«HERCULES HARRISON.»
«HERCULES HARRISON.»
«HERCULES HARRISON.»
P. S.«Ce procès m'oblige de rester à Paris jusqu'à demain.»
Quaterquem eut beaucoup de peine à ne pas éclater de rire en voyant l'heureux effet de ses intrigues. Quant à miss Hornsby, elle se moqua franchement de son fiancé.
«Hercules, dit-elle, n'est guère pressé de nous rejoindre.
—Il a raison, ma chère, répondit M. Hornsby; il ne faut pas qu'un pareil attentat contre les droits et la liberté d'un citoyen anglais demeure impuni.»
L'incident n'eut pas de suite. Le Breton, ravi de son bonheur, et voyant qu'il n'avait pas de temps à perdre, résolut d'aller droit au fait. Il pressa le pas, et, laissant M. Hornsby et Kate à quelque distance, il put enfin causer librement avec sa maîtresse.
«Est-ce que tous les amants anglais sont faits sur ce modèle? dit-il en riant.
—À peu près, répondit Alice. Ces messieurs sont si parfaitement maîtres de leurs passions, qu'on ne les voit jamais quitter un rendez-vous d'affaires pour un rendez-vous d'amour. Harrison ne pense à rien aujourd'hui, si ce n'est à se venger du sergent de ville qui lui a mis la main au collet. Il mènera ce sergent de ville devant tous les tribunaux de France, jusqu'à ce qu'il l'ait fait condamner à la prison et à l'amende.
—Pauvre sergent de ville! dit Quaterquem; il a mis la main sur un vrai porc-épic. Heureusement il n'a rien à craindre de ses poursuites, et M. Harrison en sera pour ses frais.
—Mais vous, monsieur, qui vous vantez à moi d'avoir joué ce mauvais tour à mon futur mari, que diriez-vous si je répétais cette confidence à mon père et à ma mère?»
Quaterquem vit bien, au ton et à la gaieté de miss Hornsby, qu'elle n'était pas fâchée de son audace, et il répondit gaiement:
«J'avoue, mademoiselle, que mon crime est impardonnable; mais j'espère que vous me ferez grâce en faveur de l'intention.
—Et quelle est cette belle intention? dit-elle d'un ton demi-léger, demi-sérieux.
—Je n'ose ni parler ni me taire. Je crains que ma franchise ne vous déplaise.»
Quelque effort qu'il fît pour paraître calme, son coeur battait si violemment qu'elle s'en aperçut, et qu'elle sentit cette douce émotion de l'amour se communiquer à elle. Cependant, elle voulut soutenir ce ton de plaisanterie.
«Parlez donc, monsieur; suis-je si redoutable?
—Mille fois plus que vous ne pensez.
—Vous me faites mourir d'impatience et de curiosité. Quoi que ce soit, monsieur, parlez, je vous pardonne d'avance.
—Eh bien! miss Hornsby, permettez-moi une question.
—Interrogez si vous voulez; mais je ne m'engage pas à répondre.
—Avez-vous lu des romans?
—Oh! bien peu; deux ou trois milles tout au plus.
—Ce n'est pas trop.
—N'est-ce pas, monsieur! Hélas! la vie est si courte.
—Croyez-vous qu'un homme sincère et passionné puisse aimer une femme tout à coup, en une minute, pour l'avoir rencontrée au bal ou à l'Opéra?
—Je ne sais pas, monsieur. Ma cousine Charlotte s'est fait enlever il y a cinq ans par un lieutenant de hussards avec qui elle avait valsé deux fois la veille.
—Et leur amour dure encore?
—Assurément. Est-ce qu'en France on se lasse quelquefois d'aimer?
—Je ne dis pas cela. On peut donc aimer du premier coup et pour toute la vie; c'est vous qui l'avouez.
—Que voulez-vous que je vous dise, monsieur? je n'en sais rien. Je n'ai pas l'expérience de ces choses-là.
—Eh bien! mademoiselle, supposons qu'on vous aime de cette manière, que l'homme qui vous aime soit prêt à donner sa vie pour vous; supposons qu'il n'ait aimé que vous seule, et que, malgré des obstacles de toutes sortes qui devraient le décourager, il ose vous le dire, que répondrez-vous?
—Monsieur, dit Alice ému, je n'aime pas à examiner de pures hypothèses.
—Mais enfin si tout cela était vrai; si la vie, l'avenir, et peut-être la gloire de cet homme dépendaient de vous seule?
—Vous oubliez M. Harrison.
—Je ne l'oublie pas. C'est lui qui vous oublie pour un procès ridicule.
—Il est vrai qu'il aurait mieux fait de nous suivre; mais vous, monsieur, à moins que vous n'ayez pour l'archéologie et les vieilles dagues rouillées autant de passion que mon père, que faites-vous ici?
—Vous ne le devinez pas?
—Non, je vous jure.
—Eh bien, vous le voyez, j'examine avec vous des hypothèses.
—Et vous dites du mal de mon pauvre Hercules. Que vous a-t-il fait?
