NOTES:

Pie VII est pris dans Rome par le général Miollis; on l'amène à Savone, puis à Fontainebleau où il reste dans une vraie captivité jusqu'en 1814.

Le ciel détourne du Saint-Père actuel les vraies misères qu'ont subies ses prédécesseurs,—et lui fasse la grâce de supporter avec plus de patience, de résignation et moins d'hyperboles, les désagréments de sa situation actuelle.

A propos de la discussion puérile sur la couleur du drapeau, rappelons que le premier drapeau des anciens Romains a été une botte de foin au haut d'une pique; mais cette botte de foin, on lui obéissait, on l'honorait, on la suivait au combat.

Signum erat e fæno, sed erat reverentia fæno.

Je ne suis pas sûr que ma mémoire retrouve ce vers tel qu'il est.

J'ai promis une petite citation de M. Veuillot, qui veut aujourd'hui qu'on rétablisse la royauté du droit divin,—c'est-à-dire le roi sous le prêtre,—Saül sous Samuel,—a exprimé àd'autres époques des idées assez différentes. Je trouve dans laRevue libérale, publiée en 1867, quelques-unes de ces idées reproduites (Univers, 26 février 1848), je cite d'après cetteRevue—(tout prêt à rectifier s'il y a erreur). M. Veuillot, imitant les sacrificateurs antiques, s'était couvert d'un voile de pourpre ou plutôt du bonnet rouge.

Purpureo velare comas adopertus amictu.Virgile.

«La révolution de 1848 est une notification de la Providence. La monarchie succombe sous le poids de ses fautes; elle n'a plus aujourd'hui de partisans. Jamais trône n'a croulé d'une façon plus humiliante. Que la République française mette l'Église en possession de la liberté, il n'y aura pas de meilleurs républicains que les catholiques français.»(Univers, 26 février 1848.)

«Une révolte à Vienne! M. de Metternich renversé! Personne ne sait en France, à l'heure où nous écrivons, si l'empereur est encore sur le trône. Ce que tout le monde sait bien, c'est qu'il n'y est pas pour longtemps. La Lombardie est libre, la Bohême est indépendante, la Galicie s'échappedes entrailles du monstre qui l'avait mutilée avant de l'engloutir: gage certain d'une résurrection plus entière et plus prochaine. Tous ces gouvernements tomberont, moins encore par la force du choc que sous le poids de leur indignité.La monarchie meurt de gangrène sénile.Elle attend à peine qu'on lui dise: Nous ne voulons plus de toi, va-t-en! Le coup n'est plus nécessaire, le geste suffit.»(Univers, 21 mars 1848.)

Et six mois après:

«De graves et douloureuses nouvelles arrivent aujourd'hui de Vienne. La capitale de l'Autriche est en pleine insurrection et l'empereur a pris la fuite.»

«Nous n'oserions, dit laRevue Libérale, citer les passages de certains articles de l'Univers, signés Louis Veuillot, et relatifs au président de la République. Même dans une citation rétrospective, la violence de l'attaque ne serait pas tolérée. Nous renvoyons le lecteur curieux de s'instruire aux numéros de l'Universdu 24 et du 28 novembre 1851.»

La note change après le coup d'État:

«Il n'y a ni à choisir, ni à récriminer, ni à délibérer, il faut soutenir le gouvernement. Sa cause est celle de l'ordre social..... Plus encore aujourd'hui qu'avant le 2 décembre, nous disons aux hommes d'ordre: le président de la République est votre général, ne vous séparez pas de lui, ne désertez pas. Si vous ne triomphez pas avec lui, vous serez vaincus avec lui, et irréparablement vaincus. Ralliez-vous aujourd'hui, demain il sera trop tard pour votre salut ou pour votre honneur!»(Univers, 5 décembre 1851.)

«Le 2 décembre est la date la plus anti-révolutionnaire qu'il y ait dans notre histoire. Depuis le 2 décembre, il y a en France un gouvernement et une armée, une tête et un bras. A l'abri de cette double force, toute poitrine honnête respire, tout bon désir espère. Le 2 décembre est tombée l'insolence du mal, et ceux qui menaçaient la société sont abattus. Depuis le 2 décembre, il y a encore en France une place pour le bien, une garantie pour la paix, un avenir pour la civilisation. On peut espérer que la loi régnera et non pas le crime; que la raison aura raison.»(Univers, 19 décembre 1851.)

