Chapter 27

[316]Par mandements en date du 20 février et du 7 mars 1370, Charles V avait chargé Pierre de Villiers et le Baudrain de la Heuse de faire mettre en bon état de défense les forteresses de Normandie et de Picardie (Delisle,Mandements de Charles V, p. 322, 324, 325).[317]Le 23 mars 1361 (n. st.), Jean de Lorris, dit Lancelot, écuyer, jadis gardien du château de Beaurain, fut condamné à payer une amende de 60 livres parisis pour avoir fait défaut dans un appel porté devant le Parlement par les religieux de Clairmarais (Arch. Nat., JJ 117, no210). Quoi qu’on en ait dit (Œuvres de Froissart, XXII, 121), ni Jean de Lorris, fils aîné de Robert de Lorris et de Perronnelle des Essarts, filleul du roi Jean, marié avant le 4 août 1353 à Marie de Châtillon, ni Guérin, leur second fils, marié à la même date à Isabelle de Montmorency, ne portèrent jamais le surnom de Lancelot (JJ 82, no85).[318]Ces deux jeunes damoiseaux étaient frères; ils étaient les fils de Mathieu de Roye, dit le Flamand, seigneur du Plessis-de-Roye (Oise, arr. Compiègne, c. Lassigny), marié en 1350 à Jeanne de Cherisy.[319]Oise, arr. Compiègne, c. Noyon, sur la rive gauche de l’Oise et un peu au sud de Noyon, à mi-chemin de cette ville et d’Ourscamps.[320]Robert Knolles alla faire une démonstration devant Reims (Gr. Chron., VI, 324); mais toutes les précautions étaient prises pour le bien recevoir. En vertu d’un mandement des conseillers généraux sur le fait des aides du 27 avril 1370, le quart de l’aide levée sur la dite ville et montant à 3000 francs, avait été appliqué aux fortifications de Reims (Varin,Archives de Reims, III, 338).[321]Knolles passa devant Troyes et poussa même une pointe jusqu’en Auxerrois, dans le courant du mois d’août 1370, puisque, le 9 de ce mois, attendu que «l’on se doubtoit de la venue des ennemis», les habitants de Vermanton, au bailliage de Sens, portèrent «leur fourment en l’esglise du dit lieu, qui est forte, et en laquelle ceulz de la dite ville ont leur retrait, en temps de guerre et de peril». (Arch. Nat., JJ 100, no669).—Henri de Poitiers, évêque de Troyes, ce belliqueux prélat qui, onze ans environ auparavant, le 23 juin 1359, avait battu Eustache d’Auberchicourt à Chaude-Fouace, près de Nogent-sur-Seine (Anselme, II, 191), Henri de Poitiers, dis-je, avait présidé à la mise en état de défense de sa ville épiscopale, mais il avait dépensé ce qui lui restait d’énergie dans ce suprême effort; et, après avoir fait son testament le 21, il rendit le dernier soupir le 25 août. Au mois d’octobre suivant, Charles V légitima les quatre enfants, un fils et trois filles, que cet évêque, plus valeureux qu’édifiant, avait eus avec Jeanne de Chevry, religieuse du Paraclet près Nogent-sur-Seine (JJ 100, nos616 à 619).[322]En quittant l’Auxerrois pour se diriger sur Paris, les Anglais passèrent à Villeneuve-la-Guyard (Yonne, arr. Sens, c. Pont-sur-Yonne; JJ 122, no317); ils avaient sur leurs derrières un certain nombre de chevaliers bourguignons, tels que Guillaume, bâtard de Poitiers, Jean de Bourgogne, Gui de Pontailler, Guillaume de la Tremouille, qui les poursuivirent à Montargis, à Moret en Gâtinais et jusqu’à Paris (Archives de la Côte-d’Or, B 3757;Invent., I, 305). Le 20 septembre, Étienne Braque, trésorier des guerres, fit payer 770 francs aux gens d’armes préposés à la défense du Chartrain, parmi lesquels on remarquait Barthélemi de Pologne et Henri de Wallenstein, chevaliers d’Allemagne, et le lendemain 21, une somme de 938 francs fut appliquée à la solde de ces mêmes gens d’armes (Archives Nicolaï, fonds du marquisat de Goussainville, troisième numéro, liasse 18); mais les Anglais firent route par Château-Landon, Nemours, Fontainebleau, Corbeil et Essonnes (Gr. Chron., VI, 324).[323]Parti de Montefiascone au mois d’août et embarqué à Corneto, sur la Marta, le mois suivant, Urbain V débarqua à Marseille le 17 et fit son entrée à Avignon le 25 septembre 1370 (Thalamus parvus, p. 384).[324]Le 8 août 1370, Louis, duc d’Anjou, était à Agen où il fit compter 238 francs d’or à Antoni Doria, chevalier, pour avoir fait venir en son service des arbalétriers de Gênes et de Savoie (Bibl. Nat., Titres originaux, au motDoria). Entre le 8 et le 18 de ce mois, divers actes attestent la présence du duc à Cahors (Ordonn., V, 353, 354; K 166, no222) et à Gourdon (JJ 151, no198). Enfin, dès le 18 août, il était de retour à Toulouse, où il donnait l’ordre de payer à Doria une nouvelle somme de 125 francs d’or (Bibl. Nat., Titres originaux, au motDoria).[325]Le 30 juillet 1370, Bertrand du Guesclin, qui arrivait de Moissac, était encore à Toulouse où il donna quittance de 1500 francs d’or pour ses gages et ceux de 1000 hommes d’armes de sa compagnie enrôlés par le duc d’Anjou (Bibl. Nat., Titres originaux, au motdu Guesclin). Le 8 août suivant, il dut accompagner le duc d’Anjou à Agen (voyez plus haut, p.XCIX, note293), puis à Sarlat, qui était le principal objectif de cette chevauchée du lieutenant royal en Languedoc. Cette ville avait fait sa soumission pleine et entière le mois précédent (Arch. Nat., JJ 100, nos599 à 602, 643, 649, 671, 906, 908), et le duc d’Anjou venait en prendre possession au nom du roi son frère, en compagnie du sire de Beaujeu, de Jean de Vienne, des seigneurs de Vinay et de Revel, de Pierre de Saint-Jory et de son maître d’hôtel Artaud de Beausemblant (JJ 101, no139). Les érudits périgourdins les plus spéciaux, notamment le savant