NOTESCHAPITRE LI.[1]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap.LXI, p. 5 à 13.[2]Froissart, reproduisant une erreur de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 5), donne à la comtesse de Salisbury le nom d’Alice; elle s’appelait Catherine, et elle était fille de Guillaume de Grandisson.[3]Par acte daté d’Eltham le 3 avril 1342, Édouard III charge l’évêque de Durham, Henri de Lancastre, comte de Derby, son cousin, Raoul de Nevill et 4 autres chevaliers, de traiter au sujet d’une trêve avec Davidde Brus, roi d’Écosse. (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1191.) Par un autre acte donné plus d’un an après le premier et daté de Westminster le 20 mai 1343, Edouard III enjoint aux mêmes de veiller sur la frontière d’Écosse à l’exécution de la dite trêve qui doit durer jusqu’à la Saint Michel 1343 et de là en trois ans. (Ibid., p. 1225.)[4]Jean le Bel s’est trompé en rapportant cette trêve à l’année 1343 ainsi que l’arrivée de Robert d’Artois et d’Édouard III en Bretagne (Chron., t. II, p. 17); ces trois événements appartiennent à l’année 1342. Froissart a reproduit les erreurs de date de son devancier et de son modèle. La trêve entre Jeanne de Montfort et Charles de Blois est du 1ermars 1342, ainsi qu’il résulte de la pièce suivante: «Nous Jehane de Flandres, duchesse de Bretaingne, comtesse de Richemond, de Monffort et vicomtesse de Limoges, faisons savoir à touz que, oie la requete que nous a faite maestre Henri de Malestret de par nostre sire le roi de France, c’est à savoir sur l’otroi de seures et saufves trefves entre nous et nostre partie adverse dou débat qui pant en presant entre nostre très cher singnour de Bretaingne et de Monffort nous et noz effanz d’une partie, et monseigneur Charles de Blois à cause de la dame de Penthèvre sa famme, d’autre, sur la chaiète et sucession de la duché de Bretaingne, eue sur ce deliberacion et conssail de noz chevaliers, gentis homes, bourgois et menu commun, pour l’obeissance dou dit singnour et la bone esperance dou bien d’acort et de paiz, les avons otroiées et otroions par ces lettres ès noms que desus et pour touz ceulx de nostre partie juques à la quinzaine de Pâques prochènes venanz, en telle manière que, se la partie adversse les veult otroier et soi assantir et ce fermement comme dit est, nous voulons que nostre dit otroi soit valable de meitanant; et ou cas où elle ne s’i assantiroit, nous rappelons le desus dit otroy fait par nous, et voulons que ils soit de nulle value et dou tout mis à naiant. Donné tesmoen nostre grant sael et ensamlile o le sael nostre très cher et très aemé et féal bachelier monseigneur Tengui dou Chatel nostre cappitaine de Brest, tant pour li que pour ceulx de la ville de Brest, et le sael nostre aemé et féal bachelier monseigneur Henri de Kaer, le vendredi amprèsReminiscerel’an mil trois cens quarante et un» (1ermars 1342). Orig., 2 sc. pend, sur simple queue de parch.; 3esceau en déficit. (Arch. nat., sect. hist., J 241, nº 41.)Jeanne de Monfort devait être à Brest lorsqu’elle accorda cette trêve, car des lettres de sauvegarde qu’elle délivra aux habitants de Saint-Malo sont données «à Brest, le jour où l’on chanteReminiscerel’an MCCCXLI.» (J 241, nº 40.)[5]Il n’est pas absolument impossible que la comtesse de Montfort, s’embarquant à Brest où elle se trouvait alors, ait profité de la trêve pour faire un voyage en Angleterre; mais les actes du temps n’en font pas mention. Au contraire, dans des lettres de quittance d’une somme de mille livres sterling empruntée le 10 mars 1342 à la comtesse, Édouard III dit qu’il a reçu cette sommeper manus Walteri de Mauny(Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1189); il parle, dans une autre pièce en date du 20 juillet de la même année, de demandes que Jeanne et Amauri de Clisson lui ont faitesper litteras et nuncios(Rymer,ibid., p. 1205). Il est probable, comme l’a supposé Dacier, que Froissart, reproduisant une erreur de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 10), a placé mal à propos sous cette année un voyage qui n’eut lieu qu’à la fin de juin ou au commencement de juillet de l’année 1344.[6]Le 30 juillet 1342, Robert d’Artois était sur le point de s’embarquer pour la Bretagne avec cent vingt hommes d’armes et autant d’archers (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1201); le 15 août suivant, la flotte destinée pour la Bretagne était partie (Rymer,ibid., p. 1209). Cette rencontre sur mer entre la flotte de Robert d’Artois et celle de Louis d’Espagne est mentionnée par Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12); mais tous les détails appartiennent en propre à Froissart. Le chanoine de Liége fait même précéder la simple mention du combat de réserves qui sont tout à fait de nature à nous prévenir contre les additions de Froissart: «Je ne sçay pas dire toutes les aventures qui leur sourvindrent, car je n’y fus pas, et ceulx qui m’en ont raconté m’en ont dit en tant de diverses manières que je ne m’en sçay à quoy tenir de la vérité. J’ay trouvé en ung livre rimé, que ung jongleur a fait, tant de bourdes et de menteries, que je ne les oseroie dire.» (Chron., t. II, p. 11.)[7]En plaçant Dinan dans les environs de Vannes, Froissart répète une erreur qu’il a empruntée à Jean le Bel; mais rien n’obligeait le chroniqueur de Valenciennes à ajouter au récit de son devancier des détails qui semblent de pure invention. La prise de Vannes elle-même par Robert d’Artois, dont Froissart a trouvé la mention dans Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12), est fort douteuse, car il n’y est fait nulle allusion dans une lettre assez longue d’Édouard III à son fils datée du siége devant Vannes le 5 décembre 1342 (V. Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, éd. de 1720, p. 100 et 101). Jean le Bel dit à propos de ce siége de Vannes: «Et y avint de belles aventures et grandes proesses, d’ung costé et d’aultre, que je ne sçauroye pas raconter ne dire au vray; si vault mielx que je m’en taise.» (Chron., t. II, p. 12.) Il est certain que Jean le Bel se montre ici plus réservé que Froissart. Toutefois, il y a de bonnes raisons de penser que la réserve du chanoine de Liége aurait dû être plus grande encore.[8]Aujourd’hui hameau de la commune de Priziac, Morbihan, ar. Napoléonville, c. le Faouët. V. sur ce nom de lieu le tome deuxième de notre édition,Sommaire, p. XLVIII, note 300.[9]Morbihan, ar. Vannes.[10]Aujourd’hui château de la commune de Sarzeau, Morbihan, ar. Vannes.[11]La présence de Hervé de Léon à cette prétendue prise de Vannes par Robert d’Artois est une erreur que Froissart a empruntée à Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12). Hervé de Léon, fait prisonnier dans une embuscade par Gautier de Mauny au mois de mai 1342 et amené le 7 juillet suivant à Londres, où il fut enfermé à la Tour, ne put se trouver à Vannes entre l’arrivée de Robert d’Artois et celle d’Édouard III en Bretagne, c’est-à-dire après le commencement d’août et avant le 5 octobre 1342, car il ne dut être relâché qu’après la conclusion de la trêve de Malestroit (janvier 1343). Jean le Bel, en disant que le même Hervé de Léon avait été au début partisan de Montfort (Chroniques, t. I, p. 229) a entraîné Froissart dans une autre erreur, car le vicomte de Léon, oncle de Jeanne de Penthièvre mariée à Charles de Blois, se montra dès le commencement de la lutte, de l’aveu des propres partisans de Montfort, l’adversaire déclaré de ce dernier (Preuves de l’histoire de Bretagne, par dom Morice, t. I, p. 1431). V. la dissertation de dom F. Plaine intitulée:De l’autorité de Froissart comme historien des guerres de Bretagne, p. 19. Nantes, 1871.[12]Ce siége de Rennes, dont la mention est empruntée à Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 15), est tout aussi problématique que la prise de Vannes par Robert d’Artois.[13]Robert d’Artois mourut entre le 6 octobre (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1212) et le 20 novembre 1342 (ibid., p. 1215); mais Jean le Bel (Chron., t. II, p. 13) et Froissart (p.20et224) se trompent en le faisant mourir en Angleterre. Il résulte d’une charte d’Édouard III, datée de Westminster le 1ermai 1343, que la mort du comte d’Artois arriva en Bretagne: «...Nos, licet dictæ quadringentæ libræ ad prædicta debita ipsius Roberti, [qui]in dictis partibus(Britanniæ), diu ante dictum festum Paschæ, diem suum clausit extremum...» (Rymer,ibid., p. 1222.)CHAPITRE LII.[14]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap,LXII, p. 15 à 18.[15]Édouard III s’embarqua à Sandwich (port du comté de Kent, à 4 l. n. de Douvres) le 5 octobre 1342 (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1212).[16]Nous apprenons par une lettre d’Édouard III à son fils, donnée au siége de Vannes la veille de Saint Nicolas (5 décembre) 1342, dont Robert d’Avesbury nous a conservé le texte (Hist. Ed. III, éd. de 1720, p. 100), que Louis de Poitiers, comte de Valentinois, commandait alors la garnison de Vannes. Froissart se trompe lorsqu’il dit, dans la rédaction d’Amiens (p. 227), que Louis de Poitiers était à ce moment capitaine de Nantes.[17]L’investissement de Nantes par Édouard III en personne est une erreur que Froissait a empruntée à Jean le Bel (Chron., t. II, p. 16). Les premières opérations du roi anglais en Bretagne furent dirigées contre Ploërmel, Malestroit (Morbihan, ar. Ploërmel), Redon, villes qui étaient au pouvoir des Anglais dès le 5 décembre 1342, date de la lettre d’Édouard III à son fils dont il est question plus haut. A cette même date, Amauri de Clisson, les seigneurs deLyac(Loyat, Morbihan, ar. et c. Ploërmel), deMachecoille(Machecoul, Loire-Inférieure, ar. Nantes), deReies(Retz ou Saint-Père-en-Retz, Loire-Inférieure, ar. Paimbœuf), deRyeus(Rieux, Morbihan, ar. Vannes, c. Allaire), avaient fait soumission au roi d’Angleterre, qui, une fois maître de Ploërmel, de Malestroit et de Redon, mit le siége devant Vannes et se contenta d’envoyer vers les parties de Nantes son cousin de Northampton, le comte de Warwick et Hugh Spencer avec trois cents hommes d’armes (Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, p.99et100).[18]Hervé de Léon avait été fait prisonnier dès le mois de mai 1342. V. plus haut, p. VI, note 11.[19]L’armée du duc de Normandie dut se rassembler à Angers et se mettre en marche vers la Bretagne après le 12 novembre 1342. Par lettres du 12 nov. 1342, Philippe de Valois mande aux receveurs de Saintonge et du Poitou d’envoyer des vivres et des fourrages à Angers, pour l’armée que le duc de Normandie, son fils, doit conduire dans l’Anjou, le Maine et la Bretagne. (Arch. nat., sect. hist., k 43, nº 23.)—Original.[20]Édouard III, dans la lettre à son fils datée du siége devant Vannes le 5 décembre 1342, se tait complétement sur ce siége de Rennes, qui par conséquent, s’il a eu lieu, doit être postérieur au 5 décembre; mais le silence du roi anglais rend le fait au moins douteux. Nous craignons qu’ici encore Froissart n’ait été moins réservé que Jean le Bel, qui dit en cet endroit: «Je ne m’ose plus avant entremettre de conter comment ces deux grandes assemblées se departirent, ne quelles aventures il y eut, car je n’y fus mye, et ja soit que je treuve en ces romans rimés dont j’ay parlé cy dessus biacop de choses, neantmoins, pource qu’elles sont plus plaines de mensonge que de vérité, je ne les ose dire.» (Chron., t. II, p. 18.)[21]Froissart veut probablement parler d’Étienne Aubert, évêque de Clermont, fait cardinal par Clément VI la première année de son pontificat, et qui touchait, ainsi que les cardinaux d’Autun et de Périgord, 500 livres de rente sur la cassette de Philippe de Valois (De Camps, portef. 83, fos149 et 150); mais d’après une bulle de Clément VI datée d’Avignon le 11 décembre 1342, les cardinaux envoyés pour négocier un arrangement entre les deux partis étaient Pierre des Prés, évêque de Palestrina, et Annibal Ceccano, évêque de Frascati. (V. Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1216.)[22]Froissart se trompe dans la rédaction de Rome (p. 245) en rapportant ces faits à Clément V, tandis qu’ils eurent lieu sous le pontificat de Clément VI qui succéda à Benoît XII en 1342.[23]Édouard III se défiait beaucoup de la partialité des messagers du pape pour les Français, car il écrivait à son fils le 5 décembre: «Chiere filtz, sachez que le tierce jour que nous fusmes herbergés au dite siège, viendrent à nous un abbé et un clerc de par les cardinalx ovesque lour lettres pour nous requère de eaux envoier sauve conduyt pour venir devers nous; et nous disoient que, s’ils eussent conduyt, ils puissent estre devers nous entour les huit jours après. Et feissons nostre conseil respondre as ditz messagiers et deliverer à eux noz lettres de conduyt pour mesmes les cardinalx pour venir à la ville de Maltrait, à trente leages de nous, qu’estoit nadgairs renduz à nous et à nostre pees;qar nostre entent n’est pas qu’ils deivount pluis priés aproscher nostre ost que la dite ville de Malatrait pour plusours causes... mais qe, coment que les cardinalx veignent issint devers nous, nous ne pensoms mye delaier un jour de nostre purpos,qar nous poioms bien penser des delaiez qe nous avons eu, einz ces heures, par tretis de eaux et des aultres....» (Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, p.100et101.)[24]C’est la célèbre trêve de Malestroit, ainsi nommée parce qu’elle fut conclue le 19 janvier 1343 dans le prieuré de Sainte-Madeleine de Malestroit, de l’ordre de Saint Benoît, au diocèse de Vannes.CHAPITRE LIII.[25]Cf. Jean le Bel,Chroniques, chap.LXIIàLXIV, p. 18 à 28.