On me racontait l'autre jour—qu'un officier, après avoir conclu, des bruits qui courent, que l'officier qui n'accomplirait pas «ses devoirs religieux» pourrait bien être mal noté, et voir au moins retarder son avancement, annonça à ses camarades qu'il allait prendre les devants—et se confesser dès le lendemain.

Le matin, il entre dans une église,—cherche un confessionnal;—une femme, qui était dedans, en sort;—il n'a pu s'empêcher de la regarder du coin de l'œil,—néanmoins il va s'agenouiller à la place qu'elle quitte,—mais son esprit est troublé,—il ne sait plus que dire au prêtre;—celui-ci l'aide à dire la première moitié duConfiteor,—puis.... attend;—l'officier cherche, hésite... et finit par dire:

«Mon père, il fait bien chaud.»

Le public français a aujourd'hui une police mieux faite qu'aucun roi, à aucune époque, n'a pu se flatter d'en avoir une.

Les journaux, beaucoup mieux faits qu'autrefois sous ce rapport, sont à l'affût et à la poursuite de toutes les nouvelles. Aussitôt qu'une personne, par son rang, sa fortune, sa beauté,un mérite, un ridicule, un crime quelconque, attire l'attention publique, on la place sous la haute surveillance deschroniqueurs. Les chroniqueurs aux champs, il n'y a plus pour cette personne de vie privée, il n'est pas un coin, fût-il le plus secret de son appartement, où elle puisse avoir la conviction d'être seule.

A table, à la toilette, à la promenade, en voyage, au lit, elle est accompagnée, épiée, observée. Elle a mangé ceci ou cela, elle porte des chemises brodées (ici l'adresse de la brodeuse) elle a été saluée par M** et M***; elle ne l'a pas été par M****; elle a souri à M*****.

Il y avait hier deux oreillers à son lit, elle ronfle, elle a une fausse dent à la mâchoire supérieure à gauche, elle se sert pour sa «toilette intime» disent cyniquement la plupart des journaux du monde, de telle eau ou de tel vinaigre, etc.

Tenez, j'ai copié dans le temps textuellement quelques lignes que j'avais lues dans divers journaux.

«Mademoiselle Marion (la lectrice de l'impératrice, je crois), a eu le mal de mer.»

«S. M. l'Impératrice elle-même, tel jour, à telle heure, a eu mal au cœur.»

«Le général Frossard, à Bastia, tel jour, à telle heure, a eu de fortes coliques.»

«Tel jour, à telle heure, l'empereur a présidé le conseil des ministres; le chef de l'État, pendant les deux heures qu'a duré le conseil, a dû faire de fréquentes absences.»

Je copie donc textuellement. Il n'y aurait rien eu de plaisant à inventer de pareils détails, et j'ajoutais en note.

«On a parlé d'abdication ces jours-ci; il y aurait vraiment de quoi, ne fût-ce, comme le Misanthrope de Molière, que

Pour trouver sur la terre un endroit écarté,Où... d'avoir la colique... on ait la liberté.»

Pour trouver sur la terre un endroit écarté,Où... d'avoir la colique... on ait la liberté.»

Pour trouver sur la terre un endroit écarté,

Où... d'avoir la colique... on ait la liberté.»

Il est vrai que cette publicité donnée à tous les actes de l'existence quotidienne ne déplaît pas à tout le monde.

Un chroniqueur—cette variété de chroniqueur s'appellereporter,—fait savoir à «une illustration quelconque» que tel jour, à telle heure, il viendra lui prendre mesure d'une chronique.

«L'illustration» se prépare.

Il est dix heures, vite, mettez sur cette tableles livres que j'ai choisis dans ma bibliothèque; sur ce petit pupitre, près de mon lit, ce volume que j'ai acheté hier... un ouvrage du chroniqueur. Quel mal j'ai eu à y trouver une apparence de pensée qu'on puisse citer. Avez-vous eu soin de couper les feuilles jusqu'aux deux tiers du volume? Froissez un peu la couverture. Coiffons-nous... un peu de désordre dans les cheveux..... ma robe de chambre de velours. Ah! faites disparaître ce livre de*** Ils sont très mal ensemble.

