§ 361. Ches gens d’armes et ces routes fissent leurs15pourveances bien et à point, et leur delivroit li roispassage à Douvres et à Zanduich. Là fissent il environPasques toutes leurs pourveances, et se traïssent làcil qui passer voloient, petit à petit, et faissoient chevoiage par manière de croiserie.20Avant che que li evesques et les cappitaines quiavoec lui estoient, especialment messires Hues deCavrelée, messires Thomas Trivès et messires GuillaumesHelmen, ississent hors d’Engletière, il furentmandé au conseil dou roi et là juroient solempnellement,25le roi present, de traire à chief à leur loial pooirleur voiage, et que ja il ne se combateroient contrehomme ne païs qui tenissent Urbain à pappe, mais àceux qui l’oppinion de Clement soustenoient. Enssi lejurèrent il trop volentiers, et là dist li rois par l’acord30de son conseil: «Evesques, et vous, Hues, Thomaset Guillaume, vous venu à Calais, vous i sejournerés[91]que sus les frontières, en heriant France, un mois ouenviron. Et dedens che terme je vous rafresquirai degens d’armes et d’archiers, et vous envoierai un bonmareschal et vaillant homme, messire Guillaume de5Biaucamp, car je l’ai envoiiet querre: il est en la marced’Escoce, où il a la journée et frontière de parlementpour nous contre les Escos, car les trieues de nous etdes Escos doivent falir à celle Saint Jehan. Lui revenut,vous l’arés sans faute en vostre compaignie: si10l’atendés, car il vous sera mout nécessaires de senset de bon conseil.»Li evesques de Norduich et li chevalier dessus nommetli eurent convenant que ossi feroient il, et sus celestat se departirent il dou roi et se missent sur leur15voiage, et montèrent en mer à Douvres, et arivèrent àCalais le vint et troisime jour dou mois d’apvril, l’anmille trois cens quatre vins et trois.
§ 361. Ches gens d’armes et ces routes fissent leurs
15pourveances bien et à point, et leur delivroit li rois
passage à Douvres et à Zanduich. Là fissent il environ
Pasques toutes leurs pourveances, et se traïssent là
cil qui passer voloient, petit à petit, et faissoient che
voiage par manière de croiserie.
20Avant che que li evesques et les cappitaines qui
avoec lui estoient, especialment messires Hues de
Cavrelée, messires Thomas Trivès et messires Guillaumes
Helmen, ississent hors d’Engletière, il furent
mandé au conseil dou roi et là juroient solempnellement,
25le roi present, de traire à chief à leur loial pooir
leur voiage, et que ja il ne se combateroient contre
homme ne païs qui tenissent Urbain à pappe, mais à
ceux qui l’oppinion de Clement soustenoient. Enssi le
jurèrent il trop volentiers, et là dist li rois par l’acord
30de son conseil: «Evesques, et vous, Hues, Thomas
et Guillaume, vous venu à Calais, vous i sejournerés
[91]que sus les frontières, en heriant France, un mois ou
environ. Et dedens che terme je vous rafresquirai de
gens d’armes et d’archiers, et vous envoierai un bon
mareschal et vaillant homme, messire Guillaume de
5Biaucamp, car je l’ai envoiiet querre: il est en la marce
d’Escoce, où il a la journée et frontière de parlement
pour nous contre les Escos, car les trieues de nous et
des Escos doivent falir à celle Saint Jehan. Lui revenut,
vous l’arés sans faute en vostre compaignie: si
10l’atendés, car il vous sera mout nécessaires de sens
et de bon conseil.»
Li evesques de Norduich et li chevalier dessus nommet
li eurent convenant que ossi feroient il, et sus cel
estat se departirent il dou roi et se missent sur leur
15voiage, et montèrent en mer à Douvres, et arivèrent à
Calais le vint et troisime jour dou mois d’apvril, l’an
mille trois cens quatre vins et trois.
§ 362. Pour ce tamps estoit cappitaines de Calaismessires Jehans d’Ewrues, qui rechut l’evesque et les20compaignons à grant joie. Si missent hors de leursvaissaulx petit à petit leurs chevaux et leurs harnas,et se logièrent, cil qui logier se peurent, à Calais etenviron, en bastides que il avoient fait et faissoienttous les jours, et furent là jusques à quatre jours en25mai, atendans leur mareschal messire Guillaume deBiaucamp, qui point ne venoit. Quant li evesques deNorduich, qui estoit jones et volentrieux et qui sedesiroit à armer, car encores estoit il petit armésfors en Lombardie avoecques son frère, se veï à Calais,30et cappitaine de tant de gens, si dist une fois à sescompaignons: «Et à quelle fin, biau signeur, sejournons[92]nous tant chi? Messires Guillaumes de Biaucamp[ne] venra point. Il ne souvient ore le roi ne ses onclesde nous. Faisons aucun exploit d’armes, puisque noussommes ordonné à ce faire; emploions l’argent de5l’Eglise loiaulment, puisque nous en vivons, et reconqueronsdou nouvel sus les ennemis.»—«C’est bon,respondirent chil qui à ces parolles furent, faissonsasavoir à nos gens que nous volons chevauchier dedenstrois jours, et regardons quelle part nous nos10trairons. Nous ne poons partir ne issir des portes deCalais nullement, que nous n’entrons sus terre d’anemis,car c’est France de tous costés, otant bien versFlandres comme vers Boulongne ou Saint Omer, carFlandres est terre de conquès, et l’a conquis par poissance15li rois de France. Ossi nous ne porions fairemilleur exploit, tout consideré, ne plus honnerableque dou reconquerir; et li contes de Flandres a faitun grant despit à nos gens, quant sans nul title deraison il les a banis et escachiés hors de Bruges et20dou païs de Flandres. Il n’a pas deus ans que il euistfait ce moult envis, mais à present il le convient obeïras ordonnances et plaisirs dou roi de France et desFrançois.»—«Dont, se j’estoie creus, dist li evesquesde Norduich, la première chevauchie que nous25ferions, che seroit en Flandres.»—«Vous en serésbien creus, che respondirent messires Thumas Trivèset messires Guillaumes Helmen; ordonnons nous surche et chevauchons celle part dedens trois jours, carche sera sur terre d’ennemis.» A ce conseil se sont30dou tout tenu et le fissent assavoir à leurs gens.
§ 362. Pour ce tamps estoit cappitaines de Calais
messires Jehans d’Ewrues, qui rechut l’evesque et les
20compaignons à grant joie. Si missent hors de leurs
vaissaulx petit à petit leurs chevaux et leurs harnas,
et se logièrent, cil qui logier se peurent, à Calais et
environ, en bastides que il avoient fait et faissoient
tous les jours, et furent là jusques à quatre jours en
25mai, atendans leur mareschal messire Guillaume de
Biaucamp, qui point ne venoit. Quant li evesques de
Norduich, qui estoit jones et volentrieux et qui se
desiroit à armer, car encores estoit il petit armés
fors en Lombardie avoecques son frère, se veï à Calais,
30et cappitaine de tant de gens, si dist une fois à ses
compaignons: «Et à quelle fin, biau signeur, sejournons
[92]nous tant chi? Messires Guillaumes de Biaucamp
[ne] venra point. Il ne souvient ore le roi ne ses oncles
de nous. Faisons aucun exploit d’armes, puisque nous
sommes ordonné à ce faire; emploions l’argent de
5l’Eglise loiaulment, puisque nous en vivons, et reconquerons
dou nouvel sus les ennemis.»—«C’est bon,
respondirent chil qui à ces parolles furent, faissons
asavoir à nos gens que nous volons chevauchier dedens
trois jours, et regardons quelle part nous nos
10trairons. Nous ne poons partir ne issir des portes de
Calais nullement, que nous n’entrons sus terre d’anemis,
car c’est France de tous costés, otant bien vers
Flandres comme vers Boulongne ou Saint Omer, car
Flandres est terre de conquès, et l’a conquis par poissance
15li rois de France. Ossi nous ne porions faire
milleur exploit, tout consideré, ne plus honnerable
que dou reconquerir; et li contes de Flandres a fait
un grant despit à nos gens, quant sans nul title de
raison il les a banis et escachiés hors de Bruges et
20dou païs de Flandres. Il n’a pas deus ans que il euist
fait ce moult envis, mais à present il le convient obeïr
as ordonnances et plaisirs dou roi de France et des
François.»—«Dont, se j’estoie creus, dist li evesques
de Norduich, la première chevauchie que nous
25ferions, che seroit en Flandres.»—«Vous en serés
bien creus, che respondirent messires Thumas Trivès
et messires Guillaumes Helmen; ordonnons nous sur
che et chevauchons celle part dedens trois jours, car
che sera sur terre d’ennemis.» A ce conseil se sont
30dou tout tenu et le fissent assavoir à leurs gens.
