1oLa Civilisation byzantine.Grâce à Dieu, elle sort enfin de l’inepte discrédit dans lequel elle gisait. Dire qu’on a osé comparer à la piètre société chinoise ratatinée dans ses rites et ses alphabets, abrutie par ses calculs usuraires et ses cultures stercoraires, et dont le plus haut coup d’aile a imaginé d’assez jolies potiches etd’assez grimaçants épouvantails, cette admirable civilisation byzantine, à la fois mystique et guerrière, scientifique et conquérante, sœur cadette de la civilisation hellénique, mais digne de son aînée, car si elle lui est inférieure sous le rapport des marbres, elle lui est, sous tous les autres, égale ou supérieure ! La théologie chrétienne, qui est tout entière l’œuvre des Pères grecs, ne vaut-elle pas la philosophie de Platon ? La science byzantine n’égale-t-elle pas la science athénienne ? Le feu grégeois brûlait du moins avec une autre certitude que les miroirs d’Archimède. La coupole de Sainte-Sophie n’est-elle pas digne du fronton du Parthénon, et plus généralement n’y a-t-il pas plus de variété, de richesse et de beauté dans l’architecture byzantine mère de l’arabe, de la mauresque, de la persane et de l’hindoue, que dans la cella à colonnes qui s’obstine tout au long des promontoires d’Hellas ? Le Bas Empire, quel fâcheux jeu de mots ont fait là les pédants ! Je voudrais bien savoir ce qu’auraient fait Athènes et Sparte, et la Macédoine par-dessus le marché, s’il leur avait fallu lutter contre l’Islam. Que l’on compare seulement l’expédition des Athéniens en Sicile, et les campagnes des Autocrators dans la Grande Grèce, et qu’on se rappelle le peu de durée qu’eurent les rayonnements de l’ancienne civilisation hellénique, la Scythie grecque, l’empire gréco-bactrien, l’œuvre des Lagides et des Séleucides,en regard de la force d’expansion et d’ascension du monde russe, fils de la civilisation constantinopolitaine.
Donc on aura raison de vouloir connaître d’un peu près cette longue épopée byzantine, plus longue même que l’épopée romaine. Et pour la connaître, on ne pourra mieux faire que de feuilleter dans quelque bibliothèque publiquele Palais impérial de Constantinople, de Labarte, ou lesMonuments de l’art byzantin, de MM. Millet, Diehl, etc. (Leroux). A défaut de ces grands ouvrages, et de ceux analogues de Texier, Didron, Couchaud et autres, le petit manuel de M. Bayet, l’Art byzantin(Quantin), rendra des services. Dans la collection des Villes d’art (Laurens), un volume sur Constantinople a paru et un autre sur Ravenne. Comme récits proprement dits, on laissera de côté les grandes machines rouillées de Gibbon et de Lebeau (tout au plus ici la récenteHistoire de la civilisation hellénique, de Paparrigopoulo, chez Hachette) ; mais on prendra les 3 volumes d’Amédée Thierry sur lesMinistres des fils de Théodose,Saint Jean Chrysostome,Nestorius et Eutychès(Perrin), et quelques intéressantes monographies, laThéodora, de Debidour, l’Héraclius, de Drapeyron (Fontemoing), leConstantin Porphyrogénète, d’Alfred Rambaud, et leNicéphore Phocas, de Schlumberger (Didot) ainsi que les 2 volumes de l’Épopée byzantine(Hachette), qui lui fontsuite. Ces trois derniers ouvrages, luxueusement illustrés, suffiraient à donner de l’histoire de Constantinople l’idée la plus brillante. Un roman de Jean Lombard,Byzance, écrit dans un style fatigant, est assez curieux aussi au point de vue évocatoire pour le temps de Justinien. Un autre ouvrage, qui se lit comme un roman et mieux que tel roman,la Grande Grèce, paysages et histoire, de François Lenormant (A. Lévy, 3 volumes), regorge de très particuliers détails à la fois sur la période médiévale, sur le siècle pythagoricien et même sur les temps contemporains ; il est possible que le renouveau de faveur du byzantinisme vienne en partie de ce livre.
