Chateaubriand, 23 mars 1823.
L'ouvrage dont Madame de Genlis s'occupait alors et dont il est question dans cette lettre, c'était une édition nouvelle de l'Encyclopédie, complètement transformée et reconstruite sur d'autres bases. Dans cette oeuvre immense, elle se chargeait de refaire tous les articles de Diderot, de revoir toute la mythologie; de faire le prospectus, en y substituant des principes tout opposés à ceux dont s'étaient inspirés les écrivains du XVIIIe siècle.
Madame de Genlis demeurait alors à la place Royale; elle avait 78 ans, et, comme elle le dit, le manque de persévérance n'avait jamais été son défaut. Ce n'est pas par présomption, ajoutait-elle, qu'elle avait osé former une telle entreprise; elle obéissait à des convictions religieuses, et, Dieu aidant, elle espérait mener à bien, ou du moins mettre en bonne voie cette oeuvre colossale. On lui avait donné l'espérance que Chateaubriand protégerait l'entreprise de tout son pouvoir; «il le lui avait promis lui-même, et certainement alors il en avait le projet[45].» La lettre de Chateaubriand témoigne à la fois de sa bienveillance pour l'oeuvre et de son respect pour son auteur: la vie de Madame de Genlis avait fait honneur aux lettres; «elle avait instruit et charmé les générations;» elle était en possession d'une grande célébrité.
Aujourd'hui à l'exception de ses mémoires, dont la lecture est intéressante, ses livres ont passé de mode: c'est le destin des oeuvres légères; le roman surtout est soumis aux variations du goût; ce qui a le plus charmé une époque par la peinture de ses moeurs, de ses idées et de son langage est jugé faux et insupportable par la génération qui la suit, quoique le plus souvent la forme seule ait changé. Mais quand la vogue a cessé, quand la célébrité s'est évanouie et que l'oeuvre même a péri, quelque chose survit encore: il reste le souvenir d'une gloire qui a eu sa raison d'être, d'une imagination où s'est reflétée l'âme d'un siècle, d'un coeur à l'unisson de celui des contemporains. Celle qui, après avoir vécu de sa plume pendant des jours difficiles, forme à 78 ans le projet, le rêve si l'on veut, de refaire l'Encyclopédie, mérite assurément autre chose que le dédain et le dénigrement.
Ce qui caractérise surtout Madame de Genlis, ce sont les qualités du coeur: elle était bienveillante; elle ne voyait les choses que par leurs beaux côtés, et les hommes que par le mérite particulier qu'elle croyait reconnaître en eux; point de mauvais sentiments, point de haine ou d'aversion; son optimisme s'étendait à tout et survivait aux déceptions, sans que jamais sa croyance au bien fût ébranlée. Cette heureuse disposition ne doit-elle pas inspirer au moins la sympathie pour sa mémoire?
Il resterait à expliquer, si ce détail avait de l'intérêt, comment la lettre de Chateaubriand à Madame de Genlis a pu passer dans les mains de Madame de Custine et faire partie de sa collection. Aucun signe ne l'indique. En tête de la lettre, sur le côté, on lit:auteur d'Atala, et au bas:Chateaubriand. Ces mots écrits au crayon ne sont pas de la main de Madame de Custine. Il est probable que Madame de Genlis l'avait donnée à Astolphe, qui l'a réunie à celles que sa mère avait conservées.
Madame de Custine ne perdait pas de vue un seul instant ses sollicitations en faveur de son fils; elle les multipliait sous toutes les formes. Le 24 mars, elle écrit à Chateaubriand qu'elle est allée la veille aux Tuileries, que Monsieur lui a demandé ce que faisait son fils, et que lorsqu'elle lui répondit: rien, elle a vu un grand embarras se peindre sur sa physionomie. Il n'y a, dit-elle, que la diplomatie qui convienne à Astolphe; ce chemin de la Pairie serait moins difficile que de l'obtenir debut en blanc; cela ne paraîtrait pas si extraordinaire. «C'est à ma sollicitation, ajoute-t-elle, que Fouché a fait Pair M. de Brézé; convenez qu'il serait piquant que vous ne puissiez en faire autant pour Astolphe.»
Comme on le voit, Madame de Custine est une intrépide solliciteuse; elle reconnaît que la nomination de son fils pourrait paraître extraordinaire; et, en effet, des titres personnels, il n'en avait pas; par sa famille, il n'en avait pas davantage; qu'est-ce que la monarchie devait à son grand père, général de la république, et à son père? Tous deux avaient péri victimes de la cause qu'ils avaient servie, et non pour le service de la royauté. Mais qu'importe? ce que Fouché avait pu faire, pourquoi Chateaubriand ne le ferait-il pas? Ce parallèle avec Fouché était peut-être un peu risqué et dépassait la mesure. Mais Chateaubriand ne se fâcha pas; il répondit le lendemain d'un ton de bonne humeur: «Mes amis d'autrefois sont mes amis d'aujourd'hui et de demain. Je dînerai avec vous lundi prochain. Nous parlerons d'Astolphe[46].»
Il est probable que Chateaubriand promit quelque nouvelle démarche qu'il ne put pas faire. C'est ce qui résulte du billet suivant:
[Mardi], 1er avril 1823.
Eh! bien, voyez quelle fatalité! Je ne puis. Je suis, dans ce moment, complètement brouillé avec Corbière. Ne le dites même pas. Si je me raccommode, je suis à vous. J'ai revu votre bonne et spirituelle Polonaise à l'Infirmerie. Elle est meilleure que vous.
À vous pourtant.
Ch.
C'est de l'Infirmerie de Marie-Thérèse, fondée à l'extrémité de la rue d'Enfer, par les soins de Madame de Chateaubriand, qu'il est ici question. Cet asile destiné aux prêtres âgés et infirmes, recevait aussi, à cette époque, des femmes malades ou convalescentes. LesMémoires d'outre-tombeen donnent un exemple touchant: «J'ai vu, dit Chateaubriand, une Espagnole, belle comme Dorothée, la perle de Séville, mourir à seize ans de la poitrine dans le dortoir commun, se félicitant de son bonheur, regardant en souriant avec de grands yeux noirs à demi-éteints, une figure pâle et amaigrie, Madame la Dauphine, qui lui demandait de ses nouvelles et l'assurait qu'elle serait bientôt guérie. Elle expira le soir même, loin de la Mosquée de Cordoue et du Guadalquivir, son fleuve natal.» Cette jeune fille était une orpheline dont Madame de Chateaubriand avait fait sa fille adoptive. L'Infirmerie de Marie-Thérèse a gardé son souvenir; les deux vénérables soeurs qui la soignaient, et qui lui survivent après plus d'un demi-siècle, disent qu'elle était charmante. Elle repose dans le même caveau que sa mère adoptive, sous l'autel de la chapelle de l'Infirmerie, à côté de sa bienfaitrice. Aucune inscription ne révèle son nom:
Nomen frustra inquiri, Ora ut scriptum sit in coelo.
Mais quelle est cette bonne et spirituelle Polonaise que Chateaubriand arevueà l'Infirmerie? Ne serait-ce pas la même personne qu'il avaitvuevingt-trois ans auparavant, à l'époque printanière des billets parfumés, quand,par politesse, ou par curieuse faiblesse, il allait remercier chez elles les dames inconnues qui lui envoyaient leurs noms avec leurs flatteries? Parmi les plus charmantes, il y eut une Polonaise qui l'attendit dans des salons de soie: «mélange de l'Odalisque et de la Valkyrie, elle avait l'air d'un perce-neige à blanches fleurs ou d'une de ces élégantes bruyères qui remplacent les autres filles de Flore, lorsque la saison de celles-ci n'est pas encore venue.» De 1800 à 1823, bien des printemps s'étaient succédé, bien des hivers aussi: les élégantes bruyères et les perce-neige s'étaient un peu fanés; la ravissante odalisque elle-même avait changé; mais de tous les dons de sa jeunesse, elle en avait conservé deux: l'esprit et la bonté; que peut-on souhaiter de plus? Elle était, parait-il, l'amie de Madame de Custine; mais nul ne se la rappelle à l'Infirmerie: Tout passe en ce monde et s'oublie!