§ 363. A toutes ces parolles dites et devissées[93]n’estoit mies messires Hues de Cavrelée, anchoisestoit alés veoir le cappitaine de Ghines, un sien cousin,qui s’appelloit messire Jehan Draiton, et demoraà Ghines tout che jour que il i ala; à l’endemain il5revint. Quant il fut revenus, li evesques le manda ensou castel où il estoit logiés, et les autres chevaliersossi. Et pour tant que messires Hues estoit li plus usésd’armes de tous les autres et qui le plus avoit veu,li chevalier avoient dit à l’evesque que il voroient avoir10l’avis de messire Hue, anchois que il fesissent riens. [Si]li dist li evesques, present eux, les parolles dessus dites,et li demanda que il en desist son avis. Messires Huesrespondi et dist à l’evesque: «Sire, vous savés surquel estat nous sommes issu d’Engletère. Nostre fait ne15toucque de riens au fait de la guerre des rois, forssur les Clementins, car nous sommes saudoiiers aupappe Urbain, qui nous asobt de paine et coupe, senous poons destruire les Clementins. Se nous alonsen Flandres, quoi que li païs soit au duc de Bourgongne20et au roi de France, nous nos fourferons, car j’entenchque li contes de Flandres et tout li Flamenc sont ossiboin et vrai Urbanistre que nous sommes. De rechiefnous n’avons pas gens assés pour entrer en Flandres,car ils sont grant peuple tout apparilliet et resvilliet25de la guerre, car il n’ont eu autre soing puis quatreans, et si i a durement fort païs à entrer et chevauchier;et [si] ne nous ont li Flamenc riens fourfait.Mais, se nous volons chevauchier, chevauchons enFrance: là sont nostre ennemi par deus manières: li30rois no sires a guerre ouverte à eulx, et si sont liFrançois tout Clementin et contraire à nostre creancetant que de pappe. Oultre nous devons atendre nostre[94]mareschal, messire Guillaume de Biaucamp, qui doithastéement venir atout grant gent, et che fu la derrenièreparolle dou roi nostre sire, que il le nous envoieroit.Si lo et conseille de mon avis, puisque chevauchier5volons, que nous chevauchons vers Aire ouMonsteroel. Nuls ne nous venra encore au devant, ettousjours nous croisteront gens qui isteront de Flandres,et qui ont le leur tout perdu, qui voront gaagnier avoecquesnous, et qui ont encores ou coer la felonnie et le10mautalent sus les François, qui leur ont mors et ochisen ces guerres leurs pères, leurs fils et leurs amis.»A paines peut avoir messires Hues finet son parler,quant li evesques le reprist comme caux et boullansque il estoit, et li dist: «Oïl, oïl, messire Hue, vous15avés tant apris ou roiaulme de France à chevauchierque vous ne savés chevauchier ailleurs. Où poonsnous mieux faire nostre pourfit que de entrer en cellerice frontière de mer de Bourbourc, de Dunquerque,de Noefport et en la castelerie de Berghes, de Cassel,20de Ippre et de Popringhe? En che païs là que je vousnomme, sicom je fui enfourmés des bourgois de Gandqui sont chi en nostre compaignie, il ne furent onquesguerriiet [de] cose qui leur grevast. [Si] nous irons làrafresquir et atendre messire Guillaume de Biaucamp,25se il voelt venir: encores n’est il mies apparant desa venue.»Quant messires Hues de Cavrelée se veï enssi reboutésde cel evesque, qui estoit de grant linage en Engletièreet qui estoit leurs cappitains, quoi que il fust30vaillans chevaliers, si se teut, et aussi il ne fu pointaidiés à soustenir sa parolle de messire Thumas Trivetet de messire Guillaume Helmen; et se parti de la[95]place en dissant: «Par Dieu, sire, se vous chevauchiés,messire Hues de Cavrelée chevauchera avoecquesvous, ne vous ne ferés ja voie ne chemin où ilne se ose bien veoir.»—«Je le croi bien, dist li5evesques, qui avoit grant desir de chevauchier. Orvous apparilliés, car nous chevaucerons de matin.»
§ 363. A toutes ces parolles dites et devissées
[93]n’estoit mies messires Hues de Cavrelée, anchois
estoit alés veoir le cappitaine de Ghines, un sien cousin,
qui s’appelloit messire Jehan Draiton, et demora
à Ghines tout che jour que il i ala; à l’endemain il
5revint. Quant il fut revenus, li evesques le manda ens
ou castel où il estoit logiés, et les autres chevaliers
ossi. Et pour tant que messires Hues estoit li plus usés
d’armes de tous les autres et qui le plus avoit veu,
li chevalier avoient dit à l’evesque que il voroient avoir
10l’avis de messire Hue, anchois que il fesissent riens. [Si]
li dist li evesques, present eux, les parolles dessus dites,
et li demanda que il en desist son avis. Messires Hues
respondi et dist à l’evesque: «Sire, vous savés sur
quel estat nous sommes issu d’Engletère. Nostre fait ne
15toucque de riens au fait de la guerre des rois, fors
sur les Clementins, car nous sommes saudoiiers au
pappe Urbain, qui nous asobt de paine et coupe, se
nous poons destruire les Clementins. Se nous alons
en Flandres, quoi que li païs soit au duc de Bourgongne
20et au roi de France, nous nos fourferons, car j’entench
que li contes de Flandres et tout li Flamenc sont ossi
boin et vrai Urbanistre que nous sommes. De rechief
nous n’avons pas gens assés pour entrer en Flandres,
car ils sont grant peuple tout apparilliet et resvilliet
25de la guerre, car il n’ont eu autre soing puis quatre
ans, et si i a durement fort païs à entrer et chevauchier;
et [si] ne nous ont li Flamenc riens fourfait.
Mais, se nous volons chevauchier, chevauchons en
France: là sont nostre ennemi par deus manières: li
30rois no sires a guerre ouverte à eulx, et si sont li
François tout Clementin et contraire à nostre creance
tant que de pappe. Oultre nous devons atendre nostre
[94]mareschal, messire Guillaume de Biaucamp, qui doit
hastéement venir atout grant gent, et che fu la derrenière
parolle dou roi nostre sire, que il le nous envoieroit.
Si lo et conseille de mon avis, puisque chevauchier
5volons, que nous chevauchons vers Aire ou
Monsteroel. Nuls ne nous venra encore au devant, et
tousjours nous croisteront gens qui isteront de Flandres,
et qui ont le leur tout perdu, qui voront gaagnier avoecques
nous, et qui ont encores ou coer la felonnie et le
10mautalent sus les François, qui leur ont mors et ochis
en ces guerres leurs pères, leurs fils et leurs amis.»
