Chapter 5

§ 483. Quant ceste arrière chartre, qui s’appellelettre des renonciations tant d’un roy comme del’autre, fu escripte, grossée et seelée, on le lisi et[47]publia generaument en le cambre dou Conseil, presensles deux rois dessus nommés et leurs consauls: sisambla à çascun à estre belle et bonne, bien dittée etbien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et5leur doy ainsnet fil, sus les saintes ewangiles corporelmenttouchies et sus le corps Jhesu Cris sacré, àtenir, garder et acomplir et non enfraindre tous lescoses dessus dittes. Depuis encores, par l’avis et regarddou roy de France et de son estroit conseil et10sus le fin de leur parlement, fu requis li rois d’Engleterreque il volsist donner et acorder une commissiongeneral qui s’estendesist sus tous ciaulz quipour le temps tenoient en l’ombre de se guerrevilles, chastiaus ou forterèces ou royaume de France,15par quoi il euissent cause, commandement et cognissancede vuidier et partir.Li rois d’Engleterre, qui ne voloit que tout bienet bonne pais nourir entre lui et son frère le roy deFrance, ensi que juré et prommis l’avoit, descendi à20ceste requeste legierement, et li sambla de raison.Et commanda à ses gens que elle fust faite sus lemilleur fourme que on poroit, à l’entente et discretiondou roy de France son frère et de son conseil.Adonc de rechief se remisent li plus especial dou25conseil des deux rois dessus nommés ensamble, etfu là jettée, escripte et puis grossée, par l’avis del’un et de l’autre, une commission dont la teneurs’ensieut ensi.

§ 483. Quant ceste arrière chartre, qui s’appelle

lettre des renonciations tant d’un roy comme de

l’autre, fu escripte, grossée et seelée, on le lisi et

[47]publia generaument en le cambre dou Conseil, presens

les deux rois dessus nommés et leurs consauls: si

sambla à çascun à estre belle et bonne, bien dittée et

bien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et

5leur doy ainsnet fil, sus les saintes ewangiles corporelment

touchies et sus le corps Jhesu Cris sacré, à

tenir, garder et acomplir et non enfraindre tous les

coses dessus dittes. Depuis encores, par l’avis et regard

dou roy de France et de son estroit conseil et

10sus le fin de leur parlement, fu requis li rois d’Engleterre

que il volsist donner et acorder une commission

general qui s’estendesist sus tous ciaulz qui

pour le temps tenoient en l’ombre de se guerre

villes, chastiaus ou forterèces ou royaume de France,

15par quoi il euissent cause, commandement et cognissance

de vuidier et partir.

Li rois d’Engleterre, qui ne voloit que tout bien

et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de

France, ensi que juré et prommis l’avoit, descendi à

20ceste requeste legierement, et li sambla de raison.

Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le

milleur fourme que on poroit, à l’entente et discretion

dou roy de France son frère et de son conseil.

Adonc de rechief se remisent li plus especial dou

25conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et

fu là jettée, escripte et puis grossée, par l’avis de

l’un et de l’autre, une commission dont la teneur

s’ensieut ensi.

§ 484. «Edouwars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,30signeur d’Irlande et d’Acquitainnes, à tousnos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus,[48]adherens et alliiés estans ès parties de France, tanten Pikardie, en Bourgongne, en Ango, en Berri, enNormendie, en Bretagne, en Auvergne, en Campagne,en [Mainne[399]] et en Tourainne et en toutes les5mètes et limitations dou demainne et de le tenurede France, salut. Comme paix et acord soient faitentre nous, nos alliiés, aidans et adherens, d’unepart, et nostre très chier frère le roy de France, sesalliiés et adherens, d’autre part, sus tous les debas10et descors que nous avons eu dou temps passet ouporions avoir ensamble, et aions juré sus le corpsJhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil etainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoecpluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus notables15de nostre royaume; et ossi ont juré nostre ditfrère et nostre dit neveu le duch de Normendie etnos aultres neveus ses enfans et pluiseur de leursanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers doudit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne20que aucun guerrieur de nostre royaume et de nossubgès se poront efforcier de faire ou d’entreprendreaucune cose contre la ditte pais, en prenant ou detenantforterèces, villes, cités ou chastiaus, ou faisantpillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps,25leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisantcontre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit trèsgrandement et ne le porions nullement ne vorrionspasser sus l’ombre de dissimulation en aucune manière,nous volons obviier de tout nostre pooir ès30coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons[49]par deliberation de notre conseil, de certainne sieute,que, se nulz de nos subgès, de quelconques estat necondition qu’il soit, face ou efforce de faire contrele pais, en faisant pillages, prenant ou detenant forterèces,5personne ou biens quelconques dou royaumede France ou aultres de nostre dit frère, de ses subgès,alliiés et adherens ou aultres quelconques facentcontre la ditte pais, et il n’est delaissié, cessé et deportéde ce faire et rendre les damages que fais ara10dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce requispar aucuns de nos officiiers, sergans, personespubliques, [que[400]] par tel fait seulement et sans aultresprocès, condempnation ou declaration il soient dèslors tous reputés pour banis de nostre royaume et15de tout nostre pooir et ossi dou royaume et terre denostre dit frère, et tous leurs biens confisqués etobligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooientestre trouvé en nostre royaulme, nous commandonset volons expressement que punitions en soit faite20comme de traittes et rebelles à nous, par le manièrequ’il est acoustumé à faire en crime de l’estat majestal,sans faire sur ce grace, remission, souffrance nepardon. Et samblablement le volons faire de nossubgès, de quelconque estat qu’il soient, qui en25nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, occuperontet detenront forterèces quelconques contrele volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui bouterontfeus, ranceneront villes ou personnes, en facentpillages ou roberies, ou feront ou esmouveront[50]guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si mandons,commandons et enjoindons destroitement etexpressement à tous nos seneschaus, baillieus, prevos,chastellains ou aultres nos officiiers, sur quanque5il se poeent fourfaire envers nous, et sus painnede perdre leurs offisses, qu’il publient et facent publiierces presentes par tous les lieus notables deleurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelleries,et que nulz, ce mandement oy et veu, ne demeure10en forterèce qu’il tiegne ou dit royaume deFrance hors de l’ordenance et dou trettiet de lepais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frèrele roy de France, et toutes les coses dessus dittesgardent et facent garder enterinement et acomplir15de point en point. Et sacent tout que, se il en sontnegligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte,nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz quipar leur deffaute ou negligense aront esté grevés oudamagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière20qu’il sera exemples à tous aultres. En tesmoing desquèlescoses, nous avons fait faire cestes nos lettrespatentes, données à Calais le vingtquatrime jour doumois d’octembre, l’an de grasce Nostre Signeur miltrois cens et soissante.»