Revenons à notre lettre du 1er avril. Elle ne fit qu'irriter l'impatience de Madame de Custine, qui insiste et veut faire des démarches quand même. Le lendemain Chateaubriand lui répond avec plus de laconisme.
Puisque vous le voulez, soyez donc à dix heures et demie à ma porte. Je vais chez le roi à 10 heures 3/4.
Jeudi matin (3 avril).
Cette fois Madame de Custine éclate. Elle se répand en plaintes et en reproches. Probablement au lieu de se rendre «à la porte» du Ministère des affaires étrangères pour un entretien de dix minutes, elle envoie une lettre courroucée, que nous ne connaissons d'ailleurs que par la réponse que voici:
Mon indifférence! Vous n'y croyez pas. Mes bienfaits! Vous vous moquez de moi. Je n'en ai point à répandre et je ferais pour Astolphe ce que je ne ferais pas pour moi-même. Si j'avais le temps de vous expliquer pourquoi je ne puis vous demander à l'Intérieur, vous seriez convaincue que je ne mets point d'indifférence, dans l'impossibilité absolue où je me trouve d'écrire ni à M. Capelle, ni à M. Corbière.
J'irai vous voir avant votre départ.
Vendredi matin (4 avril).
Madame la Marquise de Custine.
Il est clair que malgré tout ce mouvement, avec toute l'irritation qu'elle ressent, les affaires de Madame de Custine ne marchent pas aussi vite qu'elle le voudrait. Le bon vouloir de Chateaubriand ne lui suffit pas; elle le poursuit, elle le harcèle. Après quelque temps de ce manège d'une femme qui exige tout, même l'impossible, Chateaubriand, cette fois impatienté, lui répond:
Oserai-je vous prierde n'être pas si folle?
J'écrirai à M. de Polignac. Il n'y a point de Pairs en l'air à présent.
Le vieil ami.
Samedi, 20 avril.
Une nouvelle préoccupation pour Madame de Custine était venue s'ajouter à toutes les autres: sa belle-fille, la jeune marquise de Custine, femme d'Astolphe, était gravement malade et sa santé donnait, en ce moment, les plus sérieuses inquiétudes.
C'est à ces craintes, trop bien fondées, dont Madame de Custine lui avait fait part, que Chateaubriand fait allusion dans la lettre qui suit:
Je suis désolé de vos chagrins. Je suis fort content des affaires d'Espagne, et vous voyez que je n'ai pas besoin de consolation excepté des vôtres quand vous êtes malheureuse. J'irai vous voir bientôt.
Mercredi (28 avril).
Madame de Custine.
Dans la lettre suivante, Chateaubriand renouvelle l'expression de sa sympathie pour les chagrins de Madame de Custine. Il lui écrit:
5 juin.
Il m'est survenu des convives, et j'ai été obligé d'ajourner les sangsues. Je suis toujours très souffrant. J'arrangerai l'affaire d'Astolphe. Je le plains et je vous plains. Je verrai si je puis faire quelque chose pour votre Monsieur de Constantinople.
À vous!
Madame de Custine.
Il y a-t-il un rapport entre ce Monsieur de Constantinople et un Monsieur de Tripoli dont il va être question? Est-ce la même personne? Voici deux lettres qui ne portent pas de date, mais qui semblent devoir se placer ici. Elles sont toutes les deux très affectueuses pour Madame de Custine, et la seconde est charmante. Quelle que soit leur vraie place, elles nous montrent combien, pendant le ministère de Chateaubriand, en 1823, les relations avec Madame de Custine ont été actives, soit qu'elle sollicitât pour son fils ou pour des protégés.
Je vous répondrais bien sur votre M. de Tripoli, si je me souvenais de quoi il est question. Dites toujours que je ferai tout ce que je pourrai, et cela est vrai, puisque c'est vous qui demandez ou plutôt qui ordonnez. Me voilà un peu débarrassé. Attendez-vous à ma visite.
Jeudi matin.
Madame de Custine.
Voici la seconde lettre:
Votre Monsieur est insupportable, je ferai cependant ce que vous voulez. Je ne partirai que dimanche. Je penserai toujours à la dame qui doit passer l'éternité avec moi.
Vendredi soir.
Madame la marquise de Custine.
Tout en sollicitant pour autrui, Madame de Custine ne cessait pas de poursuivre ses instances en faveur d'Astolphe. Elle supplie de nouveau Chateaubriand d'activer ses démarches, d'y mettre plus d'ardeur; elle l'accuse même d'indifférence. Il répond, à la date du 6 juillet, par une lettre presque semblable à celle qu'il avait écrite le 4 avril précédent dans les mêmes circonstances: «Voilà vos injustices. Vous savez dans quel misérable esclavage je vis. J'espère vous voir cet automne. Puis-je oublier Astolphe? Le temps qui console de tout ne me console pas de vous quitter; mais vous verrez qu'on me fuit en vain et qu'on me retrouve toujours.»
On se demande en lisant ces lettres, s'il est bien prouvé que l'amour de Chateaubriand pour la dame de ses pensées se soit jamais réduit à une simple amitié. Ne semble-t-il pas au contraire que leur amour ait été plus fort que le temps? Madame de Custine avait alors 53 ans; sous ses cheveux blancs, elle avait conservé toutes ses grâces, son charmant sourire, ses yeux caressants, et même sa jalousie; et Chateaubriand, qui adorait l'Anthologie, ne pouvait manquer de partager les idées du poète qui a célébré en vers si ravissants l'automne de la vie et la douceur des dernières amours[47]. Il y a des femmes aimées du ciel, qui ne vieillissent jamais: «les années en passant sur leurs têtes, n'y déposent que leurs printemps». Cette expression charmante de Chateaubriand, rapportée par le comte de Marcellus, cache un sens vrai sous l'apparence d'une galanterie légère.—Il en fut ainsi pour Madame de Custine jusqu'au jour où, comme nous le verrons, les malheurs d'Astolphe brisèrent sa vie.
La jeune marquise de Custine. Sa mort.—Aventure d'Astolphe.—Chateaubriand dans l'opposition.—Voyage en Suisse.—Mort de Louis XVIII.—Voyage de Madame de Chateaubriand à La Seyne. Massillon.—Madame de Custine en Suisse. Sa mort.
Madame de Custine se préparait à partir pour Fervaques, quand, le lendemain de cette lettre du 7 juillet 1823, mourut entre ses bras, après deux ans de mariage, la jeune marquise de Custine, femme d'Astolphe. Elle était âgée de vingt ans. Un billet de Madame de Custine, que Chateaubriand n'ouvrit qu'en tremblant, «parce qu'il pressentait une affreuse nouvelle,» lui annonça l'événement. Il répondit immédiatement par quelques mots pleins d'émotion: «Astolphe, ajoutait-il, est jeune, il se consolera, mais vous[48]!»
De cette union si promptement brisée, il restait un fils, Enguerrand de Custine, frêle rejeton qui suivit sa mère au tombeau et ne vécut que quelques années.
… Vagitus et ingens infantum que animæ fientes…
Nouveau deuil pour cette maison malheureuse où la mort était entrée!
Nous n'avons que très peu de détails sur cette jeune marquise de Custine, qui venait de disparaître avant l'âge, et qui a passé sur la terre sans y laisser de trace, dérobée, peut-être par un bienfait de la Providence, aux chagrins de la vie. Chateaubriand ne manquait jamais dans ses lettres, de lui adresser une formule de politesse et un souvenir. Sa belle-mère, Madame de Custine, à qui l'avenir réservait d'autres douleurs, parait l'avoir vivement regrettée. De ce moment redoublèrent toutes ses tristesses.
