[113]§515. Ensi eurent li François et li Navarois cognissanceli uns de l’autre, par le raport des deuxhiraus; si se consillièrent et avisèrent sur ce et seradrecièrent ensi que pour trouver l’un l’autre. Quant5li captaus eut oy dire à Faucon quel nombre de gensd’armes li François estoient et qu’il estoient bienquinze cens, il envoia tantost certains messages en lecité d’Evrues, devers le chapitainne, en lui segnefiantque il fesist vuidier et partir toutes manières de jones10compagnons armerés dont on se pooit aidier, ettraire devers Cocheriel; car il pensoit bien que là encel endroit trouveroit il les François, et sans faute,quel part qu’il les trouvast, il les combateroit. Quantces nouvelles vinrent en le cité d’Evrues à monsigneur15Legier d’Orgesi, il le fist criier et publiier, etcommanda estroitement que tout cil qui à cevalestoient, incontinent se traissent devers le captal. Sien partirent de recief plus de six vingt, tous jonescompagnons, de le nation de le ville.20Ce merkedi, se loga à heure de nonne li captaus susune montagne, et ses gens tout environ; et li Françoisqui les desiroient à trouver, chevaucièrent avantet tant qu’il vinrent sus une rivière que on claime oupays Yton, et keurt autour devers Evrues et nest de25bien priès de Konces; si se logièrent ce merkedi toutaisiement, à heure de relevée, ens uns biaus prés toutdou lonch ceste rivière.Le joedi au matin, se deslogièrent li Navarois, etenvoiièrent leurs coureurs devant, pour savoir se il30oroient nulles nouvelles des François; et li Françoisenvoiièrent ossi les leurs, pour savoir se il oroientnulles telles nouvelles des Navarois. Si en raportèrent[114]cescuns à se partie, en mains d’espasse que de deuxliewes, certainnes nouvelles; et chevauçoient li Navarois,ensi que Faucons les menoit, droit à l’adrèce,le chemin qu’il estoit venus. Si vinrent environ heure5de prime sus les plains de Coceriel, et veirent lesFrançois devant yaus, qui ja ordonnoient leurs batailles,et y avoit grant fuison de banières et de pennons,et estoient par samblant plus tant et demi qu’ilne fuissent.10Si se arrestèrent li dit Navarois tout quoi au dehorsd’un petit bos qui là siet, et puis se traisent avant leschapitainnes et se misent en ordenance. Premierement,il fisent trois batailles bien et faiticement toutà piet, et envoiièrent leurs chevaus, leurs males et15leurs garçons en ce petit bois qui estoit dalés yaus, etestablirent monsigneur Jehan Jeuiel en le premièrebataille, et li ordonnèrent tous les Englès, hommesd’armes et arciers. La seconde eut li captaus, etpooient estre en se bataille environ quatre cens20combatans, uns c’autres. Si estoient dalés le captal lisires de Saus en Navare, uns jones chevaliers, et sebanière, et messires Guillaumes de Gauville et messiresPierres de Sakenville. La tierce eurent troiaultre chevalier, messires li bascles de Marueil, messires25Bertrans dou Franc et messires Sanses Lopins,et estoient ossi environ quatre cens armeures de fier.Quant il eurent ordonné leurs batailles, il ne s’eslongièrentpoint trop lonch l’un de l’autre, et prisentl’avantage d’une montagne qui estoit à le droite30main entre le bois et yaus, et se rengièrent tout defront sus celle montagne par devant leurs ennemis.Et misent encores, par grant avis, le pennon dou[115]captal en un fort buisson espinerés, et ordonnèrentlà autour soissante armeures de fier pour le garderet deffendre. Et le fisent par manière d’estandartpour yaus ralloiier, se par force d’armes il estoient5espars; et ordonnèrent encores que point ne se devoientpartir ne descendre de le montagne pour cosequi avenist, mès, se on les voloit combatre, on lesalast là querre.
[113]§515. Ensi eurent li François et li Navarois cognissance
li uns de l’autre, par le raport des deux
hiraus; si se consillièrent et avisèrent sur ce et se
radrecièrent ensi que pour trouver l’un l’autre. Quant
5li captaus eut oy dire à Faucon quel nombre de gens
d’armes li François estoient et qu’il estoient bien
quinze cens, il envoia tantost certains messages en le
cité d’Evrues, devers le chapitainne, en lui segnefiant
que il fesist vuidier et partir toutes manières de jones
10compagnons armerés dont on se pooit aidier, et
traire devers Cocheriel; car il pensoit bien que là en
cel endroit trouveroit il les François, et sans faute,
quel part qu’il les trouvast, il les combateroit. Quant
ces nouvelles vinrent en le cité d’Evrues à monsigneur
15Legier d’Orgesi, il le fist criier et publiier, et
commanda estroitement que tout cil qui à ceval
estoient, incontinent se traissent devers le captal. Si
en partirent de recief plus de six vingt, tous jones
compagnons, de le nation de le ville.
20Ce merkedi, se loga à heure de nonne li captaus sus
une montagne, et ses gens tout environ; et li François
qui les desiroient à trouver, chevaucièrent avant
et tant qu’il vinrent sus une rivière que on claime ou
pays Yton, et keurt autour devers Evrues et nest de
25bien priès de Konces; si se logièrent ce merkedi tout
aisiement, à heure de relevée, ens uns biaus prés tout
dou lonch ceste rivière.
Le joedi au matin, se deslogièrent li Navarois, et
envoiièrent leurs coureurs devant, pour savoir se il
30oroient nulles nouvelles des François; et li François
envoiièrent ossi les leurs, pour savoir se il oroient
nulles telles nouvelles des Navarois. Si en raportèrent
[114]cescuns à se partie, en mains d’espasse que de deux
liewes, certainnes nouvelles; et chevauçoient li Navarois,
ensi que Faucons les menoit, droit à l’adrèce,
le chemin qu’il estoit venus. Si vinrent environ heure
5de prime sus les plains de Coceriel, et veirent les
François devant yaus, qui ja ordonnoient leurs batailles,
et y avoit grant fuison de banières et de pennons,
et estoient par samblant plus tant et demi qu’il
ne fuissent.
10Si se arrestèrent li dit Navarois tout quoi au dehors
d’un petit bos qui là siet, et puis se traisent avant les
chapitainnes et se misent en ordenance. Premierement,
il fisent trois batailles bien et faiticement tout
à piet, et envoiièrent leurs chevaus, leurs males et
15leurs garçons en ce petit bois qui estoit dalés yaus, et
establirent monsigneur Jehan Jeuiel en le première
bataille, et li ordonnèrent tous les Englès, hommes
d’armes et arciers. La seconde eut li captaus, et
pooient estre en se bataille environ quatre cens
20combatans, uns c’autres. Si estoient dalés le captal li
sires de Saus en Navare, uns jones chevaliers, et se
banière, et messires Guillaumes de Gauville et messires
Pierres de Sakenville. La tierce eurent troi
aultre chevalier, messires li bascles de Marueil, messires
25Bertrans dou Franc et messires Sanses Lopins,
et estoient ossi environ quatre cens armeures de fier.
Quant il eurent ordonné leurs batailles, il ne s’eslongièrent
point trop lonch l’un de l’autre, et prisent
l’avantage d’une montagne qui estoit à le droite
30main entre le bois et yaus, et se rengièrent tout de
front sus celle montagne par devant leurs ennemis.
Et misent encores, par grant avis, le pennon dou
[115]captal en un fort buisson espinerés, et ordonnèrent
là autour soissante armeures de fier pour le garder
et deffendre. Et le fisent par manière d’estandart
pour yaus ralloiier, se par force d’armes il estoient
5espars; et ordonnèrent encores que point ne se devoient
partir ne descendre de le montagne pour cose
qui avenist, mès, se on les voloit combatre, on les
alast là querre.