Le portier est-il monté? A-t-il la livrée qu'il a dû emprunter au domestique du baron? Dans cette potiche, ce tabac turc que j'ai fait prendre hier chez Ernest... très bien... et les deux pipes turques: pourvu que ça ne me fasse pas mal au cœur...; baissez les rideaux.

On sonne, lesujetse regarde une dernière fois dans une glace et étudie un sourire, il se place à sa table, le front dans une main.

On a reçu le chroniqueur d'un air mystérieux, on ne croit pas que monsieur y soit, cependant si monsieur veut dire son nom...

—Ah! c'est bien différent: pour monsieur, monsieur y est.

Entrée du chroniqueur,—le modèlea soin de se montrer autant que possible de profil;—il fait succéderun regard inspiréà unregard profond, il cite le passage appris la veille, la pensée extraite du livre du chroniqueur.

Il répond à toutes les questions.

—Quel âge avez-vous? Aimez-vous les épinards? Votre dernière maîtresse était-elle brune ou blonde? Êtes-vous brave? Travaillez-vous beaucoup? Quel est votre tailleur?

Quelques jours après, on lit dans un journal:

«Je suis allé surprendre X... un matin; la porte m'a été ouverte par des laquais en belle livrée; j'ai trouvé X... au travail, ayant auprès de lui une pipe turque dont, selon sa vieille habitude, il aspirait de temps en temps une bouffée (description des spirales de la fumée); il m'en a fait donner une semblable. C'est du tabac d'Orient, dulatakiéque le khédive d'Égypte lui a envoyé après lui avoir fait une visite de quatre heures; il l'a invité à l'ouverture de l'Isthme, mais il n'ira pas; il ne veut pas se rencontrer avec l'impératrice dont les gracieusetés probables l'embarrasseraient.

»Il vit très retiré, il ne reçoit que des illustrations.

»Sa physionomie: le profil est..., le nez..., le regard tantôt investigateur et profond, tantôt inspiré. Il travaille beaucoup et passe une partie de ses nuits à lire les meilleurs ouvrages contemporains, et il fait, en causant, les plus heureuses citations. Il n'aime pas les épinards, il adore au contraire les femmes rousses; plusieurs princesses étrangères ont vu leurs avances repoussées parce qu'elles sont brunes ou blondes; il a eu des duels nombreux sur lesquels il a toujours gardé le plus profond silence, cela aurait compromis beaucoup de grandes dames. Il se fait habiller par le célèbre***.»

Lesujetachète dix exemplaires du journal, lit l'article dans les dix exemplaires, et dit à tout le monde: «Que c'est donc insupportable: vous savez comme je suis modeste et comme je déteste qu'on parle de moi. Eh bien! je ne sais comment ce chroniqueur a fait... mais c'est que c'est très exact. Quel ennui!»

Il faut des temps aussi abandonnés, aussi incertains que les nôtres, pour qu'une questioncomme celle de la couleur du drapeau, prenne l'importance qu'elle semble avoir en ce moment;—il m'est impossible de la prendre plus au sérieux que la question qui se produisait de savoir si «le futur roi» porterait la perruque de Louis XIV ou la petite queue poudrée, appelée «salsifis», de Louis XVIII.—Il ne m'appartient pas de donner des avis;—les diseurs de vérités sont peu appelés dans le conseil des rois,—même candidats; mais de même que j'avais dit au gouvernement de Bordeaux: «En vous installant à Versailles, vous laissez à la Commune le titre de gouvernement de Paris,»—je dirais à la royauté imminente, dit-on: «Vous laissez aux bonapartistes le drapeau tricolore.»

Le nom de Louis XVIII, qui m'est venu sous la plume, me rappelle 1815;—j'avais alors sept ans, mais il logeait à la maison deux oncles,—capitaines de cavalerie,—qui avaient fait les guerres de l'empire,—et on parlait beaucoup aux coins de la cheminée de famille.

Il y avait alors au Palais-Royal trois ou quatre cafés,—où les gardes du corps—et les officiers de l'armée royaliste, d'une part, et d'autre part les officiers démissionnaires ou destitués de l'empire,se plaisaient à se rencontrer, se donnaient des sortes de rendez-vous tacites, pour se braver, se provoquer, se quereller et se battre.

