Chapter 2

Un homme d’une quarantaine d’années (c’est la longueur moyenne de la vie) et qui, ayant toujours aimé à lire, fait le compte rapide de ce qu’il n’a pas lu, est frappé d’épouvante. Quoi ! de tant de génies, de tant d’auteurs illustres, il ne connaît rien ! Et probablement ne connaîtra-t-il jamais rien, car avec la quarantaine arrive aussi la lassitude. Les enfants grandissent, les devoirs professionnels s’aggravent, la curiosité d’esprit baisse. Et puis parfois les yeux se fatiguent, la jeunesse est loin sous l’horizon. S’il n’a pas lu les poètes, ce n’est pas à cet âge qu’il les lira. S’il n’a pas ouvert les philosophes, ce n’est pas alors qu’il voudra les ouvrir. Peut-être, s’il a conservé l’amour des livres, prendra-t-il de temps en temps dans sa bibliothèque un classique, ou, en s’apercevant, rouge de honte, qu’il n’a jamais luHomèreou laBible, se condamnera-t-ilhéroïquement à les avaler. Pauvre Bible ! Pauvre Homère ! je parierais bien que pas un Français sur cent, même en ne parlant que des lettrés, ne les a lus !

Et pourtant, comme on a emmagasiné de phrases, à cet âge-là, pour peu qu’on n’ait pas eu horreur de l’imprimé ! Que de journaux, que de revues, que de livres du jour, que de comptes rendus, que d’inutilités ! Avec tout ce temps perdu, on aurait pu connaître plus que ce qu’un honnête homme se doit d’avoir lu chez les siens et chez les autres. Ici, que chacun se rappelle les derniers volumes qu’il a achetés ou empruntés à un ami bénévole. Assurément, quelque roman à mention « vient de paraître », fade repasse à centième eau d’un chef-d’œuvre de Balzac ou de Flaubert qu’il ne connaît peut-être que de titre. Puis quelque recueil d’articles de critique,Études et PortraitsouEssais et Mélanges, bavardage banal sur des médiocres qu’on a raison d’ignorer, ou sur de grands écrivains mais qu’on ignore tout autant peut-être, et que le temps passé à lire justement ce bavardage empêche de connaître. Et encore, quelquesRéflexions sur la situation présenteouConsidérations sur le temps prochain, divagation aussi vaine, et seulement plus copieuse que les articles dejournaux dont tout bon électeur se bourre par douzaine chaque jour.

Oui, comme nous gaspillons le précieux, comme nous dilapidons l’irréparable ! Et qu’il aurait mieux valu aller jouer aux boules que de se gaver la cervelle de tant de niaiseries ! Combien de gros livres dont il ne reste rien ! Combien de revues à répétition (douze, vingt-quatre, cinquante-deux décharges à mitraille par an), revues d’ailleurs réputées, pas de simples magazines, et qui sont d’un vide navrant ! Un jour qu’on s’aperçoit qu’on ne les lit plus depuis quelques mois, on se désole, on s’imagine arriéré, on entasse sur sa table dix ou douze gros in-8, on les dépouille, la plume à la main, et on n’en a pas pour prendre une page de notes. Conclusion : trois ou quatre soirées fébrilement perdues qu’on aurait pu passer voluptueusement à ne rien faire, ou, si le démon de la lecture avait été trop persuasif, à secouer quelques branches fruitières du verger de Rabelais ou à écouter quelques murmures dans la forêt de Platon.

Pour éviter ce néant agité, il suffirait peut-être d’une règle, d’une bande souple traversant la vie et dont on aurait fixé le bout au beau temps de sa jeunesse. Quelqu’un qui, à dix-huit ans, se serait dit : D’ici à la soixantaine, je veux savourer àpetites gorgées presque tout ce qui a paru d’exquis ou d’enivrant sur la table de l’esprit humain, et qui aurait dressé à larges services son menu, celui-là se trouverait, à l’heure où, « Tircis, il faut songer à faire la retraite », le type de l’esprit lettré et cultivé tel que l’ancienne France en comptait tant. Et cette hygiène ne lui gâterait en rien son plaisir. Cette armature ne l’ankyloserait pas. Il garderait l’estomac dispos et la démarche légère.