§516. Tout ensi ordonné et rengié se tenoient10Navarois et Englès, d’un costé, sus le montagne queje vous di. Entrues ordonnoient li François leurs batailles,et en fisent trois et une arrière garde. Lapremière eut messires Bertrans de Claiekin à tout lesBretons, et fu ordonnés pour assambler à le bataille15dou captal. La seconde [eut li contes d’Auçoirre: siestoient avecques lui gouverneurs de celle bataille[410]] liviscontes de Byaumont et messires Bauduins d’Anekins,mestres des arbalestriers, et eurent avoech yausles François, les Normans et les Pikars, monsigneur20Oudart de Renti, monsigneur Engherant d’Uedin,monsigneur Loeis de Haveskierkes et pluiseurs aultresbons chevaliers et escuiers. La tierce eut li Arceprestreset les Bourghegnons avoech lui, monsigneurLoeis de Chalon, le signeur de Biaugeu, monsigneur25Jehan de Viane, monsigneur Gui de Frelai, monsigneurHughe de Viane et pluiseurs aultres; et devoitassambler ceste bataille au bascle de Marueil et à seroute. Et l’autre bataille qui estoit pour arrière garde,[116]estoit toute purainne de Gascons, desquelz messiresAymenions de Pumiers, messires li soudis de Lestrade,messires Perducas de Labreth et messires Petitonde Courton furent souverain et meneur.5Or eurent là cil chevalier gascon un grant avis; ilimaginèrent tantost l’ordenance dou captal et commentcil de son lés avoient mis et assis son pennon susun buisson, et le gardoient aucun des leurs, car il envoloient faire leur estandart. Si disent ensi: «Il est de10necessité que, quant nos batailles seront assamblées,nous nos traions de fait et adreçons de grant volentédroit au pennon le captal, et nous mettons en painnedou conquerre; se nous le poons avoir, nostre ennemien perderont moult de leur force et seront en15peril de estre desconfi.» Encores avisèrent cil ditGascon une aultre ordenance qui leur fu moult pourfitableetquileur parfist leur journée.
§516. Tout ensi ordonné et rengié se tenoient
10Navarois et Englès, d’un costé, sus le montagne que
je vous di. Entrues ordonnoient li François leurs batailles,
et en fisent trois et une arrière garde. La
première eut messires Bertrans de Claiekin à tout les
Bretons, et fu ordonnés pour assambler à le bataille
15dou captal. La seconde [eut li contes d’Auçoirre: si
estoient avecques lui gouverneurs de celle bataille[410]] li
viscontes de Byaumont et messires Bauduins d’Anekins,
mestres des arbalestriers, et eurent avoech yaus
les François, les Normans et les Pikars, monsigneur
20Oudart de Renti, monsigneur Engherant d’Uedin,
monsigneur Loeis de Haveskierkes et pluiseurs aultres
bons chevaliers et escuiers. La tierce eut li Arceprestres
et les Bourghegnons avoech lui, monsigneur
Loeis de Chalon, le signeur de Biaugeu, monsigneur
25Jehan de Viane, monsigneur Gui de Frelai, monsigneur
Hughe de Viane et pluiseurs aultres; et devoit
assambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se
route. Et l’autre bataille qui estoit pour arrière garde,
[116]estoit toute purainne de Gascons, desquelz messires
Aymenions de Pumiers, messires li soudis de Lestrade,
messires Perducas de Labreth et messires Petiton
de Courton furent souverain et meneur.
5Or eurent là cil chevalier gascon un grant avis; il
imaginèrent tantost l’ordenance dou captal et comment
cil de son lés avoient mis et assis son pennon sus
un buisson, et le gardoient aucun des leurs, car il en
voloient faire leur estandart. Si disent ensi: «Il est de
10necessité que, quant nos batailles seront assamblées,
nous nos traions de fait et adreçons de grant volenté
droit au pennon le captal, et nous mettons en painne
dou conquerre; se nous le poons avoir, nostre ennemi
en perderont moult de leur force et seront en
15peril de estre desconfi.» Encores avisèrent cil dit
Gascon une aultre ordenance qui leur fu moult pourfitable
etquileur parfist leur journée.
§517. Assés tost apriès que li François eurent ordonnéesleurs batailles, li chief des signeurs se misent20ensamble et consillièrent [un grant temps[411]] comment ilse maintenroient; car il veoient leurs ennemis grandementsus leur avantage. Là disent li Gascon dessusnommet une parolle qui fu volentiers oye: «Signeur,nous savons bien que ou captal a un ossi preu et seur25chevalier et conforté de ses besongnes que on trouveroitaujourd’ui en toutes terres, et tant comme ilsera sus le place et pora entendre au combatre, ilnous portera trop grant damage; si ordonnons quenous mettons as chevaux trente des nostres, tous[117]des plus appers et plus hardis par avis, et cil trenten’entendent à aultre cose fors yaus adrecier deversle captal. Et entrues que nous entenderons à conquerreson pennon, il se metteront en painne, par5le force de leurs coursiers et de leurs bras, à desromprele priesse et de venir jusques au dit captal; et defait [il prenderont le captal[412]] et tourseront etl’emporteront entre yaus, et [menront[413]] à sauveté où quesoit, et ja n’i attenderont fin de bataille. Nous disons10ensi que, se il [puet[414]] estre pris ne retenus par cellevoie, la journée sera nostre, tant fort seront ses gensesbahi de sa prise.»Li chevalier de France et de Bretagne, qui là estoient,acordèrent ce conseil legierement et disent15que c’estoit uns bons avis et que ensi seroit fait. Sitriièrent et eslisirent tantost, entre leurs batailles,trente hommes d’armes des plus hardis et plus entreprendanspar avis, qui fuissent en leurs routes,et furent monté cil trente cescun sus bons coursiers,20les plus legiers et plus rades qui fuissent sus le place,et se traisent d’un lés sus les camps, avisé et enfourméquel cose il devoient faire, et li aultre demorèrenttout à piet sus les camps en [leur[415]] ordenance, ensiqu’il [devoient[416]] estre.
§517. Assés tost apriès que li François eurent ordonnées
leurs batailles, li chief des signeurs se misent
20ensamble et consillièrent [un grant temps[411]] comment il
se maintenroient; car il veoient leurs ennemis grandement
sus leur avantage. Là disent li Gascon dessus
nommet une parolle qui fu volentiers oye: «Signeur,
nous savons bien que ou captal a un ossi preu et seur
25chevalier et conforté de ses besongnes que on trouveroit
aujourd’ui en toutes terres, et tant comme il
sera sus le place et pora entendre au combatre, il
nous portera trop grant damage; si ordonnons que
nous mettons as chevaux trente des nostres, tous
[117]des plus appers et plus hardis par avis, et cil trente
n’entendent à aultre cose fors yaus adrecier devers
le captal. Et entrues que nous entenderons à conquerre
son pennon, il se metteront en painne, par
5le force de leurs coursiers et de leurs bras, à desrompre
le priesse et de venir jusques au dit captal; et de
fait [il prenderont le captal[412]] et tourseront et
l’emporteront entre yaus, et [menront[413]] à sauveté où que
soit, et ja n’i attenderont fin de bataille. Nous disons
10ensi que, se il [puet[414]] estre pris ne retenus par celle
voie, la journée sera nostre, tant fort seront ses gens
esbahi de sa prise.»
Li chevalier de France et de Bretagne, qui là estoient,
acordèrent ce conseil legierement et disent
15que c’estoit uns bons avis et que ensi seroit fait. Si
triièrent et eslisirent tantost, entre leurs batailles,
trente hommes d’armes des plus hardis et plus entreprendans
par avis, qui fuissent en leurs routes,
et furent monté cil trente cescun sus bons coursiers,
20les plus legiers et plus rades qui fuissent sus le place,
et se traisent d’un lés sus les camps, avisé et enfourmé
quel cose il devoient faire, et li aultre demorèrent
tout à piet sus les camps en [leur[415]] ordenance, ensi
qu’il [devoient[416]] estre.
