P.157, l. 8 à 12: Or vous.... Tournehen.—Cette phrase manque dans le ms. A 22, t. II, fo258.
§629. Li rois de France.—Ms. d’Amiens: En ce tamps, faisoit li roys de Franche leplusbel et le plus grant aupareil de navie que on ewist oncques mès veu sus le rivierre de Sainne, mouvant de Roem jusques à Harfluez. Et avoit li dis rois entention et desir très grant que d’envoiier son frère le ducq de Bourgoingne en Engleterre gaster et essillier le pays. Si retenoit li roys chevaliers, escuiers et gens d’armes de tous costés, et faisoit si grandes et si grosses pourveanches que merveilles seroit à croire et à pensser. Si devoient y estre patron de toute ceste navie li viscomtes de Nerbonne, messires Oliviers de Clichon et messires Jehans de Vianne. Et meysmement li roys de Franche s’en vint tous quois demourer et sejourner en le chité de Roem, pour mieux entendre à ses besoingnes et à ceste navie. Si chargoit on tous les jours le ditte navie de bisquit, de vins, de chars, d’aige douce et de touttes pourveanches qui fallent et qui appertiennent sus mer, ossi grossement que ce fust pour aller em Prusse ou en Jerusalem. Et cousta chilz arrois si grandement au roy de Franche, que merveilles seroit à recompter; mais il le faisoit de si grant vollenté, que il ne plaindoit cose qu’il y mesist.... Fo162.
En celle saison, li dus de Lancastre, filz au roy d’Engleterre, [passa] le mer à mil lanches et deux mil archiers et vint ariver à Callais; et quant ilz et ses gens se furent là rafresci, il s’em partirent en grant arroi. Si estoit li comtes de Warvich marescaux de son ost, et entrèrent ses gens ou royaumme de Franche, et prist li dus terre et logeis sour le mont de Tournehon. Là vint deviers lui messires Robers de Namur à soissante lanches bien estoffées, et acompaigniés de chevaliers et d’escuiers. Fo164 vo.
P.157, l. 14 à 16: un très... Harflues.—Ms. B 6: le plus grande assamblée de navie, de gros vaissieaulx et de moiens et de petis, ou havre de Harfleus, entre Roem et le mer, que on euist oncques veu celle part ne ailleurs. Fo746.
P.157, l. 15: sus le havene d’Harflues.—Ms. A 8: sur le port de Harfleu. Fo314.
P.157, l. 25: se navie.—Ms. A 8: la navire.
P.157, l. 26: affection.—Le ms. B 6 ajoute: che fu environ le Saint Jehan Baptiste l’an mil trois cens soissante neuf. Fo747.
P.158, l. 2: que donc que ce fut.—Ms. A 7: que ce fust. Fo307.—Ms. A 8: comme se feust. Fo314.
P.158, l. 15: ne se parfesist.—Ms. A 7: ne se partesist.—Ms. A 8: ne partesist.
P.158, l. 31 et 32: Sallebrin.—Ms. A 8: Sallebery.—Le ms. B 6 ajoute: le conte de Sufforc. Fo748.
P.159, l. 6: quinze cens.—Ms. B 6: douze cens. Fo747.
P.159, l. 14: especialment.—Le ms. B 6 ajoute: che gentil chevalier. Fo747.
P.159, l. 22: semonst.—Ms. A 8: semonni. Fo314 vo.
P.159, l. 24: appareillier.—Le ms. B 6 ajoute: en la ville de Bruge. Fo748.
P.159, l. 25 et 26: Or... Poito.—Cette phrase manque dans le ms. A 22,t. II, fo258 vo.
§630. Vous devés.—Ms. d’Amiens: Or revenrons nous au comte Ammon de Cantbruge et au comte de Pennebrucq, qui s’estoient tenu et rafresci en Bourdille, et avoient à leur departement ordounné à gouverneur et gardien de Bourdille monsigneur de Mucident, Gascon, et grant fuisson de compaignons avoecq lui, dont il estoit cappitains. Et estoient li dessus dit signeur venu em Poito. Dont il avint que li prinches, pour remforchier leurcevauchie, y envoiea monsigneur Jehan Camdos, monsigneur Thummas de Felleton, le captal, monsigneur Robert Canolles, monsigneur Richart de Pontchardon, monsigneur Estievene de Gousenton et touttes les gens d’armes qui estoient revenu avoecq yaux. Si vous di que, quant il se furent remis enssamble, il se trouvèrent grant fuisson, et eurent avis quel part il se trairoient pour mieux exploitier et emploiier leur tamps à grever leurs ennemis.
Adonc se porta conssaux et certains acors que il se trairoient deviers une moult belle fortrèce que on appelle le Roche sur Ion en Poito, sus les marches d’Ango et dou resort d’Ango meysmement. Si se traissent celle part à grant esploit, et y fissent amenner et acariier touttes leurs pourveanches, et se logièrent et amanagièrent à l’environ, et y ordounnèrent fueillies et establement pour leurs chevaux. Par dedens le Roche sur Ion avoit ung chevallier angevin qui s’appelloit messire Jehan Blondiaux, qui en estoit cappittainne de par le duc d’Ango, et avoit avoecq lui en le forterèche pluisseurs bons compaignons deffensables et bien appers, pour deffendre et garder le dit castiel; et estoient bien pourvueu de tous vivres pour yaux tenir ung grant tamps, et ossi de toutte artillerie très bien garni. Si tost que li seigneur d’Engleterre eurent asegiet le Roche sur Ion, il y envoiièrent leurs gens asaillir et escarmuchier. Si y eut par pluisseurs fois grans assaux et escarmuches, car cil dou fort se deffendoient aigrement et vassaument. Quant chil qui devant seoient virent que par traire ne lanchier on ne les pooit adammaigier, mès perdoient moult souvent de leurs gens à l’escarmuche et à l’asaut, si en furent moult courouchiet, et s’avisèrent li signeur que en avant il assauroient par enghiens. Si en fissent drechier jusques à six grans et mervilleux, qui nuit et jour jettoient pierres de fais à le fortrèche. Chils atournemens d’assaut esbahy et effrea grandement chiaux de dedens.
Tant fissent li signeur par devant, et si constraindirent chiaux dou fort, que il regardèrent l’un par l’autre pour le milleur à leur avis qu’il estoient trop cuvriiet par ces enghiens, et que, à enssi continuer, il ne se pooient longement tenir. Si traittièrent deviers le comte de Cantbruge, monsigneur Ammon, et le comte Jehan de Pennebruc et monsigneur Jehan Camdos et le captal et monsigneur Guichart d’Angle et les barons qui là estoient, qu’il prenderoient une souffranche de quinze jours, et auchief de ce terme, journée de bataille; et, se adonc il n’estoient comforté et levet par bataille dou siège, il devoient rendre le forterèce as Englès, parmy tant que le ditte cappittainne messires Jehans Blondiaux devoit avoir six mil francs franchois pour ses pourveanches. Chilx tretiés se passa. Li respis fu dounnés et tenus les quinze jours. Nulx ne vint ne n’aparu pour combattre les Englès ne lever le siège. Quant li cappittainnes vit ce, si en fu durement courouchiés; car il ne quidoit mies que li rois de Franche ne li dus d’Ango ne li dewissent faire comfort pour alegier une telle fortrèche de ses ennemis. Toutteffois, il ne pooit aller ariere que il ne delivrast le castiel, car il en avoit baillet as Englès quatre escuiers gentils hommez em plèges. Si rendy le fortrèce et s’em parti, et touttes ses gens, sans dammaige, et reut sez plèges et six mil frans franchois tous appareilliés pour les pourveanches dou dit castiel. Si em prissent li signeur englès, gascons et poitevin, qui là estoient, le possession, et y establirent bonnes gardes, et un chevalier de Poito pour garder, et puis s’em partirent et se retrayrent deviers Poitiers.
