MASSACRES DE VERSAILLES.

MASSACRES DE VERSAILLES.

Les exécutions les plus horribles après celles du 2 septembre, furent celles qui eurent lieu le 9 du même mois à Versailles. L'assemblée législative avait, par une multitude de décrets d'accusation, rempli les prisons d'Orléans d'un grand nombre de personnes, pour de prétendus projets de contre-révolution. Dès les derniers jours du mois d'août, les révolutionnaires avaient pris sur eux d'envoyer chercher ces prisonniers pour les conduire à Paris. D'après les horribles tableaux qui viennent de passer sous les yeux des lecteurs, il est facile de pénétrer leur infernal dessein. Deux cents Marseillais avaient été chargés de cette mission. Arrivés à Longjumeau, ils écrivirent à l'assemblée, pour lui exposer le motif de leur arrivée à Paris.

D'abord l'assemblée défendit à ce détachement d'aller plus loin, et décréta que les prisonniersseraient conduits à Saumur. Par ce décret, elle voulait soustraire ces malheureux à l'autorité cruelle de la Commune de Paris, dont la funeste influence était connue. Au lieu d'obéir au décret, une députation de Marseillais se rendit à l'assemblée et déclara que leur dessein n'était pas d'amener les prisonniers à Paris, mais de les garder à Orléans, parce qu'ils savaient que l'on avait formé le projet de les enlever. L'assemblée obéit aux Marseillais, ou plutôt à la Commune qui les faisait agir; le projet de faire transférer les prisonniers à Saumur fut abandonné; elle adopta le projet proposé par la Commune d'envoyer à Orléans un renfort de douze cents hommes de la garde nationale pour garder les prisons de cette ville. Mais ce renfort, choisi par la Commune, fut composé des plus furieux jacobins que l'on pût trouver dans les rangs de la garde nationale. Les canonniers eurent pour chef le Polonais Lazouski, l'un des vainqueurs du 10 août; et tout le détachement était commandé par Fournier, surnommé l'Américain, le même qui avait tiré un coup de pistolet sur Lafayette, le matin de l'insurrection du Champ-de-Mars.

Arrivés à Orléans, ils éprouvèrent une assez vive opposition de la part de la garde nationale de cette ville; celle-ci ne voulait pas céder son poste aux nouveaux venus. Enfin, pour tout concilier, il fut convenu que les Orléanais consentiraient que les prisonniers fussent conduits à Paris. Aussi, les Parisiens et les Marseillais s'emparèrent des prisonniers, et, après avoir pillé leurs effets, jetèrent ces malheureux pêle-mêle dans de mauvaises charrettes que l'on fit partir sans délai. Parmi ces prisonniers accusés de haute trahison, se trouvaient Brissac, chef de la garde constitutionnelle, licenciée sous la législative; Delessart et d'Abancour, anciens ministres, et plusieurs évêques.

Nous avons dit qu'il s'était formé dans Paris une troupe d'assassins que les massacres des premiers jours du mois avaient familiarisés avec le sang. Le 9, on apprit que les prisonniers d'Orléans devaient arriver le 10 à Versailles. Aussitôt, soit que de nouveaux ordres fussent donnés à la bande des égorgeurs, soit que leur ardeur sanguinaire fût réveillée par la nouvelle de cette arrivée, ils envahirent Versailles du 9 au 10. A l'instant même,le bruit se répandit que de nouveaux massacres allaient être commis. Le maire de Versailles prit toutes les précautions pour prévenir de tels malheurs. Le président du tribunal criminel courut à Paris avertir le ministre Danton du danger qui menaçait les prisonniers; mais il n'obtint qu'une réponse à toutes ses instances: «Ces hommes-là sont bien coupables.—Soit, répliqua le président, mais la loi seule doit en faire justice.—Eh! ne voyez-vous pas, reprit Danton d'une voix terrible, que je vous aurais déjà répondu d'une autre manière si je le pouvais? Que vous importent ces prisonniers? Retournez à vos fonctions, et ne vous occupez plus d'eux.»

Le lendemain, les prisonniers arrivèrent à Versailles, au milieu des imprécations d'une multitude d'hommes inconnus, ameutés sur leur passage. A peine furent-ils arrivés à la grille qu'il fallait passer pour arriver à la ménagerie, où ils devaient être conduits, que des crisà bas les têtesse firent entendre.

Cette foule se précipita sur les voitures, parvint à les entourer et à les séparer de leur escorte, enleva le maire de Versailles, nommé Lacoste, qui voulait généreusement se fairetuer à son poste, et massacra les malheureux prisonniers au nombre de cinquante-deux. Là, périrent Delessart, d'Abancour et Brissac. L'évêque du Mans, fut assassiné par un homme et une femme. On rapporte que cette tigresse coupa un doigt de la main du prélat, le mit dans une fiole pleine d'esprit-de-vin et la conserva comme un fétiche. On coupa la tête à la plupart de ces victimes, on mit leurs cadavres en lambeaux, et leurs restes encore palpitans furent accrochés à la grille du palais des rois de France.

Après cet égorgement, la multitude courut aux prisons de la ville et y assassina tous ceux qui s'y trouvaient, sans éprouver la moindre résistance. Sept prêtres furent confondus dans cette tuerie. Ces exécutions furent une imitation des scènes de Paris dans laquelle on parodia aussi les formes judiciaires.

«Ce dernier événement, dit M. Thiers, arrivé à cinq jours d'intervalle du premier, acheva de produire une terreur universelle. A Paris, le comité de surveillance ne ralentit point son action: tandis que les prisons venaient d'être vidées par la mort, il recommençaà les remplir en lançant de nouveaux mandats d'arrêt. Ces mandats étaient en si grand nombre, que le ministre de l'intérieur, Roland, dénonçant à l'assemblée ces nouveaux actes arbitraires, put en déposer cinq à six cents sur le bureau, les uns signés par une seule personne, les autres par deux ou trois au plus, la plupart dépourvus de motifs et fondés le plus souvent sur le simple soupçon d'incivisme.»


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