JULIEN CHEVRIER,FRATRICIDE.
Julien Chevrier, âgé de trente-trois ans, vivait depuis long-temps en mauvaise intelligence avec sa sœur, la femme Lebossé. Plusieurs procès, pour intérêts de famille et de voisinage, avaient fait naître entre eux une déplorable animosité, telle que Chevrier s'était porté dans diverses circonstances, à des voies de fait envers sa sœur, qui l'avaient fait condamner à 182 fr. d'amende correctionnelle par le tribunal de Domfront. Dans le cours de l'été de 1828, la femme Lebossé redevint l'objet de ses mauvais traitemens; notamment, Chevrier lui jeta un seau d'eau sur le corps: mais ces excès, déjà si condamnables, n'étaient que le prélude d'actions autrement criminelles.
Le jeudi 30 juillet 1828, Chevrier se rendait à la maison, portant sa faucille. Jean Lebossé,beau-père de sa sœur, se présenta à lui comme il sortait. Ils s'entretinrent ensemble de quelques réparations qu'il y avait alors à faire au puits et à la cour qu'ils possédaient en commun.
Lebossé consent volontiers à contribuer pour sa part aux frais de ces réparations; il ajoute même qu'il se chargera seul de celles du puits, pourvu que Chevrier voulût promettre de ne plus jeter à l'avenir d'eau sur sa sœur. A ce propos, Chevrier entre en fureur; il se répand en invectives contre Lebossé, qui lui répond sur le même ton; la querelle devient de plus en plus animée. Chevrier, le cœur rempli de rage, grattait la terre avec sa faucille, et, renversant la barrière du jardin commun, il entre dans le jardin en disant à Lebossé qu'il le forcerait bien aussi à réparer la barrière. Dans ce moment, la femme Lebossé, sa sœur, travaillait paisiblement dans ce jardin; il l'aperçoit, s'avance sur elle, et encore tout bouillant de fureur, il la frappe de sa faucille. Lebossé voit le coup, vole au secours de sa bru, armé d'un bâton; mais Chevrier donne un nouveau coup de faucille à sa sœur. La malheureuse tombe aussitôten s'écriantAh! je suis morte!Le sang coulait abondamment de sa tête; elle ne pouvait marcher; on la porta dans son lit; le médecin fut appelé; mais, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, la femme Lebossé succomba le 11 août suivant. La faucille de Julien Chevrier était entrée dans l'intérieur du cerveau à une profondeur de quatre à cinq lignes, et les gens de l'art constatèrent, après l'autopsie, que la blessure avait éténécessairementmortelle.
Cependant Chevrier, insensible au malheur que sa violence lui avait fait commettre, avait pris la fuite; ce ne fut que quelque temps après que la justice parvint à l'arrêter. Il se reconnut l'auteur des coups portés à sa sœur; toutefois, il prétendit que c'était en se défendant lui-même contre Lebossé, qu'il avait frappé involontairement sa sœur, qui était, disait-il, venue s'interposer entre eux, pour les séparer.
Julien Chevrier comparut devant la cour de l'Orne, le 29 janvier 1829. L'accusation qualifiait son crime de meurtre volontaire: le jury, malgré les généreux efforts du défenseur, répondit affirmativement à la questiondevolonté, sans s'arrêter à la question subsidiaired'imprudenceet demaladresse.
En conséquence, Chevrier fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Pendant tout le cours des débats, le public remarqua, avec un sentiment pénible, que le prévenu ne donnait pas le moindre signe de douleur et de repentir au souvenir de sa malheureuse sœur.