Or vous diray de monsigneur Jehan Blondiel coumment il fina. Apriès ce qu’il se fu partis et eut rendu le ditte forterèce, si comme vous avés oy, il prist son chemin pour aller à Paris. Ensi qu’il passoit parmy le chité d’Angiers et qu’il estoit descendus en son hostel, il fu pris et arestés dou connestable d’Ango et des gens dou duc, et mennés en prisson. Si oy dire et compter pour verité qu’il fu depuis accusés de traysson et de villain fait, pour le cause de ce qu’il avoit pris et rechupt monnoie dou dit castiel. Si fu noiiés li dis chevalliers en le rivière qui keurt parmy le chité de Angiers. Fo149.
P.159, l. 27 et p. 160, l. 44: Vous devés.... le Roce sur Ion.—Ms. A 22: Vous devez savoir que, quant le departement fut fait des barons et des chevaliers de Guienne qui avoient chevaulchié en Caoursin et en Rouergue, et ilz furent retournez en Angoulesme devers le prince de Galles, ilz eurent conseil d’aller assaillir ung bel chastel et fort appelé la Roche sur Ion, sus les marches. T. II, fo259.
P.159, l. 28: Gyane.—Ms. A 7: Guiane. Fo397 vo.—Ms. A 8: Guienne. Fo344 vo.
P.160, l. 8: emploiier.—Ms. A 8: exploitier.
P.160, l. 24: remis.—Ms. A 8: revenus.
P.160, l. 24 et 25: plus de trois mil lances.—Ms. B 6: etestoient plus de quatre cens chevaliers et tous ensamble bien huit mil combatans. Fo752.
P.160, l. 27: de toutes.—Ms. A 8: de bonnes.
P.160, l. 31: laiens.—Ms. A 8: ou dit chasteau.
P.160, l. 31 et 32: as saus et as gages.—Ms. A 8: aux frais et despens.
P.161, l. 5: Touwars.—Ms. A 7: Thouars. Fo307 vo.—Ms. A 8: Touars. Fo315.
P.161, l. 7: espringalles.—Ms. A 8: espingalles.
P.161, l. 9: plentiveuse.—Ms. A 8: plantureux.
P.161, l. 23 et 24: assegurances.—Ms. A 8: asseurances et saufconduit.
P.161, l. 24 et 25: parolles.—Ms. A 8: traictiez.
P.161, l. 30: pourveances.—Le ms. B 6 ajoute: que les dit Englès trouvèrent. Fo752.
P.161, l. 32: en segur.—Ms. A 8: aussi en seur estat.
P.162, l. 5 et 6: cuidoit estre aidiés.—Ms. A 8: pensoit estre secourus.
P.162, l. 21: ensi que couvens portoit.—Ms. A 8: aussi ce que couvenancié lui estoit.
P.162, l. 31: lui.—Ms. A 8: se.
P.163, l. 2: faiticement.—Le ms. B 6 ajoute: et ne l’euissent pas rendu pour cent mil frans. Fo753.
§631. Apriès le conquès.—Ms. d’Amiens: Apriès le prise et concquès de le Roce sur Ion, s’en revinrent li signeur, si comme dessus est dit, à Poitiers, et se departirent li pluisseur et s’en allèrent en leurs garnisons et en leurs forterèces. Si se retraist li comtes de Cantbruge deviers son frère le prinche de Galles en Angouloime, et li comtes de Pennebrucq ossi. Or avint que messires James d’Audelée, qui estoit grans senescaux de Poito et durement bons chevaliers et hardis et ungs grans capitains entre les Englès, s’en vint à Fontenay le Comte em Poito, et là s’acoucha malades, de laquelle maladie il morut. De le mort de lui furent li prinches et tout li chevalier d’Engleterre et de Poito mout courouchiés, mès amender ne le peurent.
Apriès le trespas de monsigneur Jame d’Audelée, fu senescaux et gouvrenères de Poito messires Jehans Camdos, à le prierre et requeste de tous les barons et chevaliers dou pays. Et s’en vint demourer à Poitiers et là tenoit il sa garnison, etfaisoit souvent des chevauchies et des yssues sus les Franchois, et par especial deviers le Roce de Ponsoy, que li Franchois tenoient et avoient pris, où [estoient] messires Guillaummes des Bordes, messires Loeis de Saint Juliien, Caruel et mout de bonnes gens d’armes. Et avoit li roys de Franche grandement renforcié ses garnisons de chevaliers et d’escuiers sur les frontières et les marches de Poito, et en avoit en le Haie en Tourainne grant fuisson, à Loches et à Saumur; et tout sus celle rivière de Loire estoit li pays raemplis de Bretons et de Bourghignons, et estoit entre yaus une mout grande cappittainne messires Jehans de Vianne.
En ce tamps, fu delivrés de prison li viscomtes de Rochuwart que li prinches avoit fait tenir moult longement, par suppechon qu’il ne devenist franchois. Si le delivra li dis prinches à le priière et requeste de ses amis; et, si trestost comme il fu delivrés, il s’en vint à Paris deviers le roy et se tourna franchois. Et revint arrierre en son pays et y mist un bon homme d’armes et ses gens, en le ville de Rochuwart, qui s’appelloit Thieubaut dou Pont. Et fist touttes ses gens tourner, et puis fist grant guerre au prinche qui fu durement courouchiés, quant si legierement l’avoit delivret de prison, et ossi en furent moult abaubi tout chil qui priiet en avoient. Fo149.
P.163, l. 4: Apriès.—Ici commence le ms. B 2(t. II du ms. no5006 de la Bibl. nat.).
P.163, l. 11: s’alitta.—Ms. A 8: acoucha. Fo315 vo.
P.163, l. 25: Rocewart.—Ms. A 8: Rochechouart.
P.164, l. 5: un petit dou duch de Lancastre.—Ms. B 6: entreuls que on se tenoit à Tournehem, d’une aventure qu’il avint encore au conte Jehan de Pennebourcq. Fo753.