[26]Olivier de Clisson fut exécuté par jugement du roi, c’est-à-dire sans jugement régulier, le 2 août 1343. Voici le procès-verbal, jusqu’à présent inédit, de son exécution: «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le semadi secont jour d’aoust, messires Oliviers, sires de Cliçon, chevaliers, prisonniers en Chastellet de Paris, pour plusieurs traisons et autres crimes perpetrez par lui contre le roy et la coronne de France et aliances qu’il avoit faites au roy d’Angleterre anemi du roy et du royaume de France, si comme li diz messires Oliviers le cognut et confessa, fu par jugement du roy donné à Orliens traynez du Chastellet de Paris ès Hales en Champiaus, et là ot sur un eschafaut la teste coppée. Et puis d’ileuc fu le corps trayné au gibet de Paris et là pendu au plus haut estage. Et la teste fu envoïe à Nantes en Bretaigne pour estre mise en une hante seur la porte de Sauvetout comme de traistre et cuida trahir la dite cité de Nantes à perpetuel memoire.» (Arch. nat., sect. jud., X2a4, fº 186.)—Par acte du 22 août 1343, Philippe de Valois donne à son chambellan Thibaud, sire de Mateflon, les biens confisqués «dans la baillie de Caen, pour la forfaiture de Olivier, jadis seigneur de Clichon, qui pour ses meffaiz a esté mis à mort, notamment le manoir de Tuyt seant à l’un des bous de la forest de Cingueleis... les minières de fer de Biaumont qui pevent valoir cent livres tournois.» (Arch. nat., JJ75, p. 141, fº 72.)—En juin 1344, Jean, sire de Derval, reçoit 500 livrées de terre sur ce qui avait appartenu à feu Olivier de Clisson aux terres et appartenances de Goulaine et de l’Épine (Loire-Inférieure, ar. Nantes) JJ75, p. 185, fº 70.—Enfin, en août de la même année, il est fait don à Pierre Benoît, évêque de Léon, de 25 livres de rente annuelle en terre que possédait feu Olivier de Clisson dans la paroisse de Guémené (Loire-Inférieure, ar. Savenay) JJ75, p. 90.[27]Ces chevaliers furent exécutés le samedi 29 novembre 1343. Le parlement instruisait leur procès, lorsqu’il reçut, le lundi 24 novembre, des lettres closes du roi conçues en ces termes: «De par le roy. Les gens de nostre parlement, Nous envoions à Paris nostre amé et feal chevalier Jehan Richer, mestre des requestes de nostre hostel, et nostre prevost de Paris, pour aucunnes besoignes touchans les prisonniers de Bretaigne. Si vous mandons que sour ce les creez de ce que il vous en diront de par nous. Donné à Poissi, le vingt troisième jour de novembre.» (Arch, nat., sect. jud., X2a4, fº 208 vº.) Ce billet était un arrêt de mort. Voici le procès-verbal de l’exécution des chevaliers bretons. «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le samedi vingt neuvième jour de novembre, veille de feste Saint Andriu apostre, messires Geufroi de Malatrait l’ainzné, messires Geufroi de Malatrait le jeune, messires Guillaume de Briex, messires Alain de Kedillac, messires Jehans de Montauban, messires Denis du Plaissié, chevaliers, Jehan Malart, Jehan des Briez, Raoulet des Briex, Jehan de Sevedain, escuiers, touz traistres et qui s’estoient armé de la partie du roy d’Angleterre et des anemis du roy de France et du royaume, et pour homicides, roberies, feux boutez et autres excès, crimes de majesté roial bleciée, si comme il le confessèrent, et plusieur confessèrent que il avoient fait aliance au roy d’Angleterre de le servir comme roy de France,—furent par jugement et par mandement du roy envoié au prevost de Paris par lettres seellées du seel de son secré, trayné du Chastellet de Paris duques en Champiaus ès hales, et là leur furent les testes copées sour un eschafaut. Et puis furent les corps trainez au gibet de Paris, et là furent penduz. A ceste exeqution faire furent present, du mandement le roy, li sires d’Offemont, li sires de Til, messires Pierre de Cuignières, messires Jehan du Chastellier, messires Jehan Richer, messire Jehan Haniere, messires Fauviau de Wadencourt, messires J. de Traversi et plusieurs autres.«Copie de la lettre du roy envoïe seur ce [au] prevost de Paris. Philippe, par la grace de Dieu roy de France, au prevost de Paris ou à son lieutenant, salut. Nous te mandons et commettons que les chevaliers et escuiers qui ont esté amenez de Bretaigne, et lesquels furent hyer en nostre parlement et depuis envoiez en nostre Chastellet de Paris, tu au jour d’uy fai justisier, c’est assavoir trainer du dit Chastellet duques ès dittes hales, et ès dittes hales leur fay copper les testes, et puis les fay pendre au gibet de Paris, car nous comme traistres les condempnons à morir de la mort dessus dite. Et garde que en ce n’ait defaut, si cher comme tu doubtes à nous courrecier, et nous mandons à tous que en ce faisent te obeissent. Donné à Saint Germain en Laye, le vingt neuvième jour de novembre, l’an mil trois cens quarante trois. Saingué: par le roy, Lorriz.» (Ibid., fº 186 vº.)[28]Ces chevaliers étaient accusés d’avoir voulu faire Godefroi de Harcourt duc de Normandie; condamnés le 31 mars 1344, ils furent exécutés le 3 avril suivant. M. Léopold Delisle a publié le procès-verbal de l’exécution. (Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Pièces justificatives, p. 99.)[29]Le 14 août 1344, donation est faite à Guillaume du Merle, chevalier, seigneur deMessy(Messei, Orne, ar. Domfront) du manoir deCloé(aujourd’hui Clouay, château, Manche, ar. Saint-Lo, c. Saint-Clair, comm. Saint-Jean de Savigny) confisqué sur Guillaume Bacon, naguère supplicié pour crime de lèse-majesté. (Arch, nat., JJ82, p. 55.)[30]Jean, sire de la Roche Tesson. La seigneurie de la Roche Tesson était située dans la paroisse de la Colombe (Manche, ar. Saint-Lo, c. Tessy). Les ruines du château sont encore marquées sur la carte de Cassini, au confluent de la Roche et de la Sienne.[31]Le 14 août 1344, donation est faite à Robert de Dreux de 500 livres assises sur le manoir de Juaye (aujourd’hui Juaye-Mondaye, Calvados, ar. Bayeux, conBalleroy) et autres bien confisqués par la forfaiture «.... des autres chevaliers de Normandie qui furent naguère justiciez avec Richart du Persy, et en la terre d’Anneville confisquée sur le feu sire de la Roche Taisson mis à mort avec Richart du Percy.» (Arch, nat., JJ81, p. 251.)[32]Par acte daté de Westminster le 26 février 1344, Édouard III donne commission à son maître charpentier William de Horle de faire choix dans toute l’Angleterre d’un certain nombre de charpentiers qui doivent coopérer sous ses ordres aux constructions de Windsor. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 6.[33]Froissart, dit Dacier, confond mal à propos l’institution de l’Ordre de la Jarretière avec celle de la fête de la Table Ronde, qui eut lieu cette année, suivant Walsingham et la plupart des historiens anglais. Il est possible que cet établissement ait fourni à Édouard III l’idée du second et en ait été l’origine; mais les mêmes historiens, dont l’autorité en ce point doit l’emporter sur celle de Froissart, s’accordent généralement à reculer la date de l’institution de l’Ordre de la Jarretière à l’année 1349, quelques-uns même à l’année suivante. (V.Hist. of the Garter, by Hel. Ashmole.) Ce ne fut que le 6 août 1348 qu’Édouard III fît reconstruire à Windsor cette magnifique chapelle de saint Georges qui subsiste encore, en y instituant un collége de vingt-trois chanoines et de vingt-quatre chevaliers; et les statuts de l’Ordre de la Jarretière portent la date de 1349.CHAPITRE LIV.[34]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap.LXVIetLXVII, p. 36 à 39.[35]Jean le Bel rapporte, à tort, la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, en Guienne et en Gascogne, à l’année 1344: «... et fut l’an de grace milCCCXLIV, à l’entrée d’yver.» (V. t. II, p. 43.) Froissart a reproduit l’erreur chronologique commise par le chroniqueur qu’il reconnaît lui avoir servi de guide pour toute la partie de ses chroniques antérieure à 1350. Il est certain, comme Dacier l’avait parfaitement établi dès la fin du dernier siècle (V.Chroniques de Froissart, p. 233, note 1), que la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, n’eut lieu qu’en 1345. Par lettres datées de Westminster le 14 avril 1345, Édouard III nomme Guillaume de Bohon, comte de Northampton, son lieutenant dans le royaume de France et le duché de Bretagne et le charge de défier Philippe de Valois (Rymer,Fœdera, vol. III, p.36et37). Le 10 mai suivant, le comte de Derby est nommé capitaine et lieutenant du roi d’Angleterre dans le duché d’Aquitaine et ses dépendances (Ibid., p. 37); et le 20 mai, il reçoit des lettres de protection pour lui et les compagnons d’armes qui doivent faire partie de l’expédition (Ibid., p. 39). Le 26 mai, le roi d’Angleterre adresse des lettres au pape pour lui signifier la rupture de la trêve et la déclaration de guerre à la France; le 11 juin, il somme tous les hommes d’armes et archers de rejoindre le comte de Derby à Southampton; enfin, le 15 du même mois, il ordonne des prières publiques par tout son royaume (Ibid., p. 41, 44, 45).[36]Le 17 mai 1345, des lettres de protection pour passer en Bretagne furent en effet delivrées à Thomas d’Agworth (Rymer, vol. III, p. 38); mais il servait sous les ordres de Guillaume de Bohon, comte de Northampton, nommé capitaine et lieutenant du roi en Bretagne, par lettres du 24 avril 1345 (Ibid., p. 37).[37]Tout le reste de ce chapitre appartient en propre à Froissart ou du moins n’est pas emprunté à Jean le Bel.[38]Aujourd’hui hameau de la commune de Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. et c. Bergerac. Montcuq avait une garnison anglaise le 15 août 1345. A cette date, Henri de Montigny, sénéchal de Perigord et de Querci, en faisait le siége. Une quittance délivrée par ce chevalier à Bernard Ramundi, baile royal, est datée «...in castris ante Montem Cucum sub sigillo nostro, XVº die augusti, Mº CCCº XLº quinto.» (Bibl. nat., Dép. des Mss., Cabinet des Titres, Orig., au motMontigny.) Cette charte a été publiée par M. Bertrandy dans sonÉtude sur les Chroniques de Froissart, p. 32, note 1. Bordeaux, A. de Lanefranque, 1870, in-8. Nous tenons à dire ici bien haut que, pour toute cette campagne de Derby, nous avons souvent fait usage de l’utile travail de M. Bertrandy, composé en grande partie, l’auteur ne nous saura pas mauvais gré de l’ajouter, d’après les précieux documents recueillis par M. Lacabane.[39]D’après une chronique manuscrite placée en tête desCoutumes de Bordeaux, de Bergerac et du Bazadaiset signalée par dom Vaissète, la prise de Bergerac eut lieu le 24 août 1345: «L’an mil CCCXLV, fo pres Bragueyrac, en Peyregort, per lo conte Darvi,lo jorn de sent Bertomyu. (Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº.) D’après la rédaction de Rome (p. 268), un certain nombre d’habitants de Bergerac aimèrent mieux quitter leur ville que de se soumettre aux Anglais. Cette dernière version, plus vraisemblable que celle des deux rédactions antérieures, est confirmée par un acte d’accord entre le comte de Derby et les frères d’Albret, seigneurs de Vayres (Gironde, ar. et c. Libourne), acte daté de Bergerac le 11 septembre 1345, par lequel Derby laisse notamment auxdits frères la faculté de rappeler les gens de Bergerac «....potestatem reappellandi et convocandi gentes Bregeraci de redeundo ad villam predictam, perdonandi, graciam faciendi...» (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, orig. parch.) Cet acte a été signalé et publié par M. Bertrandy,Études, etc., p. 36 à 38, note 1.[40]Il existe un Langon (Gironde, ar. Bazas), mais il est à une trop grande distance de l’itinéraire suivi par Derby.Lanquais(Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), proposé par M. Ribadieu (Les Campagnes du comte Derby, p. 24, Paris, 1865, in-12), s’adapte bien comme situation, sinon comme nom, au récit de Froissart.[41]Dordogne, ar. Bergerac, c. Beaumont, à peu de distance de Lanquais.[42]Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce. La localité appelée aujourd’hui les Lèches est désignée au moyen âge par les formeslas Lechas, deLerches, de las Lescas(Noms anciens de lieux du département de la Dordogne, par M. le vicomte de Gourgues, p. 122). Ces formes donnent une certaine vraisemblance à l’identification du Lac de Froissart avec les Lèches proposée par M. Bertrandy (Études, etc., p. 71).[43]Aujourd’hui hameau de Saint-Pierre-d’Eyraud, Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce.[44]Aujourd’hui Lamonzie-Montastruc, Dordogne, ar. et c. Bergerac.[45]A Paunat proposé par M. Ribadieu, M. Bertrandy préfère avec raison (Études, p. 46) Pinac, aujourd’hui disparu, mais qui existait au moyen âge avec une église,ecclesia de Pinac, et faisait partie de l’archi-prêtré de St-Marcel (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), au diocèse de Périgueux.[46]Dordogne, ar. Bergerac. Le château de Lalinde, avec la haute et basse justice et le revenu appelé vulgairementle petit commun de Clarenxs, fut donné par Derby à Thomas Coq en récompense de ses services. (Bertrandy,Étudesetc., p. 44, note 2.)[47]Dordogne, ar. Bergerac. Laforce se rapproche assez mal, comme forme, duForsachde Froissart, mais il se rapporte bien, comme situation, au récit du chroniqueur. Ce qui est certain, c’est que Laforce était au pouvoir des Anglais avant le mois de septembre 1345. Par acte daté de Bergerac le 2 septembre 1345, Derby confirme la cession de la haute et basse justice dans les paroisses de Laforce et de Lunas, en la châtellenie de Bergerac, dont il avait antérieurement récompensé les services d’Hélie Prévôt, damoiseau de Laforce (Bibl. nat., dép. des mss. Périgord, vol. 52, fº 59). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 33, note 1.[48]Cette fortification, qui fut probablement ruinée de bonne heure, n’est point marquée sur la carte de Cassini ni sur les plus anciennes cartes du Périgord.[49]Aujourd’hui Beaumont-du-Périgord, Dordogne, ar. Bergerac.[50]Dordogne, ar. Ribérac.[51]Dordogne, ar. Périgueux, c. Brantôme.[52]Aujourd’hui hameau de la commune de Fossemagne, Dordogne, ar. Périgueux, c. Thenon.[53]Il y eut un complot pour livrer Périgueux aux Anglais entre le 24 juin et le 6 août 1345 (Bibl. nat., mss. Lespine, Périgord, vol. 49, fº 112bis). