CROISADECONTRE LES ALBIGEOIS.

Il y a de fort bons argumens à faire valoir en faveur des croisades faites, au nom de la religion, pour l'affranchissement des lieux saints. On peut affirmer que ces courses belliqueuses et lointaines, ont été d'un grand avantage pour la civilisation. Mais que pourrait-on alléguer pour justifier la croisade contre les Albigeois? Ce massacre de chrétiens par d'autres chrétiens, n'avait d'autre cause, d'autre motif que l'intolérance et la cruauté des hommes.

Les Albigeois, ainsi que les Vaudois, les protestans et tant d'autres hérétiques qui furent persécutés comme eux, n'avaient d'autre tort que d'avoir des opinions à part sur les dogmes du christianisme; du reste, bons et paisibles citoyens, industrieux, actifs, attachés et soumis à leur chef, Raymond VI, comte de Toulouse.

Cette croisade impie commença en 1206. Le pape Innocent III, Saint Dominique, Raymond comte de Toulouse, Simon comte de Montfort, furent les principaux personnages de cet abominable épisode de notre histoire.

Simon de Montfort était à la tête de cette ligue. C'était un homme dissimulé et ambitieux, vaillant du reste, réglé dans ses mœurs, ayant comme tous les hommes à part, commandement sur la fortune.

Cette guerre, ou plutôt cette tuerie, vit naître l'inquisition et se distingua par des auto-da-fé. On jetait les femmes dans des puits; on égorgeait sans merci, et, pendant les massacres, les prêtres du comte de Montfort chantaient leVeni creator; horrible profanation des hymnes destinés à célébrer la gloire du Très-Haut.

Béziers fut emporté d'assaut par les massacreurs de la croisade «Là, dit un chroniqueur, se fit le plus grand massacre qui se fut jamais fait dans le monde entier, car on n'épargna ni vieux ni jeunes, pas même les enfans qui tétaient; on les tuait et faisait mourir. Voyant cela, ceux de la ville se retirèrent, ceux qui le purent, tant hommes que femmes,dans la grande Église de Saint-Nazaire. Les prêtres de cette église devaient faire tinter les cloches quand tout le monde serait mort; mais il n'y eut son de cloche, car ni prêtre, vêtu de ses habits, ni clerc ne resta en vie.»

Toulouse dont toutes les maisons étaient fortifiées et dont les bourgeois se défendirent de rue en rue, fut prise et reprise, inondée de sang, à moitié brûlée.

Le principal motif de cette croisade que l'on couvrait du manteau de la religion, était de dépouiller le comte de Toulouse de ses états. Outre le prétexte des Albigeois, on avait eu encore celui de la mort d'un moine de Cîteaux, nommé Pierre Castelnau, l'un des légats du pape en France. Ce moine avait été tué dans une querelle par un inconnu; aussitôt on avait accusé le comte de Toulouse de ce meurtre, sans en avoir la moindre preuve. Le pape en avait usé alors comme il le faisait si souvent à cette époque à l'égard de presque tous les princes de l'Europe. Il avait donné au premier occupant les états du comte de Toulouse, l'un des descendans de Charlemagne. Celui-ci avait d'abord été obligé de conjurer l'orage. Il fut assez faible pour céderau pape sept châteaux qu'il avait en Provence. Puis s'étant rendu à Vienne, il fut mené nu en chemise devant la porte de l'Église: et là il fut battu de verges comme un vil scélérat et fit amende honorable.

Long-temps après, les ossemens du vieux Raymond, comte de Toulouse, qui ne furent jamais inhumés, se montraient dans un coffre toutprofanés et à moitié mangés des rats, chez des frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Toulouse.

Les Albigeois furent persécutés à plusieurs reprises, mais jamais avec la même fureur que lors de cette horrible croisade dont, selon l'expression brève du président Hénault, le pape Innocent III fut l'âme, Dominique l'apôtre, le comte de Toulouse la victime, et Simon comte de Montfort, le chef.


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