2oLes Cathédrales.Ici rien ne vaut une collection de photographies, si ce n’est un voyage aux édifices mêmes. Mais ces notes sont rédigées à l’usage des sédentaires. Va donc pour les planches ! Il y en a de tout genre, depuis les Albums historiques des éditeurs scolaires, Colin, Delagrave, Delalain, etc., jusqu’à la grande publication desSites et Monuments, éditée par le Touring-club, en passant par les collections, dela France vue par les artistes, de l’Univers pittoresqueet duTour du Monde. Bien entendu, si on habite Paris, on ne négligera pas les promenades au Musée du Trocadéro. Mais s’il vaut mieux voir les cathédrales elles-mêmes que quelques fragments moulés, et des moulages que des photographies, et des photographies que desbouquins, pourtant, il faut l’avouer, l’étude de certains livres est bien utile. Que de gens chez qui de sincères goûts esthétiques auraient continué à dormir si quelque enthousiaste Ruskin n’était venu les réveiller à grand carillon ! De tous les amours, il n’en est peut-être pas de plus communicatif que celui des belles architectures.
Aussi sera-t-il difficile de lire un livre à la fois savant et ardent comme l’Art au treizième siècle, de M. Émile Mâle, sans se sentir naître une âme d’« homme des cathédrales ». Alors, on se jettera sur tel tableau d’ensemble luxueusement présenté comme l’Art gothique, de Gonse, et peut-être, la curiosité croissant, recourra-t-on à la riche mine des répertoires de Viollet-le-Duc. Il y a dans les 10 volumes duDictionnaire raisonné de l’architecture française, et dans les 6 volumes duDictionnaire raisonné du mobilier français, de quoi se dispenser de lire toutes les compilations des vulgarisateurs comme Paul Lacroix, qu’à défaut des savants originaux (Quicherat, de Caumont, Didron, Courajod), on pourra d’ailleurs parcourir, ne serait-ce que pour les illustrations (3 gros volumes, Didot). Mais de ces ouvrages les uns sont introuvables hors des bibliothèques publiques, tels les Viollet-le-Duc, les autres d’un prix élevé, tels Gonse et Mâle, et plus encore les belles photographies et lesSites et Monuments. Heureusement, les petits volumes de la « Bibliothèque de l’Enseignement desBeaux-Arts », sont d’obtention plus aisée ; on aura donc toujours l’Architecture romaneet l’Architecture gothique, de Corroyer, quoique les renseignements y soient forcément bien succincts.
Il serait bon, si l’on voulait ne pas être trop superficiel en cette étude, de se procurer quelques documents illustrés sur l’étranger. Il y a eu dans toute la chrétienté médiévale une floraison artistique qui, pour tirer son origine de la France, n’en a pas moins donné des œuvres très originales en d’autres pays, notamment en Portugal et en Angleterre. Le mot gothique, on le sait, ne doit pas faire illusion ; la terre germanique n’a rien donné qui atteigne de loin au style manoel ou au style tudor. Mais les chefs-d’œuvre d’outre-mer ou d’outre-monts ne valent pas, malgré tout, nos vieilles merveilles de France ; je connais presque toutes les grandes églises médiévales de l’étranger, aucune ne m’a terrassé d’admiration comme l’écrasante cathédrale de Bourges.