A paines peut avoir messires Hues finet son parler,
quant li evesques le reprist comme caux et boullans
que il estoit, et li dist: «Oïl, oïl, messire Hue, vous
15avés tant apris ou roiaulme de France à chevauchier
que vous ne savés chevauchier ailleurs. Où poons
nous mieux faire nostre pourfit que de entrer en celle
rice frontière de mer de Bourbourc, de Dunquerque,
de Noefport et en la castelerie de Berghes, de Cassel,
20de Ippre et de Popringhe? En che païs là que je vous
nomme, sicom je fui enfourmés des bourgois de Gand
qui sont chi en nostre compaignie, il ne furent onques
guerriiet [de] cose qui leur grevast. [Si] nous irons là
rafresquir et atendre messire Guillaume de Biaucamp,
25se il voelt venir: encores n’est il mies apparant de
sa venue.»
Quant messires Hues de Cavrelée se veï enssi reboutés
de cel evesque, qui estoit de grant linage en Engletière
et qui estoit leurs cappitains, quoi que il fust
30vaillans chevaliers, si se teut, et aussi il ne fu point
aidiés à soustenir sa parolle de messire Thumas Trivet
et de messire Guillaume Helmen; et se parti de la
[95]place en dissant: «Par Dieu, sire, se vous chevauchiés,
messire Hues de Cavrelée chevauchera avoecques
vous, ne vous ne ferés ja voie ne chemin où il
ne se ose bien veoir.»—«Je le croi bien, dist li
5evesques, qui avoit grant desir de chevauchier. Or
vous apparilliés, car nous chevaucerons de matin.»
§ 364. A che pourpos se sont il dou tout tenu, ets’ordonnèrent à chevauchier à l’endemain, et fu leurchevauchie segnefiie parmi la ville de Calais et en10tous les logis. Quant che vint au matin, les trompètessonnèrent. Tout se departirent, et prisent les campset le chemin de Gravelines, et pooient estre en comptetrois mille testes armées. Tant cheminèrent que ilvinrent sus le port de Gravelines. Pour l’eure, le mer15estoit basse; si passèrent oultre et entrèrent ou port,et le pillèrent, et asaillirent le moustier que chil doupaïs avoient fortefiiet et la ville qui estoit fremée depalis, laquelle ne se peut longuement tenir, car iln’i avoit forques ceux de la ville, qui n’estoient que20bon homme et gens de mer, car, se il i euist eu desgentieux hommes, il se fussent bien plus longuementtenu que il ne fissent, et ossi li païs, en devant ce,n’estoit noient segnefiiés de ceste guerre, et ne sedoubtoient point des Englès. Si conquissent par assault25chil Englès la ville de Gravelines et entrèrent ens, etpuis alèrent vers le moustier où les gens estoientretrait et avoient mis leur moeuble, sus le fiance doufort lieu, leurs femmes et leurs enfans, et avoientautour de ce moustier, où les gens estoient retrait,30fait grans fossés. Si ne l’eurent pas li Englès à leuraise, mais sejournèrent deus jours en la ville, avant[96]que il peuissent avoir le moustier. Finablement il leconquirent, et ochirent grant fuisson de ceux qui legardoient, et dou demorant il fissent leur volenté.Enssi furent il seigneur de Gravelines, et se logièrent5en la ville, et i trouvèrent des pourveances assés. Lorsse commencha li païs tous à esmouvoir et à effraer,quant il entendirent que li Englès estoient à Gravelines,et se boutèrent li pluiseur dou plat païs ens esforterèces, et envoiièrent femes et enfans à Berghes,10à Bourbourc et à Saint Omer. Li contes de Flandres,qui se tenoit à Lille, entendi ces nouvelles que liEnglès li faissoient guerre et avoient pris Gravelines;si se commencha à doubter d’eus et dou Franc deBruges, et appella son conseil que il avoit dalés lui,15et leur dist: «Je m’esmervelle de ces Englès, qui mequeurent sus et prendent mon païs, quel cose il medemandent, quant, sans moi deffiier, il sont entret enma tère.»—«Sire, respondirent li aucun, voirementsont ce coses à esmervillier, mais on puet supposer20que il tienent à present le conté de Flandrespour France, pour ce que li rois a chevauchiet siavant et que li païs s’est rendus à lui.»—«Et quelcose est bon, dist li contes, dont que nous en fachons?»—«Ilseroit bon, respondirent chil de son conseil,25que messires Jehans Villain et messires Jehan [dou]Moulin, qui chi sont, et liquel sont à la pencion douroi d’Engletière, alaissent de par vous en Engletièreparler au roi et remonstrer bien sagement cestebesongne, et li demandaissent de par vous à quel30cause il vous fait guerriier; et, puisque guerre vousvoloit faire, il le vous deust avoir segnefiiet et vousdeffiiet, et que ce n’est pas honnerablement guerriiet.[97]Espoir, quant il ora vos chevaliers et mesages parler,se courcera il sur ceux qui vous font guerre, et lesretraira à leur blasme hors de vostre païs.»—«Voire,dist li contes, et entrues que nostre chevalier5iront en Engletière, cil qui sont en Gravelines,qui ne leur ira au devant, poront trop durement portergrant damage à ceux dou Franc.» Dont furespondus li contes, et li fu dit: «Sire, toudis convientil que on voist parler à eux, tant pour avoir10sauf conduit pour aler à Calais et en Engletière, quepour savoir quel cose il vous demandent; et messiresJehan Villain et messires Jehans dou Moulin sont biensi avissé que tout en parlant il [metteront] le païs àseur.»—«Je le voel,» dist li contes. Adont furent15li doi chevalier enfourmé de par le conte et son conseil,pour parler tant à l’evesque de Norduich, commedou voiage dont il sont cargiet d’aler en Engletère, etde quel cose il parleront au roi d’Engletère et à sesoncles.
§ 364. A che pourpos se sont il dou tout tenu, et
s’ordonnèrent à chevauchier à l’endemain, et fu leur
chevauchie segnefiie parmi la ville de Calais et en
10tous les logis. Quant che vint au matin, les trompètes
sonnèrent. Tout se departirent, et prisent les camps
et le chemin de Gravelines, et pooient estre en compte
trois mille testes armées. Tant cheminèrent que il
vinrent sus le port de Gravelines. Pour l’eure, le mer
15estoit basse; si passèrent oultre et entrèrent ou port,
et le pillèrent, et asaillirent le moustier que chil dou
païs avoient fortefiiet et la ville qui estoit fremée de
palis, laquelle ne se peut longuement tenir, car il
n’i avoit forques ceux de la ville, qui n’estoient que
20bon homme et gens de mer, car, se il i euist eu des
gentieux hommes, il se fussent bien plus longuement
tenu que il ne fissent, et ossi li païs, en devant ce,
n’estoit noient segnefiiés de ceste guerre, et ne se
doubtoient point des Englès. Si conquissent par assault
25chil Englès la ville de Gravelines et entrèrent ens, et
puis alèrent vers le moustier où les gens estoient
retrait et avoient mis leur moeuble, sus le fiance dou
fort lieu, leurs femmes et leurs enfans, et avoient
autour de ce moustier, où les gens estoient retrait,
30fait grans fossés. Si ne l’eurent pas li Englès à leur
aise, mais sejournèrent deus jours en la ville, avant
[96]que il peuissent avoir le moustier. Finablement il le
conquirent, et ochirent grant fuisson de ceux qui le
gardoient, et dou demorant il fissent leur volenté.