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 49, 50, note 1 et p. 51.[54]Gironde, ar. la Réole. Pellegrue fut pris par les Anglais, ainsi que l’affirme Robert d’Avesbury (Hist. Ed. III, p. 122) et ainsi qu’il résulte d’une charte d’Édouard III datée de Westminster le 12 août 1348. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 64, note 3 et p. 65. Froissart lui-même, dans la rédaction de Rome (p. 279) a corrigé l’erreur qu’il avait commise à ce sujet dans les deux rédactions antérieures (p.60et278).[55]Aujourd’hui hameau de la commune le Change, Dordogne, ar. Périgueux, c. Savignac-les-Églises.[56]Dans l’acte de la vente du château d’Auberoche faite en novembre 1346: au cardinal Talleyrand de Périgord, il est dit que ce château fut livré aux Anglais par trahison: «...proditorieet aliter indebite et injuste occupatum etcaptum...» Arch. nat., JJ76, p. 396, fos241 et 242. C’est sans doute cette vente d’Auberoche à un cardinal, anticipée et dénaturée par Froissart, qui fait dire à notre chroniqueur dans la rédaction de Rome (p.279et280) que la ville d’Auberoche appartenait à un haut dignitaire ecclésiastique qui «se tenoit en Avignon dalés le pape.»[57]Derby n’eut pas à s’emparer de Libourne, car cette ville ne cessa d’être au pouvoir des Anglais pendant les années 1345 à 1348. Froissart ici encore, en ne mentionnant pas cette prise imaginaire de Libourne, a corrigé dans la rédaction de Rome (p. 280) une erreur qui lui avait échappé dans les rédactions antérieures (p.61et279). Il aurait dû ne pas s’arrêter en si bon chemin et supprimer aussi la rentrée non moins imaginaire de Derby à Bordeaux.[58]Cet épisode fort invraisemblable a été supprimé dans la rédaction d’Amiens (p.284et285).[59]D’après la rédaction de Rome (p. 286), c’est de Libourne queseraitparti le comte de Derby.[60]Froissart commet une erreur en fixant la date de la bataille d’Auberoche à la veille (p.71) ou au lendemain (p.290) de la Saint-Laurent, 9 ou 11 du mois d’août 1344. La campagne de Derby eut lieu, contrairement à l’assertion de Jean le Bel adoptée par Froissart, en 1345, non en 1344. Et quant au mois, la date donnée par Villani est la plus probable. Or, d’après cet historien, l’action commença le 21 octobre à la pointe du jour, «... à la punta del di, a di 21 d’octobre» Muratori,Rerum Italicarum scriptores, tome XIII, col. 927. Le témoignage de Villani est confirmé par une chronique anonyme placée en tête desCoutumes de Bordeaux, etc., où on lit que «l’an MCCCXLV fo la batallia dabant Albarocha en Peyregort, lo jorn de Sent Sevrin.» Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº. saint Seurin ou saint Séverin a trois jours de fête, le 21, le 23 et le 29 octobre. En choisissant le 21, on met d’accord le chroniqueur français anonyme et l’annaliste italien. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 114 et 115.[61]Le comte de l’Isle (Bertrand de l’Isle-Jourdain) était encore prisonnier des Anglais le 6 mai 1346, jour où des lettres d’Etat lui furent octroyées par Philippe de Valois. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 242 vº. V. Bertrandy,Etudesetc., p. 124.[62]Froissart se trompe: Louis de Poitiers, 1erdu nom, comte de Valentinois et de Diois, fils d’Aymar IV, fut tué à Auberoche, et non fait prisonnier, comme l’affirme notre chroniqueur.[63]Le comte de Périgord ne fut sans doute pas fait prisonnier à Auberoche, puisque dans le mois qui suivit la bataille, c’est-à-dire en novembre 1345, un accord intervint entre Jean, duc de Normandie et le comte du Périgord en vertu duquel ce dernier s’engage à défendre son comté à la tête de 200 hommes d’armes et de 400 sergents. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fol. 160 et suiv. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 95 et 96.[64]Pierre Raymond, comte de Comminges. Le 17 décembre 1346, le duc de Bourbon, lieutenant en Languedoc, donna à Roger de Comminges, chevalier, seigneur de Clermont-Soubeiran, 2,000 tournois pour se racheter (Comptes de la sénéchaussée de Beaucairecités par dom Vaissète,Hist. du Languedoc, t. IV, p. 255); mais il ne faut pas confondre Roger de Comminges avec Pierre Raymond, comte de Comminges.[65]Si Arnaud de la Vie, vicomte de Villemur, fut fait prisonnier à Auberoche le 21 octobre 1345, il était libre le 10 juin 1346, jour où le roi de France lui octroya des lettres d’Etat. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 249. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 119.[66]Arnaud d’Euze ou d’Evèze, vicomte de Caraman, n’avait pas encore payé sa rançon à la date du 30 mai 1346; «car à cette date, dit M. Bertrandy (Études, p. 124, note 3), les habitants de Montricoux (Tarn-et-Garonne, ar. Montauban, c. Négrepelisse), localité dont Arnaud était seigneur, engagèrent les revenus communaux de la Devèze et du port de Montricoux, à l’effet de concourir, pour une somme de 200 livres de petits tournois, au payement de la rançon de leur seigneur.» Orig., Archives de M. le vicomte de Malartic.[67]Le sénéchal de Querci, tué à Auberoche, fut sans doute Henri de Montigny, qui remplissait encore ces fonctions le 15 août 1435, et dont une lettre de Philippe de Valois au receveur de Cahors, datée de Vincennes, le 3 février 1347 (n. st.), mentionne la mort. [Bibl. nat., dép. des mss., Orig. du Cab. des Titres, au motMontigny.] D’un autre côté, le sénéchal de Querci était le 27 novembre 1345 Guillaume de Montfaucon, seigneur du Verdrac, capitaine général et sénéchal de Périgord et de Querci, à qui le duc de Normandie signifie qu’il a donné au comte de Périgord toute la terre ayant appartenu, dans le diocèse de Périgueux, au seigneur de Montfaut, partisan des Anglais. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fº 158. V. Bertrandy,Études, etc., p. 121, note 1, et p. 129.[68]Agout des Baux, sénéchal de Toulouse et d’Alby dès 1342, fut sans doute fait prisonnier à Auberoche, comme l’affirment Villani et Froissart, car dès le 6 novembre 1345, Girard de Montfaucon, chevalier, était sénéchal de Toulouse, probablement au lieu et place d’Agout des Baux (Bibl. nat., dép. des mss.,Titres scellés, vol. I, fº 319); et, d’un autre côté, le 15 janvier 1347 (n. st.) Agout des Baux était redevenu gouverneur et sénéchal de Toulouse et d’Alby (Bibl. nat.,Titres scellés, vol. 9, au motBarbazan).[69]Le seigneur dont il s’agit ici est Raymond Jourdain de Tarride, auquel Jean, duc de Normandie donna, en août 1346, trois cents livres tournois de rente annuelle à asseoir en la sénéchaussée de Toulouse pour ses services en Flandre et en Guienne. Arch. nat., JJ82, fº 380, p. 255.[70]Roger était oncle, d’après la première rédaction (p.70), et d’après la troisième (p.289), frère du comte de Périgord.[71]Aymar de Poitiers, cinquième fils d’Aymar IV du nom, seigneur de Chalançon, puis de Veyne le 11 juillet 1345, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier à Auberoche; et Jean, duc de Normandie, par lettres du 25 novembre 1345, confirmées le 31 décembre 1350, lui donna 300 livres tournois en récompense de ses services (Anselme,Hist, généal., t. II, p. 195). Hautecuer de Poitiers, auquel le duc de Normandie donna, par lettres datées «ès tentes devant Aiguillon, le 29 avril 1346» cent livres «pour soi remonter et armer» et qui fut aussi pris par les ennemis à Auberoche, appartenait sans doute à la même famille que Louis et Aymar de Poitiers.[72]Sur cet énigmatiquevicomte de Murendonqui aurait été tué à Auberoche, voyez let. I de cette édition, p.CCXLVdu sommaire, note 378. «Lo vescomte de Monredon» est mentionné dans une montre de 1376 parmi les parents de Gaston Phœbus, comte de Foix. V.Rôles de l’armée de Gaston Phœbus(1376-1378) publiés par P. Raymond, p. 40. Bordeaux, 1872, in-4º.[73]Amauri IV, vicomte de Lautrec et seigneur d’Ambres, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier; il n’avait pas encore recouvré sa liberté au mois de mai 1346; il perdit à Auberoche Pons, sous-sergent d’armes et prévôt de Réalmont, écuyer de sa suite. Il avait obtenu du roi de France dès le 28 novembre 1345 des lettres de sauvegarde. Dom Vaissète,Hist. de Languedoc, t. IV, p. 255.CHAPITRE LV.[74]Froissart voit, à tort, une seconde campagne de Derby là où il n’y eut en réalité que la continuation de la campagne inaugurée par ce capitaine en juillet 1345: c’est une conséquence de l’erreur qui lui a fait rapporter, d’après Jean le Bel, le commencement de la campagne à l’année 1344.[75]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II. chap.LXV, p. 29 à 33 et chap.LXVII, p. 40 à 43.[76]Ce curieux passage, qui ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 293), est une réfutation du chapitreLXVde Jean le Bel.[77]Froissart se trompe. La chevauchée de Derby contre la Réole est postérieure au 8 octobre 1345, puisque dans des lettres qui portent cette date et par lesquelles Édouard III donne à Raymond Seguin la bladerie de la Réole, le roi anglais ajourne l’entrée en jouissance au moment où la Réole sera retombée entre les mains des Anglais (Arch. hist. de la Gironde, t. II, p. 419; Bertrandy,Étudesetc., p. 142).[78]Derby n’eut pas à quitter Bordeaux, où il n’avait point passé ses quartiers d’hiver. La bataille d’Auberoche ayant été livrée le 21 octobre 1345, et la prise de la Réole par les Anglais étant antérieure au 26 janvier 1346, date d’une concession faite par Édouard III aux habitants de cette ville, la chevauchée contre la Réole dut suivre immédiatement l’affaire d’Auberoche. D’ailleurs, Robert d’Avesbury dit formellement que Derby, après sa victoire d’Auberoche, poursuivit sans discontinuer pendant tout l’hiver ses opérations militaires: «subsequenterque per totum yemem subsequentem ibidem se strenue gessit.» (Hist. de mirabilibus gestis Edwardi III, p. 122.) Froissart lui-même, en mentionnant le passage de Derby à Bergerac, rend tout à fait invraisemblable son départ de Bordeaux, tandis qu’au contraire Bergerac est sur le chemin d’Auberoche à la Réole.[79]Lot-et-Garonne, ar. et c. Marmande, sur la rive droite de la Garonne, en amont de la Réole.[80]Nous identifionsla Roche Millonde Froissart avec Meilhan, chef-lieu de canton de Lot-et-Garonne, ar. de Marmande, voisin de la Réole. Cette heureuse identification a été proposée pour la première fois par M. Ribadieu,Les campagnes du comte de Derby en Guyenne, p. 46, note 1.[81]Jean le Bel, dont Froissart ne fait ici que développer le texte, dit à propos de Monségur (Chroniques, t. II, p. 40): «et puis aprez le fort chastel et grosse ville de Monségur, qui siet sur une grosse rivière appellée Lot.» Cette phrase prouve avec évidence que Jean le Bel et après lui Froissart entendent parler de Monségur, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, c. Monflanquin, et non de Monségur-Gironde, ar. la Réole, sur la rive gauche du Drot, comme le suppose M. Bertrandy (Étudesetc., p. 160). Il est probable que Derby, après sa victoire d’Auberoche, sépara son armée en deux corps, chargés d’opérer, l’un sur les bords de la Garonne, l’autre sur les rives du Lot; au premier, qui avait la Réole pour objectif, reviendraient les affaires de Sainte-Bazeille et de Meilhan; au second, dont Aiguillon était le point de mire, devraient être rapportées les entreprises contre Monségur sur Lot et Castelsagrat. Faute d’avoir supposé cette division en deux corps d’armée, que les nécessités stratégiques rendent au moins vraisemblable, Jean le Bel et Froissart ont été amenés à confondre deux mouvements de troupes parfaitement distincts et à présenter comme successives des opérations qui ont pu être simultanées.[82]Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Port-Sainte-Marie, au confluent de la Garonne et du Lot. Aiguillon était déjà au pouvoir des Anglais le 10 décembre 1345, jour où Raoul, baron de Stafford, sénéchal de Guyenne, y donne à Guillaume de Lunas, co-seigneur d’Aiguillon, partisan des Anglais, un droit de péage sur la Garonne et le Lot vendu par Astorg de Lunas, père de Guillaume, aux frères Sornard traités comme rebelles parce qu’ils n’ont pas encore abandonné la cause du roi de France. (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 279). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 188. Raoul de Stafford était sans doute le chef du corps d’armée qui avait été chargé d’opérer sur les bords du Lot avec Aiguillon pour objectif, tandis que Derby en personne opérait sur la Garonne contre la Réole. Il n’y a pas de témérité à supposer que ce Guillaume de Lunas, dont il est question dans la charte de Raoul de Stafford, et un autre co-seigneur d’Aiguillon, nommé Raimfroid de Monpezat, jouèrent un rôle décisif dans cette reddition si facile et si prompte de l’importante forteresse d’Aiguillon. Les faveurs signalées dont ces deux seigneurs, et surtout celui de Monpezat, furent comblés par le roi d’Angleterre, autorisent pleinement cette supposition. En effet, par lettres datées de Westminster le 20 août 1348 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 75, fº 210; Bertrandy,Étudesetc., p. 154, note 1), Édouard III confirme la donation faite par Derby à Raimfroid de Monpezat des lieux deSancto Sacerdocio(Saint-Sardos, Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Prayssas) et deSancto Damiano(Sanctus Damianusdésigne Monpezat où une église était, si elle n’existe pas encore, sous l’invocation de saint Damien; ce ne peut êtreSaint-Amans?comme le suppose M. Bertrandy), toute juridiction au lieu dit dePodio Bardaco(Pech-Bardat, hameau de la comm. de Lacépède), sur les paroisses deSancte Fidis(Sainte-Foi-de-Pechbardat, hameau de Lacépède; et nonLa Fitte, comme le suppose M. Bertrandy) et deCepeda(Lacépède, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas), des droits pareils dans les paroisses deSancto Michaele de Bas(Saint-Michel, auj. hameau de la comm. de Dolmayrac, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, cant. Sainte-Livrade; et nonSembas?comme le suppose M. Bertrandy) et deSancto Calvario de Reda(Rides, auj. hameau de la comm. de Cours, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas; et nonSaint-Caprais et Ridès, comme l’affirme M. Bertrandy); il le réintégra dans les possessions de ses prédécesseurs au lieu ou territoire de l’abbaye de Payrinhaco (Pérignac, aujourd’hui hameau de la commune de Monpezat).