A trois auteurs par an, en moyenne, un peu plus pendant l’adolescence, beaucoup moins aux approches de la vieillesse, on peut ne pas redouter la fatigue. Si l’auteur proposé vous semble se répéter dans une abondance trop facile, ne lisez de lui qu’un ou deux tomes ; s’il vous passionne, laissez-vous entraîner ; on n’en meurt pas pour avoir avalé, en un an, vingt-deux volumes de Saint-Simon ou cinquante de Balzac. Mais l’important est de savoir qu’à telle hauteur dans la vie, on se sera à l’avance invité à s’asseoir à la table de tel grand écrivain. Cela ne vous empêchera pas de l’avoir connu plusieurs années auparavant, et cela ne vous empêchera pas non plus de le repratiquer beaucoup plus tard, si cela vous plaît, mais à tel âge, sauf raison spéciale, vous lui rendrez visite pour faire honneurà votre signature et, neuf fois sur dix, vous en serez très heureux.

Cette dégustation régulière, d’année en année, ne vous interdira pas les extras. Il y a des gésiers robustes qui digéreraient un volume par jour. Ceux-ci pourront dépasser la dose normale, et si leur carte porte, pour tel millésime, Shakespeare, ils pourront ajouter au plat de résistance tous les entremets de ses contemporains, et tous les hors-d’œuvre de ses imitateurs, et toutes les pâtisseries de ses critiques, commentateurs, historiographes, etc. Par contre, les gens absorbés par leurs occupations se dispenseront de lire l’œuvre intégrale du grand Will, mais ils pourront toujours, à un drame par mois, se remémorer une douzaine de chefs-d’œuvre et cela est bon. Entre ces deux doses, un volume par trimestre et un livre par jour, tous les appétits trouveront à s’ordonner.

Je présume, en effet, que les gens dont je parle ne seront pas de purs oisifs, et qu’il leur faudra réserver une bonne part de leur temps à des lectures techniques. Médecin, avocat, ingénieur, officier, prêtre, agriculteur, financier, chacun a toute une littérature spéciale qui le concerne, si riche d’ailleurs qu’il n’aurait pas le temps matériel de la connaître elle-même, s’il voulait notertout ce qui paraît dans son domaine, ou seulement dans le lopin de terre qu’il y cultive. On sait combien est opulente la bibliographie de la moindre sous-section de partie de science. Je prends donc pour type moyen l’homme qui, ses devoirs de profession accomplis et ses distractions mondaines réservées, peut disposer pour son cabinet de travail de trois ou quatre soirées par semaine ; sur celles-ci, le temps de ses travaux personnels et de ses études techniques mis à part, celui aussi, employé, il le faut bien, à froisser les journaux ou à couper le livre du jour, il peut lui rester de quoi lire, suivant les cas, un livre par huitaine, par quinzaine ou par mois. De douze à cinquante volumes par an, c’est déjà beau quand on les choisit bien. Le choix des livres est chose importante, ces amis fidèles sont aussi de terribles révélateurs. Voulez-vous connaître ce que vaut mentalement un homme ? Demandez-lui quel est le livre qu’il a relu le plus souvent dans sa vie.

Donc, que pourrait-on conseiller à un jeune homme pour lui éviter le gaspillage de temps et d’attention dont on aurait pâti soi-même, quelle « bande souple » un père proposerait-il à son fils sortant du collège vers dix-sept ans ? Un père, je suppose, d’esprit prudent et large à lafois, et qui avouerait que tous les livres ne sont pas à conseiller, mais pourtant qu’il n’est pas nécessaire de consulter à chaque pas les congrégations de l’Indexde droite et de gauche. C’est ce que je vais essayer de dire, tout en sachant très bien le peu de chance qu’aura cette bande d’onduler régulièrement à travers la vie, et qu’il faut tenir compte de bien des choses, depuis la course aux diplômes du début jusqu’à la course aux infirmités de la fin.