—Tenez, mademoiselle, dit Quaterquem, parlons sérieusement. Je vous aime et je sens que je vous aimerai toute ma vie....
—Vous êtes bien prompt, et vous auriez dû me consulter avant de faire cette folie. Sérieusement cher monsieur, et tout en parlant elle s'appuya doucement sur le bras de Quaterquem, vous ne pouvez pas m'aimer. Sans parler de moi-même, que penserait et que ferait mon père, qui a donné sa parole à Harrison, et qui a pour vous et pour votre nation une antipathie invincible?
—Bah! le plaisir de parler archéologie l'emportera sur le désespoir de donner sa fille au meurtrier de Nelson.
—Mais, monsieur, pour qu'il me donne à vous, il faut que je me sois donnée moi-même, et j'en suis encore fort loin.
—Vous n'aimez pas Harrison.
—Qu'en savez-vous? c'est un excellent homme dont je fais tout ce que je veux et qui m'aime à la folie.
—Le beau mérite de vous aimer et de vous obéir! Le soleil, la lune et les étoiles en feraient bien autant, si vous daigniez le leur commander.
—Je n'en doute pas; mais qui leur portera mes ordres? et en attendant, n'est-il pas bien commode d'avoir sous la main un bon mari tout prêt, accoutumé à mes caprices, qui connaît mes défauts comme je connais les siens, et qui m'aimera tranquillement et éternellement?
—Bien tranquillement, en effet!
—Mon Dieu! ce n'est pas l'idéal, je le sais bien, et les héros de lord Byron sont d'un tout autre style; mais cet honnête Anglais, sans passions, sans faiblesses, sans vices....
—Et sans vertus...
—Ajoutons, si vous voulez, sans vertus, remplira fort bien son rôle de mari à Londres.
—Oui, il aura de l'argent, du crédit, de l'importance, de la réputation peut-être; mille autres en ont qui ne valent pas mieux que lui, mais il vous donnera le spleen. Vous serez pour lui comme un beau meuble, vous présiderez les fêtes qu'il donnera (s'il en donne), vous serez enviée pour votre beauté, votre grâce irrésistible, votre esprit plein de charmes; mais vous sécherez intérieurement d'ennui et de dégoût, et vous maudirez mille fois le jour où vous aurez accepté un mari anglais de la main de votre père.
—Peut-être; mais qui me répond que vous m'aimerez davantage, et que cette déclaration si galante et si imprévue n'est pas l'effet d'un rayon de soleil, du printemps qui s'avance, ou du chant des rossignols dans les bois, et que votre amour ne sera pas court et fugitif comme ce grand réveil de la nature qui l'excite aujourd'hui?
—Alice, dit Quaterquem en lui prenant la main avec émotion, je jure de vous aimer éternellement.
«Dès le premier jour que je vous ai vue, mon âme a été à vous tout entière; je n'ai plus de pensée qui ne soit la vôtre. Vous serez ma femme, ou je mourrai.
—Vous oubliez M. Harrison et mon père.
—Harrison! Je le tuerai. Votre père, je le convertirai, et, s'il le faut, je lui céderai mon secret et ma gloire!
—Votre gloire! si vous le faites, je saurai que vous m'aimez, et ce jour-là?...
—Achevez! Ce jour-là?...
—Eh bien, je vous permettrai d'espérer.»
Quaterquem, ravi de joie, lui baisa la main avec passion.
«Prenez garde, dit-elle vivement en retirant sa main, mon père se retourne et va nous voir.»
Si quelqu'un trouve que miss Hornsby est un peu prompte à disposer de son coeur et de sa main; qu'il eût été plus convenable d'attendre le consentement de son père et de sa mère et qu'une pareille précipitation ne fait pas grand honneur à l'éducation si parfaite que lui avait donnée la digne Kate, je répondrai à ce critique impertinent que miss Hornsby est Anglaise, c'est-à-dire fort libre de ses actions, qu'elle aime Quaterquem (ce qui après tout n'est niimproperni sans exemple dans les annales des nations), qu'elle n'aime pas Harrison, qu'elle a pour ce pauvre homme l'éloignement bien naturel qu'une jeune fille riche, spirituelle, jolie et volontaire ne peut pas manquer d'avoir pour un automate savant tel que le brave Hercules; j'ajouterai qu'un mari présenté par un père n'a pas, à beaucoup près, la même saveur et le même attrait qu'un mari qui se présente tout seul et qu'il faut faire entrer par la porte dérobée; enfin je conviendrai, si vous voulez, que mon héroïne n'est pas parfaite et qu'elle ferait bien mieux de lire la Bible ou d'écouter les pieux discours du révérend Spurgeon, que d'accueillir si favorablement les discours d'un garçon fort sincère, fort amoureux, fort honnête homme, et en même temps fort étourdi, tel que notre ami Quaterquem. Au reste, quelque jugement qu'on en puisse porter, le fait est certain, l'histoire est authentique. Ce n'est donc pas à moi qu'il faut reprocher la conduite un peu légère de l'aimable miss Alice Hornsby, fille unique du docte Cornelius.