Madame de Custine, en effet, n'était pas heureuse. Elle avait eu récemment la douleur de perdre sa mère; elle venait de perdre sa belle-fille; son fils, dont les sentiments ne répondaient pas aux siens, était pour elle un sujet d'inquiétudes et d'alarmes. Son âme ardente ne trouvait de tous côtés que le désenchantement et l'ennui. Il y avait en elle une sorte d'inquiétude innée, une tristesse qui ne s'explique que trop par les scènes tragiques de sa jeunesse, des alternatives de tendresse et de désespérance (le mot est de Chateaubriand) et quelque chose aussi d'impérieux et d'âpre, voilé par ses grâces affables, qui se traduisait souvent en plaintes, en exigences, presque en accusations.
La preuve que nous en avons déjà donnée se trouve confirmée par une lettre où Madame de Custine semble se peindre mieux qu'en aucune autre[49]. Assurément, entre elle et Chateaubriand la correspondance ne chômait guères, mais cela même ne lui suffisait pas: «Ses lettres s'égarent peut-être dans les bureaux des affaires étrangères, et cette idée lui est insupportable!» Elle imagine donc de les faire remettre directement par un ami commun, M. Bertin; elle va jusqu'à solliciter ses bons offices auprès de Chateaubriand! Dans la lettre qu'elle lui écrit et qu'il faudrait lire tout entière, elle éclate en reproches amers: «Elle espérait, dit-elle, que depuis qu'ils étaient si malheureux, M. de Chateaubriand penserait plus à eux… Mais rien n'a le pouvoir de le forcer à penser à ses amis, C'est pourtant bien triste de voir un homme rempli de moyens et d'esprit (Astolphe), condamné à une nullité complète: ne serait-ce pas l'affaire d'un ami puissant de l'en faire sortir?»
Un sentiment touchant inspire cette lettre et peint l'agitation d'esprit de son auteur. Mais Madame de Custine, dans l'ardeur de ses préoccupations maternelles, rend-elle bien justice à Chateaubriand? N'y a-t-il pas de sa part un excès d'obsession? Nous avons vu qu'elle exige de lui des démarches alors même qu'il lui démontre qu'elles manquent d'à-propos: «Vous ne voulez pas croire, lui dit-il, qu'il n'est pas question de Pairs; je vous donnerai pour Villèle tous les mots que vous voudrez, mais je crois que vous choisissez mal votre temps[50].»
Néanmoins, ces mouvements d'irritation de Madame de Custine n'étaient que passagers. Chateaubriand les calmait d'un mot: «J'irai vous voir!» et l'harmonie était aussitôt rétablie.
Madame de Custine était à Fervaques; Chateaubriand avait promis d'aller lui faire une visite à la fin de l'automne. Ce projet manqua par des causes fortuites que la lettre suivante nous fait connaître:
Vous aurez vu par l'estafette que vous aurez reçue et par mes lettres envoyées poste restante à Lisieux que je m'étais mis en route pour vous tenir parole. J'ai été suivi de toutes les misères. Ma voiture a cassé, et c'est la première fois que cela m'arrive. J'ai été rejoint par un courrier et obligé de revenir sur mes pas. Croiriez-vous que, malgré tout cela, je ne suis pas découragé, et que, malgré la mésaventure, si vous prolongez votre séjour à Lisieux, je ne renonce pas à aller vous voir. Mais pour le moment, je ne le puis, et mon second voyage serait remis au mois de décembre. Faites-moi le plaisir de me renvoyer mes lettres[51]. Plaignez-moi et croyez à tout ce que je suis pour vous et pour Astolphe. Mille choses à l'ami.
Paris, mercredi 5 novembre 1823.
Ni l'estafette reçue, ni les lettres poste restante, ni même les voitures versées, ne portèrent la conviction dans l'esprit inquiet de Madame de Custine. Elle continua ses plaintes; elle accusa Chateaubriand de lui faire des histoires et de lui envoyer de mauvaises défaites: ne voulait-il donc plus faire d'Astolphe un Pair de France? Chateaubriand lui répond par la lettre suivante:
Je vous ai dit cent fois et je vous le répète, je pense que la vraie carrière d'Astolphe est la Pairie, et il est impossible désormais qu'il l'attende longtemps. De la Pairie on va à tout; un peu de patience; il est bien loin d'avoir les années où j'ai commencé ma vie politique. Sans doute, j'aurais été plus heureux à Fervaques, si je puis être heureux quelque part. La solitude me plaît, mais souvent la vie m'ennuie. C'est un mal que j'ai apporté en naissant; il faut le souffrir puisqu'il n'y a point de remède.
Vous me faites une histoire dans votre dernier billet, que tout le monde a faite ici. Cela n'a pas le sens commun; j'allais à Fervaques; j'étais prêt à vous voir, lorsque j'ai été rappelé, et pour avoir seulement quitté Paris vingt-quatre heures, j'ai trouvé mille contes à un ou deux, et politiques en l'air, comme si les premiers étaient de mon âge, et que les seconds eussent le moindre fondement. Je ne puis plus faire un pas qu'on n'imagine que tout va se briser. Eh! bien, croiriez-vous que, malgré vos injustices et les bavardages publics, je rêve encore de faire dans ce moment même une course à Fervaques! Je ne le pourrai probablement pas, mais enfin je ne puis me départir de ma douce chimère.
Mille choses tendres à vous et aux amis.
2 décembre 1823.
Il ne paraît pas que Chateaubriand ait fait, dans le courant du mois de décembre, une visite à Fervaques, comme il l'avait annoncé. Il était alors très préoccupé de la candidature d'Astolphe à la Pairie, et pendant un moment, il crut même qu'il allait réussir; mais le succès espéré n'arriva pas. Dans la lettre suivante, il rend compte à Madame de Custine de l'ajournement de ses espérances.
Mercredi, 24 décembre 1823.
J'avais de grandes espérances. Elles ont été trompées pour le moment. Le Roi n'a voulu nommer, je crois, que des députés, des militaires et des hommes de sa maison et de celles des Princes. Mais j'ai la promesse pour Astolphe pour une autre circonstance qui n'est pas très éloignée. Ne croyez pas que je vous oublie et que vous n'êtes dans ma vie au nombre de mes plus doux et de mes plus impérissables souvenirs.
Mille tendresses à tous.
Ch.
Cette lettre du 24 décembre 1823 est la dernière dans laquelle il soit question de la candidature d'Astolphe. C'est aussi la dernière de toute sa correspondance avec Chateaubriand que Madame de Custine ait conservé.
* * * * *
On voit quelle était à cette date la situation d'Astolphe: il occupait à la cour et dans le monde le rang le plus honorable; son esprit, la distinction de ses manières lui assuraient partout le plus favorable accueil; la bienveillance du Roi et des Princes lui était acquise; il était à la veille d'être Pair de France, suivant la promesse que Chateaubriand en avait reçue; tout semblait lui sourire; un des mariages préparés par les soins de sa mère allait sans doute effacer les deuils de sa famille et lui rendre les joies du foyer domestique.
Cette perspective de bonheur qui s'offrait à lui et qui aurait dû combler ses voeux, s'évanouit tout d'un coup, et ce n'est pas, comme on a eu tort de le dire, à l'ingratitude du gouvernement de la Restauration, c'est à lui-même, à lui seul qu'il doit imputer d'avoir tout perdu.
Il est des choses qu'on voudrait pouvoir ne pas écrire et qu'il faut pourtant raconter, au moins sommairement, pour rétablir la vérité des faits. Empruntons-en le récit à un homme dont l'attachement a survécu aux fautes mêmes de son ami, et dont l'âme honnête et simple a fait preuve jusqu'à la fin d'une extrême partialité en faveur d'Astolphe. Nous voulons parler de M. Varnhagen d'Ense.