3oL’Église.— Celui qui aura longuement contemplé cette blanche robe de cathédrales que la chrétienté revêtit alors, suivant le mot du vieux chroniqueur, voudra assurément connaître l’origine de cette renaissance artistique. Et semblablement qui aura considéré le moyen âge ne résistera pas à la tentation d’interroger ce qui fut son âme, l’Église. Mais là encore, il faudra se garer des redoutables « Histoire de l’Église »en vingt ou cinquante volumes. Il faut avoir une vie devant soi pour lire l’abbé Darras ou l’abbé Rohrbacher. Et puis nous n’écrivons pas ici pour les érudits qui d’eux-mêmes sauront bien où trouver laGallia christiana, des Bénédictins, ou lesActa sanctorum, des Bollandistes, ni pour les spécialistes qui puiseront des voluptés dans l’antiqueHistoire ecclésiastique, de l’abbé Fleury, ou dans la récenteHistoire des Conciles, de Hefele, mais pour les simples curieux d’idées générales. A ceux-ci conviendront mieux, exception faite pour un manuel servant de guide, quelques livres comme laFrance chrétienne dans l’histoire(1 volume, Didot), oules Moines d’Occident, de Montalembert ; on ne comprend pas le haut moyen âge si on ne se fait pas une idée de cette sorte de colonisation expansive que fut l’œuvre de nos moines. Dans la collection des « Saints » (Lecoffre), on trouvera des ouvrages louablement brefs et suffisamment érudits sur quelques grandes figures, par exemple leSaint Dominiquede Jean Guiraud, ou leSaint Vincent de Paul, d’Emmanuel de Broglie, à quoi on peut ajouter, dans un genre différent, laVie de sainte Lydwine de Schiedam, de Huysmans (Stock), et laVie de sainte Catherine d’Alexandrie, écrite au quinzième siècle, par Jean Miélot (Letouzay).
Il ne faut pas mépriser les biographies. Le courant est, je le sais, en sens contraire. On affirme que les individus ne sont rien devant lecollectif, et qu’en histoire il n’y a de digne d’attention que les institutions, les coutumes, les rites ; comme s’il n’y avait pas plus de choses, suivant le mot de Nietzsche, dans un philosophe que dans toutes les philosophies, et comme s’il n’était pas pour nous plus important de connaître l’âme d’un saint Bernard que la collection complète des décrets des Conciles, des règles des Ordres et des rituels des Liturgies. Et dans saint Bernard, ce n’est pas au grand pasteur de peuples que je pense. Sans doute, ce qu’on voit de l’Église, de loin, ce sont des figures géantes comme la sienne, ou celle de Grégoire VII, ou d’Innocent III, et sur eux tous il y a de savants livres, celui de Hurter (3 volumes traduits) sur Innocent III, celui de l’abbé Delarc sur Grégoire VII, celui de G. Chevallier sur saint Bernard ; mais je crois qu’on saisira mieux encore la force d’expansion du christianisme d’alors en s’adressant à des figures moins hautaines, à des saints méditatifs ou extatiques, à ce bienheureux Raymond Lulle, par exemple, dont Marius André a écrit la vie (Lecoffre), qui ne fut même pas l’alchimiste qu’on dit, qui ne fut qu’un apôtre, et qui a laissé dans leLivre de l’Ami et de l’aiméune des manifestations les plus étonnantes de ce mysticisme attendri qui devait bientôt donner « le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes », l’Imitation.
4oLes Universités.— Au moyen âge, l’Église etles Universités marchent ensemble, et l’accord ne peut surprendre que les esprits d’un certain tour. Physique et métaphysique ont des terrains si distincts qu’on ne voit pas quels conflits seraient possibles entre elles si, hélas, l’une et l’autre n’avaient pour champions des hommes. Mais au fond n’est-ce pas le même désir de vérité absolue, poursuivie à tout prix, qui a produit la grande expansion religieuse qui ouvre le moyen âge et la grande expansion scientifique qui le ferme ? Aucun psychologue ne secouera ici la tête. L’oratoire est frère du laboratoire.
Mais laissons ce sujet qui demanderait un volume, et en nous en tenant aux Universités médiévales, renvoyons, pour les généralités, à l’Histoire de la civilisation française, d’Alfred Rambaud (Colin), pour les détails à diverses biographies ou monographies, par exemple leGerbert, d’Hock, qui a été traduit en français, l’Averroès, de Renan, leSuger, de Huguenin, leRoger Bacon, de Charles, et l’Abélard, de Rémusat. Peut-être même pour ce dernier, de préférence aux 2 volumes didactiquement écrits, fera-t-on bien de prendre le drame philosophique du même auteur,Abélard(1 volume, Calmann-Lévy). C’est un ouvrage qui mériterait d’être plus connu ; à lui seul il suffirait à donner une vivante idée du monde scolastique du douzième siècle et des grandes luttes qui l’animèrent, encore que le mot d’Abélard expirant au dernier acte ne semble pasd’accord avec ce qu’on sait du maître d’Héloïse. Et puisque ces noms se présentent, qu’ils fassent penser à lire lesLettresdes deux malheureux amants ; la traduction Victor Cousin (1 volume, Garnier) est dite la meilleure.
