NOTES

NOTESCHAPITRE LXXXIV[1]Édouard III fut logé en l’hôtel de Chanteloup (aujourd’hui château de Saint-Germain-lez-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres (Arpajon), du mardi 11 mars au lundi 6 avril 1360.Grandes Chroniques, VI, 169 et Rymer, III, 480.[2]Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Genève, troisième fils d’Amédée, IIedu nom, comte de Genève, et d’Agnès de Chalon, était le vassal, du chef de sa seigneurie d’Anthon, de Charles, dauphin de Viennois.[3]Ces négociations infructueuses s’ouvrirent à la maladrerie de Longjumeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les trois négociateurs qu’il nomme étaient des légats du Saint-Siége qu’Innocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d’Avignon le 3 mars 1360 (Rymer, III, 472;Arch. Nat., JJ91, nº 204), pour traiter de la paix; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la conférence de Longjumeau et n’arrivèrent à Paris que vers le 10 avril.[4]La descente des Français à Winchelsea, suivie du sac de ce port de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notreHistoire de du Guesclin; la jeunesse de Bertrand, p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les historiens semblent avoir ignoré l’existence, David Bruce, IIedu nom, roi d’Écosse, quoiqu’il fût alors prisonnier du roi d’Angleterre, s’étant fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, écuyer, avait conclu une alliance offensive et défensive avec Charles, régent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déterminé à son allié 50 000 marcs d’esterlins en or payables à Paris, au Palais Royal, en la Salle Neuve.Arch. Nat., J677, nº 7.[5]Édouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beauce que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir.Grandes Chroniques, VI, 171.[6]Le rédacteur desGrandes Chroniques, le mieux renseigné de tous les chroniqueurs sur ces événements, ne dit pas un mot de cet orage, qui paraît n’avoir eu d’autre effet que d’empêcher Édouard de marcher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d’abord l’intention.[7]De Gallardon, en effet, on commence à apercevoir la flèche de la cathédrale de Chartres.[8]Cette rivière est la Voise qui se jette dans l’Eure à Maintenon.[9]Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Édouard et ses gens s’avancèrent jusqu’à Bonneval et même jusqu’à Chateaudun, et c’est un indice que l’orage survenu près de Gallardon n’eut pas une influence immédiate et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny.[10]Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, partirent de Paris le lundi 27 avril et arrivèrent le même jour à Chartres.[11]Aujourd’hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours, Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville. Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince de Galles traitaient à Brétigny avec les envoyés du régent, Édouard lui-même avait rétrogradé et était venu se loger à Sours. Le régent, de son côté, se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers commencèrent le vendredi 1ermai et durèrent jusqu’au vendredi 8 du même mois.Grandes Chroniques, VI, 172, 173; Rymer, III, 485, 486.[12]Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme, de la charte dite des renonciations, publiée par Rymer (III, 524 et 525). Seulement, comme l’a bien vu Dacier avec sa sagacité et sa conscience ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s’est pas trompé sur la date de mois et de jour (25 mai), il s’est certainement trompé sur la date de lieu (Brétigny-lez-Chartres). Édouard III, en effet, était de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai (Rymer, III, 494). D’un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs à son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du 1eravril 1360 (Martène,Thes. Anecdot., I, 1422 et 1423); et la ratification provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant (Bibl. Nat., De Camps, portef. 46, fº 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire que tout se passa, au moins officiellement, d’abord entre les plénipotentiaires des fils aînés rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre les fils aînés eux-mêmes de Jean et d’Édouard. Du reste, on trouve tout au long dans lesGrandes Chroniques(VI, 175 à 200) la confirmation par le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux de Charles, duc de Normandie; or, cette confirmation est datée,non de Brétigny, mais de Louviers en Normandie, le 16 mai 1360 (Ibid., p. 199). Quoi qu’il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Rymer, est datée de Calais le 24 octobre 1360.[13]Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d’Amiens (p. 242, 243), mérite d’être notée, parce qu’elle accuse l’interprétation que les juristes de Charles V voulaient donner, lorsque cette rédaction fut composée, à l’une des clauses du traité de Brétigny. Notre chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer, prenait l’engagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les provinces cédées, mais seulement lorsqu’il aurait été remis en possession d’une manière complète et effective de ce qui lui restait de son royaume (Bibl. Nat., fonds de Camps, portef.XLVI, fos553 à 559, 571 à 580; ms. fr. nº 8359, fos45 vº et 51). Dès le 10 février 1361, les Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarville, chargé d’une mission en Angleterre, que le roi de France eut reçu ou voulu recevoir l’appel du comte d’Armagnac et du sire d’Albret (Martène,Thes. Anecdot., I, 1487 à 1489).[14]Cette trêve fut confirmée à Sours devant Chartres par Édouard, prince de Galles, le 7 mai 1360 (Grandes Chroniques, VI, 207 à 211), et à Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (Ibid., 202 à 206). Le mandement de publication de la trêve, donné par le régent à Brétigny-lez-Chartres le 7 mai (Ibid., 206, 207), ne fut sans doute promulgué qu’à la suite d’une entrevue du duc Charles et du prince de Galles.[15]Cette ratification, dont le rédacteur desGrandes Chroniquesa publié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360.[16]Le roi d’Angleterre et le prince de Galles envoyèrent, non pas quatre, mais six chevaliers, trois bannerets et trois bacheliers (Grandes Chroniques, VI, 212 et 213).[17]Froissart commet ici une méprise. Les six chevaliers, dont il réduit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d’Angleterre et du prince de Galles, mais au contraire d’assister, de la part des princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, prestation qui, on l’a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En retour, six chevaliers français, trois bannerets et trois bacheliers, assistèrent, comme représentants du régent Charles, à la prestation solennelle du serment d’Édouard, prince de Galles, qui se fit dans l’église Notre-Dame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 (Grandes Chroniques, VI, 212 à 214).[18]Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémission à Guiot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers), qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais «comme,environ la feste de la Penthecouste derrain passée ot quinze ans(24 mai 1360), pour lequel temps certain acord ou trèves estoient, si comme l’en disoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux absoille! et nous et Edouard d’Angleterre, plusieurs routes d’Anglois,passons par nostre royaume pour s’en retourner à Calais, se fussent logiés en la dicte ville de Winkinguehen, dont les aucuns estoient de la route d’un des mareschaux d’Angleterre, lesquelx, disans qu’ils povoient prendre partout vivres pour eulx et leurs chevaux, prindrent en la dicte ville, oultre ce qu’il leur falloit, pour leurs dis vivres, plusieurs autres biens comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et firent moult d’autres oultrages contre la voulenté des bonnes gens habitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir.»Arch. Nat., JJ108, nº 28.[19]D’après Jean de Venette (Contin. G. de Nangiaco, II, 310), plusieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à la cathédrale de Chartres.[20]Froissart se trompe sur le lieu d’embarquement du roi d’d’Angleterre. C’est à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur desGrandes Chroniques(VI, 214), non à Harfleur, qu’Édouard mit à la voile pour l’Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur était alors occupé par une forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et ès Vexins français et normand (JJ87, nº 283), tandis que Honfleur, pris par les Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque,Hist. de la maison de Harcourt, IV, 1881, 1882; JJ87, nos146, 315; JJ105, nº 13), ne fut définitivement évacué par les envahisseurs qu’entre les mois de février et de mai 1361 (Rymer, III, 547.Bibl. Nat., Quittances, XIII, 1144, 1186).[21]Le 14 juin 1360, Jean et Édouard dînèrent ensemble à la Tour de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrêtées le 8 mai précédent, près de Chartres, par les députés de leurs deux fils aînés, en présence de Philippe, duc d’Orléans, des comtes de Ponthieu, de Tancarville, d’Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbruck, d’Adam de Melun, des seigneurs de Derval, d’Aubigny et de Maignelay (Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 432;Grandes Chroniques, VI, 215; Martène,Vet. Script, nova collectio, I, 154).[22]C’est le prince de Galles, non Édouard III, qui fit la conduite au roi de France jusqu’à Douvres, en passant par Canterbury, d’où Jean adressa, le 5 juillet 1360, un mandement à ses gens des Comptes (Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 437).[23]Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, le mercredi 8 juillet.Gr. Chron., VI, 215.Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 438.[24]Froissart veut désigner ici les comtes d’Anjou et de Poitou; mais Louis, comte d’Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa, le 9 juillet 1360, Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Saumur en août 1360; dom Morice,Preuves, I, 1534 à 1537), et Jean, comte de Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à la cour d’Avignon (JJ93, nos107, 184), les comtes d’Anjou et de Poitou, dis-je, n’arrivèrent à Calais (P13791, nº 3116) et à Boulogne-sur-Mer (JJ88, nos86, 102, 115) qu’à la fin de septembre ou dans les premiers jours d’octobre.[25]Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour aller à Saint-Omer (Gr. Chron., VI, 215); mais il s’arrêta en route à Amiens d’où il a daté plusieurs actes (JJ91, nº 435).[26]Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adressait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. Il les pressait de lui envoyer en un rôle: 1º les noms des villes qui contribuaient à sa rançon, 2º le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville, 3º les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De Camps,XLVI, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gisors, envoya des instructions aux commissaires chargés de recueillir le premier terme de la rançon de Jean (Bibl. de l’École des Chartes,XXXVI, 81 à 90). Paris s’imposa à 100 000 vieux écus, Rouen à 20 000 moutons d’or vieux, Soissons à 8000 royaux (JJ88, nº 21), Vervins à 200 royaux d’or (JJ88, nº 90).[27]Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des lettres de bourgeoisie parisienne à «Amizus de Concorecio», bourgeois de Milan, à la prière de son amé «Speronelus de Concorecio», fils d’Amizus, «ad nosex parte carissimi consanguinei nostri domini Galeaz, vicecomitis Mediolani,CETERIS DE CAUSISdestinati.» JJ91, nº 433.[28]Au mois d’avril 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, seigneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et ville de Sommières (Gard, arr. Nîmes) valant 3000 livres tournois de rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Ferté-sur-Aube (JJ107, nº 164). Un desonclesde Galéas Visconti était le féroce Barnabo.[29]Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en garde en une chambre au-dessus du Trésor de l’abbaye de Saint-Denis «douze mille florins de Florencevenus de Milan, dont Mgren avoit donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans pour la fondacion de sa chapelle.»Bibl. Nat., ms. fr. nº 21 447, fº 42. C’est à cause de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) Jean Galéas Visconti, père de Valentine de Milan, mariée à Louis, duc d’Orléans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de France dans ses armes. J145, nº 433.[30]Un article du traité de Brétigny portait que le roi de France n’aurait rien à payer pendant le premier mois de son séjour à Calais pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus il payerait 10 000 réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et le réal nouveau à 26). Arrivé à Calais le 8 juillet, le roi de France ne recouvra pleinement la liberté qu’après la ratification définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre suivant. Il eut ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux mois et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient s’élever par conséquent à 25 000 réaux. La quittance d’Édouard est datée de Calais le 24 octobre 1360 (J638, nº 5).[31]Nous avons dressé un tableau de ces lieux forts occupés par les Compagnies anglo-navarraises, de 1356 à 1364.Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand, p. 459 à 509.[32]Eustache d’Auberchicourt vendit, vers le 19 mars 1360, Attigny (Ardennes, arr. Vouziers) 25 000 deniers d’or, et le 16 juin suivant une autre forteresse, Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois), 8000 florins. On remarquera que Froissart semble plaindre sincèrement son compatriote de n’avoir pu se faire payer.[33]Ce fut le cas d’Eustache d’Auberchicourt qui alla tenir garnison à Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les plantureux marais du Cotentin, après avoir exploité les plus fertiles plateaux des Ardennes.[34]Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont à Saint-Omer pendant la première quinzaine d’août (JJ88, nos24, 68); ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, nº 29), le 27 août (JJ88, nº 70), le 7 (JJ88, nos66, 75), le 22 (JJ88, nº 109) et le 27 septembre (J332, nº 26), le 7 octobre (X2a7, fos72 vº et 73) et le 17 octobre (X2a7, fº 98 vº) 1360.[35]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III jure sur le corps de Jésus-Christ de bien traiter les otages, de les faire rendre à Boulogne-sur-Mer aussitôt que les choses pour lesquelles ils sont otages seront accomplies, de ne les pas mettre en prison fermée, enfin de les laisser s’ébattre par son royaume deux jours et une nuit. Martène,Thes. Anecdot., 1440 et 1441.[36]Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette ville le dimanche 25 octobre 1360, au matin, après y être resté cent neuf jours.Gr. Chron., VI, 217, 218.[37]La charte d’érection du comté d’Anjou et du Maine en duché pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est seulement datée de Boulogne-sur-Meren octobre1360 (Arch. Nat., P13341, nº 3); mais comme le roi de France ne séjourna dans cette ville que du dimanche 25 au jeudi 29 octobre, c’est entre ces deux dates que le titre de duc dut être conféré à Louis Ierd’Anjou.[38]La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième fils, naguère comte de Poitiers et de Mâconnais, duc de Berry et d’Auvergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer en octobre 1360 (JJ91, nº 203); elle doit pour les mêmes raisons avoir été octroyée du 25 au 29 octobre 1360.[39]Le roi d’Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre.Gr. Chr., VI, 215.[40]Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360.[41]Le roi de France était logé au château de Calais, tandis qu’Édouard III était descendu dans un hôtel de cette ville.[42]La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois en double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des Archives Nationales: le carton J638, qui contient 21 pièces cotées 1 à 21, et les cartons J639 et J640 qui en contiennent, l’un 18, l’autre 19, cotées 1 à 37. Ces documents ont presque tous été publiés par dom Martène,Thes. Anecdot., I, 1427 à 1464.[43]Nous avons collationné le texte donné par Froissart, dans les passages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous fournissaient pas de bonne leçon, avec l’un des doubles de la charte originale, contenu dans le carton J639, nº 15. Froissart a reproduit le double de cette charte destiné au roi de France. Le double, destiné au roi d’Angleterre et revêtu en conséquence de la signature des princes et seigneurs français, est daté de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360. Il a été publié par Rymer.Fœdera, III, 530, 531.[44]M. le duc d’Aumale (Notes et documents relatifs au roi Jean, p. 20) et M. Bardonnet (Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos, p. 5) nous semblent s’être mépris lorsqu’ils ont pensé que le titre de chancelier de France porté par Gilles Aycelin de Montagu, IIedu nom, n’avait pu coexister légalement avec un titre, non semblable, mais analogue, donné dans le même temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint-Denis le 18 mars 1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre de Provins en l’église de Sens, fut nommé chancelier du régent du royaume, duc de Normandie, aux gages de 2000 livres parisis par an (Bibl. Nat., ms. fr., nº 20 691, fº 665; de Camps,XLVI, 316 et 317); mais dans l’acte même de nomination de Jean de Dormans, on eut soin de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de Montagu qui n’en resta pas moins chancelier de France jusqu’au 18 septembre 1361.[45]Nous avons collationné le texte donné par Froissart, là où la leçon des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la charte originale conservée dans le carton J639, nº 15.[46]Édouard III abandonna le titre de roi de France, qu’il prenait dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre à Philippe de Valois, le samedi 24 octobre 1360, après la ratification définitive du traité de Brétigny.Gr. Chron., VI, 218.[47]Sur la question de Bretagne, le traité de Brétigny stipule seulement (art. 20) que, pendant l’année qui suivra l’arrivée de Jean à Calais, les deux rois feront tous leurs efforts pour amener un arrangement entre les deux prétendants. Si, au bout de cette année, Jean et Édouard ont échoué dans leurs tentatives de conciliation, les amis des deux compétiteurs auront encore une demi année pour revenir à la charge, après quoi «Charles de Blois et Jean de Montfort feront ce qui mieux leur semblera.» Rymer, III, 490, 491, 516.[48]Henri, duc de Lancastre, avait été lieutenant et capitaine général en Bretagne, du 14 septembre 1354 (Rymer, III, 312) au mois d’août 1358 (Ibid., 403).[49]En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai 1360, la trêve entre les deux royaumes, où la Bretagne était comprise, fut prorogée, non, comme le dit Froissart, jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste, mais jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre) 1361. Rymer, III, 662.[50]Ces quatre chevaliers étaient Gui de Bryan, Roger de Beauchamp, comte de Warwick, Renaud de Cobham et Gautier de Masny (Gr. Chron., VI, 220). L’assignation d’une rente de 2000 royaux d’or à Gui de Bryan est datée de Saint-Omer le 1ernovembre 1360. Martène,Thes. Anecdot., I, 1478 et 1479.[51]Édouard III assigna une rente annuelle et viagère de 3000 réaux à Arnoul d’Audrehem, maréchal de France (J641, nº 12), une rente annuelle et viagère de la même somme à Jean de Melun, comte de Tancarville (J642, nº 3), une rente annuelle et viagère de 2000 écus à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France (J642, nº 5), une rente annuelle et viagère de 200 écus à Guillaume de Dormans, frère de Jean de Dormans auquel il succéda à la fin de 1361 comme chancelier du duc de Normandie. J641, nº 18.[52]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, le roi Jean confirma la donation faite par le roi d’Angleterre à Jean Chandos de toutes les terres qui avaient appartenu à Godefroi de Harcourt, moyennant toutefois l’hommage au duc de Normandie (Martène,Thes. Anecdot., I, 1432; Rymer, III, 543, 544) dont la confirmation fut donnée à Boulogne-sur-Mer deux jours après celle de son père, le 26 octobre.[53]En effet ces pièces annexes du traité de Brétigny, qui sont fort nombreuses, sont presque toutes datées de Calais le 24 octobre ou de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360.[54]Ces otages durent être remis au prince de Galles à Boulogne-sur-Mer le lundi 26 octobre, après dîner. Dans la matinée, avant de quitter Boulogne pour se rendre à Calais sous la conduite du fils aîné du roi d’Angleterre, ils avaient juré l’alliance offensive et défensive conclue entre les deux rois. Rymer, III, 530, 531.[55]Le versement qui eut lieu à Calais le 24 octobre, ne fut que de 400 000 écus (J639, nº 6). 200 000 écus complémentaires furent payés, 100 000 le 26 décembre, 100 000 le 31 décembre suivant (J640, nº 34). En 1364, le florin valait 16 sous, et l’écu vieux 21 sous 3 deniers.Bibl, Nat., ms. lat. nº 5957, fº 18 vº.[56]Le roi Jean partit de Calais pour se rendre à Boulogne-sur-Mer, non la veille de Saint-Simon et Saint-Jude, c’est-à-dire le 27 octobre, comme Froissart le dit par erreur, mais deux jours auparavant, le dimanche 25 au matin.Gr. Chron., VI, 217, 218.[57]La date donnée ici par Froissart est fort exacte. Édouard III et les otages français s’embarquèrent pour l’Angleterre le matin du samedi 31 octobre, avant le jour.Gr. Chron., VI, 219.[58]Le nombre des otages nobles, fixé primitivement à quarante, fut réduit à trente en vertu d’une convention subsidiaire datée de Calais le 24 octobre 1360. Martène,Thes. Anecdot., I, 1448.[59]Martène,Thes. Anecdot., I, 1440, 1441.[60]Le roi Jean partit de Boulogne-sur-Mer pour aller à Saint-Omer trois jours avant la Toussaint, le jeudi 29 octobre. Il fêta la Toussaint dans cette dernière ville; et les mardi et mercredi 3 et 4 novembre on y donna des joutes en son honneur.Grandes Chroniques, VI, 218 à 221.[61]Jean resta à Saint-Omer au moins jusqu’au 7 novembre, car nous avons deux mandements de ce prince, datés l’un du 2 (Ordonn., III, 432), l’autre du 7 novembre (Ibid., 433), à Saint-Omer.[62]On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les 14 (J1084, nº 5) et 16 novembre (JJ91, nº 217). Le roi de France paraît être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mois, car un autre de ses actes est daté de cette ville le 30 novembre (JJ95, nº 53).[63]Jean ne resta pas à Amiens jusqu’à Noël, puisque dès le 5 décembre il était de passage à Compiègne d’où il a daté la grande ordonnance édictant la levée de l’aide pour sa rançon de 12 deniers pour livre sur la vente de toutes les marchandises, du cinquième sur la vente du sel et du treizième sur l’entrée des vins, ainsi que l’ordonnance fixant le prix des espèces d’or et d’argent.Ordonn., III, 433 à 442.[64]Jean, après avoir passé la soirée du vendredi 11 et la journée du samedi 12 décembre à l’abbaye de Saint-Denis où il se réconcilia avec son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre (Secousse,Preuves des Mémoires sur Charles II, 182 à 185), fit son entrée à Paris le dimanche 13 décembre 1360.Grandes Chroniques, VI, 223.[65]La commission donnée à ce sujet par Édouard III à Richard de Stafford, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Étienne de Cusyngton, Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton et Guillaume de Felton, est datée du 1erjuillet 1361. Champollion-Figeac,Lettres des rois et reines, II, 135.[66]Les opérations de cette délivrance, commencées à Châtellerault le samedi 11 septembre 1361, ne se terminèrent que le lundi 28 mars 1362 à Angoulême; elles demandèrent par conséquent un peu plus de six mois et demi. Voyez la belle publication de M. Bardonnet.Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos.Niort, in-8º, p. 9, 116. Le roi de France, de son côté, par lettres datées du Bois de Vincennes le 12 août 1361, avait nommé commissaires: les maréchaux d’Audrehem et Boucicaut, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d’Angle, le sire d’Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, sénéchal de Carcassonne.Ibid., p. 12 à 14.[67]Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité au roi d’Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi 30 décembre.[68]Jean I, comte d’Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qui, par contrat passé à Carcassonne le 24 juin 1360, avait marié sa fille aînée Jeanne d’Armagnac à Jean de France, alors comte de Poitiers et de Mâconnais, créé à la fin d’octobre de la même année duc de Berry et d’Auvergne.[69]Pierre Raymond, IIedu nom, comte de Comminges.[70]Arnaud d’Eauze (Gers, arr. Condom), vicomte de Caraman (Haute-Garonne, arr. Villefranche-de-Lauragais).[71]Roger Bernard de Foix, IIedu nom, vicomte de Castelbon, seigneur de Moncade. Le nom de cette vicomté est resté au château de Castelbon situé dans la commune de Betchat, Ariége, arr. Saint-Girons, c. Saint-Lizier.[72]Le roi Jean, sachant le prix qu’Édouard III attachait à la prise de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou, avait écrit d’Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter seschers et bons amis, les maire, jurés et commune de la Rochelle, à envoyer vers lui leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement daté de Calais, il renouvelle la même invitation (Martène,Thes. Anecdot., I, 1428). Il envoie exprès à la Rochelle Arnoul, sire d’Audrehem, pour presser les habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de cette ville les 5 et 8 août (JJ88, nos76, 93; Rymer, III, 558, 551; JJ88, nº 67). Les Rochellais s’exécutent enfin le 15 août et chargent Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bourgeois d’aller trouver le roi de France à Calais (Martène,Ibid., 1427 à 1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s’engage à livrer comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n’aurait pas été remise entre les mains des Anglais (Rymer, III, 541; Martène, Ibid., 1449). A Boulogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du serment d’obéissance (Martène,Thes. Anecdot., I, 1462 à 1464). Le même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, et à Guichard d’Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer royaument et de fait à son très-cher frère le roi d’Angleterre la possession des ville, château et forteresse de la Rochelle (Bibl. Nat., ms. fr. nº 8354, fº 22; De Camps,XLVI, 593 et 594). Enfin, par acte daté de Westminster le 28 janvier 1361, Édouard III, sur le rapport de Bertrand, seigneur de Monferrand, qu’il avait nommé gouverneur de la Rochelle le 38[*]octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de France de ladélivrancede la Rochelle à l’Angleterre, qui avait eu lieu le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par conséquent, la livraison ou, pour employer l’expression du temps, ladélivrancede la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d’un an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démarches et des négociations ininterrompues pendant sept ou huit mois.