Pour mettre un peu de clarté dans ce programme de toute une vie, « pensée de jeunesse réalisée dans l’âge mûr », on peut distinguer des stades de sept ans. Le premier, de 18 à 24 ans, accuserait une dominance des poètes et des romanciers. Le second, de 25 à 31 ans serait consacré aux grands poètes étrangers, aux classiques français, aux historiens anciens. Le troisième, de 32 à 38 ans, aux grands poètes antiques, aux politiques modernes, aux vieux chroniqueurs. Le quatrième, de 39 à 45 ans, à nos poètes classiques et à nos moralistes contemporains, aussi aux grands philosophes et aux auteurs de mémoires des siècles derniers. Le cinquième, de 46 à 52 ans, à nos grands penseurs des dix-septième et dix-huitième siècles, aux philosophes anciens, aux récents auteurs demémoires. Le sixième enfin, de 53 à 59 ans, aux plus hauts esprits religieux.

Le schéma s’éclairera par les exemples. Toutefois on voit déjà que les grandes masses sont réparties d’une façon méthodique. Il y a quatre ou cinq séries parallèles : littérateurs, politiques, historiens, philosophes, écrivains sacrés, mais qui ne s’accompagnent pas servilement. La littérature moderne est abandonnée plus vite que la littérature étrangère et la littérature ancienne plus tôt que la littérature classique. Les histoires, chroniques, mémoires commencent de meilleure heure que les politiques et moralistes, et les philosophes devancent de quelques années les écrivains religieux. La période pendant laquelle la lecture est le moins chargée est, comme de juste, le dernier stade : un seul livre par an. Celle où elle l’est le plus, c’est celle de la quarantaine ; quatre noms à l’année. Tous les autres stades ne comporteront en principe que trois auteurs. Bien entendu, chacun à sa fantaisie bousculera tous ces garde-fous. Pendant le premier stade notamment, au poète annuel on pourra joindre autant d’autres poètes qu’on voudra, et en agir de même avec les romanciers, les dramaturges, les critiques. « Cet âge est sans pitié… »

Pour tous les auteurs, j’ai indiqué les éditions les plus faciles à trouver et les moins chères. Il faut penser aux gentilshommes campagnards qui n’ont pas de grandes bibliothèques à leur portée, ou même aux habitants de ces petites villes endormies où les cabinets de lecture sont inconnus. La province, chez nous, a toujours mis le livre très au-dessous d’autres distractions, et souvent on pourrait dire aujourd’hui comme jadis le jeune Racine : « Adieu ville d’Uzès, ville de bonne chère — où vivraient vingt traiteurs, où gémit un libraire. » Les livres les plus simples seront donc préférés. Il ne s’agit pas d’ailleurs de mettre la main sur l’oiseau rare des bibliophiles, ni sur l’édition impeccable des philologues, mais de lire un texte suffisant dans une typographie passable. Sans doute, si l’on peut avoir La Fontaine dans l’édition desFermiers généraux, on s’en réjouira, mais on le posséderait imprimé « avec des têtes de clous sur du papier à chandelles » qu’on ne l’apprécierait pas moins, je l’espère. La petiteBibliothèque nationaleà 0 fr. 25 vulgarise une bonne partie de nos classiques pour quelques dizaines de francs. Il y a d’autres collections non moins plausibles pour leur bon marché et leur variété, celle des livrets à 0 fr. 10 par exemple qu’édite Henri Gautier(ancienne maison Blériot). En Angleterre, laCassel’s libraryvous donne pour deux pences un drame de Shakespeare fort agréablement imprimé, ou un livre comme lesHérosde Carlyle, un peu dense mais très lisible. On tâchera de ne recourir à ces petites éditions à très bas prix que pour des ouvrages de second ordre qu’il serait trop long de déterrer au milieu d’œuvres complètes ; on n’a pas toujours sous la main les dix volumes de l’abbé de Mably, si l’on veut lire lesEntretiens de Phocion, pourquoi ne se les procurerait-on pas pour cinq sols ? ou encore pour de petites anthologies très spéciales ; puisque pour le prix d’un journal, on peut avoir quelques beaux vers provençaux de Mistral, Roumanille, Félix Gras, Aubanel, pourquoi ne s’en gratifierait-on pas ? Mieux vaut admirer tout de suite des fragments comme laVénus d’Arles, et laBallade du roi don Pèdre, que courir le risque probable de ne jamais les connaître en se disant : Je me procurerai bien quelque jour, pour les lire en entier, laMiograno entredubertoet leRomancero provençal.