historien des deux derniers comtes de Périgord, paraissent avoir ignoré complétement cette campagne de du Guesclin en Périgord, sur les confins de cette province et du Limousin, pendant les trois dernières semaines d’août 1370. Le peu que l’on en sait atteste au plus haut degré l’instinct stratégique du chevalier breton. Quel était, en effet, à cette date, le plus puissant intérêt, le plus pressant besoin militaire des Français au sud de la Loire? N’était-ce pas évidemment d’assurer, de maintenir à tout prix les communications entre le corps d’armée du duc de Berry qui opérait alors en Limousin, et les troupes que le duc d’Anjou venait de mettre en mouvement dans le Quercy, l’Agenais et surtout dans le Périgord? Quel était, au contraire, le danger qu’il importait le plus de conjurer, sinon de laisser à deux armées anglaises parties, l’une de Cognac ou d’Angoulême sous les ordres du prince de Galles, l’autre de Bordeaux sous la conduite du duc de Lancastre, la faculté de faire leur jonction après s’être avancées, la première à travers le Nontronais et le Limousin, la seconde à travers le Libournais et le Périgord? Mettre d’abord Périgueux en bon état de défense, ensuite occuper en force les trois routes qui conduisent de cette ville à Limoges par Saint-Yrieix, à Angoulême par Brantôme et Mareuil, enfin à Bordeaux par Montpont et Libourne, telles étaient les mesures les plus urgentes à prendre pour se prémunir contre le danger que nous venons de signaler. Il n’est pas une seule de ces mesures dont on ne doive attribuer l’initiative à du Guesclin, en s’appuyant uniquement sur des témoignages contemporains, si rares et si incomplets qu’ils soient. A peine arrivé à Périgueux, Bertrand délogea les Anglais d’une abbaye située dans la banlieue de cette ville (sans doute, la Chancelade, Dordogne, arr. et c. Périgueux, à 4 kil. au nord de cette ville; Cuvelier, II, vers 17376 à 17504). Le 27 août 1370, Louis, duc d’Anjou, fit don de 2500 francs aux bourgeois et aux religieuses de la ville de Périgueux, en dédommagement des pertes qu’ils avaient soutenues par le fait del’armée royale qui avait séjourné ou séjournait encore dans la dite ville et ses appartenances(Bibl. Nat., fonds Lépine, carton Périgueux, cité par Dessalles, I, 101). Enfin, voici l’extrait d’un document authentique, que nous avons eu la bonne fortune de découvrir, et qui établit d’une manière irrécusable le passage de du Guesclin à Périgueux, à la date dont il s’agit: «Lettres de quittance en parchemin de 550 deniers d’or, aultrement appelés frans, données au comte de Périgord par Bernard Favier, marchand et compteur des consuls de Périgueux,en laquelle somme le dit comte etBertrand du Guesclinestoient tenus au dit Favier.De l’an mil trois cent septante.Signé: Bernard de Secerone.»Bibl. Nat., fonds Doat, 241, fo488 vo.—Non content d’avoir fait mettre Périgueux en état de résister à toutes les attaques de l’ennemi, Bertrand assiégea et prit, soit par lui, soit par les frères Mauny, Budes et Beaumont, ses cousins et ses lieutenants, Saint-Yrieix, Brantôme et Montpont, ces clefs des trois routes qui mettent la capitale du Périgord en communication avec Limoges, Angoulême et Bordeaux. Cuvelier (II, vers 17323 à 17327) et Froissart sont d’accord pour faire honneur à du Guesclin de la prise de ces trois forteresses.[326]On a vu plus haut que Jean, duc de Berry, arriva devant Limoges le 21 août. Ce jour-là même, Bertrand du Guesclin fit porter, du Périgord où il se trouvait alors, une lettre au duc Jean qui répondit lui-même immédiatement au message du chevalier breton, comme cela ressort des deux articles de compte suivants: «Au messaigier de messire Bertrant du Claquin qui a pourté lettres à monseigneur (Jean, duc de Berry), de par le dit messire Bertrant, pour don fait à luy leXXIejour d’aoust (1370) ensuivant:IIIIlivres tournois».Arch. Nat., KK 251, fo34 vo.—«Au dit Cambray, prisonnier des Anglois, lequel monseigneur (Jean, duc de Berry) a envoié pourter lettres à monseigneur Bertrant de Clasquin, pour don fait à luy par le dit seigneur, pour aider à paier sa rançon, par mandement du dit seigneur donné leXXIejour du dit mois (août 1370):XLlivres».Ibid., fo27.[327]Cela est parfaitement exact. Arrivé le 21, le duc de Berry partit de Limoges le 24 au matin et fit remettre, à titre d’aumône, le jour même de son départ, quatre livres tournois aux Carmes, huit livres tournois aux Cordeliers et aux Augustins de cette ville (Ibid., fo27). Dès l’après-midi du 24, il se fit conduire d’Eymoutiers à Masléon et donna quarante sous à un écuyer du pays qui lui avait servi de guide (Ibid., fo27 vo).[328]Le duc de Berry, prévoyant cette colère du prince de Galles, avait envoyé, le jour même où il prit possession de Limoges, c’est-à-dire le 22 août 1370, cinq messagers au prince de Galles, sans doute pour assumer toute la responsabilité de la reddition et en décharger, autant que possible, les habitants de cette ville: «A cinq messagiers envoiés en Angolmoispourter lettres de par mon dit seigneur au prince de Gales..., par la main Ymbaut du Peschin, par mandement du dit seigneur donné leXXIIejour du dit mois (d’août 1370): randu à court:XXXlivres tournois.» KK 251, fos39 voet 40.