ; le Sahara semble avoir passé ainsi par une phase humide.

Ceci nous ramène à la question de la mer saharienne discutée au début de ce travail.

Il convient d’ailleurs dans les considérations morphologiques de ne pas oublier que le Pays cristallin est émergé depuis des temps très lointains, peut-être depuis les temps permiens et, pour une part peut-être, depuis des temps plus anciens encore.

[27]Dans les formations de transition, avec les Grès supérieurs, M. Buttler aurait observé un niveau de conglomérats. (Communication orale.)Cette découverte pourrait prendre de l’importance dans la suite ; c’est pourquoi je tiens à la signaler.[28]Ou Egéré.[29]Ou Amgid — ou encore Emegêdé — deémi, débouché, etégêde, massif de dunes.[30]Il serait plus exact d’écrire Emidir deémi, porte, etédir, lointain bas.[31]Ou Immidir.[32]Il semble en particulier que les grès marqués « Di″ » sur la carte Gautier du Mouydir Ahnet correspondent aux Grès inférieurs des Tassilis.[33]C’est à la zone des Tassilis externes qu’appartient le plateau du Tindesset, célèbre parce que c’est dans les schistes qui affleurent au pied et le long de ses escarpements Sud que la mission Foureau-Lamy a découvert les premiers Graptolithes qu’on a signalés dans le Sahara. Ils furent étudiés par Munier-Chalmas. Des Graptolithes furent ensuite signalés près de Hassi-el-Khenig (CapneCottenest et à Aïn Cheikle (Capnede Saint-Martin). C’est à nous qu’il appartint de retrouver ces formations à Graptolithes au Sahara, d’en préciser les conditions de gisement et d’en esquisser la répartition générale.[34]Au cas où les grès du Dévonien inférieur se révèleraient en discordance avec les Grès supérieurs, ou séparés par une lacune de ces grès, s’ils se révèlent de plus en concordance avec du Mésodévonien lui-même en concordance avec le Dévonien supérieur, on devra les rattacher aux Pays pré-tassiliens et non les conserver dans les éléments constitutifs de l’Enceinte tassilienne ; dans tout autre cas, pour des raisons morphologiques, je crois qu’il conviendra de les considérer comme faisant partie des formations de l’Enceinte tassilienne.[35]On peut se demander si les plissements alpins n’ont pas eu pour contre-coup de provoquer un bombement d’ensemble du Massif Central Saharien ; ils ne se traduiraient ainsi pas par des rides, eux, mais par ce vaste bombement et son orientation générale.[36]En particulier de l’insolation qui, sur des éléments de couleur et de nature différente, provoque un échauffement différent, une dilatation différente, ce qui conduit fatalement à la désagrégation de la roche.[37]L’étude des échantillons des Schistes cristallins que nous avons rencontrés fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.[38]Il est peut-être bon également de signaler que nous n’avons aucune certitude que ces quartzites et leur cortège supérieur cristallin n’appartiennent pas à la couverture primaire dont ils représenteraient des parties métamorphisées à la suite des plissements hercyniens (ou calédoniens ?) qui ont agité l’Enceinte tassilienne voisine et dont nous ignorons encore la forme et l’ampleur dans ces régions. Dans cette éventualité, pour qu’il n’y ait pas de confusion, nous devons préciser que dans toute cette étude du Pays cristallin, quand nous parlons des Schistes cristallins, nous entendons par là surtout ceux qui sont antérieurs aux formations de l’Enceinte tassilienne, les seuls certains à ce jour.[39]Le parallèle pourrait être poussé assez loin en particulier avec le Bouclier canadien et le « Bouclier baltique ».[40]J’ai constaté la présence de roches écrasées, de granits écrasés en particulier.[41]L’étude des échantillons de ces roches grenues fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.[42]Une étude des échantillons des roches d’injection filoniennes fera peut-être également l’objet d’une étude ultérieure.[43]Dans tout cet exposé sur les volcans de l’Ahaggar, nous avons dû nous abstenir de donner des déterminations de roches volcaniques, par prudence, étant donnée l’absence momentanée de nos échantillons. Ces déterminations feront peut-être l’objet d’un travail ultérieur.[44]La fouille méthodique de ces grottes serait très intéressante au point de vue de la préhistoire.Il y eut là un centre de vie préhistorique particulièrement important, semble-t-il, à une époque relativement humide (comme il ressort d’une coquille de mollusque terrestre que m’a fourni un rapide tamisage).[45]Ou avec la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.[46]J’ai fait abstraction dans cette étude du Pays cristallin de l’Adrar-n-Ahnet qui n’en fait peut-être pas partie, et de l’Adrar-n-Ajjer, qui est dans le même cas.[47]Dans cette zone nous devons signaler la présence de travertins, en relation avec l’oued Tedjert, et près de Tisemt, observée par M. Buttler (communication orale).[48]Ou encore Takerkort-n-Ahaggar (le crâne de l’Ahaggar).[49]Je ne m’attarde pas sur ces divisions morphologiques, M. Jacques Bourcart en ayant fait une remarquable étude dans le bulletin de l’Afrique Française.[50]Ou la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.[51]Ou si l’on préfère, de vastes mouvements orogéniques faisant osciller en ampleur les pénétrations marines dans le Sahara.[52]Il convient de ne pas oublier non plus la neige ; elle tombe encore parfois sur le Tahat. La neige a pu être plus abondante et plus fréquente à certaines époques du passé.