§ 484. «Edouwars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,

30signeur d’Irlande et d’Acquitainnes, à tous

nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus,

[48]adherens et alliiés estans ès parties de France, tant

en Pikardie, en Bourgongne, en Ango, en Berri, en

Normendie, en Bretagne, en Auvergne, en Campagne,

en [Mainne[399]] et en Tourainne et en toutes les

5mètes et limitations dou demainne et de le tenure

de France, salut. Comme paix et acord soient fait

entre nous, nos alliiés, aidans et adherens, d’une

part, et nostre très chier frère le roy de France, ses

alliiés et adherens, d’autre part, sus tous les debas

10et descors que nous avons eu dou temps passet ou

porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps

Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et

ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec

pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus notables

15de nostre royaume; et ossi ont juré nostre dit

frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et

nos aultres neveus ses enfans et pluiseur de leur

sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou

dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne

20que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos

subgès se poront efforcier de faire ou d’entreprendre

aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou detenant

forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou faisant

pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps,

25leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant

contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très

grandement et ne le porions nullement ne vorrions

passer sus l’ombre de dissimulation en aucune manière,

nous volons obviier de tout nostre pooir ès

30coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons

[49]par deliberation de notre conseil, de certainne sieute,

que, se nulz de nos subgès, de quelconques estat ne

condition qu’il soit, face ou efforce de faire contre

le pais, en faisant pillages, prenant ou detenant forterèces,

5personne ou biens quelconques dou royaume

de France ou aultres de nostre dit frère, de ses subgès,

alliiés et adherens ou aultres quelconques facent

contre la ditte pais, et il n’est delaissié, cessé et deporté

de ce faire et rendre les damages que fais ara

10dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce requis

par aucuns de nos officiiers, sergans, persones

publiques, [que[400]] par tel fait seulement et sans aultres

procès, condempnation ou declaration il soient dès

lors tous reputés pour banis de nostre royaume et

15de tout nostre pooir et ossi dou royaume et terre de

nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et

obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient

estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons

et volons expressement que punitions en soit faite

20comme de traittes et rebelles à nous, par le manière

qu’il est acoustumé à faire en crime de l’estat majestal,

sans faire sur ce grace, remission, souffrance ne

pardon. Et samblablement le volons faire de nos

subgès, de quelconque estat qu’il soient, qui en

25nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, occuperont

et detenront forterèces quelconques contre

le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui bouteront

feus, ranceneront villes ou personnes, en facent

pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront

[50]guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si mandons,

commandons et enjoindons destroitement et

expressement à tous nos seneschaus, baillieus, prevos,

chastellains ou aultres nos officiiers, sur quanque

5il se poeent fourfaire envers nous, et sus painne

de perdre leurs offisses, qu’il publient et facent publiier

ces presentes par tous les lieus notables de

leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelleries,

et que nulz, ce mandement oy et veu, ne demeure

10en forterèce qu’il tiegne ou dit royaume de

France hors de l’ordenance et dou trettiet de le

pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère

le roy de France, et toutes les coses dessus dittes

gardent et facent garder enterinement et acomplir

15de point en point. Et sacent tout que, se il en sont

negligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte,

nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui

par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou

damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière

20qu’il sera exemples à tous aultres. En tesmoing desquèles

coses, nous avons fait faire cestes nos lettres

patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou

mois d’octembre, l’an de grasce Nostre Signeur mil

trois cens et soissante.»

25§ 485. Apriès toutes ces coses faites et devisées etces lettres et commissions baillies et delivrées, et sibien tout ordonné par l’avis adonc de l’un et de l’autreque les parties se tenoient pour content, voirs estqu’il fu parlé de monsigneur Charle de Blois et de30monsigneur Jehan de Montfort sus l’estat de Bretagne,car cescuns reclamoit avoir grant droit à l’iretage[51]de Bretagne. Et quoique là en fust parlementéet regardé comment on poroit couchier les coses etyaus apaisier, riens n’en fu diffiniement fait; car, sicom je fui depuis enfourmés, li rois d’Engleterre et5li sien n’i avoient mies trop grant affection. Car ilpresumoient le temps à venir, pour ce que il couvenoittoutes manières de gens d’armes de leur costépartir et vuidier des garnisons et forterèces qu’il tenoientà present et avoient tenu ou royaume de10France, et retraire quel part que fust; et mieulz valoitet plus pourfitable estoit que cil guerrieur etpilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui estuns des cras pays dou monde et bons pour tenirgens d’armes, que donc qu’il revenissent en Engleterre,15car leur pays en poroit estre perdus et robés.Ceste imagination fist assés briefment passer les Englèsle parlement et l’article de Bretagne, dont ce fupechiés et mal fait que on n’en esploita aultrement;car, se li doy roy volsissent bien acertes par l’avis20de leurs consaulz, pais euist là esté entre les partiesdessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on lieuist donné et departi, et si euist messires Charles deBlois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en Engleterre,et si euist plus longement vescu qu’il ne25fist. Et pour ce qu’il n’en fu riens fait, onques lesguerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne,en devant l’ordenance de la pais des deux rois dontnous parlons maintenant, que elles ont estet depuis,si com vous orés avant en l’ystore et par les signeurs,30barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ontsoustenu l’une opinion et l’autre: siques li dusHenris de Lancastre, qui fil vaillans sires, sages et[52]imaginatis, et qui trop durement amoit le conte deMontfort et son avancement, dist au roy Jehan deFrance, present le roy d’Engleterre et le plus grantpartie de leurs consaulz: «Sire, encores ont les5triewes de Bretagne, qui furent prises et donnéesdevant Rennes, à durer jusques au premier jour demay qui vient. Là en dedens envoiera li rois nossires, par le regard de son conseil, gens de par luiet de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de10Montfort, en France devers vous, et cil aront pooiret auctorité d’entendre et de prendre tel droit que lidis messires Jehans poet avoir de le succession sonsigneur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vouset vos consaulz et li nostres mis ensamble en ordonneront.15Et pour plus grant seurté, c’est bon que lestriewes soient ralongies jusques à le Saint JehanBaptiste ensievant.» Ensi fu il fait comme li dessusdis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrentli signeur d’aultre cose.

25§ 485. Apriès toutes ces coses faites et devisées et

ces lettres et commissions baillies et delivrées, et si

bien tout ordonné par l’avis adonc de l’un et de l’autre

que les parties se tenoient pour content, voirs est

qu’il fu parlé de monsigneur Charle de Blois et de

30monsigneur Jehan de Montfort sus l’estat de Bretagne,

car cescuns reclamoit avoir grant droit à l’iretage

[51]de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé

et regardé comment on poroit couchier les coses et

yaus apaisier, riens n’en fu diffiniement fait; car, si

com je fui depuis enfourmés, li rois d’Engleterre et

5li sien n’i avoient mies trop grant affection. Car il

presumoient le temps à venir, pour ce que il couvenoit

toutes manières de gens d’armes de leur costé

partir et vuidier des garnisons et forterèces qu’il tenoient

à present et avoient tenu ou royaume de

10France, et retraire quel part que fust; et mieulz valoit

et plus pourfitable estoit que cil guerrieur et

pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est

uns des cras pays dou monde et bons pour tenir

gens d’armes, que donc qu’il revenissent en Engleterre,

15car leur pays en poroit estre perdus et robés.

Ceste imagination fist assés briefment passer les Englès

le parlement et l’article de Bretagne, dont ce fu

pechiés et mal fait que on n’en esploita aultrement;

car, se li doy roy volsissent bien acertes par l’avis

20de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties

dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li

euist donné et departi, et si euist messires Charles de

Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en Engleterre,

et si euist plus longement vescu qu’il ne

25fist. Et pour ce qu’il n’en fu riens fait, onques les

guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne,

en devant l’ordenance de la pais des deux rois dont

nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis,

si com vous orés avant en l’ystore et par les signeurs,

30barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont

soustenu l’une opinion et l’autre: siques li dus

Henris de Lancastre, qui fil vaillans sires, sages et

[52]imaginatis, et qui trop durement amoit le conte de

Montfort et son avancement, dist au roy Jehan de

France, present le roy d’Engleterre et le plus grant

partie de leurs consaulz: «Sire, encores ont les

5triewes de Bretagne, qui furent prises et données

devant Rennes, à durer jusques au premier jour de

may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos

sires, par le regard de son conseil, gens de par lui

et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de

10Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir

et auctorité d’entendre et de prendre tel droit que li

dis messires Jehans poet avoir de le succession son

signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous

et vos consaulz et li nostres mis ensamble en ordonneront.

15Et pour plus grant seurté, c’est bon que les

triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan

Baptiste ensievant.» Ensi fu il fait comme li dessus

dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent

li signeur d’aultre cose.

20§486. Li rois Jehans de France, qui avoit grantdesir de retourner en son royaume, et c’estoit raisons,moustroit au roy d’Engleterre de bon coragetous les signes d’amour qu’il pooit et ossi à son neveule prince de Galles, et li rois d’Engleterre otant bien25à lui. Et par plus grant conjonction d’amour, li doiroy, quoique il s’appelassent par l’ordenance de lepais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns deson costé, le somme de huit mil frans françois derevenue par an, c’est à entendre cescun deux mil.30Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconteen Constentin, qui venoit au roy d’Engleterre dou[53]costé monsigneur Godefroy de Harcourt, par don etpar vendage que li dis messires Godefrois en avoitfait au dit roy d’Engleterre, si com il est contenu cidessus en ce livre, et que la ditte terre estoit hors5de l’ordenance dou trettié de le pais, et couvenoitque, quiconques tenist la terre, qu’il en fust homs defief et d’ommage au roy de France, et pour celi causeli rois d’Engleterre l’avoit donné et reservé à monsigneurJehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li10avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France,par grant deliberation de corage et d’amour, le confermaet seela, à le priière dou roy d’Engleterre, audit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesserensi comme son bon hyretage. Si es ce une moult15belle terre et rendable, car elle vault bien une foisl’an seize mil frans. Encores avoech toutes ces cosesfurent pluiseurs aultres lettres faites et alliances,desquèlez je ne puis mies dou tout faire mention; carquinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant20et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous lesjours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, enreconfermant et alloiant le paix. Et d’abundantrenouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre lespremières, et les faisoient toutes sus une datte pour25estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles jeeuch depuis le copie par les registres de le canceleriede l’un roy et l’autre.