25§518. Quant cil signeur de France eurent ordonnéà leur avis leurs batailles, et que cescuns savoit quel[118]cose il devoit faire, il regardèrent entre yaus etpourparlèrent longement quel cri pour le journée il crieroient,et à laquèle banière [ou pennon[417]] il se retrairoient.Si furent grant temps sus un estat que de5criier: «Nostre Dame! Auçoirre!» et de faire pource jour leur souverain dou conte d’Auçoirre. Mais lidis contes ne s’i volt onques acorder, ançois s’escusamoult bellement, en disant: «Signeur, grant mercisde l’onneur que vous me portés et volés faire; mais10tant comme à present je ne voeil pas ceste, car jesui encores trop jones pour encargier si grant fais ettèle honneur, et s’est la première journée arrestée oùje fui onques: pour quoi vous prenderés un aultre demoi. Ci sont pluiseur bon chevalier, monsigneur15Bertran [de Claquin[418]], monsigneur l’Arceprestre,monsigneur le Mestre[419], monsigneur Loeis de Chalonmonsigneur Aymenion de Pumiers, monsigneur Oudartde Renti, qui ont esté en pluiseurs grosses besongneset journées arrestées, et scèvent mieulz comment20telz besongnes se doivent gouvrener que je neface: si m’en deportés, et je vous en pri.»Adonc regardèrent tout li chevalier qui là estoientl’un l’autre, et li disent: «Contes d’Auçoirre, vousestes li plus grans de mise, de terre et de linage qui25ci soit; si poés bien et de droit estre nos chiés.»—«Certes,signeur, respondi il, vous dittes vostrecourtoisie: je serai aujourd’ui vos compains, etmorrai et viverai et attenderai l’aventure dalés vous;[119]mès de souverainneté n’i voeil je point avoir.» Adoncregardèrent il l’un par l’autre lequel donc il ordonneroient.Si y fu avisés et regardés pour le milleurchevalier de toute le place, et qui plus s’estoit combatus5de le main et qui mieulz savoit ossi commenttelz coses se devoient maintenir, messires Bertransde Claiekin. Si fu ordonné de commun acord queon crieroit: «Nostre Dame! Claiekin!» et que ons’ordonneroit celle journée dou tout par le dit monsigneur10Bertran.Toutes ces coses faites et establies, et cescunssires desous se banière ou sen pennon, il regardoientleurs ennemis qui estoient sus le tierne, et point nepartoient de leur fort, car il ne l’avoient mies en15conseil ne en volenté: dont moult anoioit as François,pour tant que [il les veoient grandement enleur avantage, et aussi que[420]] li solaus commençoithault à monter, qui leur estoit uns grans contraires;car il faisoit malement chaut. Si le ressongnoient20tout li plus seur; car encor estoient il tout enjun etn’avoient toursé ne porté vin ne vitaille avoechyaus, qui riens leur vausist, fors aucuns signeurs quiavoient petis flaconciaus plains de vin, qui tantostfurent vuidiet. Et point ne s’estoient de ce pourveu ne25avisé dou matin, pour ce que il se cuidoient tantostcombatre que il seroient là venu et sans arrest. Etnon fisent, ensi que il apparu; mès les detriièrent liEnglès et li Navarois par soutilleté ce qu’il peurent,et fu plus de remontière ançois que il se mesissent30ensamble pour combatre.[120]Quant li signeur de France en veirent le couvenant,il se remisent ensamble par manière de conseil,à savoir comment il se maintenroient et se onles iroit combatre ou non. A ce conseil n’estoient il5mies bien d’acort, car li aucun voloient que on lesalast requerre et combatre, comment qu’il fust, etque c’estoit grans blasmes pour yaus, quant tant ymettoient. Là debatoient li aucun mieulz avisé ceconseil, et disoient que, se on les aloit combatre10ens ou parti où il estoient et ensi aresté sus leuravantage, on se metteroit en très grant peril; cardes cinq il aroient les trois. Finablement, il ne pooientestre d’acort que [de[421]] yaus aler combatre. Bienveoient et consideroient li Navarois le manière d’yaus,15et disoient: «V[e]és les ci: il venront tantost à nouspour nous combatre; il en sont en grant frefel etgrant volenté.»Là avoit aucuns chevaliers et escuiers normans, prisonniersentre les Englès et Navarois, qui estoient recrus20sus leurs fois; et les laissoient paisieulement lormestre aler et chevaucier, pour tant qu’il ne se pooientarmer, deviers les François. Se disoient cil as signeursde France: «Signeur, avisés vous, car, se la journéed’ui se depart sans bataille, nostre ennemi seront demain25trop grandement reconforté; car on dist entreyaus que messires Loeis de Navare y doit venir à bientrois cens lances.» Siques ces parolles enclinoientgrandement les chevaliers et les escuiers de France àcombatre, comment qu’il fust, les Navarois. Et en30furent tout appareillié et ahati par trois ou par quatre[121]fois; mès toutdis vaincoient li plus sage et disoient:«Signeur, attendons encores un petit et veons commentil se maintenront; car il sont bien si grant etsi presumptueus que il nous desirent otant à combatre,5que nous faisons eulz.»Là en y avoit pluiseur durement foulés et malmenés,pour le grant caleur que il faisoit, car il estoitsus l’eure de nonne; si avoient juné toute la matinée,et estoient armé et feru dou soleil parmi leurs10armeures qui estoient escaufées. Si disoient bien cil:«Se nous nos alons combatre ne lasser contre cellemontagne, ou parti où nous sommes, nous seronsperdu d’avantage; mès retreons nous meshui ennostres logeis, et de matin arons nous aultre conseil.»15Ensi estoient il en diverses opinions.
25§518. Quant cil signeur de France eurent ordonné
à leur avis leurs batailles, et que cescuns savoit quel
[118]cose il devoit faire, il regardèrent entre yaus et
pourparlèrent longement quel cri pour le journée il crieroient,
et à laquèle banière [ou pennon[417]] il se retrairoient.
Si furent grant temps sus un estat que de
5criier: «Nostre Dame! Auçoirre!» et de faire pour
ce jour leur souverain dou conte d’Auçoirre. Mais li
dis contes ne s’i volt onques acorder, ançois s’escusa
moult bellement, en disant: «Signeur, grant mercis
de l’onneur que vous me portés et volés faire; mais
10tant comme à present je ne voeil pas ceste, car je
sui encores trop jones pour encargier si grant fais et
tèle honneur, et s’est la première journée arrestée où
je fui onques: pour quoi vous prenderés un aultre de
moi. Ci sont pluiseur bon chevalier, monsigneur
15Bertran [de Claquin[418]], monsigneur l’Arceprestre,
monsigneur le Mestre[419], monsigneur Loeis de Chalon
monsigneur Aymenion de Pumiers, monsigneur Oudart
de Renti, qui ont esté en pluiseurs grosses besongnes
et journées arrestées, et scèvent mieulz comment
20telz besongnes se doivent gouvrener que je ne
face: si m’en deportés, et je vous en pri.»
Adonc regardèrent tout li chevalier qui là estoient
l’un l’autre, et li disent: «Contes d’Auçoirre, vous
estes li plus grans de mise, de terre et de linage qui
25ci soit; si poés bien et de droit estre nos chiés.»—«Certes,
signeur, respondi il, vous dittes vostre
courtoisie: je serai aujourd’ui vos compains, et
morrai et viverai et attenderai l’aventure dalés vous;
[119]mès de souverainneté n’i voeil je point avoir.» Adonc
regardèrent il l’un par l’autre lequel donc il ordonneroient.
Si y fu avisés et regardés pour le milleur
chevalier de toute le place, et qui plus s’estoit combatus
5de le main et qui mieulz savoit ossi comment
telz coses se devoient maintenir, messires Bertrans
de Claiekin. Si fu ordonné de commun acord que
on crieroit: «Nostre Dame! Claiekin!» et que on
s’ordonneroit celle journée dou tout par le dit monsigneur
10Bertran.
Toutes ces coses faites et establies, et cescuns
sires desous se banière ou sen pennon, il regardoient
leurs ennemis qui estoient sus le tierne, et point ne
partoient de leur fort, car il ne l’avoient mies en
15conseil ne en volenté: dont moult anoioit as François,
pour tant que [il les veoient grandement en
leur avantage, et aussi que[420]] li solaus commençoit
hault à monter, qui leur estoit uns grans contraires;
car il faisoit malement chaut. Si le ressongnoient
20tout li plus seur; car encor estoient il tout enjun et
n’avoient toursé ne porté vin ne vitaille avoech
yaus, qui riens leur vausist, fors aucuns signeurs qui
avoient petis flaconciaus plains de vin, qui tantost
furent vuidiet. Et point ne s’estoient de ce pourveu ne
25avisé dou matin, pour ce que il se cuidoient tantost
combatre que il seroient là venu et sans arrest. Et
non fisent, ensi que il apparu; mès les detriièrent li
Englès et li Navarois par soutilleté ce qu’il peurent,
et fu plus de remontière ançois que il se mesissent
30ensamble pour combatre.
[120]Quant li signeur de France en veirent le couvenant,
il se remisent ensamble par manière de conseil,
à savoir comment il se maintenroient et se on
les iroit combatre ou non. A ce conseil n’estoient il
5mies bien d’acort, car li aucun voloient que on les
alast requerre et combatre, comment qu’il fust, et
que c’estoit grans blasmes pour yaus, quant tant y
mettoient. Là debatoient li aucun mieulz avisé ce
conseil, et disoient que, se on les aloit combatre
10ens ou parti où il estoient et ensi aresté sus leur
avantage, on se metteroit en très grant peril; car
des cinq il aroient les trois. Finablement, il ne pooient
estre d’acort que [de[421]] yaus aler combatre. Bien
veoient et consideroient li Navarois le manière d’yaus,
15et disoient: «V[e]és les ci: il venront tantost à nous
pour nous combatre; il en sont en grant frefel et
grant volenté.»
Là avoit aucuns chevaliers et escuiers normans, prisonniers
entre les Englès et Navarois, qui estoient recrus
20sus leurs fois; et les laissoient paisieulement lor
mestre aler et chevaucier, pour tant qu’il ne se pooient
armer, deviers les François. Se disoient cil as signeurs
de France: «Signeur, avisés vous, car, se la journée
d’ui se depart sans bataille, nostre ennemi seront demain
25trop grandement reconforté; car on dist entre
yaus que messires Loeis de Navare y doit venir à bien
trois cens lances.» Siques ces parolles enclinoient
grandement les chevaliers et les escuiers de France à
combatre, comment qu’il fust, les Navarois. Et en
30furent tout appareillié et ahati par trois ou par quatre
[121]fois; mès toutdis vaincoient li plus sage et disoient:
«Signeur, attendons encores un petit et veons comment
il se maintenront; car il sont bien si grant et
si presumptueus que il nous desirent otant à combatre,
5que nous faisons eulz.»