Aucun incident ne marqua la fin de la promenade. Cornelius Hornsby et la paisible Kate se rapprochèrent, et la conversation devint générale. Quaterquem, ivre de joie, répondait au hasard à toutes les questions. On remonta le Loiret jusqu'à sa source; il prit les rames et conduisit la barque avec une telle adresse, que l'Anglais lui fit compliment.
«C'est mon premier métier, répondit-il simplement. Tout jeune j'allais à la pêche avec mon père, et je faisais manoeuvrer la barque pendant qu'il tendait les filets.»
Le soir, les quatre voyageurs dînèrent à la même table, et Quaterquem eut le bonheur de presser, en se retirant, les doigts divins de la belle Alice. L'amour, dans ses commencements est timide et se contente de peu. Cependant, notre ami sentait bien que cette vie trop heureuse ne pouvait pas durer longtemps, qu'Harrison allait revenir et reprendrait son bien. Il frémissait de colère à la pensée qu'un autre vivait dans une familiarité presque intime avec celle qu'il aimait plus que la vie, et comme il n'était pas homme à délibérer longtemps, il résolut de demander à M. Hornsby la main de sa fille dès le lendemain.
Malheureusement, la première personne qu'il aperçut fut le jaloux Hercules, qui passa près de lui sans le saluer.
«Voilà une rencontre de mauvais augure,» pensa le Breton.
Quelques instants après, parut la belle Alice qui tendit la main aux deux rivaux et qui sourit fort gracieusement à Quaterquem.
«Déjà revenu! dit-elle à Hercules. Vous n'avez donc pas fait de procès au sergent de ville? Vous avez laissé outrager impunément le nom anglais?
—Il n'y a rien à faire; les avocats eux-mêmes disent que je perdrais mon procès.
—C'est égal, il eût été beau d'essayer.... Nous nous sommes fort amusés hier, dit-elle, et nous avons fait, avec M. Quaterquem, une charmante promenade.... Monsieur Quaterquem, M. Harrison; Hercules, M. Quaterquem.»
Tous deux se saluèrent avec une froide politesse. La situation devenait embarrassante, et miss Hornsby ne savait plus que dire, lorsque le vieux Cornelius entra dans le salon, tout heureux d'avoir touché quarante ou cinquante rotules et tibias de moines qui remplissent les caveaux de l'église Saint-Aignan et dont la vue fait plaisir à tous les Anglais.
«Monsieur, dit Quaterquem au vieil Anglais, j'ai découvert, de l'autre côté de la Loire, à trois lieues d'ici, un vieux château qui est une merveille. Voulez-vous venir le voir avec moi?
—Je suis prêt. Venez-vous, Hercules?
—Non, je suis fatigué, répondit-il, je reste avec les dames.»
Cornelius et Quaterquem montèrent seuls en voiture, et prirent le chemin de la Sologne.
«Eh bien, dit Cornelius, quel est ce beau château? de quelle date? de quel style? byzantin ou gothique?»
Quaterquem était ému au point de ne pouvoir répondre.
«Voilà donc, pensait-il, le maître de ma destinée. Par quels arguments pourrai-je le convaincre ou le toucher! Monsieur, dit-il, je ne veux pas vous cacher plus longtemps la vérité. Ce voyage est une ruse que j'ai imaginée pour vous parler librement. Le château n'existe pas.
—En vérité! dit Cornelius qui crut avoir affaire à un fou; et à quoi pensez-vous?
—Monsieur, j'aime passionnément votre fille et je vous la demande en mariage».
L'Anglais éclata de rire.
«C'est pour ce beau dessein que vous m'amenez en pleine Sologne! Cher monsieur, vous pouviez vous en épargner la peine. Primo, ma fille n'est pas à marier: secundo, quelque cas que je fasse de vos rares talents, quelque estime et même quelque sympathie que j'aie pour votre caractère, j'ai juré de ne marier ma fille qu'à un Anglais, et je tiendrai ma promesse.
—Mais....
—Voyons, monsieur, raisonnons un peu, si vous voulez. Vous aimez ma fille, dites-vous; en conscience, croyez-vous être le seul! et faut-il que je la donne en mariage au premier venu sous prétexte qu'il l'aime. Êtes-vous Anglais, d'abord?
—Non.
—Êtes-vous riche, au moins?
—J'ai mille francs dans mon portefeuille, et une invention qui peut faire la fortune d'un peuple.
—Oui, mais qui n'a pas fait la vôtre. Êtes-vous noble?
—Je vous l'ai dit, ma noblesse date de la croisade de saint Louis.
—Très-bien; mais votre père était matelot, et votre grand-père aussi?
—C'étaient de très honnêtes gens, répliqua fièrement Quaterquem, et qui ont servi leur patrie avec courage.