[27]Dans les formations de transition, avec les Grès supérieurs, M. Buttler aurait observé un niveau de conglomérats. (Communication orale.)Cette découverte pourrait prendre de l’importance dans la suite ; c’est pourquoi je tiens à la signaler.

[27]Dans les formations de transition, avec les Grès supérieurs, M. Buttler aurait observé un niveau de conglomérats. (Communication orale.)

Cette découverte pourrait prendre de l’importance dans la suite ; c’est pourquoi je tiens à la signaler.

[28]Ou Egéré.

[28]Ou Egéré.

[29]Ou Amgid — ou encore Emegêdé — deémi, débouché, etégêde, massif de dunes.

[29]Ou Amgid — ou encore Emegêdé — deémi, débouché, etégêde, massif de dunes.

[30]Il serait plus exact d’écrire Emidir deémi, porte, etédir, lointain bas.

[30]Il serait plus exact d’écrire Emidir deémi, porte, etédir, lointain bas.

[31]Ou Immidir.

[31]Ou Immidir.

[32]Il semble en particulier que les grès marqués « Di″ » sur la carte Gautier du Mouydir Ahnet correspondent aux Grès inférieurs des Tassilis.

[32]Il semble en particulier que les grès marqués « Di″ » sur la carte Gautier du Mouydir Ahnet correspondent aux Grès inférieurs des Tassilis.

[33]C’est à la zone des Tassilis externes qu’appartient le plateau du Tindesset, célèbre parce que c’est dans les schistes qui affleurent au pied et le long de ses escarpements Sud que la mission Foureau-Lamy a découvert les premiers Graptolithes qu’on a signalés dans le Sahara. Ils furent étudiés par Munier-Chalmas. Des Graptolithes furent ensuite signalés près de Hassi-el-Khenig (CapneCottenest et à Aïn Cheikle (Capnede Saint-Martin). C’est à nous qu’il appartint de retrouver ces formations à Graptolithes au Sahara, d’en préciser les conditions de gisement et d’en esquisser la répartition générale.