[83]Nous identifions avec Dacier (p. 254 de son édition) et M. Ribadieu (Campagnes de Derby, p. 49, note 1)Segrat, Sigrat, Sograt, Segartde Froissart (p.80et300) avec Castelsagrat, Tarn-et-Garonne, ar. Moissac, cant. Valence-d’Agen. L’occupation de Castelsagrat par les Anglais est postérieure au 21 novembre 1345, jour où dix-sept localités de l’Agenais, parmi lesquelles figure Castelsagrat, envoient Pierre de Caseton vers le roi de France avec une lettre de créance; d’un autre côté, elle est antérieure au 5 avril 1346, car à cette date les consuls d’Agen, invités à fournir un contingent à Jean, duc de Normandie, pour le siége d’Aiguillon, motivent leur refus sur ce que les Anglais occupent plusieurs localités de l’Agenais menaçantes pour leur ville, entre autres, Castelsagrat (Arch. comm. d’Agen, BB1; Bertrandy,Étudesetc., p. 157 et 158). Le 22 juillet 1348, Édouard III donna à Gaillard de Durfort, seigneur de Blanquefort et de Duras, les bastides et lieux de Miramont et deCastelsagrat, au diocèse d’Agen, de Molières et de Beaumont, au diocèse de Sarlat (Bibl. nat., mss. Bréquiguy, t. 28, fº 207; Bertrandy,Étudesetc., p. 158, note 2 et p. 150).[84]La rédaction d’Amiens, en prêtant à la ville de la Réole aussi bien qu’au château une résistance énergique (p. 301), s’écarte plus de la vérité que les deux autres rédactions, car il résulte de plusieurs documents authentiques, et notamment des termes d’une donation faite par Derby le 26 janvier 1346 (Archives historiques de la Gironde, t. I, p. 302; Bertrandy,Étudesetc., p. 162 et 163), que les habitants de la Réole se soumirent d’eux-mêmes et de bonne grâce:sponte et gratis ad fidelitatem et obedienciam veniendo. Derby se montra reconnaissant. Par acte daté de la Réole le 26 janvier 1346, il affranchit de tous droits d’octroi, dans la ville de Bordeaux, les vins recueillis sur les vignobles appartenant aux habitants de la Réole dans le ressort et district de cette ville (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 95; Bertrandy,Étudesetc., p. 163, note 1.)[85]Ce prélat se nommait Pierre de Lévis; il était le troisième fils de Guy de Lévis, seigneur maréchal de Mirepoix et d’Isabel de Montmorency-Marly. Le neveu de l’évêque, qui fut tué par le Borgne de Mauny dans le tournoi dont il s’agit, s’appelait Roger de Lévis; il était fils de Jean de Lévis, premier du nom, seigneur de Mirepoix, et de Constance de Foix. Froissart commet un anachronisme, en disant que Pierre de Lévis étaitde ceux de Buch(p. 85 et 306), car le premier mariage qui unit les maisons de Grailly-de-Buch et de Foix est de 1343. (V. Bertrandy,Études, p. 205.)[86]Les Lévis-Mirepoix et les Mauny portaient les mêmes armes:d’or à trois chevrons de sable. Ce fut sans doute cette similitude qui, selon l’ingénieuse hypothèse de M. Lacabane, fit dégénérer le tournoi de Cambrai en un combat à outrance entre Roger de Lévis et les trois frères de Mauny. V. Bertrandy,Études, p. 205 à 208.[87]Le siége de la Réole par Charles, comte de Valois, est de l’an 1324. Le 14 novembre 1325, Charles le Bel accorda des lettres de grâce à Jean de Lévis, chevalier, seigneur de Mirepoix, frère de Roger de Lévis, sur le fait de la mort de Jean, dit le Borgne de Mauny, et de Mathieu dit Le Monnier tués: «in exercitu nostro Vasconie novissime preterito vel prope dictum exercitum.» Arch, nat., JJ62, p. 505.[88]Sur Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, voyez plus haut, p.XVII, note68.[89]D’après la rédaction de Rome (p. 310), les habitants de Monpezat ne soutinrent pas de siége et se rendirent simplement à Derby. Cette dernière version est plus vraisemblable que celle que Froissart, dans ses deux premières rédactions (p.91et309), avait empruntée à Jean le Bel (t. II, p. 41). Il est probable que la reddition de Monpezat, comme celle d’Aiguillon, fut due à l’influence de Raimfroid, seigneur de Monpezat et co-seigneur d’Aiguillon. Les donations dont nous avons vu plus haut que ce chevalier fut comblé par Derby, donations qui furent confirmées par Édouard III le 4 septembre 1347 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 123) et le 20 août 1348, ces donations, dis-je, furent sans doute la récompense de ces deux signalés services.[90]Aujourd’hui Castelmoron-sur-Lot, Lot-et-Garonne, ar. Marmande. La rédaction de Rome (p. 310) ne mentionne pas cette prise de Castelmoron par Derby, racontée par Froissart d’après Jean le Bel qui l’attribue à une ruse d’Alexandre de Caumont. Quoiqu’en dise M. Ribadieu (Les campagnes du comte de Derby, p. 55, note 1), il y avait d’étroites relations entre Caumont et Castelmoron, comme le prouve une donation faite le 21 janvier 1339 par Jean, roi de Bohême, à Pierre de Galart, des biens que «... Arnaut de Cautrain, rebelles du roy nostre sire à Caumont, a ou puet avoir ou lieu deChastiau Mauron.» Arch. nat., sect. hist., JJ63, fº 193, p. 247. D’après un registre des délibérations communales d’Agen, Castelmoron fut pris par les Anglais le 8 janvier 1347.[91]Aujourd’hui Villefranche-du-Queyran, Lot-et-Garonne, ar. Nérac, c. Casteljaloux.[92]«Quant li contes Derby, dit Froissart (p.93) eut fait sa volenté de Villefrance, il chevauça vers Miremont,en raproçant Bourdiaus.» Ces dernières expressions prouvent qu’il s’agit de Miramont, Lot-et-Garonne, ar. Marmande, c. Lauzun.[93]Lot-et-Garonne, ar. Marmande.[94]Lot-et-Garonne, ar. Nérac.[95]Cette expédition de Derby en personne dans l’Angoumois à la fin de 1345 et au commencement de 1346, est une erreur historique où Froissart a été induit par la désignation chevaleresque et romanesque donnée par Jean le Bel à Agen que le chroniqueur liégeois (t. II, p. 42) appelle «la cité d’Agolem ou d’Agolent», sans doute en souvenir du siége fabuleux soutenu dans cette ville par le sarrazinAgolantcontre Charlemagne (v. plus bas, p.XXIX, note124). Du reste la prise d’Agen en 1345 par Derby dans Jean le Bel n’est pas plus exacte que celle d’Angoulême dans Froissart. Il faut dire toutefois que ce dernier chroniqueur a pris soin de se corriger lui-même, en ne mentionnant pas ce siége et cette reddition imaginaires d’Angoulême dans la dernière rédaction de ses Chroniques, c’est-à-dire dans le texte de Rome (p. 311 à 313). Il appert de titres authentiques que le Limousin (Arch, nat., JJ76, p. 290), la Saintonge (Arch. nat., JJ76, p. 321, fº 195 et fº 166), notamment les châtellenies de Soubise et de Taillebourg (Arch. nat., JJ77, p. 34) et même le Poitou (Arch. nat., JJ77, p. 51) et l’Angoumois (Arch. nat., JJ75, p. 6), il appert, dis-je, de plusieurs titres authentiques que le Limousin, la Saintonge, le Poitou et l’Angoumois furent le théâtre d’escarmouches nombreuses et d’hostilités continuelles entre Français et Anglais pendant les derniers mois de 1345 et les premiers mois de 1346; mais il n’est nulle part question du siége et de la prise d’Angoulême par les Anglais. Dans tous les cas Derby, dont la présence à cette époque dans le Périgord, l’Agenais et le Bordelais est attestée par les documents les plus dignes de foi, ne put diriger en même temps, du moins en personne, les hostilités dans la Saintonge et l’Angoumois.[96]Quoique la rédaction de Rome, en général plus exacte que les autres, mentionne la prise de Blaye par les Anglais (p. 311), il y a lieu de préférer ici par exception la version des deux premières redactions (p. 94 à 96, 311) et de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 42). En effet, par un acte du 3 août 1348, signalé et publié par M. Bertrandy (Études, p. 231, note 1), Édouard III donne à Guillaume Sanche de Pomiers, en récompense de ses services, le lieu deMountasetz(aujourd’hui Montanceix, Dordogne, ar. Périgueux, c. Saint-Astier, comm. Montrem), et cette concession doit durer: «... quamdiu locus de Blavia in rebellione nostra persteterit.» Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 239.[97]Pierre Clari, et non Boucicaut, comme le dit Froissart (p.95), était capitaine de Mortagne le 23 septembre 1345, car à cette date il reçut de Jean Chauvel, trésorier des guerres, «... sur ses gages et de ses gens d’armes et de pié ou dit lieu, sous le gouvernement de M. l’evesque de Beauvez, lieutenant du roy ez parties de la Langue d’oc, Poitou, Xaintonge, Limousin et lieux voisins, cent vingt trois livres tournois. A Pons, 23 septembre 1345.» Bibl. nat., dép. des mss., Titres scellés de Clairambaul, au motClari. V. Bertrandy,Etudesetc., p. 101.[98]Sans doute Mirebeau ou Mirebeau-en-Poitou, Vienne, ar. Poitiers. Par une charte inachevée et non datée, mais qui paraît être de la fin de 1345 par la place qu’elle occupe dans un registre du Trésor des Chartes où presque toutes les pièces remontent à cette date, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc, Poitou, Saintonge et Limousin, accorde des priviléges aux habitants deMirabel, en récompense de leur fidélité. Arch. nat., sect. hist., JJ74, p. 564.[99]Aulnay ou Aulnay-de-Saintonge, Charente-Inférieure, ar. Saint-Jean-d’Angély. La résistance du château d’Aulnay est confirmée par des lettres de Philippe de Valois accordées le 16 février 1348 (n. st.) en faveur de Pons de Mortagne, vicomte d’Aulnay, pour la bonne garde et défense «... de son chastel d’Aunay, assis à trois lieues près de Saint Jehan d’Angely, lequel nos ennemis prendroient et assaudroient volontiers, et plusieurs fois se sont efforciez de prendre et assaillir.» Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fos293 vº et 294. V. Bertrandy,Études, p. 233.CHAPITRE LVI.[100]Cf. Jean le Bel,Chroniques, chap.LXVI, p. 35 à 37.[101]L’arrêt de bannissement, entraînant la confiscation des biens de Godefroi, est du 15 juillet 1344 (Arch. nat., sect. jud., X 8837, fº 204 vº). V. Delisle,Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 56 etPreuves, p. 105. Valognes, 1867, in-8.[102]L’exil de Godefroi semble avoir commencé au plus tard en 1343, comme en témoigne une charte originale datée du château d’Aerschot, le 6 mai de cette année. Godefroi possédait cette seigneurie du chef d’Alix de Brabant sa mère. V. Delisle,Ibid., p. 59 etPreuves, p. 96.[103]Godefroi de Harcourt dut passer en Angleterre au commencement de 1345, car les lettres patentes par lesquelles Édouard III le prend sous sa protection et spéciale sauvegarde, sont du 13 juin de cette année. V. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 44.[104]Des lettres patentes datées de l’Écluse (en flamand Sluis) et conservées à Londres, auRecord Office, que M. Kervyn de Lettenhove a publiées pour la première fois (Œuvres de Froissart, t. IV, p. 469 et 470), prouvent qu’Édouard IIIn’avait plus, à la date de ces lettres, c’est-à-dire le 19 juillet 1345, le projet de faire du prince de Galles un duc de Flandre; mais il serait peut-être téméraire d’en conclure, à l’exemple de l’érudit belge, que le roi anglais et Jacques d’Arteveld n’avaient jamais conçu le projet que leur prête Froissart.[105]Édouard III s’embarqua à Sandwich pour l’Écluse le dimanche 3 juillet 1345 (Rymer,Fœdera, vol. III, p. 50). Nous voyons par une lettre d’Édouard III au vicomte de Lancastre que son voyage à l’Écluse avait été nécessité par les dangers qui menaçaient ses alliés en Flandre: «... ordinato nuper propter hoc passagio nostro supra mare, propter aliqua nova subita quæ venerunt nobis, super procinctu dicti passagii,de perditione terræ nostræ Flandriæ et quorumdam alligatorum nostrorum, nisi illuc statim personaliter veniremus.» Rymer, ibid., vol. III, p. 55.[106]Le passage mis entre crochets appartient à la rédaction de Rome, la seule qui mentionne (p. 317) le rôle actif joué par le duc de Brabant dans le mouvement dont Jacques d’Arteveld fut victime. Cette addition du texte de Rome est de tout point conforme à la vérité historique. Une alliance intime, quoique secrète, fut conclue en 1345 entre le comte de Flandre et le duc de Brabant; et la main de ce dernier tendit habilement tous les fils de la trame où le grand agitateur des communes flamandes périt enveloppé.[107]Ce Thomas Denis était sans doute de la même famille que Gérard Denys, alors doyen du métier des tisserands. Deux lignes des Comptes de la ville de Gand pour 1345, grattées avec soin et peut-être de la main de Gérard Denys lui-même, constatent que ce personnage distribua des sommes considérables aux ouvriers qui se mirent avec lui en grève (la grève ou leledig-gangétait défendue par les lois de la commune). V. Kervyn de Lettenhove,Œuvres de Froissart, t. IV, p. 472.[108]Édouard III était de retour en Angleterre et débarqua à Sandwich le 26 juillet 1345. V. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 53.[109]L’alliance était redevenue étroite entre le roi d’Angleterre et les bonnes villes de Flandre dès le 8 septembre 1345. En effet, à cette date, Édouard III conclut un traité avec les communes flamandes sur la monnaie d’or ditela Noblequi devait avoir cours en Flandre et même y être frappée à son effigie (Rymer,Fœdera, vol. III, p. 59). Le 10 octobre de la même année, il donne pleins pouvoirs à Guillaume de Stury, à Thomas de Melcheburn et à Gilbert de Wendlynburgh, pour traiter de la confirmation des anciens traités qui stipulaient l’hommage de la Flandre à Édouard III, et en retour le devoir pour celui-ci de la protéger envers et contre tous (Rymer,ibid., p. 61).
[1]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap.LXI, p. 5 à 13.
[2]Froissart, reproduisant une erreur de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 5), donne à la comtesse de Salisbury le nom d’Alice; elle s’appelait Catherine, et elle était fille de Guillaume de Grandisson.