Enssi furent il seigneur de Gravelines, et se logièrent
5en la ville, et i trouvèrent des pourveances assés. Lors
se commencha li païs tous à esmouvoir et à effraer,
quant il entendirent que li Englès estoient à Gravelines,
et se boutèrent li pluiseur dou plat païs ens es
forterèces, et envoiièrent femes et enfans à Berghes,
10à Bourbourc et à Saint Omer. Li contes de Flandres,
qui se tenoit à Lille, entendi ces nouvelles que li
Englès li faissoient guerre et avoient pris Gravelines;
si se commencha à doubter d’eus et dou Franc de
Bruges, et appella son conseil que il avoit dalés lui,
15et leur dist: «Je m’esmervelle de ces Englès, qui me
queurent sus et prendent mon païs, quel cose il me
demandent, quant, sans moi deffiier, il sont entret en
ma tère.»—«Sire, respondirent li aucun, voirement
sont ce coses à esmervillier, mais on puet supposer
20que il tienent à present le conté de Flandres
pour France, pour ce que li rois a chevauchiet si
avant et que li païs s’est rendus à lui.»—«Et quel
cose est bon, dist li contes, dont que nous en fachons?»—«Il
seroit bon, respondirent chil de son conseil,
25que messires Jehans Villain et messires Jehan [dou]
Moulin, qui chi sont, et liquel sont à la pencion dou
roi d’Engletière, alaissent de par vous en Engletière
parler au roi et remonstrer bien sagement ceste
besongne, et li demandaissent de par vous à quel
30cause il vous fait guerriier; et, puisque guerre vous
voloit faire, il le vous deust avoir segnefiiet et vous
deffiiet, et que ce n’est pas honnerablement guerriiet.
[97]Espoir, quant il ora vos chevaliers et mesages parler,
se courcera il sur ceux qui vous font guerre, et les
retraira à leur blasme hors de vostre païs.»—«Voire,
dist li contes, et entrues que nostre chevalier
5iront en Engletière, cil qui sont en Gravelines,
qui ne leur ira au devant, poront trop durement porter
grant damage à ceux dou Franc.» Dont fu
respondus li contes, et li fu dit: «Sire, toudis convient
il que on voist parler à eux, tant pour avoir
10sauf conduit pour aler à Calais et en Engletière, que
pour savoir quel cose il vous demandent; et messires
Jehan Villain et messires Jehans dou Moulin sont bien
si avissé que tout en parlant il [metteront] le païs à
seur.»—«Je le voel,» dist li contes. Adont furent
15li doi chevalier enfourmé de par le conte et son conseil,
pour parler tant à l’evesque de Norduich, comme
dou voiage dont il sont cargiet d’aler en Engletère, et
de quel cose il parleront au roi d’Engletère et à ses
oncles.
20§ 365. Entrues que chil chevalier s’ordonnoientpour venir à Gravelines parler à l’evesque de Norduich,s’asambloit tous li païs d’environ, Bourbourc, Berghes,Casel, Popringhe, Furnes, le Noef Port et autres villes,et s’en venoient vers Dunquerque, et là se traioient25en la ville, et disoient que il briefment il deffenderoientet garderoient leur frontière, et combateroientles Englès. Et avoient ces gens de Flandres à cappitaineun chevalier, qui s’apelloit messires Jehans Sporequin,gouverneur et regard de toute la tère madame30de Bar, laquelle est en la frontière et marche dont jeparolle, et siet toute jusques as portes d’Ippre. Chils[98]messires Jehans Sporequins ne savoit riens que licontes de Flandres vosist envoiier en Engletière, carli Halses de Flandres l’estoit venus veoir à trentelances, et li avoit dit que voirement [estoit] li contes5à Lille; mais il n’en savoit plus avant, et devoit mariersa suer au signeur de Wauvrin. Dont cil doi chevalierrendoient grant paine à esmouvoir le païs et mettreensamble les bons hommes; et se trouvoient biend’omes à picques et as plançons, à cotes de fier, à10auquetons, as capiaux de fier, as bachinès plus dedouse mille, et tous appers compaignons de la terremadame de Bar. Entre Gravelines et Dunquerque,sicom je fui enfourmés, à trois lieues, et en mi chechemin, siet la ville de Mardique, uns grans villages15sus le mer tous desclos. Jusques à là [venoient] liEnglès courir, et là avoit à le fois des escarmuches.Or vinrent à Gravelines messire Jehan Villain et messiresJehan dou Moulin, envoiiet de par le conte, etvinrent sus un bon sauf conduit que il avoient atendu20à Bourbourc, tant que uns de leurs hiraus leur otaporté. Quant il furent venu à Gravelines, on lesloga; il se traïssent asés tost apriès che que il furentdescendu devers l’evesque de Norduich, qui leur fistpar samblant asés bonne chiere, et avoit donné à disner25che jour tous les barons et chevaliers de l’ost,car bien savoit que li chevalier dou conte devoientvenir; si voloit que il les trouvassent tout ensamble.Lors commenchièrent à parler li doi chevalier dessusnommé, et dissent à l’evesque: «Sire, nous30sommes chi envoiiet de par monsigneur de Flandres.»—«Quel signeur? dist li evesques.»—«Le conte,sire, respondirent cil; il n’i a autre en Flandres[99]signeur de lui.»—«En non Dieu, dist li evesques,nous i tenons à signeur le roi de France ou le duc deBourgongne, nostres ennemis, car par poissance ilont en celle saisson conquis le païs.»—«Salve soit5vostre grace, respondirent li chevalier, la terre fu àTournai liegement rendue et demise en la main etgouvrenement de monsigneur Loeïs, le conte de Flandres,qui nous envoie devers vous, en priant quenous, qui sommes de foi et de pencion au roi d’Engletière,10vostre signeur, aions un sauf conduit pouraler en Engletière et pour parler au roi, assavoirpour quoi, sans deffiier, il fait guerre à monsigneur leconte de Flandres et à son païs.» Respondi lievesques: «Nous arons conseil de vous respondre,15et vous en serés respondu le matin.» Pour l’eureil n’en peurent autre cose ne autre response avoir:assés leur souffi. Si se traïssent à leurs hostels, etlaissièrent les Englois conseillier, qui eurent che soirconseil ensamble, tel que je vous dirai.
20§ 365. Entrues que chil chevalier s’ordonnoient
pour venir à Gravelines parler à l’evesque de Norduich,
s’asambloit tous li païs d’environ, Bourbourc, Berghes,
Casel, Popringhe, Furnes, le Noef Port et autres villes,
et s’en venoient vers Dunquerque, et là se traioient
25en la ville, et disoient que il briefment il deffenderoient
et garderoient leur frontière, et combateroient
les Englès. Et avoient ces gens de Flandres à cappitaine
un chevalier, qui s’apelloit messires Jehans Sporequin,
gouverneur et regard de toute la tère madame
30de Bar, laquelle est en la frontière et marche dont je
parolle, et siet toute jusques as portes d’Ippre. Chils
[98]messires Jehans Sporequins ne savoit riens que li
contes de Flandres vosist envoiier en Engletière, car
li Halses de Flandres l’estoit venus veoir à trente
lances, et li avoit dit que voirement [estoit] li contes
5à Lille; mais il n’en savoit plus avant, et devoit marier
sa suer au signeur de Wauvrin. Dont cil doi chevalier
rendoient grant paine à esmouvoir le païs et mettre
ensamble les bons hommes; et se trouvoient bien
d’omes à picques et as plançons, à cotes de fier, à
10auquetons, as capiaux de fier, as bachinès plus de
douse mille, et tous appers compaignons de la terre
madame de Bar. Entre Gravelines et Dunquerque,
sicom je fui enfourmés, à trois lieues, et en mi che
chemin, siet la ville de Mardique, uns grans villages
15sus le mer tous desclos. Jusques à là [venoient] li
Englès courir, et là avoit à le fois des escarmuches.