—Je ne vous blâme pas, dit l'Anglais, d'être fier de leur nom; mais en bonne justice, pensez-vous que ma fille et moi nous en soyons charmés? Est-ce chose à dire dans un salon de Paris ou de Londres: «Mon beau-père était matelot.»
—Oh! les parisiens se moqueront fort de cela.
—Peut-être, surtout si vous êtes riche; mais à Londres?... Ce n'est pas tout. Vous demandez la main de ma fille, à quel titre? Votre père a tué Nelson et m'a, du même coup, enlevé la Pairie, à laquelle je pouvais légitimement aspirer si Lucius Hornsby était devenu amiral. Voilà une chose que je ne pardonnerai jamais et qu'aucun Anglais ne vous pardonnerait. Croyez-moi, cher monsieur, restons bons amis, oubliez cette idée bizarre qui vous est venue en tête, je ne sais pourquoi, et allons déjeuner. Il fait un peu froid, et l'air des bords de la Loire m'a donné de l'appétit.
—C'est toute votre réponse, monsieur? dit Quaterquem.
—C'est tout; que voulez-vous de plus? Vous n'êtes pas un enfant à qui l'on présente une dragée pour lui faire avaler une tisane amère; vous êtes un homme d'esprit et de coeur, et vous saurez prendre votre parti des maux inévitables.
—Monsieur, dit Quaterquem, j'aime miss Hornsby jusqu'à la mort, et je vous jure qu'elle n'aura pas d'autre mari que moi.
—Mon cher monsieur, vous êtes fou! Ma fille épousera Harrison.
—Elle ne l'épousera pas!
—Elle l'épousera! et pour plus de sûreté, je vais l'emmener en Angleterre dès demain.
—Emmenez-la si vous voulez; je vous suivrai et je provoquerai Hercules.
—Quel enragé! Et si vous tuez Hercule, je vous refuserai bien plus sûrement la main d'Alice.
—Je l'enlèverai. Vous ne voudrez pas faire son malheur, et vous consentirez au mariage.
—Je ne consentirai à rien; j'ai promis ma fille à Harrison, et il l'aura.
—Harrison est un sot, qui ennuiera votre fille et qui l'ennuie déjà.
—Qu'en savez-vous?
—Elle me l'a dit.
—C'est impossible! Alice sait qu'elle doit l'épouser, et elle l'aime.
—Elle ne l'aime pas!
—Elle l'aime!
—Elle ne l'aime pas! vous dis-je.
—Eh bien, l'amour n'est pas nécessaire en ménage. Alice est une fille vertueuse et bien élevée qui m'obéira volontiers.
—Elle est vertueuse et bien élevée mais elle n'obéira pas!»
Peu à peu Cornelius s'échauffait, et la discussion allait dégénérer en querelle, lorsque Quaterquem, qui s'en aperçut, tourna bride et reprit le chemin d'Orléans.
«C'est assez pour une fois, pensa-t-il; il ne faut pas faire buter ce vieil entêté.»
Au fond, il n'était pas trop découragé. Il s'était attendu et préparé d'avance à la réponse de l'Anglais, aussi ne chercha-t-il plus qu'un moyen de tourner la difficulté. En arrivant à l'hôtel, il alla trouver Hercules.
Le digne gentleman, vêtu d'une jacquette écossaise et coiffé d'une casquette sans visière, avait la grâce, la désinvolture, l'aisance et la noblesse des palefreniers anglais. Dès qu'il aperçut Quaterquem, il leva les yeux vers le plafond et parut en contempler les moulures avec beaucoup d'attention.
«Monsieur, dit Quaterquem, voulez-vous, je vous prie, vous promener un quart d'heure avec moi? j'ai à vous entretenir d'une affaire très-importante.
—Je n'ai point d'affaire avec vous, dit l'Anglais.
—C'est possible, dit Quaterquem, mais j'en ai avec vous, moi. Venez.»
Hercules le suivit, non sans peine, et tous deux allèrent se promener sur les bords de la Loire.
«Aimez-vous beaucoup miss Hornsby?» dit Quaterquem.
L'Anglais le regarda sans répondre.
«Je vois bien, continua Quaterquem, que ma question vous étonne un peu. Il faut que vous sachiez que j'aime passionnément miss Hornsby et que je veux, moi aussi l'épouser. Or M. Hornsby s'est mis dans la cervelle de vous donner la préférence, et cette idée bizarre s'est vissée si profondément dans son crâne que je ne viendrais jamais à bout de la dévisser sans votre aide. Voyons, parlez sincèrement: aimez-vous miss Hornsby?
—De quoi vous mêlez-vous? dit Hercules.
—Enfin, vous persistez à vouloir l'épouser?
—Parbleu! et je vous trouve hardi, monsieur, de me parler de ce ton.
—Quant à cela, dit Quaterquem, on parle comme on peut; l'essentiel est qu'on s'explique. En bon français, vous ennuyez miss Hornsby.
—Elle vous a chargé de me le dire?
—Pas tout à fait; mais je l'ai deviné, et j'ai cru bien faire de vous en prévenir.
—Monsieur, dit Harrison, cherchez-vous une querelle?