[329]Jean de Cros avait tenu sur les fonts du baptême un des enfants du prince d’Aquitaine. Le 27 août, le duc Jean, retournant du Limousin en Berry, fut rejoint à Felletin (Creuse, arr. Aubusson), par un écuyer qui lui remit, de la part de l’évêque de Limoges, une lettre où cet infortuné prélat le priait sans doute de ne pas abandonner les habitants de sa ville épiscopale (KK 251, fo27 vo); mais le futile et égoïste prince passait ses journées à jouer aux dés avec ses chambellans, et la veille même il avait déboursé quarante livres tournois, pour «raimbre» ou racheter ses patenôtres de corail, mises en gage à la suite d’une dette de jeu (Ibid., fo18). Il n’était pourtant pas incapable d’un bon mouvement, ainsi que l’atteste le touchant article de compte suivant: «A un pauvre enffant de village qui fu trouvéstout seulen l’oustel où mon dit seigneur se lougha à Saint Denis du Chastel (auj. hameau de la Courtine, Creuse, arr. Aubusson, c. Felletin):LXsous.»Ibid., fo27.—Le 14 septembre, le jour même où le prince de Galles mit le siége devant Limoges, le duc de Berry envoya Bertrand du Montail porter une lettre, où il devait faire appel à la clémence d’Édouard en faveur des assiégés.Ibid., fo40.[330]Le dimanche 22 septembre 1370, Robert Knolles et ses gens vinrent camper vers Mons (auj. Athis-Mons) et Ablon (Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Longjumeau), et le mardi 24, ils se rangèrent en bataille entre Villejuif et Paris. Quoique Paris eût alors une garnison de 1200 hommes d’armes, Charles V refusa de faire donner ses troupes. Les Anglais mirent alors le feu à Villejuif, à Gentilly, à Cachan, à Arcueil, à l’hôtel de Bicêtre, et allèrent loger, ce même mardi, au soir, à Antony. Puis, dès le lendemain, ils levèrent leur camp et se dirigèrent vers la Normandie, à travers la Beauce (Gr. Chron., VI, 324, 325). Le jeudi 26, ils étaient déjà dans les environs de Gallardon (Arch. Nat., JJ 100, no911), et le dimanche 29, un de leurs détachements saccageait la paroisse Saint-Gervais de Séez (Bibl. Nat., Quitt., XVIII, 1054). On voit par les registres du chapitre de Notre-Dame, qu’avant de s’éloigner des environs de Paris, ils avaient prélevé de fortes rançons sur Orly, Itteville et presque tous les villages de cette région (Arch. Nat., LL 210, fos527, 532, 586).[331]Par acte daté de Paris le 9 juillet 1369, Jeanne de Penthièvre, vicomtesse de Limoges, avait donné la vicomté de Limoges à Charles V (Arch. Nat., J 242, no51); mais cet acte était de pure forme et destiné à permettre au roi de France d’arracher le Limousin aux Anglais. Charles V, par une contre-lettre secrète, de même date que l’acte précédent, déclarait la dite donation non avenue, et s’engageait à restituer intégralement à sa cousine, Jeanne de Penthièvre, et à ses héritiers, la vicomté de Limoges (Arch. départ. des Basses-Pyrénées, série E, no137). Cette importante contre-lettre a été signalée et publiée pour la première fois par dom Plaine (Jeanne de Penthièvre, Saint-Brieuc, 1873, p. 44 à 46).[332]Divers documents mentionnent la soumission de Saint-Yrieix, au roi de France, dès le milieu de 1370 (Ordonn., VI, 242;Arch. Nat., JJ 114, no146). On sait même, par un autre document, qu’à cette date des Bretons y tenaient garnison (Arch. Nat., JJ 109, no386).[333]Bertrand ne fit qu’une très-courte apparition sur les confins du Limousin et du Périgord; le 30 août 1370, il était à Montauban où le duc de Molina, comte de Longueville et de Soria, donna quittance de 10 000 francs d’or, pour ses gages et ceux des gens d’armes de sa compagnie servant en Guyenne, «tant en la compaignie du dit monseigneur le duc (d’Anjou) comme autrement,estant ès frontieres de Limosinet autre part ou dit duché de Guienne, où le dit monseigneur le duc a ordenné estre en frontiere contre les ennemis du royaume.»Bibl. Nat., Titres originaux, au motdu Guesclin.—Le 14 septembre suivant, du Guesclin était de retour à Toulouse où le duc de Molina, comte de Longueville, seigneur de Soria, donna quittance de 3000 francs d’or pour ses gages et ceux des gens d’armes «estans du comandement du dit monseigneur (le duc d’Anjou) avec nous et en nostre compaignieou pais de Perregueurs et sur le pais d’Angoulesme.»Ibid.—La chevauchée de Bertrand sur les confins du Périgord, du Limousin et de l’Angoumois, se place ainsi entre le 30 juillet, date d’une quittance de 1500 francs d’or donnée à Toulouse, et le 30 août suivant, date d’une autre quittance de 10 000 francs, délivrée à Montauban et analysée dans les lignes qui précèdent. D’ailleurs, dans un acte daté de Poitiers le 9 août 1372, du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, fait allusion à sa campagne de 1370, sur les confins du Limousin, et rappelle qu’il avait rallié au parti français les trois frères Jean, Aimeri et Rouffaut de Bonneval, «du pays de Limousin, en la vicomté de Limoges,pour lors que nous venismes d’Espaingne.»Arch. Nat., JJ 109, no64.[334]Le siége de Limoges ne dura pas un mois, mais seulement six jours, du 14 au 19 septembre 1370. «Item, aquel an meteyss (1370), aXIXjorns del mes de setembre, fon preza et destrucha la cuitat de Lymotges per lo princep de Galas loqual y avia tengut seti per alcun temps petit.»Thalamus parvus, p. 385.[335]Hugues de la Roche était marié à Dauphine de Beaufort, l’une des filles de Guillaume Roger, comte de Beaufort, et de sa première femme Marie de Chambon, et par conséquent l’une des sœurs de Roger de Beaufort et du cardinal de Beaufort, élu pape à la fin de cette même année sous le nom de Grégoire XI (Anselme,Hist. généal., VI, 317).