[33]C’est à la zone des Tassilis externes qu’appartient le plateau du Tindesset, célèbre parce que c’est dans les schistes qui affleurent au pied et le long de ses escarpements Sud que la mission Foureau-Lamy a découvert les premiers Graptolithes qu’on a signalés dans le Sahara. Ils furent étudiés par Munier-Chalmas. Des Graptolithes furent ensuite signalés près de Hassi-el-Khenig (CapneCottenest et à Aïn Cheikle (Capnede Saint-Martin). C’est à nous qu’il appartint de retrouver ces formations à Graptolithes au Sahara, d’en préciser les conditions de gisement et d’en esquisser la répartition générale.

[34]Au cas où les grès du Dévonien inférieur se révèleraient en discordance avec les Grès supérieurs, ou séparés par une lacune de ces grès, s’ils se révèlent de plus en concordance avec du Mésodévonien lui-même en concordance avec le Dévonien supérieur, on devra les rattacher aux Pays pré-tassiliens et non les conserver dans les éléments constitutifs de l’Enceinte tassilienne ; dans tout autre cas, pour des raisons morphologiques, je crois qu’il conviendra de les considérer comme faisant partie des formations de l’Enceinte tassilienne.

[34]Au cas où les grès du Dévonien inférieur se révèleraient en discordance avec les Grès supérieurs, ou séparés par une lacune de ces grès, s’ils se révèlent de plus en concordance avec du Mésodévonien lui-même en concordance avec le Dévonien supérieur, on devra les rattacher aux Pays pré-tassiliens et non les conserver dans les éléments constitutifs de l’Enceinte tassilienne ; dans tout autre cas, pour des raisons morphologiques, je crois qu’il conviendra de les considérer comme faisant partie des formations de l’Enceinte tassilienne.

[35]On peut se demander si les plissements alpins n’ont pas eu pour contre-coup de provoquer un bombement d’ensemble du Massif Central Saharien ; ils ne se traduiraient ainsi pas par des rides, eux, mais par ce vaste bombement et son orientation générale.

[35]On peut se demander si les plissements alpins n’ont pas eu pour contre-coup de provoquer un bombement d’ensemble du Massif Central Saharien ; ils ne se traduiraient ainsi pas par des rides, eux, mais par ce vaste bombement et son orientation générale.

[36]En particulier de l’insolation qui, sur des éléments de couleur et de nature différente, provoque un échauffement différent, une dilatation différente, ce qui conduit fatalement à la désagrégation de la roche.

[36]En particulier de l’insolation qui, sur des éléments de couleur et de nature différente, provoque un échauffement différent, une dilatation différente, ce qui conduit fatalement à la désagrégation de la roche.

[37]L’étude des échantillons des Schistes cristallins que nous avons rencontrés fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[37]L’étude des échantillons des Schistes cristallins que nous avons rencontrés fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[38]Il est peut-être bon également de signaler que nous n’avons aucune certitude que ces quartzites et leur cortège supérieur cristallin n’appartiennent pas à la couverture primaire dont ils représenteraient des parties métamorphisées à la suite des plissements hercyniens (ou calédoniens ?) qui ont agité l’Enceinte tassilienne voisine et dont nous ignorons encore la forme et l’ampleur dans ces régions. Dans cette éventualité, pour qu’il n’y ait pas de confusion, nous devons préciser que dans toute cette étude du Pays cristallin, quand nous parlons des Schistes cristallins, nous entendons par là surtout ceux qui sont antérieurs aux formations de l’Enceinte tassilienne, les seuls certains à ce jour.

[38]Il est peut-être bon également de signaler que nous n’avons aucune certitude que ces quartzites et leur cortège supérieur cristallin n’appartiennent pas à la couverture primaire dont ils représenteraient des parties métamorphisées à la suite des plissements hercyniens (ou calédoniens ?) qui ont agité l’Enceinte tassilienne voisine et dont nous ignorons encore la forme et l’ampleur dans ces régions. Dans cette éventualité, pour qu’il n’y ait pas de confusion, nous devons préciser que dans toute cette étude du Pays cristallin, quand nous parlons des Schistes cristallins, nous entendons par là surtout ceux qui sont antérieurs aux formations de l’Enceinte tassilienne, les seuls certains à ce jour.

