P.130, l. 20: que il en fesissent assés.—Ms. A 29: qu’ils firent de grands maux sans nombre.
P.130, l. 26: Navarois.—Le ms. A 29 ajoute: et de leurs aydans.
P.130, l. 30: escus.—Le ms. A 29 ajoute: d’or.
P.130, l. 31: moroient.--Le ms. A 29 ajoute: en moult de lieux.
P.131, l. 3: de sel.—Le ms. A 29 ajoute: pour argent ne autrement.
P.131, l. 6: saudoiiers.—Ms. A 29: les gens d’armes que le duc entretenoit.
P.131, l. 7: toutes.—Le ms. A 29 ajoute: ou en partie.
§427. P.131, l. 9: Moult acquisent.—Ms. d’Amiens: Moult acquist li jonnes comtes de Saint Pol grant grace dou secours qu’il avoit fait à chiaux de le chité d’Ammiens, et se coumencièrent tout li chevalier et li escuier de Picardie à raloiier à lui. Si avint qu’il avisèrent, l’un parmy l’autre, qu’il yroient devant Saint Walleri, qui trop grant dammaige leur portoit. Si se queillièrent tout chevalier et escuier de Pikardie, d’Artois et de Vermendois, et fissent dou dit comte de Saint Pol leur souverain, et s’atrairent tout par devant le ville et le castiel de Saint Walleri et l’asegièrent fortement et estroitement, et y fissent venir tous les enghiens, grans et petis, et akariier d’Ammiens à Abbeville. Là eut un grant siège et loing, et qui cousta grans deniers au pays de Pikardie; mais chacuns chevaliers et escuiers y estoit à ses frès ou à delivranche des plus grans barons dou pays, et les bonnes villez ossi à leur frès. Si en furent chil d’Abbeville durement cuvriiet de vivres et de pourveanches.
Si se tint li sièges devant Saint Walleri tout un ivier, l’an mil trois cens cinquante huit. Et y eut pluisseurs assaux et escarmuches et maintes belles appertisses d’armez faittez; car c’estoient touttes bonnes gens d’armez qui devant seoient: li comtes de Saint Pol premierement, messires Moriaux de Fiennes, ses oncles, li sirez de Chastillon, li sires de Pois, li sirez de Cresèquez, li sirez de Sauci, li sires de Montsaut, li sires de Roye, li sires de Kikenpoi, li sires de Cantemerle, li sires de Merle, li sires de Creki, messire Raoul de Rainneval, li sirez de Saint Pi, li castellains de Biauvais, messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti, messires Jehans de Ligny, messires Loeys de Haveskerkes, li sires de Saint Venant, marescaux de Franche, li sires de Brimeu, li sirez de Baucyien, li sirez de Bourberk et maint autre bon chevalier et escuier. Et ossi en y avoit de Haynnau et de Flandrez, qui y estoient venut à le priière d’aucuns de lors amis qui là estoient; et avoient empris que de là ne partiroient, jusquez à tant qu’il aroient le fortrèce. Par dedens estoit messires Guillaummes Bonnemare, et Jehans de Segure, appert homme durement, qui faisoient souvent armer lors compaignons, qui bien estoient cinq cens combatans, et venoient as barrières de leur fortrèce escarmuchier as Franchois, et y faisoient tamaintez belles appertises d’armes; une heure gaegnoient et l’autre perdoient. Fo112 vo.
P.131, l. 17: no.—Ms. A 7: nostre. Fo201 vo.
P.132, l. 24: Segure.—Mss. A 11 à 14: Sugueres.
P.132, l. 24: appert.—Les mss. A 18, 19 ajoutent: et vaillans.
P.133, l. 2: combatans.—Ms. A 29: moult vaillans compagnons.
P.133, l. 5: les engiens.—Ms. A 29: des plus grans engins.
P.133, l. 6: assir.—Ms. A 7: asseoir. Fo202.
P.133, l. 7: cuvrioient.—Ms. A 29: travailloyent.
P.133, l. 13: Beus.—Mss. A 8, 9: Beuch.
P.133, l. 29 et 30: chaingles.—Mss. A 8, 9: braies.
P.134, l. 9 et 10: grawés.—Mss. A 8, 9: grans cros.
p. 134, l. 11 et 12: ensi.... pluiseurs.—Ms. A 29: contremont jusques aux creneaux de la tour, laquelle estoit à terrasse, un fort et subtil eschelleur ainsi comme un chat, allant en hault, dont tous avoyent trop grans merveilles, nommé Bernard de laSalle, qui estoit natif d’Auvergne: maint chastel et mainte bonne ville eschela il en son temps, dont ce fut pitié.
P.134, l. 13: Clermons.—Ms. A 29: la forte tour et le chastel de Clermont en Beauvoisin.
P.134, l. 15 et 16: et cuvriièrent.—Ms. A 29: moult par courses et autrement.
P.134, l. 16: Vexin.—Ms. A 29: Verquechin.
P.134, l. 18: Cray.—Ms. A 29: Craeil.—Mss. A 8, 9: Creel.
P.134, l. 18: le Herielle.—Mss. A 8, 9: la Harèle.
P.134, l. 19: tous li plas pays.—Ms. A 20: toute celle marche.... et par especial le plat pays.
P.134, l. 20 et 21: Et.... Saint Waleri.—Ms. A 29: Et tousjours se tenoit le siège des bons chevaliers et escuyers de France et des communaultés devant Saint Valéry, devant laquelle ils avoient sis longuement sans nul prouffit.
§428. P.134, l. 22: Ensi estoit.—Ms. d’Amiens: Entroes que li sièges fu devant Saint Wallery, avinrent pluisseurs aventurez d’armes par le royaumme de Franche, pluisseurs prises et escellemens de villes et de castiaux en Brie, en Gastinois, en Bourgoingne et en Campaingne: dont pluisseur chevalier et escuier de diviers pays estoient cappittainne. Et tout le plus rice de ces capitains, et qui plus avoit maintenu le russe dou tamps passet, on l’appelloit messire Robert Chanolle. Chilx finast bien très donc de deux cens mille florins et de quarante bons castiaux qui estoient à son coummandement. Et si avoit gaegniet le bonne cité d’Auchoire, et ranchonnet et robet touttez les villes de là entours, deux ou trois journées loing, et tout jusques à Tonnoirre et jusques à Verselay, d’une part, et d’autre part toutte le rivierre de Loire, de Nevers jusques à Orliiens, et tous les fourbours d’Orliiens ars et essilliés par force de gens jusques as portez. Et avoit gaegniet et detenue le noble maison que on claimme Castiel Noef sour Loire: si tenoit dedens ses garnisons et avoit bien, quant il volloit, deux mil ou trois mil combatans. Et disoit bien qu’il ne faisoit point guerre pour le roy d’Engleterre ne le roy de Navare ne pour nullui, fors pour lui meysmez, et portoit en ses devises, escript de lettrez de broudure:
Qui Robert Canolle prendra,Cent mille moutons gagnera.
Qui Robert Canolle prendra,
Cent mille moutons gagnera.
D’autre part, par deviers Pons sur Sainne, en Brie, en Campaigne et sur le rivierre de Marne et par deviers Troies et Prouvins, se tenoient autre guerieur, qui avoient pluisseurs autres cappittainnes: desquelx li uns avoit nom messires Pièrez d’Audelée, chevaliers englès, qui estoit grans et saiges gueriières. Et si y estoit uns chevaliers de Haynnau, que on clamoit monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt, appert et hardi chevalier durement et bon guerieur ossi; et si estoit ossi adonc en Campaingne ungs escuiers d’Alemaigne que on clammoit Albrest.