Or vinrent à Gravelines messire Jehan Villain et messires
Jehan dou Moulin, envoiiet de par le conte, et
vinrent sus un bon sauf conduit que il avoient atendu
20à Bourbourc, tant que uns de leurs hiraus leur ot
aporté. Quant il furent venu à Gravelines, on les
loga; il se traïssent asés tost apriès che que il furent
descendu devers l’evesque de Norduich, qui leur fist
par samblant asés bonne chiere, et avoit donné à disner
25che jour tous les barons et chevaliers de l’ost,
car bien savoit que li chevalier dou conte devoient
venir; si voloit que il les trouvassent tout ensamble.
Lors commenchièrent à parler li doi chevalier dessus
nommé, et dissent à l’evesque: «Sire, nous
30sommes chi envoiiet de par monsigneur de Flandres.»
—«Quel signeur? dist li evesques.»—«Le conte,
sire, respondirent cil; il n’i a autre en Flandres
[99]signeur de lui.»—«En non Dieu, dist li evesques,
nous i tenons à signeur le roi de France ou le duc de
Bourgongne, nostres ennemis, car par poissance il
ont en celle saisson conquis le païs.»—«Salve soit
5vostre grace, respondirent li chevalier, la terre fu à
Tournai liegement rendue et demise en la main et
gouvrenement de monsigneur Loeïs, le conte de Flandres,
qui nous envoie devers vous, en priant que
nous, qui sommes de foi et de pencion au roi d’Engletière,
10vostre signeur, aions un sauf conduit pour
aler en Engletière et pour parler au roi, assavoir
pour quoi, sans deffiier, il fait guerre à monsigneur le
conte de Flandres et à son païs.» Respondi li
evesques: «Nous arons conseil de vous respondre,
15et vous en serés respondu le matin.» Pour l’eure
il n’en peurent autre cose ne autre response avoir:
assés leur souffi. Si se traïssent à leurs hostels, et
laissièrent les Englois conseillier, qui eurent che soir
conseil ensamble, tel que je vous dirai.
20§ 366. Tout consideré et regardé leur fait et leuremprise que il avoient empris, il dissent que à ceschevaliers il n’acorderoient nul sauf conduit pour aleren Engletière, car li chemins i est trop lons; et entruesque il iroient et retourneroient et que li païs seroit en25seur, il se poroient malement fortefiier, et li contes,qui est soutils, segnefiier son estat au roi de Franceou au duc de Bourgongne, par quoi dedens briefsjours il venroient tant de gens contre eux que il neseroient pas fort assés dou resister ne dou combatre.30Che conseil arestèrent il. «Et quel cose responderonsnous le matin à eux?» Messires Hues de Cavrelée en[100]fu cargiés dou dire et de donner ent le conseil. Sidist enssi à l’evesque: «Sire, vous estes nos chiés:si leur dirés que vous estes en la terre le ducoise deBar, qui est Clementine, et pour Urbain, et non pour5autrui, vous faites guerre; et se les gens de ceste terre,les abbeïes et les eglises voellent estre bon Urbanistreet cheminer avoecques vous où vous les menrés, vouspasserés parmi le païs et ferés passer vos gens paisiulement,pour paier tout ce qu’il prenderont. Mais,10tant que de eux donner sauf conduit d’aler en Engletière,vous n’en ferés riens, car nostre guerre neregarde de riens la guerre dou roi de France ne douroi d’Engletière, mais somes saudoiier au pappeUrbain; et il m’est vis que ceste response doit souffire.»15Tout cil qui là estoient l’acordèrent, et especialmentli evesques, qui n’avoit cure quel cose ondesist ne fesist, mais que on se combatesist et que onguerriast le païs. Enssi demora la besongne celle nuit.Quant ce vint à l’endemain après messe, li doi chevalier20dou conte, qui desiroient à faire leur voiage etd’avoir response, s’en vinrent à l’ostel de l’evesque, etatendirent tant que il eurent oï sa messe. Après lamesse, il se missent en sa presence. Il leur fist bonnechiere par samblant, et gengla un petit à eux d’autres25besongnes, pour detriier tant que si chevalier fussentvenu. Quant il furent tout ensamble, li evesques parlaet dist enssi: «Biau signeur, vous atendés response;vous l’averés. Sus le requeste que vous avés fait depar le conte de Flandres, je vous di que vous vos poés30bien retraire et retourner, quant vous vollés, deversvo conte ou aler vers Calais, se vous vollés, à vostreperil, et en Engletière otant bien. Mais je ne donne[101]nul sauf conduit, car je ne sui pas dou roi d’Engletièrechargiés si avant que pour ce faire. Je sui saudoiiersau pappe Urbain, et tout cil qui sont en macompagnie sont à lui et à ses gages, et ont pris ses5deniers pour lui servir. Or nous trouvons nous à presenten la terre la ducoise de Bar, qui est Clementine.Se ses gens voellent tenir sen oppinion, nous leurferons guerre; se il voellent venir avoec nous, il partirontà nos asolucions, car Urbains, qui est nos10pappes et pour qui nous voiagons, absolt tous ceulxde paine et de couppe qui aident à destruire les Clementins.»Quant li doi chevalier entendirent ceste parolle, siparlèrent, et dist messires Jehans Villains: «Sire,15tant comme as pappes, je croi que vous n’avés pointoï parler dou contraire que monsigneur de Flandresne soit bons Urbanistres. Si estes mal adrechiés, sevous li faites guerre ne à son païs; et il croit que lirois d’Engletière ne vous a pas cargiet si avant que20de lui guerriier, car, se guerre li vosist faire, il estbien si nobles et si avisés que il l’euist avant fait deffiier.»De ceste parolle se felonnia li evesques, etdist: «Or alés; [si] dites à vostre conte que il n’en araautre cose, et, se il vous voelt envoiier en Engletière,25ou autres gens, pour mieux savoir l’intencion douroi, si voissent chil, qui envoiiet i seront, ailleursprendre leur chemin, car par chi ne par Calais nepasseront il point.» Quant li chevalier veïrent que iln’en aroient autre cose, il se departirent et prissent30congiet, et retournèrent à leur hostel et disnèrent, etpuis montèrent à ceval, et vinrent che soir jesir àSaint Omer.
20§ 366. Tout consideré et regardé leur fait et leur
emprise que il avoient empris, il dissent que à ces
chevaliers il n’acorderoient nul sauf conduit pour aler
en Engletière, car li chemins i est trop lons; et entrues
que il iroient et retourneroient et que li païs seroit en
25seur, il se poroient malement fortefiier, et li contes,
qui est soutils, segnefiier son estat au roi de France
ou au duc de Bourgongne, par quoi dedens briefs
jours il venroient tant de gens contre eux que il ne
seroient pas fort assés dou resister ne dou combatre.
30Che conseil arestèrent il. «Et quel cose responderons
nous le matin à eux?» Messires Hues de Cavrelée en
[100]fu cargiés dou dire et de donner ent le conseil. Si
dist enssi à l’evesque: «Sire, vous estes nos chiés:
si leur dirés que vous estes en la terre le ducoise de
Bar, qui est Clementine, et pour Urbain, et non pour
5autrui, vous faites guerre; et se les gens de ceste terre,
les abbeïes et les eglises voellent estre bon Urbanistre
et cheminer avoecques vous où vous les menrés, vous
passerés parmi le païs et ferés passer vos gens paisiulement,
pour paier tout ce qu’il prenderont. Mais,
10tant que de eux donner sauf conduit d’aler en Engletière,
vous n’en ferés riens, car nostre guerre ne
regarde de riens la guerre dou roi de France ne dou
roi d’Engletière, mais somes saudoiier au pappe
Urbain; et il m’est vis que ceste response doit souffire.»
15Tout cil qui là estoient l’acordèrent, et especialment
li evesques, qui n’avoit cure quel cose on
desist ne fesist, mais que on se combatesist et que on
guerriast le païs. Enssi demora la besongne celle nuit.