Il y avait le café de la Paix, le café Lemblin et le café Valois.

On commençait par se grouper,—échanger des regards hostiles, dédaigneux, provocants, puis tout à coup les royalistes chantaient en chœur sur l'air de la Carmagnole:

Que ferons-nous des trois couleurs?Le rouge, c'est le sang,Le bleu, c'est les brigands,Le blanc, c'est la franchise,C'est la deviseDes Bourbons.

Que ferons-nous des trois couleurs?Le rouge, c'est le sang,Le bleu, c'est les brigands,Le blanc, c'est la franchise,C'est la deviseDes Bourbons.

Que ferons-nous des trois couleurs?

Le rouge, c'est le sang,

Le bleu, c'est les brigands,

Le blanc, c'est la franchise,

C'est la devise

Des Bourbons.

Les bonapartistes, qui commençaient à se mélanger de républicains, répondaient:

Que ferons-nous des trois couleurs?Le bleu, c'est la candeur,Le rouge, la valeur,Le blanc, c'est la bêtise,C'est la deviseDes Bourbons.

Que ferons-nous des trois couleurs?Le bleu, c'est la candeur,Le rouge, la valeur,Le blanc, c'est la bêtise,C'est la deviseDes Bourbons.

Que ferons-nous des trois couleurs?

Le bleu, c'est la candeur,

Le rouge, la valeur,

Le blanc, c'est la bêtise,

C'est la devise

Des Bourbons.

On se levait en tumulte,—on se lançait les verres, les bouteilles, les tabourets,—on cassait les glaces, on cassait les têtes,—on prenait des rendez-vous pour le lendemain.

J'ai voyagé il y a quelque temps avec des officiers;—selon eux, l'armée n'accepterait que difficilement le drapeau blanc;—le drapeau tricolore est pour eux comme une religion;—il serait donc impolitique et dangereux de le laisser aux bonapartistes.

Le fils de Louis Napoléon en a dit quelques mots à Chislehurst.

Les bonapartistes ont déjà plus que leur part de couleurs:—ils ont le violet et ils ont aussi le vert;—comme je l'ai appris en feuilletant un livre publié par M. Jules Pautet de Parois, sous-préfet de Sisteron (Basses-Alpes), et intitulé:

MANUEL COMPLET DU BLASON

Ou Code héraldique, archéologique et historique

A Paris, Librairie encyclopédique de Roret.

On voit qu'il s'agit là d'un livre au moins sérieux.

A la page 147, S. M. Napoléon III est désigné sous le surnom deNapoléon le Sage.

C'est à propos de ses armes, et voici ce qu'ajoute M. Jules Pautet.

Napoléon III,le Sage.

«Ses armes sont d'un noble symbolisme: l'aigle d'or est le signe de la gloire, de la grandeur, de la victoire et de la force.

»Elle est d'or, parce qu'elle vivifie comme le soleil et la lumière, en champ d'azur qui est le champ de France...

»Le casque est d'or, etc.; il est de front pour tout voir et tout embrasser...; le globe est le signe d'un pouvoir qui, par sa grandeur, sa sainteté et sa légitimité, rayonne sur le monde...

»Les lambrequins sont d'or comme pouvoir pur, brillant et sans tache.»

»D'argent, de gueules et d'azur, comme réunissant tous les partis; desinople, couleur particulière de Sa Majesté Napoléon III(?), couleur de l'espérance qu'avait la France de son salut par une main napoléonienne; salut réalisé par Napoléon III; les abeilles symbolisent la sollicitude de l'Empereur pour les classes laborieuses, etc.»

A la page 165:

«Après ces prophétiques armoiries, contemplons avec bonheur cette aigle impériale qui vient de nouveau planer sur la France, étendre ses ailes sur ce beau pays, et le sauver de l'anarchie par lagrâce de Dieuet levœu unanimedu peuple français...»

Vous voyez «argent, gueules et azur» blanc, rouge, bleu;—ajoutez le violet et le vert;—il ne reste à prendre que le jaune.

Encore quatre lignes du sous-préfet de Sisteron, il s'agit du Deux-Décembre.

«Une journée à jamais féconde, célèbre et sainte, dans laquelle le prince a terrassé l'anarchie, relevé les lois, sauvé la France et le monde ébranlés.» (P. 165, ligne 25.)