20§486. Li rois Jehans de France, qui avoit grant

desir de retourner en son royaume, et c’estoit raisons,

moustroit au roy d’Engleterre de bon corage

tous les signes d’amour qu’il pooit et ossi à son neveu

le prince de Galles, et li rois d’Engleterre otant bien

25à lui. Et par plus grant conjonction d’amour, li doi

roy, quoique il s’appelassent par l’ordenance de le

pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de

son costé, le somme de huit mil frans françois de

revenue par an, c’est à entendre cescun deux mil.

30Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte

en Constentin, qui venoit au roy d’Engleterre dou

[53]costé monsigneur Godefroy de Harcourt, par don et

par vendage que li dis messires Godefrois en avoit

fait au dit roy d’Engleterre, si com il est contenu ci

dessus en ce livre, et que la ditte terre estoit hors

5de l’ordenance dou trettié de le pais, et couvenoit

que, quiconques tenist la terre, qu’il en fust homs de

fief et d’ommage au roy de France, et pour celi cause

li rois d’Engleterre l’avoit donné et reservé à monsigneur

Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li

10avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France,

par grant deliberation de corage et d’amour, le conferma

et seela, à le priière dou roy d’Engleterre, au

dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser

ensi comme son bon hyretage. Si es ce une moult

15belle terre et rendable, car elle vault bien une fois

l’an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses

furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances,

desquèlez je ne puis mies dou tout faire mention; car

quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant

20et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les

jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en

reconfermant et alloiant le paix. Et d’abundant

renouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les

premières, et les faisoient toutes sus une datte pour

25estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je

euch depuis le copie par les registres de le cancelerie

de l’un roy et l’autre.

§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien deviséeset ordonnées que nulz n’i savoit ne pooit par raison30riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoitmies, par les grandes alliances et obligations où li doy[54]roy et leur enfant estoient loiiet et avoient juret, queceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vousorés avant ens ou livre, et que tout cil qui devoientestre ostagiier pour le redemption dou roy de France5furent venu à Calais, et que li rois d’Engleterreleur eut juré à tenir et garder paisieulement en sonroyaume, et que li sis cens mil florin furent paiietas deputés le roy d’Engleterre, li dis rois d’Engleterredonna au roy de France en son chastiel de Calais un10moult grant souper et bien ordonné. Et servirent sienfant et li dus de Lancastre et li plus grant barond’Engleterre à nus chiés. Apriès ce souper, prisent finablementli doy roy congiet li un à l’autre moult amiablement,et retourna li rois de France à son hostel.15A l’endemain, qu’il fu la vigile Saint Symon et SaintJude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil deson costet qui partir se devoient. Et se mist li rois deFrance tout à piet en istance que pour venir en pelerinageà Nostre Dame de Boulongne, et li princes20de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneurLeonniel et monsigneur Aymon. Et ensi vinrent iltout de piet et devant disner jusques à Boulongne,où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus deNormendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit25signeur tout à piet en l’eglise Nostre Dame de Boulongne,et fisent leurs offrandes moult deuement, etpuis tournèrent en l’abbeye de laiens, qui estoit appareilliepour le roy recevoir et les enfans dou royd’Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensievant30dalés le roy en grant revel; et l’endemain bienmatin il retournèrent à Calais devers le roy leur père,qui les attendoit. Si repassèrent tout cil signeur[55]ensamble le mer et li ostagiier de France: ce fu lavigile de Toussains l’an mil trois cens et soissante.

§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien devisées

et ordonnées que nulz n’i savoit ne pooit par raison

30riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit

mies, par les grandes alliances et obligations où li doy

[54]roy et leur enfant estoient loiiet et avoient juret, que

ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous

orés avant ens ou livre, et que tout cil qui devoient

estre ostagiier pour le redemption dou roy de France

5furent venu à Calais, et que li rois d’Engleterre

leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son

royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet

as deputés le roy d’Engleterre, li dis rois d’Engleterre

donna au roy de France en son chastiel de Calais un

10moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si

enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron

d’Engleterre à nus chiés. Apriès ce souper, prisent finablement

li doy roy congiet li un à l’autre moult amiablement,

et retourna li rois de France à son hostel.

15A l’endemain, qu’il fu la vigile Saint Symon et Saint

Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de

son costet qui partir se devoient. Et se mist li rois de

France tout à piet en istance que pour venir en pelerinage

à Nostre Dame de Boulongne, et li princes

20de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur

Leonniel et monsigneur Aymon. Et ensi vinrent il

tout de piet et devant disner jusques à Boulongne,

où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de

Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit

25signeur tout à piet en l’eglise Nostre Dame de Boulongne,

et fisent leurs offrandes moult deuement, et

puis tournèrent en l’abbeye de laiens, qui estoit appareillie

pour le roy recevoir et les enfans dou roy

d’Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensievant

30dalés le roy en grant revel; et l’endemain bien

matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père,

qui les attendoit. Si repassèrent tout cil signeur

[55]ensamble le mer et li ostagiier de France: ce fu la

vigile de Toussains l’an mil trois cens et soissante.

§488. Or est raisons que je vous nomme tous lesnobles dou royaume de France qui entrèrent en Engleterre5pour le roy de France: premierement monsigneurPhelippe duc d’Orliiens jadis filz dou royPhelippe de France, en apriès ses deux neveus, leduch d’Ango et le duch de Berri, et puis le duch deBourbon, le conte d’Alençon, monsigneur Jehan10d’Estampes, Gui de Blois pour le conte Loeis deBlois son frère, le conte de Saint Pol, le conte deHarcourt, le conte daufin d’Auvergne, monsigneurEngherant signeur de Couci, monsigneur Jehan deLini, le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le15signeur de Montmorensi, le signeur de Roie, lesigneur de Praiiaus, le signeur d’Estouteville, le signeurde Clères, le signeur de Saint Venant, lesigneur de la Tour d’Auvergne, le signeur d’Englure,le signeur de Trainiel, le signeur de Maulevrier,20le signeur de Bouberk et le signeur d’Andreselet encores des aultres que je ne puis ou saitous nommer. Ossi de la bonne cité de Paris, deThoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri,de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de25Sens en Bourgongne, d’Orliiens, de Troies, de Chaalonsen Champagne, d’Amiens, de Biauvais, d’Arras,de Tournay, de Kem en Normendie, de Saint Omer,de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatrebourgois. Si passèrent finablement tout le mer et30s’en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres.Là les recarga li rois d’Engleterre au maieur de Londres[56]et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi,sur quanqu’il se pooient meffaire envers lui, que ilfuissent à ces signeurs et à ces gens courtois, et lesfesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il estoient5en se garde. Li commandemens dou roy futenus et bien gardés en toutes manières. Et aloientcil hostagier jeuer sans peril et sans rihote aval lecité de Londres et environ. Et li signeur aloient cachieret voler à leur volenté et yaus esbatre et deduire10sus le pays et veoir les dames et les signeursensi comme il leur plaisoit; ne onques ne furentconstraint, mais trouvèrent le roy d’Engleterre moultamiable et moult courtois. Or parlerons un petit douroy de France qui estoit venus à Boulongne.