§632. Quant li dus.—Ms. d’Amiens: Li roys de Franche pour le tamps se tenoit en le chité de Roem, et avoit là sus le rivierre et ou havene de Harflues fait le plus grant appareil de naves et de calans que on ewist, en grant temps avoit, veu en France, et grant fuisson de bonne chevalerie et escuierie, desquelx li dus de Bourgoingne, ses frèrez, estoit chiés; et devoient aller touttes ces gens d’armes et celle navie en Engleterre. Qant les nouvelles vinrent au roy de Franche que li dus de Lancastre estoit arivés à Calais et couroient ses gens sus le roiame, si fu tous chils premiers pourpos brisiés, et fu dit au roy: «Sire, vousdemandés vos ennemis et les vollés faire aller combattre par de dela le mer, et il sont decha; encorres vaut mieux que vous les fachiés combattre par de decha à l’avantaige de vos gens, que par dela.» Adonc coummanda li roys de Franche et ordounna touttes gens à deslogier d’environ Roem, et de passer Sainne et Somme, et de venir logier et prendre terre contre les Englès. Si se deslogièrent et partirent touttes gens, duc, comte, baron, chevaliers et escuier, et prissent pluisseurs voies et adrèches pour venir vers Saint Omer. Si rapassèrent le Sainne et le rivière de Somme à Amiens et à Abeville, et fissent tant par leurs journées qu’il s’en vinrent logier entre Liques et Tournehen, assés priés de l’ost des Englès, et disoit on tous les jours: «Il se combateront.» Si alloient de celle part tout chevalier et escuier qui se desiroient à avanchier. Et me fu enssi dit et affremé pour verité que li dus de Bourgoigne avoit là quarante cens chevaliers et plus, de quoi li ainnés c’estoit messires Philebers de l’Espinache: se pooit il avoir à ce tamps cent ans ou environ; ne oncques on ne vit tant enssamble à Buironfosse, à Crechi, ne autre part. Fo164 vo.
P.164, l. 21: Tieruane.—Ms. A 8: Terouenne. Fo315 vo.
P.165, l. 15: toursé.—Ms. A 8: tourné.
P.165, l. 20: Monstruel sus Mer.—Ms. B 6: à Saint Aumer. Là se loga le duc de Bourgongne qui bien avoit en sa compaignie dix mil hommes d’armes, chevaliers et escuiers. Fo749.
P.165, l. 30 et 31: compagnie.—Le ms. B 6 ajoute: et passa parmy Brabant et Flandre. Sy estoit en sa compagnie et dessoubz luy messire Guillaumme Lardenois, le sire de Spontin, messire Buriauls de Jupelu, le sire de Gennes, messire Lambert de Gennes son frère, messire Ernoul de Malenbais, messire Danel de Selles, messire Henry de Senselles et des aultres que je ne puis tout noummer. Et estoient en sa compaignie deux cens combatans ausquels le duc de Lancastre fist grant feste. Fos749 et 750.
P.166, l. 4: les.—Mss. A 7, 8: le. Fo308 vo.
P.166, l. 6: sois.—Ms. A 8: soies. Fo316.
P.166, l. 21 et 22: demorans.—Ms. A 8: remenant.
P.161, l. 22: grant.—Le ms. B 6 ajoute: Et avoient les François grant desir de combatre les Englès, car il estoient six contre ung, et touttes bonnes gens à l’eslite. Mais tous les jours venoient nouvelles en l’ost et commandement de par le roy de Franche que point ne se combatissent sans son sceut et congiet,car le roy doubtoit fort les fortunes et furent un lonc tamps en cel estat. Fo750.
P.166, l. 25: euist.—Ms. A 8: veist.
P.167, l. 3: leur.—Ms. A 8: lieu.
P.167, l. 20: aventures.—Le ms. A 8 ajoute: plus souvent.
§633. Ce terme pendant.—Ms. d’Amiens: Entroes que messires Jehans Camdos estoit gouvrenères de Poito, il mist une cevaucie de gens d’armes et de compaignons sus, et estoient bien trois cens lanches et deux cens archiers, et en pria au comte de Pennebrucq qu’il y volsist estre. Et vollentiers y ewist esté, mès ses conssaux li destourna, et li fut dit ensi: «Monsigneur, vous estes ungs des grans d’Engleterre et li plus grans apriès les enfans dou roy, et ungs jones homs. Si avés mestier, pour vostre honneur et vous avanchier, que vous soiiés renommés chiés d’une chevauchie; et, se vous allés maintenant avoecq Camdos, il en ara le vois et le huée, et vous n’en serés de riens congneus ne avanchiés, qui est uns petis chevaliers ens ou regart de vous, coumment qu’il se soit fais et avanchiés par les guerres.» Siques ces parolles et autres dont li comtes de Pennebrucq fut adonc enfourmés et enortés, le destournèrent d’aller en ceste chevauchie. Nonpourquant messires Jehans Camdos ne vot mies sejourner, mais fist sen emprise et entra en Ango et en ung pays que on appelle Loudunois, et ardi et gasta mout durement celui pays; et y fissent ses gens pluisseurs desrois, ne nuls ne leur vint au devant. Si demoura bien Camdos en ceste chevauchie un mois, et puis reprist sen tour par Cauvegny et par le terre le comte de Rochuart, que il destruisi malement; et s’en vint tout contreval le rivierre de Creusse, et puis à Castieleraut, qui est hiretaiges de monsigneur Loeis de Halcourt. Si s’aresta là et touttes ses gens.
Entroes que il sejournoit à Chastieleraut, il eut pourpos que de faire une chevauchie jusques à le Haie en Tourainne, où il avoit une grant garnisson de gens d’armes, car là se tenoient messires Robers deSansoireet messires Jehans de Vianne. Si segnefia li dis messires Jehans Camdos sen entente et sen enprise encorres au comte de Pennebrucq, liquelx y fust venus trop vollentiers, mès ses conssaux l’en destournèrent. Toutteffois, quant il eut assés penssé et ymaginet sus ces chevauchies et coumment il s’en estoit escusés par l’infourmation qu’il avoit eus, il regarda en soy meysme que il ne faisoit mies bien. Si fist un jour armertouttes ses gens et monter à cheval, et chevauça à grant esploit jusques à Castielreaut. Encorre trouva il monsigneur Jehan Camdos, qui là se tenoit, mès il avoit tout son pourpos brisiet et romput de faire le chevauchie devant ditte. Et se parti li dis messires Jehans Camdos assés tost apriès de Castieleraut, et prist le chemin pour revenir à Poitiers. Fo149 vo.
P.167, l. 23: assamblée.—Ms. A 8: chevauchiée. Fo316 vo.
P.167, l. 31: Poitevins.—Le ms. B 6 ajoute: et estoient bien cinq cens lanches. Fo753.
P.168, l. 1: en... Tourainne.—Ms. B 6: jusques en Touraine et jusques à la riviere de Loire.
P.168, l. 8: desir.—Ms. A 8: propos.
P.168, l. 9: homs.—Ms. A 8: seigneur.
P.168, l. 16: le sienne.—Mss. B 3, 4, A 7, 8: le sien.—Ms. B 4, fo313 vo.
P.169, l. 7: moult.—Le ms. A 8 ajoute: d’ennuis et.