Ces trois chapittainnez tenoient, en le marche que je vous ay noummet, plus de soissante castiaux et fortes maisons, et avoient bien deux mil combatans, et avoient mis tout le pays en leur subjection et ranchonnet et robet à leur vollenté, sans merchy. Et avoient pris et destruit Danmari, Esparnay, le bonne ville de Vretus et par toutte le rivierre de Marne jusques au Castiel Thieri, et tout ensi entours le cité de Rains, de Caalons, de Troies, et par tout le pays de Campaigne jusquez à Retheis et jusques à Bar sour Aube. Et avoient gaegniet le bonne ville de Ronay et le fort castiel de Hans en Campaigne, et tout pris et robet, quanque trouvet y fu, et ranchounnet et robet le remannant dou pays et de tous ces pays deseure diz jusquez à Sainte Meneheus en Partois.
Et estoit Nogant sus Sainne li maistre fortrèche de monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt, et estoit souverains et tenoit gens en ces garnisons à Pons sus Sainne, à Dameri, à Luchi, à Saponay, à Trochi, à Arsi et en pluisseurs autres fortrèces que je ne say noummer.
Et plus avant, sus le marche de Bourgoingne et de Partois, se tenoient messires Jehans de Noef Castiel, apers chevaliers et fors guerieurs durement, et avoecq lui Tieubaut de Chautfour et Jehans de Chautfour, et pilloient et roboient tout le pays entours Lengre, Trichastiel, Chaumont en Bassegny, et avoient leur retour en un castiel c’on claimme Montsaugon, et l’avoient si fortefiiet qu’il ne doubtoient nul homme: ossi il i estoient tout asegur, car nulz ne leur contredisoit leurs chevauchies. Fo112 vo.
—Ms. B 6: Ensi se monteplièrent grant foison de maulx et de iniquités ens ou noble royalme de Franche: par quoy ung grant chier tamps en vint et nasqui depuissedy. Et les terres demorèrent vaghes et les vingnes à labourer. Toutes marchandises estoient sy mortes et si perdues que nul n’osoit aller ne venir parmyle royalme de Franche, car c’estoient pilleurs, robeurs de tout pais, au title du roy de Navare. Et estoient chil pillars maistre et souverain des camps, des chemins et des rivières. Et estoient ly chevalier et les seigneurs tout ensongniés de garder leur fortresses, car on leur embloit et prendoit toutes les nuis et tous les jours. Le jouene sire de Couchy en estoit si contrains qu’il faisoit garder ses castiaus à ses despens. Fo583.
P.134, l. 22: ensonniiés.—Mss. A 8, 9: embesoigniez.
P.135, l. 15: Albrest.—Mss. A 20 à 22: Albert.
P.135, l. 29: Ronay.—Mss. A 3, 11 à 14: Rouvroy.—Ms. A 2: Rouvoy.—Mss. A 18, 19: Renveroy.—Ms. A 29: Rouvroy.
P.136, l. 4 à 7: Cils.... Arsi sus Aube.—Mss. A 20 à 22: Ce messire Eustace tenoit dessoubs lui en Champaigne pluseurs forteresses: Pons sur Saine estoit sa chambre, Nogent sur Marne, Amery, Lucy, Saponnay, Dorichy, Archy sur Aube.
P.136, l. 6: Troci.—Ms. B 4: Crecy. Fo198 vo.
P.136, l. 10: Caufour.—Ms. A 7: Chaufour.
P.136, l. 13: Montsaugon.—Ms. A 7: Montsangon. Fo203.
P.136, l. 13: quatre cens.—Mss. A 23 à 29: trois cens.
§429. P.136, l. 20: D’autre part.—Ms. d’Amiens: D’autre part, par deviers Soissons et entre Laon et Rains, se tenoient autre robeur et pilleur qui desroboient et ranchonnoient tout celui pays de là entour jusques à Chaalons et toutte le terre le seigneur de Couchy et le comte de Roussi, hors mis les fortrèches que chil doy seigneur faisoient bien garder par gens d’armez qu’il avoient retenu à lor gaiges et à lors frès. Chil guerieur se tinrent longement en le ville de Velli et l’avoient bien fremmée et durement remforchie, et estoient bien six cens combatans et plus. Il avoient ung capitain à qui il obeissoient dou tout, qui leur dounnoit certains gages et retenoit Allemans et tous compaignons qui à lui volloient demourer; et le appelloit on Rabigot de Dury et estoit Englès. Et si avoit un autre avoecq lui, appert homme durement qui se faisoit Englès, que on clammoit Robin l’Escot.
Chilx Robins ala ens ès festes dou Noel gagnier sauvagement par nuit le fort castiel de Roussi, et prist dedens le propre comte de Roussi, madamme se femme et madammoiselle leur fille et tous chiaux qui y furent trouvés, et touttes les pourveanches doucastiel qui estoient mout grandez, et fu toutte li ville robée. Si fist li dis Robins dou castiel et de le ville une grant garnison qui puisedi greva durement le pays de là entours. Et si ranchounna le dit comte, madamme se femme et leur fille, à douze mille florins au mouton, et si detint le ville et le castiel tout l’ivier et l’estet apriès qui fu l’an cinquante neuf. Et li comtes devant dis s’en alla tenir à Laon et là où il li pleut le mieux. Ensi estoit li pays foulléz et desollés de tous lés; ne on ne savoit auquel entendre. Et ne faisoit on en tous ces pays nulx ahans de terre: de quoy ung moult chier tamps de bleds et d’avainnes en nasci puisedi ou royaumme de France. Et, se ce n’ewist estet li comtés de Haynnau dont pourveanches leur revinrent, il ewissent eu plus de disette de fain, coumment que les povres gens en eurent tammaintes. Et n’osoit nulx marchans aller ne venir par le royaumme de Franche, ne menner se marchandise, se ce n’estoit par saus conduis qu’il acattoient bien et chier à ces guerieurs par qui fortrèches et passages il lez couvenoit passer, mès chela tenoient il ossi loyaument comme fesist li roys d’Engleterre. Fos112 voet 113.
P.136, l. 23 à 26: et parmi.... faisoient.—Mss. A11 à 14: et parmi la terre du sire de Coucy. Icelui sire de Coucy faisoit....
P.136, l. 29: Velli.—Ms. B 6: Vailly. Fo583.—Ms. A 29: un grand chastel de celle marche nommé Voeilly.
P.136, l. 31: Rabigos.—Ms. B 6: Radigos. Fo586.
P.136, l. 31: Duri.—Mss. A20 à 22: Duroy.
P.137, l. 19: florins.—Ms. A 29: escus.—Ms. B 6: moutons. Fo584.
P.137, l. 21: apriès.... neuf.—Ms. A 29: jusques à la fin d’aoust, qui fut en l’an mil trois cens soixante et un.
P, 137, l. 23: Laon.—Ms. A 29 ajoute: et là il chevauchoit souvent avecques les routtes pour recouvrer sur les ennemis ses pertes, et moult leur porta de grans dommages.