[3]Par acte daté d’Eltham le 3 avril 1342, Édouard III charge l’évêque de Durham, Henri de Lancastre, comte de Derby, son cousin, Raoul de Nevill et 4 autres chevaliers, de traiter au sujet d’une trêve avec Davidde Brus, roi d’Écosse. (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1191.) Par un autre acte donné plus d’un an après le premier et daté de Westminster le 20 mai 1343, Edouard III enjoint aux mêmes de veiller sur la frontière d’Écosse à l’exécution de la dite trêve qui doit durer jusqu’à la Saint Michel 1343 et de là en trois ans. (Ibid., p. 1225.)
[4]Jean le Bel s’est trompé en rapportant cette trêve à l’année 1343 ainsi que l’arrivée de Robert d’Artois et d’Édouard III en Bretagne (Chron., t. II, p. 17); ces trois événements appartiennent à l’année 1342. Froissart a reproduit les erreurs de date de son devancier et de son modèle. La trêve entre Jeanne de Montfort et Charles de Blois est du 1ermars 1342, ainsi qu’il résulte de la pièce suivante: «Nous Jehane de Flandres, duchesse de Bretaingne, comtesse de Richemond, de Monffort et vicomtesse de Limoges, faisons savoir à touz que, oie la requete que nous a faite maestre Henri de Malestret de par nostre sire le roi de France, c’est à savoir sur l’otroi de seures et saufves trefves entre nous et nostre partie adverse dou débat qui pant en presant entre nostre très cher singnour de Bretaingne et de Monffort nous et noz effanz d’une partie, et monseigneur Charles de Blois à cause de la dame de Penthèvre sa famme, d’autre, sur la chaiète et sucession de la duché de Bretaingne, eue sur ce deliberacion et conssail de noz chevaliers, gentis homes, bourgois et menu commun, pour l’obeissance dou dit singnour et la bone esperance dou bien d’acort et de paiz, les avons otroiées et otroions par ces lettres ès noms que desus et pour touz ceulx de nostre partie juques à la quinzaine de Pâques prochènes venanz, en telle manière que, se la partie adversse les veult otroier et soi assantir et ce fermement comme dit est, nous voulons que nostre dit otroi soit valable de meitanant; et ou cas où elle ne s’i assantiroit, nous rappelons le desus dit otroy fait par nous, et voulons que ils soit de nulle value et dou tout mis à naiant. Donné tesmoen nostre grant sael et ensamlile o le sael nostre très cher et très aemé et féal bachelier monseigneur Tengui dou Chatel nostre cappitaine de Brest, tant pour li que pour ceulx de la ville de Brest, et le sael nostre aemé et féal bachelier monseigneur Henri de Kaer, le vendredi amprèsReminiscerel’an mil trois cens quarante et un» (1ermars 1342). Orig., 2 sc. pend, sur simple queue de parch.; 3esceau en déficit. (Arch. nat., sect. hist., J 241, nº 41.)
Jeanne de Monfort devait être à Brest lorsqu’elle accorda cette trêve, car des lettres de sauvegarde qu’elle délivra aux habitants de Saint-Malo sont données «à Brest, le jour où l’on chanteReminiscerel’an MCCCXLI.» (J 241, nº 40.)
[5]Il n’est pas absolument impossible que la comtesse de Montfort, s’embarquant à Brest où elle se trouvait alors, ait profité de la trêve pour faire un voyage en Angleterre; mais les actes du temps n’en font pas mention. Au contraire, dans des lettres de quittance d’une somme de mille livres sterling empruntée le 10 mars 1342 à la comtesse, Édouard III dit qu’il a reçu cette sommeper manus Walteri de Mauny(Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1189); il parle, dans une autre pièce en date du 20 juillet de la même année, de demandes que Jeanne et Amauri de Clisson lui ont faitesper litteras et nuncios(Rymer,ibid., p. 1205). Il est probable, comme l’a supposé Dacier, que Froissart, reproduisant une erreur de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 10), a placé mal à propos sous cette année un voyage qui n’eut lieu qu’à la fin de juin ou au commencement de juillet de l’année 1344.
[6]Le 30 juillet 1342, Robert d’Artois était sur le point de s’embarquer pour la Bretagne avec cent vingt hommes d’armes et autant d’archers (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1201); le 15 août suivant, la flotte destinée pour la Bretagne était partie (Rymer,ibid., p. 1209). Cette rencontre sur mer entre la flotte de Robert d’Artois et celle de Louis d’Espagne est mentionnée par Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12); mais tous les détails appartiennent en propre à Froissart. Le chanoine de Liége fait même précéder la simple mention du combat de réserves qui sont tout à fait de nature à nous prévenir contre les additions de Froissart: «Je ne sçay pas dire toutes les aventures qui leur sourvindrent, car je n’y fus pas, et ceulx qui m’en ont raconté m’en ont dit en tant de diverses manières que je ne m’en sçay à quoy tenir de la vérité. J’ay trouvé en ung livre rimé, que ung jongleur a fait, tant de bourdes et de menteries, que je ne les oseroie dire.» (Chron., t. II, p. 11.)
[7]En plaçant Dinan dans les environs de Vannes, Froissart répète une erreur qu’il a empruntée à Jean le Bel; mais rien n’obligeait le chroniqueur de Valenciennes à ajouter au récit de son devancier des détails qui semblent de pure invention. La prise de Vannes elle-même par Robert d’Artois, dont Froissart a trouvé la mention dans Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12), est fort douteuse, car il n’y est fait nulle allusion dans une lettre assez longue d’Édouard III à son fils datée du siége devant Vannes le 5 décembre 1342 (V. Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, éd. de 1720, p. 100 et 101). Jean le Bel dit à propos de ce siége de Vannes: «Et y avint de belles aventures et grandes proesses, d’ung costé et d’aultre, que je ne sçauroye pas raconter ne dire au vray; si vault mielx que je m’en taise.» (Chron., t. II, p. 12.) Il est certain que Jean le Bel se montre ici plus réservé que Froissart. Toutefois, il y a de bonnes raisons de penser que la réserve du chanoine de Liége aurait dû être plus grande encore.
[8]Aujourd’hui hameau de la commune de Priziac, Morbihan, ar. Napoléonville, c. le Faouët. V. sur ce nom de lieu le tome deuxième de notre édition,Sommaire, p. XLVIII, note 300.
[9]Morbihan, ar. Vannes.
[10]Aujourd’hui château de la commune de Sarzeau, Morbihan, ar. Vannes.
[11]La présence de Hervé de Léon à cette prétendue prise de Vannes par Robert d’Artois est une erreur que Froissart a empruntée à Jean le Bel (Chron., t. II, p. 12). Hervé de Léon, fait prisonnier dans une embuscade par Gautier de Mauny au mois de mai 1342 et amené le 7 juillet suivant à Londres, où il fut enfermé à la Tour, ne put se trouver à Vannes entre l’arrivée de Robert d’Artois et celle d’Édouard III en Bretagne, c’est-à-dire après le commencement d’août et avant le 5 octobre 1342, car il ne dut être relâché qu’après la conclusion de la trêve de Malestroit (janvier 1343). Jean le Bel, en disant que le même Hervé de Léon avait été au début partisan de Montfort (Chroniques, t. I, p. 229) a entraîné Froissart dans une autre erreur, car le vicomte de Léon, oncle de Jeanne de Penthièvre mariée à Charles de Blois, se montra dès le commencement de la lutte, de l’aveu des propres partisans de Montfort, l’adversaire déclaré de ce dernier (Preuves de l’histoire de Bretagne, par dom Morice, t. I, p. 1431). V. la dissertation de dom F. Plaine intitulée:De l’autorité de Froissart comme historien des guerres de Bretagne, p. 19. Nantes, 1871.
[12]Ce siége de Rennes, dont la mention est empruntée à Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 15), est tout aussi problématique que la prise de Vannes par Robert d’Artois.
[13]Robert d’Artois mourut entre le 6 octobre (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1212) et le 20 novembre 1342 (ibid., p. 1215); mais Jean le Bel (Chron., t. II, p. 13) et Froissart (p.20et224) se trompent en le faisant mourir en Angleterre. Il résulte d’une charte d’Édouard III, datée de Westminster le 1ermai 1343, que la mort du comte d’Artois arriva en Bretagne: «...Nos, licet dictæ quadringentæ libræ ad prædicta debita ipsius Roberti, [qui]in dictis partibus(Britanniæ), diu ante dictum festum Paschæ, diem suum clausit extremum...» (Rymer,ibid., p. 1222.)
[14]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap,LXII, p. 15 à 18.
[15]Édouard III s’embarqua à Sandwich (port du comté de Kent, à 4 l. n. de Douvres) le 5 octobre 1342 (Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1212).
[16]Nous apprenons par une lettre d’Édouard III à son fils, donnée au siége de Vannes la veille de Saint Nicolas (5 décembre) 1342, dont Robert d’Avesbury nous a conservé le texte (Hist. Ed. III, éd. de 1720, p. 100), que Louis de Poitiers, comte de Valentinois, commandait alors la garnison de Vannes. Froissart se trompe lorsqu’il dit, dans la rédaction d’Amiens (p. 227), que Louis de Poitiers était à ce moment capitaine de Nantes.
[17]L’investissement de Nantes par Édouard III en personne est une erreur que Froissait a empruntée à Jean le Bel (Chron., t. II, p. 16). Les premières opérations du roi anglais en Bretagne furent dirigées contre Ploërmel, Malestroit (Morbihan, ar. Ploërmel), Redon, villes qui étaient au pouvoir des Anglais dès le 5 décembre 1342, date de la lettre d’Édouard III à son fils dont il est question plus haut. A cette même date, Amauri de Clisson, les seigneurs deLyac(Loyat, Morbihan, ar. et c. Ploërmel), deMachecoille(Machecoul, Loire-Inférieure, ar. Nantes), deReies(Retz ou Saint-Père-en-Retz, Loire-Inférieure, ar. Paimbœuf), deRyeus(Rieux, Morbihan, ar. Vannes, c. Allaire), avaient fait soumission au roi d’Angleterre, qui, une fois maître de Ploërmel, de Malestroit et de Redon, mit le siége devant Vannes et se contenta d’envoyer vers les parties de Nantes son cousin de Northampton, le comte de Warwick et Hugh Spencer avec trois cents hommes d’armes (Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, p.99et100).
[18]Hervé de Léon avait été fait prisonnier dès le mois de mai 1342. V. plus haut, p. VI, note 11.
[19]L’armée du duc de Normandie dut se rassembler à Angers et se mettre en marche vers la Bretagne après le 12 novembre 1342. Par lettres du 12 nov. 1342, Philippe de Valois mande aux receveurs de Saintonge et du Poitou d’envoyer des vivres et des fourrages à Angers, pour l’armée que le duc de Normandie, son fils, doit conduire dans l’Anjou, le Maine et la Bretagne. (Arch. nat., sect. hist., k 43, nº 23.)—Original.
[20]Édouard III, dans la lettre à son fils datée du siége devant Vannes le 5 décembre 1342, se tait complétement sur ce siége de Rennes, qui par conséquent, s’il a eu lieu, doit être postérieur au 5 décembre; mais le silence du roi anglais rend le fait au moins douteux. Nous craignons qu’ici encore Froissart n’ait été moins réservé que Jean le Bel, qui dit en cet endroit: «Je ne m’ose plus avant entremettre de conter comment ces deux grandes assemblées se departirent, ne quelles aventures il y eut, car je n’y fus mye, et ja soit que je treuve en ces romans rimés dont j’ay parlé cy dessus biacop de choses, neantmoins, pource qu’elles sont plus plaines de mensonge que de vérité, je ne les ose dire.» (Chron., t. II, p. 18.)
[21]Froissart veut probablement parler d’Étienne Aubert, évêque de Clermont, fait cardinal par Clément VI la première année de son pontificat, et qui touchait, ainsi que les cardinaux d’Autun et de Périgord, 500 livres de rente sur la cassette de Philippe de Valois (De Camps, portef. 83, fos149 et 150); mais d’après une bulle de Clément VI datée d’Avignon le 11 décembre 1342, les cardinaux envoyés pour négocier un arrangement entre les deux partis étaient Pierre des Prés, évêque de Palestrina, et Annibal Ceccano, évêque de Frascati. (V. Rymer,Fœdera, vol. II, p. 1216.)
[22]Froissart se trompe dans la rédaction de Rome (p. 245) en rapportant ces faits à Clément V, tandis qu’ils eurent lieu sous le pontificat de Clément VI qui succéda à Benoît XII en 1342.
[23]Édouard III se défiait beaucoup de la partialité des messagers du pape pour les Français, car il écrivait à son fils le 5 décembre: «Chiere filtz, sachez que le tierce jour que nous fusmes herbergés au dite siège, viendrent à nous un abbé et un clerc de par les cardinalx ovesque lour lettres pour nous requère de eaux envoier sauve conduyt pour venir devers nous; et nous disoient que, s’ils eussent conduyt, ils puissent estre devers nous entour les huit jours après. Et feissons nostre conseil respondre as ditz messagiers et deliverer à eux noz lettres de conduyt pour mesmes les cardinalx pour venir à la ville de Maltrait, à trente leages de nous, qu’estoit nadgairs renduz à nous et à nostre pees;qar nostre entent n’est pas qu’ils deivount pluis priés aproscher nostre ost que la dite ville de Malatrait pour plusours causes... mais qe, coment que les cardinalx veignent issint devers nous, nous ne pensoms mye delaier un jour de nostre purpos,qar nous poioms bien penser des delaiez qe nous avons eu, einz ces heures, par tretis de eaux et des aultres....» (Hist. Ed. III, par Robert d’Avesbury, p.100et101.)
[24]C’est la célèbre trêve de Malestroit, ainsi nommée parce qu’elle fut conclue le 19 janvier 1343 dans le prieuré de Sainte-Madeleine de Malestroit, de l’ordre de Saint Benoît, au diocèse de Vannes.
[25]Cf. Jean le Bel,Chroniques, chap.LXIIàLXIV, p. 18 à 28.