P.169, l. 10: Loudonnois.—Ms. A 8: Laudonnois.—Le ms. B 6 ajoute: et y sejourna bien ung mois. Fo754.
P.169, l. 14: Rochewart.—Ms. A 8: Rochechouart.
P.169, l. 19: Alyos.—Ms. A 8: Alions.
P.169, l. 19 et 20: Alyos de Talay.—Ms. A 17: Heliot du Taillay. Fo365.
P.169, l. 25 et 26: à le Haie en Tourainne.—Ms. A 8: en la Haie de Touraine.
§634. Or vous compterons.—Ms. d’Amiens: Che jour tout enthier, demoura li comtes de Pennebrucq à Castieleraut, et l’endemain apriès boire, il s’em parti et prist che meysme chemin que messires Jehans Camdos avoit fait. Or vous diray le couvenant des Franchois et des garnisons qui se tenoient sour les marches et frontières de Poito. Bien savoient par leurs espies coumment messires Jehans Camdos et li comtes de Pennebrucq n’avoient point chevauchiet enssamble, et que, par grandeur et orgoeil, il avoient laissiet à faire leur emprise ou em partie. Et entendirent encorres li chevalier franchois que li comtes de Pennebruc estoit à Castieleraut, et messires Jehans Camdos, partis. Ces nouvelles oyrent il moult vollentiers. Si se partirent tantost et sans delay de le Roche de Ponsoy, où il estoient recueilliet et assamblet, et se missent as camps bien cinq cens hommes d’armes, tous montés et aprestés, et avisèrent par esclos et par espiesle chemin que li comtes de Pennebrucq tenoit. Il faisoit celi meysmes que messires Jehans Camdos avoit fais ens ou voyaige d’Ango, qui marchist à Poito. Si se vint logier li dis comtes en Ango, à l’entrée de un villaige c’on dist Puirenon, et pooit avoir en se route de touttes gens trois cens hommes. Si en volloit faire, par l’enhort et avis de son consseil, se cevauchie à par lui et ossi bien que messires Jehans Camdos avoit fait le sienne; mès il l’en dubt estre près mesavenut et mescheut, si comme vous orés recorder chy apriès.
En ceste queilloite et chevauchie que li Franchois avoient mis sus pour rencontrer les Englès, ou cas que il les poroient trouver ne avoir à leur avantaige, avoit fuisson de bons chevaliers et escuiers, car il estoient queilliet et rasamblé de pluisseurs garnisons, pour tant que il savoient bien que li Englès chevauchoient; et par especial chil de le Haie en Tourrainne et de le Roche de Ponsoy y estoient le plus. Là estoient messires Jehans de Vianne, messires Jehans de Buel, messires Guillaummes des Bordes, messires Loeiis de Saint Julien, Caruel, Breton, et messires Robers de Sansoir; et d’Avergne: messires Robers Daufins, messires Hugues Daufins, messires Grifons de Montagut, li sires de Calençon, messires Jehans d’Achier, li sires de Rochefort et pluisseurs autres chevaliers et escuiers. Si chevauchièrent tellement et si sagement par l’ordounnanche de leurs espies, que il vinrent et entrèrent ou village de Puirenon contre un soir, assés tost apriès che que li comtes de Pennebrucq et ses gens y fuissent venu et descendu, et ja se coummenchoient à establer et à logier pour y demourer celle nuit. Evous les Franchois venus, bannierres et pennons devant yaux, en escriant: «Sansoire!», les lanches abaissies et les espées touttes traites, et montés sour bons courssiers et ronchins. Si entrent en ces Englès, et les coummenchent à abattre et à mehaignier, à ochire et à decopper.
Et quant li Englès se virent si soudainnement asailli, si furent tout esmervilliet dont telx gens venoient. Si se prendent à retraire petit à petit deviers le logeis le comte de Pennebrucq, qui estoit ja tous armés, et se routte, et montés à cheval, se bannière devant lui. Là se raloiièrent chevaliers et escuiers et touttes mannierres d’autres gens de leur ordounnanche. Si coummenchièrent li archier à traire fort et roit sus ces Franchois et à bersser hommes et cheval, et à deffendre et garder moult bien le place, et tant que il se furent ensi que tout requeilliet et mis ensamble. Là eut durhustin et fort puigneis, car li Franchois estoient grant fuisson et droite gens d’armes, et tout bien monté et bien armé, et si fort et si espès que li très ne les pooit noient empirer. Là eut maint homme jetté par terre et mis à meschief. Si vous di que li Englès ne l’avoient mies d’avantaige. Si estoient adonc dallés le comte de Pennebrucq et de se chevauchie messires Thummas de Perssi, messire Bauduins de Fraiville, messire Thummas le Despenssier, messires Richars Masse, messires Jehans Anssiel et pluisseurs autres bons chevaliers et escuiers. Et bien leur besongnoit que il fuissent droite gens d’armes et encorres plus deux tans que il ne fuissent, car il furent à ce donc ossi dur rencontré et rebouté c’à merveilles; et bien y pary, car une grant partie des leurs furent mors et pris sour le place. Et, par especial, y furent pris messires Richars Masse et messires Jehans Anssel, et bien ochis des leurs cent et cinquante.
Et n’eurent li comtes de Pennebrucq et messires Thummas de Perssi et li remanans plus de recours qu’il s’avisèrent d’une maison de Templiers, qui estoit au dehors de le ville, fremmée et environnée de mur de blanche pierre et toutte secke, sans aige et sans fosset, à plainne terre. Toutteffois, quant il virent le meschief qui contournoit sus yaux, il se retraissent celle part, tout combatant et escarmuchant; et fissent tant qu’il se boutèrent et requelièrent dedens le porte, mès il laissièrent par dehors touttes leurs pourveanches, chars, charettes et sommiers, or et argent et vaissielle et tout l’aroy, l’ordounnance et le harnois pour lors corps et pour lors gens, et une partie de lors chevaux. Encorres se tinrent il tous euwireux, quant il se trouvèrent laiens enfremmé pour passer le nuit, à quel mescief ne peril que ce fust. Quant li Franchois virent que li Englès estoient là retret, si se retraissent ossi, car il fu tantost tart, et dissent entre yaux: «Alons nous reposer. Il sont mieux que en prison; car laiens les afammerons nous, se nous voilons, ne il ne se puevent partir sans no congiet.» Si entendirent leur varlet au pillage, au trousser et au destrousser, et au mettre d’un lés tout chou que trouvet avoient, et ossi à entendre à garder les prisounniers de leurs mestres, et ossi à faire bon get par devant l’ostel dou Puirenon, où li Englès estoient enclos. Fos159 voet 160.
P.170, l. 18: trois cens.—Ms. B 6: sept vingt. Fo754.
P.171, l. 20: Karenloet.—Mss. B 1 à 4, A 8: Charuel,Charruel, Karuel.—Mss. A 7, 22: Jehan Kaeranloet, un très bon escuier breton. Fo310.