Quant aux ouvrages spéciaux sur le progrès des diverses sciences au cours des siècles, ce qui est peut-être la partie la plus importante et la plus intéressante de toute l’histoire, on trouvera toutes les indications nécessaires dans laBibliographie de l’histoire de France, de G. Monod, ou dans les bibliographies qui suivent les chapitres de l’Histoire générale, de Lavisse et Rambaud.
5oLe Procès des Templiers.— C’est encore un des points obscurs de notre histoire, et peut-être, une année, se laissera-t-on aller à la tentation d’y voir clair. Les pièces duProcèsont été produites par Michelet, en deux gros volumes, dans laCollection des documents inédits, publiée par le Ministère de l’Instruction publique. On les complètera avec le texte de l’Enquête éditée plus récemment par J. Loiseleur dans son livre :la Doctrine secrète des Templiers. Et si l’on veut avoir l’opinion de la critique actuelle, on lira l’article de M. Langlois dans la « Revue des Deux Mondes » de 1891. Sur l’époque où se passa cette sombre tragédie, le livre classique, quoiqu’un peu ancien, est celui de Boutaric :la France sous Philippe le Bel.
6oL’Inquisition.— Autre problème sur quoion tiendra sans doute à se faire une opinion. Heureusement il n’intéresse pas trop la France, et dans la mesure où il l’intéresse, on aura de suffisantes lumières avec le livre de Ch. Molinier : l’Inquisition dans le Midi de la France. Mais il intéresse énormément l’Espagne, et, chemin faisant, on pourra se demander les raisons de la grandeur et de la décadence de ce noble pays. Pourquoi tant d’obscurcissement après tant de splendeur ? Inquisition, Monachisme, Centralisation, Émigration, Expulsions, Mesta, Almojarifazgo, que d’explications furent données et combattues ! Mais qui sait si, au fond, on n’a pas exagéré la décadence comme la grandeur ? L’Espagne actuelle est un pays de plus de ressources qu’on croit et qui, à la moindre éclaircie, redevient assez florissant. Quant à l’Espagne d’autrefois, était-elle si éblouissante qu’on nous l’a dit ? Les quarante millions d’habitants qu’elle aurait eus sous les Romains seraient vite morts de faim sur le plateau des Castilles, et pour les merveilles d’hydraulique agricole qu’auraient inventées les Arabes, le spectacle des cultures marocaines d’aujourd’hui les rend peu croyables. Il est possible que l’Espagne soit un pays qui ait fait toujours illusion, pour la richesse par quelques huertas, points de verdure perdus dans d’abrupts déserts, et pour l’importance historique par quelques chances inouïes qu’elle ne méritait peut-être pas, mais qui, c’est son éloge, l’onttrouvée digne d’elles. Ceci ne persuadera pas, d’ailleurs, ceux qui expliquent la torpeur dans laquelle s’endormit la péninsule, il y a deux cents ans, par l’Inquisition. Et qui oserait dire qu’ils ont tort ? Les mouvements psychologiques sont les plus mystérieux dans leurs causes, les plus inattendus dans leur marche et les plus démesurés dans leurs résultats ; quand on voit ce que donne la panique dans une armée dont peut-être l’ennemi est en fuite, et la passivité en face d’une Terreur, au fond dénuée de toute force réelle, on ne peut pas nier qu’une menace continue comme celle de l’Inquisition soit capable des conséquences les plus graves pour une civilisation.