[39]Le parallèle pourrait être poussé assez loin en particulier avec le Bouclier canadien et le « Bouclier baltique ».

[39]Le parallèle pourrait être poussé assez loin en particulier avec le Bouclier canadien et le « Bouclier baltique ».

[40]J’ai constaté la présence de roches écrasées, de granits écrasés en particulier.

[40]J’ai constaté la présence de roches écrasées, de granits écrasés en particulier.

[41]L’étude des échantillons de ces roches grenues fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[41]L’étude des échantillons de ces roches grenues fera peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[42]Une étude des échantillons des roches d’injection filoniennes fera peut-être également l’objet d’une étude ultérieure.

[42]Une étude des échantillons des roches d’injection filoniennes fera peut-être également l’objet d’une étude ultérieure.

[43]Dans tout cet exposé sur les volcans de l’Ahaggar, nous avons dû nous abstenir de donner des déterminations de roches volcaniques, par prudence, étant donnée l’absence momentanée de nos échantillons. Ces déterminations feront peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[43]Dans tout cet exposé sur les volcans de l’Ahaggar, nous avons dû nous abstenir de donner des déterminations de roches volcaniques, par prudence, étant donnée l’absence momentanée de nos échantillons. Ces déterminations feront peut-être l’objet d’un travail ultérieur.

[44]La fouille méthodique de ces grottes serait très intéressante au point de vue de la préhistoire.Il y eut là un centre de vie préhistorique particulièrement important, semble-t-il, à une époque relativement humide (comme il ressort d’une coquille de mollusque terrestre que m’a fourni un rapide tamisage).

[44]La fouille méthodique de ces grottes serait très intéressante au point de vue de la préhistoire.

Il y eut là un centre de vie préhistorique particulièrement important, semble-t-il, à une époque relativement humide (comme il ressort d’une coquille de mollusque terrestre que m’a fourni un rapide tamisage).

[45]Ou avec la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.

[45]Ou avec la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.

[46]J’ai fait abstraction dans cette étude du Pays cristallin de l’Adrar-n-Ahnet qui n’en fait peut-être pas partie, et de l’Adrar-n-Ajjer, qui est dans le même cas.

[46]J’ai fait abstraction dans cette étude du Pays cristallin de l’Adrar-n-Ahnet qui n’en fait peut-être pas partie, et de l’Adrar-n-Ajjer, qui est dans le même cas.

[47]Dans cette zone nous devons signaler la présence de travertins, en relation avec l’oued Tedjert, et près de Tisemt, observée par M. Buttler (communication orale).

[47]Dans cette zone nous devons signaler la présence de travertins, en relation avec l’oued Tedjert, et près de Tisemt, observée par M. Buttler (communication orale).

[48]Ou encore Takerkort-n-Ahaggar (le crâne de l’Ahaggar).

[48]Ou encore Takerkort-n-Ahaggar (le crâne de l’Ahaggar).

[49]Je ne m’attarde pas sur ces divisions morphologiques, M. Jacques Bourcart en ayant fait une remarquable étude dans le bulletin de l’Afrique Française.

[49]Je ne m’attarde pas sur ces divisions morphologiques, M. Jacques Bourcart en ayant fait une remarquable étude dans le bulletin de l’Afrique Française.

[50]Ou la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.

[50]Ou la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.

[51]Ou si l’on préfère, de vastes mouvements orogéniques faisant osciller en ampleur les pénétrations marines dans le Sahara.

[51]Ou si l’on préfère, de vastes mouvements orogéniques faisant osciller en ampleur les pénétrations marines dans le Sahara.

[52]Il convient de ne pas oublier non plus la neige ; elle tombe encore parfois sur le Tahat. La neige a pu être plus abondante et plus fréquente à certaines époques du passé.