«Un accident terrible, dit M. Varnhagen, vint mettre en émoi tout Paris. On trouvait, un beau matin, dans les environs de cette ville, un jeune homme gisant dans les champs, sans connaissance, dépouillé de tous vêtements et meurtri en différentes parties du corps. Ce jeune homme n'était autre que Custine, qui paraissait avoir été la victime d'un crime. On ne le désignait pas hautement mais on prononçait nettement son nom en cachette, et la calomnie se complaisait en chuchotements qui devaient nuire à la réputation d'un homme qui comptait des adversaires aussi bien dans les rangs du monde libéral que dans ceux de l'aristocratie. Indigné d'une pareille méchanceté, il se retira quelque temps du grand monde, s'adonnant d'une manière plus sérieuse à la littérature, et il entreprit différents voyages…[52].»
Cette narration, malgré des réticences calculées et d'évidentes contradictions, n'est malheureusement que trop claire. C'est en vain que Varnhagen ménage autant qu'il peut ses expressions, craignant de trop soulever les voiles; il voudrait même ne pas croire aux faits qu'il rapporte. Mais comment s'expliquerait-on que Custine, victime d'un crime, comme Varnhagen l'allègue en hésitant, n'ait manifesté son indignation contre laméchancetéqu'en se retirantpour quelque tempsdu monde! et que, courbant la tête devant la calomnie, il ait abandonné sans retour ses prétentions à la Pairie et ses projets de mariage?
Ce qu'il y a de certain c'est qu'il s'agissait d'une de ces affaires inavouables qui laissent un stigmate ineffaçable dans la vie d'un homme. Custine fut victime d'un honteux rendez-vous qu'il avait provoqué lui-même, et qu'on n'avait accepté que pour lui infliger un châtiment exemplaire. Exact à ce rendez-vous, Custine y trouva cinq ou six adversaires. Maltraité, battu, laissé nu au milieu des champs, il rentra dans Paris sous le manteau d'un cocher de fiacre et n'eut rien de plus pressé que de porter plainte. C'est par cette imprudente démarche que le scandale éclata publiquement. Une enquête fut commencée; elle établit d'autant plus vite la vérité des faits que les agresseurs, appartenant à un corps d'élite de l'armée, se déclarèrent eux-mêmes. Ils ne furent pas poursuivis. Cette affaire eut, en effet, comme dit M. de Varnhagen, un immense retentissement, qui dure encore.
Naturellement, à partir de ce jour, il ne fut plus question pour Astolphe, ni de la Pairie, ni de mariages. Ces projets, auxquels avaient pris part quelques-unes des plus nobles familles de France, tombèrent du coup dans le néant. Nous lisons dans les Souvenirs très intéressants de Madame la comtesse de Sainte-Aulaire, cette simple phrase qui, à la lueur d'événements subséquents, devient sinistre et serre le coeur: «Je retrouvai à Paris ma chère Marie Mendelsohn (gouvernante de Mademoiselle Fanny Sebastiani); on pensait alors à marier Fanny; je fus chargée de lui parler de M. de Custine: heureusement, cette idée n'eut pas de suite et M. de Praslin fut choisi.»Heureusement!Quelle ironie du sort! On ne savait pas alors ce que l'avenir tenait en réserve; on ne prévoyait pas un autre drame plus terrible encore que celui de M. de Custine: l'horrible tragédie qui devait assombrir les dernières années du règne de Louis-Philippe… Nul ne peut fuir sa destinée!
* * * * *
On peut juger du désespoir de Madame de Custine. Cette catastrophe qu'elle avait prévue peut-être et redoutée depuis longtemps depuis le jour de l'étrange passion d'Astolphe pour un jeune homme de Darmstadt, passion dont la bonne et honnête famille de Varnhagen avait été témoin sans en suspecter le caractère, enlevait à la pauvre mère tout à la fois ses projets d'avenir, ses espérances, son amour du monde, ses relations avec la Cour. Il ne lui restait rien que les derniers jours d'une vie désenchantée, solitaire et sans but.
La situation était-elle donc sans remède? Dans le premier effarement, une sorte de conseil de famille fut réuni, dont Chateaubriand faisait partie avec deux autres amis de Madame de Custine. Chateaubriand, dit-on, proposa un remède héroïque: «On pouvait, peut-être, sauver les apparences en les bravant, et réduire au silence les auteurs des mauvais propos par un duel éclatant; sinon, il fallait quitter la France pour n'y plus rentrer.» Custine adopta en partie, mais en partie seulement, cet avis: il s'absenta pour quelque temps et voyagea!
Madame de Custine, dans la tristesse et le deuil, se retira à Fervaques et s'éloigna chaque jour davantage de ce monde où elle avait tant brillé par sa beauté, sa grâce et son esprit. Elle n'interrompit cependant pas sa correspondance avec Chateaubriand, mais à partir de cette époque, elle cessa de conserver ses lettres, qui ne devaient plus contenir que de pénibles détails, des conseils, des consolations relatives à la malheureuse affaire d'Astolphe. C'est un sujet dont la pauvre mère n'avait garde de perpétuer le souvenir.
Au milieu de ces événements. Chateaubriand, au faite des honneurs et de la popularité, conservait dans le ministère Villèle la direction du ministère des affaires étrangères. L'avenir était alors plein de promesses. Le gouvernement de la Restauration avait atteint son plus haut degré de puissance et de gloire: la guerre d'Espagne terminée par de brillants succès, la France replacée à son rang dans le concert européen, l'opposition vaincue aux élections des 25 janvier et 6 mars 1824, tout semblait assurer au Ministère une longue période de paix et de stabilité.
Combien cependant cette apparente sécurité était trompeuse! Une invincible antipathie entre M. de Villèle et Chateaubriand, dissimulée, voilée tant que leurs intérêts dans la lutte politique avaient été les mêmes, s'était révélée et avait grandi aussitôt qu'ils avaient partagé le pouvoir. Les rivalités et de profonds dissentiments n'avaient pas tardé à se produire.
Comment aurait-il pu en être autrement entre deux hommes d'État de nature si divergente? M. de Villèle, comme il le proclamait lui-même avec un dédain ironique, «était peu fait pour les grands horizons»; il reprochait à Chateaubriand d'être plein de chimères, et de se perdre dans les espaces. Chateaubriand, de son côté, avec ses profondes intuitions, qui souvent lui découvraient l'avenir, méprisait l'étroit esprit de l'homme d'affaires et ses vues à courte échéance. La politique de l'un ne pouvait donc être celle de l'autre; l'une était celle du génie avec son enthousiasme, ses élans passionnés et ses aspirations indéfinies; l'autre plus terre-à-terre, était celle de la pratique, à qui suffit le labeur de chaque jour et qui s'en acquitte honnêtement, habilement, avec une régularité persévérante. Esprits entiers tous les deux: M. de Villèle, pas plus que Chateaubriand, ne supportant la contradiction et n'admettant aucune supériorité.
M. de Villèle s'était montré très opposé à la guerre d'Espagne que Chateaubriand par son ascendant avait fait entreprendre, dont il prépara, dirigea, surveilla les opérations avec une extrême énergie, et beaucoup d'habileté, qu'il considérait comme son oeuvre et comme sa gloire. M. de Villèle avait été froissé de ses succès; il ne l'était pas moins des fêtes fastueuses du ministère des affaires étrangères, qui, dans le monde aristocratique d'alors, éclipsaient et rendaient ridicules ses réceptions plus modestes.