P.137, l. 25 à 27: Et en celi.... puissedi.—Ms. A 29: En ce temps nuls labouriers n’ahannoyent ne cultivoyent les terres par tout l’evesché de Laon, ne au pays de là environ, fors les vignes joignans aux murs de la cité. Et encores estoit ce à grant redout, tant y avoit il de pillars et de routtiers à tous lés sur le pais, dont un si cher temps en nasquit depuis qu’on ne sçavoit où recouvrer de froment, pour or ne pour argent; et ne mangeoientles pouvres gens que pain d’aveine ou de fèves ou herbes que les plusieurs cuisoyent et en vivoyent.—Ms. B 6: On ne vous pouroit pas recorder en ung jour d’estet les grans persecutions, les pillaiges, les roberies et les grans fais d’armes qui furent et avinrent en che tamps ou noble roialme de Franche. Fo584.
§430. P.137, l. 28: En ce temps.—Ms. A 29: En l’an de grace Notre Seigneur mil troys cens soixante et deux, un petit après Pasques.
P.138, l. 1: Pinon.—Mss. A18 et 19: Pignon.
P.138, l. 11: Craule.—Ms. A 29: Craonne.
P.140, l. 6: tamainte.—Ms. A 7: mainte. Fo203 vo.
P.140, l. 9: remontière.—Ms. A 7: remontée.
P.140, l. 32: fist.—Les mss. A ajoutent: car il n’eussent peu durer longuement.A 7, fo204.—Les mss. A 1 à 6, 11 à 14 ajoutent: car ilz estoient les plus foibles.
§431. P.141, l. 5: deux ou trois.—Ms. A 29: jusques à six hommes d’armes moult felonnessement, tant que les aultres en furent durement esbahis.
P.141, l. 8: tamaint.—Ms. A 7: maint. Fo204.
P.141, l. 11: et si durs.—Ces mots manquent dans les mss. B 4 et A 7.
P.141, l. 17 et 18: de.... quinze.—Ms. A 7: mie quinze des trois cens.
§432. P.141, l. 23: Ensi que.—Ms. d’Amiens: Or revenons au siège de Saint Wallery. Enssi que je vous ai chy dessus dit et comptet, li signeur de Picardie, d’Artois, de Pontieu et de Boullenois sirent ung grant temps devant Saint Walleri; et y fissent tamaint assaut et jettèrent tamainte grosse pière d’enghien, et travillièrent durement chiaux de le fortrèche. Ossi il setinrentet deffendirent tout ce temps si vaillamment que nulle gens mieux, car il estoient pourveu de bonne artillerie. Et si estoient fuisson d’apers compaignons: si ques, quant on les assailloit, il se deffendoient de grant vollenté.
Or avint, entre les autres aventures, que uns bons chevaliers de Pikardie, que on appelloit le seigneur de Bauchiien, estoit unefois à l’assaut devant le fortrèche; si fu très d’un quariel d’une espringalle tellement que li quarriaux li percha touttez ses armures et ferri d’autre part en terre. Et chei là li chevaliers navrés, de laquelle navrure il morut: dont il fu mout plains en l’ost, mès on ne le peut adonc amender. Li très que chil de Saint Wallery faisoient à chiaux de l’ost de kanons, d’espringhalles et d’ars à tour, les grevoit plus que nulle autre cose. Ossi li grant enghien qui estoient en l’ost, qui jettoient nuit et jour pierrez dedens le fortrèche, les constraindo[ien]t plus c’autre cose. Au siège de Saint Wallery, et par devant, avoit bien trente mil hommes, c’à piet, c’à cheval.
Si se tint ylluecques li sièges de l’issue d’aoust jusquez au quaremme, que les pourveanches de Saint Wallery furent touttes passées et aleuwées. Dont se coummenchièrent à esbahir cil qui estoient dedens, car nulles pourveanches ne leur pooient venir; et si ne veoient point d’aparant de nul secours de nul part. Si eurent conseil qu’il [se] trairoient deviers les Franchois; si tretiièrent par deux jours ou par trois, ainschois que il pewissent venir à acord. Et encorres, se li comtes de Saint Pol et li seigneur de Franche qui au siège se tenoient, ewissent sceut l’estat de dedens et coument il estoient au coron de leurs pourveanches, ilz ne les ewissent mies si legierement laissiés passer. Messires Guillaummes Bonnemare et Jehans de Segure et tout leur compaignon se partirent, parmy tant qu’il ne metoient riens hors de Saint Wallery, fors ce seullement qu’il en pooient porter devant yaux. Enssi fu li fortrèce rendue et remise en le main dou comte de Saint Pol. Fo113.
P.141, l. 25: Boulenois.—Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19 ajoutent: et du pays d’environ.
P.142, l. 2 à 5: car.... barrières.—Ms. B 6: car il y avoit dedens plus de cinq cens combatans qui se venoient tous les jours esprouver as barrières. Fos584 et 585.
P.142, l. 7: Bauciien.—Ms. A 23: Geancien.
P.142, l. 9 et 10: d’un quariel d’espringalle.—Ms. B 6: d’un trait d’un canon. Ung jour perdoient chil de l’ost, et l’autre jour gaignoient, car il y avoit là plus de trente mille hommes, que uns, que aultres. Fo585.
P.143, l. 25: le conte d’Evrues.—Ms. A 29: c’est assavoir le conté d’Evreux.
P.144, l. 2: secretement.—Ms. A 29: très secretement.
P.144, l. 3: trois mil.—Ms. B 6: environ quinze cens lanches.
P.144, l. 4 à 10: Là.... possession.—Ms. A 29: Là estoyent le jeune conte de Harcourt, le sire de Granville, monseigneur Robert Canolle, messire Jehan de Piquegny et plusieurs autres chevaliers et escuyers, lesquels monseigneur Philippe avoit amenés à trois lieues près de Sainct Valery, le propre jour que la ville et le chastel avoyent esté rendus au connestable de France et au conte de Saint Pol.
P.144, l. 5: Graville.—Mss. A 8, 9: Gauville.
P.144, l. 42: les.—Ms. A 29: se.
§433. P.144, l. 45: Encores estoient.—Ms. d’Amiens: Le jour apriès que chil de Saint Wallery se furent parti, vinrent nouvelles au comte de Saint Pol et as seigneurs de Franche que messires Phelippez de Navarre et li Navarrois estoient sour lez camps, à trois lieuwes priès d’iaux. Ces nouvelles estoient vraies, car voirement s’estoit li dessus dis messires Phelippes avanchiés pour venir lever le siège de Saint Walleri, et avoit bien trois mil combatans.
Quant li comtes de Saint Pol et messires Moriaux de Fiennes et li chevalier de Franche entendirent que li Navarois estoient si priés d’iaux, si eurent consseil et vollenté de chevauchier contre yaux, et que d’iaux combattre, se il les trouvoient. Si prissent tantost les camps au lés par deviers Oisemont, où on leur dist que li Navarrois estoient traix.
Ces nouvelles ossi vinrent à monseigneur Phelippe de Navarre et à monseigneur Loeis, son frère, et à monseigneur Jehan de Pikegny qui les menoit, que Saint Wallery estoit rendue, et que li Franchois cevauchoient sus yaux et estoient bien trente mil. Dont eurent consseil chil seigneur dessus dit qu’il se retrairoient, car il n’estoient mies gens pour yaux attendre ne combattre. Si se retraient tout bellement deviers Loingpret et sus celle rivierre de Somme, pour revenir par deviers Vermendois.