[336]Roger de Beaufort, émancipé par son père le 26 mars 1361 (n. st.), était le troisième fils de Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIedu nom, et de Marie de Chambon; Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIIedu nom, et Pierre Roger, né en 1339, qui allait bientôt devenir le pape Grégoire XI, étaient ses aînés (Anselme,Hist. généal., VI, 316). Le 25 septembre 1371, Grégoire XI intercéda auprès d’Édouard III pour la mise en liberté de son frère, prisonnier de Jean de Grailly, captal de Buch (Rymer, III, 923). Les démarches du pontife restèrent sans résultat, puisque Roger de Beaufort et son neveu, Jean de la Roche, étaient encore prisonniers des Anglais le 27 juin 1375 (Ibid., 1033, 1034) et le 27 mai 1377 (Ibid., 1078).[337]«Civitas Lemovicensis capta fuit cum omnibus in ea existentibus,tam incolisquam aliis, qui pro sui tuitione ad eam confugerant, ac multis nobilibus viris qui pro ejus succursu et adjutorio illuc advenerant;fuit que demum totaliter demolita et destructa ac ædificia ejus ad terram prostrata, et exinde effecta inhabitabilis et deserta, sola ecclesia cathedrali dumtaxat remanente.» Baluze,Vitæ pap. Avenion., I, col. 392.[338]«Fortuna eos(il s’agit des doyen et chanoines de la cathédrale de Limoges)capi per dictos inimicos permisit et sicomnia bona et jocalia ipsius ecclesie una cum suis propriis perdiderunt, et eos redimi oportuit quasi ultra posse,» lit-on dans un privilége du 27 janvier 1372 (n. st.) où Charles V soustrait les chanoines de Limoges à toute autre juridiction que celle du Parlement de Paris, pourlesdédommager de ce qu’ils ont souffert pour la cause française (Arch. Nat., JJ 104, no287). Le prince de Galles, de son côté, affectant de rejeter sur l’évêque seul toute la responsabilité de la reddition de Limoges, avait fait grâce au chapitre de cette ville par acte daté de Bordeaux le 10 mars 1371 (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, fonds de la vicomté de Limoges, série E); mais les chanoines durent trouver cette clémence un peu tardive.[339]On fit grâce de la vie à Jean de Cros, évêque de Limoges, mais non de sa rançon, au payement de laquelle le roi de France contribua, le 4 février 1371, pour une somme de 100 francs (Gall. Christ., II, 534). Jean de Cros était le cousin du pape Grégoire XI qui le fit cardinal dans un conclave tenu six mois après son élection, le 6 juin 1371 (Vit. pap. Avenion., I, 427). Le massacre de Limoges avait soulevé dans toute la chrétienté une réprobation générale, et l’élection de Grégoire XI elle-même, qui eut lieu le 30 décembre 1370, environ trois mois après ce massacre, doit être considérée comme une sorte de protestation du sacré collége contre la conduite barbare du prince de Galles. Pierre Roger, dit le cardinal de Beaufort, n’avait pas encore, au moment de son élection, reçu la prêtrise (il ne fut ordonné prêtre que le 4 janvier 1371), mais il était originaire de ce Limousin livré alors à la vengeance d’un vainqueur impitoyable, il était le cousin de cet évêque de Limoges que le prince de Galles avait voulu faire mettre à mort, il était enfin le propre frère de ce Roger de Beaufort, le beau-frère de ce Hugues de la Roche, l’oncle de ce Jean de la Roche, tombés aux mains des Anglais après avoir défendu Limoges avec tant d’héroïsme; et les membres du sacré collége obéirent sans aucun doute à l’une des plus nobles inspirations de l’esprit chrétien en donnant, dans de telles circonstances, leurs suffrages à Pierre Roger.[340]De nombreux actes attestent que Charles V n’eut rien plus à cœur que de dédommager, autant qu’il était en son pouvoir, les habitants de Limoges de ce qu’ils avaient souffert pour la cause française. Non content d’avoir réuni inséparablement leur ville à la Couronne, il les mit, le 2 janvier 1372, en possession du château (Ordonn., V, 439, 443). Le 27 du même mois, il autorisa les doyen et chanoines de Limoges à faire construire pour leur usage une forteresse, entièrement distincte et indépendante de la cité proprement dite, afin de pouvoir s’y renfermer et s’y défendre au besoin contre l’ennemi (Arch. Nat., JJ 104, no263;Ordonn., V, 446, 447). Enfin, le 16 juin 1376, il décida que les affaires de l’église et de l’évêque de Limoges ne pourraient être jugées que par le Parlement de Paris (Ordonn., VI, 204).[341]Les provisions de l’office de connétable de France, vacant par la démission de Robert, sire de Fiennes, dit Morel, en faveur de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et comte de Longueville, sont datées de Paris en l’hôtel Saint-Pol le mercredi 2 octobre 1370 (Mém. de la Chambre des Comptes coté D, fo101, cité par Blanchard,Compil. chronol., p. 155). On lit dans un acte, en date du 5 de ce mois, que du Guesclin fut pourvu de cet office sur l’avis du grand Conseil du roi et d’une assemblée de prélats, de nobles, de bourgeois et d’habitants de Paris: «par la deliberation et advis de nostre grant Conseil et de plusieurs prelas, nobles, bourgoiz et habitans de nostre bonne ville de Paris, avons ordenné de mettre sus sans delay certaine provision pour la deffense de nostre dit royaume, pour laquelle briefment executer et mener à bonne et desiderable conclusion, avons,par la dicte deliberation et advis, fait et establi nostre connestable de France, nostre amé et feal Bertran du Guesclin.» (Arch. Nat., sect. hist., K 49, no52.)VARIANTES[342]Le manuscrit d’Amiens donne ici la charte que nous avons publiée tome VI, § 480, p. 27 à 33.[343]Voyez ci-dessus §602, p. 87 à 91.