[52]Il convient de ne pas oublier non plus la neige ; elle tombe encore parfois sur le Tahat. La neige a pu être plus abondante et plus fréquente à certaines époques du passé.

APTITUDE DU SOL A RECEVOIR UNE VOIE FERRÉEET RESSOURCES EN EAUDANS LE MASSIF CENTRAL SAHARIEN[53]

A condition de passer à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Fort Flatters, à cause des sables, on pourra, de la Hamada de Tinghert aux Tassilis, faire passer la voie ferrée constamment sur un beau sol de « reg » (cailloutis) dont j’ai constaté l’immensité du haut de la pointe Nord du Djebel Tanelak (ou Adrar-n-Taserest) ; (ce reg est l’œuvre des oueds Ir’err’er et In-Dekak, dont j’ai aperçu les cours et le confluent du point précédent).

Eviter dans le tracé de passer dans le lit supposé de l’Ir’err’er et de l’In-Dekak : c’est la seule précaution à prendre dans cette région qui est exceptionnellement propice à l’établissement d’une voie ferrée.

Je ne connais pas le passage de l’Ir’err’er d’In-K’ebir (sur la carte In-Salah 1/1.000.000) à l’erg d’Amguid.

En effet, après avoir traversé le Tiniri-n-Taserest, j’ai gagné Tanout-Mellel (ou Tamellelt) dans l’oued In-Dekak.

Par contre j’ai séjourné un mois à Amguid et cette région m’est familière.

Sur le bord Est de la vallée de l’Ir’err’er on trouvera des terrasses d’alluvions très propices à l’établissement de la voie.

De nombreux mechbed très anciens montrent d’ailleurs le chemin à la voie ferrée.

Ensuite, après Titahouin-Tahart, la voie aura à éviter quelques sables puis pourra, en Pays cristallin, gagner Tesnou dans de très bonnes conditions par le vaste et plat pays de Raris à reg prédominant et les pays analogues et aussi propices de l’oued Taremert-n-Akh.

Dans ce pays de Raris et de l’oued Taremert-n-Akh la nature et la forme du sol (pays cristallin paeneplainisé) me paraissent ne donneraucun sujet d’inquiétude, ni soulever aucune difficulté à signaler.

Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je conçois l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage d’Amguid.

a)Eaux de source. — Dans la région d’Amguid, les sources actuellement existantes que je connais pour y avoir abreuvé mes chameaux, sont :

1ºLa source de Titahouin-Tahart(T) ou Aïne-Kerma (A) ou Source du Figuier (F).

Cette source, située à la base de la falaise de Grès inférieurs des Tassilis qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er au voisinage des Conglomérats de base et de la Discordance tassilienne, ne tarit jamais (d’après les Touareg), son eau est toujours pure, claire, renouvelée et n’a rien d’une eau stagnante ; son abord est difficile, en raison des joncs et figuiers (de là son nom) qui en défendent l’accès et c’est une des raisons pour lesquelles, quoique l’eau y soit excellente, on y abreuve moins souvent ses chameaux qu’à Tin-Eselmaken, car les animaux sont effrayés par les joncs, refusent d’approcher jusqu’à l’eau et pour les désaltérer on doit apporter un abreuvoir et se fatiguer à le remplir d’eau par un va-et-vient de « dalou », ce que l’on évite en allant à Tin-Eselmaken qui se présente mieux à ce point de vue très spécial.

La Source du Figuier a permis autrefois de cultiver un jardin dont il existe encore les ruines. Quelques palmiers subsistent également, dont deux au moins sont en très bonne santé.

Je crois qu’en améliorant les conditions de captage, on pourra tirer de cette source une quantité d’eau appréciable.

La position de la Source du Figuier, assez au-dessus du lit de l’Ir’err’er, au pied de la falaise des Grès inférieurs des Tassilis, permettra d’amener son eau par gravité en conduite jusqu’à la Centrale d’eau d’Amguid ;

2ºTin-Eselmaken.— Par une profonde entaille dans la falaise qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er débouche la profonde gorge de Tin-Eselmaken, encaissée jusque-là dans les plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes.