§488. Or est raisons que je vous nomme tous les

nobles dou royaume de France qui entrèrent en Engleterre

5pour le roy de France: premierement monsigneur

Phelippe duc d’Orliiens jadis filz dou roy

Phelippe de France, en apriès ses deux neveus, le

duch d’Ango et le duch de Berri, et puis le duch de

Bourbon, le conte d’Alençon, monsigneur Jehan

10d’Estampes, Gui de Blois pour le conte Loeis de

Blois son frère, le conte de Saint Pol, le conte de

Harcourt, le conte daufin d’Auvergne, monsigneur

Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de

Lini, le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le

15signeur de Montmorensi, le signeur de Roie, le

signeur de Praiiaus, le signeur d’Estouteville, le signeur

de Clères, le signeur de Saint Venant, le

signeur de la Tour d’Auvergne, le signeur d’Englure,

le signeur de Trainiel, le signeur de Maulevrier,

20le signeur de Bouberk et le signeur d’Andresel

et encores des aultres que je ne puis ou sai

tous nommer. Ossi de la bonne cité de Paris, de

Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri,

de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de

25Sens en Bourgongne, d’Orliiens, de Troies, de Chaalons

en Champagne, d’Amiens, de Biauvais, d’Arras,

de Tournay, de Kem en Normendie, de Saint Omer,

de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre

bourgois. Si passèrent finablement tout le mer et

30s’en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres.

Là les recarga li rois d’Engleterre au maieur de Londres

[56]et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi,

sur quanqu’il se pooient meffaire envers lui, que il

fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois, et les

fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il estoient

5en se garde. Li commandemens dou roy fu

tenus et bien gardés en toutes manières. Et aloient

cil hostagier jeuer sans peril et sans rihote aval le

cité de Londres et environ. Et li signeur aloient cachier

et voler à leur volenté et yaus esbatre et deduire

10sus le pays et veoir les dames et les signeurs

ensi comme il leur plaisoit; ne onques ne furent

constraint, mais trouvèrent le roy d’Engleterre moult

amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou

roy de France qui estoit venus à Boulongne.

15§489. Li rois de France ne sejourna gaires à Boulongnesus mer, mès s’en parti tantost apriès le fiestede le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin,et fist tant que il entra en le bonne cité d’Amiens, etpartout estoit il receus grandement et noblement.20Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priès jusquesau Noel, il s’en parti et vint à Paris. Là fu il solennelmentet reveramment receus, et à grans pourcessionsde tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiésjusques au palais là où il descendi, et messires Phelippes25ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecquesle roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles etbien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé compoissamment li rois de France fu recueilliés, à ce retouren son royaume, de toutes manières de gens,30car il y estoit moult desirés. Se li donna on des biausdons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir[57]et viseter li prelat et li baron de son royaume, et lefestioient et conjoissoient ensi comme il apertenoit,et li rois les recevoit doucement et bellement, carmoult bien le savoit faire.

15§489. Li rois de France ne sejourna gaires à Boulongne

sus mer, mès s’en parti tantost apriès le fieste

de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin,

et fist tant que il entra en le bonne cité d’Amiens, et

partout estoit il receus grandement et noblement.

20Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priès jusques

au Noel, il s’en parti et vint à Paris. Là fu il solennelment

et reveramment receus, et à grans pourcessions

de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés

jusques au palais là où il descendi, et messires Phelippes

25ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques

le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et

bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com

poissamment li rois de France fu recueilliés, à ce retour

en son royaume, de toutes manières de gens,

30car il y estoit moult desirés. Se li donna on des biaus

dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir

[57]et viseter li prelat et li baron de son royaume, et le

festioient et conjoissoient ensi comme il apertenoit,

et li rois les recevoit doucement et bellement, car

moult bien le savoit faire.

5§490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans furetournés en France, passèrent le mer li commis etestabli de par le roy d’Engleterre pour prendre lepossession de[s] terres, des pays, des contés, desseneschaudies, des cités, des villes, des chastiaus et des10forterèces qui li devoient estre baillies et delivréespar le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait,car pluiseurs signeurs en le Langue d’och ne veurentmies de premiers obeir ne yaus rendre au roy d’Engleterre,quoique li rois de France les quittast de foy15et d’ommage, et leur venoit à trop grant contraire etdiversité ce que estre englès les couvenoit, et especialmentens ès lontainnes marces, le conte de Pieregorch,le conte de Comminges, le visconte deChastielbon, le visconte de Quarmain, le signeur de20Taride, le signeur de Pincornet et pluiseur aultre.Et s’esmervilloient trop dou ressort dont li rois deFrance les quittoit. Et disoient li aucun que il n’apertenoitmies à lui à quitter et que par droit il ne lepooit faire, car il estoient en le Gascongne trop anciiennement25chartret et privilegiiet dou grant Charlemainne,qui fu rois de France et d’Alemagne et emperèresde Romme, que nuls rois de France ne pooitmettre le ressort en aultre court qu’en le sienne, etpour ce ne veurent mies cil signeur de premiers legierement30obeir. Mais li rois de France, qui voloittenir et à son pooir acomplir ce qu’il avoit juret et[58]seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon,son chier cousin, liquelz apaisa le plus grant partiede ces signeurs. Et devinrent homme cil qui devenirle devoient au roy d’Engleterre, li contes d’Ermignach,5li sires de Labreth et moult d’aultres qui à lepriière dou roy de France et de monsigneur Jakemonde Bourbon obeirent, com envis que ce fust.A l’autre costé, ossi sus le marine, en Poito et enRocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant10desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villesdou pays, quant il les couvint estre englès. Et parespecial cil de le ville de le Rocelle ne s’i voloientacorder et s’escusèrent par trop de fois, et detriièrentplus d’un an que onques il ne veurent laissier entrer15Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier desdouces, amiables et piteuses parolles qu’il escrisoientet rescrisoient au roy de France, en suppliant pourDieu que il ne les volsist mies quitter de leurs foisne eslongier de son demainne ne mettre en mains20estragnes, et que il avoient plus chier à estre tailliettous les ans de le moitiet de leur chavance que doncque il fuissent ens ès mains des Englès. Sachiés queli rois de France, qui veoit leur bonne volenté etloyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit25grant pité d’yaus; mais il leur mandoit et rescrisoitaffectueusement et songneusement que il les couvenoitobeir: aultrement la pais seroit enfrainte et brisie,par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisseau royaume de France. Siques quant cil de le Rocelle30veirent le destroit, et que escusances ne moustrancesne priières que il fesissent ne valloient riens,il obeirent, mès ce fu à trop grant dur. Et disent bien[59]li plus notable de le ville de le Rocelle: «Nous aourrousles Englès des lèvres, mais li coers ne s’en mouveraja.»Ensi eut li rois d’Engleterre le saisine et possession5de la ducé d’Aquitainnes, de la conté de Pontieu et deGhines et de toutes les terres que il devoit avoir pardeçà la mer, c’est à entendre ou royaume de France,qui li estoient données et acordées par l’ordenancedou trettié. Et proprement en ceste anée passa messires10Jehans Chandos, comme regens et lieutenans depar le roy d’Engleterre, et vint prendre le possessionde toutes les terres dessus dittes, les fois et les hommagesdes contes, des viscontes, des barons et deschevaliers, des cités, des villes et des forterèces, et15mist et institua partout seneschaus, baillieus, officiiersà sen ordenance, et vint demorer à Niorth. Sitenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estat etnoble, et bien avoit de quoi, quant li rois d’Engleterrequi moult l’amoit le voloit, et certes il en estoit20bien merites, car il fu doulz chevaliers, courtois etamiables, larges, preus; sages et loyaus en tous estaset qui vaillamment se savoit estre et avoir entre toussigneurs et toutes dames, onques chevaliers de sontemps mieus de li.

5§490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu

retournés en France, passèrent le mer li commis et

establi de par le roy d’Engleterre pour prendre le

possession de[s] terres, des pays, des contés, des

seneschaudies, des cités, des villes, des chastiaus et des

10forterèces qui li devoient estre baillies et delivrées

par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait,

car pluiseurs signeurs en le Langue d’och ne veurent

mies de premiers obeir ne yaus rendre au roy d’Engleterre,

quoique li rois de France les quittast de foy

15et d’ommage, et leur venoit à trop grant contraire et

diversité ce que estre englès les couvenoit, et especialment

ens ès lontainnes marces, le conte de Pieregorch,

le conte de Comminges, le visconte de

Chastielbon, le visconte de Quarmain, le signeur de

20Taride, le signeur de Pincornet et pluiseur aultre.