[26]Olivier de Clisson fut exécuté par jugement du roi, c’est-à-dire sans jugement régulier, le 2 août 1343. Voici le procès-verbal, jusqu’à présent inédit, de son exécution: «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le semadi secont jour d’aoust, messires Oliviers, sires de Cliçon, chevaliers, prisonniers en Chastellet de Paris, pour plusieurs traisons et autres crimes perpetrez par lui contre le roy et la coronne de France et aliances qu’il avoit faites au roy d’Angleterre anemi du roy et du royaume de France, si comme li diz messires Oliviers le cognut et confessa, fu par jugement du roy donné à Orliens traynez du Chastellet de Paris ès Hales en Champiaus, et là ot sur un eschafaut la teste coppée. Et puis d’ileuc fu le corps trayné au gibet de Paris et là pendu au plus haut estage. Et la teste fu envoïe à Nantes en Bretaigne pour estre mise en une hante seur la porte de Sauvetout comme de traistre et cuida trahir la dite cité de Nantes à perpetuel memoire.» (Arch. nat., sect. jud., X2a4, fº 186.)—Par acte du 22 août 1343, Philippe de Valois donne à son chambellan Thibaud, sire de Mateflon, les biens confisqués «dans la baillie de Caen, pour la forfaiture de Olivier, jadis seigneur de Clichon, qui pour ses meffaiz a esté mis à mort, notamment le manoir de Tuyt seant à l’un des bous de la forest de Cingueleis... les minières de fer de Biaumont qui pevent valoir cent livres tournois.» (Arch. nat., JJ75, p. 141, fº 72.)—En juin 1344, Jean, sire de Derval, reçoit 500 livrées de terre sur ce qui avait appartenu à feu Olivier de Clisson aux terres et appartenances de Goulaine et de l’Épine (Loire-Inférieure, ar. Nantes) JJ75, p. 185, fº 70.—Enfin, en août de la même année, il est fait don à Pierre Benoît, évêque de Léon, de 25 livres de rente annuelle en terre que possédait feu Olivier de Clisson dans la paroisse de Guémené (Loire-Inférieure, ar. Savenay) JJ75, p. 90.
[27]Ces chevaliers furent exécutés le samedi 29 novembre 1343. Le parlement instruisait leur procès, lorsqu’il reçut, le lundi 24 novembre, des lettres closes du roi conçues en ces termes: «De par le roy. Les gens de nostre parlement, Nous envoions à Paris nostre amé et feal chevalier Jehan Richer, mestre des requestes de nostre hostel, et nostre prevost de Paris, pour aucunnes besoignes touchans les prisonniers de Bretaigne. Si vous mandons que sour ce les creez de ce que il vous en diront de par nous. Donné à Poissi, le vingt troisième jour de novembre.» (Arch, nat., sect. jud., X2a4, fº 208 vº.) Ce billet était un arrêt de mort. Voici le procès-verbal de l’exécution des chevaliers bretons. «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le samedi vingt neuvième jour de novembre, veille de feste Saint Andriu apostre, messires Geufroi de Malatrait l’ainzné, messires Geufroi de Malatrait le jeune, messires Guillaume de Briex, messires Alain de Kedillac, messires Jehans de Montauban, messires Denis du Plaissié, chevaliers, Jehan Malart, Jehan des Briez, Raoulet des Briex, Jehan de Sevedain, escuiers, touz traistres et qui s’estoient armé de la partie du roy d’Angleterre et des anemis du roy de France et du royaume, et pour homicides, roberies, feux boutez et autres excès, crimes de majesté roial bleciée, si comme il le confessèrent, et plusieur confessèrent que il avoient fait aliance au roy d’Angleterre de le servir comme roy de France,—furent par jugement et par mandement du roy envoié au prevost de Paris par lettres seellées du seel de son secré, trayné du Chastellet de Paris duques en Champiaus ès hales, et là leur furent les testes copées sour un eschafaut. Et puis furent les corps trainez au gibet de Paris, et là furent penduz. A ceste exeqution faire furent present, du mandement le roy, li sires d’Offemont, li sires de Til, messires Pierre de Cuignières, messires Jehan du Chastellier, messires Jehan Richer, messire Jehan Haniere, messires Fauviau de Wadencourt, messires J. de Traversi et plusieurs autres.
«Copie de la lettre du roy envoïe seur ce [au] prevost de Paris. Philippe, par la grace de Dieu roy de France, au prevost de Paris ou à son lieutenant, salut. Nous te mandons et commettons que les chevaliers et escuiers qui ont esté amenez de Bretaigne, et lesquels furent hyer en nostre parlement et depuis envoiez en nostre Chastellet de Paris, tu au jour d’uy fai justisier, c’est assavoir trainer du dit Chastellet duques ès dittes hales, et ès dittes hales leur fay copper les testes, et puis les fay pendre au gibet de Paris, car nous comme traistres les condempnons à morir de la mort dessus dite. Et garde que en ce n’ait defaut, si cher comme tu doubtes à nous courrecier, et nous mandons à tous que en ce faisent te obeissent. Donné à Saint Germain en Laye, le vingt neuvième jour de novembre, l’an mil trois cens quarante trois. Saingué: par le roy, Lorriz.» (Ibid., fº 186 vº.)
[28]Ces chevaliers étaient accusés d’avoir voulu faire Godefroi de Harcourt duc de Normandie; condamnés le 31 mars 1344, ils furent exécutés le 3 avril suivant. M. Léopold Delisle a publié le procès-verbal de l’exécution. (Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Pièces justificatives, p. 99.)
[29]Le 14 août 1344, donation est faite à Guillaume du Merle, chevalier, seigneur deMessy(Messei, Orne, ar. Domfront) du manoir deCloé(aujourd’hui Clouay, château, Manche, ar. Saint-Lo, c. Saint-Clair, comm. Saint-Jean de Savigny) confisqué sur Guillaume Bacon, naguère supplicié pour crime de lèse-majesté. (Arch, nat., JJ82, p. 55.)
[30]Jean, sire de la Roche Tesson. La seigneurie de la Roche Tesson était située dans la paroisse de la Colombe (Manche, ar. Saint-Lo, c. Tessy). Les ruines du château sont encore marquées sur la carte de Cassini, au confluent de la Roche et de la Sienne.
[31]Le 14 août 1344, donation est faite à Robert de Dreux de 500 livres assises sur le manoir de Juaye (aujourd’hui Juaye-Mondaye, Calvados, ar. Bayeux, conBalleroy) et autres bien confisqués par la forfaiture «.... des autres chevaliers de Normandie qui furent naguère justiciez avec Richart du Persy, et en la terre d’Anneville confisquée sur le feu sire de la Roche Taisson mis à mort avec Richart du Percy.» (Arch, nat., JJ81, p. 251.)
[32]Par acte daté de Westminster le 26 février 1344, Édouard III donne commission à son maître charpentier William de Horle de faire choix dans toute l’Angleterre d’un certain nombre de charpentiers qui doivent coopérer sous ses ordres aux constructions de Windsor. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 6.
[33]Froissart, dit Dacier, confond mal à propos l’institution de l’Ordre de la Jarretière avec celle de la fête de la Table Ronde, qui eut lieu cette année, suivant Walsingham et la plupart des historiens anglais. Il est possible que cet établissement ait fourni à Édouard III l’idée du second et en ait été l’origine; mais les mêmes historiens, dont l’autorité en ce point doit l’emporter sur celle de Froissart, s’accordent généralement à reculer la date de l’institution de l’Ordre de la Jarretière à l’année 1349, quelques-uns même à l’année suivante. (V.Hist. of the Garter, by Hel. Ashmole.) Ce ne fut que le 6 août 1348 qu’Édouard III fît reconstruire à Windsor cette magnifique chapelle de saint Georges qui subsiste encore, en y instituant un collége de vingt-trois chanoines et de vingt-quatre chevaliers; et les statuts de l’Ordre de la Jarretière portent la date de 1349.
[34]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, chap.LXVIetLXVII, p. 36 à 39.
[35]Jean le Bel rapporte, à tort, la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, en Guienne et en Gascogne, à l’année 1344: «... et fut l’an de grace milCCCXLIV, à l’entrée d’yver.» (V. t. II, p. 43.) Froissart a reproduit l’erreur chronologique commise par le chroniqueur qu’il reconnaît lui avoir servi de guide pour toute la partie de ses chroniques antérieure à 1350. Il est certain, comme Dacier l’avait parfaitement établi dès la fin du dernier siècle (V.Chroniques de Froissart, p. 233, note 1), que la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, n’eut lieu qu’en 1345. Par lettres datées de Westminster le 14 avril 1345, Édouard III nomme Guillaume de Bohon, comte de Northampton, son lieutenant dans le royaume de France et le duché de Bretagne et le charge de défier Philippe de Valois (Rymer,Fœdera, vol. III, p.36et37). Le 10 mai suivant, le comte de Derby est nommé capitaine et lieutenant du roi d’Angleterre dans le duché d’Aquitaine et ses dépendances (Ibid., p. 37); et le 20 mai, il reçoit des lettres de protection pour lui et les compagnons d’armes qui doivent faire partie de l’expédition (Ibid., p. 39). Le 26 mai, le roi d’Angleterre adresse des lettres au pape pour lui signifier la rupture de la trêve et la déclaration de guerre à la France; le 11 juin, il somme tous les hommes d’armes et archers de rejoindre le comte de Derby à Southampton; enfin, le 15 du même mois, il ordonne des prières publiques par tout son royaume (Ibid., p. 41, 44, 45).
[36]Le 17 mai 1345, des lettres de protection pour passer en Bretagne furent en effet delivrées à Thomas d’Agworth (Rymer, vol. III, p. 38); mais il servait sous les ordres de Guillaume de Bohon, comte de Northampton, nommé capitaine et lieutenant du roi en Bretagne, par lettres du 24 avril 1345 (Ibid., p. 37).
[37]Tout le reste de ce chapitre appartient en propre à Froissart ou du moins n’est pas emprunté à Jean le Bel.
[38]Aujourd’hui hameau de la commune de Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. et c. Bergerac. Montcuq avait une garnison anglaise le 15 août 1345. A cette date, Henri de Montigny, sénéchal de Perigord et de Querci, en faisait le siége. Une quittance délivrée par ce chevalier à Bernard Ramundi, baile royal, est datée «...in castris ante Montem Cucum sub sigillo nostro, XVº die augusti, Mº CCCº XLº quinto.» (Bibl. nat., Dép. des Mss., Cabinet des Titres, Orig., au motMontigny.) Cette charte a été publiée par M. Bertrandy dans sonÉtude sur les Chroniques de Froissart, p. 32, note 1. Bordeaux, A. de Lanefranque, 1870, in-8. Nous tenons à dire ici bien haut que, pour toute cette campagne de Derby, nous avons souvent fait usage de l’utile travail de M. Bertrandy, composé en grande partie, l’auteur ne nous saura pas mauvais gré de l’ajouter, d’après les précieux documents recueillis par M. Lacabane.
[39]D’après une chronique manuscrite placée en tête desCoutumes de Bordeaux, de Bergerac et du Bazadaiset signalée par dom Vaissète, la prise de Bergerac eut lieu le 24 août 1345: «L’an mil CCCXLV, fo pres Bragueyrac, en Peyregort, per lo conte Darvi,lo jorn de sent Bertomyu. (Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº.) D’après la rédaction de Rome (p. 268), un certain nombre d’habitants de Bergerac aimèrent mieux quitter leur ville que de se soumettre aux Anglais. Cette dernière version, plus vraisemblable que celle des deux rédactions antérieures, est confirmée par un acte d’accord entre le comte de Derby et les frères d’Albret, seigneurs de Vayres (Gironde, ar. et c. Libourne), acte daté de Bergerac le 11 septembre 1345, par lequel Derby laisse notamment auxdits frères la faculté de rappeler les gens de Bergerac «....potestatem reappellandi et convocandi gentes Bregeraci de redeundo ad villam predictam, perdonandi, graciam faciendi...» (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, orig. parch.) Cet acte a été signalé et publié par M. Bertrandy,Études, etc., p. 36 à 38, note 1.
[40]Il existe un Langon (Gironde, ar. Bazas), mais il est à une trop grande distance de l’itinéraire suivi par Derby.Lanquais(Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), proposé par M. Ribadieu (Les Campagnes du comte Derby, p. 24, Paris, 1865, in-12), s’adapte bien comme situation, sinon comme nom, au récit de Froissart.
[41]Dordogne, ar. Bergerac, c. Beaumont, à peu de distance de Lanquais.
[42]Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce. La localité appelée aujourd’hui les Lèches est désignée au moyen âge par les formeslas Lechas, deLerches, de las Lescas(Noms anciens de lieux du département de la Dordogne, par M. le vicomte de Gourgues, p. 122). Ces formes donnent une certaine vraisemblance à l’identification du Lac de Froissart avec les Lèches proposée par M. Bertrandy (Études, etc., p. 71).
[43]Aujourd’hui hameau de Saint-Pierre-d’Eyraud, Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce.
[44]Aujourd’hui Lamonzie-Montastruc, Dordogne, ar. et c. Bergerac.
[45]A Paunat proposé par M. Ribadieu, M. Bertrandy préfère avec raison (Études, p. 46) Pinac, aujourd’hui disparu, mais qui existait au moyen âge avec une église,ecclesia de Pinac, et faisait partie de l’archi-prêtré de St-Marcel (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), au diocèse de Périgueux.
[46]Dordogne, ar. Bergerac. Le château de Lalinde, avec la haute et basse justice et le revenu appelé vulgairementle petit commun de Clarenxs, fut donné par Derby à Thomas Coq en récompense de ses services. (Bertrandy,Étudesetc., p. 44, note 2.)
[47]Dordogne, ar. Bergerac. Laforce se rapproche assez mal, comme forme, duForsachde Froissart, mais il se rapporte bien, comme situation, au récit du chroniqueur. Ce qui est certain, c’est que Laforce était au pouvoir des Anglais avant le mois de septembre 1345. Par acte daté de Bergerac le 2 septembre 1345, Derby confirme la cession de la haute et basse justice dans les paroisses de Laforce et de Lunas, en la châtellenie de Bergerac, dont il avait antérieurement récompensé les services d’Hélie Prévôt, damoiseau de Laforce (Bibl. nat., dép. des mss. Périgord, vol. 52, fº 59). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 33, note 1.
[48]Cette fortification, qui fut probablement ruinée de bonne heure, n’est point marquée sur la carte de Cassini ni sur les plus anciennes cartes du Périgord.
[49]Aujourd’hui Beaumont-du-Périgord, Dordogne, ar. Bergerac.
[50]Dordogne, ar. Ribérac.
[51]Dordogne, ar. Périgueux, c. Brantôme.
[52]Aujourd’hui hameau de la commune de Fossemagne, Dordogne, ar. Périgueux, c. Thenon.
[53]Il y eut un complot pour livrer Périgueux aux Anglais entre le 24 juin et le 6 août 1345 (Bibl. nat., mss. Lespine, Périgord, vol. 49, fº 112bis). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 49, 50, note 1 et p. 51.
[54]Gironde, ar. la Réole. Pellegrue fut pris par les Anglais, ainsi que l’affirme Robert d’Avesbury (Hist. Ed. III, p. 122) et ainsi qu’il résulte d’une charte d’Édouard III datée de Westminster le 12 août 1348. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 64, note 3 et p. 65. Froissart lui-même, dans la rédaction de Rome (p. 279) a corrigé l’erreur qu’il avait commise à ce sujet dans les deux rédactions antérieures (p.60et278).