Mais, hors ces exceptions, ou « saulve nécessité », on se servira des volumes à format ordinaire. L’œil s’est tellement habitué à la couleur jaune et à l’in-18 jésus que les autres visages surprennenttoujours un peu ; je sais des gens qui n’ont jamais pu se faire à la Bibliothèque elzévirienne, ou aux éditions Lemerre calquées sur elle. D’autant que les classiques sont vraiment à un prix abordable, les maisons qui les éditent laissant leurs volumes de fond à 1 fr. 75 au lieu de 3 fr. 50 ; pour un prix modique vous pouvez avoir tout Montaigne dans les 2 volumes, de chez Garnier, ou dans les 4 volumes plus à l’aise de chez Charpentier ; que peut-on demander de mieux ? Il sera toujours temps, si l’on veut étudier à fond un auteur, de recourir à la précieuse collection desGrands Écrivains de la Francede chez Hachette, à 7 fr. 50 le volume ; grâce à elle, un admirateur de Saint-Simon doublera presque son plaisir en le lisant dans l’édition si riche (presque trop) d’éclaircissements et de commentaires de M. de Boilisle. Dans leManuel de l’histoire de la littérature française, de Brunetière (Delagrave), on recueillera de succincts mais excellents renseignements sur toutes ces questions bibliographiques. Pour les modernes, au fur et à mesure qu’ils tombent dans le domaine public, l’aspect de leurs œuvres s’améliore. Pendant longtemps on n’avait desMémoires d’outre-tombeque l’imprimé mastoc, fautif et haché à la feuilletonne par Girardin, de la maison Furne ;maintenant Garnier vous offre l’édition parfaite de M. Edmond Biré. Balzac, de même, ne pouvait se lire que dans l’édition vieillie de Calmann, ou dans le petit texte à deux colonnes, si fatigant à l’œil, de l’éditeur Michel Lévy, aux illustrations inégales et mal tirées ; maintenant les éditions se multiplient ; il finira bien par en naître une pleinement satisfaisante. Quand Baudelaire aura la cinquantaine posthume, un éditeur se trouvera assurément qui débarrassera sesFleurs du maldes coquilles et coq-à-l’âne que la maison de la rue Auber perpétue religieusement dans ses tirages, ainsi le début duRêve parisien: « De ce terrible paysage — tel que jamais mortel n’en vit, » qui continue à être travesti : « De ce terrible paysage — que jamais œil mortel ne vit… »

Pour les traductions, la question est plus complexe ; il n’est pas indifférent de lire Homère dans Bitaubé ou dans Leconte de Lisle. Encore moins, pour un bilingue, de prendre la Bible anglaise de Tyndale ou la Bible française de Lemaistre de Sacy. Au fur et à mesure, nous nommerons les traducteurs qui semblent à préférer. A défaut d’indication contraire on s’en tiendra aux volumes habituels des bons éditeurs. Pour les livres d’histoire ou de philosophie, les traductions sont, en général, suffisantes et je ne m’en préoccuperaique rarement ; mêmes si elles laissent à désirer, elles n’en rendent pas moins service, un peu comme ces cartes fautives qui sont pourtant utiles aux voyageurs.