P.171, l. 21: sept cens combatans.—Ms. B 6: mil lanches. Fo754.
P.171, l. 25: Fraiville.—Ms. A 8: Franville.
P.171, l. 26 et 27: d’Aghorises.—Ms. A 7: d’Agorisses.—Ms. A 8: d’Angonses. Fo317 vo.—Ms. A 22: d’Angourisses. Tome II, fo262.
P.171, l. 29: Courson.—Ms. A 8: Tourson.
P.171, l. 32: Touchet.—Ms. A 8: Conchet.
P.172, l. 6: Puirenon.—Ms. A 22: Puirenou.—Ms. B 6: le Puirenon. Fo755.
P.172, l. 7: asseguré.—Mss. A 7, 8: asseurez.
P.172, l. 8 et 9: evous ces François venus.—Ms. A 8: et lors vindrent ces François.
P.172, l. 20: Fraiville.—Ms. A 8: Franville.
P.172, l. 28: Et n’eurent.—Ms. A 8: Et n’ot.
P.172, l. 30: qu’il se retraisent.—Ms. A 8: fors que d’eulx retraire.
P.172, l. 32: pierre.—Ms. B 6: murs. Fo755.
P.173, l. 14: remontière.—Mss. A 7, 8: remontée. Fo310,
P.173, l. 14: hostel.—Ms. A 8: chastel.
P.173, l. 17: reskement.—Ms. A 7: richement.—Ms. A 8: aigrement.—Mss. A 15 à 17: radement.
P.173, l. 25: paveschiés.—Ms. A 8: les pavais. Fo318.
P.173, l. 32: arciers.—Ms. A 8: chevaliers.
P.174, l. 5: frefel.—Ms. A 8: effroy.
P.174, l. 16: assegur.—Mss. A 7, 8: asseur.
P.174, l. 16: afaire.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: et que ces Englès ne vuidassent et s’en allassent par nuit.
§635. Vous devés.—Ms. d’Amiens: Quant li comtes de Pennebrucq, messires Thummas de Persi, messires Bauduins de Fraiville, senescaux de Saintonge, messires Thummas li Despenssiers et li autre chevalier se virent là enclos en une plate maison, sans pourveanches ne artillerie, et sentirent grant fuisson de chevaliers et escuiers franchois par devant yaux, si ne furent mies à leur aise, car il ne pooient veoir qu’il fuissent comforté de nul costé. Et li plus prochains comfors et secours que il pooient avoir, c’estoit messires Jehans Camdos; encorres espoir se tenoit il àPoitiers, sept grandes lieuwes loing. Toutteffois, imaginet et consideret bien le peril où il estoient, et examinet ossi leurs besoingnes, il s’avisèrent et consillèrent l’un par l’autre qu’il escriproient à monsigneur Jehan Camdos, lequel il esperoient à Poitiers, et li priroient que à ce besoing il les comfortast et delivrast de ce dangier. Adonc furent lettres escriptes tantost et saiellées dou comte de Pennebrucq, et encorres certainnes enseignes envoiies et cargies à celui qui emprist à faire le mesaige, qui se parti tout secretement environ mienuit de l’ostel par deriere le Puirenon et montés à cheval, comme chilx qui cuidoit, ce disoit, trop savoir le chemin et l’adrèche à Poitiers; mès toutte le nuit il se fourvoya, ne oncques ne sceut ne peut tenir voie ne sentier, jusques à tant qu’il fu haux jour et qu’il se ravoiea par assens et congnissance de pays. Or vous parlerons des Franchois, qui tenoient pour tous emprisonnés les Englès.
Ceste nuit passèrent et reposèrent li Franchois tout aise, et droit à l’aube dou jour il furent tout armé, apresté et ordounné pour assaillir les Englès; et se traissent celle part où il estoient, bannières et pennons devant yaux et en très bon arroy, chacuns sires entre ses gens, et par connestablie. Là estoient messires Jehans de Vianne et messires Jehans de Buel, d’un lés, avoecq les Bourguignons; d’autre part, messires Loeis de Saint Juliien, messires Guillaummes des Bordes et Caruel, avoecq les Bretons; en ung autre lés, messires Robers de Sansoirre, li sires d’Andresiel, avoecq les Franchois; et les Auvregnois, messires Griffons, sires de Montagut, li sires de Callençon, li sires de Rocefort, li sires de Serignach, messires Robers et messires Huges Daufins. Si coummencièrent chil seigneur et leurs gens à assaillir l’ostel dou Puirenon, où li Englès se tenoient, très l’a[u]be dou jour. Là eut grant assaut, dur et fier, tant à le porte que as dis murs de le maison; et lanchoient, traioient et escarmuchoient chil de dehors à chiaux de dedens. Là estoient chil archier d’Engleterre mout able et mout legier, monté li pluisseur à deux piés sour le mur, leurs ars tous entesés; et ne traioient point, se il ne quidoient leurs saiettes bien emploiies, car il se doubtoient que il n’en ewissent deffaute. Toutteffois, pour le doubtanche de leur tret, li Franchois n’osoient mies bien bonnement aprochier le mur, se ce n’estoit aucun compaignon able et legier qui s’avanchoient et montoient devant les seigneurs pour y estre plus renommé et honnouré. Là estoient les gens d’armes d’Engleterre, qui avoientfais escafaux, au lés deviers yaux, pour mieux advenir as deffensces et combattre entre les archiers, et trop bien se combatoient et deffendoient à tous venans. D’autre part ossi, s’aventurèrent aucun Franchois, Breton et Bourguignon, et mettoient pavais sour leurs testes et venoient jusques au mur, et hurtoient et pressoient à deffaire; car il n’y avoit aige ne fosset ne nul entre deux. Toutteffois, il estoit fors, durs et secks et de bonne pierre; si ne le pooit on point deffaire à sen aise, parmy tant ossi qu’il estoit bien gardés et deffendus. Que vous feroi je loing compte? Chils debas et ceste rihotte dura, dou point du jour que li aube crieuve jusques à nonne, sans point cesser. Or regardés se là en dedens on n’eut mies bon loisir de faire maintes belles appertisses d’armes. On se poet et doit esmervillier coumment gens peurent tant assaillir sans reposer, et ossi coumment chil de le maison se peurent tant tenir sans yaux rendre ou esbahir; car il n’estoient qu’un petit ens ou regart des Franchois, foullé et travilliet, et qui point n’avoient la nuit souppet ne dormit: dont il n’estoient mies plus fort ne mieux legier, mès il veoient bien que faire leur couvenoit, autrement il estoient tout perdu. Ce estoit la cause pour quoy si bien il se deffendoient. Fo160 roet vo.
P.174, l. 26: viveroient;lisez: juneroient.—Ms. A 8: jeuneroient. Fo318.
P.174, l. 27: faisoit.—Ms. A 8: estoit.
P.175, l. 1: esploiturierement.—Ms. A 8: appertement.
P.175, l. 8: s’ahati.—Ms. A 8: se vanta. Fo318 vo.
P.175, l. 9: de laiens.—Ms. A 8: de l’ostel dessus dit.