Dans les éventualités de la royauté, résultat de la fusion, on s'occupe beaucoup du Pape et d'une chance de guerre avec l'Italie à son sujet.

Je ne vois pas que les intérêts des papes soient si intimement liés à ceux des rois de France,—sans parler de Grégoire VIII, d'Alexandre VI, etc.

Jules II excommunia le bon Louis XII, le pèredu peuple, mit la France en interdit et en fit cadeau à Henri VIII d'Angleterre.

Mais ne rappelons que les relations du roi Henri IV, dont Henri V a la prétention d'être le successeur immédiat,—avec les deux papes qui ont vécu de son temps.

Sixte V déclara Henri IV et toute la maison des Bourbons «hérétiques, relaps, ennemis de Dieu et de l'Église»,—et comme tels il les déclarait déchus de tous leurs droits, indignes de posséder aucun fief;—il déclara aussi les sujets de Henri IV dégagés du serment de fidélité, etc.

Henri fit afficher aux portes du Vatican que Sixte V, soi-disant pape, en avait menti,—que c'était lui-même qu'on devait regarder comme hérétique, excommunié et antechrist,—se réservant le droit de punir en lui ouses successeursl'affront qu'il venait de faire;—il invitait tous les rois, princes etrépubliquesde la chrétienté à se joindre à lui pour châtier la témérité de Sixte et des autres brouillons.

Plus tard, lorsque Henri IV se crut obligé de faire lever l'excommunication qui pesait sur lui,—il faut voir avec quelle insolence le successeurde Sixte V, Clément VIII, abusa de la situation.

MM. d'Ossat et Duperron, évêque d'Évreux, depuis cardinal, furent chargés de traiter à la cour de Rome l'affaire de l'absolution du roi.

Cette absolution fut «accordée» premièrement en consistoire public;—le sieur Duperron, représentant «la personne du roi», se mit à genoux devant le souverain pontife;—Clément VIII, dans cette posture, lui donna quelques coups de baguette adressés au roi,—pendant que le chœur chantait le psaumeMiserere.

Voici les principaux des articles imposés au roi et accordés par ses représentants:

—Il obéira aux mandements du Saint-Siège.

—Le roi montrera par faits et par dicts, et même en donnant les honneurs et dignités du royaume, que les catholiques lui sont très chers, de façon que chacun comprenne qu'il désire qu'en France soit et fleurisse une seule religion, et icelle la catholique romaine.

—Le roi dira tous les jours le chapelet de Notre-Dame,—et le mercredi les litanies,—et le samedi le rosaire de Notre-Dame,—garderales jeûnes et autres commandements de l'Église, oyra la messe tous les jours.

—Le roi bâtira, en chaque province du royaume, un monastère d'hommes ou de femmes.

—Il se confessera et communiera en public quatre fois pour le moins par chaque an.

Etc., etc.

Une des chances de succès pour les pèlerinages, ce sont les petites croix, amulettes, scapulaires, etc., de diverses couleurs, auxquelles beaucoup des pèlerins sauront bien un peu plus tard, sinon dans la rue, au moins dans les salons, faire jouer le rôle des décorations;—nous avions les as de cœur rouges de Marie Alacoque;—la croix également rouge de Lourdes;—les pèlerins de Sainte-Radegonde portaient une petite croix violette bordée de blanc;—le journal, auquel j'emprunte ce fait, dit que plusieurs d'entre les pèlerins réunissaient déjà le ruban rouge de Lourdes au ruban violet de Sainte-Radegonde;—on arrivera à la brochette.

Je trouve que les pèlerinages, en ressuscitant, se sont débarrassés de beaucoup des austéritésqui devaient contribuer à les rendre méritoires.

Aujourd'hui on se rend aux divers sanctuaires dans de bon wagons capitonnés, en chemin de fer;—il se rencontre de bonnes âmes pour payer les places à ceux qui n'ont pas d'argent.

Autrefois les pèlerinages se faisaient pieds nus.

—Une reine de France, Catherine de Médicis, je crois, envoie à Jérusalem un pèlerin qui devait faire le trajet à pieds nus, trois pas en avant et un pas en arrière;—ce fut un bourgeois deVerberie, qui se présenta et accomplit religieusement le vœu de la reine;—on le fit surveiller, et, à son retour, on lui donna une somme d'argent et des lettres de noblesse;—ses armes représentaient une croix et une palme.

