V

On ne donna pas suite au pillage du grenier à blé de la Rebeyre. Des nouvelles étranges couraient ; une sorte de peur en brouillards tournants ; une puissance obscure qui soufflait dans les cheminées paysannes où l’on se serrait autour du feu en mangeant de mauvais pain.

Le comte vint au château d’Argé. Il était soucieux et n’accabla pas son fils de conseils et d’objurgations. Depuis que, par un édit du roi, les États généraux avaient été convoqués, il ne cessait de s’agiter. Le 11 mars s’étaient réunis les députés de la sénéchaussée qui devaient nommer les électeurs qui désigneraient à leur tour les députés aux États de Versailles. Le cahier des doléances rédigé, l’espérance et la justice, la chicane et la révolte s’y mêlaient.

— Je crois, monsieur, dit le comte à son fils, que l’heure est grave. Peut-être avez-vous bien fait de ne pas songer aux affaires sérieuses. Vous serez plus dispos quand le roi aura besoin de vous. Je vais à Paris et ne reviendrai pas vite à Villemonteil. Je serai l’hôte de votre beau-frère, M. Félicité de Flamare. Je ne veux pas redire quels affronts j’ai dû essuyer cette année. Il faut tailler et recoudre.

Il baisa aux joues Sylvie, garda un moment les mains de Claude dans les siennes et embrassa solennellement Mme de Flamare, qui avait le souffle coupé par l’émotion. Puis, tournant les talons, il s’en alla et remonta à cheval.


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