P.175, l. 10: asserisiet.—Ms. A 8: assegrisiez.
P.175, l. 24: peut.—Ms. A 7: pou.
P.175, l. 24: baus.—Ms. A 8: bancs. Fo318 vo.
P.176, l. 9: wiseus.—Ms. A 8: oiseux.
P.176, l. 9: recreant.—Ms. A 8: recreus.
P.176, l. 47: petite force.—Ms. A 8: petit fort.
§636. Entre prime.—Ms. d’Amiens: Environ heure de primme et ou plus fort de l’assault, appella li comtes de Pennebrucq ung sien escuier, bon homme d’arme, et li dist: «Partez de chy au plus tost que vous poés, et montés sus tout le milleur et plus appert courssier des nostres, et ne cessés d’esperonner tant que vous venés à Poitiers. Et dittes à monsigneur Jehan Camdos que nous le saluons mout de fois, et li recordés toutl’estat où vous nous laissiez, et li dittes de par nous tous que nous le prions chierement qu’il nous viegne secourir, et qu’il soit chy dedens heure de vespres: je croy que nous nos tenrons bien jusques adonc, à ces ensaignes que vous li baillerés de par my et que bien connistera.» Lors traist li comtes de Pennebrucq un aniel d’or hors de son doy et le bailla à l’escuier. Cils le prist et monta erramment sus un bon courssier, qui estoit tous aprestés en le court, et se parti par de derierre, oncques n’y fu percheus; et se mist au chemin deviers Poitiers, tout le cours et à le fois les galos, pour le courssier laissier resouffler. Or vous diray dou premier messaige coumment il esploita. Bien est veritez que toutte le nuit il chevaucha; mais oncques il ne sceut ne peut tenir voie ne sentier, si fu grans jours. Quant ce vint au jour, il recongnut son chemin et vey bien que il s’estoit fourvoiiés toutte le nuit. Si se radrecha, par asens de pays, par deviers le chité de Poitiers, et fist tant qu’il y parvint environ heure de tierche. Si trouva monsigneur Jehan Camdos à son hostel, qui devoit laver ses mains pour seoir à table, et grant fuisson de chevaliers et d’escuiers dalés lui. Li messagiers l’enclina et li bailla les lettres de par le comte de Pennebrucq et tous les compaignons. Il les prist et ouvri et lissi, et entendi par elles coumment il estoient enclos en un plat hostel à petit de forche au Puirenon, et laiens en dur parti et en grant peril contre les Franchois.
Quant messires Jehans Camdos eut bien les lettres veuwes de chief en qor, si fu tous pensieux une espasse, et regarda que, de Poitiers jusques au Puirenon, avoit sept lieuwes, et que aventure seroit, se il y venoit à tamps. Si dist enssi, quant il eut pensé: «Alons, alons à table; car, se il estoient tout mort et tout pris, se nous convenroit il mengier et boire.» Adonc s’asist au mengier messires Jehans Camdos, et ossi fissent tout chil qui là estoient. Encorres estoient il à leur premerain més, quant li hommes d’armes, que li comtes de Pennebrucq y envoioit de rechief, descendi en le court, liquelx monta tantost les degrés et entra en le sale, et les trouva seans à table. Si enclina monsigneur Jehan Camdos et se traist vers lui, et fist son messaige bien et à point et li moustra les congnissanches de l’aniel d’or et li dist et pria que, parmy ces enssaignes, il se volsist prendre priès de venir là où li compaignon estoient. Adonc penssa messires Jehans Camdos un petit, et puis tantost leva le teste et dist tout en haut: «Or avant, biau signeur! Asarmes et as chevaux! Vous oés et veés coumment li comtes de Pennebrucq nous prie et nous mande que nous le comfortons à ce besoing; et s’en nous demouroit, on le nous deveroit tourner à reproche et à lasqueté, et ossi nous sommes moult tenus de lui aidier, car ja est il envoiiés en ce pays de par le roy nostre signeur, avoecq monsigneur de Cantbruge, pour uns des ciés, et se le tient nos roys à fil, car il eut sa fille espousée. Si nous esploitons de lui secourir, et j’espoir que nous y venrons tout à tan.» Il n’y eut plus dit ne plus fait, mès se partirent touttes gens de table et se coururent armer, et sounnèrent les trompettes monsigneur Jehan Camdos. Si s’aprestèrent parmy Poitiers touttes mannierres de gens d’armes vistement, et montèrent as chevaux, et se partirent plus de quatre cens hommes parmy les archiers, et prissent le plus droit chemin qu’il peurent par deviers le Puirenon. Fos160 voet 161.
P.176, l. 21: se ragrignoient.—Ms. A 7: se chagrinoient. Fo311.—Ms. A 8: regrignoient. Fo318 vo.
P.176, l. 24: haviaus.—Ms. A 8: hoyaux.
P.176, l. 25: Englès.—Le ms. A 8 ajoute: doubtoient et.
P.178, l. 2: priès.—Ms. A 8: prest.
P.178, l. 5: evous.—Ms. A 8: et vecy.
P.178, l. 22: ahers.—Ms. A 8: encommencié.
P.178, l. 31: bellement.—Ms. A 8: benignement.
P.179, l. 13: gens.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: et se misent au chevauchier roidement. Fo311 vo.
§637. Ensi que.—Ms. d’Amiens: Ces nouvelles furent sceuwes en l’ost des Franchois, qui encorres assailloient le comte de Pennebrucq en l’ospital dou Puirenon, que messires Jehans Camdos, à grant fuisson de gens d’armes et d’archiers, estoit partis de Poitiers et venoit celle part pour secourir ses compaignons. Si tost qu’il entendirent chou, les cappitainnes se traissent d’un lés et parlèrent enssamble à savoir coumment ils se maintenroient, se il atenderoient les Englès ou non. Il regardèrent que il avoient fait une belle chevauchie, mors de leurs ennemis plus de huit vingt, et tenoient des bons prisounniers, chevaliers et escuiers, et avoient encorres gaegniet durement grant butin en vaselle d’or et d’argent, en çaintures et jeuiaux, en harnas, en chevaux et autres pourveanches; et si estoient leurs gens lassés et travilliés d’assaillir, siques, tout consideret et peset le bien contrele mal, il s’avisèrent qu’il se retrairoient tout bellement deviers le Roche de Ponsoy et deviers Saumur, et metteroient tout leur pillaige à sauveté. Si fissent cesser à l’assaut et entendre au toursser et au monter aux chevaux, et se partirent quant il furent tout appareilliet. Si enmenèrent lors prisounniers et tinrent à celle fois le chemin de Saumur. Quant li comtes de Pennebrucq et ses gens, qui estoient en Puirenon, virent le departement des Franchois, si en furent tout joyant, car il avoient là sejourné en grant peril. Si se partirent ossi assés tost, et n’avoient mies à leur departement tant de chevaux comme il estoient d’ommes, mès il fissent au mieux qu’il peurent, et montèrent li pluisseur yaux deux sur un cheval. Enssi les trouvèrent et encontrèrent messires Jehans Camdos et se routte, qui venoient celle part à grant esploit, bannierre desploiie. Si y eut grant recongnissances, quant il se trouvèrent, et revinrent enssi enssamble à Poitiers, parlans et devisans de leurs aventures. Fo161.