[55]Aujourd’hui hameau de la commune le Change, Dordogne, ar. Périgueux, c. Savignac-les-Églises.
[56]Dans l’acte de la vente du château d’Auberoche faite en novembre 1346: au cardinal Talleyrand de Périgord, il est dit que ce château fut livré aux Anglais par trahison: «...proditorieet aliter indebite et injuste occupatum etcaptum...» Arch. nat., JJ76, p. 396, fos241 et 242. C’est sans doute cette vente d’Auberoche à un cardinal, anticipée et dénaturée par Froissart, qui fait dire à notre chroniqueur dans la rédaction de Rome (p.279et280) que la ville d’Auberoche appartenait à un haut dignitaire ecclésiastique qui «se tenoit en Avignon dalés le pape.»
[57]Derby n’eut pas à s’emparer de Libourne, car cette ville ne cessa d’être au pouvoir des Anglais pendant les années 1345 à 1348. Froissart ici encore, en ne mentionnant pas cette prise imaginaire de Libourne, a corrigé dans la rédaction de Rome (p. 280) une erreur qui lui avait échappé dans les rédactions antérieures (p.61et279). Il aurait dû ne pas s’arrêter en si bon chemin et supprimer aussi la rentrée non moins imaginaire de Derby à Bordeaux.
[58]Cet épisode fort invraisemblable a été supprimé dans la rédaction d’Amiens (p.284et285).
[59]D’après la rédaction de Rome (p. 286), c’est de Libourne queseraitparti le comte de Derby.
[60]Froissart commet une erreur en fixant la date de la bataille d’Auberoche à la veille (p.71) ou au lendemain (p.290) de la Saint-Laurent, 9 ou 11 du mois d’août 1344. La campagne de Derby eut lieu, contrairement à l’assertion de Jean le Bel adoptée par Froissart, en 1345, non en 1344. Et quant au mois, la date donnée par Villani est la plus probable. Or, d’après cet historien, l’action commença le 21 octobre à la pointe du jour, «... à la punta del di, a di 21 d’octobre» Muratori,Rerum Italicarum scriptores, tome XIII, col. 927. Le témoignage de Villani est confirmé par une chronique anonyme placée en tête desCoutumes de Bordeaux, etc., où on lit que «l’an MCCCXLV fo la batallia dabant Albarocha en Peyregort, lo jorn de Sent Sevrin.» Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº. saint Seurin ou saint Séverin a trois jours de fête, le 21, le 23 et le 29 octobre. En choisissant le 21, on met d’accord le chroniqueur français anonyme et l’annaliste italien. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 114 et 115.
[61]Le comte de l’Isle (Bertrand de l’Isle-Jourdain) était encore prisonnier des Anglais le 6 mai 1346, jour où des lettres d’Etat lui furent octroyées par Philippe de Valois. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 242 vº. V. Bertrandy,Etudesetc., p. 124.
[62]Froissart se trompe: Louis de Poitiers, 1erdu nom, comte de Valentinois et de Diois, fils d’Aymar IV, fut tué à Auberoche, et non fait prisonnier, comme l’affirme notre chroniqueur.
[63]Le comte de Périgord ne fut sans doute pas fait prisonnier à Auberoche, puisque dans le mois qui suivit la bataille, c’est-à-dire en novembre 1345, un accord intervint entre Jean, duc de Normandie et le comte du Périgord en vertu duquel ce dernier s’engage à défendre son comté à la tête de 200 hommes d’armes et de 400 sergents. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fol. 160 et suiv. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 95 et 96.
[64]Pierre Raymond, comte de Comminges. Le 17 décembre 1346, le duc de Bourbon, lieutenant en Languedoc, donna à Roger de Comminges, chevalier, seigneur de Clermont-Soubeiran, 2,000 tournois pour se racheter (Comptes de la sénéchaussée de Beaucairecités par dom Vaissète,Hist. du Languedoc, t. IV, p. 255); mais il ne faut pas confondre Roger de Comminges avec Pierre Raymond, comte de Comminges.
[65]Si Arnaud de la Vie, vicomte de Villemur, fut fait prisonnier à Auberoche le 21 octobre 1345, il était libre le 10 juin 1346, jour où le roi de France lui octroya des lettres d’Etat. Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fº 249. V. Bertrandy,Étudesetc., p. 119.
[66]Arnaud d’Euze ou d’Evèze, vicomte de Caraman, n’avait pas encore payé sa rançon à la date du 30 mai 1346; «car à cette date, dit M. Bertrandy (Études, p. 124, note 3), les habitants de Montricoux (Tarn-et-Garonne, ar. Montauban, c. Négrepelisse), localité dont Arnaud était seigneur, engagèrent les revenus communaux de la Devèze et du port de Montricoux, à l’effet de concourir, pour une somme de 200 livres de petits tournois, au payement de la rançon de leur seigneur.» Orig., Archives de M. le vicomte de Malartic.
[67]Le sénéchal de Querci, tué à Auberoche, fut sans doute Henri de Montigny, qui remplissait encore ces fonctions le 15 août 1435, et dont une lettre de Philippe de Valois au receveur de Cahors, datée de Vincennes, le 3 février 1347 (n. st.), mentionne la mort. [Bibl. nat., dép. des mss., Orig. du Cab. des Titres, au motMontigny.] D’un autre côté, le sénéchal de Querci était le 27 novembre 1345 Guillaume de Montfaucon, seigneur du Verdrac, capitaine général et sénéchal de Périgord et de Querci, à qui le duc de Normandie signifie qu’il a donné au comte de Périgord toute la terre ayant appartenu, dans le diocèse de Périgueux, au seigneur de Montfaut, partisan des Anglais. Bibl. nat., dép. des mss., fonds Doat, vol. 243, fº 158. V. Bertrandy,Études, etc., p. 121, note 1, et p. 129.
[68]Agout des Baux, sénéchal de Toulouse et d’Alby dès 1342, fut sans doute fait prisonnier à Auberoche, comme l’affirment Villani et Froissart, car dès le 6 novembre 1345, Girard de Montfaucon, chevalier, était sénéchal de Toulouse, probablement au lieu et place d’Agout des Baux (Bibl. nat., dép. des mss.,Titres scellés, vol. I, fº 319); et, d’un autre côté, le 15 janvier 1347 (n. st.) Agout des Baux était redevenu gouverneur et sénéchal de Toulouse et d’Alby (Bibl. nat.,Titres scellés, vol. 9, au motBarbazan).
[69]Le seigneur dont il s’agit ici est Raymond Jourdain de Tarride, auquel Jean, duc de Normandie donna, en août 1346, trois cents livres tournois de rente annuelle à asseoir en la sénéchaussée de Toulouse pour ses services en Flandre et en Guienne. Arch. nat., JJ82, fº 380, p. 255.
[70]Roger était oncle, d’après la première rédaction (p.70), et d’après la troisième (p.289), frère du comte de Périgord.
[71]Aymar de Poitiers, cinquième fils d’Aymar IV du nom, seigneur de Chalançon, puis de Veyne le 11 juillet 1345, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier à Auberoche; et Jean, duc de Normandie, par lettres du 25 novembre 1345, confirmées le 31 décembre 1350, lui donna 300 livres tournois en récompense de ses services (Anselme,Hist, généal., t. II, p. 195). Hautecuer de Poitiers, auquel le duc de Normandie donna, par lettres datées «ès tentes devant Aiguillon, le 29 avril 1346» cent livres «pour soi remonter et armer» et qui fut aussi pris par les ennemis à Auberoche, appartenait sans doute à la même famille que Louis et Aymar de Poitiers.
[72]Sur cet énigmatiquevicomte de Murendonqui aurait été tué à Auberoche, voyez let. I de cette édition, p.CCXLVdu sommaire, note 378. «Lo vescomte de Monredon» est mentionné dans une montre de 1376 parmi les parents de Gaston Phœbus, comte de Foix. V.Rôles de l’armée de Gaston Phœbus(1376-1378) publiés par P. Raymond, p. 40. Bordeaux, 1872, in-4º.
[73]Amauri IV, vicomte de Lautrec et seigneur d’Ambres, ne fut pas tué, mais seulement fait prisonnier; il n’avait pas encore recouvré sa liberté au mois de mai 1346; il perdit à Auberoche Pons, sous-sergent d’armes et prévôt de Réalmont, écuyer de sa suite. Il avait obtenu du roi de France dès le 28 novembre 1345 des lettres de sauvegarde. Dom Vaissète,Hist. de Languedoc, t. IV, p. 255.
[74]Froissart voit, à tort, une seconde campagne de Derby là où il n’y eut en réalité que la continuation de la campagne inaugurée par ce capitaine en juillet 1345: c’est une conséquence de l’erreur qui lui a fait rapporter, d’après Jean le Bel, le commencement de la campagne à l’année 1344.
[75]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II. chap.LXV, p. 29 à 33 et chap.LXVII, p. 40 à 43.
[76]Ce curieux passage, qui ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 293), est une réfutation du chapitreLXVde Jean le Bel.
[77]Froissart se trompe. La chevauchée de Derby contre la Réole est postérieure au 8 octobre 1345, puisque dans des lettres qui portent cette date et par lesquelles Édouard III donne à Raymond Seguin la bladerie de la Réole, le roi anglais ajourne l’entrée en jouissance au moment où la Réole sera retombée entre les mains des Anglais (Arch. hist. de la Gironde, t. II, p. 419; Bertrandy,Étudesetc., p. 142).
[78]Derby n’eut pas à quitter Bordeaux, où il n’avait point passé ses quartiers d’hiver. La bataille d’Auberoche ayant été livrée le 21 octobre 1345, et la prise de la Réole par les Anglais étant antérieure au 26 janvier 1346, date d’une concession faite par Édouard III aux habitants de cette ville, la chevauchée contre la Réole dut suivre immédiatement l’affaire d’Auberoche. D’ailleurs, Robert d’Avesbury dit formellement que Derby, après sa victoire d’Auberoche, poursuivit sans discontinuer pendant tout l’hiver ses opérations militaires: «subsequenterque per totum yemem subsequentem ibidem se strenue gessit.» (Hist. de mirabilibus gestis Edwardi III, p. 122.) Froissart lui-même, en mentionnant le passage de Derby à Bergerac, rend tout à fait invraisemblable son départ de Bordeaux, tandis qu’au contraire Bergerac est sur le chemin d’Auberoche à la Réole.
[79]Lot-et-Garonne, ar. et c. Marmande, sur la rive droite de la Garonne, en amont de la Réole.
[80]Nous identifionsla Roche Millonde Froissart avec Meilhan, chef-lieu de canton de Lot-et-Garonne, ar. de Marmande, voisin de la Réole. Cette heureuse identification a été proposée pour la première fois par M. Ribadieu,Les campagnes du comte de Derby en Guyenne, p. 46, note 1.
[81]Jean le Bel, dont Froissart ne fait ici que développer le texte, dit à propos de Monségur (Chroniques, t. II, p. 40): «et puis aprez le fort chastel et grosse ville de Monségur, qui siet sur une grosse rivière appellée Lot.» Cette phrase prouve avec évidence que Jean le Bel et après lui Froissart entendent parler de Monségur, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, c. Monflanquin, et non de Monségur-Gironde, ar. la Réole, sur la rive gauche du Drot, comme le suppose M. Bertrandy (Étudesetc., p. 160). Il est probable que Derby, après sa victoire d’Auberoche, sépara son armée en deux corps, chargés d’opérer, l’un sur les bords de la Garonne, l’autre sur les rives du Lot; au premier, qui avait la Réole pour objectif, reviendraient les affaires de Sainte-Bazeille et de Meilhan; au second, dont Aiguillon était le point de mire, devraient être rapportées les entreprises contre Monségur sur Lot et Castelsagrat. Faute d’avoir supposé cette division en deux corps d’armée, que les nécessités stratégiques rendent au moins vraisemblable, Jean le Bel et Froissart ont été amenés à confondre deux mouvements de troupes parfaitement distincts et à présenter comme successives des opérations qui ont pu être simultanées.
[82]Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Port-Sainte-Marie, au confluent de la Garonne et du Lot. Aiguillon était déjà au pouvoir des Anglais le 10 décembre 1345, jour où Raoul, baron de Stafford, sénéchal de Guyenne, y donne à Guillaume de Lunas, co-seigneur d’Aiguillon, partisan des Anglais, un droit de péage sur la Garonne et le Lot vendu par Astorg de Lunas, père de Guillaume, aux frères Sornard traités comme rebelles parce qu’ils n’ont pas encore abandonné la cause du roi de France. (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 279). V. Bertrandy,Étudesetc., p. 188. Raoul de Stafford était sans doute le chef du corps d’armée qui avait été chargé d’opérer sur les bords du Lot avec Aiguillon pour objectif, tandis que Derby en personne opérait sur la Garonne contre la Réole. Il n’y a pas de témérité à supposer que ce Guillaume de Lunas, dont il est question dans la charte de Raoul de Stafford, et un autre co-seigneur d’Aiguillon, nommé Raimfroid de Monpezat, jouèrent un rôle décisif dans cette reddition si facile et si prompte de l’importante forteresse d’Aiguillon. Les faveurs signalées dont ces deux seigneurs, et surtout celui de Monpezat, furent comblés par le roi d’Angleterre, autorisent pleinement cette supposition. En effet, par lettres datées de Westminster le 20 août 1348 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 75, fº 210; Bertrandy,Étudesetc., p. 154, note 1), Édouard III confirme la donation faite par Derby à Raimfroid de Monpezat des lieux deSancto Sacerdocio(Saint-Sardos, Lot-et-Garonne, ar. Agen, c. Prayssas) et deSancto Damiano(Sanctus Damianusdésigne Monpezat où une église était, si elle n’existe pas encore, sous l’invocation de saint Damien; ce ne peut êtreSaint-Amans?comme le suppose M. Bertrandy), toute juridiction au lieu dit dePodio Bardaco(Pech-Bardat, hameau de la comm. de Lacépède), sur les paroisses deSancte Fidis(Sainte-Foi-de-Pechbardat, hameau de Lacépède; et nonLa Fitte, comme le suppose M. Bertrandy) et deCepeda(Lacépède, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas), des droits pareils dans les paroisses deSancto Michaele de Bas(Saint-Michel, auj. hameau de la comm. de Dolmayrac, Lot-et-Garonne, ar. Villeneuve-sur-Lot, cant. Sainte-Livrade; et nonSembas?comme le suppose M. Bertrandy) et deSancto Calvario de Reda(Rides, auj. hameau de la comm. de Cours, Lot-et-Garonne, ar. Agen, cant. Prayssas; et nonSaint-Caprais et Ridès, comme l’affirme M. Bertrandy); il le réintégra dans les possessions de ses prédécesseurs au lieu ou territoire de l’abbaye de Payrinhaco (Pérignac, aujourd’hui hameau de la commune de Monpezat).