Les observations que j’ai pu faire sur la mare de Tin-Eselmaken sont les suivantes :

a)Le fond n’est pas rocheux ; par suite l’on ne saurait assimiler cette mare à un aguelmam typique, tel Afelanfela, près de Tiounkenin (dans l’Emmidir), tels Ens-Iguelmamen (dans l’Oudan, gara Ti-Djanoun), tel In-Ebeggi (dans le massif de l’Assgaffi, etc., etc.) ;

b)L’eau à l’amont de cette mare est toujours pure alors qu’il n’en est pas de même à la partie aval.

Après un mois de séjour à Amguid, en même temps que des tribus de Touareg (Eaohen-n-ada et Kel-Amguid), qui possédaient un important cheptel de chameaux et surtout de chèvres, j’eus l’occasion de constater que en même temps que l’élargissement terminal aval de la mare avait considérablement diminué d’importance (en effet, alors qu’à mon arrivée c’était un plaisir d’y nager, à mon départ une grande partie était à sec et ce qui subsistait de cet élargissement terminal ne permettait pas des ébats de cet ordre), ce qui y restait d’eau était devenu une eau imbuvable, épouvantablement chargée d’urine de chèvre et de chameau, à tel point que, seul l’élargissement terminal de la mare se prêtant à l’abreuvage des bêtes (pour des raisons d’accès) et l’eau en étant refusée même par les chameaux, les Touareg avaient dû renoncer à abreuver leurs troupeaux à Tin-Eselmaken et recourir à la Source du Figuier, malgré le caractère fatigant qu’y ont les opérations d’abreuvage ;

c)De nombreux poissons (Barbus biscarensis) animent les eaux de Tin-Eselmaken ; certains atteignent une taille de 20 et même 30 centimètres.

A mon arrivée dans la région d’Amguid ces poissons mettaient de la vie dans toute la mare ; dans la suite ils se réfugièrent en amont, là où l’eau était restée pure, ainsi que gyrinides, dysticides et autres bêtes de ces eaux[54];

d)De nombreux lauriers-roses (Defla) couvrent les berges de la mare de Tin-Eselmaken ; on compte trois palmiers.

De ces observations il résulte qu’on peut considérer la mare de Tin-Eselmaken comme permanente et constamment alimentée en amont.

Cette eau semble avoir pour origine la venue en surface de l’eau absorbée en amont lors des pluies par les alluvionsde l’oued Tin-Eselmaken et qui jusque-là avait cheminé en profondeur dans ces alluvions.

On ne peut affirmer que cette source de Tin-Eselmaken n’est pas également en relation avec le contact à proximité en profondeur des Grès inférieurs avec les Schistes cristallins par les Conglomérats de base.

Les Grès inférieurs semblent en effet susceptibles d’être l’objet d’un réseau intérieur de circulation d’eau.

Au-dessus de Tin-Eselmaken on peut voir en effet, dans la falaise, et sur le flanc gauche, une ouverture à mi-hauteur d’où, lors des pluies, et pendant quelques jours après, l’eau sortirait en cascade (renseignements touareg).

Entre Tin-Eselmaken et la Source du Figuier, à mi-chemin à peu près, on peut également observer dans la falaise de Grès inférieurs et, assez au-dessus du contact par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins, une sorte de replat herbeux formant tache verte. Les Touareg me dirent qu’il y avait là une source appelée Tin-Tarabin par certains, alors tarie, mais qui coulait parfois après les pluies ; j’ai grimpé jusqu’en ce lieu escarpé et j’ai constaté la présence, au replat herbeux, d’un puisard (sans doute pour puiser l’eau absorbée par les terres du replat), ce qui confirme bien les dires des Touareg de l’existence d’un point d’eau à cet endroit ; un mechbed dans les éboulis et de nombreux tombeaux anté-islamiques (?) montrent que ce point d’eau fut même assez fréquenté et assez important.