Quant li Franchois furent venut à Oizemont, il trouvèrent que li Navarrois estoient retret. Si se partirent de là et chevauchièrent, qui mieux mieux apriès. Or avoient il en leur ost grant charroy et mout de gens à piet; si ne pooient faire grandez journées. Et ossi li Navarrois avoient grant fuison de chevaux fouliez; si ne pooient faire grant esploit. Tant les pourssuiwirent liFranchois que, à heure de nonne, il les virent sour les camps, où il estoient descendu et buvoient un cop. Si tost qu’il les virent, il fissent touttes leurs gens aroutter et ordounner enssi que pour tantost aller combattre.
Quant li Navarois lez perçurent, ilz se hastèrent dou plus tost qu’il peurent, et recenglèrent leurs chevaux et montèrent et se partirent; et estoient adonc à une petitte lieuwe dou castiel de Lonch en Pontieu. Si prissent le chemin pour venir celle part, et li Franchois apriès, tous rengiés et tout ordonné pour combattre; et ne faisoient mies trop grant compte d’iaux fourhaster, car il veoient bien que li Navarois tiroient à venir à Lonch, et laiens les volloient il enclore.
Or vinrent li Navarois à Lonch et se boutèrent dedens et leurs chevaux et ce qu’il avoient de pourveanches, che n’estoit point gramment, et cloïrent le porte dou castiel. Li Franchois vinrent assés tost par devant le fortrèche; si se logièrent, car il estoit jà heure de logier. Et avoient li pluisseur entr’iaux grant joie de ce qu’il sentoient layens enclos lez Navarois, car à l’endemain il quidoient bien tantost avoir le maison gaegnie par assault. Si se tinrent tout aise et tout joieaus celle nuit.
Quant ce vint à l’endemain, il s’armèrent tout coumunaument et approchièrent le castiel pour assaillir. Adonc eurent li comtes de Saint Pol, li sires de Fiennes et li aucun chevalier consseil que on n’assauroit point à le fortrèche, car on y poroit trop perdre de gens, mès envoieroient querre cinq ou six grans enghiens à Amiens, qui jetteroient au fort et qui le debriseroient tout; par enssi les aroit on sans dammaige. Li autre partie des chevaliers et des coummunautés volloient que sans delay on les allast assaillir: enssi furent il en diviersses oppinions. Touttesvoies, tout consideret, on eut consseil d’attendre les enghiens, et fu tenus li premiers pourpos.
Quant messires Phelippes de Navarre et chil qui layens estoient, virent qu’il ne seroient point assailli, si en furent tout joyant, mès bien penssèrent et de ce se doubtèrent c’on les voroit laiens afammer. Si eurent consseil que, le soir qui venroit, il se partiroient quoiement tantost apriès jour falli, et seroient moult eslongiet ainschois que li Franchois sewissent riens de leur couvenant; et ne les pooient mies ossi sieuwir trop hastiement, car il menoient grant charroy, et si avoient pluisseurs gens à piet.
Chilx conssaux fu tenus. Li jours passa sans riens faire, dont ilanoioit moult à aucuns de l’host c’on ne les assalloit, car li fortrèche ne leur sambloit point forte que par assault il ne le pewissent bien avoir. Quant la nuis fu venue, li Navarois ordonnèrent touttes leurs besoingnez et ensellèrent lors chevaux, et tourssèrent et s’armèrent; et enssi que dou premier somme, tout quoiement il se partirent et prissent le chemin pour venir deviers Peronne en Vermendois. Si chevauchièrent fort et royt et furent bien eslongiet trois lieuwes, ainschois que li Franchois en sewissent riens.
Quant lez nouvelles furent venues en l’ost que li Navarois estoient parti, si furent touttes mannierres de gens moult esmervilliet. Et s’armèrent tantost chacuns qui mieux mieux, et montèrent as chevaux, et requeillièrent tout leur arroy et chargièrent lors chars, et puis se missent au chemin enssuiwant lez esclos des Navarois. Fo113 vo.
P.144, l. 16: ne s’estoit partis.—Ms. A 29: ne s’osoit partir sans le commandement du connestable de France et de monseigneur le conte de Saint Pol qui là estoient.
P.144, l. 17: partir et tourser tentes et trés.—Ms. A 29: tout trousser et maler et partir.
P.144, l. 19: trois.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: quatre.
P.144, l. 19 et 20: à mains de trois liewes.—Ms. A 29: à trois lieues.
P.144, l. 23: Renti.—Ms. A 23: Roucy.
P.146, l. 9: deux grans liewes.—Ms. A 29: de plus de troys lieues.
P.146, l. 12 à 14: Les.... secretement.—Ms. A 29: Quant le connestable de France, le conte de Sainct Pol et les seigneurs de Picardie qui là estoyent, veirent que ces Navarroys leur eschappoyent ainsy, ils en furent moult dolens.
§434. P.146, l. 20: Quant li jours.—Ms. d’Amiens: Quant jours fu venus, si chevaucièrent li ung et li autre, mais li Navarrois avoient grant avantaige. Et bien leur faisoit mestier, car li Franchois s’esploitièrent tant ce jour qu’il vinrent au soir à deux lieuwes priés d’iaux, et se logièrent tous en ung biau plain assés priès de Peronne, car il veoient par les fummières que li Navarois estoient logiés. Si se aisièrent et li une ost et li autre de ce qu’il avoient. Environ mienuit, se deslogièrent li Navarois et bouterent le feu ens leurs logeis. Si chevauchièrent à l’aise de lors chevaux par deviers Saint Quentin.
Li Franchois, de leurs logeis, virent bien que li Navarrois se partoient; si sonnèrent leurs trompettez et s’armèrent au plus tost qu’il peurent, et s’aprestèrent de tous poins et montèrent as chevaux, et ordonnèrent que cil de piet venissent à leur aise tout bellement avoecquez le charoy, car il chevaucheroient devant pour ataindre lors ennemis. Si comme ordounné fu, il fissent: li seigneur montèrent et se missent au chemin et sieuwirent les esclos des Navarrois, qui cevauchoient fortement. Environ eure de tierche, il regardèrent derierre yaux et perchurent que li Franchois les approchoient durement, et qu’il estoient à une lieuwe priès d’iaux.
Si se vont coummenchier li aucun à esbahir, car il avoient moult de leurs chevaux foullés. Dont s’avisèrent li seigneur que, se il trouvoient aucunne place à bien petit d’avantage, il s’aresteroient et metteroient en ordounnanche de bataille, et attenderoient les Franchois à l’aventure de Dieu; car, par enssi fuir, il se poroient tout perdre. Si chevauchièrent encorres avant et tant que, environ prangière, il vinrent en ung vilage c’on claimme Toregny, à deux lieuwes de Saint Quentin et sus le costière; et siet Toregny hault sus un tierne dont on voit tout le pays environ. Il se vont là arester et mettre tout à piet et en bon couvenant, et ordounnèrent trois batailles: en chacune avoit sept cens combattans et trois cens archiers.
Et là fist messires Phelippes de Navarre le jouene comte de Halcourt chevalier, filz au comte de Halcourt que li rois Jehans fist mourir à Roem; et là leva bannierre, et li hoirs de Graville ossi. Et y fist messires Phelippes de Navarre pluisseurs chevaliers nouviaux, et moult bellement recomforta ses gens, et leur dist et pria qu’il ne s’esbahesissent de riens, se il estoient petit; car ou grant mont ne gist mies li fortunne, mès là où Dieus l’envoie: «Et mieux nous vaut atendre l’aventure à nostre hounneur que fuir et morir à deshonneur.» Il disoient que c’estoit voirs, et bien li affioient que chierement venderoient leurs vies. Fo113 vo.
P.147, l. 4: recreans.—Ms. A: recreus.Ms. A 7, fo205.