Avant tout, donc, il sera utile de faire venir quelques catalogues de grandes maisons d’édition, ou même de collections dites populaires, et d’avoir ainsi les formats et les prix de tous les livres qu’on va se voir proposer. Excellent aussi de se procurer, avant même ces catalogues, quelques bibliographies, non peut-être les savants répertoires Lorenz, Brunet et Guérard, encore qu’ils soient indispensables au moindre chercheur, mais par exemple laBibliographie de l’Histoire de France jusqu’en 1789, de G. Monod (Hachette) qui, en un volume, donne, méthodiquement classés et suffisamment hiérarchisés, les titres de près de 5.000 ouvrages. Comme il serait à désirer qu’il existât parallèlement uneBibliographie de l’antiquité, une de notreHistoire contemporaine, une enfin, à très grands traits, de l’Histoire générale de l’Europe! Mais déjà ce sont là outils de travail et non instruments de culture d’esprit. Or ce que nous voudrions faire justement ici, c’est non pas le répertoire intégral des grandes œuvres de tous les siècles, mais ce qu’au temps jadis on aurait pu appeler leCataloguedes livres d’une personne de goût, ou la Bibliothèque d’un honnête homme. Mettons, pour sacrifier à notre mauvais goût à nous :Ce qu’il faut avoir lu dans sa vie.

Fantaisie, dira-t-on, mais bien d’autres avant moi s’y sont laissés aller, et point les premiers venus. Auguste Comte a pris la peine de dresser pour laBibliothèque positivistela liste des chefs-d’œuvre de l’esprit humain, et sir John Lubbock a, lui aussi, écrit un livret qui obtint grand succès en Angleterre, sur lesCent meilleurs livres(The hundred best books). Il ne se passe pas d’année que quelque journal, au moment des vacances, ne propose à ses abonnés un « jeu d’esprit » de ce genre. Je pourrais donc, s’il en était besoin, m’abriter derrière ces diversement illustres devanciers.

Est-il besoin d’ajouter que tout, en cette causerie, ne sera donné qu’à titre d’exemple, et sans aucune prétention au complet ? Vouloir épuiser la matière serait aussi vain en littérature qu’en n’importe quoi. Et puis quelle étrange idée que de chercher à lire tout ce qui a été écrit sur un sujet ! C’est quand on s’est frotté un peu d’érudition qu’on sait en quoi, le plus souvent, elle consiste : à ne connaître les livres que de dos ; pas même, à avoir lu leurs titres sur des catalogues.En vérité le garçon de salle qui époussette les reliures fauves ou mordorées le long des rayons est bien supérieur à tel racorni bibliographe, car il connaîtra un peu de l’âme des livres, à voir leurs tailles, leurs costumes, leurs tatouages, alors que l’autre ne saura de ces peaux rouges que les noms, c’est-à-dire moins que rien. Quand je citerai tel ouvrage, surtout d’histoire ou de sociologie, ce sera sans doute un livre dont j’aurai droit, l’ayant lu, de parler, mais non de le dire l’unique ou même le meilleur ; plusieurs autres lui seront peut-être préférables, mais ces autres, je ne les connais pas.

Aurai-je eu tort, en ce cas, de ne pas les connaître eux aussi avant de parler de leur confrère ? C’est ce que les érudits diront, peut-être avec dédain ; mais quoi ! il y a autre chose sur terre que du noir sur du blanc ; et les livres, comme les pièces d’or, sont de bons serviteurs et de mauvais maîtres. Ce sont aussi, me direz-vous, d’excellents amis ; parfait, mais l’amitié exclut la cohue. Et puis ce ne sont pas nos seuls amis. A ne jamais sortir des bibliothèques, il vaudrait mieux n’y jamais entrer. Les champs du bon Dieu sont plus féconds que les alvéoles ducolumbariumlivresque.Invenies aliquid amplius in silvis quam in libris, a dit saint Bernard, qui neprévoyait pas, certes, qu’un seul numéro duPetit Journalmangerait pour son papier 170 arbres, le misérable ! Un homme aussi vaut mieux qu’un traité. « Mieux vaut lire dix passants que cent volumes, » disait lord Chesterfield. La vie, tout est là. Il faut ne considérer les livres que comme des adjuvants de sa propre existence. Sinon, ce serait le mot terrible : « Laissez les morts ensevelir les morts », qu’il faudrait jeter sur eux d’un coup de pelle.


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