[*]Ainsi dans l’original (N. d. t.)[73]Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Édouard III nomme Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie, son lieutenant et capitaine ès parties de France et conservateur spécial de la paix et des trêves ès dites parties. Rymer, III, 555.CHAPITRE LXXXV[74]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III chargea Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne, de l’Orléanais et du Gâtinais; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de Dreux); le sire de Pommiers, Bérard et Arnaud d’Albret, celles du Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l’Auvergne; Amauri de Fossat et Hélie de Pommiers, celles du Périgord, du Quercy et de l’Agenais; le captal de Buch, le sire de Monferrand et Thomas de Holland, celles de la Normandie, de l’Anjou et du Maine. Rymer, III, 546 et 547.[75]Le château de Joinville (Joinville-sur-Marne ou en Vallage, Haute-Marne, arr. Vassy) fut pris par une compagnie d’aventuriers allemands, qui se nommaient les Tard-Venus. Ce château, appartenant à Henri, comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut occupé après le traité de Brétigny conclu le 8 mai 1360 («... son chastel de Joinville depuis nostre paiz pris par noz ennemis.»Arch. Nat., JJ91, nº 245), et avant le 24 octobre de la même année, puisque, dans la ratification définitive du traité du 8 mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler expressément l’évacuation de Joinville (Rymer, III, 535, 546). Le sire de Joinville s’étant ruiné pour racheter son château, le roi Jean, par acte daté de Saint-Denis le 25 février 1362 (n. st.), lui constitua une rente annuelle et viagère de 2000 livres («ad relevanda gravamina que passus fuit et est in captione et detentione castri et ville suarum de Joinvilla». JJ91, nº 134). Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande somme de florins «pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il estoit plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz.» JJ91, nº 451. JJ93, nos9, 239. J1036, nos22 à 24.Chroniques de Jean le Bel, II, 274.[76]Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies dans le diocèse de Langres.Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 487 et 488.[77]En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des intelligences en Bourgogne; quatre capitaines de forteresses du duché furent révoqués, et le sire d’Estrabonne arrêté à Chalon (Archiv. dép. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes du duché de Bourgogne, compte de Dimanche Vitel pour 1361; Finot,Recherches sur les Compagnies en Bourgogne, p. 16). Si l’on songe que Charles le Mauvais, roi de Navarre, éleva des prétentions sur le duché de Bourgogne après la mort de Philippe de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne doutera pas que les menées de ce prince perfide n’aient contribué particulièrement à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le nombre et l’audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean, sans oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui disputer sous main la succession du duché. On verra, dans une des notes suivantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent alors la Bourgogne, étaient d’origine navarraise. Les prétentions de Jean de Bourgogne, dernier descendant mâle de Jean de Chalon l’Antique, sur le comté de Bourgogne, dont Marguerite de France, grand’tante de Philippe de Rouvre et grand’mère de sa veuve, avait été reconnue héritière, en faisant éclater la guerre entre Jean et Marguerite, ces prétentions, dis-je, furent aussi l’une des causes qui mirent, dans le courant de 1362, le comté aussi bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compagnies. Finot,Ibid., p. 70, 71.[78]Aujourd’hui Reulle-Vergy, Côte-d’Or, arr. Dijon, c. Gevrey.[79]Côte-d’Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos de Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies occupèrent aussi en 1361 un autre Givrey (auj. Givry-Cortiambles ou Givry-près-l’Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône), car le bailli de Chalon envoya, de Noël 1360 au 15 janvier 1361, à Robert de Marnay, châtelain de Montaigu (château de Chauffailles, Saône-et-Loire, arr. Charolles), des hommes d’armes qui gardèrent le dit château depuis le 2 février jusqu’au mois d’août 1361 contre les gens des Compagnies qui étaient à Couches (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr. Autun) et à Givry (Archives de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes de Bourgogne, B5251.Inventaire, ii, 237). Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne (Hist. de du Guesclin, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de l’inventaire des archives de la Côte-d’Or permettraient d’ajouter à cette liste près de cinquante forteresses.[80]Seguin de Badefol était l’un des quatre fils légitimes de Seguin de Gontaut, sire de Badefols (auj. Badefols-de-Cadouin, Dordogne, arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329 à Marguerite de Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de Badefol, eut trois autres fils, Jean, Pierre et Gaston, une fille, Dauphine mariée à Pierre de Cugnac, et cinq enfants naturels, dont deux fils et trois filles; dans son testament daté du 23 août 1371, il ne nomme point Seguin qui était mort empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l’abbaye de Cadouin.[81]Ce chef de Compagnie est appeléTaillevardondans une lettre de rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin de «Cromeneau», au bailliage de Mâcon, qui avait quitté son pays natal «pour cause des gens de l’Archeprestre, de feu Guiot du Pin et de feu Taillevardon et de plusieurs autres gens d’armes qui lors (en 1362) gastoient et pilloient tout le pays...»Arch. Nat., JJ115, nº 70.—En 1363, un écuyer de Philippe le Hardi, lieutenant du roi son père dans le duché de Bourgogne, s’appelait Arnaud de Talbardon. (Arch. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes, série B, liasse 371;Invent., I, 40.) D’après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel, Tallebardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit est dans l’erreur au moins en ce qui concerne ces deux derniers routiers. Pot vivait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut décapité à Langres vers le milieu de 1364.[82]Par acte daté de Paris en avril 1364, Charles V accorda des lettres de rémission à Jean Bruffaut, écuyer, né à la Vouzailles, en la sénéchaussée d’Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne, arr. Poitiers, c. Mirebeau), «comme à ceste Penthecouste prochain venant aura deux ans ou environ (5 juin 1362), il se fust parti de son pais et accompaignez avec Guyot du Pyn, nez de nostre royaume et lequel estoit ou au moins apparoit estre pour lors bon et loyal françois, et s’en feussent alez en lointains et estranges pays et par especial ès parties de Bourgoingne, pour nous servir et eulx adventurer bonnement et loyalement, sanz ce que le dit Jehan y pensast à nul mauvaiz, malice ou fraude, mais supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal françois. Et, après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant en sa compaignie, se mist et accompaigna avec certains Anglois et autres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous.» Arch. Nat., JJ94, nº 46.—Dans une autre lettre de rémission en date du 10 juin 1379, on lit que «bien a quinze ans ou environ (en 1363), feu Guyot du Pin et plusieurs autres pillars de sa suite et compaignie estoient sur le pays et y tenoient et occupoient le fort de Mannay (auj. Manlay, Côte-d’Or, arr. Beaune, c. Liernais), prenoient et raençonnoient hommes et femmes...» JJ115, nº 70.[83]Espiote, dont le nom s’écrit aussi Lespiote, était cantonné près de Chalon lorsque, le 20 novembre 1365, on lui apporta, ainsi qu’à une dizaine d’autres chefs de Compagnies, «lettres de par messire du Guesclin que tantos ils se departissent du duché et s’en allassent après li.» (Arch. de la Côte-d’Or, compte de Dimanche Vittel en 1365). Un messager qui portait une lettre des officiers du duc de Bourgogne à du Guesclin n’en fut pas moins dépouillé au delà de Dijon par la route d’Espiote. Finot,Recherches, p. 99.[84]Le Petit Meschin, d’origine gasconne, avait été dans sa jeunesse varlet d’homme d’armes, comme un autre chef de bande, Limousin. Il fut fait prisonnier par le bailli Huart de Raicheval, en 1368, devant Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier). Finot,Recherches, p. 106. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit noyer dans la Garonne, à Toulouse, le Petit Meschin, ainsi que Perrin de Savoie.Thalamus parvus, p. 384.[85]D’après une interpolation du copiste d’un manuscrit de Froissart, manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de Leyde (ms. A 15 de notre classification), Bataillé était d’origine bretonne.[86]Sur ce Frank Hennequin, pauvre garçon d’Allemagne, voyez notre sommaire du t. V, p. 53 et 54. D’après un témoin dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois, ce Frank Hennequin tenait au mois de mai 1369 garnison pour Jean de Montfort à Carhaix, et saint Charles l’aurait frappé, puis guéri à Guingamp d’une paralysie générale. Frank Hennequin, en reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu-pieds un pèlerinage à l’église des Frères Mineurs de Guingamp, «provoquant en duel quiconque nierait désormais la sainteté de Charles de Blois.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5381, t. II, fos216 et 217.[87]Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d’origine, comme l’indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la bataille de Brignais avec Ilawkood, Creswey, Briquet (Froissart de Buchon, II, 407) et fut pris après décembre 1367 dans le château de Beauvoir (Nièvre, com. de Saint-Germain-Chassenay, arr. Nevers, c. Decize) par les gens du duc de Bourbon. C’est lui qui faisait jeter dans une fosse pleine de feu les prisonniers qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter.Chronique de Louis de Bourbon, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20.Archives départementales de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes de Dijon, reg. B4406, 5498;Invent., II, 112, 273.[88]Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison de Lesparre (Gironde).[89]Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en Italie (Froissart de Buchon, II, 407).[90]En janvier 1365, Charles V accorda des lettres de rémission à Naudon de Bageran, «né du pays de Gascoingne, capitaine de Compagnies.» JJ98, nº 720, fº 213.—En novembre et décembre 1367, le gouverneur de Nivernais fit payer la solde des gens d’armes opposés à messire Bernard de Lobrac, à Naudon de Baugerant, au bour Camus et à leurs gens «pleins de male volenté, lesquelz ennemis s’efforçoient de prendre villes et forteresses et demeurant sur le pays en novembre et decembre 1367.»Arch. départ. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes, B5498;Invent., II, 273; Finot,Recherches, 105.—Naudon de Bageran, qui fut plus tard capitaine pour les Anglais du château de Segur en Limousin (Corrèze, arr. Brive, c. Lubersac), est mentionné comme mort en 1394.Arch. Nat., JJ146, nº 189.[91]Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365. Finot, p. 99.[92]Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme)?[93]Bernard de la Salle, qui, le lundi 18 novembre 1359, étant au service du captal de Buch, escalada le château de Clermont avec des grappins d’acier, se mit à piller la Bourgogne après le traité de Brétigny. Il était encore dans cette province en 1368 avec Bérard d’Albret, Gaillard de la Motte, Bernard d’Eauze, le bour de Badefol.Arch. de la Côte-d’Or, B9292;Invent., III, 398.[94]Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en Italie avec Creswey; il revint avec ce dernier ravager l’Anjou, vers 1367 «au temps que les gens de Compaignie, desquelles l’en disoit souverain capitaine un Anglois appelé Briquet, couroient par le pais d’Anjou ou environ.» Jean d’Andigné, capitaine du château de la Roche d’Iré (château de Loiré, Maine-et-Loire, arr. Segré, c. Candé), fit alors la guerre à ce Robert Briquet. JJ104, nº 164.[95]Sur Jean Creswey, voyez notreHistoire de du Guesclin, p. 362.[96]Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement son origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd’hui hameau de la commune de Cézac, Gironde, arr. Blaye, c. Saint-Savin.