Si les six pèlerins, dont parle Rabelais, eussent voyagé en chemin de fer et couché dans de bonnes auberges, il ne leur fût pas arrivé ce que raconte le curé de Meudon:—Gargantua les cueillit avec de magnifiques laitues, parmi lesquelles ils étaient couchés pour passer la nuit,—et les mangea sans s'en apercevoir.

Pour beaucoup de gamins, d'oisifs, d'habituésd'estaminet, de piliers de brasserie, de forts au billard et au bésigue,—se dire républicains, ça leur donne, du moins ils le croient, l'air d'être des hommes forts et énergiques;—ces habitudes de café entraînent celle de bavarder, de réciter le soir les tartines lues dans les journaux du matin, d'acquérir une certaine facilité à débagouler un certain nombre de phrases sans s'arrêter.

L'ouvrier,—le mauvais ouvrier,—l'ouvrier qui ne travaille pas,—celui qui par antiphrase s'intitule «le travailleur», se compare au bon ouvrier, à celui qui travaille,—qui n'a pas le loisir d'apprendre par cœur les élucubrations des journaux,—alors il juge que celui-ci «n'a pas de conversation», il se trouve supérieur à lui,—et quelquefois le lui fait croire.

Une chose qu'on semble ne pas savoir du tout en France,—c'est que le gouvernement républicain est celui de tous qui donne le moins de liberté,—surtout de cette liberté de fantaisie dont celui qui la prend est l'arbitre;—sous la république, la loi doit être absolue, inflexible, elle doit être obéie, non pas seulement avecrespect, avec soumission, avec abnégation, elle doit être obéie avec religion, avec orgueil, avec fanatisme.

Un roi débonnaire, bien assis et non menacé, peut lâcher un peu la bride à ses sujets pour un temps;—un tyran peut s'amuser à abandonner tout à fait les rênes, ne fût-ce que pour corrompre le peuple et l'amener à se complaire dans l'esclavage; mais la république, c'est lalex ferrea, lex ænea,—la loi de fer et de bronze—la loi implacable, inexorable,—qui ne reconnaît pas de petite désobéissance,—de désobéissance vénielle.

Hélas! est-il dit que ce peuple français si heureusement doué, si favorisé par la Providence—dont l'histoire entière n'est peut-être pas plus belle que celle des autres peuples,—mais a de plus belles et surtout de plus brillantes pages;—est-il arrêté dans les arrêts de la Providence qu'après avoir été si longtemps jeune, ardent, aimable, amoureux, poète, chevalier,—il doit arriver à la vieillesse et à la décrépitude sans avoir passé par l'âge mûr et par la virilité, et tomber dans une seconde et sénile et dernière enfance?

Quant à la question du drapeau, le comte de Chambord ressemble à un homme qui, se disant bon nageur et voyant un autre homme qui se noie, discuterait, sur le bord de la mer, la couleur du caleçon qu'il convient de mettre pour aller à son secours.

Grâce à une idée due au ministère qui vient de tomber, la France va sortir d'un grand embarras; il est juste, il est bien de lui témoigner la reconnaissance qui lui est due, au moment de sa chute.

Ce qui perd la France, c'est la production exagérée de grands hommes;—c'est un phénomène dont on trouve parfois d'autres exemples dans l'histoire naturelle.

Par exemple, j'avais à Saint-Raphaël deux paons—mâle et femelle; la femelle a couvé tous les ans, mais jamais les œufs n'ont produit que des mâles; ces mâles sont magnifiques, c'est vrai, quand ils traînent dans les allées du jardin leur splendide manteau vert et bleu, ou lorsqu'ils étalent en éventail au soleil leur queue constellée d'yeux de saphirs et d'émeraudes;—mais, cependant, c'était une anomalie brillantepar suite de laquelle, d'abord et tout de suite, mes hôtes si richement vêtus auraient passé leur vie à se battre et à s'entre-plumer, et, d'ici à quelques années, la race se serait éteinte; heureusement qu'un voisin généreux m'a donné des femelles.

