XIV

La fin de l’année 1789 fut marquée par maintes violences. Une bande avinée assaillit l’église dans la semaine de Noël. Des bouviers, des artisans, des femmes traînèrent les bancs de la maison d’Argé à travers la nef et les brisèrent sur la place. Le curé Broussel tenta de s’y opposer. On le repoussa et un langueyeur menaça de lui arracher la langue ; il s’agenouilla alors devant l’autel et pria, tandis qu’une ronde se formait autour des bancs, que l’on avait enflammés. La milice accourut pour dissiper les factieux. Claude d’Argé fut entouré d’énergumènes et frappé. Jacques Chabane le sauva en appelant à l’aide son père qui, de ses bras noueux, le dégagea. La danse reprit de plus belle et des filles haut troussées, au milieu des rires, sautèrent le bûcher. Jacques Chabane, dans l’uniforme que Claude d’Argé avait payé, s’effrayait de ce brusque débordement.

La nuit arriva et, dans l’église, le curé Broussel, soutenant son corps de ses mains jointes et appuyées sur les marches de l’autel, priait toujours. Quand il monta à la tribune pour sonner l’Angélus, il vit avec douleur que l’on avait coupé les cordes. Il dit à genoux la prière angélique et la cloche sonnait quand même dans son cœur.


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