L'hostilité des deux ministres et les dissentiments au sein du ministère remontaient presque à l'époque de sa formation. Nous en trouvons même la preuve dans les lettres de Chateaubriand qu'on vient de lire: dès le mois de février, deux mois après son entrée dans le Cabinet, Madame de Custine l'avait mis sur ses gardes et l'avait averti des bruits qui couraient: «Quel tas de bêtises! avait répondu Chateaubriand; Villèle et moi sommes très bien ensemble.» Il est probable que, malgré ses dénégations, les rumeurs n'étaient pas sans fondement; mais Chateaubriand n'était pas obligé de l'avouer, même à Madame de Custine. Cependant, quelques semaines plus tard il est moins réservé, et le 1er avril il lui écrit: «Je suis complètement brouillé avec Corbière; ne le dites pas;» trois jours après, il l'avertit qu'il est «dans l'impossibilité de correspondre avec les deux ministres Capelle et Corbière.» Or Corbière et Villèle c'est tout un; brouillé avec l'un, il y avait peu de chance qu'il fût l'ami de l'autre. Loin de s'améliorer, ses rapports avec ses collègues ne firent ensuite que s'aigrir et s'envenimer.
Les choses étaient en cet état, quand le 6 juin 1824, jour de la Pentecôte, Chateaubriand en arrivant aux Tuileries, où il allait faire sa cour au roi, reçut la lettre suivante:
«J'obéis aux ordres du roi en transmettant à votre Excellence une ordonnance que le Roi vient de rendre: Le sieur comte de Villèle, président de notre Conseil des ministres, est chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères, en remplacement du sieur Vicomte de Chateaubriand.»
On ne comprendrait pas que M. de Villèle, ordinairement si mesuré, se fût laissé emporter tout à coup à un degré d'exaspération tel qu'il signifiât aussi brutalement à un collègue son expulsion. Chateaubriand n'avait pas même été prévenu; les formes les plus vulgaires de la politesse semblaient avoir été supprimées de propos délibéré; ni les services rendus, ni la haute situation de l'homme politique, ni la gloire de l'écrivain, ni les dangers évidents d'une pareille mesure, qui ressemblait presque à un coup d'État, n'avaient été pris en considération.
Il y a là une énigme dont M. de Villèle nous donne la clé dans ses Mémoires: la mesure prise dans la matinée du 6 juin était le résultat d'un ordre formel du roi lui-même. «Le roi, dit-il, me fait demander à dix heures du matin. Je m'y rends. À peine la porte de son cabinet est-elle fermée, qu'il me dit: «Villèle, Chateaubriand nous a trahis; je ne veux pas le voir à ma réception.» Je fais observer au roi le peu de temps qui restait: tout est inutile. Il me fait dresser aussitôt l'ordonnance sur son propre bureau, chose qu'il n'aurait jamais faite en toute autre circonstance. Il la signe et je vais l'expédier. Mais on ne trouve pas M. de Chateaubriand chez lui; il s'était déjà rendu dans les appartements de S.A.R. Monsieur, attendant ce prince pour lui présenter ses hommages: c'est là seulement qu'on peut lui remettre l'ordre du roi qui le révoque de ses fonctions.»
M. de Villèle déclare n'avoir jamais su qui avait révélé au roi l'hostilité de Chateaubriand au projet de conversion de la rente et la part qu'il avait prise au rejet de cette loi devant la Chambre des Pairs. Cependant Chateaubriand ne s'en cachait pas, et son opposition n'était un secret pour personne dans aucun des salons qu'il fréquentait, et surtout dans celui de Madame de Custine.
Il résulte de ces détails, ignorés de Chateaubriand, que l'initiative de sa révocation appartient personnellement au roi, non à M. de Villèle. Mais il est permis de croire que M. de Villèle s'y prêta sans se faire beaucoup prier. Dans les explications qu'il eut à ce sujet avec Berryer, il en accepte toute la responsabilité comme de son oeuvre personnelle et sans découvrir la personne du roi, ce qui était son devoir. Quant à la mesure en elle-même, il y trouvait la satisfaction, très impolitique d'ailleurs, de rancunes invétérées.
On peut lire dans lesMémoires d'outre-tombeet les écrits, du temps, les détails et les conséquences immédiates de cet événement inattendu. Le scandale fut immense, et Chateaubriand n'était pas homme à supporter patiemment une telle offense. L'explosion de sa colère fut terrible: «Avec cela, dit-il en montrant une plume, j'écraserai le petit homme.» Il tint parole, et la guerre sans trêve ni merci fut déclarée. Il souleva contre M. de Villèle une formidable opposition; le «petit homme» fut renversé, mais, dans sa chute il entraîna la monarchie.
Aussitôt que Madame de Custine apprit la disgrâce de son ami, elle lui adressa, toujours aimante et toujours dévouée, ces touchantes paroles: «Vous savez que, quelles que soient mes peines, je ressens avant tout les vôtres. Venez, comme autrefois, vous reposer à Fervaques.» Que de souvenirs et de sentiments tendres dans ces simples mots! Il ne paraît pas cependant que Chateaubriand se soit rendu à Fervaques comme Madame de Custine l'y conviait. Dès le 21 juin, quinze jours après sa chute, il commença contre le ministère cette opposition implacable qui devait l'entraîner bien au delà du but qu'il voulait atteindre, jusqu'au renversement de la monarchie par une révolution.
Comment Chateaubriand, avec ses antécédents politiques, oubliant l'implacable opposition qu'il avait faite au ministère Decazes et aux libéraux, a-t-il passé, par une brusque transformation et des alliances nouvelles, dans les rangs de ces «ouvriers en ruines,» comme il les appelle, qui formaient le parti d'attaque sous la Restauration? À cette question et au reproche qu'on lui adresse d'avoir contribué à la chute de la monarchie, il répond par des aveux et des regrets: «Eussé-je deviné le résultat, dit-il, certes je me serais abstenu; la majorité qui vota la phrase sur le refus de concours (adresse des 221) ne l'eût pas votée si elle eût prévu la conséquence de son vote. Personne ne désirait sérieusement une catastrophe, sauf quelques hommes à part.» Puis rejetant sur l'instabilité des choses humaines les faits accomplis, il ajoute tristement: «Après tout, ce n'est qu'une monarchie tombée; il en tombera bien d'autres. Je ne lui devais que ma fidélité, elle l'aura à jamais.»
Il ne s'était fait d'ailleurs aucune illusion, même au plus fort de son opposition, sur les fatales inconséquences où il se laissait entraîner, et avec sa sincérité habituelle, il en faisait l'aveu: «Je vais toujours seul je ne sais où, disait-il, tantôt conduisant l'opinion, tantôt poussé par elle. Quelquefois je l'égare, d'autres fois elle m'égare elle-même, et il me faut la suivre à contre-coeur. Je ne me fais point illusion sur moi-même: je me creuse un abîme où je m'enfonce tous les jours plus avant.» Il était ému en prononçant ces paroles, et lui qui ne pleurait jamais devant personne, il essuya quelques larmes[53].
Sans doute pour un homme d'État qui doit porter devant l'histoire la responsabilité de ses actes et même des conséquences qu'il n'a pas prévues, l'apologie de Chateaubriand paraîtra insuffisante, et lui-même il l'a senti quand il a reconnu, dans ses Mémoires, la faute qu'il avait commise en s'alliant aux hommes de ce parti imprévoyant qui, monarchiste au fond du coeur, après avoir renversé la monarchie de Louis XVI, allait renverser celle de Charles X, et qui préparera plus tard la chute de Louis-Philippe; parti d'utopistes, généreux sans doute, se disant et se croyant modérés, mais qui, comme on l'a dit, «préparent les révolutions sans les vouloir, et qui, rêvant le bien, conduisent au mal.»
C'est de cette époque que date la grande popularité de Chateaubriand dans le parti libéral, son public avait changé; il réunit autour de lui une société d'écrivains pour donner de l'ensemble à ses combats. Les lettres d'adhésion, les protestations de dévouement portant les noms de l'opposition la plus avancée et la plus hostile à la monarchie lui arrivent de toute part. Les hommes de lettres du parti populaire s'empressaient, de leur côté, à lui former une cour, à se relayer auprès de lui, à l'entretenir sans cesse, à ne pas le laisser un instant seul avec lui-même. On sentait de quelle importance était la conquête d'un tel nom, et l'on redoutait de la part de cette noble et mobile nature une défection, quelque retour soudain aux sentiments chevaleresques et monarchiques. Pauvre grand homme! qu'il était loin de se croire ainsi épié, gardé à vue, séquestré par des hommes qu'il regardait comme ses amis, au profit d'une cause qui n'était pas la sienne! Il se croyait le chef d'un parti; il en était l'instrument.