Quant ce vint à l’endemain après messe, li doi chevalier
20dou conte, qui desiroient à faire leur voiage et
d’avoir response, s’en vinrent à l’ostel de l’evesque, et
atendirent tant que il eurent oï sa messe. Après la
messe, il se missent en sa presence. Il leur fist bonne
chiere par samblant, et gengla un petit à eux d’autres
25besongnes, pour detriier tant que si chevalier fussent
venu. Quant il furent tout ensamble, li evesques parla
et dist enssi: «Biau signeur, vous atendés response;
vous l’averés. Sus le requeste que vous avés fait de
par le conte de Flandres, je vous di que vous vos poés
30bien retraire et retourner, quant vous vollés, devers
vo conte ou aler vers Calais, se vous vollés, à vostre
peril, et en Engletière otant bien. Mais je ne donne
[101]nul sauf conduit, car je ne sui pas dou roi d’Engletière
chargiés si avant que pour ce faire. Je sui saudoiiers
au pappe Urbain, et tout cil qui sont en ma
compagnie sont à lui et à ses gages, et ont pris ses
5deniers pour lui servir. Or nous trouvons nous à present
en la terre la ducoise de Bar, qui est Clementine.
Se ses gens voellent tenir sen oppinion, nous leur
ferons guerre; se il voellent venir avoec nous, il partiront
à nos asolucions, car Urbains, qui est nos
10pappes et pour qui nous voiagons, absolt tous ceulx
de paine et de couppe qui aident à destruire les Clementins.»
Quant li doi chevalier entendirent ceste parolle, si
parlèrent, et dist messires Jehans Villains: «Sire,
15tant comme as pappes, je croi que vous n’avés point
oï parler dou contraire que monsigneur de Flandres
ne soit bons Urbanistres. Si estes mal adrechiés, se
vous li faites guerre ne à son païs; et il croit que li
rois d’Engletière ne vous a pas cargiet si avant que
20de lui guerriier, car, se guerre li vosist faire, il est
bien si nobles et si avisés que il l’euist avant fait deffiier.»
De ceste parolle se felonnia li evesques, et
dist: «Or alés; [si] dites à vostre conte que il n’en ara
autre cose, et, se il vous voelt envoiier en Engletière,
25ou autres gens, pour mieux savoir l’intencion dou
roi, si voissent chil, qui envoiiet i seront, ailleurs
prendre leur chemin, car par chi ne par Calais ne
passeront il point.» Quant li chevalier veïrent que il
n’en aroient autre cose, il se departirent et prissent
30congiet, et retournèrent à leur hostel et disnèrent, et
puis montèrent à ceval, et vinrent che soir jesir à
Saint Omer.
[102]§ 367. Che propre jour que li chevalier de Flandrespartirent, vinrent nouvelles à l’evesque et as Englèsque il avoit à Dunquerque et là environ plus de dousemille hommes, tous armés, et avoient le bastart de5Flandres en leur compaignie, qui les conduissoit; etencores i avoit aucuns chevaliers et escuiers qui lesconsilloient, et tant que à Mardich il avoient escarmuchietet rebouté leurs gens, et en i avoit bien [eu]cent ochis. Dont dist li evesques: «Or regardés dou10conte de Flandres. Il samble que il n’i advise, et ilfait tout; il voelt priier l’espée en le main. Je voelque nous chevauchons demain, et alons veoir versDunquerque quels gens il i a.» Tout s’acordèrent àce pourpos, et en furent segnifiiet parmi Gravelines.15Che soir vinrent doi chevalier, li uns de Calais et liautres de Ghines, qui amenoient environ trente lanceset soissante archiers; li chevalier estoient nommetmessires Nicolles Clifton et messire Jehans Draiton,cappitaine de Ghines. Quant che vint au matin, tout20s’ordonnèrent et missent en arroi pour chevauchier,et se traïssent sus les camps; et estoient plus de siscens lances et bien quinse cens archiers. Si chevauchièrentvers Mardic et vers Dunquerque, et faisoit lievesques de Norduich porter devant lui les armes de25l’Eglise, la banière de saint Pierre, de geules à deusclefs d’argent en sautoir, comme confanonniers doupappe Urbain. Et en son pennon estoient ses armes,qui sont esquartelées d’argent et d’asur, à une fretured’or sus l’asur et un baston de geules parmi l’argent; et30pour brisier ses armes, car il estoit [des] Despensiers limainés, il portoit une bordure de geulles. Là estoientmessires Hues li Despensiers, ses nepveus, à pennon;[103]là estoient, à banière et à pennon, li sires de Biaumont,messires Hues de Cavrelée, messires ThomasTrivès et messire Guillaume Helmen; et à pennon,sans banière, messires Guillaumes Draiton et messires5Jehans, ses frères, messires Mahieux Rademen, messiresJehans de Ferrières, messires Guillaumes de Fierentonet messires Jehans dou Noef Castiel, gascon.Si chevauchièrent ches gens d’armes vers Mardic, etlà se rafresquirent et burent un cop, et puis passèrent10oultre et prisent le chemin de Dunquerque.Li Flamenc de tout le païs, qui estoient asamblé àDunquerque, furent segnefiiet que li Englès venoienttout aparilliet, et en ordenance et volenté pour euxcombatre. Adont eurent il consaulx ensamble l’un par15l’autre que il isteroient hors de Dunquerque, et semeteroient as camps, et tout en bonne ordonnance,pour eux deffendre et combatre, se il besongnoit, carde eux tenir en la ville, et là estre enclos, il ne leurestoit point pourfitable. Sicom il ordonnèrent, il fu20fait; tout s’armèrent dedens Dunquerque, et se traïssentsus les camps, et se missent en bon arroi susune montagne au dehors de la ville, et se trouvèrenteux bien douse mille ou plus.
[102]§ 367. Che propre jour que li chevalier de Flandres
partirent, vinrent nouvelles à l’evesque et as Englès
que il avoit à Dunquerque et là environ plus de douse
mille hommes, tous armés, et avoient le bastart de
5Flandres en leur compaignie, qui les conduissoit; et
encores i avoit aucuns chevaliers et escuiers qui les
consilloient, et tant que à Mardich il avoient escarmuchiet
et rebouté leurs gens, et en i avoit bien [eu]
cent ochis. Dont dist li evesques: «Or regardés dou
10conte de Flandres. Il samble que il n’i advise, et il
fait tout; il voelt priier l’espée en le main. Je voel
que nous chevauchons demain, et alons veoir vers
Dunquerque quels gens il i a.» Tout s’acordèrent à
ce pourpos, et en furent segnifiiet parmi Gravelines.
15Che soir vinrent doi chevalier, li uns de Calais et li
autres de Ghines, qui amenoient environ trente lances
et soissante archiers; li chevalier estoient nommet
messires Nicolles Clifton et messire Jehans Draiton,
cappitaine de Ghines. Quant che vint au matin, tout
20s’ordonnèrent et missent en arroi pour chevauchier,
et se traïssent sus les camps; et estoient plus de sis
cens lances et bien quinse cens archiers. Si chevauchièrent
vers Mardic et vers Dunquerque, et faisoit li
evesques de Norduich porter devant lui les armes de
25l’Eglise, la banière de saint Pierre, de geules à deus
clefs d’argent en sautoir, comme confanonniers dou
pappe Urbain. Et en son pennon estoient ses armes,
qui sont esquartelées d’argent et d’asur, à une freture
d’or sus l’asur et un baston de geules parmi l’argent; et
30pour brisier ses armes, car il estoit [des] Despensiers li
mainés, il portoit une bordure de geulles. Là estoient
messires Hues li Despensiers, ses nepveus, à pennon;
[103]là estoient, à banière et à pennon, li sires de Biaumont,
messires Hues de Cavrelée, messires Thomas
Trivès et messire Guillaume Helmen; et à pennon,
sans banière, messires Guillaumes Draiton et messires
5Jehans, ses frères, messires Mahieux Rademen, messires
Jehans de Ferrières, messires Guillaumes de Fierenton
et messires Jehans dou Noef Castiel, gascon.