Il n’y a donc pas de doute, les Grès inférieurs peuvent abriter dans leur sein une assez importante circulation d’eau.

Il n’en est pas de même en général dans les mêmes proportionset de la même manière tout au moinsdes roches granitoïdes et des Schistes cristallins.

On comprend dès lors que le contact de ces deux roches puisse provoquer le rassemblement ou la liaison des eaux selon la ligne de contact, le gorgement par elles des fentes et divers chemins possibles de circulation d’eau au bas des Grès inférieurs et provoquer, par suite, des sources au voisinage du contact.

Lorsqu’il y a des fissures dans les Schistes cristallins ou des filons, les eaux peuvent descendre en dessous du contact, suivre les fissures ou cheminer entre la roche filonienne et la roche encaissante ; ainsi s’expliquent des sources en dessous de ce contact, dans le Cristallin, comme In-Ebeggi (des Tassilis) et d’autres situées le long de l’escarpement du bord interne des Tassilis internes. Ces sources sont rarement très en dessous du contact et il apparaît clairement que leurs conditions d’existence sont liées à l’existence voisine de ce contact.

On comprend donc que de même que pour la Source du Figuier, l’on puisse croire, pour la source de Tin-Eselmaken, qu’il y ait peut-être, outre les relations avec la nappe phréatique de l’oued Tin-Eselmaken, quelques relations entre son existence et le voisinage du contact des Grès inférieurs par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins.

Cette discussion théorique n’est pas déplacée ici, la détermination d’un mode habituel de gisement d’eau dans ces régions pouvant aider dans des recherches ultérieures.

Quel est le débit que l’on peut espérer de la source de Tin-Eselmaken ?

J’ai séjourné à Amguid en pleine chaleur ; l’évaporation était donc très intense ; la surface offerte par la mare d’Amguid est assez considérable ; le nombre de bêtes abreuvées par jour était d’environ 300 chèvres et 30 chameaux en moyenne ; la venue d’eau n’équilibrait pas cette perte d’eau puisque l’élargissement terminal fut en partie asséché en un mois.

Je crois néanmoins que, dans de bonnes conditions de captage, on peut espérer tirer de Tin-Eselmaken un litre à la seconde.

L’eau de Tin-Eselmaken pourra être amenée par gravité jusqu’à la Centrale d’eau ;

3ºSource de Tihoubar(ouAïne-Bou-Mesis). — Si l’on remonte l’oued Arami (ou oued Tounourt), cet oued qui débouche dans la vallée de l’Ir’err’er à quelques kilomètres au Nord de Tin-Eselmaken et du lieu-dit d’Amguid, on parvientaprès une quinzaine de kilomètres à un point d’eau très important appelé Tihoubar ou Aïne-Bou-Mesis[55].

Là, j’ai constaté la présence d’une source assez abondante d’eau excellente ; plusieurs palmiers, des ruines de jardins importants, de nombreux lauriers-roses, des roseaux, attestent de la richesse relative en eau de ces lieux.

La culture fut abandonnée récemment (il y a trois ou quatre ans), paraît-il, par suite de l’insécurité du pays.

Il semble qu’il y eut deux sources, mais une seule a subsisté, l’autre n’ayant pas été entretenue sans doute.

Cette source de Tihoubar est permanente (d’après les Touareg, entre autres Amaïs qui la connaît très bien, Aïne-Bou-Mesis étant dans son terrain de parcours un endroit de pâturage affectionné ; c’est Amaïs également qui récolte les quelques dattes que donnent les palmiers d’Aïne-Bou-Mesis).

Je crois qu’en améliorant le captage, en particulier en creusant plusieurs drains, on pourrait tirer du vallon d’Aïne-Bou-Mesis plus d’un litre à la seconde.

On pourrait amener par gravité cette eau jusqu’à la Centrale d’eau.