Cependant les suffrages fort suspects de ses anciens antagonistes étaient bien faits pour l'inquiéter. «J'ai surpris plus d'une fois dans son âme, dit le comte de Marcellus, un étonnement mêlé de regrets pour les témoignages d'admiration et d'estime qui lui venaient de ce côté.» Avec une droiture qui l'honore grandement il a, sans hésiter, reconnu ses torts: «Je crus très sincèrement, dit-il, remplir un devoir en combattant à la tête de l'opposition, trop attentif au péril que je voyais d'un côté, pas assez frappé du danger contraire. Eussé-je deviné le résultat, je me serais abstenu. Pour me punir de m'être laissé aller à un ressentiment trop vif peut-être, il ne m'est resté qu'à m'immoler moi-même sur le bûcher de la monarchie.» Quel homme d'État a jamais poussé plus loin la franchise de ses aveux?
Pendant que Chateaubriand, tout en protestant de son amour pour la monarchie et de son dévouement au roi, poursuivait les ministres de ses invectives, il préparait la première édition complète de ses oeuvres et consacrait toute son ardeur à la plus noble et la plus légitime des causes: l'affranchissement de la Grèce.
Quelques semaines après avoir quitté le ministère, il partit pour la Suisse où il rejoignit Madame de Chateaubriand qui était allée l'y attendre. Au bord du lac de Neuchatel, dans ces campagnes charmantes, il retrouvait les souvenirs de Jean-Jacques Rousseau qui s'y était promené en habit d'Arménien. Du haut des montagnes, il se plaisait à contempler le lac de Bienne et «les horizons bleuâtres»; enfin il s'était fixé à Fribourg quand la maladie du roi le rappela précipitamment à Paris.
Louis XVIII mourut le 16 septembre 1824, survivant de trois mois seulement à la révocation de son ministre des affaires étrangères. Presque immédiatement, Chateaubriand publia sa brochure: «Le roi est mort, vive le roi», qui semblait annoncer un changement dans ses dispositions, et peut-être la fin de ses hostilités. Après la publication de cette brochure, il retourna chercher en Suisse Madame de Chateaubriand, qu'il ramena bientôt à Paris.
L'année suivante, il assista à Reims au sacre du roi Charles X (29 mai), sans que, en cette circonstance solennelle, il se fit un rapprochement qu'on aurait pu espérer, et l'opposition contre les ministres reprit avec une nouvelle ardeur.
* * * * *
Les choses étaient en cet état vers la fin de 1825. Madame de Chateaubriand, atteinte dès cette époque d'une bronchite chronique, était allée passer l'hiver dans le midi de la France. Elle avait choisi pour résidence la petite ville de La Seyne, simple village, écrivait-elle, sur le golfe qui termine la rade de Toulon. La description qu'elle en donne est charmante: «La Seyne est entourée de petits coteaux, bien dessinés et plantés de vignes, de cyprès et d'oliviers. Du village, on a la vue de la mer et de la rade, et, si l'on monte un peu, celle de la pleine mer, couverte de vaisseaux qui se croisent, et d'une quantité de petits bâtiments et de bateaux pêcheurs, montés les uns par d'honnêtes marins, les autres par d'honnêtes forçats, dont les habits rouges sont d'un effet très agréable tout au travers des voiles.»
C'est là qu'elle passa l'hiver. Son séjour y fut signalé par des bienfaits: à La Seyne vivait une pauvre famille, portant un illustre nom, mais dans un tel état de dénuement que la mère était obligée de garder la chambre faute de vêtements. Madame de Chateaubriand sollicita en faveur des deux fils l'intervention de l'évêque d'Hermopolis auprès du roi, «qui ignorait certainement que des neveux de Massillon mouraient de faim sous le règne d'un descendant de Louis XIV.» La requête de Madame de Chateaubriand fut accueillie comme elle ne pouvait manquer de l'être, et ses deux jeunes protégés, héritiers d'un grand nom, virent s'ouvrir devant eux une carrière honorable. La famille Massillon avait été ruinée par la Révolution et par les guerres de l'Empire[54].
Le séjour du midi ne fut pas favorable à Madame de Chateaubriand. Elle retourna à Lyon; son mari alla l'y rejoindre pour la conduire à Lausanne, où, contrairement aux pronostics des médecins, sa santé se rétablit. Elle était dans cette ville le 20 mai 1826. Chateaubriand y fixa sa résidence; il y voyait Madame de Montolier, qui, retirée sur une haute colline, «mourait dans les illusions du roman, comme Madame de Genlis, sa contemporaine.»
* * * * *
De son côté, Madame de Custine, très retirée du monde, très désintéressée de la politique, si ce n'est quand Chateaubriand y était personnellement en cause, passait des années entières à Fervaques, s'y enveloppant de deuil et de solitude. Un charme mêlé d'amertume l'attachait à ces lieux qui lui rappelaient les rêves et les illusions de ses belles années. Elle se plaisait encore, comme autrefois, parmi ces arbres qu'elle avait plantés, et que, en des jours plus heureux, elle avait consacrés aux souvenirs de ses amis, en les désignant par le nom de chacun d'eux. Sa santé s'était profondément altérée: on eût dit qu'elle ne pouvait survivre à la ruine de ses espérances.
Au commencement de l'été de 1826, très souffrante et portant déjà sur ses traits amaigris les signes d'une fin prochaine, elle voulut revoir la Suisse, aller y chercher des eaux salutaires, et y ressaisir peut-être la vie qui lui échappait.
Elle partit accompagnée de son fils et de M. Bertsoecher que Koreff lui avait autrefois donné comme précepteur d'Astolphe, et qui lui était resté attaché. Elle arriva en Suisse. De Lausanne, Chateaubriand se rendit auprès d'elle et la vit pour la dernière fois. Il nous raconte lui-même en termes émus cette entrevue qui ressemblait à des adieux funèbres, et dans ses Mémoires, écrits longtemps après, il l'entoure encore de toute la tendresse de ses sentiments et de toute la poésie de ses souvenirs: «J'ai vu, dit-il, celle qui affronta l'échafaud d'un si grand courage, je l'ai vue plus blanche qu'une Parque, vêtue de noir, la taille amincie par la mort, la tête ornée de sa seule chevelure de soie, me sourire de ses lèvres pâles et de ses belles dents, lorsqu'elle quittait Sécherons, près Genève.»
Madame de Custine continua sa route. À Bex, elle descendit à la pension de l'Union, petit hôtel avec des bains d'eaux salines, situé près de l'église et adossé à de hautes montagnes.
* * * * *
C'est de ce dernier asile que Bertsoecher annonça le 25 juillet à Chateaubriand que son amie avait cessé de vivre: «Elle a rendu son âme à Dieu sans agonie, ce matin à onze heures moins un quart. Elle s'était encore promenée en voiture hier au soir. Rien n'annonçait une fin si prochaine. Nous nous disposons pour retourner en France avec les restes de la meilleure des mères et des amies. Enguerrand (le petit-fils de Madame de Custine) reposera entre ses deux mères… nous passerons par Lausanne, où M. de Custine ira vous chercher, aussitôt notre arrivée.»
Ce programme fut exécuté de point en point. Chateaubriand ne dit pas qu'il ait assisté, à Bex, à une veillée funèbre; il dit seulement: «J'ai entendu le cercueil de madame de Custine passer, la nuit, dans les rues solitaires de Lausanne, pour aller prendre sa place éternelle à Fervaques: elle se hâtait de se cacher dans une terre qu'elle n'avait possédée qu'un instant, comme sa vie.»