P.179, l. 29: rihoter.—Mss. A 7, 8: rioter.
P.180, l. 2: fresch et.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: tous.
P.180, l. 3: fu.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: tenus.
P.180, l. 12 et 13: disent par verité.—Mss. A 7, 8: disent entre eulz: «Pour verité.»
P.180, l. 16: l’enconterons.—Mss. A 7, 8: rencontrerons.
P.180, l. 20: ensus.—Ms. A 8: arrière. Fo319 vo.
P.180, l. 23: cel.—Ms. A 8: tel.
P.181, l. 2 et 3: li mareschaus.—Ms. A 7: le mareschal. Fo342.—Ms. A 8: les mareschaux. Fo320.
§638. En ce temps.—Ms. d’Amiens: En ce tamps que chil signeur de Franche et d’Engleterre se tenoient enssi l’un devant l’autre à Tournehem, où il furent ung grant tams, trespassa de ce siècle la bonne des bonnes, madamme Phelippe de Haynnau, la noble roine d’Engleterre et courtoise à chiaux de son pays. Certes, touttes nobles vertus furent en li tant comme elle vesqui, et ne perdirent oncques li Englès tant comme elle dura; ne oncques, tout son vivant, n’eut pestilense ne chier tams en Engleterre. Si fu la noble roynne ensevelie à Wesmoustier à très grant solempnité, ce fu bien raison. Fo163 vo.
P.181, l. 14: temps.—Le ms. B 6 ajoute: droitement en my auoust. Fo751.
P.181, l. 27: ens ou.—Ms. A 8: dedens le. Fo320.
P. 181. l. 31: le.—Ms. A 8: lui.
P.182, l. 4: lui.—Ms. A 8: elle.
P.182, l. 8: larmiant.—Le ms. A 8 ajoute: et plourant.
P.182, l. 15: ordonnés.—Mss. B 2 à 4, A 7, 8: laiiés, laissiés.
P.182, l. 28: angele.—Ms. A 7: anges. Fo312.—Ms. A 8: angelz.
P.183, l. 2: moiienne.—Mss. A 7, 8: la mi.
P.183, l. 2: d’aoust.—Le ms. B 6 ajoute: Sy fu ensepvellie en l’abeie de Wesmoustier dehors Londres. Fo751.
§639. Les nouvelles.—Ms. d’Amiens: Or revenons au siège de Tournehem, coumment chil signeur estoient l’un devant l’autre, et se tenoient toudis li Englès sus leur garde, ne point ne descendoient; car il n’estoient qu’un peu de gens ou regart des Franchois. Or avint, à un ajournement, que aucun chevalier et escuier de Vermendois, d’Artois et de Pikardie, qui desiroient à trouver les armes, se queillièrent enssamble, et furent bien trois cens lanches, et s’en vinrent au jour sus le montagne pour resvillier à leur avantaige les Englès. Che soir, jusques au jour, avoit fait le gait messires Robers de Namur avoecq ses gens. Si estoit retrais sus l’ajournée et se desjunoit, et li sires de Spontin dalez li. Quant les nouvelles li vinrent que li François combatoient ses gens, tantost messires Robers bouta le table outre et mist son bachinet, et monta à cheval et fist desvoleper se bannierre, et se bouta en ses ennemis de grant vollenté, et chacuns, qui mie[u]s mieux, le sieuvi. Li hos se coummencha à resvillier, et Englès à traire de celle part. Là ne gaegnièrent point li Franchois, mès furent reculé, et en y demora des leurs mors et pris; et par especial messires Rogiers de Couloingne y fu mors, dont ce fu dammaiges. Fo164 vo.
P.183, l. 17 et 18: li un à l’autre.—Ms. A 8: les uns aux autres. Fo320 vo.
P.183, l. 22: tourniier.—Ms. A 8: tournoier.
P.183, l. 27 et 28: l’ajournement.—Mss. A 7, 8: l’aournée.
P.183, l. 30: Evous.—Ms. A 8: Et vecy.
P.183, l. 31, et p. 184, l. 1: aultres.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: seigneurs.
P.184, l. 20: sieuce.—Mss. A 7, 8: suive. Fo312 vo.
P. 184, l. 30: estourmie.—Ms. A 8: là prest et ordonné.
P.185, l. 2: Coulongne.—Le ms. B 6 ajoute: ung chevalier de Picardie. Fo751.
P.185, l. 3: friches.—Ms. A 7: friques.—Ms. A 8: riches.
§640. Depuis ceste avenue.—Ms. d’Amiens: Depuis ceste avenue, n’y eut nul fait d’armes fait, qui à recorder face. A ce que on disoit adonc, li dus de Bourgoingne et la plus grant partie de ses gens se fuissent vollentiers combatu as Englès, se li roys de Franche l’ewist souffert, mès tous les jours il leur contremandoit et destournoit. Dont il avint finablement qu’il se deslogièrent et boutèrent le feu de nuit en leurs logeis, et se retraist li dus de Bourgoingne à Saint Omer, et se departirent de li touttes gens d’armes. Si se boutèrent ès fortrèces et ès garnisons, car autrement il ne volloient gueriier pour celle saison. A l’endemain que li dus de Bourgoingne fu partis, vinrent li Englès souper et jesir en le place qu’il avoient laissiet, et puis, deux jours apriès, se rebaissent viers Callais. Fo164 vo.
P.186, l. 14: durement.—Mss. A 7, 8: droitement. Fo313.
P.186, l. 17: point.—Mss. A 7, 8: heure.
P.187, l. 20: meuist.—Ms. A 7: meust.—Ms. A 8: bougast. Fo321 vo.
P.187, l. 24: able.—Mss. A 7, 8: abiles et legiers.
§641. Ensi.—Ms. d’Amiens: Or revenrons nous à le chevauchie que li comtes de Pennebrucq fist et coumment il l’emploia, quant li comtes de Pennebrucq eut fait sen assamblée de grant fuisson de bonnes gens d’armes; et là estoient de Poito: li sires de Pons, li sires de Partenay, messires Guiçars d’Angle, messires Perchevaux de Coulloingne et pluisseurs autres chevaliers et escuiers, et ossi chil de l’ostel dou prinche, messires Estievenes de Goussenton, messires Richars de Pontchardon, messires Neels Lorink, messires Thummas de Felleton, messires Thummas de Persi, messires Richars Tanton, messires Guillaummes Tourssés, messires Jehans Trivés, messires Thummas li Despenssiers et pluisseurs autres, et ossi messires Hues de Cavrelée, qui tenoit une grande routte de gens d’armes, et estoit nouvellement revenus de le comté d’Ermignach. Si chevauchièrent touttes ces gens d’armes deviers Ango, et estoient bien cinq cens lancheset quinze cens autres hommes, et esploitièrent tant que il vinrent à Saumur. Si se logièrent ens ès fourbours et illuecq environ, et coummencièrent à courir le pays et faire y mout de desrois. Par dedens Saumur se tenoient messires Robers de Sansoir et messires Jehans de Buel et une mout grosse garnisson de Franchois, qui gardoient et deffendoient le ville contre les Englès. Si vous di que li Englès prissent une ville assés priès de là, qui s’apelle li Pons de Selz, et en fissent une bastide et le fortefiièrent bien et fort pour le tenir contre tous venans. Encorres prissent li dessus dit une abbeie assés priès de là, que on dist de Saint Mort, et le fortefiièrent ossi et y missent dedens une grosse garnisson de gens d’armes.