[97]D’après le témoignage d’Espaing de Léon, rapporté par Froissart (Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou du Castel était originaire de la région des Pyrénées, comme l’indique du reste son prénom de Garciot, diminutif de Garcia. Lorsque les chefs des Compagnies qui ravageaient les trois sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Nîmes conclurent avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, et Henri, comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Auvergne, un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité par lequel ces aventuriers s’engageaient à évacuer le royaume moyennant la somme de 100 000 florins, c’est entre les mains de Garciot du Castel que cet argent fut versé en décembre 1362 et en janvier 1363. «Item, solvit dictus Stephanus de Montemejano dominoGassiono de Castello,capitaneo unius ex societatibus, pro complemento deCmflorenis dictis societatibus promissis ut a regno exirent, de quibus per Bernardum Francisci, receptorem Nemausi, traditi et persoluti fueruntIIIIxxXmfloreni, quiXmfloreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, mandato dicti domini d’Audenehan, valentVIIImfranci. Item, solvit dictus Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto per dictum dominum d’Audenehan in recompensacione expensarum per eum factarum cum domino Garssia de Nassi, militi, eundo Parisius versus regem et alias diversas partes, pro tractatu habendo cum dictis capitaneis societatum ut exirent regnum:Mfloreni =VIIIcfranci.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5957, fº 14 vº.—Garciot ou Garcion du Castel était au service de Jean, comte d’Armagnac, lorsqu’il fut fait prisonnier par le comte de Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne, arr. Toulouse, c. Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre 1362. Vaissète,Hist. du Languedoc, IV, 321.[98]Cet aventurier était, comme son nom l’indique, originaire de Pau en Béarn. Pau n’était encore à cette époque qu’un simple village de la rive droite du Gave, qui servait de station aux bergers de la vallée d’Ossau lorsqu’ils allaient hiverner leurs troupeaux dans les landes immenses du Pont-Long. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit décapiter et écarteler Amanieu de l’Artigue (ou d’Ortigue), Noli Pavalhon et Boulhomet (peut-être faut-il lire: Guyonnet) de Pau, qui avaient conspiré avec le Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer le duc leur maître aux Anglais.Thalamus parvus, p. 384.[99]Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de Pontieu avant la cession de ce comté au roi d’Angleterre par le traité de Brétigny, 3mefils de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, oncle de Louis II, duc de Bourbon, marié à Jeanne de Châtillon-Saint-Pol. Anselme,Hist. généal., I, 318.[100]Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques de Bourbon, qui fit cette remise à Jean Chandos (Bardonnet,Procès-verbal de délivrance, p. 105 à 110). Seulement, le roi Jean put charger son cousin le comte de la Marche, comme le raconte Froissart, d’une mission officieuse auprès des grands seigneurs du parti français, qui firent des difficultés pour se soumettre au traité de Brétigny, tels que les comtes de Périgord et d’Armagnac.[101]Jeanne de Bourbon, l’aînée des filles de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février 1318 à Guigue, VII du nom, comte de Forez, mort en 1360.[102]Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez, frère de Guigue VII, comte de Forez, fut fait prisonnier à Brignais. Anselme,Hist. généal., VI, 730.[103]Froissart dit que «le jeune duc» envoya vers Jacques de Bourbon les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de Bourgogne. Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces expressions de jeune duc ne peuvent s’appliquer qu’à Philippe de Rouvre, qui mourut le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant la bataille de Brignais.[104]Louis, fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, avait succédé en 1360, comme comte de Forez, à son père. D’après Froissart, il était encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de Forez, son oncle paternel; il était né à Saint-Galmier en 1338.[105]Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, sœur de Jacques de Bourbon.[106]Au moyen âge, les foires froides (d’hiver) et chaudes (d’été) de Chalon étaient le centre d’un négoce immense. Les marchands du midi et du nord de l’Europe s’y donnaient rendez-vous. Les produits de l’Italie et du Levant remontaient la Saône jusqu’à Chalon et jusqu’à Saint-Jean-de-Losne; et ces deux villes, aujourd’hui si déchues, possédaient alors des entrepôts considérables où on déposait les marchandises. Saint-Jean-de-Losne était le principal péage où l’on percevait des droits de transit sur les marchandises exportées du royaume en l’Empire ou importées du comté de Bourgogne ou de l’Empire dans le duché de Bourgogne ou dans le royaume de France. L’entrepôt de cette ville s’appelait laMaison des Balles, à cause des balles de laines ou d’autres denrées qu’y déposaient les marchands (Archives de la Côte-d’Or, B3455). Ces richesses, on le comprend, étaient de nature à éveiller la convoitise des chefs des Compagnies. Voilà pourquoi ces pillards, après avoir tenté vainement, à la fin de 1361 et dans les deux premiers mois de 1362, de surprendre Chalon pendant les foires (Arch. de la Côte-d’Or, B3561), s’emparèrent de Saint-Jean-de-Losne ou du moins détruisirent les moulins de cette ville et pillèrent le grand magasin d’entrepôt appeléMaison des Balles(Ibid., B3440 et 3434). Maîtres des passages de la Loire, ils pillent et tuent «les marchans venans ès foires de Chalon.» (Ibid., B3564). On est obligé de faire garder par des hommes d’armes «les frontières de Chalon pendant les foires» (Ibid., B3561); et l’on fait placer une cloche au-dessus de la tour neuve du château de cette ville, «pour esveiller les guettes.» (Ibid., B3566).[107]La ville de Tournus (Saône-et-Loire, arr. Mâcon) est située au nord de Mâcon et au sud de Chalon, sur la rive droite de la Saône. Grâce à l’occupation simultanée de Saint-Jean-de-Losne et de Tournus, les Compagnies commandaient le cours de la Saône en amont et en aval de Chalon.[108]Les Anglo-Gascons avaient fait irruption en Beaujolais dès le mois de juin 1360 (Archives de la Côte-d’Or, B8074).[109]Loire, arr. Roanne, sur la rive droite de la Loire. Charlieu, comme le dit Froissart, dépendait alors du comté de Mâcon, et ressortait au bailliage de cette ville. Si les Compagnies échouèrent devant Charlieu, elles s’emparèrent de Marcigny (Saône-et-Loire, arr. Charolles), surnommé alorsles Nonnains, à cause d’un prieuré de filles de l’ordre de Saint-Benoît, dont plusieurs actes établissent l’occupation par les routiers à cette date (JJ108, nº 370; JJ114, nº 180). Marcigny est situé sur la rive droite de la Loire, et les Compagnies purent traverser le fleuve en cet endroit pour se rendre du Charollais dans le Forez.[110]Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval, à 13 kil. au sud-ouest de Lyon. Ce bourg, arrosé par le Garon, petite rivière qui se jette dans le Rhône à Givors, est traversé par la route de Lyon à Saint-Étienne. Au quatorzième siècle, il y avait à Brignais un château fort, muni de fossés et d’une enceinte, et, d’après M. Allut (les Routiers et la bataille de Brignais, Lyon, Louis Perrin, 1859, p. 23), quelques pans de mur de la première enceinte subsistent encore. Par une bulle datée de Lyon le 13 avril 1251 (Arch. du Rhône, fonds de la seigneurie de Brignais, nº 2), Innocent IV avait donné la seigneurie de Brignais au chapitre de Saint-Just de Lyon. Par conséquent, quand Froissart dit que les Compagnies prirent le château de Brignais et le seigneur et sa femme dedans, notre chroniqueur se trompe, ou il veut désigner le châtelain qui gardait ce château pour le chapitre de Saint-Just.[111]Le principal organisateur de l’armée vaincue à Brignais par les Compagnies ne fut pas Jacques de Bourbon, mais Jean de Melun, comte de Tancarville, que le roi Jean, par acte daté de Beaune le 25 janvier 1362 (n. st.), avait établi son lieutenant en tout son duché de Bourgogne, en tout le bailliage de Mâcon et de Lyonnais, dans les comtés de Forez et de Nevers, dans les baronnies de Beaujeu et de Donzy, dans les duchés de Berry et d’Auvergne, dans tout le comté de Champagne et de Brie, enfin dans tous les bailliages de Sens et de Saint-Pierre-le-Moutier, en le chargeant spécialement «de faire host et chevauchées encontre les Compaingnes et autres noz ennemis qui s’efforceront de meffaire en nostre dit royaume.»Arch. Nat., JJ93, nº 301.—Jean de Melun, comte de Tancarville, était à Dijon en février 1362 (JJ93, nº 301), à Beaune en mars (JJ93, nº 36), à Autun aussi en mars, où il convoqua le ban et l’arrière-ban du duché, tandis que les abbés et prieurs furent sommés de fournir selon l’usage les charrois, sommiers et contributions (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, 245).[112]Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées à peu près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à droite du chemin par où l’on va de la première de ces localités à la seconde.[113]D’après l’historiographe Sauvage (Chronique de Froissart, Lyon, 1559, 4 vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu dit encore aujourd’hui le bois Goyet, où cet érudit, dans une excursion faite à Brignais le 27 juillet 1558, constata des tranchées de trois pieds de profondeur et de cinq à six pieds de largeur, «parmi monceaux de caillous au dedans du fort.» Le plan incliné des collines des Barolles se prolongeait autrefois jusqu’au pied de ce mamelon dont il n’était séparé que par l’ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu’il en soit, c’est sur les dépendances d’une petite ferme nomméeles Saignes, située entre le pied de la colline des Barolles et le bourg de Brignais, à droite du chemin qui va de Saint-Genis à ce bourg, que l’on a trouvé autrefois, en labourant, des fers de lance et des débris d’armures. Allut,les Routiers, p. 228.[114]Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de pierres dont parle Froissart provenaient de l’aqueduc de Brignais (restes d’un aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon les eaux du Gier); les gens des Compagnies auraient ruiné cet aqueduc pour avoir de quoi lapider les hommes d’armes du comte de Tancarville. Il faut plutôt, à l’exemple de M. Allut, attribuer la présence de ces amas de cailloux à la nature pierreuse du terrain des Barolles, où les travaux de la culture ont nécessité de tout temps l’extraction de ces cailloux. Les paysans en font encore aujourd’hui, lorsqu’ils défrichent leurs terres, des tas considérables qu’ils appellentchirats(Les Routiers, p. 212).[115]D’après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpellier contemporain de la bataille, dont la version est plus vraisemblable que celle de Froissart, les gens des Compagnies attaquèrent les premiers et surprirent les Français, selon le chroniqueur florentin, plusieurs heures avant le jour, selon l’annaliste roman, à l’heure de none (3 heures du soir). Les routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le château de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puy) à Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait leur jonction avec ceux de Brignais pour écraser les hommes d’armes du comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon.[116]Arnaud de Cervolle ou de Servolle, surnommé l’Archiprêtre de Vélines, fut fait prisonnier par un Périgourdin son compatriote, le bour ou le bâtard de Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean paya une grande partie, sinon la totalité de la rançon de cet habile spéculateur en aventures guerrières: «Domino Arnaldo de Servola, militi, dicto l’Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri regis et Petri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino d’Audeneham, marescallo Francie, tanquam fidejussori suo ergaspurium de Monsaco, cujus spurii idem dominus Arnaudus fuit prisonarius..., pro financia ipsius domini Amaudi: Vmfloreni valentes IIIImfranci.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5957, fº 15 (fin de 1362).—Par acte daté de Royalieu près Compiègne en juin 1362, le roi Jean se reconnut redevable de 35 000 florins envers l’avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en gage son château de Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et-Loire, arr. Louhans).Arch. Nat., JJ91, nº 447.[117]Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de Tancarville, Jean, comte de Saarbruck (Grandes Chroniques, VI, 226), qui furent aussi faits prisonniers à Brignais, ainsi que Guillaume de Melun, chevalier, chambellan du duc de Normandie, à qui ledit duc, par acte daté de Conflans le 8 mai 1362, donna 1000 francs d’or «pour paier sa rançon aus ennemis desquelz il a esté prisen la besongne qui derrain a esté vers Lion sur le Rosne.» JJ92, nº 87.—Jean de Melun, comte de Tancarville, lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou avait été mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille; car, par acte daté deLyon sur le Rhône en avril1362, il accorda des lettres de rémission à un certain Jean Doublet, «comme il avoit esté avecques les Grans Compaingnes en la bataille devant Brinays en laquelle il prist nostre très chier et bon ami messire Gerart de Toury (maréchal du duché de Bourgogne), par l’induccion duquel il est retournez à l’obeissance du roi nostre sire, et ledit messire Gerart a delivré à plein de sa prison sans raençon et s’est departis des dites Compaingnes...» JJ93, nº 34.