* * * * *
On a conservé longtemps à Bex le souvenir de la pauvre malade, de la bonne dame, qui y avait rendu si doucement le dernier soupir, et l'intérêt qu'elle avait inspiré lui survécut. On montrait encore, il y a quelques années, à l'hôtel de l'Union, la chambre qu'elle avait habitée, et un cachet qu'elle y avait laissé; on donnait des empreintes de ce cachet aux voyageurs qui en faisaient la demande. Il portait en très fins caractères la devise:Bien faire et laisser dire. C'était une variante de celle des Custine:Fais ce que dois, advienne que pourra, qui, du reste, ne leur appartenait pas en propre. Mais était-ce bien le cachet de Madame de Custine? N'était-ce pas plutôt celui d'Astolphe, qui se résignait si bien à laisser dire, mais qui se conformait moins exactement à la première partie de la devise?
* * * * *
Madame de Custine, née le 18 mars 1770, avait, au moment de sa mort, 56 ans. La gravité de sa vie, consacrée depuis longtemps aux oeuvres de bienfaisance, la solitude de ses dernières années, son renoncement aux choses de ce monde, tout donne un démenti aux assertions trop romanesques de ses biographes qui lui font entreprendre son voyage de Suisse pour y poursuivre un amant, auquel elle n'avait plus à confier que les derniers accents de ses afflictions et son adieu suprême.
* * * * *
Avec elle se termine la période la plus brillante de la vie de Chateaubriand et l'un des épisodes les plus passionnés des amours de sa jeunesse. Désormais, la politique absorbera l'ardeur de ce grand esprit, jusqu'au jour où le souffle des révolutions aura détruit sans retour ce gouvernement de la Restauration qu'il avait servi ou cru servir, et auquel, en fin de compte, il est au fond du coeur resté fidèle. Étranger aux affaires publiques à partir de 1830, il n'a pas cessé d'écrire. Si sa main, comme il le dit, était lasse, ses idées du moins n'avaient pas faibli; il les sentait toujours «vives comme au départ de la course». Presque aussi riche d'inspirations qu'aux plus belles années de sa jeunesse, il a su créer encore de nouvelles formes et de nouvelles couleurs, et, moins ingrat qu'on ne l'a dit, il a consigné dans son oeuvre de prédilection, lesMémoires d'outre-tombe, avec l'hommage d'une discrétion respectueuse, le cher souvenir de Madame de Custine.
Après la mort de sa mère, Astolphe de Custine vendit le château deFervaques où il avait été élevé, et qui passa en d'autres mains.
Puisque nous avons suivi le marquis de Custine pendant son enfance, sa jeunesse et son âge mûr, jusqu'au moment de la catastrophe qui brisa sa carrière et abrégea par le chagrin la vie de sa mère, il est intéressant de tracer de lui un portrait plus complet et de le conduire jusqu'à sa fin.
Il était tout enfant, quand son père, Philippe de Custine, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, refusa absolument de sauver sa vie par une évasion que Madame de Custine, toujours prête quand il s'agissait de dévouement, avait préparée, mais qui faisait courir les plus grands dangers à ses libérateurs. Astolphe ne manquait donc pas, dans sa famille, d'exemples d'honneur et d'héroïsme. En 1814, à l'âge de 24 ans, il assista au congrès de Vienne en qualité d'attaché à l'ambassade du Prince de Talleyrand. Mais il ne put garder ce poste, et avec sa mobilité habituelle, il renonça à la diplomatie. L'année suivante nous le retrouvons à Francfort avec sa mère, qui s'était déterminée à le rejoindre, bien plus pour lui donner des soins, car il était malade de corps et d'esprit, que pour se soigner elle-même.
C'est vers cette époque et dans cette ville que Madame de Custine fit la connaissance de Madame de Varnhagen d'Ense, qui, par son âme portée à l'idéal, nous apparaît comme la personnification la plus sympathique de la rêveuse Allemagne. Entre ces deux femmes dont l'une était souffrante, et l'autre pleine de tendresse, une intime amitié s'établit. Leur correspondance, qui dura jusqu'en 1820, éclaire d'une très vive lumière les traits de l'une et de l'autre et surtout de Madame de Custine.
Ici se place l'affection bizarre dont Custine, comme nous l'avons dit, s'éprit tout à coup pour un jeune homme de Darmstadt. «Ce dernier, dit naïvement Varnhagen, nous paraissait assez insignifiant, mais Custine, homme énergique et résolu dans tout ce qu'il abordait, parlait avec passion de cet ami dont l'intimité lui faisait éprouver, par une commotion du coeur et de l'âme, une satisfaction et une jouissance telles que nous n'en trouvons d'autres exemples que dans l'antiquité.» L'exemple de ces amours des héros de l'antiquité ne rassurait pas Madame de Custine, qui, en sa qualité de française, était beaucoup plus clairvoyante que les Varnhagen; elle ne s'écriait pas comme eux: «Quelle noblesse de sentiments, quelle pureté dans cette douce intimité de l'âme, quel feu à la fois brûlant et sombre!» Elle était assiégée de terreurs et de noirs pressentiments.
Nous arrivons à la période des mariages dont nous avons parlé: Madame de Custine remuait ciel et terre pour marier Astolphe. Espérait-elle, en lui donnant une femme, le soustraire à ses égarements? Il y a quelquefois dans les familles un égoïsme effréné qui ne se fait pas scrupule de sacrifier autrui aux chances de réformes bien aléatoires d'un être indigne. Était-ce le cas de Madame de Custine? Nous n'osons pas l'affirmer.
Bien des projets de mariage furent mis en avant, entre autres avec la fille du général Moreau et la fille du général Sebastiani, qui devint la malheureuse duchesse de Choiseul Praslin. On dit même que Madame de Staël, l'intime amie de Delphine, dont elle avait donné le nom:Delphine, à l'un de ses romans, eût un instant l'idée d'introduire Astolphe dans sa famille.
«Il se fiance enfin, à Paris, nous dit Varnhagen, dans son livre déjà cité, avec une des plus riches et des plus notables héritières; mais, à la stupéfaction générale, il rompt tout à coup ses fiançailles, sans que personne pût en imaginer le motif, dont il gardait le secret. Dans une nouvelle intituléeAloys, il raconte et explique cette aventure sous une forme romanesque.» Ce mauvais roman d'Aloys, publié d'abord sous le voile de l'anonyme, est une des plus vilaines actions de Custine. Sous forme de roman, avec des situations et des noms à peine déguisés, il insulte et calomnie la famille même dont la bienveillance s'est égarée sur lui. Il outrage sa mère, déguisée sous le titre de tante: «esprit sans étendue et sans fermeté, qui ne pouvait juger son caractère», «qui s'affligeait, dit-il, de ma tristesse sans en deviner la cause, que ma froideur aigrissait, sans l'éclairer sur la maladie de mon coeur… combien je méprisais ses vues étroites, et combien sa sagesse bornée me paraissait misérable!»
Ces pages et beaucoup d'autres du roman d'Aloyssont toute une révélation: nous comprenons maintenant ce que Madame de Custine cachait si discrètement, nous comprenons ses désespoirs de mère, au milieu des altercations, des emportements, dans cet enfer de la vie intime que lui faisait son fils.
Voici maintenant le portrait, assez réussi dans son genre, de Madame de Genlis, dont il n'avait jamais eu qu'à se louer: «C'était une personne commune; elle avait toute la bonté qui s'accorde avec la médiocrité; elle pouvait faire beaucoup de mal par son besoin de parler continuellement des autres: il est vrai qu'elle prétendait s'occuper de leurs affaires pour leur avantage; mais sa manière de l'apprécier était rarement la leur; elle n'en était que plus persuadée de la nécessité de les contraindre à avoir raison comme elle. Cetteprovidence du commérages'était fait un code de lois sociales… heureusement pour nous, sa position dans le monde ne lui donnait pas l'autorité nécessaire…! elle voulait êtrele tyran du bien… on ne la supportait que parce qu'elle permettait qu'on se moquât d'elle.»