—Point du tout. J'ai reconnu à des signes certains que vous ennuyez miss Hornsby; de plus, je l'aime, et je lui plais....
—Vous lui plaisez!
—Je lui plais. Elle ne me l'a pas dit encore, mais c'est visible. Eh bien! je vous avertis charitablement, et dans votre intérêt, de faire une retraite honorable. Est-ce là un mauvais procédé, je vous le demande?
—Monsieur, dit l'Anglais, savez-vous que vous commencez à m'échauffer les oreilles?
—Je l'ignorais, répondit Quaterquem; mais je vous crois. Une dernière fois, renoncez-vous à épouser miss Hornsby?»
L'Anglais haussa les épaules sans parler.
«Savez-vous, reprit Quaterquem, qu'on s'est moqué de vous à Paris?»
Hercules rougit de colère.
«Quel est l'insolent qui l'a osé? s'écria-t-il.
—L'insolent, dit le Breton, c'est moi-même.»
Et il lui expliqua la mystification dont il avait été victime.
«Monsieur, dit l'Anglais, vous m'en rendrez raison.
—Allons donc! ce n'est pas sans peine, s'écria Quaterquem. Quel jour aura lieu notre rencontre?
—Demain.
—À quelle heure?
—À six heures du matin.
—Où?
—Ici même. M. Hornsby sera mon témoin.»
Les deux amis se séparèrent. Quaterquem, rentré à l'hôtel, écrivit à ses dix-sept amis la lettre suivante:
«Orléans, 18 avril 1859.
«Orléans, 18 avril 1859.
«Orléans, 18 avril 1859.
«Chers Dix-Sept,
«Après-demain, à six heures du matin, il faut que j'envoie le noble, le sage, l'aimable Harrison dans un monde meilleur, ou que j'aille moi-même y prendre place. Croiriez-vous que ce Saxon mal élevé a le mauvais goût de ne disputer le coeur et la main de la plus belle des filles d'Albion? C'est incroyable, en vérité!
«Vous pensez bien que je suis trop sage pour me laisser tuer comme un lièvre dans un sillon; mais il faut tout prévoir. Je vous envoie sous ce pli toutes les figures, toutes les planches et toutes les explications nécessaires à la construction de mon aérostat-omnibus. Il ne faut pas que le genre humain pâtisse de mes folies. Je n'ai pas le droit d'emporter en mourant ma gloire et mon secret avec moi.
«Adieu, mes chers et bien-aimés Dix-Sept, mes seuls amours après la divine Alice. Admirez comme tout s'enchaîne en ce monde. Si je n'avais pas reçu d'argent le 15 avril, je n'aurais pas acheté le plat à barbe du grand Napoléon; si je n'avais pas eu le plat à barbe, je ne l'aurais pas cassé et je ne serais pas allé à l'Opéra-Comique; si je n'étais pas allé à l'Opéra-Comique, je n'aurais pas vu miss Alice Hornsby, fille du docte Cornelius; si je ne l'avais pas vue, je ne serais pas amoureux; si je n'étais pas amoureux, j'aurais laissé tranquille le bourru Harrison de la maison Hornsby, Harrison et Co, et finalement, je ne serais pas en danger d'être mis prochainement au Panthéon, car je compte bien, mes chers et fidèles Dix-Sept, que vous prendrez soin de ma gloire, s'il m'arrive de passer le Styx.
«Venez tous sur mon coeur.
«Vôtre, Yves QUATERQUEM.»
Notre ami passa le reste de la journée fort tristement. Alice ne parut pas au dîner et resta dans sa chambre avec la paisible Kate. Cornelius essaya de parler archéologie; mais Quaterquem ne l'écoutait pas, et bâillait impitoyablement au nez de la maison Hornsby, Harrison et Co. Quant à Harrison, il ne prononçait pas une syllabe. Le soir, comme le Breton cherchait partout un témoin pour son duel, il entra dans un café où l'armée française jouait au billard en buvant de l'absinthe, et discutant le mérite de la jeune Jenny, qui n'est pas la même que:
....Jenny l'ouvrière,Au coeur content, content de peu.
....Jenny l'ouvrière,Au coeur content, content de peu.
....Jenny l'ouvrière,
Au coeur content, content de peu.
Jenny était une aimable Solognote qui faisait le bonheur des officiers, sous-officiers et soldats du 75e de ligne, et qui jouissait à ce titre d'une grande popularité dans ce noble régiment.
De tous les officiers qui étaient dans le café, un seul ne prenait aucune part à la conversation. C'était un jeune homme à la moustache blonde, à la figure mélancolique, qui était assis les pieds appuyés sur la table, au niveau de son menton. Il fumait doucement en regardant le ciel, c'est-à-dire le plafond noirci qui était au-dessus de sa tête.
«Bon! voilà mon homme,» pensa Quaterquem.
Et il alla droit à lui.
«Monsieur, dit-il en le saluant poliment, voulez-vous me permettre de vous demander un petit service?»