Quant aux événements de l’histoire du Saint-Office, ce qui complique leur étude, c’est que la plupart des pièces officielles ont été détruites à l’époque de Joseph Bonaparte. L’Histoire de l’Inquisition d’Espagne, de Llorente, qui reste la principale source, est sujette à caution. Llorente, ancien familier de l’Inquisition, s’appuie sur des documents qu’il dit avoir connus, mais que personne ne peut maintenant contrôler ; le chiffre de 30.000 victimes qu’il donne pour le bilan du régime inquisitorial a été contesté, et l’on en trouvera la discussion critique dans un appendice à l’Histoire de Ximenès, par Hefele, qui a été traduite en français. La brillante et célèbreLettre sur l’Inquisition, de Joseph de Maistre, est à lire aussi pour remettre bien des choses aupoint. Peut-être en effet aurait-il mieux valu, au seizième siècle, tomber entre les mains des inquisiteurs d’Espagne comme suspect d’hérésie, qu’entre celles de juges protestants d’Allemagne ou d’Écosse comme suspect de sorcellerie. S’il est exact, ainsi que le dit Jules Baissac dans saSorcellerie, que le nombre des victimes de la manie démonologique dans le Saint-Empire ait été d’un million, le personnel de Torquemada doit s’avouer vaincu. Il est vrai qu’il ne faut pas juger de ces tristesses de l’histoire humaine d’après les chiffres seuls, car alors la palme sanglante devrait être, sans conteste, décernée à notre Révolution. Je ne veux pas quitter la matière des auto-da-fé sans noter la récenteHistoire de l’Inquisition, de Ch. Lea (traduite en français avec préface de S. Reinach) ; elle arrêtera sans doute ceux qui, par amour du paradoxe, auraient été tentés de réhabiliter les inquisiteurs, ces fâcheux interrogants qui, remarquait quelqu’un, se tenaient toujours à côté de la question.
7oLe monde asiatique.— Encore d’analogues problèmes, ceux de la grandeur et de la décadence des civilisations arabe, persane, maure, turque, mongole, hindoue. A-t-on ici, également, exagéré les choses ? La science arabe ne serait-elle qu’affaire de traducteurs et de compilateurs ? La splendeur des Khalifes serait-elle un demi-rêve desMille et une nuits? L’invasion musulmane a-t-elle conquis l’Asie et l’Afrique aumoment où allaient lever les germes d’une renaissance semés par le christianisme de Byzance ? L’Islam porterait-il en lui un double principe d’excitation passagère et de dépression consécutive et définitive ? Il est possible qu’il y ait un peu de vrai dans toutes les réponses qu’on pourrait faire. Dans tous les cas, si l’on prend laCivilisation des Arabes, de Gustave Le Bon (Didot), qui est un bon livre d’ensemble, on devra se mettre en garde, tout d’abord, contre le titre, la civilisation de l’Islam n’ayant pas été l’œuvre d’Arabes, mais de Syriens, de Coptes, de Berbères, d’Ibères, de Grecs, de Persans, voire de Turcs comme Avicenne, et surtout, peut-être, de renégats européens : un des plus fameux grands vizirs de Stamboul, Kiuperli, qui faillit prendre Vienne, se nommait, dit-on, Mastaï, grand-oncle peut-être de Pie IX, et nous savons par les captifs d’Alger et de Tunis que presque tous les reïs barbaresques étaient d’origine italienne, provençale ou catalane.