Et s’esmervilloient trop dou ressort dont li rois de

France les quittoit. Et disoient li aucun que il n’apertenoit

mies à lui à quitter et que par droit il ne le

pooit faire, car il estoient en le Gascongne trop anciiennement

25chartret et privilegiiet dou grant Charlemainne,

qui fu rois de France et d’Alemagne et emperères

de Romme, que nuls rois de France ne pooit

mettre le ressort en aultre court qu’en le sienne, et

pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers legierement

30obeir. Mais li rois de France, qui voloit

tenir et à son pooir acomplir ce qu’il avoit juret et

[58]seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon,

son chier cousin, liquelz apaisa le plus grant partie

de ces signeurs. Et devinrent homme cil qui devenir

le devoient au roy d’Engleterre, li contes d’Ermignach,

5li sires de Labreth et moult d’aultres qui à le

priière dou roy de France et de monsigneur Jakemon

de Bourbon obeirent, com envis que ce fust.

A l’autre costé, ossi sus le marine, en Poito et en

Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant

10desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes

dou pays, quant il les couvint estre englès. Et par

especial cil de le ville de le Rocelle ne s’i voloient

acorder et s’escusèrent par trop de fois, et detriièrent

plus d’un an que onques il ne veurent laissier entrer

15Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des

douces, amiables et piteuses parolles qu’il escrisoient

et rescrisoient au roy de France, en suppliant pour

Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois

ne eslongier de son demainne ne mettre en mains

20estragnes, et que il avoient plus chier à estre tailliet

tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc

que il fuissent ens ès mains des Englès. Sachiés que

li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et

loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit

25grant pité d’yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit

affectueusement et songneusement que il les couvenoit

obeir: aultrement la pais seroit enfrainte et brisie,

par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse

au royaume de France. Siques quant cil de le Rocelle

30veirent le destroit, et que escusances ne moustrances

ne priières que il fesissent ne valloient riens,

il obeirent, mès ce fu à trop grant dur. Et disent bien

[59]li plus notable de le ville de le Rocelle: «Nous aourrous

les Englès des lèvres, mais li coers ne s’en mouvera

ja.»

Ensi eut li rois d’Engleterre le saisine et possession

5de la ducé d’Aquitainnes, de la conté de Pontieu et de

Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par

deçà la mer, c’est à entendre ou royaume de France,

qui li estoient données et acordées par l’ordenance

dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messires

10Jehans Chandos, comme regens et lieutenans de

par le roy d’Engleterre, et vint prendre le possession

de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hommages

des contes, des viscontes, des barons et des

chevaliers, des cités, des villes et des forterèces, et

15mist et institua partout seneschaus, baillieus, officiiers

à sen ordenance, et vint demorer à Niorth. Si

tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estat et

noble, et bien avoit de quoi, quant li rois d’Engleterre

qui moult l’amoit le voloit, et certes il en estoit

20bien merites, car il fu doulz chevaliers, courtois et

amiables, larges, preus; sages et loyaus en tous estas

et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous

signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son

temps mieus de li.

25§491. Entrues que li commis et deputé de par leroy d’Engleterre prendoient les saisines et possessionsdes terres dessus dittes, si com ordenance detrettié et de pais se portoit, estoient aultre commis etestabli ossi de par le roy d’Engleterre ens ès mètes30et limitations de France avoecques les gens dou royde France, qui faisoient vuidier et partir toutes[60]manières de gens d’armes des fors et des garnisons qu’iltenoient. Et leur commandoient et enjoindoientestroitement, sus à perdre corps et avoir et estreennemi au roy d’Engleterre, que il baillassent et delivrassent5les forterèces qu’il tenoient as gens douroy de France. Là avoit aucuns chapitainnes, chevalierset escuiers de le nation et dou ressort d’Engleterrequi obeissoient et qui rendoient ou faisoient rendrepar leurs compagnons les dis fors qu’il tenoient.10Et s’en y avoit ossi de telz qui ne voloient obeir;et disoient qu’il faisoient guerre en l’ombre et nomdou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d’estragnesnations qui estoient grant chapitainne etgrant pilleur qui ne s’en voloient mies partir si legierement15telz que Alemans, Braibençons, Flamens,Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François quiestoient apovri des guerres: se voloient recouvrer auguerriier le dit royaume de France. De quoi telz manièresde gens perseverèrent en leur mauvaisté et20fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultretous chiaus qui grever les voloient. Et quant leschapitainnes des dis fors estoient parti courtoisementet avoient rendu ce qu’il tenoient et il se trouvoientsus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil25qui avoient apris à pillier et qui bien savoient quede retourner en leur pays ne lor estoit point pourfitable,ou espoir n’i osoient il retourner pour les villainsfais dont il estoient acusé, se cueilloient ensambleet faisoient nouviaus chapitainnes et prendoient30par droite election tout le pieur des leurs, etpuis chevauçoient oultre en sievant l’un l’autre. Sise recueillièrent premierement en Champagne et en[61]Bourgongne, et fisent là grandes routes et grandescompagnies qui s’appelloient les Tart Venus, pourtant que il avoient encores peu pilliet ens ouroyaume de France. Si vinrent et prisent soudainnement5en Campagne le fort chastiel de Genville et trèsgrant avoir dedens que on y avoit assamblé de toutle pays d’environ sus le fiance dou fort lieu. Et quantces Compagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bienestoit prisiés à cent mil frans, il le departirent entre10yaus tant qu’il peut durer. Et tinrent le chastiel untemps; et coururent et gastèrent tout le pays deChampagne, l’evesqué de Vredun, de Toul et deLengres. Et quant il eurent assés pilliet, il passèrentoultre, mès il vendirent ançois le chastiel de Genville15à chiaus dou pays et en eurent vingt milfrans.Et puis entrèrent en Bourgongne et là s’en vinrentesbatre et reposer et rafreschir, en attendant l’unl’autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais,20car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiersdou pays qui les menoient et conduisoient. Sise tinrent un grant temps entours Besençon, Digonet Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n’aloitau devant. Et prisent le bonne ville de Givri en25Biaunois et le robèrent et pillièrent toute, et se tinrentlà un temps et entours Vregi pour le cause doucras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres, carcil qui se partoient des forterèces et lesquels leurmestre donnoient congiet, se traioient tous celle part.30Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans.Quant il se trouvèrent si grant nombre, il ordonnèrentet establirent entre yaus pluiseurs chapitainnes[62]à qui il obeirent dou tout. Si vous ennommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yausestoit uns chevaliers de Gascongne, qui s’appelloitmessires Segins de Batefol: cilz avoit de se route5bien deux mil combatans. Encores y estoient TalbartTalbardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Meschin,Batillier, Hanekin François, le Bourch Camus,le Bourc de Lespare, Naudon de Bagherant, leBourch de Bretueil, Lamit, Hagre l’Escot, Albrest,10Ourri l’Alemant, Bourduelle, Bernart de la Sale, RobertBriket, Carsuelle, Ainmenion d’Ortige, Garsiotdou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salleet pluiseurs aultres.Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi quaresme,15qu’il se trairoient vers Avignon et iroientveoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre etentrèrent en le conté de Mascons et s’adrecièrentpour venir en le conté de Forès, ce bon cras pays,et vers Lyons sus le Rosne.

25§491. Entrues que li commis et deputé de par le

roy d’Engleterre prendoient les saisines et possessions

des terres dessus dittes, si com ordenance de

trettié et de pais se portoit, estoient aultre commis et

establi ossi de par le roy d’Engleterre ens ès mètes

30et limitations de France avoecques les gens dou roy

de France, qui faisoient vuidier et partir toutes

[60]manières de gens d’armes des fors et des garnisons qu’il

tenoient. Et leur commandoient et enjoindoient

estroitement, sus à perdre corps et avoir et estre

ennemi au roy d’Engleterre, que il baillassent et delivrassent

5les forterèces qu’il tenoient as gens dou

roy de France. Là avoit aucuns chapitainnes, chevaliers

et escuiers de le nation et dou ressort d’Engleterre

qui obeissoient et qui rendoient ou faisoient rendre

par leurs compagnons les dis fors qu’il tenoient.