P.148, l. 2: Graville.—Ms. A 7: Gauville. Fo205 vo.
P.148, l. 3: combatre.—Le ms. A 17 ajoute: nonobstant que les François estoient six contre un, qui faisoit bien à ressongner, car c’est grant chose de veoir six loups sur une brebis.
§435. P.148, l. 4: Onques li François.—Ms. d’Amiens: Oncques si tost li Franchois ne peurent venir que li Navarois ne fuissent bien ordounné et mis en trois batailles, tous leurs archiers devant yaux, et chacuns seigneurs devant se bannière et se pennon. Quant li baron et li chevalier de Franche en virent le couvenant, si s’arestèrent enmy les camps et puis se missent tout à piet, et s’avisèrent qu’il attenderoient le remannant de leur host, ainschois qu’il alaissent combattre les Navarrois. Si le fissent, mès nonpourquant n’atendirent il mies à faire leurs batailles, et en firent jusques à trois bien estoffées et bien ordounnées, et partirent leurs bannierres et leurs pennons par droite ordounnanche d’armes. Et ordounnèrent et estaublirent chiaux qui premierement yroient assaillir à cheval, pour rompre les archiers: de quoy messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti, messires Loeys de Haveskierkes, messires Rogiers de Couloingne, messires Anthonnes de Kodun, li sires de Vendoeil, li sires de Saintpi et aucun autre chevalier et escuier y estoient ordonné, et toudis venoient leurs gens de piet.
Si estoit jà haulte nonne, ainschois qu’il fuissent tout venu, et n’avoient encorrez beu ne mengiet. Dont se traissent li seigneur enssamble à consseil, et regardèrent que li jour estoit jà moult avant, et une partie de leurs gens lasset et hodet. Se ne seroit pas bon, che disoient li plus saige et mieux congnissant as armes, que on les allast assaillir, car il estoient reposé et en plache assés forte dont il avoient l’avantaige; et si moustroient li Navarois qu’il ne se partiroient point de là sans combattre. Si fu conssilliet que on se logeroit droit devant yaux, et lairoit on reposer les lassés, et à l’endemain on les combateroit. Enssi qu’il fu ordounné et devisé, il fu fait; on coummanda à logier et à arouter tout leur caroi au devant des ennemis.
Quant li Navarois, qui estoient à Toregny, virent ce couvenant, si furent tout liet. Si se conssillièrent entre yaux que, en l’estat où il estoient il se tenroient jusquez soleil esconssant, fors tant qu’il mousteroient ossi par samblanche qu’il se voroient logier; mès tantost, à heure de soleil esconssant, il monteroient à cheval et se partiroient, et passeroient le Somme à Vremans. Et se li Franchois les sieuwoient de rechief, il prenderoient nouvel avantaige; et s’il n’estoient poursui, il aroient celle nuit d’avantaige, seloncq ce qu’il sont priès de leurs garnisons et des grans bos de Tierrasse, il seroient tantost mis à sauveté. Fo114.
P.148, l. 9: le couvenant.—Mss. A 8, 9: leur couvine.
P.148, l. 19 à 23: Chiz.... d’yaus.—Ms. A 29: Ainsi se conclurent ensemble le connestable de France et le conte de Sainct Pol avec leurs compagnons, de combatre l’endemain les Navarroys; et se logèrent illec sur un champ un petit en pendant, auprès duquel court une eaue qui celle nuit fit grand bien, par especial à leurs chevaux.
P.148, l. 23: anuitit.—Ms. A 7: anuitié. Fo205 vo.
§436. P.149, l. 4: Tout ensi.—Ms. d’Amiens: Tout ensi qu’il devisèrent, il fissent; et envoiièrent leurs varlès faire pluisseurs feux et moustrer qu’il volsissent appareillier le cuisinne. Et tout ce veoient li Franchois qui ossi entendoient à yaux logier et leurs chevaux, et disoient entre yaux: «Il se logent, il nous atenderont meshui, et demain lez combaterons.» Quant ce vint à heure de soleil esconssant, il recenglèrent lors cevaux et fissent petit à petit partir lez plus foiblement montéz; et droit à jour fallant, tout furent parti, et chevauchièrent delivrement pour venir passer le rivierre de Somme à Vermans.
Environ mienuit, ces nouvelles vinrent en l’ost des Franchois, par prisonniers qui escappet estoient, que li Navarrois s’en alloient. Adonc eut en l’ost grant friente, et sounnèrent lors trompettez et s’armèrent et montèrent as chevaux. Et regardèrent li seigneur que il yroient et leurs gens passer le Somme à Saint Quentin, et par enssi il avancheroient les Navarrois; si prissent adonc tout communaument le chemin de Saint Quentin. Et vinrent devant le jour as portes de Saint Quentin li sires de Saint Venant, li comtes de Saint Pol, messires Moriaux de Fiennes tout devant, et buschièrent grans cops à le porte. Les gardes demandèrent: «Qu’es chou là?» Chil seigneur se nommèrent et dissent que on leur ouvrist les portez pour passer yaux et leurs gens, pour adevanchier les Navarois. Les gardes respondirent qu’il n’avoient point lez clefs, mais les gardoient li jurés de le ville. Donc dissent chil seigneur de Franche que il les alaissent querre. Il respondirent que vollentiers il yroient faire le messaige à leur maistres, enssi qu’il fissent.
Quant ces nouvelles vinrent au consseil de le ville, au mayeur et as jurés, il fissent sounner le cloche. Dont s’armèrent touttes mannierres de gens, et coummandèrent li souverain que chacuns allast à son cretiel et à sa garde, si comme ordonné estoit, cartrop se doubtoient de traïson. Et puis vinrent li seigneur de Saint Quentin à le porte où li comtes de Saint Pol et li sires de Fiennes et li autre seigneur de Franche estoient, et demandèrent qu’il volloient à ceste heure. Il dissent: «Nous voullons que vous ouvrés les portes, par quoy nous puissions passer oultre et nostre host et adevanchier les Navarrois que nous poursuiwons.» Dont respondirent chil de Saint Quentin et dissent: «Seigneur, allés querre voie et chemin d’autre part, car par chi vous n’aréz point d’adrèche.» Oncques depuis, pour parolle ne pour priierre que li comtes de Saint Pol ne li autre seigneur pewissent dire ne faire, chil de Saint Quentin ne veurent ouvrir leur porte.
Quant li comtes de Saint Pol et li sires de Fiennes et li autre chevalier virent que chil de Saint Quentin ne les lairoient point entrer en leur ville, si furent moult courouchiet, mès amender ne le peurent. Si regardèrent que, de là en avant à poursuiwir les Navarrois il ne leur estoit point pourfitable, ou cas qu’il avoient falli là de passaige. Si conssillièrent entr’iaux qu’il se departiroient, si comme il fissent. Et dounna li comtes de Saint Pol à touttes ses gens congiet de retraire, chacuns en son lieu, pour ceste fois. Fo114.
P.149, l. 13: au plat et sus le large.—Ms. A 29: à gué.
P.149, l. 14: Betencourt.—Le ms. A 29 ajoute: nommé Douvrain.
P.150, l. 7: Lience.—Ms. B 4: Lienche. Fo201 vo.—Mss. A 11 à 14, 23 à 29: Liance.—Mss. A 8, 9: Luchieu.
P.150, l. 18: arutellier.—Ms. B 4: aruteller.
P.150, l. 20: asegur.—Ms. A 7: asseurs. Fo206.