Ceci posé, on pourra lire : Sur le khalifat de Cordoue : l’Histoire des musulmans d’Espagne, de Dozy, qui donne de bien curieux détails sur la façon dont la langue arabe avait submergé en Andalousie la langue romane, et dont la civilisation du désert s’était substituée à la vie européenne, ainsi les députés de Louis le Débonnaire obligés de séjourner plusieurs mois à Saragosse parce que la caravane pour Cordoue ne partqu’une fois par an. Sur le Khalifat des Fathimites, les trois volumes de planches in-fo, de Prisse d’Avesne : l’Art arabe d’après les monuments du Caire; à défaut de cette luxueuse publication, le petit précis de Gayet, l’Art arabe, dans la collection Quantin. Sur le khalifat de Bagdad, l’Histoire des Arabes, de Sédillot, malaisée à obtenir. Sur les Turcs et les Mongols, la très savante et très intéressante, bien qu’écrite un peu trop prétentieusement,Introduction à l’Histoire de l’Asie, de Léon Cahun (Colin). A ce livre de fond, on ajoutera quelques documents du temps, tels que leLivre de Marco Polo(2 volumes, Didot), si savoureux dans son vieux français : « Il y avait si grand cri d’une part et d’autre à moult grand planté de mors et de navrés que l’on ne put pas ouïr dieu tonnant, car la bataille fut moult aspre et félonesse et ne s’épargnaient de rien à occire. » Nous sommes bien peu excusables d’ignorer en France ce vieux récit qui est un des monuments de notre langue ou, si l’on préfère, une des meilleures preuves de la royauté qu’elle exerçait au treizième siècle. Le voyage, ainsi que ceux de Rubruquis et Plan Carpin qu’on trouvera dans le « Recueil de la Société de Géographie de Paris », remet d’ailleurs les choses au point sur ces pays des « oliphants et des girofles », que nous sommes trop tentés de voir à travers lesMille et une nuits. De la capitale mongole Rubruquis écrit : « Excepté le palaisdu Khan, elle n’est pas si bonne que la ville de Saint-Denis dont le monastère vaut dix fois mieux que tout le palais de Mangou. » Sur la Perse, le second volume de l’Histoire des Perses, de Gobineau, ou leCoup d’œil sur l’histoire de la Perse, de Darmesteter. Sur l’Inde, enfin, lesCivilisations de l’Inde, de Gustave Le Bon, ou l’Essai sur l’évolution de la civilisation indiennede M. de la Mazelière, deux ouvrages écrits à des points de vue antithétiques, ce qui ne fait que les rendre plus instructifs, le premier basé sur la différence absolue des civilisations et des évolutions, le second sur les ressemblances, au contraire, qu’ont présentées l’Inde et l’Europe jusqu’à l’arrivée de Dupleix et de Clive, et sur le probable d’un rapprochement prochain, qui irait en s’accentuant. Le premier volume du livre de M. de la Mazelière contient une bonne bibliographie de la matière, on y puisera des envies de lectures ; j’ai idée que lesMémoires du sultan Bâber(traduction Pavet de Courteille, chez Leroux), doivent être fort curieux, ou encore lesVoyages, de Tavernier, en 1676, et de Bernier, une trentaine d’années plus tard, dans les États du grand Mogol.
Nous voici arrivés au terme de notre troisième stade, hélas, presque à la quarantaine déjà ! Résumons les lectures bigarrées que nous nous serons imposées pendant ces derniers sept ans.
32. Dante (et les autres poètes italiens classiques).Joseph de Maistre (et Xavier, Bonald, etc.). Grégoire de Tours (et autres chroniqueurs ; Michelet qu’on poursuivra les années suivantes). La civilisation byzantine (Amédée Thierry, Schlumberger, Lenormant, Bayet).
33. L’Arioste (et les poètes italiens contemporains, avec Mistral et les félibres). Mme de Staël (Benjamin Constant, Joubert). Le cycle poétique de Charlemagne (les chroniqueurs comme Eginhard aussi). Les cathédrales (Gonse, Mâle, Corroyer).
34. Virgile (et les poètes du siècle d’Auguste). Lamennais (Proudhon et Bastiat, les Saint-Simoniens). Villehardouin (quelques chroniques de la première croisade). L’Église (les Moines d’Occident, la Collection des Saints).
35. Lucrèce (et les autres poètes latins ; Gaston Boissier). Guizot (Thiers, Villemain, Cousin). Joinville (et les autres chroniqueurs du temps). Les Universités (Rambaud, Rémusat, les Lettres d’Héloïse et d’Abélard).
36. Homère (et les poètes grecs d’avant les guerres médiques ; Croiset). Michelet (et les Thierry, Mignet, Barante). Les chroniques de Froissart. Le Procès des Templiers.
37. Eschyle (Sophocle, Euripide, Pindare). Quinet (Ballanche, Swetchine, les mystiques, les occultistes). Le Procès de la Pucelle (le tome V de Michelet). L’Inquisition (Llorente, Hefele, Joseph de Maistre, Lea).
38. Aristophane (Démosthène, Théocrite, Lucien, l’Anthologie). Fustel de Coulanges (et Paul Viollet). Commynes. Le monde asiatique (G. Le Bon, Gayet, Marco Polo, Cahun, la Mazelière).