10Et s’en y avoit ossi de telz qui ne voloient obeir;

et disoient qu’il faisoient guerre en l’ombre et nom

dou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d’estragnes

nations qui estoient grant chapitainne et

grant pilleur qui ne s’en voloient mies partir si legierement

15telz que Alemans, Braibençons, Flamens,

Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François qui

estoient apovri des guerres: se voloient recouvrer au

guerriier le dit royaume de France. De quoi telz manières

de gens perseverèrent en leur mauvaisté et

20fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultre

tous chiaus qui grever les voloient. Et quant les

chapitainnes des dis fors estoient parti courtoisement

et avoient rendu ce qu’il tenoient et il se trouvoient

sus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil

25qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que

de retourner en leur pays ne lor estoit point pourfitable,

ou espoir n’i osoient il retourner pour les villains

fais dont il estoient acusé, se cueilloient ensamble

et faisoient nouviaus chapitainnes et prendoient

30par droite election tout le pieur des leurs, et

puis chevauçoient oultre en sievant l’un l’autre. Si

se recueillièrent premierement en Champagne et en

[61]Bourgongne, et fisent là grandes routes et grandes

compagnies qui s’appelloient les Tart Venus, pour

tant que il avoient encores peu pilliet ens ou

royaume de France. Si vinrent et prisent soudainnement

5en Campagne le fort chastiel de Genville et très

grant avoir dedens que on y avoit assamblé de tout

le pays d’environ sus le fiance dou fort lieu. Et quant

ces Compagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bien

estoit prisiés à cent mil frans, il le departirent entre

10yaus tant qu’il peut durer. Et tinrent le chastiel un

temps; et coururent et gastèrent tout le pays de

Champagne, l’evesqué de Vredun, de Toul et de

Lengres. Et quant il eurent assés pilliet, il passèrent

oultre, mès il vendirent ançois le chastiel de Genville

15à chiaus dou pays et en eurent vingt mil

frans.

Et puis entrèrent en Bourgongne et là s’en vinrent

esbatre et reposer et rafreschir, en attendant l’un

l’autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais,

20car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiers

dou pays qui les menoient et conduisoient. Si

se tinrent un grant temps entours Besençon, Digon

et Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n’aloit

au devant. Et prisent le bonne ville de Givri en

25Biaunois et le robèrent et pillièrent toute, et se tinrent

là un temps et entours Vregi pour le cause dou

cras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres, car

cil qui se partoient des forterèces et lesquels leur

mestre donnoient congiet, se traioient tous celle part.

30Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans.

Quant il se trouvèrent si grant nombre, il ordonnèrent

et establirent entre yaus pluiseurs chapitainnes

[62]à qui il obeirent dou tout. Si vous en

nommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yaus

estoit uns chevaliers de Gascongne, qui s’appelloit

messires Segins de Batefol: cilz avoit de se route

5bien deux mil combatans. Encores y estoient Talbart

Talbardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Meschin,

Batillier, Hanekin François, le Bourch Camus,

le Bourc de Lespare, Naudon de Bagherant, le

Bourch de Bretueil, Lamit, Hagre l’Escot, Albrest,

10Ourri l’Alemant, Bourduelle, Bernart de la Sale, Robert

Briket, Carsuelle, Ainmenion d’Ortige, Garsiot

dou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salle

et pluiseurs aultres.

Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi quaresme,

15qu’il se trairoient vers Avignon et iroient

veoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre et

entrèrent en le conté de Mascons et s’adrecièrent

pour venir en le conté de Forès, ce bon cras pays,

et vers Lyons sus le Rosne.

20§492. Li rois de France entendi ces nouvellesque ces Compagnes monteplioient ensi, qui gastoientet essilloient son royaume: si en fu durement courouciés;car il li fu dit et remoustré par grant especialitéde conseil que ces Compagnes poroient si25montepliier que ilz feroient plus de mauls et de villainsfais ou royaume de France, ensi que ja faisoient,que li guerre des Englès n’euist fait. Si eut avis etconseil li dis rois que d’envoiier contre yaus et combatre.Si en escrisi li rois de France especiaument et30souverainnement devers son cousin, monsigneurJakemon de Bourbon, qui se tenoit adonc en le ville[63]de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsigneurJehan Chandos en le saisine et possession depluiseurs terres, cités, villes et chastiaus de la ducéde Ghiane, si comme ci dessus est contenu. Et li5mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre cesCompagnes et presist tant de gens d’armes de touscostés que il fust fors assés pour yaus combatre.Quant messires Jakemes de Bourbon entendi cesnouvelles, il s’avala incontinent vers Avignon sans10faire nulle part point d’arrest. Et envoioit partoutlettres et messages en priant et commandant les nobles,chevaliers et escuiers, ou nom dou roy deFrance, que il traisissent avant devers Lyons sus leRosne, car il voloit ces males gens combatre. Li dis15messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés desgentilz hommes parmi le royaume de France quecescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoientchevalier et escuier de tous costés, d’Auvergne, deLimozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufiné20de Viane. Et d’autre part ossi revenoient grant fuisonde chevaliers et d’escuiers de la ducé et de la contéde Bourgongne, que li jones dus de Bourgongne yenvoioit. Si se traioient toutes ces gens d’armes etpassoient oultre, ensi qu’il venoient, devers Lyons sus25le Rosne et en le conté de Mascons. Si s’en vint messiresJakemes de Bourbon en le conté de Forès dontla contesse de Forès sa suer estoit dame de par sesenfans, car li contes de Forès ses maris estoit nouvellementtrespassés. Et gouvrenoit pour le temps30d’adonc messires Renaulz de Forès, frères au ditconte, la conté de Forès, liquelz recueilla le ditmonsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et[64]là estoient si doi neveu, et neveu ossi à monsigneurJakemon, à qui il les representa moult doucement.Li dis messires Jakemes les reçut moult bellement etles mist dalés lui pour chevaucier et yaus armer et5pour aidier à deffendre leur pays, car les Compagnestiroient à venir celle part.

20§492. Li rois de France entendi ces nouvelles

que ces Compagnes monteplioient ensi, qui gastoient

et essilloient son royaume: si en fu durement courouciés;

car il li fu dit et remoustré par grant especialité

de conseil que ces Compagnes poroient si

25montepliier que ilz feroient plus de mauls et de villains

fais ou royaume de France, ensi que ja faisoient,

que li guerre des Englès n’euist fait. Si eut avis et

conseil li dis rois que d’envoiier contre yaus et combatre.

Si en escrisi li rois de France especiaument et

30souverainnement devers son cousin, monsigneur

Jakemon de Bourbon, qui se tenoit adonc en le ville

[63]de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsigneur

Jehan Chandos en le saisine et possession de

pluiseurs terres, cités, villes et chastiaus de la ducé

de Ghiane, si comme ci dessus est contenu. Et li

5mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre ces

Compagnes et presist tant de gens d’armes de tous

costés que il fust fors assés pour yaus combatre.

Quant messires Jakemes de Bourbon entendi ces

nouvelles, il s’avala incontinent vers Avignon sans

10faire nulle part point d’arrest. Et envoioit partout

lettres et messages en priant et commandant les nobles,

chevaliers et escuiers, ou nom dou roy de

France, que il traisissent avant devers Lyons sus le

Rosne, car il voloit ces males gens combatre. Li dis

15messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés des

gentilz hommes parmi le royaume de France que

cescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoient

chevalier et escuier de tous costés, d’Auvergne, de

Limozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufiné

20de Viane. Et d’autre part ossi revenoient grant fuison

de chevaliers et d’escuiers de la ducé et de la conté

de Bourgongne, que li jones dus de Bourgongne y

envoioit. Si se traioient toutes ces gens d’armes et

passoient oultre, ensi qu’il venoient, devers Lyons sus

25le Rosne et en le conté de Mascons. Si s’en vint messires

Jakemes de Bourbon en le conté de Forès dont

la contesse de Forès sa suer estoit dame de par ses

enfans, car li contes de Forès ses maris estoit nouvellement

trespassés. Et gouvrenoit pour le temps

30d’adonc messires Renaulz de Forès, frères au dit

conte, la conté de Forès, liquelz recueilla le dit

monsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et

[64]là estoient si doi neveu, et neveu ossi à monsigneur

Jakemon, à qui il les representa moult doucement.