Un autre exemple et qui date de bien longtemps:

Mon père aimait les jardins, avait semé des tulipes avec Mehul et s'était montré aux premiers rangs dans la révolution qui, dans la culture ou plutôt dans le culte et la religion des tulipes, avait substitué les fonds blancs aux fonds jaunes.

Il m'apporta un jour à Sainte-Adresse une petite boîte pleine de graines de giroflées;—c'était une magnifique espèce, le gros «cocardeau rouge» mais avec des rameaux et des fleurs démesurées.—J'en eu de quoi semer plusieurs années de suite; mais, après cela, je perdis l'espèce—parce que tous les plans qui levèrent me donnèrent des fleurs doubles et que pas une seule giroflée ne produisit des fleurs simples qui sentent, font de la graine et se reproduisent.

La France produit en abondance, en surabondance même, des grands hommes de toutes sortes;—elle manque d'agriculteurs, d'ouvriers, de bourgeois—elle manque même d'avocats—ce dernier point a besoin d'être expliqué et va l'être à son tour. Quant aux agriculteurs et aux ouvriers, par l'accroissement exagéré des villes et la tendance imprudente et sottement protégée par les gouvernements, les hommes quittent tous les jours en plus grand nombre les champs pour les villes; une fois dans les villes, ils commencent par se faire ouvriers, mais ils ne tardent guère à devenir de grands politiques, passant une partie de leurs journées au café, au cabaret, à lire les journaux, à entendre et au besoin faire des discours et à miner, bouleverser et gouverner leur pays.

Pour les bourgeois, ils mettent undedevant leur nom, vont aux pèlerinages de Lourdes et de la Salette, parient aux courses et entretiennent en société et en pique-nique—des courtisanes à cheveux rouges—et disent: nous autres—ma maison, mes ancêtres, mon rang.

Les avocats ne peuvent plus défendre..... niattaquer la veuve et l'orphelin, ou, comme on disait du célèbre Ch. d'E,

Il défendait la veuve, et faisait l'orphelin.

D'autres devoirs leur incombent;—ils doivent faire des discours sur les balcons, sur les tables d'auberges et de cabaret, ils doivent devenir députés, ministres, présidents de la république.

Donc la France ne produit plus que des paons mâles et des giroflées à fleurs doubles:—c'est beau, c'est brillant, c'est riche,—mais dans un temps donné, l'espèce se perdrait comme cela est arrivé pour mes giroflées, comme cela a failli arriver pour mes paons;—en attendant, on se bat, on s'entre-plume, etc.

Eh bien, le ministère de Broglie avait compris que la France, produisant trop de grands hommes pour sa consommation, devait être consommée par eux. On avait bien la chambre des représentants,—mais c'est étroit, c'est mesquin; on donne asile à peine à sept cents intelligences supérieures, à sept cents génies, à sept cents politiqueslaborieux et sagaces, à sept cents grands orateurs—à sept cents grands citoyens—à sept cents incorruptibilités, à sept cents désintéressements, à sept cents dévouements.

Mais qu'est-ce que sept cents casés quand tant de milliers restent à la porte?—C'est alors que le ministère de Broglie se montra à la fois intelligent et du danger que courait le pays et du caractère français: il pensa à une seconde Assemblée où on pourrait mettre encore sept cents Richelieu, sept cents Démosthènes, sept cents Décius, etc.,—c'est peu, mais c'est toujours ça;—une rallonge à la table.

Mais comment nommer cette seconde Assemblée? Sénat? c'est usé, il n'en faut plus.—Les sénats des deux empires n'avaient pas laissé de traces brillantes.

De même qu'un jour il n'a plus fallu deconscription, ni degendarmerie, ni dedroits réunis, alors on a obéi au sentiment public, on a aboli laconscription, lagendarmerieet lesdroits réunis, on les a, aux applaudissements de toute la France, remplacés par lerecrutement, lagarde municipaleet lescontributions indirectes, qui sont exactementla même chose. Le ministère depuis a imaginé non pas de créer un nouveausénat, fi donc!—mais unhaut conseil. Espérons que cette grande idée sera ramassée par ses successeurs.