[316]Par mandements en date du 20 février et du 7 mars 1370, Charles V avait chargé Pierre de Villiers et le Baudrain de la Heuse de faire mettre en bon état de défense les forteresses de Normandie et de Picardie (Delisle,Mandements de Charles V, p. 322, 324, 325).

[317]Le 23 mars 1361 (n. st.), Jean de Lorris, dit Lancelot, écuyer, jadis gardien du château de Beaurain, fut condamné à payer une amende de 60 livres parisis pour avoir fait défaut dans un appel porté devant le Parlement par les religieux de Clairmarais (Arch. Nat., JJ 117, no210). Quoi qu’on en ait dit (Œuvres de Froissart, XXII, 121), ni Jean de Lorris, fils aîné de Robert de Lorris et de Perronnelle des Essarts, filleul du roi Jean, marié avant le 4 août 1353 à Marie de Châtillon, ni Guérin, leur second fils, marié à la même date à Isabelle de Montmorency, ne portèrent jamais le surnom de Lancelot (JJ 82, no85).

[318]Ces deux jeunes damoiseaux étaient frères; ils étaient les fils de Mathieu de Roye, dit le Flamand, seigneur du Plessis-de-Roye (Oise, arr. Compiègne, c. Lassigny), marié en 1350 à Jeanne de Cherisy.

[319]Oise, arr. Compiègne, c. Noyon, sur la rive gauche de l’Oise et un peu au sud de Noyon, à mi-chemin de cette ville et d’Ourscamps.

[320]Robert Knolles alla faire une démonstration devant Reims (Gr. Chron., VI, 324); mais toutes les précautions étaient prises pour le bien recevoir. En vertu d’un mandement des conseillers généraux sur le fait des aides du 27 avril 1370, le quart de l’aide levée sur la dite ville et montant à 3000 francs, avait été appliqué aux fortifications de Reims (Varin,Archives de Reims, III, 338).

[321]Knolles passa devant Troyes et poussa même une pointe jusqu’en Auxerrois, dans le courant du mois d’août 1370, puisque, le 9 de ce mois, attendu que «l’on se doubtoit de la venue des ennemis», les habitants de Vermanton, au bailliage de Sens, portèrent «leur fourment en l’esglise du dit lieu, qui est forte, et en laquelle ceulz de la dite ville ont leur retrait, en temps de guerre et de peril». (Arch. Nat., JJ 100, no669).—Henri de Poitiers, évêque de Troyes, ce belliqueux prélat qui, onze ans environ auparavant, le 23 juin 1359, avait battu Eustache d’Auberchicourt à Chaude-Fouace, près de Nogent-sur-Seine (Anselme, II, 191), Henri de Poitiers, dis-je, avait présidé à la mise en état de défense de sa ville épiscopale, mais il avait dépensé ce qui lui restait d’énergie dans ce suprême effort; et, après avoir fait son testament le 21, il rendit le dernier soupir le 25 août. Au mois d’octobre suivant, Charles V légitima les quatre enfants, un fils et trois filles, que cet évêque, plus valeureux qu’édifiant, avait eus avec Jeanne de Chevry, religieuse du Paraclet près Nogent-sur-Seine (JJ 100, nos616 à 619).

[322]En quittant l’Auxerrois pour se diriger sur Paris, les Anglais passèrent à Villeneuve-la-Guyard (Yonne, arr. Sens, c. Pont-sur-Yonne; JJ 122, no317); ils avaient sur leurs derrières un certain nombre de chevaliers bourguignons, tels que Guillaume, bâtard de Poitiers, Jean de Bourgogne, Gui de Pontailler, Guillaume de la Tremouille, qui les poursuivirent à Montargis, à Moret en Gâtinais et jusqu’à Paris (Archives de la Côte-d’Or, B 3757;Invent., I, 305). Le 20 septembre, Étienne Braque, trésorier des guerres, fit payer 770 francs aux gens d’armes préposés à la défense du Chartrain, parmi lesquels on remarquait Barthélemi de Pologne et Henri de Wallenstein, chevaliers d’Allemagne, et le lendemain 21, une somme de 938 francs fut appliquée à la solde de ces mêmes gens d’armes (Archives Nicolaï, fonds du marquisat de Goussainville, troisième numéro, liasse 18); mais les Anglais firent route par Château-Landon, Nemours, Fontainebleau, Corbeil et Essonnes (Gr. Chron., VI, 324).

[323]Parti de Montefiascone au mois d’août et embarqué à Corneto, sur la Marta, le mois suivant, Urbain V débarqua à Marseille le 17 et fit son entrée à Avignon le 25 septembre 1370 (Thalamus parvus, p. 384).

[324]Le 8 août 1370, Louis, duc d’Anjou, était à Agen où il fit compter 238 francs d’or à Antoni Doria, chevalier, pour avoir fait venir en son service des arbalétriers de Gênes et de Savoie (Bibl. Nat., Titres originaux, au motDoria). Entre le 8 et le 18 de ce mois, divers actes attestent la présence du duc à Cahors (Ordonn., V, 353, 354; K 166, no222) et à Gourdon (JJ 151, no198). Enfin, dès le 18 août, il était de retour à Toulouse, où il donnait l’ordre de payer à Doria une nouvelle somme de 125 francs d’or (Bibl. Nat., Titres originaux, au motDoria).