Li dis messires Jakemes les reçut moult bellement et

les mist dalés lui pour chevaucier et yaus armer et

5pour aidier à deffendre leur pays, car les Compagnes

tiroient à venir celle part.

§493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui setenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournuset tout là en ce bon pays et cras, entendirent que li10François se recueilloient et assambloient pour yauscombatre, si se traisent les chapitainnes tout ensamblepour avoir avis et conseil comment il se maintenroient.Si nombrèrent entre yaus leurs gens etleurs routes et trouvèrent qu’il estoient environ seize15mil combatans, uns c’autres. Si disent ensi entreyaus: «Nous irons contre ces François qui nous desirentà trouver et les combaterons à nostre avantage,se nous poons, ne mies aultrement. S’aventure donneque li fortune soit pour nous, nous serons tout riche20et recouvré pour un grant temps, tant en bons prisonniersque nous prenderons que en ce que nousserons si redoubté où nous irons que nus ne se metteracontre nous; et se nous perdons, nous seronspaiiet de nos gages.»25Cilz pourpos fu entre yaus tenus et arrestés. Si sedeslogièrent et montèrent contremont par devers lesmontagnes pour entrer en le conté de Forès et venirsus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur cheminune bonne ville qui s’appelle Chierleu, dou bailliage30de Mascons; si l’environnèrent et assallirent fortementet se misent en grant painne dou prendre. Et[65]y furent à l’assaut un jour tout entier, mès riens n’ifisent, car elle fu bien gardée et bien deffendue desgentilz hommes dou pays qui s’i estoient retrait:aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et5s’espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeuqui marcist illuech, et y fisent moult de maulz. Etpuis tantost entrèrent en l’arcevesquié de Lyons; etensi qu’il aloient et cheminoient, il prendoient petisfors où il se logoient et fisent moult de destourbiers10partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel, etle signeur et la dame dedens, qui s’appelle Brinay, àtrois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent ilet arrestèrent, car il entendirent que li François estoienttout trait sus les camps et apparillié pour yaus15combatre.

§493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui se

tenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournus

et tout là en ce bon pays et cras, entendirent que li

10François se recueilloient et assambloient pour yaus

combatre, si se traisent les chapitainnes tout ensamble

pour avoir avis et conseil comment il se maintenroient.

Si nombrèrent entre yaus leurs gens et

leurs routes et trouvèrent qu’il estoient environ seize

15mil combatans, uns c’autres. Si disent ensi entre

yaus: «Nous irons contre ces François qui nous desirent

à trouver et les combaterons à nostre avantage,

se nous poons, ne mies aultrement. S’aventure donne

que li fortune soit pour nous, nous serons tout riche

20et recouvré pour un grant temps, tant en bons prisonniers

que nous prenderons que en ce que nous

serons si redoubté où nous irons que nus ne se mettera

contre nous; et se nous perdons, nous serons

paiiet de nos gages.»

25Cilz pourpos fu entre yaus tenus et arrestés. Si se

deslogièrent et montèrent contremont par devers les

montagnes pour entrer en le conté de Forès et venir

sus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur chemin

une bonne ville qui s’appelle Chierleu, dou bailliage

30de Mascons; si l’environnèrent et assallirent fortement

et se misent en grant painne dou prendre. Et

[65]y furent à l’assaut un jour tout entier, mès riens n’i

fisent, car elle fu bien gardée et bien deffendue des

gentilz hommes dou pays qui s’i estoient retrait:

aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et

5s’espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeu

qui marcist illuech, et y fisent moult de maulz. Et

puis tantost entrèrent en l’arcevesquié de Lyons; et

ensi qu’il aloient et cheminoient, il prendoient petis

fors où il se logoient et fisent moult de destourbiers

10partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel, et

le signeur et la dame dedens, qui s’appelle Brinay, à

trois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent il

et arrestèrent, car il entendirent que li François estoient

tout trait sus les camps et apparillié pour yaus

15combatre.

§494. Ces gens d’armes, assamblés avoech monsigneurJakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyonssus le Rosne et là environ, entendirent que les Compagnesapproçoient durement et avoient pris le ville20de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient etexilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nouvellesà monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tantque il avoit en gouvrenance le conté de Forès, laterre à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si25se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison debonnes gens d’armes, chevaliers et escuiers, etchevaucièrent par devers les ennemis et envoiièrentleurs coureurs devant pour savoir quels gens il trouveroient.30Or vous dirai le grant malisse des Compagnes: ilestoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet[66]desous, [en lieu[401]] où on ne les pooit aviser ne approcier,la droite moitié de leurs gens et les mieus àharnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout defait aviset, approcier si priès d’yaus que il les euissent5bien, se il volsissent. Et retournèrent cil sansdamage devers monsigneur Jakemon de Bourbon etle viconte d’Usès et messire Renault de Forès et lessigneurs qui là les avoient envoiiés. Si en recordèrentau plus priès qu’il peurent de ce que il avoient10veu et disent ensi: «Nous avons veu les Compagnesrengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé ànostre loyal pooir; mais, tout consideré, il ne sontnon plus de cinq ou de six mil hommes là environ,et encores sont il si mal armé que merveilles.»15Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport,si dist à l’Arceprestre qui estoit assés priès de lui:«Archeprestre, vous m’aviés dit qu’il estoient bienquinze mil combatans, et vous oés tout le contraire.»—«Sire, respondi li Arceprestres, encores n’en y20cuide jou mies mains; et se il n’i sont, Diex y aitpart! C’est tout pour nous, si regardés que vousvolés faire.»—«En nom Dieu, respondi messiresJakemes de Bourbon, nous les irons combatre ounom de Dieu et de saint Jorge.»25Là fist li dis messires Jakemes arrester sus lescamps toutes ses banières et ses pennons et ordonnases batailles et mist en très bon arroy ensi que pourtantost combatre, car il veoient leurs ennemis devantyaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers: premierement30son ainsné fil messire Pière, et leva banière,[67]et son neveu le jone conte de Forès, et levabanière ossi, et le signeur de Villars et de Rousseillon,et leva banière, et li sires de Tournon, et li siresde Montelimar et li sires de Groulée, de le Daufiné.5Là estoient messires Robers et messires Loeis deBiaugeu, [messires Loys[402]] de Chalon, messires Hugesde Viane, li vicontes d’Uzès et pluiseurs bons chevalierset escuiers de là environ, qui tout se desiroientà avancier pour honneur, et ruer ces Compagnes10jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fuordonnés li Arceprestres, qui s’appelloit messires Renaulzde Cervole, à gouvrener la première bataille etl’entreprist volentiers, car il fu hardis et appers chevaliersdurement et avoit en se route plus de quinze15cens combatans.Ces gens de Compagnes, qui estoient en une montagne,veoient trop bien l’ordenance et le couvenantdes François, mès on ne pooit veoir le leur ne yausapprocier, fors à meschief et à dangier. Et estoient sus20une montagne où il avoit plus de mil charetées derons cailliaus: ce leur fist trop d’avantage et de pourfit,je vous dirai par quel manière. Ces gens d’armes deFrance, qui les desiroient et voloient combatre, commentqu’il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier,25s’il ne costioient celle montagne où il estoient toutaresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cild’amont qui estoient tout avisé de leur fait et pourveucescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne lescouvenoit que baissier et prendre, commencièrent à30jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui[68]les approçoient, qu’il effondroient bacinès, com forsqu’il [fussent, et navroient et mehaignoient telementgens d’armes que nuls ne pooit ne osoit aler nepasser avant, com bien que targiés il[403]fust. Et fu ceste5première bataille si foulée que onques depuis ne sepeut bonnement aidier. Adonc au secours approcièrentles aultres batailles, messires Jakemes de Bourbon,ses filz et ses neveus, et leurs banières et grantfuison de bonnes gens qui tout s’aloient perdre, dont10ce fu damages et pités que il n’ouvrèrent par plusgrant avis et milleur conseil.Bien avoient dit li Arceprestres et aucun chevalieranciien qui là estoient que on aloit combatreles Compagnes en trop grant peril ou parti où il15se tenoient et que on se souffresist tant que on leseuist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si lesaroit on plus aise; mais il n’en peurent onquesestre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon etli aultre signeur, banières et pennons devant yaus,20approçoient et costioient celle montagne, li plusnice et li pis armé des Compagnes les afoloient, caril jettoient si roit et si ouniement ces pières et cescailliaus sus ces gens d’armes qu’il n’i avoit sihardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et25quant il les eurent tenus en tel estat et bien batusune grande espasse, leur grosse bataille fresce etnouvelle vinrent autour de celle montagne et trouvèrentune aultre voie, et estoient ossi drut et ossiserré comme une brousse. Et avoient leurs lances30toutes recopées à le mesure de six piés ou environ,[69]et puis s’en vinrent en cel estat de grant volenté,en escriant d’une vois: «Saint George!» ferir ences François. Si en reversèrent à celle premièreempainte pluiseurs par terre. Là eut grant riflic et5grant touellis des uns et des aultres. Et se abandonnoientet combatoient ces Compagnes si très hardiementque merveilles seroit à penser, et reculèrent lesFrançois. Et là fu li Arceprestres bien bons chevalierset vaillamment se combati, mès il fu si entrepris10et si menés par force d’armes que durement funavrés et bleciés et retenus à prisonnier, et pluiseurchevalier et escuier de se route.Que vous feroi je lonch parlement de celle besongne?Li François en eurent le pieur, et y fu durement15navrés messires Jakemes de Bourbon, et ossifu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jonescontes de Forès et pris messires Renaulz de Forèsses oncles, li vicontes d’Usès, messires Robers de Biaugeu,messires Loeis de Chalon et plus de cent chevaliers.20Encores à grant dur furent raporté en lecité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes deBourbon et messires Pières ses filz. Ceste bataille deBrinay fu l’an de grasce Nostre Signeur mil troiscens soissante et un, le venredi apriès les Grandes25Paskes.