[1]Édouard III fut logé en l’hôtel de Chanteloup (aujourd’hui château de Saint-Germain-lez-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres (Arpajon), du mardi 11 mars au lundi 6 avril 1360.Grandes Chroniques, VI, 169 et Rymer, III, 480.

[2]Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Genève, troisième fils d’Amédée, IIedu nom, comte de Genève, et d’Agnès de Chalon, était le vassal, du chef de sa seigneurie d’Anthon, de Charles, dauphin de Viennois.

[3]Ces négociations infructueuses s’ouvrirent à la maladrerie de Longjumeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les trois négociateurs qu’il nomme étaient des légats du Saint-Siége qu’Innocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d’Avignon le 3 mars 1360 (Rymer, III, 472;Arch. Nat., JJ91, nº 204), pour traiter de la paix; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la conférence de Longjumeau et n’arrivèrent à Paris que vers le 10 avril.

[4]La descente des Français à Winchelsea, suivie du sac de ce port de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notreHistoire de du Guesclin; la jeunesse de Bertrand, p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les historiens semblent avoir ignoré l’existence, David Bruce, IIedu nom, roi d’Écosse, quoiqu’il fût alors prisonnier du roi d’Angleterre, s’étant fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, écuyer, avait conclu une alliance offensive et défensive avec Charles, régent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déterminé à son allié 50 000 marcs d’esterlins en or payables à Paris, au Palais Royal, en la Salle Neuve.Arch. Nat., J677, nº 7.

[5]Édouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beauce que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir.Grandes Chroniques, VI, 171.

[6]Le rédacteur desGrandes Chroniques, le mieux renseigné de tous les chroniqueurs sur ces événements, ne dit pas un mot de cet orage, qui paraît n’avoir eu d’autre effet que d’empêcher Édouard de marcher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d’abord l’intention.

[7]De Gallardon, en effet, on commence à apercevoir la flèche de la cathédrale de Chartres.

[8]Cette rivière est la Voise qui se jette dans l’Eure à Maintenon.

[9]Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Édouard et ses gens s’avancèrent jusqu’à Bonneval et même jusqu’à Chateaudun, et c’est un indice que l’orage survenu près de Gallardon n’eut pas une influence immédiate et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny.

[10]Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, partirent de Paris le lundi 27 avril et arrivèrent le même jour à Chartres.

[11]Aujourd’hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours, Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville. Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince de Galles traitaient à Brétigny avec les envoyés du régent, Édouard lui-même avait rétrogradé et était venu se loger à Sours. Le régent, de son côté, se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers commencèrent le vendredi 1ermai et durèrent jusqu’au vendredi 8 du même mois.Grandes Chroniques, VI, 172, 173; Rymer, III, 485, 486.

[12]Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme, de la charte dite des renonciations, publiée par Rymer (III, 524 et 525). Seulement, comme l’a bien vu Dacier avec sa sagacité et sa conscience ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s’est pas trompé sur la date de mois et de jour (25 mai), il s’est certainement trompé sur la date de lieu (Brétigny-lez-Chartres). Édouard III, en effet, était de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai (Rymer, III, 494). D’un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs à son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du 1eravril 1360 (Martène,Thes. Anecdot., I, 1422 et 1423); et la ratification provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant (Bibl. Nat., De Camps, portef. 46, fº 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire que tout se passa, au moins officiellement, d’abord entre les plénipotentiaires des fils aînés rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre les fils aînés eux-mêmes de Jean et d’Édouard. Du reste, on trouve tout au long dans lesGrandes Chroniques(VI, 175 à 200) la confirmation par le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux de Charles, duc de Normandie; or, cette confirmation est datée,non de Brétigny, mais de Louviers en Normandie, le 16 mai 1360 (Ibid., p. 199). Quoi qu’il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Rymer, est datée de Calais le 24 octobre 1360.

[13]Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d’Amiens (p. 242, 243), mérite d’être notée, parce qu’elle accuse l’interprétation que les juristes de Charles V voulaient donner, lorsque cette rédaction fut composée, à l’une des clauses du traité de Brétigny. Notre chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer, prenait l’engagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les provinces cédées, mais seulement lorsqu’il aurait été remis en possession d’une manière complète et effective de ce qui lui restait de son royaume (Bibl. Nat., fonds de Camps, portef.XLVI, fos553 à 559, 571 à 580; ms. fr. nº 8359, fos45 vº et 51). Dès le 10 février 1361, les Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarville, chargé d’une mission en Angleterre, que le roi de France eut reçu ou voulu recevoir l’appel du comte d’Armagnac et du sire d’Albret (Martène,Thes. Anecdot., I, 1487 à 1489).

[14]Cette trêve fut confirmée à Sours devant Chartres par Édouard, prince de Galles, le 7 mai 1360 (Grandes Chroniques, VI, 207 à 211), et à Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (Ibid., 202 à 206). Le mandement de publication de la trêve, donné par le régent à Brétigny-lez-Chartres le 7 mai (Ibid., 206, 207), ne fut sans doute promulgué qu’à la suite d’une entrevue du duc Charles et du prince de Galles.

[15]Cette ratification, dont le rédacteur desGrandes Chroniquesa publié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360.

[16]Le roi d’Angleterre et le prince de Galles envoyèrent, non pas quatre, mais six chevaliers, trois bannerets et trois bacheliers (Grandes Chroniques, VI, 212 et 213).

[17]Froissart commet ici une méprise. Les six chevaliers, dont il réduit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d’Angleterre et du prince de Galles, mais au contraire d’assister, de la part des princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, prestation qui, on l’a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En retour, six chevaliers français, trois bannerets et trois bacheliers, assistèrent, comme représentants du régent Charles, à la prestation solennelle du serment d’Édouard, prince de Galles, qui se fit dans l’église Notre-Dame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 (Grandes Chroniques, VI, 212 à 214).

[18]Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémission à Guiot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers), qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais «comme,environ la feste de la Penthecouste derrain passée ot quinze ans(24 mai 1360), pour lequel temps certain acord ou trèves estoient, si comme l’en disoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux absoille! et nous et Edouard d’Angleterre, plusieurs routes d’Anglois,passons par nostre royaume pour s’en retourner à Calais, se fussent logiés en la dicte ville de Winkinguehen, dont les aucuns estoient de la route d’un des mareschaux d’Angleterre, lesquelx, disans qu’ils povoient prendre partout vivres pour eulx et leurs chevaux, prindrent en la dicte ville, oultre ce qu’il leur falloit, pour leurs dis vivres, plusieurs autres biens comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et firent moult d’autres oultrages contre la voulenté des bonnes gens habitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir.»Arch. Nat., JJ108, nº 28.

[19]D’après Jean de Venette (Contin. G. de Nangiaco, II, 310), plusieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à la cathédrale de Chartres.

[20]Froissart se trompe sur le lieu d’embarquement du roi d’d’Angleterre. C’est à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur desGrandes Chroniques(VI, 214), non à Harfleur, qu’Édouard mit à la voile pour l’Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur était alors occupé par une forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et ès Vexins français et normand (JJ87, nº 283), tandis que Honfleur, pris par les Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque,Hist. de la maison de Harcourt, IV, 1881, 1882; JJ87, nos146, 315; JJ105, nº 13), ne fut définitivement évacué par les envahisseurs qu’entre les mois de février et de mai 1361 (Rymer, III, 547.Bibl. Nat., Quittances, XIII, 1144, 1186).

[21]Le 14 juin 1360, Jean et Édouard dînèrent ensemble à la Tour de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrêtées le 8 mai précédent, près de Chartres, par les députés de leurs deux fils aînés, en présence de Philippe, duc d’Orléans, des comtes de Ponthieu, de Tancarville, d’Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbruck, d’Adam de Melun, des seigneurs de Derval, d’Aubigny et de Maignelay (Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 432;Grandes Chroniques, VI, 215; Martène,Vet. Script, nova collectio, I, 154).

[22]C’est le prince de Galles, non Édouard III, qui fit la conduite au roi de France jusqu’à Douvres, en passant par Canterbury, d’où Jean adressa, le 5 juillet 1360, un mandement à ses gens des Comptes (Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 437).

[23]Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, le mercredi 8 juillet.Gr. Chron., VI, 215.Bibl. Nat., fonds de Camps,XLVI, 438.

[24]Froissart veut désigner ici les comtes d’Anjou et de Poitou; mais Louis, comte d’Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa, le 9 juillet 1360, Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Saumur en août 1360; dom Morice,Preuves, I, 1534 à 1537), et Jean, comte de Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à la cour d’Avignon (JJ93, nos107, 184), les comtes d’Anjou et de Poitou, dis-je, n’arrivèrent à Calais (P13791, nº 3116) et à Boulogne-sur-Mer (JJ88, nos86, 102, 115) qu’à la fin de septembre ou dans les premiers jours d’octobre.

[25]Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour aller à Saint-Omer (Gr. Chron., VI, 215); mais il s’arrêta en route à Amiens d’où il a daté plusieurs actes (JJ91, nº 435).

[26]Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adressait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. Il les pressait de lui envoyer en un rôle: 1º les noms des villes qui contribuaient à sa rançon, 2º le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville, 3º les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De Camps,XLVI, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gisors, envoya des instructions aux commissaires chargés de recueillir le premier terme de la rançon de Jean (Bibl. de l’École des Chartes,XXXVI, 81 à 90). Paris s’imposa à 100 000 vieux écus, Rouen à 20 000 moutons d’or vieux, Soissons à 8000 royaux (JJ88, nº 21), Vervins à 200 royaux d’or (JJ88, nº 90).

[27]Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des lettres de bourgeoisie parisienne à «Amizus de Concorecio», bourgeois de Milan, à la prière de son amé «Speronelus de Concorecio», fils d’Amizus, «ad nosex parte carissimi consanguinei nostri domini Galeaz, vicecomitis Mediolani,CETERIS DE CAUSISdestinati.» JJ91, nº 433.

[28]Au mois d’avril 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, seigneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et ville de Sommières (Gard, arr. Nîmes) valant 3000 livres tournois de rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Ferté-sur-Aube (JJ107, nº 164). Un desonclesde Galéas Visconti était le féroce Barnabo.

[29]Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en garde en une chambre au-dessus du Trésor de l’abbaye de Saint-Denis «douze mille florins de Florencevenus de Milan, dont Mgren avoit donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans pour la fondacion de sa chapelle.»Bibl. Nat., ms. fr. nº 21 447, fº 42. C’est à cause de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) Jean Galéas Visconti, père de Valentine de Milan, mariée à Louis, duc d’Orléans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de France dans ses armes. J145, nº 433.

[30]Un article du traité de Brétigny portait que le roi de France n’aurait rien à payer pendant le premier mois de son séjour à Calais pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus il payerait 10 000 réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et le réal nouveau à 26). Arrivé à Calais le 8 juillet, le roi de France ne recouvra pleinement la liberté qu’après la ratification définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre suivant. Il eut ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux mois et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient s’élever par conséquent à 25 000 réaux. La quittance d’Édouard est datée de Calais le 24 octobre 1360 (J638, nº 5).

[31]Nous avons dressé un tableau de ces lieux forts occupés par les Compagnies anglo-navarraises, de 1356 à 1364.Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand, p. 459 à 509.

[32]Eustache d’Auberchicourt vendit, vers le 19 mars 1360, Attigny (Ardennes, arr. Vouziers) 25 000 deniers d’or, et le 16 juin suivant une autre forteresse, Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois), 8000 florins. On remarquera que Froissart semble plaindre sincèrement son compatriote de n’avoir pu se faire payer.

[33]Ce fut le cas d’Eustache d’Auberchicourt qui alla tenir garnison à Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les plantureux marais du Cotentin, après avoir exploité les plus fertiles plateaux des Ardennes.

[34]Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont à Saint-Omer pendant la première quinzaine d’août (JJ88, nos24, 68); ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, nº 29), le 27 août (JJ88, nº 70), le 7 (JJ88, nos66, 75), le 22 (JJ88, nº 109) et le 27 septembre (J332, nº 26), le 7 octobre (X2a7, fos72 vº et 73) et le 17 octobre (X2a7, fº 98 vº) 1360.