[325]Le 30 juillet 1370, Bertrand du Guesclin, qui arrivait de Moissac, était encore à Toulouse où il donna quittance de 1500 francs d’or pour ses gages et ceux de 1000 hommes d’armes de sa compagnie enrôlés par le duc d’Anjou (Bibl. Nat., Titres originaux, au motdu Guesclin). Le 8 août suivant, il dut accompagner le duc d’Anjou à Agen (voyez plus haut, p.XCIX, note293), puis à Sarlat, qui était le principal objectif de cette chevauchée du lieutenant royal en Languedoc. Cette ville avait fait sa soumission pleine et entière le mois précédent (Arch. Nat., JJ 100, nos599 à 602, 643, 649, 671, 906, 908), et le duc d’Anjou venait en prendre possession au nom du roi son frère, en compagnie du sire de Beaujeu, de Jean de Vienne, des seigneurs de Vinay et de Revel, de Pierre de Saint-Jory et de son maître d’hôtel Artaud de Beausemblant (JJ 101, no139). Les érudits périgourdins les plus spéciaux, notamment le savant historien des deux derniers comtes de Périgord, paraissent avoir ignoré complétement cette campagne de du Guesclin en Périgord, sur les confins de cette province et du Limousin, pendant les trois dernières semaines d’août 1370. Le peu que l’on en sait atteste au plus haut degré l’instinct stratégique du chevalier breton. Quel était, en effet, à cette date, le plus puissant intérêt, le plus pressant besoin militaire des Français au sud de la Loire? N’était-ce pas évidemment d’assurer, de maintenir à tout prix les communications entre le corps d’armée du duc de Berry qui opérait alors en Limousin, et les troupes que le duc d’Anjou venait de mettre en mouvement dans le Quercy, l’Agenais et surtout dans le Périgord? Quel était, au contraire, le danger qu’il importait le plus de conjurer, sinon de laisser à deux armées anglaises parties, l’une de Cognac ou d’Angoulême sous les ordres du prince de Galles, l’autre de Bordeaux sous la conduite du duc de Lancastre, la faculté de faire leur jonction après s’être avancées, la première à travers le Nontronais et le Limousin, la seconde à travers le Libournais et le Périgord? Mettre d’abord Périgueux en bon état de défense, ensuite occuper en force les trois routes qui conduisent de cette ville à Limoges par Saint-Yrieix, à Angoulême par Brantôme et Mareuil, enfin à Bordeaux par Montpont et Libourne, telles étaient les mesures les plus urgentes à prendre pour se prémunir contre le danger que nous venons de signaler. Il n’est pas une seule de ces mesures dont on ne doive attribuer l’initiative à du Guesclin, en s’appuyant uniquement sur des témoignages contemporains, si rares et si incomplets qu’ils soient. A peine arrivé à Périgueux, Bertrand délogea les Anglais d’une abbaye située dans la banlieue de cette ville (sans doute, la Chancelade, Dordogne, arr. et c. Périgueux, à 4 kil. au nord de cette ville; Cuvelier, II, vers 17376 à 17504). Le 27 août 1370, Louis, duc d’Anjou, fit don de 2500 francs aux bourgeois et aux religieuses de la ville de Périgueux, en dédommagement des pertes qu’ils avaient soutenues par le fait del’armée royale qui avait séjourné ou séjournait encore dans la dite ville et ses appartenances(Bibl. Nat., fonds Lépine, carton Périgueux, cité par Dessalles, I, 101). Enfin, voici l’extrait d’un document authentique, que nous avons eu la bonne fortune de découvrir, et qui établit d’une manière irrécusable le passage de du Guesclin à Périgueux, à la date dont il s’agit: «Lettres de quittance en parchemin de 550 deniers d’or, aultrement appelés frans, données au comte de Périgord par Bernard Favier, marchand et compteur des consuls de Périgueux,en laquelle somme le dit comte etBertrand du Guesclinestoient tenus au dit Favier.De l’an mil trois cent septante.Signé: Bernard de Secerone.»Bibl. Nat., fonds Doat, 241, fo488 vo.—Non content d’avoir fait mettre Périgueux en état de résister à toutes les attaques de l’ennemi, Bertrand assiégea et prit, soit par lui, soit par les frères Mauny, Budes et Beaumont, ses cousins et ses lieutenants, Saint-Yrieix, Brantôme et Montpont, ces clefs des trois routes qui mettent la capitale du Périgord en communication avec Limoges, Angoulême et Bordeaux. Cuvelier (II, vers 17323 à 17327) et Froissart sont d’accord pour faire honneur à du Guesclin de la prise de ces trois forteresses.

[326]On a vu plus haut que Jean, duc de Berry, arriva devant Limoges le 21 août. Ce jour-là même, Bertrand du Guesclin fit porter, du Périgord où il se trouvait alors, une lettre au duc Jean qui répondit lui-même immédiatement au message du chevalier breton, comme cela ressort des deux articles de compte suivants: «Au messaigier de messire Bertrant du Claquin qui a pourté lettres à monseigneur (Jean, duc de Berry), de par le dit messire Bertrant, pour don fait à luy leXXIejour d’aoust (1370) ensuivant:IIIIlivres tournois».Arch. Nat., KK 251, fo34 vo.—«Au dit Cambray, prisonnier des Anglois, lequel monseigneur (Jean, duc de Berry) a envoié pourter lettres à monseigneur Bertrant de Clasquin, pour don fait à luy par le dit seigneur, pour aider à paier sa rançon, par mandement du dit seigneur donné leXXIejour du dit mois (août 1370):XLlivres».Ibid., fo27.

[327]Cela est parfaitement exact. Arrivé le 21, le duc de Berry partit de Limoges le 24 au matin et fit remettre, à titre d’aumône, le jour même de son départ, quatre livres tournois aux Carmes, huit livres tournois aux Cordeliers et aux Augustins de cette ville (Ibid., fo27). Dès l’après-midi du 24, il se fit conduire d’Eymoutiers à Masléon et donna quarante sous à un écuyer du pays qui lui avait servi de guide (Ibid., fo27 vo).

[328]Le duc de Berry, prévoyant cette colère du prince de Galles, avait envoyé, le jour même où il prit possession de Limoges, c’est-à-dire le 22 août 1370, cinq messagers au prince de Galles, sans doute pour assumer toute la responsabilité de la reddition et en décharger, autant que possible, les habitants de cette ville: «A cinq messagiers envoiés en Angolmoispourter lettres de par mon dit seigneur au prince de Gales..., par la main Ymbaut du Peschin, par mandement du dit seigneur donné leXXIIejour du dit mois (d’août 1370): randu à court:XXXlivres tournois.» KK 251, fos39 voet 40.