§494. Ces gens d’armes, assamblés avoech monsigneur

Jakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyons

sus le Rosne et là environ, entendirent que les Compagnes

approçoient durement et avoient pris le ville

20de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient et

exilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nouvelles

à monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tant

que il avoit en gouvrenance le conté de Forès, la

terre à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si

25se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison de

bonnes gens d’armes, chevaliers et escuiers, et

chevaucièrent par devers les ennemis et envoiièrent

leurs coureurs devant pour savoir quels gens il trouveroient.

30Or vous dirai le grant malisse des Compagnes: il

estoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet

[66]desous, [en lieu[401]] où on ne les pooit aviser ne approcier,

la droite moitié de leurs gens et les mieus à

harnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout de

fait aviset, approcier si priès d’yaus que il les euissent

5bien, se il volsissent. Et retournèrent cil sans

damage devers monsigneur Jakemon de Bourbon et

le viconte d’Usès et messire Renault de Forès et les

signeurs qui là les avoient envoiiés. Si en recordèrent

au plus priès qu’il peurent de ce que il avoient

10veu et disent ensi: «Nous avons veu les Compagnes

rengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé à

nostre loyal pooir; mais, tout consideré, il ne sont

non plus de cinq ou de six mil hommes là environ,

et encores sont il si mal armé que merveilles.»

15Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport,

si dist à l’Arceprestre qui estoit assés priès de lui:

«Archeprestre, vous m’aviés dit qu’il estoient bien

quinze mil combatans, et vous oés tout le contraire.»

—«Sire, respondi li Arceprestres, encores n’en y

20cuide jou mies mains; et se il n’i sont, Diex y ait

part! C’est tout pour nous, si regardés que vous

volés faire.»—«En nom Dieu, respondi messires

Jakemes de Bourbon, nous les irons combatre ou

nom de Dieu et de saint Jorge.»

25Là fist li dis messires Jakemes arrester sus les

camps toutes ses banières et ses pennons et ordonna

ses batailles et mist en très bon arroy ensi que pour

tantost combatre, car il veoient leurs ennemis devant

yaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers: premierement

30son ainsné fil messire Pière, et leva banière,

[67]et son neveu le jone conte de Forès, et leva

banière ossi, et le signeur de Villars et de Rousseillon,

et leva banière, et li sires de Tournon, et li sires

de Montelimar et li sires de Groulée, de le Daufiné.

5Là estoient messires Robers et messires Loeis de

Biaugeu, [messires Loys[402]] de Chalon, messires Huges

de Viane, li vicontes d’Uzès et pluiseurs bons chevaliers

et escuiers de là environ, qui tout se desiroient

à avancier pour honneur, et ruer ces Compagnes

10jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fu

ordonnés li Arceprestres, qui s’appelloit messires Renaulz

de Cervole, à gouvrener la première bataille et

l’entreprist volentiers, car il fu hardis et appers chevaliers

durement et avoit en se route plus de quinze

15cens combatans.

Ces gens de Compagnes, qui estoient en une montagne,

veoient trop bien l’ordenance et le couvenant

des François, mès on ne pooit veoir le leur ne yaus

approcier, fors à meschief et à dangier. Et estoient sus

20une montagne où il avoit plus de mil charetées de

rons cailliaus: ce leur fist trop d’avantage et de pourfit,

je vous dirai par quel manière. Ces gens d’armes de

France, qui les desiroient et voloient combatre, comment

qu’il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier,

25s’il ne costioient celle montagne où il estoient tout

aresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cil

d’amont qui estoient tout avisé de leur fait et pourveu

cescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne les

couvenoit que baissier et prendre, commencièrent à

30jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui

[68]les approçoient, qu’il effondroient bacinès, com fors

qu’il [fussent, et navroient et mehaignoient telement

gens d’armes que nuls ne pooit ne osoit aler ne

passer avant, com bien que targiés il[403]fust. Et fu ceste

5première bataille si foulée que onques depuis ne se

peut bonnement aidier. Adonc au secours approcièrent

les aultres batailles, messires Jakemes de Bourbon,

ses filz et ses neveus, et leurs banières et grant

fuison de bonnes gens qui tout s’aloient perdre, dont

10ce fu damages et pités que il n’ouvrèrent par plus

grant avis et milleur conseil.

Bien avoient dit li Arceprestres et aucun chevalier

anciien qui là estoient que on aloit combatre

les Compagnes en trop grant peril ou parti où il

15se tenoient et que on se souffresist tant que on les

euist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si les

aroit on plus aise; mais il n’en peurent onques

estre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon et

li aultre signeur, banières et pennons devant yaus,

20approçoient et costioient celle montagne, li plus

nice et li pis armé des Compagnes les afoloient, car

il jettoient si roit et si ouniement ces pières et ces

cailliaus sus ces gens d’armes qu’il n’i avoit si

hardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et

25quant il les eurent tenus en tel estat et bien batus

une grande espasse, leur grosse bataille fresce et

nouvelle vinrent autour de celle montagne et trouvèrent

une aultre voie, et estoient ossi drut et ossi

serré comme une brousse. Et avoient leurs lances

30toutes recopées à le mesure de six piés ou environ,

[69]et puis s’en vinrent en cel estat de grant volenté,

en escriant d’une vois: «Saint George!» ferir en

ces François. Si en reversèrent à celle première

empainte pluiseurs par terre. Là eut grant riflic et

5grant touellis des uns et des aultres. Et se abandonnoient

et combatoient ces Compagnes si très hardiement

que merveilles seroit à penser, et reculèrent les

François. Et là fu li Arceprestres bien bons chevaliers

et vaillamment se combati, mès il fu si entrepris

10et si menés par force d’armes que durement fu

navrés et bleciés et retenus à prisonnier, et pluiseur

chevalier et escuier de se route.

Que vous feroi je lonch parlement de celle besongne?

Li François en eurent le pieur, et y fu durement

15navrés messires Jakemes de Bourbon, et ossi

fu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jones

contes de Forès et pris messires Renaulz de Forès

ses oncles, li vicontes d’Usès, messires Robers de Biaugeu,

messires Loeis de Chalon et plus de cent chevaliers.

20Encores à grant dur furent raporté en le

cité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes de

Bourbon et messires Pières ses filz. Ceste bataille de

Brinay fu l’an de grasce Nostre Signeur mil trois

cens soissante et un, le venredi apriès les Grandes

25Paskes.


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