[35]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III jure sur le corps de Jésus-Christ de bien traiter les otages, de les faire rendre à Boulogne-sur-Mer aussitôt que les choses pour lesquelles ils sont otages seront accomplies, de ne les pas mettre en prison fermée, enfin de les laisser s’ébattre par son royaume deux jours et une nuit. Martène,Thes. Anecdot., 1440 et 1441.

[36]Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette ville le dimanche 25 octobre 1360, au matin, après y être resté cent neuf jours.Gr. Chron., VI, 217, 218.

[37]La charte d’érection du comté d’Anjou et du Maine en duché pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est seulement datée de Boulogne-sur-Meren octobre1360 (Arch. Nat., P13341, nº 3); mais comme le roi de France ne séjourna dans cette ville que du dimanche 25 au jeudi 29 octobre, c’est entre ces deux dates que le titre de duc dut être conféré à Louis Ierd’Anjou.

[38]La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième fils, naguère comte de Poitiers et de Mâconnais, duc de Berry et d’Auvergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer en octobre 1360 (JJ91, nº 203); elle doit pour les mêmes raisons avoir été octroyée du 25 au 29 octobre 1360.

[39]Le roi d’Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre.Gr. Chr., VI, 215.

[40]Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360.

[41]Le roi de France était logé au château de Calais, tandis qu’Édouard III était descendu dans un hôtel de cette ville.

[42]La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois en double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des Archives Nationales: le carton J638, qui contient 21 pièces cotées 1 à 21, et les cartons J639 et J640 qui en contiennent, l’un 18, l’autre 19, cotées 1 à 37. Ces documents ont presque tous été publiés par dom Martène,Thes. Anecdot., I, 1427 à 1464.

[43]Nous avons collationné le texte donné par Froissart, dans les passages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous fournissaient pas de bonne leçon, avec l’un des doubles de la charte originale, contenu dans le carton J639, nº 15. Froissart a reproduit le double de cette charte destiné au roi de France. Le double, destiné au roi d’Angleterre et revêtu en conséquence de la signature des princes et seigneurs français, est daté de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360. Il a été publié par Rymer.Fœdera, III, 530, 531.

[44]M. le duc d’Aumale (Notes et documents relatifs au roi Jean, p. 20) et M. Bardonnet (Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos, p. 5) nous semblent s’être mépris lorsqu’ils ont pensé que le titre de chancelier de France porté par Gilles Aycelin de Montagu, IIedu nom, n’avait pu coexister légalement avec un titre, non semblable, mais analogue, donné dans le même temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint-Denis le 18 mars 1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre de Provins en l’église de Sens, fut nommé chancelier du régent du royaume, duc de Normandie, aux gages de 2000 livres parisis par an (Bibl. Nat., ms. fr., nº 20 691, fº 665; de Camps,XLVI, 316 et 317); mais dans l’acte même de nomination de Jean de Dormans, on eut soin de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de Montagu qui n’en resta pas moins chancelier de France jusqu’au 18 septembre 1361.

[45]Nous avons collationné le texte donné par Froissart, là où la leçon des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la charte originale conservée dans le carton J639, nº 15.

[46]Édouard III abandonna le titre de roi de France, qu’il prenait dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre à Philippe de Valois, le samedi 24 octobre 1360, après la ratification définitive du traité de Brétigny.Gr. Chron., VI, 218.

[47]Sur la question de Bretagne, le traité de Brétigny stipule seulement (art. 20) que, pendant l’année qui suivra l’arrivée de Jean à Calais, les deux rois feront tous leurs efforts pour amener un arrangement entre les deux prétendants. Si, au bout de cette année, Jean et Édouard ont échoué dans leurs tentatives de conciliation, les amis des deux compétiteurs auront encore une demi année pour revenir à la charge, après quoi «Charles de Blois et Jean de Montfort feront ce qui mieux leur semblera.» Rymer, III, 490, 491, 516.

[48]Henri, duc de Lancastre, avait été lieutenant et capitaine général en Bretagne, du 14 septembre 1354 (Rymer, III, 312) au mois d’août 1358 (Ibid., 403).

[49]En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai 1360, la trêve entre les deux royaumes, où la Bretagne était comprise, fut prorogée, non, comme le dit Froissart, jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste, mais jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre) 1361. Rymer, III, 662.

[50]Ces quatre chevaliers étaient Gui de Bryan, Roger de Beauchamp, comte de Warwick, Renaud de Cobham et Gautier de Masny (Gr. Chron., VI, 220). L’assignation d’une rente de 2000 royaux d’or à Gui de Bryan est datée de Saint-Omer le 1ernovembre 1360. Martène,Thes. Anecdot., I, 1478 et 1479.

[51]Édouard III assigna une rente annuelle et viagère de 3000 réaux à Arnoul d’Audrehem, maréchal de France (J641, nº 12), une rente annuelle et viagère de la même somme à Jean de Melun, comte de Tancarville (J642, nº 3), une rente annuelle et viagère de 2000 écus à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France (J642, nº 5), une rente annuelle et viagère de 200 écus à Guillaume de Dormans, frère de Jean de Dormans auquel il succéda à la fin de 1361 comme chancelier du duc de Normandie. J641, nº 18.

[52]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, le roi Jean confirma la donation faite par le roi d’Angleterre à Jean Chandos de toutes les terres qui avaient appartenu à Godefroi de Harcourt, moyennant toutefois l’hommage au duc de Normandie (Martène,Thes. Anecdot., I, 1432; Rymer, III, 543, 544) dont la confirmation fut donnée à Boulogne-sur-Mer deux jours après celle de son père, le 26 octobre.

[53]En effet ces pièces annexes du traité de Brétigny, qui sont fort nombreuses, sont presque toutes datées de Calais le 24 octobre ou de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360.

[54]Ces otages durent être remis au prince de Galles à Boulogne-sur-Mer le lundi 26 octobre, après dîner. Dans la matinée, avant de quitter Boulogne pour se rendre à Calais sous la conduite du fils aîné du roi d’Angleterre, ils avaient juré l’alliance offensive et défensive conclue entre les deux rois. Rymer, III, 530, 531.

[55]Le versement qui eut lieu à Calais le 24 octobre, ne fut que de 400 000 écus (J639, nº 6). 200 000 écus complémentaires furent payés, 100 000 le 26 décembre, 100 000 le 31 décembre suivant (J640, nº 34). En 1364, le florin valait 16 sous, et l’écu vieux 21 sous 3 deniers.Bibl, Nat., ms. lat. nº 5957, fº 18 vº.

[56]Le roi Jean partit de Calais pour se rendre à Boulogne-sur-Mer, non la veille de Saint-Simon et Saint-Jude, c’est-à-dire le 27 octobre, comme Froissart le dit par erreur, mais deux jours auparavant, le dimanche 25 au matin.Gr. Chron., VI, 217, 218.

[57]La date donnée ici par Froissart est fort exacte. Édouard III et les otages français s’embarquèrent pour l’Angleterre le matin du samedi 31 octobre, avant le jour.Gr. Chron., VI, 219.

[58]Le nombre des otages nobles, fixé primitivement à quarante, fut réduit à trente en vertu d’une convention subsidiaire datée de Calais le 24 octobre 1360. Martène,Thes. Anecdot., I, 1448.

[59]Martène,Thes. Anecdot., I, 1440, 1441.

[60]Le roi Jean partit de Boulogne-sur-Mer pour aller à Saint-Omer trois jours avant la Toussaint, le jeudi 29 octobre. Il fêta la Toussaint dans cette dernière ville; et les mardi et mercredi 3 et 4 novembre on y donna des joutes en son honneur.Grandes Chroniques, VI, 218 à 221.

[61]Jean resta à Saint-Omer au moins jusqu’au 7 novembre, car nous avons deux mandements de ce prince, datés l’un du 2 (Ordonn., III, 432), l’autre du 7 novembre (Ibid., 433), à Saint-Omer.

[62]On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les 14 (J1084, nº 5) et 16 novembre (JJ91, nº 217). Le roi de France paraît être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mois, car un autre de ses actes est daté de cette ville le 30 novembre (JJ95, nº 53).

[63]Jean ne resta pas à Amiens jusqu’à Noël, puisque dès le 5 décembre il était de passage à Compiègne d’où il a daté la grande ordonnance édictant la levée de l’aide pour sa rançon de 12 deniers pour livre sur la vente de toutes les marchandises, du cinquième sur la vente du sel et du treizième sur l’entrée des vins, ainsi que l’ordonnance fixant le prix des espèces d’or et d’argent.Ordonn., III, 433 à 442.

[64]Jean, après avoir passé la soirée du vendredi 11 et la journée du samedi 12 décembre à l’abbaye de Saint-Denis où il se réconcilia avec son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre (Secousse,Preuves des Mémoires sur Charles II, 182 à 185), fit son entrée à Paris le dimanche 13 décembre 1360.Grandes Chroniques, VI, 223.

[65]La commission donnée à ce sujet par Édouard III à Richard de Stafford, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Étienne de Cusyngton, Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton et Guillaume de Felton, est datée du 1erjuillet 1361. Champollion-Figeac,Lettres des rois et reines, II, 135.

[66]Les opérations de cette délivrance, commencées à Châtellerault le samedi 11 septembre 1361, ne se terminèrent que le lundi 28 mars 1362 à Angoulême; elles demandèrent par conséquent un peu plus de six mois et demi. Voyez la belle publication de M. Bardonnet.Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos.Niort, in-8º, p. 9, 116. Le roi de France, de son côté, par lettres datées du Bois de Vincennes le 12 août 1361, avait nommé commissaires: les maréchaux d’Audrehem et Boucicaut, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d’Angle, le sire d’Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, sénéchal de Carcassonne.Ibid., p. 12 à 14.

[67]Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité au roi d’Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi 30 décembre.

[68]Jean I, comte d’Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qui, par contrat passé à Carcassonne le 24 juin 1360, avait marié sa fille aînée Jeanne d’Armagnac à Jean de France, alors comte de Poitiers et de Mâconnais, créé à la fin d’octobre de la même année duc de Berry et d’Auvergne.

[69]Pierre Raymond, IIedu nom, comte de Comminges.

[70]Arnaud d’Eauze (Gers, arr. Condom), vicomte de Caraman (Haute-Garonne, arr. Villefranche-de-Lauragais).

[71]Roger Bernard de Foix, IIedu nom, vicomte de Castelbon, seigneur de Moncade. Le nom de cette vicomté est resté au château de Castelbon situé dans la commune de Betchat, Ariége, arr. Saint-Girons, c. Saint-Lizier.

[72]Le roi Jean, sachant le prix qu’Édouard III attachait à la prise de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou, avait écrit d’Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter seschers et bons amis, les maire, jurés et commune de la Rochelle, à envoyer vers lui leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement daté de Calais, il renouvelle la même invitation (Martène,Thes. Anecdot., I, 1428). Il envoie exprès à la Rochelle Arnoul, sire d’Audrehem, pour presser les habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de cette ville les 5 et 8 août (JJ88, nos76, 93; Rymer, III, 558, 551; JJ88, nº 67). Les Rochellais s’exécutent enfin le 15 août et chargent Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bourgeois d’aller trouver le roi de France à Calais (Martène,Ibid., 1427 à 1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s’engage à livrer comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n’aurait pas été remise entre les mains des Anglais (Rymer, III, 541; Martène, Ibid., 1449). A Boulogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du serment d’obéissance (Martène,Thes. Anecdot., I, 1462 à 1464). Le même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, et à Guichard d’Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer royaument et de fait à son très-cher frère le roi d’Angleterre la possession des ville, château et forteresse de la Rochelle (Bibl. Nat., ms. fr. nº 8354, fº 22; De Camps,XLVI, 593 et 594). Enfin, par acte daté de Westminster le 28 janvier 1361, Édouard III, sur le rapport de Bertrand, seigneur de Monferrand, qu’il avait nommé gouverneur de la Rochelle le 38[*]octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de France de ladélivrancede la Rochelle à l’Angleterre, qui avait eu lieu le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par conséquent, la livraison ou, pour employer l’expression du temps, ladélivrancede la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d’un an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démarches et des négociations ininterrompues pendant sept ou huit mois.