[329]Jean de Cros avait tenu sur les fonts du baptême un des enfants du prince d’Aquitaine. Le 27 août, le duc Jean, retournant du Limousin en Berry, fut rejoint à Felletin (Creuse, arr. Aubusson), par un écuyer qui lui remit, de la part de l’évêque de Limoges, une lettre où cet infortuné prélat le priait sans doute de ne pas abandonner les habitants de sa ville épiscopale (KK 251, fo27 vo); mais le futile et égoïste prince passait ses journées à jouer aux dés avec ses chambellans, et la veille même il avait déboursé quarante livres tournois, pour «raimbre» ou racheter ses patenôtres de corail, mises en gage à la suite d’une dette de jeu (Ibid., fo18). Il n’était pourtant pas incapable d’un bon mouvement, ainsi que l’atteste le touchant article de compte suivant: «A un pauvre enffant de village qui fu trouvéstout seulen l’oustel où mon dit seigneur se lougha à Saint Denis du Chastel (auj. hameau de la Courtine, Creuse, arr. Aubusson, c. Felletin):LXsous.»Ibid., fo27.—Le 14 septembre, le jour même où le prince de Galles mit le siége devant Limoges, le duc de Berry envoya Bertrand du Montail porter une lettre, où il devait faire appel à la clémence d’Édouard en faveur des assiégés.Ibid., fo40.

[330]Le dimanche 22 septembre 1370, Robert Knolles et ses gens vinrent camper vers Mons (auj. Athis-Mons) et Ablon (Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Longjumeau), et le mardi 24, ils se rangèrent en bataille entre Villejuif et Paris. Quoique Paris eût alors une garnison de 1200 hommes d’armes, Charles V refusa de faire donner ses troupes. Les Anglais mirent alors le feu à Villejuif, à Gentilly, à Cachan, à Arcueil, à l’hôtel de Bicêtre, et allèrent loger, ce même mardi, au soir, à Antony. Puis, dès le lendemain, ils levèrent leur camp et se dirigèrent vers la Normandie, à travers la Beauce (Gr. Chron., VI, 324, 325). Le jeudi 26, ils étaient déjà dans les environs de Gallardon (Arch. Nat., JJ 100, no911), et le dimanche 29, un de leurs détachements saccageait la paroisse Saint-Gervais de Séez (Bibl. Nat., Quitt., XVIII, 1054). On voit par les registres du chapitre de Notre-Dame, qu’avant de s’éloigner des environs de Paris, ils avaient prélevé de fortes rançons sur Orly, Itteville et presque tous les villages de cette région (Arch. Nat., LL 210, fos527, 532, 586).

[331]Par acte daté de Paris le 9 juillet 1369, Jeanne de Penthièvre, vicomtesse de Limoges, avait donné la vicomté de Limoges à Charles V (Arch. Nat., J 242, no51); mais cet acte était de pure forme et destiné à permettre au roi de France d’arracher le Limousin aux Anglais. Charles V, par une contre-lettre secrète, de même date que l’acte précédent, déclarait la dite donation non avenue, et s’engageait à restituer intégralement à sa cousine, Jeanne de Penthièvre, et à ses héritiers, la vicomté de Limoges (Arch. départ. des Basses-Pyrénées, série E, no137). Cette importante contre-lettre a été signalée et publiée pour la première fois par dom Plaine (Jeanne de Penthièvre, Saint-Brieuc, 1873, p. 44 à 46).

[332]Divers documents mentionnent la soumission de Saint-Yrieix, au roi de France, dès le milieu de 1370 (Ordonn., VI, 242;Arch. Nat., JJ 114, no146). On sait même, par un autre document, qu’à cette date des Bretons y tenaient garnison (Arch. Nat., JJ 109, no386).

[333]Bertrand ne fit qu’une très-courte apparition sur les confins du Limousin et du Périgord; le 30 août 1370, il était à Montauban où le duc de Molina, comte de Longueville et de Soria, donna quittance de 10 000 francs d’or, pour ses gages et ceux des gens d’armes de sa compagnie servant en Guyenne, «tant en la compaignie du dit monseigneur le duc (d’Anjou) comme autrement,estant ès frontieres de Limosinet autre part ou dit duché de Guienne, où le dit monseigneur le duc a ordenné estre en frontiere contre les ennemis du royaume.»Bibl. Nat., Titres originaux, au motdu Guesclin.—Le 14 septembre suivant, du Guesclin était de retour à Toulouse où le duc de Molina, comte de Longueville, seigneur de Soria, donna quittance de 3000 francs d’or pour ses gages et ceux des gens d’armes «estans du comandement du dit monseigneur (le duc d’Anjou) avec nous et en nostre compaignieou pais de Perregueurs et sur le pais d’Angoulesme.»Ibid.—La chevauchée de Bertrand sur les confins du Périgord, du Limousin et de l’Angoumois, se place ainsi entre le 30 juillet, date d’une quittance de 1500 francs d’or donnée à Toulouse, et le 30 août suivant, date d’une autre quittance de 10 000 francs, délivrée à Montauban et analysée dans les lignes qui précèdent. D’ailleurs, dans un acte daté de Poitiers le 9 août 1372, du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, fait allusion à sa campagne de 1370, sur les confins du Limousin, et rappelle qu’il avait rallié au parti français les trois frères Jean, Aimeri et Rouffaut de Bonneval, «du pays de Limousin, en la vicomté de Limoges,pour lors que nous venismes d’Espaingne.»Arch. Nat., JJ 109, no64.

[334]Le siége de Limoges ne dura pas un mois, mais seulement six jours, du 14 au 19 septembre 1370. «Item, aquel an meteyss (1370), aXIXjorns del mes de setembre, fon preza et destrucha la cuitat de Lymotges per lo princep de Galas loqual y avia tengut seti per alcun temps petit.»Thalamus parvus, p. 385.

[335]Hugues de la Roche était marié à Dauphine de Beaufort, l’une des filles de Guillaume Roger, comte de Beaufort, et de sa première femme Marie de Chambon, et par conséquent l’une des sœurs de Roger de Beaufort et du cardinal de Beaufort, élu pape à la fin de cette même année sous le nom de Grégoire XI (Anselme,Hist. généal., VI, 317).