Là en y avoit pluiseur durement foulés et malmenés,
pour le grant caleur que il faisoit, car il estoit
sus l’eure de nonne; si avoient juné toute la matinée,
et estoient armé et feru dou soleil parmi leurs
10armeures qui estoient escaufées. Si disoient bien cil:
«Se nous nos alons combatre ne lasser contre celle
montagne, ou parti où nous sommes, nous serons
perdu d’avantage; mès retreons nous meshui en
nostres logeis, et de matin arons nous aultre conseil.»
15Ensi estoient il en diverses opinions.
§519. Quant li chevalier de France, qui ces gensavoient sus leur honneur à conduire et à gouvrener,veirent que li Navarois et li Englès d’une sorte nepartiroient point de leur fort, et que il estoit [ja[422]] haute20nonne, et si ooient les parolles que li prisonnierfrançois qui venoient de l’ost des Navarois, leur disoient,et si veoient le grigneur partie de leurs gensdurement foulé et travilliet pour le chaut, si leurtournoit à grant desplaisance. Si se remisent ensamble25et eurent aultre conseil, par l’avis de monsigneurBertran de Claiekin, qui estoit leurs chiés et à qui ilobeissoient. «Signeur, dist il, nous veons que nostreennemi nous detrient à combatre, et si en sont engrant volenté, si com je l’espoir; mès point ne[122]descenderont de leur fort, se ce ne n’est par un partique je vous dirai. Nous ferons samblant de nous retraireet de non combatre meshui, ossi sont nos gensdurement foulé et travilliet pour le chaut; et ferons5tous nos varlès, nos harnois et nos chevaus passertout bellement et ordonneement outre ce pont etl’aigue et retraire à nos logeis, et toutdis nous tenronssus èle et entre nos batailles en agait, pour veoircomment il se maintenront. Se il nous desirent à10combatre, il descenderont de leur montagne et nousvenront requerre tout au plain. Tantost que nousverons leur couvenant, se il le font ensi, nous seronstout appareillié de retourner sus yaus, et ensi lesarons nous mieulz à nostre aise.» Cilz consaulz fu15arestés de tous, et le tinrent pour le milleur entre yaus.Adonc se retraist cescuns sires entre ses gens et dessousse banière ou son pennon, ensi comme il devoitestre, et puis sonnèrent leurs trompètes et fisentgrant samblant d’yaulz retraire; et commandèrent20tout chevalier et escuier et gens d’armes, leurs varlèset garçons à passer le pont et mettre oultre le rivièreleur harnas. Si en passèrent pluiseur en cel estat etpriès ensi que tout, et depuis aucunes gens d’armesfaintement.25Quant messires Jehans Jeuiel, qui estoit apperschevaliers et vighereus durement et qui avoit grantdesir des François combatre, perçut le manière commentil se retraioient, si dist au captal: «Sire, sire,descendons apertement; ne veés vous le manière30comment li François s’enfuient?» Dont respondi licaptaus et dist: «Messire Jehan, messire Jehan, necreés ja que si vaillant homme qu’il sont là, s’enfuient[123]ensi; il ne le font fors par malisse et pour nousattraire.» Adonc s’avança messires Jehans Jeuiaus,qui moult engrans estoit de combatre, et dist à ceulzde sa route, et en escriant: «Saint Jorge! Passés5avant! Qui m’aime, se me siewe: je m’en vois combatre.»Dont se hasta il, son glave en son poing, pardevant toutes les batailles, et estoit ja avalés jusde le montagne et une partie de ses gens, ançoisque li captaus se meuist. Quant messires li captaus10veit que c’estoit acertes et que Jehans Jeuiels’en aloit combatre sans lui, se le tint à grantpresumption, et dist à chiaus qui dalés lui estoient:«Alons, alons, descendons la montagne apertement;messires Jehans Jeuiaus ne se combatera point sans15mi.» Dont s’avancièrent toutes les gens dou captal,et ils premierement, son glave en son poing.Quant li François qui estoient en agait, les veirentdescendus et venus ou plain, si furent tout resjoy etdisent entre yaus: «Veci che que nous demandions20hui tout le jour.» Adonc retournèrent il tout à un fais,en grant volenté de recueillier leurs ennemis, etescriièrent d’une vois: «Nostre Dame! Claiekin!» Sidrecièrent leurs banières devers les Navarois, etcommencièrent les batailles à assambler de toutes pars,25et tout à piet. Evous monsigneur Jehan Jeuiel toutdevant, le glave ou poing, qui corageusement vintassambler à le bataille des Bretons, desquels messiresBertrans estoit chiés, et là fist tamainte grant apertised’armes, car il fu hardis chevaliers malement. Dont30s’espardirent ces batailles, cil chevalier et cil escuiersus ces plains, et commencièrent à lancier, à ferir et àfraper de toutes armeures, ensi que il les avoient à[124]main, et à entrer en l’un l’autre par vasselage, et yauscombatre de grant volenté. Là crioient li Englès et liNavarois d’un lés: «Saint Jorge! Navare!» et liFrançois: «Nostre Dame! Claiekin!» Là furent moult5bon chevalier, dou costet des François: premierementmessires Bertrans de Claiekin, li jones contes d’Auçoirre,li viscontes de Byaumont, messires Bauduinsd’Anekins, messires Loeis de Chalon, li jones sires deBiaugeu messires Anthones, qui là leva banière, messires10Loeis de Haveskierke, messires Oudars de Renti,messires Engherans d’Uedins; et d’autre part, li Gascon,qui avoient leur bataille et qui se combatoient àpar yaus: premierement messires Aymenions de Pumiers,messires Perducas de Labreth, messires li soudis15de Lestrade, messires Petiton de Courton et pluiseuraultre, tout d’une sorte. Et s’adrecièrent cilGascon à le bataille dou captal et des Gascons: ossiil avoient grant volenté d’yaus trouver. Là eut granthustin et dur puigneis, et fait tamainte grant apertise20d’armes.Et pour ce que en armes on ne doit point mentirà son loyal pooir, on me poroit demander que liArceprestres, qui là estoit uns grans chapitains etqui tenoit grant route, estoit devenus, pour ce que25je n’en fai nulle mention. Je vous en dirai le verité.Si tretost que li Arceprestres vei l’assamblementde le bataille et que on se combateroit, il sebouta hors des routes; mais il dist à ses gens et àcelui qui portoit se banière: «Je vous ordonne et30commande, sur quanques vous poés fourfaire enversmoy, que vous demorés et attendés fin de journée.Je me pars sans retourner, car je ne me puis hui[125]combatre ne estre armés contre aucuns chevaliersqui sont par delà; et, se on vous demande de mi, sien respondés ensi à chiaus qui en parleront.» Adoncse parti il, et uns siens escuiers tant seulement, et rapassa5le rivière et laissa les aultres couvenir. OnquesFrançois ne Breton ne s’en donnèrent garde, pourtant que il veoient ses gens et se banière jusques enle fin de le besongne, et le cuidoient dalés yaus. Orvous parlerons de le bataille, comment elle fu perseverée,10et des grans apertises d’armes qui y furent faitescelle journée, ensi que vous orés.
§519. Quant li chevalier de France, qui ces gens
avoient sus leur honneur à conduire et à gouvrener,
veirent que li Navarois et li Englès d’une sorte ne
partiroient point de leur fort, et que il estoit [ja[422]] haute
20nonne, et si ooient les parolles que li prisonnier
françois qui venoient de l’ost des Navarois, leur disoient,
et si veoient le grigneur partie de leurs gens
durement foulé et travilliet pour le chaut, si leur
tournoit à grant desplaisance. Si se remisent ensamble
25et eurent aultre conseil, par l’avis de monsigneur
Bertran de Claiekin, qui estoit leurs chiés et à qui il
obeissoient. «Signeur, dist il, nous veons que nostre
ennemi nous detrient à combatre, et si en sont en
grant volenté, si com je l’espoir; mès point ne
[122]descenderont de leur fort, se ce ne n’est par un parti
que je vous dirai. Nous ferons samblant de nous retraire
et de non combatre meshui, ossi sont nos gens
durement foulé et travilliet pour le chaut; et ferons
5tous nos varlès, nos harnois et nos chevaus passer
tout bellement et ordonneement outre ce pont et
l’aigue et retraire à nos logeis, et toutdis nous tenrons
sus èle et entre nos batailles en agait, pour veoir
comment il se maintenront. Se il nous desirent à
10combatre, il descenderont de leur montagne et nous
venront requerre tout au plain. Tantost que nous
verons leur couvenant, se il le font ensi, nous serons
tout appareillié de retourner sus yaus, et ensi les
arons nous mieulz à nostre aise.» Cilz consaulz fu
15arestés de tous, et le tinrent pour le milleur entre yaus.