[83]Nous identifions avec Dacier (p. 254 de son édition) et M. Ribadieu (Campagnes de Derby, p. 49, note 1)Segrat, Sigrat, Sograt, Segartde Froissart (p.80et300) avec Castelsagrat, Tarn-et-Garonne, ar. Moissac, cant. Valence-d’Agen. L’occupation de Castelsagrat par les Anglais est postérieure au 21 novembre 1345, jour où dix-sept localités de l’Agenais, parmi lesquelles figure Castelsagrat, envoient Pierre de Caseton vers le roi de France avec une lettre de créance; d’un autre côté, elle est antérieure au 5 avril 1346, car à cette date les consuls d’Agen, invités à fournir un contingent à Jean, duc de Normandie, pour le siége d’Aiguillon, motivent leur refus sur ce que les Anglais occupent plusieurs localités de l’Agenais menaçantes pour leur ville, entre autres, Castelsagrat (Arch. comm. d’Agen, BB1; Bertrandy,Étudesetc., p. 157 et 158). Le 22 juillet 1348, Édouard III donna à Gaillard de Durfort, seigneur de Blanquefort et de Duras, les bastides et lieux de Miramont et deCastelsagrat, au diocèse d’Agen, de Molières et de Beaumont, au diocèse de Sarlat (Bibl. nat., mss. Bréquiguy, t. 28, fº 207; Bertrandy,Étudesetc., p. 158, note 2 et p. 150).
[84]La rédaction d’Amiens, en prêtant à la ville de la Réole aussi bien qu’au château une résistance énergique (p. 301), s’écarte plus de la vérité que les deux autres rédactions, car il résulte de plusieurs documents authentiques, et notamment des termes d’une donation faite par Derby le 26 janvier 1346 (Archives historiques de la Gironde, t. I, p. 302; Bertrandy,Étudesetc., p. 162 et 163), que les habitants de la Réole se soumirent d’eux-mêmes et de bonne grâce:sponte et gratis ad fidelitatem et obedienciam veniendo. Derby se montra reconnaissant. Par acte daté de la Réole le 26 janvier 1346, il affranchit de tous droits d’octroi, dans la ville de Bordeaux, les vins recueillis sur les vignobles appartenant aux habitants de la Réole dans le ressort et district de cette ville (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. 28, fº 95; Bertrandy,Étudesetc., p. 163, note 1.)
[85]Ce prélat se nommait Pierre de Lévis; il était le troisième fils de Guy de Lévis, seigneur maréchal de Mirepoix et d’Isabel de Montmorency-Marly. Le neveu de l’évêque, qui fut tué par le Borgne de Mauny dans le tournoi dont il s’agit, s’appelait Roger de Lévis; il était fils de Jean de Lévis, premier du nom, seigneur de Mirepoix, et de Constance de Foix. Froissart commet un anachronisme, en disant que Pierre de Lévis étaitde ceux de Buch(p. 85 et 306), car le premier mariage qui unit les maisons de Grailly-de-Buch et de Foix est de 1343. (V. Bertrandy,Études, p. 205.)
[86]Les Lévis-Mirepoix et les Mauny portaient les mêmes armes:d’or à trois chevrons de sable. Ce fut sans doute cette similitude qui, selon l’ingénieuse hypothèse de M. Lacabane, fit dégénérer le tournoi de Cambrai en un combat à outrance entre Roger de Lévis et les trois frères de Mauny. V. Bertrandy,Études, p. 205 à 208.
[87]Le siége de la Réole par Charles, comte de Valois, est de l’an 1324. Le 14 novembre 1325, Charles le Bel accorda des lettres de grâce à Jean de Lévis, chevalier, seigneur de Mirepoix, frère de Roger de Lévis, sur le fait de la mort de Jean, dit le Borgne de Mauny, et de Mathieu dit Le Monnier tués: «in exercitu nostro Vasconie novissime preterito vel prope dictum exercitum.» Arch, nat., JJ62, p. 505.
[88]Sur Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, voyez plus haut, p.XVII, note68.
[89]D’après la rédaction de Rome (p. 310), les habitants de Monpezat ne soutinrent pas de siége et se rendirent simplement à Derby. Cette dernière version est plus vraisemblable que celle que Froissart, dans ses deux premières rédactions (p.91et309), avait empruntée à Jean le Bel (t. II, p. 41). Il est probable que la reddition de Monpezat, comme celle d’Aiguillon, fut due à l’influence de Raimfroid, seigneur de Monpezat et co-seigneur d’Aiguillon. Les donations dont nous avons vu plus haut que ce chevalier fut comblé par Derby, donations qui furent confirmées par Édouard III le 4 septembre 1347 (Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 123) et le 20 août 1348, ces donations, dis-je, furent sans doute la récompense de ces deux signalés services.
[90]Aujourd’hui Castelmoron-sur-Lot, Lot-et-Garonne, ar. Marmande. La rédaction de Rome (p. 310) ne mentionne pas cette prise de Castelmoron par Derby, racontée par Froissart d’après Jean le Bel qui l’attribue à une ruse d’Alexandre de Caumont. Quoiqu’en dise M. Ribadieu (Les campagnes du comte de Derby, p. 55, note 1), il y avait d’étroites relations entre Caumont et Castelmoron, comme le prouve une donation faite le 21 janvier 1339 par Jean, roi de Bohême, à Pierre de Galart, des biens que «... Arnaut de Cautrain, rebelles du roy nostre sire à Caumont, a ou puet avoir ou lieu deChastiau Mauron.» Arch. nat., sect. hist., JJ63, fº 193, p. 247. D’après un registre des délibérations communales d’Agen, Castelmoron fut pris par les Anglais le 8 janvier 1347.
[91]Aujourd’hui Villefranche-du-Queyran, Lot-et-Garonne, ar. Nérac, c. Casteljaloux.
[92]«Quant li contes Derby, dit Froissart (p.93) eut fait sa volenté de Villefrance, il chevauça vers Miremont,en raproçant Bourdiaus.» Ces dernières expressions prouvent qu’il s’agit de Miramont, Lot-et-Garonne, ar. Marmande, c. Lauzun.
[93]Lot-et-Garonne, ar. Marmande.
[94]Lot-et-Garonne, ar. Nérac.
[95]Cette expédition de Derby en personne dans l’Angoumois à la fin de 1345 et au commencement de 1346, est une erreur historique où Froissart a été induit par la désignation chevaleresque et romanesque donnée par Jean le Bel à Agen que le chroniqueur liégeois (t. II, p. 42) appelle «la cité d’Agolem ou d’Agolent», sans doute en souvenir du siége fabuleux soutenu dans cette ville par le sarrazinAgolantcontre Charlemagne (v. plus bas, p.XXIX, note124). Du reste la prise d’Agen en 1345 par Derby dans Jean le Bel n’est pas plus exacte que celle d’Angoulême dans Froissart. Il faut dire toutefois que ce dernier chroniqueur a pris soin de se corriger lui-même, en ne mentionnant pas ce siége et cette reddition imaginaires d’Angoulême dans la dernière rédaction de ses Chroniques, c’est-à-dire dans le texte de Rome (p. 311 à 313). Il appert de titres authentiques que le Limousin (Arch, nat., JJ76, p. 290), la Saintonge (Arch. nat., JJ76, p. 321, fº 195 et fº 166), notamment les châtellenies de Soubise et de Taillebourg (Arch. nat., JJ77, p. 34) et même le Poitou (Arch. nat., JJ77, p. 51) et l’Angoumois (Arch. nat., JJ75, p. 6), il appert, dis-je, de plusieurs titres authentiques que le Limousin, la Saintonge, le Poitou et l’Angoumois furent le théâtre d’escarmouches nombreuses et d’hostilités continuelles entre Français et Anglais pendant les derniers mois de 1345 et les premiers mois de 1346; mais il n’est nulle part question du siége et de la prise d’Angoulême par les Anglais. Dans tous les cas Derby, dont la présence à cette époque dans le Périgord, l’Agenais et le Bordelais est attestée par les documents les plus dignes de foi, ne put diriger en même temps, du moins en personne, les hostilités dans la Saintonge et l’Angoumois.
[96]Quoique la rédaction de Rome, en général plus exacte que les autres, mentionne la prise de Blaye par les Anglais (p. 311), il y a lieu de préférer ici par exception la version des deux premières redactions (p. 94 à 96, 311) et de Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 42). En effet, par un acte du 3 août 1348, signalé et publié par M. Bertrandy (Études, p. 231, note 1), Édouard III donne à Guillaume Sanche de Pomiers, en récompense de ses services, le lieu deMountasetz(aujourd’hui Montanceix, Dordogne, ar. Périgueux, c. Saint-Astier, comm. Montrem), et cette concession doit durer: «... quamdiu locus de Blavia in rebellione nostra persteterit.» Bibl. nat., mss. Bréquigny, t. XXVIII, fº 239.
[97]Pierre Clari, et non Boucicaut, comme le dit Froissart (p.95), était capitaine de Mortagne le 23 septembre 1345, car à cette date il reçut de Jean Chauvel, trésorier des guerres, «... sur ses gages et de ses gens d’armes et de pié ou dit lieu, sous le gouvernement de M. l’evesque de Beauvez, lieutenant du roy ez parties de la Langue d’oc, Poitou, Xaintonge, Limousin et lieux voisins, cent vingt trois livres tournois. A Pons, 23 septembre 1345.» Bibl. nat., dép. des mss., Titres scellés de Clairambaul, au motClari. V. Bertrandy,Etudesetc., p. 101.
[98]Sans doute Mirebeau ou Mirebeau-en-Poitou, Vienne, ar. Poitiers. Par une charte inachevée et non datée, mais qui paraît être de la fin de 1345 par la place qu’elle occupe dans un registre du Trésor des Chartes où presque toutes les pièces remontent à cette date, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc, Poitou, Saintonge et Limousin, accorde des priviléges aux habitants deMirabel, en récompense de leur fidélité. Arch. nat., sect. hist., JJ74, p. 564.
[99]Aulnay ou Aulnay-de-Saintonge, Charente-Inférieure, ar. Saint-Jean-d’Angély. La résistance du château d’Aulnay est confirmée par des lettres de Philippe de Valois accordées le 16 février 1348 (n. st.) en faveur de Pons de Mortagne, vicomte d’Aulnay, pour la bonne garde et défense «... de son chastel d’Aunay, assis à trois lieues près de Saint Jehan d’Angely, lequel nos ennemis prendroient et assaudroient volontiers, et plusieurs fois se sont efforciez de prendre et assaillir.» Bibl. nat., dép. des mss., Parlement 12, fos293 vº et 294. V. Bertrandy,Études, p. 233.
[100]Cf. Jean le Bel,Chroniques, chap.LXVI, p. 35 à 37.
[101]L’arrêt de bannissement, entraînant la confiscation des biens de Godefroi, est du 15 juillet 1344 (Arch. nat., sect. jud., X 8837, fº 204 vº). V. Delisle,Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 56 etPreuves, p. 105. Valognes, 1867, in-8.
[102]L’exil de Godefroi semble avoir commencé au plus tard en 1343, comme en témoigne une charte originale datée du château d’Aerschot, le 6 mai de cette année. Godefroi possédait cette seigneurie du chef d’Alix de Brabant sa mère. V. Delisle,Ibid., p. 59 etPreuves, p. 96.
[103]Godefroi de Harcourt dut passer en Angleterre au commencement de 1345, car les lettres patentes par lesquelles Édouard III le prend sous sa protection et spéciale sauvegarde, sont du 13 juin de cette année. V. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 44.
[104]Des lettres patentes datées de l’Écluse (en flamand Sluis) et conservées à Londres, auRecord Office, que M. Kervyn de Lettenhove a publiées pour la première fois (Œuvres de Froissart, t. IV, p. 469 et 470), prouvent qu’Édouard IIIn’avait plus, à la date de ces lettres, c’est-à-dire le 19 juillet 1345, le projet de faire du prince de Galles un duc de Flandre; mais il serait peut-être téméraire d’en conclure, à l’exemple de l’érudit belge, que le roi anglais et Jacques d’Arteveld n’avaient jamais conçu le projet que leur prête Froissart.
[105]Édouard III s’embarqua à Sandwich pour l’Écluse le dimanche 3 juillet 1345 (Rymer,Fœdera, vol. III, p. 50). Nous voyons par une lettre d’Édouard III au vicomte de Lancastre que son voyage à l’Écluse avait été nécessité par les dangers qui menaçaient ses alliés en Flandre: «... ordinato nuper propter hoc passagio nostro supra mare, propter aliqua nova subita quæ venerunt nobis, super procinctu dicti passagii,de perditione terræ nostræ Flandriæ et quorumdam alligatorum nostrorum, nisi illuc statim personaliter veniremus.» Rymer, ibid., vol. III, p. 55.
[106]Le passage mis entre crochets appartient à la rédaction de Rome, la seule qui mentionne (p. 317) le rôle actif joué par le duc de Brabant dans le mouvement dont Jacques d’Arteveld fut victime. Cette addition du texte de Rome est de tout point conforme à la vérité historique. Une alliance intime, quoique secrète, fut conclue en 1345 entre le comte de Flandre et le duc de Brabant; et la main de ce dernier tendit habilement tous les fils de la trame où le grand agitateur des communes flamandes périt enveloppé.
[107]Ce Thomas Denis était sans doute de la même famille que Gérard Denys, alors doyen du métier des tisserands. Deux lignes des Comptes de la ville de Gand pour 1345, grattées avec soin et peut-être de la main de Gérard Denys lui-même, constatent que ce personnage distribua des sommes considérables aux ouvriers qui se mirent avec lui en grève (la grève ou leledig-gangétait défendue par les lois de la commune). V. Kervyn de Lettenhove,Œuvres de Froissart, t. IV, p. 472.
[108]Édouard III était de retour en Angleterre et débarqua à Sandwich le 26 juillet 1345. V. Rymer,Fœdera, vol. III, p. 53.
[109]L’alliance était redevenue étroite entre le roi d’Angleterre et les bonnes villes de Flandre dès le 8 septembre 1345. En effet, à cette date, Édouard III conclut un traité avec les communes flamandes sur la monnaie d’or ditela Noblequi devait avoir cours en Flandre et même y être frappée à son effigie (Rymer,Fœdera, vol. III, p. 59). Le 10 octobre de la même année, il donne pleins pouvoirs à Guillaume de Stury, à Thomas de Melcheburn et à Gilbert de Wendlynburgh, pour traiter de la confirmation des anciens traités qui stipulaient l’hommage de la Flandre à Édouard III, et en retour le devoir pour celui-ci de la protéger envers et contre tous (Rymer,ibid., p. 61).