Le jeune officier mit pied à terre, le regarda pendant quelques secondes, et, content sans doute de la physionomie de Quaterquem, lui répondit avec la même politesse:
«Asseyez-vous, monsieur, je vous prie, et contez-moi votre affaire.
—Monsieur reprit le Breton, voulez-vous avoir la bonté d'être mon témoin? Je me bats en duel demain matin avec un Anglais.
—Très-volontiers, monsieur. L'affaire peut-elle s'accommoder?
—En aucune façon.
—Encore mieux. Et, sans être trop curieux, pourrais-je vous demander...
—Pourquoi je veux tuer cet Anglais? Écoutez, je vous prie, et soyez juge entre nous.
—Garçon! cria l'officier, deux verres d'absinthe et des cigares. Monsieur, je suis à vous.
—L'Anglais et moi nous aimons la même femme. Or, ledit Anglais, qui est le premier en date, veut absolument l'épouser. Je l'ai prié poliment de partir. Il tient bon et ne veut pas lâcher prise. Que feriez-vous à ma place?
—Précisément ce que vous allez faire. Je le prierais de s'aligner avec moi et d'en découdre.
—Eh bien! monsieur, voilà toute la question. Avez-vous besoin de quelque autre éclaircissement?
—À quoi bon?
—Je compte sur vous pour demain matin.
—C'est convenu.»
Le lendemain les deux combattants et les deux témoins parurent sur le champ de bataille. M. Hornsby voulut réconcilier les deux adversaires et s'approcha de Quaterquem. Aux premières ouvertures de paix, l'entêté Breton se contenta de répondre:
«Cela dépend de vous. Donnez-moi miss Alice en mariage, et je réponds de tout. Au fond je ne hais pas Harrison. Qu'il s'en aille et qu'il renonce à votre fille; je vous garantis que nous serons les meilleurs amis du monde.
—Je ne veux pas payer les frais de la guerre, dit Cornelius.
—Comme il vous plaira.
—J'ai juré de ne jamais donner ma fille à un Français.
—Et moi, j'ai juré de l'épouser.
—Mais, monsieur après tout, charbonnier est maître dans sa loge. Harrison me plaît.
—Eh bien! n'en parlons plus.
—C'est mon meilleur ami.
—Tant mieux. Chargeons les pistolets.
—Ce mariage est décidé depuis deux ans.
—Chargeons les pistolets!
—Et, pour me faire manquer à ma parole, il faudrait qu'Harrison eût commis envers moi la plus horrible trahison.
—Chargeons les pistolets!
—Enfin, monsieur, quoi qu'il arrive, je ne vous reverrai jamais.
—Au nom du ciel, chargeons les pistolets!»
Cette fois il fallut céder; et les deux adversaires furent mis en face l'un de l'autre à vingt pas de distance. Harrison, favorisé par le sort, tira le premier.
La capsule, mal assujettie sur le chien, n'éclata pas.
«Goddam!» s'écria Harrison furieux.
Et il jeta son pistolet à terre avec désespoir.
Par malheur, le premier choc avait mis la capsule à sa place, le second la fit éclater; le coup partit, et si malheureusement, que la balle alla frapper le pied de Cornelius Hornsby qui regardait tranquillement le combat.
Cornelius poussa un cri de rage.
«Animal! maladroit! butor! imbécile! assassin! imbécile! âne bâté! s'écria-t-il d'abord.
Harrison se précipita vers lui pour le soutenir dans ses bras; mais le vieux gentleman, outré de sa blessure, le repoussa violemment et s'assit sur l'herbe en poussant des gémissements.
«Aïe! triple brute qui va tirer sur moi au lieu de tirer sur son adversaire! Aïe! aïe! vit-on jamais une buse pareille?
—Mais, mon cher ami..... disait le désolé Harrison.
—Toi, mon ami! double traître!
—De grâce, mon cher beau-père....
—Beau-père, moi! Ah! tu peux chercher femme ailleurs, je te le garantis; beau-père! Tu comptais sur ma succession, je parie; et tu étais pressé de m'assassiner; beau-père! Il te faut un beau-père pour tirer à la cible! Et moi qui allais donner ma fille à mon meurtrier! Grand Dieu, je vous remercie de m'avoir épargné ce remords!»
Pendant ce discours, Quaterquem et son témoin, qui avaient grand'peine à s'empêcher de rire, donnaient des soins au blessé. Harrison était immobile et comme étourdi de sa disgrâce. Il tournait et retournait dans tous les sens le fatal pistolet, et oubliait complétement le duel même qui l'avait amené sur le terrain. Malheureusement, le vieil Anglais s'en aperçut.
«Eh bien! dit-il à Quaterquem, qu'attendez-vous pour continuer l'affaire? c'est à vous de tirer; faites moi justice de ce misérable qui a voulu m'assassiner!»
Harrison reprit son sang-froid, et se posta de nouveau en face du Breton, tout prêt à essuyer stoïquement son feu; mais Quaterquem désarma son pistolet et lui tendant la main:
«Mon cher monsieur, dit-il, vous pouvez partir.