Adonc se retraist cescuns sires entre ses gens et dessous
se banière ou son pennon, ensi comme il devoit
estre, et puis sonnèrent leurs trompètes et fisent
grant samblant d’yaulz retraire; et commandèrent
20tout chevalier et escuier et gens d’armes, leurs varlès
et garçons à passer le pont et mettre oultre le rivière
leur harnas. Si en passèrent pluiseur en cel estat et
priès ensi que tout, et depuis aucunes gens d’armes
faintement.
25Quant messires Jehans Jeuiel, qui estoit appers
chevaliers et vighereus durement et qui avoit grant
desir des François combatre, perçut le manière comment
il se retraioient, si dist au captal: «Sire, sire,
descendons apertement; ne veés vous le manière
30comment li François s’enfuient?» Dont respondi li
captaus et dist: «Messire Jehan, messire Jehan, ne
creés ja que si vaillant homme qu’il sont là, s’enfuient
[123]ensi; il ne le font fors par malisse et pour nous
attraire.» Adonc s’avança messires Jehans Jeuiaus,
qui moult engrans estoit de combatre, et dist à ceulz
de sa route, et en escriant: «Saint Jorge! Passés
5avant! Qui m’aime, se me siewe: je m’en vois combatre.»
Dont se hasta il, son glave en son poing, par
devant toutes les batailles, et estoit ja avalés jus
de le montagne et une partie de ses gens, ançois
que li captaus se meuist. Quant messires li captaus
10veit que c’estoit acertes et que Jehans Jeuiel
s’en aloit combatre sans lui, se le tint à grant
presumption, et dist à chiaus qui dalés lui estoient:
«Alons, alons, descendons la montagne apertement;
messires Jehans Jeuiaus ne se combatera point sans
15mi.» Dont s’avancièrent toutes les gens dou captal,
et ils premierement, son glave en son poing.
Quant li François qui estoient en agait, les veirent
descendus et venus ou plain, si furent tout resjoy et
disent entre yaus: «Veci che que nous demandions
20hui tout le jour.» Adonc retournèrent il tout à un fais,
en grant volenté de recueillier leurs ennemis, et
escriièrent d’une vois: «Nostre Dame! Claiekin!» Si
drecièrent leurs banières devers les Navarois, et
commencièrent les batailles à assambler de toutes pars,
25et tout à piet. Evous monsigneur Jehan Jeuiel tout
devant, le glave ou poing, qui corageusement vint
assambler à le bataille des Bretons, desquels messires
Bertrans estoit chiés, et là fist tamainte grant apertise
d’armes, car il fu hardis chevaliers malement. Dont
30s’espardirent ces batailles, cil chevalier et cil escuier
sus ces plains, et commencièrent à lancier, à ferir et à
fraper de toutes armeures, ensi que il les avoient à
[124]main, et à entrer en l’un l’autre par vasselage, et yaus
combatre de grant volenté. Là crioient li Englès et li
Navarois d’un lés: «Saint Jorge! Navare!» et li
François: «Nostre Dame! Claiekin!» Là furent moult
5bon chevalier, dou costet des François: premierement
messires Bertrans de Claiekin, li jones contes d’Auçoirre,
li viscontes de Byaumont, messires Bauduins
d’Anekins, messires Loeis de Chalon, li jones sires de
Biaugeu messires Anthones, qui là leva banière, messires
10Loeis de Haveskierke, messires Oudars de Renti,
messires Engherans d’Uedins; et d’autre part, li Gascon,
qui avoient leur bataille et qui se combatoient à
par yaus: premierement messires Aymenions de Pumiers,
messires Perducas de Labreth, messires li soudis
15de Lestrade, messires Petiton de Courton et pluiseur
aultre, tout d’une sorte. Et s’adrecièrent cil
Gascon à le bataille dou captal et des Gascons: ossi
il avoient grant volenté d’yaus trouver. Là eut grant
hustin et dur puigneis, et fait tamainte grant apertise
20d’armes.
Et pour ce que en armes on ne doit point mentir
à son loyal pooir, on me poroit demander que li
Arceprestres, qui là estoit uns grans chapitains et
qui tenoit grant route, estoit devenus, pour ce que
25je n’en fai nulle mention. Je vous en dirai le verité.
Si tretost que li Arceprestres vei l’assamblement
de le bataille et que on se combateroit, il se
bouta hors des routes; mais il dist à ses gens et à
celui qui portoit se banière: «Je vous ordonne et
30commande, sur quanques vous poés fourfaire envers
moy, que vous demorés et attendés fin de journée.
Je me pars sans retourner, car je ne me puis hui
[125]combatre ne estre armés contre aucuns chevaliers
qui sont par delà; et, se on vous demande de mi, si
en respondés ensi à chiaus qui en parleront.» Adonc
se parti il, et uns siens escuiers tant seulement, et rapassa
5le rivière et laissa les aultres couvenir. Onques
François ne Breton ne s’en donnèrent garde, pour
tant que il veoient ses gens et se banière jusques en
le fin de le besongne, et le cuidoient dalés yaus. Or
vous parlerons de le bataille, comment elle fu perseverée,
10et des grans apertises d’armes qui y furent faites
celle journée, ensi que vous orés.
§520. Au commencement de le bataille, quantmessires Jehans Jeuiel fu descendus, et toutes gens lesievirent dou plus priès qu’il peurent, et meismement15li captaus et se route, et cuidièrent avoir le journéepour yaus; mès il en fu tout aultrement. Quant liNavarois veirent que li François estoient retournetpar bonne ordenance, il conçurent tantost qu’il s’estoientfourfet. Nonpourquant, comme gens de grant20emprise, il ne s’esbahirent de riens, mès eurent bienintention de tout recouvrer par bien combatre. Sireculèrent un petit et se remisent ensamble, et puisse ouvrirent et fisent voie à leurs arciers qui estoientderrière yaus, pour traire. Quant li arcier furent devant,25si s’eslargirent et commencièrent à traire degrant manière; mès li François estoient si fort arméet si bien paveschié contre le tret, que onques il n’enfurent grevé, se petit non, ne pour ce n’en laissièrentil point à combatre, mès entrèrent, et tout à piet, ens ès30Navarois et Englès, et cil entre eulz de grant volenté.Là eut grant bouteis et lanceis des uns as aultres, et[126]tolloient à l’un l’autre, par force de bras et de luitier,leurs lances et leurs haces et les armeures dontil se combatoient; et se prendoient et fiançoient prisonniersli un l’autre, et se approçoient de si priès5que il se combatoient main à main si vaillammentque nulles gens mieulz. Si poés bien croire que entel presse et en tel peril il en y avoit des mors et desreversés grant fuison; car nulz ne s’espargnoit, d’uncostet ne d’aultre. Et vous di que li François n’avoient10que faire de dormir ne de reposer sus leurbride, car il avoient gens de grant fait et de hardieemprise à le main: si couvenoit çascun acquitterloyaument à son pooir et deffendre son corps, etgarder son pas et prendre son avantage, quant il venoit15à point; aultrement il euissent esté tout desconfi.Si vous di pour verité que li Breton et liGascon y furent là très bonnes gens, et y fisent pluiseursbelles apertises d’armes.Or vous voeil je compter des trente qui estoient20esleu pour yaus adrecier au captal, et [estoient[423]] tropbien monté sus fleurs de coursiers. Chil qui n’entendoientà aultre cose que à leur emprise, si com cargiéen estoient, s’en vinrent tout serré là où li captaus secombatoit moult vaillamment d’une hace et donnoit25les cops si grans que nulz ne l’osoit approcier, etrompirent le priesse par force de chevaus, et ossi[parmi[424]] l’ayde des Gascons qui leur fisent voie. Ciltrente qui estoient trop bien monté, ensi que voussavés, et qui savoient quel cose il devoient faire, ne[127]veurent mies ressongnier le painne ne le peril; mèsvinrent jusques au captal et l’environnèrent, et s’arrestèrentdou tout sur lui, et le prisent et embracièrentde fait entre yaus par force, et puis vuidièrent5le place et l’emportèrent en cel estat. Et en ce lieueut adonc grant abateis et dur puigneis, et se commencièrenttoutes les batailles à converser de cellepart, car les gens dou captal, qui sambloient bienfoursené, crioient: «Rescousse au captal! Rescousse!»10Nientmains, ce ne leur peut valoir ne aidier: li captausen fu portés et ravis en le manière que jevous di, et mis à sauveté; de quoi, en l’eure que ceavint, on ne savoit encores de verité liquel en aroientle milleur.