[*]Ainsi dans l’original (N. d. t.)

[73]Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Édouard III nomme Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie, son lieutenant et capitaine ès parties de France et conservateur spécial de la paix et des trêves ès dites parties. Rymer, III, 555.

[74]Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III chargea Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne, de l’Orléanais et du Gâtinais; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de Dreux); le sire de Pommiers, Bérard et Arnaud d’Albret, celles du Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l’Auvergne; Amauri de Fossat et Hélie de Pommiers, celles du Périgord, du Quercy et de l’Agenais; le captal de Buch, le sire de Monferrand et Thomas de Holland, celles de la Normandie, de l’Anjou et du Maine. Rymer, III, 546 et 547.

[75]Le château de Joinville (Joinville-sur-Marne ou en Vallage, Haute-Marne, arr. Vassy) fut pris par une compagnie d’aventuriers allemands, qui se nommaient les Tard-Venus. Ce château, appartenant à Henri, comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut occupé après le traité de Brétigny conclu le 8 mai 1360 («... son chastel de Joinville depuis nostre paiz pris par noz ennemis.»Arch. Nat., JJ91, nº 245), et avant le 24 octobre de la même année, puisque, dans la ratification définitive du traité du 8 mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler expressément l’évacuation de Joinville (Rymer, III, 535, 546). Le sire de Joinville s’étant ruiné pour racheter son château, le roi Jean, par acte daté de Saint-Denis le 25 février 1362 (n. st.), lui constitua une rente annuelle et viagère de 2000 livres («ad relevanda gravamina que passus fuit et est in captione et detentione castri et ville suarum de Joinvilla». JJ91, nº 134). Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande somme de florins «pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il estoit plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz.» JJ91, nº 451. JJ93, nos9, 239. J1036, nos22 à 24.Chroniques de Jean le Bel, II, 274.

[76]Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies dans le diocèse de Langres.Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 487 et 488.

[77]En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des intelligences en Bourgogne; quatre capitaines de forteresses du duché furent révoqués, et le sire d’Estrabonne arrêté à Chalon (Archiv. dép. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes du duché de Bourgogne, compte de Dimanche Vitel pour 1361; Finot,Recherches sur les Compagnies en Bourgogne, p. 16). Si l’on songe que Charles le Mauvais, roi de Navarre, éleva des prétentions sur le duché de Bourgogne après la mort de Philippe de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne doutera pas que les menées de ce prince perfide n’aient contribué particulièrement à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le nombre et l’audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean, sans oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui disputer sous main la succession du duché. On verra, dans une des notes suivantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent alors la Bourgogne, étaient d’origine navarraise. Les prétentions de Jean de Bourgogne, dernier descendant mâle de Jean de Chalon l’Antique, sur le comté de Bourgogne, dont Marguerite de France, grand’tante de Philippe de Rouvre et grand’mère de sa veuve, avait été reconnue héritière, en faisant éclater la guerre entre Jean et Marguerite, ces prétentions, dis-je, furent aussi l’une des causes qui mirent, dans le courant de 1362, le comté aussi bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compagnies. Finot,Ibid., p. 70, 71.

[78]Aujourd’hui Reulle-Vergy, Côte-d’Or, arr. Dijon, c. Gevrey.

[79]Côte-d’Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos de Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies occupèrent aussi en 1361 un autre Givrey (auj. Givry-Cortiambles ou Givry-près-l’Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône), car le bailli de Chalon envoya, de Noël 1360 au 15 janvier 1361, à Robert de Marnay, châtelain de Montaigu (château de Chauffailles, Saône-et-Loire, arr. Charolles), des hommes d’armes qui gardèrent le dit château depuis le 2 février jusqu’au mois d’août 1361 contre les gens des Compagnies qui étaient à Couches (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr. Autun) et à Givry (Archives de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes de Bourgogne, B5251.Inventaire, ii, 237). Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne (Hist. de du Guesclin, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de l’inventaire des archives de la Côte-d’Or permettraient d’ajouter à cette liste près de cinquante forteresses.

[80]Seguin de Badefol était l’un des quatre fils légitimes de Seguin de Gontaut, sire de Badefols (auj. Badefols-de-Cadouin, Dordogne, arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329 à Marguerite de Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de Badefol, eut trois autres fils, Jean, Pierre et Gaston, une fille, Dauphine mariée à Pierre de Cugnac, et cinq enfants naturels, dont deux fils et trois filles; dans son testament daté du 23 août 1371, il ne nomme point Seguin qui était mort empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l’abbaye de Cadouin.

[81]Ce chef de Compagnie est appeléTaillevardondans une lettre de rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin de «Cromeneau», au bailliage de Mâcon, qui avait quitté son pays natal «pour cause des gens de l’Archeprestre, de feu Guiot du Pin et de feu Taillevardon et de plusieurs autres gens d’armes qui lors (en 1362) gastoient et pilloient tout le pays...»Arch. Nat., JJ115, nº 70.—En 1363, un écuyer de Philippe le Hardi, lieutenant du roi son père dans le duché de Bourgogne, s’appelait Arnaud de Talbardon. (Arch. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes, série B, liasse 371;Invent., I, 40.) D’après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel, Tallebardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit est dans l’erreur au moins en ce qui concerne ces deux derniers routiers. Pot vivait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut décapité à Langres vers le milieu de 1364.

[82]Par acte daté de Paris en avril 1364, Charles V accorda des lettres de rémission à Jean Bruffaut, écuyer, né à la Vouzailles, en la sénéchaussée d’Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne, arr. Poitiers, c. Mirebeau), «comme à ceste Penthecouste prochain venant aura deux ans ou environ (5 juin 1362), il se fust parti de son pais et accompaignez avec Guyot du Pyn, nez de nostre royaume et lequel estoit ou au moins apparoit estre pour lors bon et loyal françois, et s’en feussent alez en lointains et estranges pays et par especial ès parties de Bourgoingne, pour nous servir et eulx adventurer bonnement et loyalement, sanz ce que le dit Jehan y pensast à nul mauvaiz, malice ou fraude, mais supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal françois. Et, après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant en sa compaignie, se mist et accompaigna avec certains Anglois et autres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous.» Arch. Nat., JJ94, nº 46.—Dans une autre lettre de rémission en date du 10 juin 1379, on lit que «bien a quinze ans ou environ (en 1363), feu Guyot du Pin et plusieurs autres pillars de sa suite et compaignie estoient sur le pays et y tenoient et occupoient le fort de Mannay (auj. Manlay, Côte-d’Or, arr. Beaune, c. Liernais), prenoient et raençonnoient hommes et femmes...» JJ115, nº 70.

[83]Espiote, dont le nom s’écrit aussi Lespiote, était cantonné près de Chalon lorsque, le 20 novembre 1365, on lui apporta, ainsi qu’à une dizaine d’autres chefs de Compagnies, «lettres de par messire du Guesclin que tantos ils se departissent du duché et s’en allassent après li.» (Arch. de la Côte-d’Or, compte de Dimanche Vittel en 1365). Un messager qui portait une lettre des officiers du duc de Bourgogne à du Guesclin n’en fut pas moins dépouillé au delà de Dijon par la route d’Espiote. Finot,Recherches, p. 99.

[84]Le Petit Meschin, d’origine gasconne, avait été dans sa jeunesse varlet d’homme d’armes, comme un autre chef de bande, Limousin. Il fut fait prisonnier par le bailli Huart de Raicheval, en 1368, devant Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier). Finot,Recherches, p. 106. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit noyer dans la Garonne, à Toulouse, le Petit Meschin, ainsi que Perrin de Savoie.Thalamus parvus, p. 384.

[85]D’après une interpolation du copiste d’un manuscrit de Froissart, manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de Leyde (ms. A 15 de notre classification), Bataillé était d’origine bretonne.

[86]Sur ce Frank Hennequin, pauvre garçon d’Allemagne, voyez notre sommaire du t. V, p. 53 et 54. D’après un témoin dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois, ce Frank Hennequin tenait au mois de mai 1369 garnison pour Jean de Montfort à Carhaix, et saint Charles l’aurait frappé, puis guéri à Guingamp d’une paralysie générale. Frank Hennequin, en reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu-pieds un pèlerinage à l’église des Frères Mineurs de Guingamp, «provoquant en duel quiconque nierait désormais la sainteté de Charles de Blois.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5381, t. II, fos216 et 217.

[87]Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d’origine, comme l’indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la bataille de Brignais avec Ilawkood, Creswey, Briquet (Froissart de Buchon, II, 407) et fut pris après décembre 1367 dans le château de Beauvoir (Nièvre, com. de Saint-Germain-Chassenay, arr. Nevers, c. Decize) par les gens du duc de Bourbon. C’est lui qui faisait jeter dans une fosse pleine de feu les prisonniers qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter.Chronique de Louis de Bourbon, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20.Archives départementales de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes de Dijon, reg. B4406, 5498;Invent., II, 112, 273.

[88]Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison de Lesparre (Gironde).

[89]Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en Italie (Froissart de Buchon, II, 407).

[90]En janvier 1365, Charles V accorda des lettres de rémission à Naudon de Bageran, «né du pays de Gascoingne, capitaine de Compagnies.» JJ98, nº 720, fº 213.—En novembre et décembre 1367, le gouverneur de Nivernais fit payer la solde des gens d’armes opposés à messire Bernard de Lobrac, à Naudon de Baugerant, au bour Camus et à leurs gens «pleins de male volenté, lesquelz ennemis s’efforçoient de prendre villes et forteresses et demeurant sur le pays en novembre et decembre 1367.»Arch. départ. de la Côte-d’Or, fonds de la Chambre des Comptes, B5498;Invent., II, 273; Finot,Recherches, 105.—Naudon de Bageran, qui fut plus tard capitaine pour les Anglais du château de Segur en Limousin (Corrèze, arr. Brive, c. Lubersac), est mentionné comme mort en 1394.Arch. Nat., JJ146, nº 189.

[91]Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365. Finot, p. 99.

[92]Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme)?

[93]Bernard de la Salle, qui, le lundi 18 novembre 1359, étant au service du captal de Buch, escalada le château de Clermont avec des grappins d’acier, se mit à piller la Bourgogne après le traité de Brétigny. Il était encore dans cette province en 1368 avec Bérard d’Albret, Gaillard de la Motte, Bernard d’Eauze, le bour de Badefol.Arch. de la Côte-d’Or, B9292;Invent., III, 398.

[94]Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en Italie avec Creswey; il revint avec ce dernier ravager l’Anjou, vers 1367 «au temps que les gens de Compaignie, desquelles l’en disoit souverain capitaine un Anglois appelé Briquet, couroient par le pais d’Anjou ou environ.» Jean d’Andigné, capitaine du château de la Roche d’Iré (château de Loiré, Maine-et-Loire, arr. Segré, c. Candé), fit alors la guerre à ce Robert Briquet. JJ104, nº 164.

[95]Sur Jean Creswey, voyez notreHistoire de du Guesclin, p. 362.

[96]Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement son origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd’hui hameau de la commune de Cézac, Gironde, arr. Blaye, c. Saint-Savin.