P.151, l. 25: villainnes.—Le ms. A 17 ajoute: que ces seigneurs distrent à ces villains traistres de Saint Quentin.
§437. P.152, l. 4: Ensi se desrompi.—Ms. d’Amiens: Ensi se departi ceste cevauchie. Et passèrent li Navarrois le Somme desoubz l’abbeie de Vermans, et entrèrent ce meysme jour en Tieraisse, et passèrent le rivierre d’Oise et vinrent à Vellis et à Roussi. Et ralla chacuns en se fortrèche dont il estoient parti. Fo114.
.... Dont il avint que messires Pière d’Audelée, uns chevaliers englès et de grant nom, qui se tenoit à Biaufort en garnison quant il volloit, car li fors et grant fuison de fortrèches de làentour estoient à lui, si avisa en soy meymmes que de nuit il venroit embler le bonne chité de Chaalons, et y enteroit par le rivierre de Marne; car par dessus le rivierre, en une ille deviers l’abbeie de Saint Pierre, elle n’estoit adonc fremmée. Et si estoit la ditte rivière petitte, par quoi on le pooit bien passer. Si mist li dis messires Pières d’Audelée une grant cantitet de gens d’armes sus, et estoient bien quatre cens, tous d’eslite, et deux cens archiers. Si vinrent de nuit en un certain lieu deseure Chaalons, où il se devoient trouver. Quant il furent tout assamblé, il descendirent à piet à une lieuwe de Chaalons, et missent leurs chevaux en le garde de leurs garchons. Et puis vinrent tout le pas sans noise et sans bruit et sans parler, jusques à le rivierre de Marne et au gué qu’il avoient advisé; et avoient certainnes ghides, vilains dou pays, qui les menoient et qui le fons de le rivierre congnissoient.
Or vot Dieux aidier chiaux de Chaalons, car autrement elle ewist estet prise, robée et puis toutte arse. A celle heure avoit gettes as cretiaux, car bien besongnoit qu’il fuissent sour leur garde et par tout le pays ossi. Ces gaites ooient par fies le son des armures de ces Navarois, car li vens venoit de celle part. Si s’en missent en grant souppechon, et plus atendoient, et plus cler les ooient. Finablement, il dissent et seurent entr’iaulx, que c’estoient Navarois et Englès qui les venoient escieller et prendre. Si descendirent tantost de leurs cretiaux et vinrent au get de le ville, et comptèrent tout ce qu’il avoient oy. Cil qui faisoient le ghai, furent tout esmervilliet de ces nouvellez, et allèrent celle part par deviers Saint Pière pour savoir se c’estoit verités. Il n’y seurent oncques si tost venir, que li cours de l’abbeie dessus dite ne fuist toutte plainne de Navarois, et avoient jà passé le rivierre une partie, ensi qu’il l’avoient avisé. Dont reculèrent chil de Chaalons et escrièrent à haulte vois: «Trahi! trahi!» Et s’espardirent ces nouvelles par le cité. Si se coummenchièrent à armer et à apparillier touttes manierres de gens, et à estre mout effraet et esbahy, et à alummer torsses et lanternes et grans feus par les rues, et à traire petit à petit de celle part là où li Navarois estoient, qui s’en venoient jà tout rengiet et bien ordonné parmy le grant rue Saint Pière des Camps. Si avint que, quant il se trouvèrent, li hustins coumença mout durs et mout fors. Et deffendoient chil de Chaalons le rue et le voie ce qu’il pooient, mès chil Englès et cil Navarois estoient droite gens d’armes: sine faisoient compte de ces commugnes et passoient toudis avant et conqueroient terre, et assés de chiaux de Chaalons navroient et habatoient. Et la cause qui plus grevuit à ces Englès et Navarois, c’estoient les baux, les tables, les pièrez c’on jettoit sus yaux des fenestres, dez loges et des solliers d’amont; car les rues y sont malement estroitez, si ne s’en savoient comment targier. Toutteffois, toudis en combatant, il conqueroient tierre.
Or fist Dieux si belle grace à chiaux de Chaalons, que messires Oedes de Grantsi y amena par derière messire Phelippez de Gaucourt, monsigneur Anssel de Biaupret, monseigneur Jehan de Germillon: dont, se chil et li gentil homme qui estoient avoecq yaux n’ewissent estet, Chaalons en Campaingne ewist estet prise. Mès quant li gentil homme furent armé et ordounné et là venu, et eurent conchut le quantitet des Englès, il se retraissent tout combatant au loncq d’une rue au plus estroit entre yaux et lors ennemis. Il fissent lanchier baux, escammes, tables et touttes mannières de bois pour ensonniier le voie; et quant li rue fu enssi enssonniiée que je vous di, et que li Navarrois ne pooient passer pour l’empechement qui y estoit, il se retraissent ou fort de le chité et outre les pons, et les fissent tantost deffaire, et dissent ensi: «A che qui est par delà n’avons nous riens; et à ce qui est deviers nous n’aront ossi nul avantaige, se nous le voulions deffendre.» Là estoit ossi messires Jehan de Sars, campegnois. Fo115.
P.152, l. 16 et 17: se tenoit.... à grant fuison.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: se tenoient à Meleun sur Saine, de par le roy de Navarre, grant foison.
P.153, l. 8: secheur.—Mss. B 3, A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: secheresse. Fo216 vo.—Mss. A 15 à 17: chault. Fo216.—Mss. A 8, 9, 20 à 22: chaleur. Fo197.
P.153, l. 17: de chiaus.—Ms. A 17: aucuns des vilains tuffes.
P.153, l. 22: brail.—Mss. B 3, A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: brayes. Fo216 vo.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: nombril. Fo197.
P.154, l. 11: ces larrons.—Ces mots manquent dans A 8, 9.
P.154, l. 13: prendre.—Le ms. A 29 ajoute: larcineusement.
P.154, l. 31: Bar.—Mss. A 23 à 29: Chalons.
P.155, l. 2 et 3: Cil.... communauté.—Ms. A. 29: Les manants de ceste ville où il y a grant bourgeoisie et communauté.
P.155, l. 3: s’estourmirent.—Ms. A 29: s’esmeurent.
P.155, l. 18: tret.—Le ms. A 29 ajoute: par lequel ils tenoyent tout le front de la rue.
P.155, l. 19: jusques à hault miedi.—Ms. A 29: depuis deux heures devant jour jusques à haute nonne.
P.156, l. 2: Biaupret.—Mss. A 2, 11 à 14: Pié.—Ms. A 23: Beaupié.
P.156, l. 3: Germillon.—Ms. A 1: Gerville.
P.156, l. 11: Grantsi.—Mss. A 11 à 14: Garency.
§438. P.156, l. 13: De le venue.—Ms. d’Amiens: Enssi et en celle rihote durèrent il tout le nuit, et l’endemain jusques à nonne, lanchant, traiant, combatant, estrivant de l’un à l’autre; et en y eut plusieurs blechiés des deux parties. Quant messires Pières d’Audelée et chil de se routte perchurent le couvenant de chiaux de Chaalons, et coumment li gentil homme, de leur costé, que messires Oedes de Grantsi avoit amenés, gardoient le passage souffissamment, et qu’en vain il se combatoient, si se retraissent tout bellement et se partirent de Chaalons à petit concquès, et trouvèrent leurs chevaux que on leur avoit amenés apriès yaux; si montèrent sus et chevauchièrent viers Biaufort. Quant cil de Chaalons en virent le partement, si en furent moult joyant, car il avoient esté en grant aventure de tout perdre. Si conjoïrent et honnourèrent grandement les gentils hommes, et dissent bien que par yaux et par leurs deffenses avoit esté li cités de Chaalons gardée et deffendue. Fo115.