Si chevauchièrent ches gens d’armes vers Mardic, et
là se rafresquirent et burent un cop, et puis passèrent
10oultre et prisent le chemin de Dunquerque.
Li Flamenc de tout le païs, qui estoient asamblé à
Dunquerque, furent segnefiiet que li Englès venoient
tout aparilliet, et en ordenance et volenté pour eux
combatre. Adont eurent il consaulx ensamble l’un par
15l’autre que il isteroient hors de Dunquerque, et se
meteroient as camps, et tout en bonne ordonnance,
pour eux deffendre et combatre, se il besongnoit, car
de eux tenir en la ville, et là estre enclos, il ne leur
estoit point pourfitable. Sicom il ordonnèrent, il fu
20fait; tout s’armèrent dedens Dunquerque, et se traïssent
sus les camps, et se missent en bon arroi sus
une montagne au dehors de la ville, et se trouvèrent
eux bien douse mille ou plus.
§ 368. Evous venu les Englois, et, en aprochant25Dunquerque, il regardèrent sus destre au lés deversBourbourc et en [aprochant] la marine, et voient lesFlamens en une belle grose bataille tout ordonné.Adont s’arestèrent il, et avalèrent plus avant, car visleur fu, à l’aparant que li Flamenc faissoient, que il30seroient combatu. Lors se traïssent li signeur ensamble,pour avoir conseil de ceste besongne; et là ot pluiseurs[104]parolles retournées, car li aucun voloient, etpar especial li evesques, que tantos on les alast combatre;et li autre, li sires de Biaumont et messiresHues de Cavrelée, dissoient dou nom, et i metoient5raison: «Vous savés, dissoient il, que chil Flamenc,qui là sont, ne nous ont riens fourfait, et que encores,au voir dire, n’avons nous envoiiet au conte deFlandres, sus lequel païs nous sommes, nulles deffiances;si ne guerrions pas courtoisement fors à la10bourbe, qui en puet avoir s’en ait, sans nul title deguerre raisonnable, et oultre, tous cils païs ouquelnous sommes est Urbanistres et tient l’oppinion quenous tenons. Or regardons dont à quelle juste causenous les irions maintenant courir sus.» Dont respondi15li evesques: «Et que savons nous se il sontUrbanistre ou non?»—«En nom Dieu, dist messiresHues de Cavrelée, che seroit bon que nousenvoions devers eux un des nostres hiraus, pour savoirquel cose il se demandent, de estre ensi là rengiet et20ordonné en bataille contre nous, et que il soientdemandé auquel pappe il se tiennent. Se il respondentà estre bon Urbanistre, vous lor requer[r]és par lavertu de la bulle dou pappe, que nous avons, que ils’en viègnent avoecq nous devant Saint Omer, ou Aire,25ou Arras, ou là où nous les volrons mener; et quantil se veront enssi requis, par celle requeste saronsnous leur intencion, et sur ce avis et conseil.»Chils pourpos fu tenus, et uns hiraus appellés, quise nommoit Montfort, et estoit hiraus au duc de Bretaigne,30et li fu dit de par les signeurs, que il chevauchastvers ches Flamens; et l’enfourmèrent de toutche que il devoit dire et faire, et comment il se poroit[105]maintenir. A leurs parolles il obeï, che fu raisons, eti ala parler à eulx.
§ 368. Evous venu les Englois, et, en aprochant
25Dunquerque, il regardèrent sus destre au lés devers
Bourbourc et en [aprochant] la marine, et voient les
Flamens en une belle grose bataille tout ordonné.
Adont s’arestèrent il, et avalèrent plus avant, car vis
leur fu, à l’aparant que li Flamenc faissoient, que il
30seroient combatu. Lors se traïssent li signeur ensamble,
pour avoir conseil de ceste besongne; et là ot pluiseurs
[104]parolles retournées, car li aucun voloient, et
par especial li evesques, que tantos on les alast combatre;
et li autre, li sires de Biaumont et messires
Hues de Cavrelée, dissoient dou nom, et i metoient
5raison: «Vous savés, dissoient il, que chil Flamenc,
qui là sont, ne nous ont riens fourfait, et que encores,
au voir dire, n’avons nous envoiiet au conte de
Flandres, sus lequel païs nous sommes, nulles deffiances;
si ne guerrions pas courtoisement fors à la
10bourbe, qui en puet avoir s’en ait, sans nul title de
guerre raisonnable, et oultre, tous cils païs ouquel
nous sommes est Urbanistres et tient l’oppinion que
nous tenons. Or regardons dont à quelle juste cause
nous les irions maintenant courir sus.» Dont respondi
15li evesques: «Et que savons nous se il sont
Urbanistre ou non?»—«En nom Dieu, dist messires
Hues de Cavrelée, che seroit bon que nous
envoions devers eux un des nostres hiraus, pour savoir
quel cose il se demandent, de estre ensi là rengiet et
20ordonné en bataille contre nous, et que il soient
demandé auquel pappe il se tiennent. Se il respondent
à estre bon Urbanistre, vous lor requer[r]és par la
vertu de la bulle dou pappe, que nous avons, que il
s’en viègnent avoecq nous devant Saint Omer, ou Aire,
25ou Arras, ou là où nous les volrons mener; et quant
il se veront enssi requis, par celle requeste sarons
nous leur intencion, et sur ce avis et conseil.»
Chils pourpos fu tenus, et uns hiraus appellés, qui
se nommoit Montfort, et estoit hiraus au duc de Bretaigne,
30et li fu dit de par les signeurs, que il chevauchast
vers ches Flamens; et l’enfourmèrent de tout
che que il devoit dire et faire, et comment il se poroit
[105]maintenir. A leurs parolles il obeï, che fu raisons, et
i ala parler à eulx.
§ 369. Adont se departi li hiraus de ses signeurs,vesti de une cote d’armes, enssi comme à lui appartenoit,5et n’i pensoit nul mal, et s’en aloit vers cesFlamens, qui se tenoient tout ensamble en une bellegrosse bataille; et estoit toudis pourveux et avisés debien faire son mesage, et se voloit adrechier deversaucuns chevaliers qui là estoient. Mais il ne peut, car,10sitretos comme il aprocha ces Flamens, sans luidemander quel cose il queroit, ne où il aloit, ne à quiil estoit, il l’encloïrent, et là l’ochirent comme follegent et de petite congnissance, ne onques li gentilhomme, qui là estoient, ne le peurent sauver.15Quant li Englois en veïrent le convenant, qui avoientl’ueil à lui, si en furent tout foursenet. Ossi furent libourgois de Gand, qui là estoient et qui desiroient àesmouvoir la besongne, par quoi uns nouviaulx touellemensse remesist en Flandres. Adont dissent il tout20de une vois, li evesques et li chevalier: «Alons,alons! Ceste ribaudaille ont mort nostre hiraut, maisil sera chier comparé, ou nous demor[r]ons tout sus laplache.» Adont fissent il passer oultre et avant leursarchiers et aprochier ches Flamens. Là fu fais uns25bourgois de Gant, qui s’appelloit Loïs de [Vos], chevaliers.Tantos se commencha la bataille dure et mervilleuse,car, au voir dire, chil Flamenc se missentgrandement à deffense, mais cil archier, au traire, lescommenchièrent à berser et à mener malment; et ces30gens d’armes entrèrent en eux à lances afillées, quide premières venues en abatirent grant fuisson. Finablement[106]Englois pour ce jour obtinrent la place, etfurent là li Flamenc desconfi, et se quidièrent recouvrerpour entrer en Dunquerque; mais li Englès, eneux recullant et cachant, les menèrent si dur et si5roit que il entrèrent o eulx en la ville, et là en i ot susles rues et sus la marine grant fuisson de mors. Ossi ilse vendirent mout bien, car il ochirent plus de quatrecens Englès, et furent trouvé depuis chi dis, chi douse,chi vint, chi trente, enssi comme il encauchoient les10Flamens, et cil Flament se requelloient, et à jeu partiil les combatoient et ochioient. Li chevalier et liescuier de Flandres qui là estoient, plenté ne fu chemies, se sauvèrent, ne il n’en i ot que cinc ou sis morsou pris. Enssi ala de la besongne et dou rencontre15qui fu che jour à Dunquerque, où il i ot bien morsnoef mille Flamens.