[97]D’après le témoignage d’Espaing de Léon, rapporté par Froissart (Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou du Castel était originaire de la région des Pyrénées, comme l’indique du reste son prénom de Garciot, diminutif de Garcia. Lorsque les chefs des Compagnies qui ravageaient les trois sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Nîmes conclurent avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, et Henri, comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Auvergne, un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité par lequel ces aventuriers s’engageaient à évacuer le royaume moyennant la somme de 100 000 florins, c’est entre les mains de Garciot du Castel que cet argent fut versé en décembre 1362 et en janvier 1363. «Item, solvit dictus Stephanus de Montemejano dominoGassiono de Castello,capitaneo unius ex societatibus, pro complemento deCmflorenis dictis societatibus promissis ut a regno exirent, de quibus per Bernardum Francisci, receptorem Nemausi, traditi et persoluti fueruntIIIIxxXmfloreni, quiXmfloreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, mandato dicti domini d’Audenehan, valentVIIImfranci. Item, solvit dictus Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto per dictum dominum d’Audenehan in recompensacione expensarum per eum factarum cum domino Garssia de Nassi, militi, eundo Parisius versus regem et alias diversas partes, pro tractatu habendo cum dictis capitaneis societatum ut exirent regnum:Mfloreni =VIIIcfranci.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5957, fº 14 vº.—Garciot ou Garcion du Castel était au service de Jean, comte d’Armagnac, lorsqu’il fut fait prisonnier par le comte de Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne, arr. Toulouse, c. Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre 1362. Vaissète,Hist. du Languedoc, IV, 321.

[98]Cet aventurier était, comme son nom l’indique, originaire de Pau en Béarn. Pau n’était encore à cette époque qu’un simple village de la rive droite du Gave, qui servait de station aux bergers de la vallée d’Ossau lorsqu’ils allaient hiverner leurs troupeaux dans les landes immenses du Pont-Long. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit décapiter et écarteler Amanieu de l’Artigue (ou d’Ortigue), Noli Pavalhon et Boulhomet (peut-être faut-il lire: Guyonnet) de Pau, qui avaient conspiré avec le Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer le duc leur maître aux Anglais.Thalamus parvus, p. 384.

[99]Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de Pontieu avant la cession de ce comté au roi d’Angleterre par le traité de Brétigny, 3mefils de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, oncle de Louis II, duc de Bourbon, marié à Jeanne de Châtillon-Saint-Pol. Anselme,Hist. généal., I, 318.

[100]Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques de Bourbon, qui fit cette remise à Jean Chandos (Bardonnet,Procès-verbal de délivrance, p. 105 à 110). Seulement, le roi Jean put charger son cousin le comte de la Marche, comme le raconte Froissart, d’une mission officieuse auprès des grands seigneurs du parti français, qui firent des difficultés pour se soumettre au traité de Brétigny, tels que les comtes de Périgord et d’Armagnac.

[101]Jeanne de Bourbon, l’aînée des filles de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février 1318 à Guigue, VII du nom, comte de Forez, mort en 1360.

[102]Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez, frère de Guigue VII, comte de Forez, fut fait prisonnier à Brignais. Anselme,Hist. généal., VI, 730.

[103]Froissart dit que «le jeune duc» envoya vers Jacques de Bourbon les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de Bourgogne. Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces expressions de jeune duc ne peuvent s’appliquer qu’à Philippe de Rouvre, qui mourut le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant la bataille de Brignais.

[104]Louis, fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, avait succédé en 1360, comme comte de Forez, à son père. D’après Froissart, il était encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de Forez, son oncle paternel; il était né à Saint-Galmier en 1338.

[105]Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, sœur de Jacques de Bourbon.

[106]Au moyen âge, les foires froides (d’hiver) et chaudes (d’été) de Chalon étaient le centre d’un négoce immense. Les marchands du midi et du nord de l’Europe s’y donnaient rendez-vous. Les produits de l’Italie et du Levant remontaient la Saône jusqu’à Chalon et jusqu’à Saint-Jean-de-Losne; et ces deux villes, aujourd’hui si déchues, possédaient alors des entrepôts considérables où on déposait les marchandises. Saint-Jean-de-Losne était le principal péage où l’on percevait des droits de transit sur les marchandises exportées du royaume en l’Empire ou importées du comté de Bourgogne ou de l’Empire dans le duché de Bourgogne ou dans le royaume de France. L’entrepôt de cette ville s’appelait laMaison des Balles, à cause des balles de laines ou d’autres denrées qu’y déposaient les marchands (Archives de la Côte-d’Or, B3455). Ces richesses, on le comprend, étaient de nature à éveiller la convoitise des chefs des Compagnies. Voilà pourquoi ces pillards, après avoir tenté vainement, à la fin de 1361 et dans les deux premiers mois de 1362, de surprendre Chalon pendant les foires (Arch. de la Côte-d’Or, B3561), s’emparèrent de Saint-Jean-de-Losne ou du moins détruisirent les moulins de cette ville et pillèrent le grand magasin d’entrepôt appeléMaison des Balles(Ibid., B3440 et 3434). Maîtres des passages de la Loire, ils pillent et tuent «les marchans venans ès foires de Chalon.» (Ibid., B3564). On est obligé de faire garder par des hommes d’armes «les frontières de Chalon pendant les foires» (Ibid., B3561); et l’on fait placer une cloche au-dessus de la tour neuve du château de cette ville, «pour esveiller les guettes.» (Ibid., B3566).

[107]La ville de Tournus (Saône-et-Loire, arr. Mâcon) est située au nord de Mâcon et au sud de Chalon, sur la rive droite de la Saône. Grâce à l’occupation simultanée de Saint-Jean-de-Losne et de Tournus, les Compagnies commandaient le cours de la Saône en amont et en aval de Chalon.

[108]Les Anglo-Gascons avaient fait irruption en Beaujolais dès le mois de juin 1360 (Archives de la Côte-d’Or, B8074).

[109]Loire, arr. Roanne, sur la rive droite de la Loire. Charlieu, comme le dit Froissart, dépendait alors du comté de Mâcon, et ressortait au bailliage de cette ville. Si les Compagnies échouèrent devant Charlieu, elles s’emparèrent de Marcigny (Saône-et-Loire, arr. Charolles), surnommé alorsles Nonnains, à cause d’un prieuré de filles de l’ordre de Saint-Benoît, dont plusieurs actes établissent l’occupation par les routiers à cette date (JJ108, nº 370; JJ114, nº 180). Marcigny est situé sur la rive droite de la Loire, et les Compagnies purent traverser le fleuve en cet endroit pour se rendre du Charollais dans le Forez.

[110]Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval, à 13 kil. au sud-ouest de Lyon. Ce bourg, arrosé par le Garon, petite rivière qui se jette dans le Rhône à Givors, est traversé par la route de Lyon à Saint-Étienne. Au quatorzième siècle, il y avait à Brignais un château fort, muni de fossés et d’une enceinte, et, d’après M. Allut (les Routiers et la bataille de Brignais, Lyon, Louis Perrin, 1859, p. 23), quelques pans de mur de la première enceinte subsistent encore. Par une bulle datée de Lyon le 13 avril 1251 (Arch. du Rhône, fonds de la seigneurie de Brignais, nº 2), Innocent IV avait donné la seigneurie de Brignais au chapitre de Saint-Just de Lyon. Par conséquent, quand Froissart dit que les Compagnies prirent le château de Brignais et le seigneur et sa femme dedans, notre chroniqueur se trompe, ou il veut désigner le châtelain qui gardait ce château pour le chapitre de Saint-Just.

[111]Le principal organisateur de l’armée vaincue à Brignais par les Compagnies ne fut pas Jacques de Bourbon, mais Jean de Melun, comte de Tancarville, que le roi Jean, par acte daté de Beaune le 25 janvier 1362 (n. st.), avait établi son lieutenant en tout son duché de Bourgogne, en tout le bailliage de Mâcon et de Lyonnais, dans les comtés de Forez et de Nevers, dans les baronnies de Beaujeu et de Donzy, dans les duchés de Berry et d’Auvergne, dans tout le comté de Champagne et de Brie, enfin dans tous les bailliages de Sens et de Saint-Pierre-le-Moutier, en le chargeant spécialement «de faire host et chevauchées encontre les Compaingnes et autres noz ennemis qui s’efforceront de meffaire en nostre dit royaume.»Arch. Nat., JJ93, nº 301.—Jean de Melun, comte de Tancarville, était à Dijon en février 1362 (JJ93, nº 301), à Beaune en mars (JJ93, nº 36), à Autun aussi en mars, où il convoqua le ban et l’arrière-ban du duché, tandis que les abbés et prieurs furent sommés de fournir selon l’usage les charrois, sommiers et contributions (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, 245).

[112]Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées à peu près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à droite du chemin par où l’on va de la première de ces localités à la seconde.

[113]D’après l’historiographe Sauvage (Chronique de Froissart, Lyon, 1559, 4 vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu dit encore aujourd’hui le bois Goyet, où cet érudit, dans une excursion faite à Brignais le 27 juillet 1558, constata des tranchées de trois pieds de profondeur et de cinq à six pieds de largeur, «parmi monceaux de caillous au dedans du fort.» Le plan incliné des collines des Barolles se prolongeait autrefois jusqu’au pied de ce mamelon dont il n’était séparé que par l’ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu’il en soit, c’est sur les dépendances d’une petite ferme nomméeles Saignes, située entre le pied de la colline des Barolles et le bourg de Brignais, à droite du chemin qui va de Saint-Genis à ce bourg, que l’on a trouvé autrefois, en labourant, des fers de lance et des débris d’armures. Allut,les Routiers, p. 228.

[114]Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de pierres dont parle Froissart provenaient de l’aqueduc de Brignais (restes d’un aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon les eaux du Gier); les gens des Compagnies auraient ruiné cet aqueduc pour avoir de quoi lapider les hommes d’armes du comte de Tancarville. Il faut plutôt, à l’exemple de M. Allut, attribuer la présence de ces amas de cailloux à la nature pierreuse du terrain des Barolles, où les travaux de la culture ont nécessité de tout temps l’extraction de ces cailloux. Les paysans en font encore aujourd’hui, lorsqu’ils défrichent leurs terres, des tas considérables qu’ils appellentchirats(Les Routiers, p. 212).

[115]D’après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpellier contemporain de la bataille, dont la version est plus vraisemblable que celle de Froissart, les gens des Compagnies attaquèrent les premiers et surprirent les Français, selon le chroniqueur florentin, plusieurs heures avant le jour, selon l’annaliste roman, à l’heure de none (3 heures du soir). Les routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le château de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puy) à Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait leur jonction avec ceux de Brignais pour écraser les hommes d’armes du comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon.

[116]Arnaud de Cervolle ou de Servolle, surnommé l’Archiprêtre de Vélines, fut fait prisonnier par un Périgourdin son compatriote, le bour ou le bâtard de Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean paya une grande partie, sinon la totalité de la rançon de cet habile spéculateur en aventures guerrières: «Domino Arnaldo de Servola, militi, dicto l’Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri regis et Petri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino d’Audeneham, marescallo Francie, tanquam fidejussori suo ergaspurium de Monsaco, cujus spurii idem dominus Arnaudus fuit prisonarius..., pro financia ipsius domini Amaudi: Vmfloreni valentes IIIImfranci.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5957, fº 15 (fin de 1362).—Par acte daté de Royalieu près Compiègne en juin 1362, le roi Jean se reconnut redevable de 35 000 florins envers l’avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en gage son château de Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et-Loire, arr. Louhans).Arch. Nat., JJ91, nº 447.

[117]Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de Tancarville, Jean, comte de Saarbruck (Grandes Chroniques, VI, 226), qui furent aussi faits prisonniers à Brignais, ainsi que Guillaume de Melun, chevalier, chambellan du duc de Normandie, à qui ledit duc, par acte daté de Conflans le 8 mai 1362, donna 1000 francs d’or «pour paier sa rançon aus ennemis desquelz il a esté prisen la besongne qui derrain a esté vers Lion sur le Rosne.» JJ92, nº 87.—Jean de Melun, comte de Tancarville, lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou avait été mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille; car, par acte daté deLyon sur le Rhône en avril1362, il accorda des lettres de rémission à un certain Jean Doublet, «comme il avoit esté avecques les Grans Compaingnes en la bataille devant Brinays en laquelle il prist nostre très chier et bon ami messire Gerart de Toury (maréchal du duché de Bourgogne), par l’induccion duquel il est retournez à l’obeissance du roi nostre sire, et ledit messire Gerart a delivré à plein de sa prison sans raençon et s’est departis des dites Compaingnes...» JJ93, nº 34.


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