NOTES:[1]Apud nos sexcenta dicere pro infinito numero fere usitatum.Donat.Sexcentas proinde scribito jam mihi dicas.Térence.[2]Ma maison duMont-Palatinétait transportée chez un des deux consuls; celle duTusculumchez l'autre. Les colonnes de marbre étaient portées chez la belle-mère d'un consul, les arbres mêmes y étaient transplantés;etiam arbores transferebantur.(Lettre à Atticus.)[3]Le vice-amiral Verhuell avait été au service de France.—C'était un homme distingué, il passa de lieutenant de vaisseau vice-amiral, il fut d'abord ministre de la marine du roi Louis, maréchal du royaume, comte de Sevenaar, Grand-Croix de l'ordre de l'Union, etc., puis, ambassadeur à la cour de France. A cette faveur succéda une disgrâce complète, il prit alors du service en France, où il futtrès bientraité et retrouva la faveur qu'il avait perdue en Hollande.[4]. . . . Apes . . . .Candida circum,Lilia funduntur,Strepit omnis murmura campus.. . . . . . . . Lethœi ad fluminis undas,Securus latices et longa oblivia potant.[5]Nunquam pulchriorem imperatorem habuisse.J. Capitolinus.[6]La grandeur de la patrie et ses destinées, par A. Madrolle.[7]Le frère de celui d'aujourd'hui.**   *

[1]Apud nos sexcenta dicere pro infinito numero fere usitatum.Donat.Sexcentas proinde scribito jam mihi dicas.Térence.[2]Ma maison duMont-Palatinétait transportée chez un des deux consuls; celle duTusculumchez l'autre. Les colonnes de marbre étaient portées chez la belle-mère d'un consul, les arbres mêmes y étaient transplantés;etiam arbores transferebantur.(Lettre à Atticus.)[3]Le vice-amiral Verhuell avait été au service de France.—C'était un homme distingué, il passa de lieutenant de vaisseau vice-amiral, il fut d'abord ministre de la marine du roi Louis, maréchal du royaume, comte de Sevenaar, Grand-Croix de l'ordre de l'Union, etc., puis, ambassadeur à la cour de France. A cette faveur succéda une disgrâce complète, il prit alors du service en France, où il futtrès bientraité et retrouva la faveur qu'il avait perdue en Hollande.[4]. . . . Apes . . . .Candida circum,Lilia funduntur,Strepit omnis murmura campus.. . . . . . . . Lethœi ad fluminis undas,Securus latices et longa oblivia potant.[5]Nunquam pulchriorem imperatorem habuisse.J. Capitolinus.[6]La grandeur de la patrie et ses destinées, par A. Madrolle.[7]Le frère de celui d'aujourd'hui.**   *

[1]Apud nos sexcenta dicere pro infinito numero fere usitatum.Donat.

Sexcentas proinde scribito jam mihi dicas.Térence.

[2]Ma maison duMont-Palatinétait transportée chez un des deux consuls; celle duTusculumchez l'autre. Les colonnes de marbre étaient portées chez la belle-mère d'un consul, les arbres mêmes y étaient transplantés;etiam arbores transferebantur.

(Lettre à Atticus.)

[3]Le vice-amiral Verhuell avait été au service de France.—C'était un homme distingué, il passa de lieutenant de vaisseau vice-amiral, il fut d'abord ministre de la marine du roi Louis, maréchal du royaume, comte de Sevenaar, Grand-Croix de l'ordre de l'Union, etc., puis, ambassadeur à la cour de France. A cette faveur succéda une disgrâce complète, il prit alors du service en France, où il futtrès bientraité et retrouva la faveur qu'il avait perdue en Hollande.

[4]

. . . . Apes . . . .Candida circum,Lilia funduntur,Strepit omnis murmura campus.. . . . . . . . Lethœi ad fluminis undas,Securus latices et longa oblivia potant.

. . . . Apes . . . .Candida circum,Lilia funduntur,Strepit omnis murmura campus.. . . . . . . . Lethœi ad fluminis undas,Securus latices et longa oblivia potant.

. . . . Apes . . . .

Candida circum,

Lilia funduntur,

Strepit omnis murmura campus.

. . . . . . . . Lethœi ad fluminis undas,

Securus latices et longa oblivia potant.

[5]Nunquam pulchriorem imperatorem habuisse.J. Capitolinus.

[6]La grandeur de la patrie et ses destinées, par A. Madrolle.

[7]Le frère de celui d'aujourd'hui.

**   *

FIN

PARIS.—IMPRIMERIE ÉMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.


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