—Je ne veux pas de grâce, dit l'Anglais.
—Non, pas de grâce pour cet assassin! cria Cornelius en ôtant sa botte. Brûlez-lui la cervelle comme il faut.
—Allez au diable, vieux fou! s'écria Harrison exaspéré. Pour une balle qui se trompe de chemin et qui peut-être lui a chatouillé le pied, il fait un tapage d'enfer!
—Monsieur, dit Quaterquem à Hercules, allez-vous-en; vous ferez votre paix une autre fois. Il n'est pas en état de vous entendre.
—Je ne partirai pas, répliqua l'entêté Hercules, avant que vous ayez tiré sur moi.
—Vous moquez-vous du monde, et croyez-vous que j'aie soif de votre sang? Votre mariage est rompu et ne se renouera pas. C'est tout ce qu'il me faut. Adieu, cher monsieur; si vous voyez la reine Victoria présentez-lui, je vous prie, mes respects.»
L'Anglais s'en alla sans répondre.
«Mon Dieu, que ce pauvre garçon est mal élevé! dit Quaterquem à son témoin. Il s'agit maintenant de transporter M. Hornsby à l'hôtel.»
Ils le prirent chacun par un bras et le conduisirent, clopin clopant, jusqu'à sa chambre. Arrivé là, l'officier salua, échangea une poignée de main avec le Breton et partit.
Alice et Mme Hornsby eurent grand'peine à comprendre ce qui s'était passé, et, suivant l'usage, versèrent des larmes abondantes, ce qui consola fort le malheureux Cornelius. Dès le premier examen le chirurgien rassura les dames, et s'engagea à remettre le blessé sur pied dans un mois. Harrison, qui se tenait caché dans l'antichambre, et qui attendait timidement la réponse du chirurgien, entr'ouvrit la porte avec précaution, et, croyant le moment favorable:
«Ce ne sera rien, dit-il avec sa gaucherie habituelle. Vous avez en plus de peur que de mal.»
À ces mots, le blessé bondit si brusquement hors de son lit que l'infortuné Harrison recula.
«Plus de peur que de mal! s'écria-t-il. Bourreau, tu veux donc m'achever? Va-t'en, scélérat! va-t'en! va-t'en!»
Alice lui fit signe de sortir de la chambre et le suivit.
«Contez-moi donc, s'il vous plaît, mon cher Harrison, dit-elle, pourquoi vous cherchez querelle à M. Quaterquem?
—Je n'ai pas cherché cette querelle, dit Hercules, je l'ai subie.»
Et il répéta la conversation qu'il avait eue avec son adversaire.
«Vous êtes deux rares extravagants, dit-elle en riant; je vous pardonne parce qu'il n'y a pas eu de sang versé, mais ne reparaissez plus devant moi.
—Alice, vous m'aiderez à apaiser votre père?
—C'est impossible; il est trop irrité contre vous.
—Ou vous êtes trop prévenue en faveur de ce Français.
—Moi, dit-elle en rougissant. Où prenez-vous cela, je vous prie!
—C'est lui qui me l'a dit.
—Belle autorité? M. Quaterquem est un fat; et vous êtes un impertinent de prétendre deviner qui j'aime ou que je hais.
—Alice, je vous aime tant et je suis malheureux! Au nom du ciel, obtenez ma grâce de votre père.»
Elle garda le silence. Hercules était condamné. Il le sentit; et, sans insister davantage, il partit le soir même pour Calcutta.
Le lendemain, Quaterquem reçut de ses amis la lettre suivante:
«Homme de génie!Laisse là les Anglais et leurs filles, et monte en wagon. Ne t'arrête pas à couper en morceaux le bourru Harrison. C'est du temps perdu, et tu te dois au genre humain. Ton invention est un coup de génie, que tous les gens du métier trouvent sublime. Ton aérostat-omnibus va dans moins d'un moins porter aux extrémités du monde la gloire de ta patrie et la tienne.«Ne dis pas que tu manques d'argent. Cent mille francs suffisent à ton premier omnibus aérien et nous avons déjà plus de six cent mille francs à t'offrir. La somme est prête et déposée chez le notaire.«Ce soir, immense génie à la cheville de qui n'irait pas Christophe Colomb, nous t'attendrons à la gare du chemin de fer d'Orléans.«À toi, LES DIX-SEPT.»
«Homme de génie!
Laisse là les Anglais et leurs filles, et monte en wagon. Ne t'arrête pas à couper en morceaux le bourru Harrison. C'est du temps perdu, et tu te dois au genre humain. Ton invention est un coup de génie, que tous les gens du métier trouvent sublime. Ton aérostat-omnibus va dans moins d'un moins porter aux extrémités du monde la gloire de ta patrie et la tienne.
«Ne dis pas que tu manques d'argent. Cent mille francs suffisent à ton premier omnibus aérien et nous avons déjà plus de six cent mille francs à t'offrir. La somme est prête et déposée chez le notaire.