.... Assés tost apriès, avint que chil de le garnison de Velly et chil de le garnison de Roussi se queillièrent et missent ensamble, et vinrent prendre par force et par assault le ville de Sissonne, et fissent ens une grande garnison de touttes mannierres de gens assamblés qui avoient une cappittainne que on clammoit Hennekin Franchois. Et estoit uns garchons nés de Couloingne, che disoit on, et estoit sans pité et sans merchy de ce dont il estoit au deseure. Ceste garnison de Sissonne fist moult de villains fais et de grans dammaiges aval le pays, et ardoient tout et tuoient hommez, femmez et petis enfans qu’il ne pooient ranchounner à leur vollenté.
Or avint un jour que li comtes de Roussi, qui avoit l’ayr et lemautalent encorres en son coer, c’estoit bien raisons, de sa ville et de son castiel de Roussi que li Alemant, noummet Navarois, tenoient, fist une priierre as chevaliers et as escuiers d’entours lui, et eut bien cent lanches parmy quarante chevaux qu’il amena des bourgois de Laon. Et eut adonc le comte de Porsiien, monseigneur Gerart de Chavenchy et le seigneur de Montegni en Ostrevant et autres chevaliers et escuiers qui y allèrent à se priierre. Si chevauchièrent un jour et vinrent deviers Sissonne; si trouvèrent ces Allemans, noummés Navarrois, qui ardoient ung village, et les coururent sus baudement et delivrement. Chilx Hannekins Franchois et se routte missent tantost piet à terre et se requeillièrent bien et faiticement, et rengièrent tous les archiers devant yaux.
Là eut fort hustin et dur, d’un lés et de l’autre. Et trop bien furent asaili chil Navarrois qui estoient de tous pays, et trop bien se deffendirent et trop vassaument. Et bien le couvenoit, car il estoient fort requis et envaï, et ewissent estet desconffi se li bourgeois de Laon fuissent demouret; mès il se partirent à peu de fet et se missent au retour deviers Laon, et li autre demourèrent et se combatirent assés et vaillamment. Toutteffois, li journée ne fu point pour yaulx. Là fu li comtes de Porsiien durement navrés et à grant meschief sauvés. Là fu li sires de Montegny en Ostrevant pris, et messires Gerars de Chavenchy et pluisseurs autres, et li comtes de Roussi mout navrés et pris le seconde fie, et livrés à Rabigot de Dury et à Robin l’Escot qui l’en menèrent en prison en son castiel de Roussi meysmes, et l’i tinrent depuis ung grant temps. Ces deux povres aventurez eut il sus mains d’unne année. Fo114 vo.
P.156, l. 17 à 29: Quant.... Biaufort.—Ms. A 29: Et quand messire Pierre d’Audelée et ses compagnons veirent venus et rangés le sire de Gransi et ces Bourguignons devant eux et la bannière deployée, il dist à aucuns de ses plus privés: «Beaux seigneurs, j’aperçoy que nos embusches et nostre entreprise sont rompues par Odes de Granci qui est ici venu contre nous: si conseille de nous retraire vers Beaufort.» Adonc iceulx Angloys et Navarroys se retirèrent à pied tout le pas par la voye qu’ils estoyent le matin venus.
P.156, l. 31: si bonnes.—Les mss. A 8, 9, 15 à 19 ajoutent: gens.—Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22 ajoutent: gens d’armes.
P.157, l. 6: Sars.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: Saux.
P.157, l. 16: uns.—Le ms. A 17 ajoute: villain.
P.157, l. 18: austers.—Mss. A 15 à 17: estourdi. Fo217.
P.157, l. 18: l’aïr.—Ms. A 7: l’ire. Fo207 vo.—Ce mot manque dans les mss. A 8, 9.
P.158, l. 1: Cavenchi.—Mss. A 7, 23 à 29: Cavenci.
P.158, l. 25: Rabigot.—Mss. A 8, 9: Radigos.
§439. P.158, l. 29: Ensi estoit.—Ms. d’Amiens: En che tamps chevauchoit messires Ustasses d’Aubrecicourt en Campaingne, et avoit dou jour à l’endemain, quant il volloit faire une chevauchie, cinq cens ou six cens lanches. Et estoit tous sires dou plat pays et avoit estet plus d’un an devant, et couroit bien souvent devant Troie, l’autre devant Chaalons, puis devant Prouvins. Et estoit tous sires de le rivierre de Sainne, car il tenoit Nogant sus Sainne; si passoit et rapassoit à son plaisir de quel part qu’il volloit, ne nus ne li contredisoit. Et fist là en ce pays pluisseurs belles bacheleries et grans appertisses d’armes, et rua jus par pluisseurs fois pluisseurs chevauchies de jentilshommes. Et y concquist grant avoir en raenchons, en vendages de villes et de castiaux, ossi en racas de pays et de maisons et en saufconduis qu’il dounnoit, car nulx ne pooit passer, aller ne venir, marchans ne autrez, ne yssir des bonnes villez que ce ne fuist par son dangier. Et tenoit bien à ses gagez cinq cens combatans, sans les autres qui se tenoient de lui et qui le suioient pour pillier et pour gueriier.
Et il estoit hardis chevaliers et bachelereux, corageus et entreprendans, et amoit très loyaulment par amours une damme dou plus grant linage des crestiiens: pour quoy il en valloit mieux en armes et en touttes mannierres. Et la damme ossi l’ammoit si loyaument et si enterinnement que mieux ne pooit, et souvent lettrez, salus et segnefianches li envoioit: par quoi li chevaliers en estoit plus gais et plus jolis, plus larges et plus courtois et plus preux as armes; car en soy meysmes se glorifioit, quant il sentoit qu’il amoit et estoit amés de damme jone, belle, frice et jolie et dou plus grant sanch des crestiiens. On le puet bien noummer, car il l’eut depuis à femme espousée: on l’appelloit madamme Ysabiel de Jullers, soer germaine au duc de Jullers et nièche à la bonne roynne d’Engleterre, fille de sa soer, cousinnegermaine à ses enfans et as enfans de Haynnau, et un seul point mains à ciaux de Franche, de Bourbon et de Blois.
Tant fist messires Ustasses d’Aubrecicourt ou pays de Campaingne de belles chevauchies et de grans fès d’armes, qu’il y estoit si renouméz, si cremus et alosés que chacuns parloit de lui; et tous les jours concqueroient il et ses gens sus le pays. Fo115.
P.159, l. 12: de chevaucies.—Ces mots manquent dans les mss. A.
P.159, l. 14: entreprendans.—Ms. A 7: entreprenant. Fo208.
P.159, l. 17: d’ardoir.—Ces mots manquent dans les mss. A et dans le ms. B 4.
P.159, l. 21: douze.—Mss. A 8, 9: vingt.
P.159, l. 25: et à espeuse.—Ms. A 7: espousée.