Quant aux explications que, suivant Varnhagen, Custine donne sur la rupture de son mariage, elles sont abominables, et sans doute personne ne prendra la peine de les chercher dans son roman.
Malgré tout cela, Astolphe mûri par l'âge, voyageant, écrivant, donnant son avis sur les affaires de Rome, rapportant ses conversations avec les cardinaux, et correspondant avec M. Thiers, puis avec la Princesse Mathilde, avait encore l'accès des salons. Sa tenue était irréprochable, sa distinction aristocratique parfaite, et il avait beaucoup d'esprit. Quel que fût le passé, c'était toujours le marquis de Custine, le descendant d'une grande race.—Un jour, Philarète Chasles était en visite chez la comtesse Merlin; survint un inconnu dont la conversation tantôt enjouée, tantôt sérieuse, souvent élevée, était éblouissante.—Quand l'inconnu se fut retiré avec l'aisance et l'élégance d'un homme du monde, «Qui est-ce donc? demanda Philarète? Sa parole est un feu d'artifice!»—«Oui, un feu d'artifice tiré sur l'eau, reprit la Comtesse; il y a un fonds si triste, des profondeurs si noires! c'est Custine![55]»
Le marquis de Custine mourut à Saint-Gratien, le 29 septembre 1857.
[1: Préface duDictionnaire de la langue française.]
[2: En vertu de la loi du 14 septembre 1791, le clergéconstitutionnelrestait chargé des actes de l'état civil, jusqu'à ce que la loi instituât d'autres fonctionnaires, ce qui n'eut lieu que par la loi du 20 septembre 1792.]
[3: À propos du mystère de cette vie conjugale de Madame de Chateaubriand, une hypothèse se présente naturellement à l'esprit. Elle expliquerait, tout, et serait bien touchante. Mais ce n'est qu'une hypothèse! Nous ne la donnerons pas: il faudrait trop de détails pour en montrer la vraisemblance.]
[4: Celle jolie édition Ballanche est devenue très rare. Elle est surtout recherchée par les bibliophiles à cause des gravures de C. Boily, qui reproduisent avec un sentiment exquis le texte qui les a inspirés.]
[5: Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand.]
[6: M. A. Bardoux.]
[7:Madame de Custine, d'après des documents inédits, par M. A. Bardoux.]
[8: V.Madame de Custine, par M. A. Bardoux.]
[9: Ce sont les gens de Madame de Beaumont, que Chateaubriand avait pris à son service.]
[10: Comte de Marcellus.Chateaubriand et son temps.]
[11:Madame de Custine, par M.A. Bardoux.]
[12: Louis Mathieu, comte Molé, Pair de France; qui a joué un rôle considérable sous la Monarchie de Juillet.]
[13: M. Bertin.]
[14: M. Bertin.]
[15: Est-ce à Madame de Beaumont qu'il fait allusion? Ces suppositions de Madame de Custine auraient été bien blessantes pour Chateaubriand.]
[16: M. Bertin.]
[17: Madame de Custine d'après des documents inédits.]
[18: Le Comte Elzéar de Sabran.]
[19: Lettre publiée par Sainte-Beuve:Chateaubriand et son groupe littéraire.]
[20: La société de Madame de Beaumont.]
[21: La réouverture de l'église et la restauration du culte catholique fut présidée par l'abbé de Créquy, docteur en théologie, ancien vicaire-général de Monseigneur de la Ferronnaye, évêque de Lisieux.]
[22: M. Berstoecher, précepteur d'Astolphe de Custine.]
[23: Ch. Lenormant,Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand.]
[24: Une lettre de Madame de Custine à Fouché, que Madame Bertin devait présenter elle-même. Cela ne démontre-t-il pas péremptoirement que les sollicitations auprès de Fouché réclamées par Chateaubriand dans toutes ses lettres avaient bien pour objet son ami Bertin?]
[25: Ce n'est pas, sans doute, celle-là que Madame de Custine lui reprochait. Mais il y en avait d'autres dont elle se plaignait à plus juste titre.]
[26: Cette lettre, qui doit porter le n° 12, a été publiée par M. Bardoux:Madame de Custine, d'après des documents inédits.]
[27: Nous sommes redevables de cette belle publication:Madame de Chateaubriand, d'après ses mémoires et ses correspondances, à M. G. Pailhès. Bordeaux, 1887. Nous devons personnellement à M. G. Pailhès toute notre reconnaissance.]
[28: M. Bertin.]
[29: Comte de Marcellus,Chateaubriand et son temps.]
[30: Lettre de Joubert: 18 novembre 1804.]
[31: Papiers de Chênedollé publiés par Sainte-Beuve.]
[32: Sainte-Beuve a sur la conscience cette fable-là. C'est lui qui l'a créée, et la malignité publique s'en est emparée. Sur quelle pauvreté d'arguments elle repose! Que de soupçons perfides et sans base, que d'arguties stériles,inania verba! Tandis qu'il est si facile, avec un peu d'expérience du coeur humain, d'établir par une analyse exacte des sentiments intimes et par des indices irréfragables, qu'il n'y a absolument rien de commun entre Lucile et l'amour d'Amélie! Pourquoi cet acharnement à tout flétrir, uniquement pour enlever leur couronne aux Grâces et la pudeur à l'amour fraternel?]
[33: M. Bertin.]
[34:Madame de Chateaubriand, d'après ses mémoires et sa correspondance, par M. G. Pailhès.]
[35: Le régime des passeports dont la Convention avait doté la France au nom de la liberté, n'a été aboli que sous le règne de Napoléon III.]
[36: Ce voyage de Suisse se fit plus tard. Il faut en lire le récit dans les mémoires si intéressants et si spirituels de Madame de Chateaubriand, publiés par M. G. Pailhès.]
[37: Ces billets inédits ont été publiés par M. Bardoux:Madame de Custine.]
[38: LeJournal des Débatsconfisqué et devenu leJournal de l'Empireavait Etienne pour directeur politique et Hoffman pour directeur littéraire.]
[39: Chénier était mort le 10 janvier 1811.]
[40:Madame de Chateaubriand, par M. G. Pailhès.]
[41: V.Madame de Custine, par M. A. Bardoux.]
[42: Publiée par M. A. Bardoux:Madame de Custine.]
[43: Ces mémoires n'ont jamais paru.]
[44:Madame de Custine, par M. Bardoux.]
[45:Mémoires de Madame de Genlis.]
[46: Ces deux lettres, ainsi que d'autres sur le même sujet, ont été publiées par M. A. Bardoux,Madame de Custined'après des documents inédits.]
[47: Philodème,Anthol. Palat. V.13.]
[48: Cette lettre, ainsi que la précédente, a été publiée par M. A. Bardoux:Madame de Custine.]
[49:Madame de Custine, d'après des documents inédits.]
[50:Madame de Custine, d'après des documents inédits.]
[51: Les lettres qui étaient arrivées pour lui à Fervaques.]
[52: Lettres du marquis A. de Custine à Varnhagen d'Ense et Rahel Varnhagen d'Ense, accompagnées de plusieurs lettres de la comtesse Delphine de Custine et de Rahel Varnhaen d'Ense.—Bruxelles, 1870.]
[53: Comte de Marcellus:Chateaubriand et son temps.]
[54:Madame de Chateaubriand: lettres inédites à M. Clausel de Coussergue, par M. G. Pailhès.]
[55: Mémoires de Philarète Chasles.—Chênedollé avait déjà dit à propos de sa conversation avec Rivarol, à qui il avait été présenté le 5 septembre 1795: «Un feu d'artifice tiré sur l'eau—brillante et froide.» Suivant Sainte-Beuve, à qui il faut toujours revenir en fait d'informations, c'est au duc de Lauraguais que le mot appartient.]