§520. Au commencement de le bataille, quant
messires Jehans Jeuiel fu descendus, et toutes gens le
sievirent dou plus priès qu’il peurent, et meismement
15li captaus et se route, et cuidièrent avoir le journée
pour yaus; mès il en fu tout aultrement. Quant li
Navarois veirent que li François estoient retournet
par bonne ordenance, il conçurent tantost qu’il s’estoient
fourfet. Nonpourquant, comme gens de grant
20emprise, il ne s’esbahirent de riens, mès eurent bien
intention de tout recouvrer par bien combatre. Si
reculèrent un petit et se remisent ensamble, et puis
se ouvrirent et fisent voie à leurs arciers qui estoient
derrière yaus, pour traire. Quant li arcier furent devant,
25si s’eslargirent et commencièrent à traire de
grant manière; mès li François estoient si fort armé
et si bien paveschié contre le tret, que onques il n’en
furent grevé, se petit non, ne pour ce n’en laissièrent
il point à combatre, mès entrèrent, et tout à piet, ens ès
30Navarois et Englès, et cil entre eulz de grant volenté.
Là eut grant bouteis et lanceis des uns as aultres, et
[126]tolloient à l’un l’autre, par force de bras et de luitier,
leurs lances et leurs haces et les armeures dont
il se combatoient; et se prendoient et fiançoient prisonniers
li un l’autre, et se approçoient de si priès
5que il se combatoient main à main si vaillamment
que nulles gens mieulz. Si poés bien croire que en
tel presse et en tel peril il en y avoit des mors et des
reversés grant fuison; car nulz ne s’espargnoit, d’un
costet ne d’aultre. Et vous di que li François n’avoient
10que faire de dormir ne de reposer sus leur
bride, car il avoient gens de grant fait et de hardie
emprise à le main: si couvenoit çascun acquitter
loyaument à son pooir et deffendre son corps, et
garder son pas et prendre son avantage, quant il venoit
15à point; aultrement il euissent esté tout desconfi.
Si vous di pour verité que li Breton et li
Gascon y furent là très bonnes gens, et y fisent pluiseurs
belles apertises d’armes.
Or vous voeil je compter des trente qui estoient
20esleu pour yaus adrecier au captal, et [estoient[423]] trop
bien monté sus fleurs de coursiers. Chil qui n’entendoient
à aultre cose que à leur emprise, si com cargié
en estoient, s’en vinrent tout serré là où li captaus se
combatoit moult vaillamment d’une hace et donnoit
25les cops si grans que nulz ne l’osoit approcier, et
rompirent le priesse par force de chevaus, et ossi
[parmi[424]] l’ayde des Gascons qui leur fisent voie. Cil
trente qui estoient trop bien monté, ensi que vous
savés, et qui savoient quel cose il devoient faire, ne
[127]veurent mies ressongnier le painne ne le peril; mès
vinrent jusques au captal et l’environnèrent, et s’arrestèrent
dou tout sur lui, et le prisent et embracièrent
de fait entre yaus par force, et puis vuidièrent
5le place et l’emportèrent en cel estat. Et en ce lieu
eut adonc grant abateis et dur puigneis, et se commencièrent
toutes les batailles à converser de celle
part, car les gens dou captal, qui sambloient bien
foursené, crioient: «Rescousse au captal! Rescousse!»
10Nientmains, ce ne leur peut valoir ne aidier: li captaus
en fu portés et ravis en le manière que je
vous di, et mis à sauveté; de quoi, en l’eure que ce
avint, on ne savoit encores de verité liquel en aroient
le milleur.
15§521. En ce toueil et en ce grant hustin et froisseis,et que Navarois et Englès entendoient à sievir letrace dou captal qu’il en veoient mener [et porter[425]]devant yaus, dont il sambloient tout foursené, messiresAymenions de Pumiers, messires Petiton de20Courton, messires li soudis de Lestrade et les gens lesigneur de Labreth, d’une sorte, entendirent de grantvolenté à yaus adrecier au pennon le captal qui estoiten un buisson et dont li Navarois faisoient leur estandart.Là eut grant hustin et dur et forte bataille,25car il estoit bien gardés et de bonnes gens, et parespecial messires li bascles de Marueil et messiresJoffrois de Rousseillon y estoient. Là eut fait tamaintegrant apertise d’armes, mainte prise et mainte rescousse,et maint homme blecié et navré et reversé[128]par terre, qui onques depuis ne se relevèrent. Toutesfois,li Navarois, qui là estoient dalés ce buisson etle pennon dou captal, furent ouvert et reculé parforce d’armes, et mors li bascles de Marueil et pluiseur5aultre, et pris messires Joffrois de Rousseillon etfianchiés prisons de monsigneur Aymenion de Pumiers,et tout li aultre qui là estoient, mort ou prisou reculé si avant qu’il n’en estoit là nulle nouvelleentours le buisson, quant li pennons dou dit captal10fu pris et conquis et deschirés et rués par terre.Entrues que li Gascon entendoient à ce faire, li Pikart,li François, li Normant, li Breton et li Bourghegnonse combatoient d’autre part moult vaillamment. Etbien leur besongnoit, car li Navarois les avoient reculés,15et [estoit demourez[426]] mort entre yaus, dou costédes François, li viscontes de Byaumont, dont ce fudamages; car il estoit à ce jour jones chevaliers etbien tailliés de valloir encores grant cose. Si l’avoientses gens à grant meschief porté hors de le priesse20ensus de le bataille, et là le gardoient. Je vous di,si com je oy depuis recorder ceulz qui y furent d’uncosté et d’autre, que on n’avoit point veu la pareillebataille de celle, de otèle quantité de gens, estre ossibien combatue comme celle fu; car il estoient tout à25piet et main à main. Si s’entrelaçoient li un dedensl’autre, et s’esprouvoient au bien combatre de telzarmeures qu’il portoient; et par especial de ces hacesdonnoient il si grans horions que tout s’estonnoient.Là furent navré et durement blecié messires Petitons30de Courton et messires li soudis de Lestrade, et telement[129]que depuis, pour le journée, ne se peurent aidier.Messires Jehans Jeuiel, par qui la bataille commençaet qui de premiers moult vassaument avoitassaillis et envaïs les François, y fist ce jour tamainte5grant apertise d’armes, et ne daigna onques reculer, etse embati si avant qu’il fu durement bleciés et navrésen pluiseurs lieus ou corps et ou cief, et fu pris etfianciés prisons d’un escuier de Bretagne desous lebanière monsigneur Bertran de Claiekin: adonc fu il10portés hors de la presse. Li sires de Biaugeu, messiresLoeis de Chalon, les gens de l’Arceprestre, avoechgrant fuison de bons chevaliers et escuiers de Bourgongne,se combatoient d’autre part moult vaillammentet bien savoient à qui respondre; car une route15de Navarois et les gens à monsigneur Jehan Jeuielleur estoient au devant. Et vous di que li Françoisne l’avoient point d’avantage, car il trouvoient duresgens merveilleusement contre yaus. Messires Bertranset si Breton se acquittèrent loyaument bien et20se tinrent tousjours ensamble, en aidant l’un l’autre.Et ce qui desconfi les Navarois et Englès, cefu la prise du captal, qui fu pris très le commencement,et le conquès de son pennon, où ses gensne se peurent ralloiier. Li François obtinrent le25place, mès il leur cousta grandement des leurs; et yfurent mort, de leur costé, li viscontes de Byaumont,si com vous avés oy, messires Bauduins d’Anekins,mestres des arbalestriers, messires Loeis de Haveskierkeet pluiseur aultre. Et des Navarois, mors uns30banerès de Navare qui s’appelloit li sires de Saus, etgrant fuison de ses gens dalés lui, et mors messiresli bascles de Marueil, uns apers chevaliers durement,[130]si com dessus est dit, et ossi morut ce jour prisonniersmessires Jehans Jeuiel. Si y furent pris messiresGuillaumes de Gauville, messire Pierres de Sakenville,messires Joffrois de Roussellon, messires5Bertrans dou Franch et pluiseur aultre: petit s’ensauvèrent que tout ne fuissent ou mort ou prissus le place. Ceste bataille fu en Normendie asséspriès de Coceriel, par un joedi, le [seizième[427]] jourde may, l’an de grasce mil trois cens soissante10quatre.
15§521. En ce toueil et en ce grant hustin et froisseis,
et que Navarois et Englès entendoient à sievir le
trace dou captal qu’il en veoient mener [et porter[425]]
devant yaus, dont il sambloient tout foursené, messires
Aymenions de Pumiers, messires Petiton de
20Courton, messires li soudis de Lestrade et les gens le
signeur de Labreth, d’une sorte, entendirent de grant
volenté à yaus adrecier au pennon le captal qui estoit
en un buisson et dont li Navarois faisoient leur estandart.