§440. P.160, l. 11: Apriès.—Ms. d’Amiens: Quant li dus de Normendie perchut que ses pays dont il estoit regens et drois hoirs, estoit enssi foullés et desolés par le fait dou roy de Navarre, si le prist en grant despit et fist ung mandement de gens d’armes de tous lés là où il les pooit avoir. Si assambla bien deux mille lanches, chevaliers et escuiers, et se parti de Paris et prist son chemin par deviers Melun sur Sainne, où li roys de Navarre se tenoit. Si asega li dis dus le ville de Melun, d’un lés de le rivierre et de l’autre. Et se tenoit li dus de Normendie au lés deviers Brie, avoecq lui si doy frère, li dus d’Ango et li dus de Berri, et leur oncles li dus d’Orliiens, et grant fuisson de grans seigneurs. Et d’autre part, deviers Gastinois, estoient li comtez de Saint Pol, messires Moriaux de Fiennes, li sires de Couchy, li sires de Montmorensi, li sires de Grantsi, messires Jehans de Lini, messires Guis de Lini ses filx, et grant fuison de chevaliers et d’escuiers. Et avoient li dit Franchois fait ung pont de nés sus Sainne, pour chevauchier de traviers le Sainne, de l’une ost à l’autre. Si se tint là chilz sièges longement, ainschois qu’il en venissent à leur entente. Et toudis entroes couroient et guerioient chil dez fortrèches; et estudioient et penssoient nuit et jour li compaignon qui Navarrois se nommoient, à prendre, à embler et à escieller villez, castiaux et fortes maisons. Fo114 vo.
.... En ce tamps s’ensonniièrent bonnes personnes et allèrent entre le ducq de Normendie et le roy de Navarre qui estoit assegiésdedens Melun, tant que une pès y fut tretie et faitte. Et pardounnèrent li uns à l’autre chacuns sen mautalent; et se deffist li sièges de Melun. Et dounna li dus de Normendie ses gens d’armes congiet, et ramena le roy de Navarre avoecq lui dedens Paris. Dont chacuns et chacune ot grant joie, pour ce qu’il leur sambla qu’il avoient pès de ce costé; car li roys de Navarre jura qu’il feroit partir tous ses Navarrois des fors qu’il tenoient, enssi qu’il fist à son loyal pooir. Mès il y avoit pluisseurs saudoiiers et compaignons englès, allemans et autres, qui ne se veurent mies enssi partir des fors qu’il tenoient; et disoient qu’il gueriroient pour le roy englès, car lez trieuwez estoient fallies. Si prendoient là leur escuzanche et leur retour. Fo116 vo.
P.160, l. 14: doi mil.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 23 à 33: trois mil.
P.160, l. 18 à 20: en le conté.... Kem.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: en la cité d’Evreux, ou dedens le fort chastel de Pacy, assez près de la bonne cité de Vernon.—Mss. A 7, 20 à 22: en la cité d’Euvreux, ens ou fort chastel de Vernon, assés près de la bonne ville de Kem. Fo208.—Ms. B 6: à Mantez, à dix lieues près de Paris, à l’entrée de Normendie. Fo588.
P.160, l. 22: navarois.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: dont l’un s’appelloit messire Martin de Navarre et l’autre le Bascon de Mareuil. Voirs est que la ville de Meleun est assise en trois parties. L’une est une isle où le chastel est assis. L’autre partie est du costé de Gastinois. Et entre ces deux parties court le maistre bras de la rivière. Et ces deux parties avecques le chastel occupoient les Navarrois. Et l’autre partie est du costé de Brie et estoit françoise; et illecques se vint mettre à siège le duc de Normandie et tout son ost. Avec le duc de Normandie et à son mandement estoient venus au siège de Meleun.... Fo199.
P.160, l. 29: royne.—Ms. B 6: Ysabiel. Fo588.
P.161, l. 9 et 10: troi mil.—Mss. A 8, 15 à 17, 20 à 22: quatre mil.—Mss. A 23 à 29: trois cens.—Ms. B 6: plus de douze cens chevaliers et escuiers.
P.161, l. 11 et 12: là envoiiés.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: et avoec luy.
P.161, l. 18 et 19: et plus.... roynes.—Ces mots manquent dans A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22.
P.161, l. 22: Jehans.—Mss. A 1 à 6, 8, 9, 15 à 22: James.
P.161, l. 22: Carbiniaus.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Corbiniau.
P.161, l. 28: Vrenon.—Mss. A 8, 9, 15 à 19: Evreux.
P.162, l. 15 et p. 163, l. 15: Che siège.... d’Engleterre.—Ms. A 29: En ce tandis, aucuns vaillans hommes traictèrent par telle manière devers le roy de Navarre et le duc de Normandie, car adonc estoyent en France le cardinal de Perigourd et le cardinal d’Urgel, lesquels firent tant que une journée fut prinse pour appointer ces deux princes de leurs differents, en la cité de Vernon, pour là traicter une bonne paix entre eux. Et là vindrent le duc de Normandie et son conseil, et d’autre part le roy de Navarre et monseigneur Philippe, son frère, et y fut traicté et accordé et la paix faicte. Et jura le roy de Navarre que de ce jour en avant il seroit et demoureroit bon François, et meit en sa paix plus de trois cens chevaliers et escuyers ausquels le duc pardonna son maltalent. Mais il en reserva aucuns des aultres, ausquels il ne voulut mie pardonner ce qu’ils luy avoyent meffaict.
A celle paix ne voulut oncques accorder monseigneur Philippe de Navarre, ains dit à son frère qu’il estoit tout idiot et enchanté et qu’il se meprenoit grandement contre le roy d’Angleterre, à qui il s’estoit allié, et lequel roy luy avoit tousjours aidé, conforté et secouru. Si se partit monseigneur Philippe, par maltalent, du roy son frère, luy quatriesme tant seulement et chevaucha le plus tost qu’il peust vers Sainct Sauveur le Vicomte, qui lors estoit une forte garnison d’Anglois. Et en estoit capitaine, de par le roy d’Angleterre, un moult vaillant chevalier anglois nommé monseigneur Thomas d’Agorne, qui receut monseigneur Philippe de bon cœur et lui fit grand chère, et puis lui dit qu’il s’acquittoit loyaument devers le roy d’Angleterre. «Par mon serment, respondit le chevalier navarroys, toute promesse doit estre tenue; et pour ce doit chascun bien adviser de non promettre chose qu’on ne vueille tenir.»
P.162, l. 27: bons françois.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: homme du duc et son frère à estre.
P.162, l. 28: trois cens.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22: quatre cens.
P.163, l. 13: Navare.—Ms. B 6: et l’appelloit cousin. En che tamps se deffist le siège devant Rennez en Bretaigne. Et s’en party le duc de Lenclastre et retourna en Engleterre et y mena le jone conte de Monfort. Fo589.
§441. P.163, l. 16: Parmi l’ordenance.—Ms. d’Amiens: Or avint que li dus de Normendie et ses conssaux, qui adonc seoient devant Melun sus Sainne et avoient là assegiet le roy de Navare, si comme vous savés, par le pourkach dou vaillant evesque de Troies, un appert et hardi ghuerieur, ossi fisent tant enviers un puissant et vaillant chevalier et c’on tenoit à bon guerieur, et telx estoit ilz, hardis chevaliers durement, et l’appelloit on par son droit nom messires Brokars de Fenestrages, qu’il demora de lor ayde et proummist à aidier l’evesque de Troies et le pays de Campaingne à tout cinq cens lanchez à cheval, parmy une grande somme de florins qu’il devoit avoir. Si se traist messires Brokars en le cité de Troies et fist là son amas de gens d’armes et de brigans; et eut, que de ses gens, que de ciaux de Campaingne, parmy les gens l’evesque de Troies et le comte de Wedemont et le comte de Joni et monseigneur Jehan de Chalons, qu’il furent bien mil lanches et quinze cens brigans.