En ce tamps, avoit à Saint Salvin en Poito, assés priès de Cauvegny, un monne, liquelx traita à monsigneur Loeis de Saint Juliien et à Caruel, qui se tenoient en le Roche de Ponsoy; et rendi li dis monnes l’abeie de Saint Salvin as Franchois, et l’abbé dedens et tous les monnes. De ceste aventure fu messires Jehans Camdos moult courouchiet, mès il n’en peut adonc autre cose avoir. Fo164 vo.
P.188, l. 10: evous.—Ms. A 8: et vecy. Fo321 vo.
P.188, l. 14: vitaillers.—Ms. A 8: vitailleurs.—Le ms. A 17 ajoute: tuffes et giveliers. Fo371.
P.188, l. 21: fumière.—Ms. A 8: fumée.
P.188, l. 27: en son lieu.—Ms. A 7: sus soy. Fo313 vo.—Ms. A 8: chés soy.
P.188, l. 28: dur.—Ms. A 8: paine.
P.189, l. 27: brigans.—Le ms. A 17 ajoute: petaux. Fo371 vo.
P.190, l. 4: rançonnoient.—Mss. A 7, 8: rançonnant. Fo314.
P.190, l. 25: abbeye.—Le ms. B 6 ajoute: entre Poitiers et Chauvegni. Fo760.
P.190, l. 31: Carenloet.—Mss. B: Charuel, Charruel.—Ms. A 8: Charuet. Fo322.—Ms. A 7: Jehan Kaeranloet.
§642. Quant li dus.—Ms. d’Amiens: Là (à Calais) se reposèrent il (les Anglais) et rafresquirent, et entendirent à mettre à point touttes leurs besoingnes, enssi que pour chevauchier en Franche. Si se departirent un jour de Calais li dus de Lancastre et ses gens, et costiièrent Ghinnes et vinrent devant le castiel deFiennes et le avisèrent, mès point n’y assaillirent; car il veoient bien qu’il perderoient leur painne. Si s’em partirent le tierch jour, et entrèrent en le terre dou comte de Saint Pol et le mesaisièrent de grant fachon. Et vinrent devant Piernes, ung castiel qui estoit de madamme dou Doaire; et proprement li dus de Lancastre de son glaive tasta le parfont des fossés: autre cose n’y eut fait. Si chevauchièrent li Englès oultre, ardant et essillant, et vinrent courir jusques as portes de Abbeville. Ad ce donc estoit laiiens messires Hues de Castillon, mestres des arbalestriers, à tout grant gent d’armes, qui bien songna de le ville tant qu’il n’y eut nul dammaige. Si passèrent li Englès le Somme entre Crotoy et Saint Walleri, ou pas c’on dist à le Blancque Taque, le rivière de Somme, et puis entrèrent ou Vismeu, et chevauchièrent enssi sans trouver nulle aventure jusques à Harflues. Et avoient entention que de destruire le navie dou roy de Franche, qui estoit ou avoit estet toutte celle saison à l’ancre devant Harflues; mès li Franchois l’avoient remis en le mer. Si furent li Englès trois jours devant Harflues, de laquelle ville li comtes Guis de Saint Pol et messires Loeys de Namur estoient cappittainne. Quant il virent que il ne feroient autre cose, si n’eurent mies consseil d’aller plus avant ne passer Sainne, car li yviers aprochoit. Si retournèrent; mès, à leur retour, il ardirent le plus grant partie de le terre le signeur d’Estouteville, et fissent aucuns le cemin qu’il avoient fait à l’aler. Si fu pris, à leur retour, de messire Nicolle de Louvaing, au dehors d’Abeville, messires Hues de Castillon. Fos164 voet 165.
P.191, l. 30: Tierouwane.—Ms. A 7: Terouane. Fo314.—Ms. A 8: Therouenne. Fo322 vo.
P.192, l. 8: Saintpi.—Ms. A 8: Sempy.
P.192, l. 18: Pernes.—Mss. A 7, 8: Perites.
P.192, l. 19: proprement.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: en avisant le fort.
P.192, l. 22: Luceux.—Ms. A 8: Lucheu.
P.193, l. 11 à 13: Là furent... assallirent.—Ms. B 6: Et chevauchèrent ensy jusques à Harfleu, le grosse navire du roy, qui avoit ja jeu tout le tamps à l’ancre; mais osi tost que on senty les Englès venir, on le desancra et bouta ou parfont en mer hors du peril des Englès. Et furent les dis Englès devant Harfleu trois jours, ouquel lieu estoient le conte de Saint Pol, messire Lois de Namur et bien deux cens chevaliers en garnison. Se n’y pooientles Englès riens faire et eulrent adonc consail de retourner viers Calais, car il en avoient pour celle saison assés fait, et sy leur aprochoit l’ivier. Fo758.
P.193, l. 14 et 45: d’Estouteville.—Le ms. B 6 ajoute: qui mal courtoisement et sans congiet de son hostaigerie estoit yssus d’Engleterre: pour tant et en son despit li fist toute ardoir. Fo758.
P.193, l. 30: Louvaing.—Ms. B 6: Longheville. Fo759.
P.194, l. 10: rieu.—Ms. A 7: rien.—Ms. A 8: ru. Fo323.
P.194, l. 11: vieses.—Mss. A 7, 8: vielles.
P.194, l. 12 et 13: descloses.—Ms. A 8: desolées.
P.194, l. 20: rieu.—Ms. A 8: ruissel.
P.194, l. 29: point.—Ms. A 8: poingni.
§643. Moult furent.—Ms. d’Amiens: Et rapassèrent li Englès à le Blancque Take, et rentrèrent en Callais le nuit Saint Martin en yvier, et là se departirent touttes gens d’armes li uns de l’autre. Et fu messires Gautiers de Mauni en touttes ces chevauchies: che fu la dairainne fois pour li. Or revenons as lontainnes marches. Fo165.
P.195, l. 26: estragniers.—Mss. A 7, 8: estrangiers.
P.196, l. 1: avant.—Le ms. B 6 ajoute: Et me fu adonc dit que le roy d’Engleterre fut moult courouciez à son filz le duc de Lenclastre de che qu’il n’avoit aultrement chevauchiet en Franche, et de che ossy qu’il n’avoit creu la parolle de messire Gautier de Mauny à Tournehem. Fo759.