Telles sont les trois sources que l’on trouve dans le voisinage d’Amguid et qui pourraient alimenter la Centrale-Eau d’Amguid ;

b)Eaux de puits. — Mais là ne se bornent pas les ressources en eau dont pourra disposer cette Centrale-Eau ; si elles ne se montraient pas suffisantes, ou leur débit en dessous de mes prévisions, on pourra avoir plus d’eau par des puits :

1ºPuits de Tounourt.— A l’endroit où l’oued Arami débouche dans la dépression de Tounourt (à quelques kilomètres d’Amguid) se trouve un puits peu profond (2 ou 3 m.) très abondant, appelé Tin-Tedjert, d’eau excellente[56]; ce point fournira un apport sérieux. On pourra y mettre trois ou quatre puits.

D’autre part, des indices certains (présence de Tourha (T) ou Kerenka (A)[57]donnent le droit de compter dans la dépression de Tounourt, au parfait succès de puits de quelques mètres (4 à 6 m.) de profondeur ; les Tourha pourront servir d’indicateurs d’emplacements de puits.

Enfin, des puits seraient particulièrement bien placés juste avant (en amont) et dans le défilé par lequel l’oued Arami sort de la dépression de Tounourt et traverse la masse fortement relevée des Grès inférieurs pour se jeter dans l’oued Ir’err’er.

La dépression de Tounourt permet donc l’établissement d’un précieux champ de puits de faible profondeur (4 à 6 m.) bien alimentés, semble-t-il, particulièrement à l’entrée et vers la sortie de l’oued Arami (ou oued Tounourt) et à quelques kilomètres de la Centrale d’eau.

2ºPuits de l’Ir’err’er.— Enfin on pourra creuser un puits dans les alluvions de l’oued Ir’err’er.

Ce puits serait bien placé à la hauteur du défilé de l’oued Arami (d’ailleurs, sur la carte au 1/800.000, il est marqué un puits en cet endroit : les Touareg en ont été très étonnés et m’ont dit n’avoir aucun souvenir qu’il y ait eu jamais un puits là, je n’ai donc pu avoir aucun renseignement sur la profondeur de ce puits) ; l’emplacement indiqué sur la carte serait excellent.

Ce puits sera vraisemblablement très bien alimenté : n’est-ce pas dans cette région d’Amguid que se réunissent probablement dans les alluvions, en profondeur, toutes les eaux du bassin supérieur si vaste de l’Ir’err’er ?

Je ne peux donner aucune indication sur la profondeur à laquelle on trouvera le roc et jusqu’à laquelle on devrait creuser le puits pour traverser toutes les nappes aquifères de ces alluvions et avoir le rendement maximum en eau.

On a déclaré qu’il y avait là, en profondeur, des eaux artésiennes ; je ne le crois pas, mais ce n’est pas impossible, des niveaux argileux pouvant emprisonner des eaux en charge (la charge venant de l’amont).

c)Conclusion. —On voit que les ressources en eaux dont pourrait être dotée la Centrale-Eau d’Amguid sont très satisfaisantes pour le pays (et pourtant je n’ai envisagé que les eaux très proches d’Amguid et n’ai parlé ni des barrages-citernes, que l’on pourrait établir, ni des eaux que l’on pourrait rechercher par sondage en roche).

Cependant je tiens à attirer l’attention sur ce que le pays d’Amguid n’ayant jamais été l’objet d’une succion d’eau aussi intense que celle qui serait faite au cas où on réaliserait ce projet, on peut craindre à la suite de périodes sèches trop longues le tarissement de certaines sources et de certains puits, mais je ne crois pas de la totalité.

L’emplacement de cette Centrale-Eau qui serait le plus favorable, serait le point de la voie qui nécessiterait la moindre longueur de connexions avec les différents points d’eau.

Je crois qu’elle serait bien placée à côté du puits de l’Ir’err’er.


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