Là eut grant hustin et dur et forte bataille,
25car il estoit bien gardés et de bonnes gens, et par
especial messires li bascles de Marueil et messires
Joffrois de Rousseillon y estoient. Là eut fait tamainte
grant apertise d’armes, mainte prise et mainte rescousse,
et maint homme blecié et navré et reversé
[128]par terre, qui onques depuis ne se relevèrent. Toutesfois,
li Navarois, qui là estoient dalés ce buisson et
le pennon dou captal, furent ouvert et reculé par
force d’armes, et mors li bascles de Marueil et pluiseur
5aultre, et pris messires Joffrois de Rousseillon et
fianchiés prisons de monsigneur Aymenion de Pumiers,
et tout li aultre qui là estoient, mort ou pris
ou reculé si avant qu’il n’en estoit là nulle nouvelle
entours le buisson, quant li pennons dou dit captal
10fu pris et conquis et deschirés et rués par terre.
Entrues que li Gascon entendoient à ce faire, li Pikart,
li François, li Normant, li Breton et li Bourghegnon
se combatoient d’autre part moult vaillamment. Et
bien leur besongnoit, car li Navarois les avoient reculés,
15et [estoit demourez[426]] mort entre yaus, dou costé
des François, li viscontes de Byaumont, dont ce fu
damages; car il estoit à ce jour jones chevaliers et
bien tailliés de valloir encores grant cose. Si l’avoient
ses gens à grant meschief porté hors de le priesse
20ensus de le bataille, et là le gardoient. Je vous di,
si com je oy depuis recorder ceulz qui y furent d’un
costé et d’autre, que on n’avoit point veu la pareille
bataille de celle, de otèle quantité de gens, estre ossi
bien combatue comme celle fu; car il estoient tout à
25piet et main à main. Si s’entrelaçoient li un dedens
l’autre, et s’esprouvoient au bien combatre de telz
armeures qu’il portoient; et par especial de ces haces
donnoient il si grans horions que tout s’estonnoient.
Là furent navré et durement blecié messires Petitons
30de Courton et messires li soudis de Lestrade, et telement
[129]que depuis, pour le journée, ne se peurent aidier.
Messires Jehans Jeuiel, par qui la bataille commença
et qui de premiers moult vassaument avoit
assaillis et envaïs les François, y fist ce jour tamainte
5grant apertise d’armes, et ne daigna onques reculer, et
se embati si avant qu’il fu durement bleciés et navrés
en pluiseurs lieus ou corps et ou cief, et fu pris et
fianciés prisons d’un escuier de Bretagne desous le
banière monsigneur Bertran de Claiekin: adonc fu il
10portés hors de la presse. Li sires de Biaugeu, messires
Loeis de Chalon, les gens de l’Arceprestre, avoech
grant fuison de bons chevaliers et escuiers de Bourgongne,
se combatoient d’autre part moult vaillamment
et bien savoient à qui respondre; car une route
15de Navarois et les gens à monsigneur Jehan Jeuiel
leur estoient au devant. Et vous di que li François
ne l’avoient point d’avantage, car il trouvoient dures
gens merveilleusement contre yaus. Messires Bertrans
et si Breton se acquittèrent loyaument bien et
20se tinrent tousjours ensamble, en aidant l’un l’autre.
Et ce qui desconfi les Navarois et Englès, ce
fu la prise du captal, qui fu pris très le commencement,
et le conquès de son pennon, où ses gens
ne se peurent ralloiier. Li François obtinrent le
25place, mès il leur cousta grandement des leurs; et y
furent mort, de leur costé, li viscontes de Byaumont,
si com vous avés oy, messires Bauduins d’Anekins,
mestres des arbalestriers, messires Loeis de Haveskierke
et pluiseur aultre. Et des Navarois, mors uns
30banerès de Navare qui s’appelloit li sires de Saus, et
grant fuison de ses gens dalés lui, et mors messires
li bascles de Marueil, uns apers chevaliers durement,
[130]si com dessus est dit, et ossi morut ce jour prisonniers
messires Jehans Jeuiel. Si y furent pris messires
Guillaumes de Gauville, messire Pierres de Sakenville,
messires Joffrois de Roussellon, messires
5Bertrans dou Franch et pluiseur aultre: petit s’en
sauvèrent que tout ne fuissent ou mort ou pris
sus le place. Ceste bataille fu en Normendie assés
priès de Coceriel, par un joedi, le [seizième[427]] jour
de may, l’an de grasce mil trois cens soissante
10quatre.
§522. Apriès ceste desconfiture, et que tout limort estoient ja desvesti, et que cescuns entendoit àses prisonniers, qui les avoit, ou à lui mettre à point,qui bleciés estoit, et que ja la grignour partie des15François avoient rapasset le pont et le rivière et seretraioient à leurs logeis, tout foulé et tout lassé, furentil en aventure d’avoir aucun meschief, dont ilne se donnoient garde. Je vous dirai comment.Messires Guis de Gauville, filz à monsigneur Guillaume20de Gauville, qui pris estoit sus le place, estoitpartis de Konces, une garnison navaroise; caril avoit entendu que leurs gens se devoient combatre,ensi qu’il fisent; et durement s’estoit hastés pourestre à celle journée, ou à tout le mains il esperoit25que à l’endemain on se combateroit. Si voloit estredalés le captal, comment qu’il fust, et avoit en seroute environ cinquante lances de bons compagnonset tous bien montés. Li dis messires Guis et se routes’en vinrent tout, à brochant les grans eslais, jusques[131]en le place où la bataille avoit esté. Li François, quiestoient derrière et qui nulle garde ne s’en donnoientde celle sourvenue, sentirent la friente; si se reboutèrenttantost tous ensamble et s’en vinrent5contre les Navarois, en escriant: «Retournés! Retournés!Veci les ennemis!» De cel effroi furentli pluiseur moult effraé, et là fist messires Aymenionsde Pumiers à leurs gens un grant confort: encoresestoit il, et toute se route, sus le place. Sitos comme10il vei ces Navarois approcier, il se retrest sus dextreet fist desvoleper son pennon, et lever et mettre touthault sus un buisson, par manière d’estandart, pourralloiier leurs gens.Quant messires Guis de Gauville, qui en haste15estoit adreciés sus le place, en vei le manière et recognutle pennon monsigneur Aymenion de Pumiers,et oy escrier: «Nostre Dame! Claiekin!» et ne perçutnullui de chiaus qu’il demandoit, mès en veoitgrant fuison tous mors gesir par terre, si cogneut20tantost que leurs gens avoient estet desconfi, et liFrançois obtenu le place. Si fist tant seulement unpuigneis, sans faire nul samblant de combatre, etpassa oultre assés priès de monsigneur Aymenion dePumiers qui estoit tous appareilliés de lui recueillier,25se il fust traist avant, et s’en rala son chemin ensicomme il estoit venus: je croi bien que ce fu deversle garnison de Conces.Or parlerons nous des François comment il perseverèrent.La journée, ensi que vous avés entendu,30fu pour yaus, et rapassèrent le soir oultre le rivière,et se traisent à leurs logeis, et se aisièrent de ce qu’ileurent. Si fu li Arceprestres durement demandés et[132]deparlés, quant on se perçut qu’il n’avoit point estetalebataille et qu’il s’en estoit partis sans parler. Sil’escusèrent ses gens au mieulz qu’il peurent. Et sachiésque li trente, qui le captal ravirent et emportèrent,5ensi que vous avés oy, ne cessèrent onques de chevaucier,si l’eurent amené ou chastiel de Vrenon etlà dedens mis à sauveté. Quant ce vint à l’endemain,il se deslogièrent et toursèrent tout, et chevaucièrentpar devers Vrenon, pour venir en le cité de10Roem, et tant fisent qu’il y parvinrent. En le cité etou chastiel de Roem laissièrent il une partie deleurs prisonniers, et s’en retournèrent li pluiseur àParis, tout liet et tout joiant, c’estoit raisons; car ilavoient eu une moult belle journée pour yaus, et15moult pourfitable pour le royaume de France. Car,se li contraires fust avenus as François, messires licaptaus de Beus euist fait un grant escars en France;car il avoit empris et en pourpos que de chevaucierjusques à Rains, au devant dou duch de Normendie,20qui ja y estoit venus pour lui faire couronner etconsacrer, et la duçoise sa femme o lui; mès Diex nele veult mies consentir: ce doit on moult bienesperer.
§522. Apriès ceste desconfiture, et que tout li
mort estoient ja desvesti, et que cescuns entendoit à
ses prisonniers, qui les avoit, ou à lui mettre à point,
qui bleciés estoit, et que ja la grignour partie des
15François avoient rapasset le pont et le rivière et se
retraioient à leurs logeis, tout foulé et tout lassé, furent
il en aventure d’avoir aucun meschief, dont il
ne se donnoient garde. Je vous dirai comment.