«Ce soir, immense génie à la cheville de qui n'irait pas Christophe Colomb, nous t'attendrons à la gare du chemin de fer d'Orléans.
«À toi, LES DIX-SEPT.»
Aussitôt, il se présenta chez le vieil Hornsby. Sa fille le reçut seule.
«Alice, dit-il, je vais partir à midi, et ne vous reverrai peut-être jamais. M'aimez-vous?
—Et vous? répondit-elle.
—Jusqu'à la mort.
—Eh bien, ayez confiance en moi, et revenez. Quoi qu'il arrive, je n'aurai pas d'autre mari que vous.... Mais qui vous force à partir?
Quaterquem lui montra la lettre de ses amis. Elle la lut et lui dit:
«Vous avez raison, il faut partir. Fiez-vous à moi du soin de fléchir mon père.»
Elle lui tendit la main, Quaterquem partit plein d'amour et d'espoir, et plusieurs jours s'écoulèrent sans que miss Hornsby entendit parler de lui. Pendant ce temps, le vieil Anglais guérissait à vue d'oeil, et s'étonnait du silence mélancolique de la belle Alice.
—Est-ce que tu regrettes Harrison, dit-il un jour.
—Pas le moins du monde, cher père, répondit-elle.
—Est-ce que tu t'ennuies en France?
—Encore moins.
—Veux-tu aller à Naples et voir le Vésuve?
—Non.
—Veux-tu revenir à Londres?
—Non, mon père, Londres m'ennuie.
—Ah!»
Il garda le silence, devinant la pensée de sa fille.
—Est-ce que vraiment elle aimait ce Français? pensait-il. Épouser le fils du meurtrier de Nelson, ce serait un sacrilège! Ah! que les pères sont malheureux!
Dans cette extrémité, il résolut de retourner à Londres, et partit pour Paris le soir même. Comme il arrivait, il trouva dans un journal du soir la note suivante:
«On parle d'une immense découverte qui est due au génie d'un de nos professeurs les plus distingués, M. Yves Quaterquem. C'est un ballon-omnibus qu'on dirige à volonté, et qui parcourt en peu d'instants des distances prodigieuses. La première expérience faite hier devant une commission de l'Académie des sciences, a parfaitement réussi. Jamais le génie humain n'a fait de découverte plus utile et plus belle. Adieu les diligences et les chemins de fer. En quelques heures, l'homme va faire le tour de la planète.»
«On parle d'une immense découverte qui est due au génie d'un de nos professeurs les plus distingués, M. Yves Quaterquem. C'est un ballon-omnibus qu'on dirige à volonté, et qui parcourt en peu d'instants des distances prodigieuses. La première expérience faite hier devant une commission de l'Académie des sciences, a parfaitement réussi. Jamais le génie humain n'a fait de découverte plus utile et plus belle. Adieu les diligences et les chemins de fer. En quelques heures, l'homme va faire le tour de la planète.»
Le journal tomba de ses mains et fut ramassé par Alice.
«Eh bien, dit-elle, ai-je tort de l'aimer?
—Tu l'aimes donc?»
Pour toute réponse elle lui sauta au cou et lui prodigua les plus tendres caresses. Il se laissa toucher, car, après tout, le vieil Hornsby, de la maison Hornsby, Harrison et Co, n'est pas un méchant homme, ni un père barbare, ni un calculateur maladroit, et il sait très bien que l'inventeur des ballons-omnibus ne restera pas longtemps pauvre et obscur. Or, que veulent tous les pères? S'enrichir et chercher pour leurs filles des maris plus riches qu'eux-mêmes: c'est l'Évangile de toutes les familles.
C'est pourquoi, ayant bien pesé et calculé les avantages et les inconvénients, il écrivit, le 6 mai dernier, à notre ami Quaterquem le billet suivant:
«M. Hornsby, de la maison Hornsby, Harrison et Co, a l'honneur de prier M. Yves Quaterquem de le favoriser d'une visite demain matin à onze heures.«Son tout dévoué,Cornelius HORNSBY.»
«M. Hornsby, de la maison Hornsby, Harrison et Co, a l'honneur de prier M. Yves Quaterquem de le favoriser d'une visite demain matin à onze heures.
«Son tout dévoué,
Cornelius HORNSBY.»
Quaterquem n'eut garde de manquer au rendez-vous. Vous devinez le reste. Ils se marieront le 25 mai prochain à la mairie du 2e arrondissement, à huit heures du soir. Leur bonheur est sans nuages. Dans un an, Quaterquem sera l'homme le plus illustre des deux hémisphères. Son ballon est admirable et marche à merveille. Le 26 mai, aussitôt après la cérémonie nuptiale, notre ami doit prendre, avec sa femme, le chemin de la Chine, où il arrivera le soir même, et passera dans une maison de campagne, louée d'avance, le temps de la lune de miel.
__________________________Imp. G. Saint-Aubin et Thevenot,Saint-Dizier, 30, Passage Verdeau,Paris
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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
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