[336]Roger de Beaufort, émancipé par son père le 26 mars 1361 (n. st.), était le troisième fils de Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIedu nom, et de Marie de Chambon; Guillaume Roger, comte de Beaufort, IIIedu nom, et Pierre Roger, né en 1339, qui allait bientôt devenir le pape Grégoire XI, étaient ses aînés (Anselme,Hist. généal., VI, 316). Le 25 septembre 1371, Grégoire XI intercéda auprès d’Édouard III pour la mise en liberté de son frère, prisonnier de Jean de Grailly, captal de Buch (Rymer, III, 923). Les démarches du pontife restèrent sans résultat, puisque Roger de Beaufort et son neveu, Jean de la Roche, étaient encore prisonniers des Anglais le 27 juin 1375 (Ibid., 1033, 1034) et le 27 mai 1377 (Ibid., 1078).

[337]«Civitas Lemovicensis capta fuit cum omnibus in ea existentibus,tam incolisquam aliis, qui pro sui tuitione ad eam confugerant, ac multis nobilibus viris qui pro ejus succursu et adjutorio illuc advenerant;fuit que demum totaliter demolita et destructa ac ædificia ejus ad terram prostrata, et exinde effecta inhabitabilis et deserta, sola ecclesia cathedrali dumtaxat remanente.» Baluze,Vitæ pap. Avenion., I, col. 392.

[338]«Fortuna eos(il s’agit des doyen et chanoines de la cathédrale de Limoges)capi per dictos inimicos permisit et sicomnia bona et jocalia ipsius ecclesie una cum suis propriis perdiderunt, et eos redimi oportuit quasi ultra posse,» lit-on dans un privilége du 27 janvier 1372 (n. st.) où Charles V soustrait les chanoines de Limoges à toute autre juridiction que celle du Parlement de Paris, pourlesdédommager de ce qu’ils ont souffert pour la cause française (Arch. Nat., JJ 104, no287). Le prince de Galles, de son côté, affectant de rejeter sur l’évêque seul toute la responsabilité de la reddition de Limoges, avait fait grâce au chapitre de cette ville par acte daté de Bordeaux le 10 mars 1371 (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, fonds de la vicomté de Limoges, série E); mais les chanoines durent trouver cette clémence un peu tardive.

[339]On fit grâce de la vie à Jean de Cros, évêque de Limoges, mais non de sa rançon, au payement de laquelle le roi de France contribua, le 4 février 1371, pour une somme de 100 francs (Gall. Christ., II, 534). Jean de Cros était le cousin du pape Grégoire XI qui le fit cardinal dans un conclave tenu six mois après son élection, le 6 juin 1371 (Vit. pap. Avenion., I, 427). Le massacre de Limoges avait soulevé dans toute la chrétienté une réprobation générale, et l’élection de Grégoire XI elle-même, qui eut lieu le 30 décembre 1370, environ trois mois après ce massacre, doit être considérée comme une sorte de protestation du sacré collége contre la conduite barbare du prince de Galles. Pierre Roger, dit le cardinal de Beaufort, n’avait pas encore, au moment de son élection, reçu la prêtrise (il ne fut ordonné prêtre que le 4 janvier 1371), mais il était originaire de ce Limousin livré alors à la vengeance d’un vainqueur impitoyable, il était le cousin de cet évêque de Limoges que le prince de Galles avait voulu faire mettre à mort, il était enfin le propre frère de ce Roger de Beaufort, le beau-frère de ce Hugues de la Roche, l’oncle de ce Jean de la Roche, tombés aux mains des Anglais après avoir défendu Limoges avec tant d’héroïsme; et les membres du sacré collége obéirent sans aucun doute à l’une des plus nobles inspirations de l’esprit chrétien en donnant, dans de telles circonstances, leurs suffrages à Pierre Roger.

[340]De nombreux actes attestent que Charles V n’eut rien plus à cœur que de dédommager, autant qu’il était en son pouvoir, les habitants de Limoges de ce qu’ils avaient souffert pour la cause française. Non content d’avoir réuni inséparablement leur ville à la Couronne, il les mit, le 2 janvier 1372, en possession du château (Ordonn., V, 439, 443). Le 27 du même mois, il autorisa les doyen et chanoines de Limoges à faire construire pour leur usage une forteresse, entièrement distincte et indépendante de la cité proprement dite, afin de pouvoir s’y renfermer et s’y défendre au besoin contre l’ennemi (Arch. Nat., JJ 104, no263;Ordonn., V, 446, 447). Enfin, le 16 juin 1376, il décida que les affaires de l’église et de l’évêque de Limoges ne pourraient être jugées que par le Parlement de Paris (Ordonn., VI, 204).

[341]Les provisions de l’office de connétable de France, vacant par la démission de Robert, sire de Fiennes, dit Morel, en faveur de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et comte de Longueville, sont datées de Paris en l’hôtel Saint-Pol le mercredi 2 octobre 1370 (Mém. de la Chambre des Comptes coté D, fo101, cité par Blanchard,Compil. chronol., p. 155). On lit dans un acte, en date du 5 de ce mois, que du Guesclin fut pourvu de cet office sur l’avis du grand Conseil du roi et d’une assemblée de prélats, de nobles, de bourgeois et d’habitants de Paris: «par la deliberation et advis de nostre grant Conseil et de plusieurs prelas, nobles, bourgoiz et habitans de nostre bonne ville de Paris, avons ordenné de mettre sus sans delay certaine provision pour la deffense de nostre dit royaume, pour laquelle briefment executer et mener à bonne et desiderable conclusion, avons,par la dicte deliberation et advis, fait et establi nostre connestable de France, nostre amé et feal Bertran du Guesclin.» (Arch. Nat., sect. hist., K 49, no52.)

[342]Le manuscrit d’Amiens donne ici la charte que nous avons publiée tome VI, § 480, p. 27 à 33.

[343]Voyez ci-dessus §602, p. 87 à 91.


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