Messires Guis de Gauville, filz à monsigneur Guillaume
20de Gauville, qui pris estoit sus le place, estoit
partis de Konces, une garnison navaroise; car
il avoit entendu que leurs gens se devoient combatre,
ensi qu’il fisent; et durement s’estoit hastés pour
estre à celle journée, ou à tout le mains il esperoit
25que à l’endemain on se combateroit. Si voloit estre
dalés le captal, comment qu’il fust, et avoit en se
route environ cinquante lances de bons compagnons
et tous bien montés. Li dis messires Guis et se route
s’en vinrent tout, à brochant les grans eslais, jusques
[131]en le place où la bataille avoit esté. Li François, qui
estoient derrière et qui nulle garde ne s’en donnoient
de celle sourvenue, sentirent la friente; si se reboutèrent
tantost tous ensamble et s’en vinrent
5contre les Navarois, en escriant: «Retournés! Retournés!
Veci les ennemis!» De cel effroi furent
li pluiseur moult effraé, et là fist messires Aymenions
de Pumiers à leurs gens un grant confort: encores
estoit il, et toute se route, sus le place. Sitos comme
10il vei ces Navarois approcier, il se retrest sus dextre
et fist desvoleper son pennon, et lever et mettre tout
hault sus un buisson, par manière d’estandart, pour
ralloiier leurs gens.
Quant messires Guis de Gauville, qui en haste
15estoit adreciés sus le place, en vei le manière et recognut
le pennon monsigneur Aymenion de Pumiers,
et oy escrier: «Nostre Dame! Claiekin!» et ne perçut
nullui de chiaus qu’il demandoit, mès en veoit
grant fuison tous mors gesir par terre, si cogneut
20tantost que leurs gens avoient estet desconfi, et li
François obtenu le place. Si fist tant seulement un
puigneis, sans faire nul samblant de combatre, et
passa oultre assés priès de monsigneur Aymenion de
Pumiers qui estoit tous appareilliés de lui recueillier,
25se il fust traist avant, et s’en rala son chemin ensi
comme il estoit venus: je croi bien que ce fu devers
le garnison de Conces.
Or parlerons nous des François comment il perseverèrent.
La journée, ensi que vous avés entendu,
30fu pour yaus, et rapassèrent le soir oultre le rivière,
et se traisent à leurs logeis, et se aisièrent de ce qu’il
eurent. Si fu li Arceprestres durement demandés et
[132]deparlés, quant on se perçut qu’il n’avoit point estet
alebataille et qu’il s’en estoit partis sans parler. Si
l’escusèrent ses gens au mieulz qu’il peurent. Et sachiés
que li trente, qui le captal ravirent et emportèrent,
5ensi que vous avés oy, ne cessèrent onques de chevaucier,
si l’eurent amené ou chastiel de Vrenon et
là dedens mis à sauveté. Quant ce vint à l’endemain,
il se deslogièrent et toursèrent tout, et chevaucièrent
par devers Vrenon, pour venir en le cité de
10Roem, et tant fisent qu’il y parvinrent. En le cité et
ou chastiel de Roem laissièrent il une partie de
leurs prisonniers, et s’en retournèrent li pluiseur à
Paris, tout liet et tout joiant, c’estoit raisons; car il
avoient eu une moult belle journée pour yaus, et
15moult pourfitable pour le royaume de France. Car,
se li contraires fust avenus as François, messires li
captaus de Beus euist fait un grant escars en France;
car il avoit empris et en pourpos que de chevaucier
jusques à Rains, au devant dou duch de Normendie,
20qui ja y estoit venus pour lui faire couronner et
consacrer, et la duçoise sa femme o lui; mès Diex ne
le veult mies consentir: ce doit on moult bien
esperer.
§523. Ces nouvelles s’espardirent en pluiseurs25lieus, que li captaus estoit pris et toutes ses gens ruésjus. Si en acquist messires Bertrans de Claiekin grantgrasce et grant renommée de toutes manières degens ou royaume de France, et en fu ses noms moulteslevés. Si vinrent les nouvelles jusques au duch de30Normendie qui estoit à Rains; si s’en resjoy grandementet en loa Dieu pluiseurs fois. Si en fu sa cours[133]et toutes les cours des signeurs qui là estoient venuà son couronnement, plus liet et plus joiant.Ce fu le jour de le Trinité l’an de grasce NostreSigneur mil trois cens soissante quatre que li rois5Charles, ainsnés filz dou roy Jehan de France, fucouronnés et consacrés à roy en le grant eglise NostreDame de Rains, et ensi madame la royne sa femme,fille au duch Pière de Bourbon, de reverent père enDieu monsigneur Jehan de Cran, arcevesque de10Rains. Là furent li rois Pières de Cippre, li dusd’Ango, li dus de Bourgongne, messires Wincélausde Behagne, dus de Lussembourch et de Braibant,oncles au dit roy, li contes d’Eu, li contes de Dammartin,li contes de Tankarville, li contes de Wedimont,15messires Robers d’Alençon, li arcevesques deSens, li arcevesques de Roem et tant de prelas et designeurs que je ne les aroie jamais tous nommés: sim’en passerai briefment. Si y furent adonc les festeset les solennités grandes. Et demorèrent li rois de20France et la royne en le cité de Rains cinq jours. Siy eut grans dons et grans presens donnés et presentésas signeurs estragniers, dont la plus grantpartie prisent là congiet au dit roy et retournèrenten leurs lieus.25Si retourna li rois de France devers Paris à petitesjournées et à grans esbatemens, et grant fuisonde prelas et de signeurs avoecques lui, et toutdis lifist li rois de Cippre compagnie. On ne vous poroitmies dire ne recorder, en un jour d’esté, les solennités30ne les grans reviaus que on li fist en le cité deParis, quant il y entra. Si estoient ja revenu à Parisla grigneur partie des signeurs et chevaliers qui[134]avoient esté à le besongne de Koceriel. Si leur fistli rois grant fieste et les vei moult volentiers, et parespecial monsigneur Bertran de Claiekin et les chevaliersde Gascongne, monsigneur Aymenion de Pumiers5et les autres, car li sires de Labreth avoit estéà son couronnement.
§523. Ces nouvelles s’espardirent en pluiseurs
25lieus, que li captaus estoit pris et toutes ses gens rués
jus. Si en acquist messires Bertrans de Claiekin grant
grasce et grant renommée de toutes manières de
gens ou royaume de France, et en fu ses noms moult
eslevés. Si vinrent les nouvelles jusques au duch de
30Normendie qui estoit à Rains; si s’en resjoy grandement
et en loa Dieu pluiseurs fois. Si en fu sa cours
[133]et toutes les cours des signeurs qui là estoient venu
à son couronnement, plus liet et plus joiant.
Ce fu le jour de le Trinité l’an de grasce Nostre
Signeur mil trois cens soissante quatre que li rois
5Charles, ainsnés filz dou roy Jehan de France, fu
couronnés et consacrés à roy en le grant eglise Nostre
Dame de Rains, et ensi madame la royne sa femme,
fille au duch Pière de Bourbon, de reverent père en
Dieu monsigneur Jehan de Cran, arcevesque de
10Rains. Là furent li rois Pières de Cippre, li dus
d’Ango, li dus de Bourgongne, messires Wincélaus
de Behagne, dus de Lussembourch et de Braibant,
oncles au dit roy, li contes d’Eu, li contes de Dammartin,
li contes de Tankarville, li contes de Wedimont,
15messires Robers d’Alençon, li arcevesques de
Sens, li arcevesques de Roem et tant de prelas et de
signeurs que je ne les aroie jamais tous nommés: si
m’en passerai briefment. Si y furent adonc les festes
et les solennités grandes. Et demorèrent li rois de
20France et la royne en le cité de Rains cinq jours. Si
y eut grans dons et grans presens donnés et presentés
as signeurs estragniers, dont la plus grant
partie prisent là congiet au dit roy et retournèrent
en leurs lieus.
25Si retourna li rois de France devers Paris à petites
journées et à grans esbatemens, et grant fuison
de prelas et de signeurs avoecques lui, et toutdis li
fist li rois de Cippre compagnie. On ne vous poroit
mies dire ne recorder, en un jour d’esté, les solennités
30ne les grans reviaus que on li fist en le cité de
Paris, quant il y entra. Si estoient ja revenu à Paris
la grigneur partie des signeurs et chevaliers qui
[134]avoient esté à le besongne de Koceriel. Si leur fist
li rois grant fieste et les vei moult volentiers, et par
especial monsigneur Bertran de Claiekin et les chevaliers
de Gascongne, monsigneur Aymenion de Pumiers
5et les autres, car li sires de Labreth avoit esté
à son couronnement.