§ 369. Adont se departi li hiraus de ses signeurs,
vesti de une cote d’armes, enssi comme à lui appartenoit,
5et n’i pensoit nul mal, et s’en aloit vers ces
Flamens, qui se tenoient tout ensamble en une belle
grosse bataille; et estoit toudis pourveux et avisés de
bien faire son mesage, et se voloit adrechier devers
aucuns chevaliers qui là estoient. Mais il ne peut, car,
10sitretos comme il aprocha ces Flamens, sans lui
demander quel cose il queroit, ne où il aloit, ne à qui
il estoit, il l’encloïrent, et là l’ochirent comme folle
gent et de petite congnissance, ne onques li gentil
homme, qui là estoient, ne le peurent sauver.
15Quant li Englois en veïrent le convenant, qui avoient
l’ueil à lui, si en furent tout foursenet. Ossi furent li
bourgois de Gand, qui là estoient et qui desiroient à
esmouvoir la besongne, par quoi uns nouviaulx touellemens
se remesist en Flandres. Adont dissent il tout
20de une vois, li evesques et li chevalier: «Alons,
alons! Ceste ribaudaille ont mort nostre hiraut, mais
il sera chier comparé, ou nous demor[r]ons tout sus la
plache.» Adont fissent il passer oultre et avant leurs
archiers et aprochier ches Flamens. Là fu fais uns
25bourgois de Gant, qui s’appelloit Loïs de [Vos], chevaliers.
Tantos se commencha la bataille dure et mervilleuse,
car, au voir dire, chil Flamenc se missent
grandement à deffense, mais cil archier, au traire, les
commenchièrent à berser et à mener malment; et ces
30gens d’armes entrèrent en eux à lances afillées, qui
de premières venues en abatirent grant fuisson. Finablement
[106]Englois pour ce jour obtinrent la place, et
furent là li Flamenc desconfi, et se quidièrent recouvrer
pour entrer en Dunquerque; mais li Englès, en
eux recullant et cachant, les menèrent si dur et si
5roit que il entrèrent o eulx en la ville, et là en i ot sus
les rues et sus la marine grant fuisson de mors. Ossi il
se vendirent mout bien, car il ochirent plus de quatre
cens Englès, et furent trouvé depuis chi dis, chi douse,
chi vint, chi trente, enssi comme il encauchoient les
10Flamens, et cil Flament se requelloient, et à jeu parti
il les combatoient et ochioient. Li chevalier et li
escuier de Flandres qui là estoient, plenté ne fu che
mies, se sauvèrent, ne il n’en i ot que cinc ou sis mors
ou pris. Enssi ala de la besongne et dou rencontre
15qui fu che jour à Dunquerque, où il i ot bien mors
noef mille Flamens.
§ 370. Che propre jour de la bataille estoientretourné en la ville de Lille, devers le conte de Flandres,messires Jehans Villains et messires Jehans dou20Moulin, et avoient fait leur relacion au conte tellecomme il l’avoient oï et veu des Englès à Mardique.Si en estoit li contes tous pensieus pour savoir commentil s’en cheviroit; encores le fu il plus, et bien iot cause, quant les nouvelles li vinrent que ses gens25estoient mort et desconfi à Dunquerque, et la villeprise. Si s’en porta il asés bellement et conforta,faire li convenoit; et dist, quant les nouvelles l’envinrent: «Se nous avons perdu celle fois, nous gaegneronsune autre.»30Tantos et sans delai toutes ces nouvelles il escripsiet envoia quoiteusement devers son fils, le duc de[107]Bourgongne, qui se tenoit devers le roi en France,afin que il euist sur ce avis, car bien imaginoit, puisqueli Englois avoient celle entrée en Flandres et ruetenssi jus ses gens, que il ne s’en passeroient pas si5briefment, mais feroient encores sus le païs pluiseurscoses. Li dus de Bourgongne, quant il en fu avisés etenfourmés, envoia chevalier[s] et escuiers partout engarnisson sus les frontières de Flandres, en SaintOmer, en Aire, à Saint Venant, à Bailluel, à Berghes,10à Casel et par toutes les casteleriies, pour garder lesentrées d’Artois. Or dirons des Englois, comment ilperseverèrent.
§ 370. Che propre jour de la bataille estoient
retourné en la ville de Lille, devers le conte de Flandres,
messires Jehans Villains et messires Jehans dou
20Moulin, et avoient fait leur relacion au conte telle
comme il l’avoient oï et veu des Englès à Mardique.
Si en estoit li contes tous pensieus pour savoir comment
il s’en cheviroit; encores le fu il plus, et bien i
ot cause, quant les nouvelles li vinrent que ses gens
25estoient mort et desconfi à Dunquerque, et la ville
prise. Si s’en porta il asés bellement et conforta,
faire li convenoit; et dist, quant les nouvelles l’en
vinrent: «Se nous avons perdu celle fois, nous gaegnerons
une autre.»
30Tantos et sans delai toutes ces nouvelles il escripsi
et envoia quoiteusement devers son fils, le duc de
[107]Bourgongne, qui se tenoit devers le roi en France,
afin que il euist sur ce avis, car bien imaginoit, puisque
li Englois avoient celle entrée en Flandres et ruet
enssi jus ses gens, que il ne s’en passeroient pas si
5briefment, mais feroient encores sus le païs pluiseurs
coses. Li dus de Bourgongne, quant il en fu avisés et
enfourmés, envoia chevalier[s] et escuiers partout en
garnisson sus les frontières de Flandres, en Saint
Omer, en Aire, à Saint Venant, à Bailluel, à Berghes,
10à Casel et par toutes les casteleriies, pour garder les
entrées d’Artois. Or dirons des Englois, comment il
perseverèrent.
§ 371. Apriès la desconfiture de Dunquerque et laville prise, il entrèrent tout en grant orguel, et leur15sambla bien que toute Flandres fust leur, et au voirdire, se il fussent adont venu devant Bruges, pluiseursgens dient et dissoient adont, qui bien quidoientsavoir le convenant de ceux de Bruges, que elle sefust rendue englesque. Or ouvrèrent li Englois autrement,20car il eurent conseil de aler devant Bourbourcet de prendre la ville, et puis venir devers Aire etdevers Casel, et de conquerir tout le païs, et rienslaissier derrière qui leur fust contraire ou ennemi, etpuis venir devant Ippre. Il avoient imaginacion et25intencion que la ville d’Ippre se renderoit tantosquant il veroient le païs rendu. Lors se departirent liEnglois de Dunquerque, quant il en orent fait leurvolenté, et vinrent devers Bourbourc. Quant chil deBourbourc les sentirent aprochier, il furent si effraé30que tantos il se rendirent salve lors vies et leurs biens;enssi furent il pris. Et entrèrent [li Englois] en la ville[108]et en orent grant joie, car il dissent que il en feroientune belle garnisson, pour guerriier et heriier cheuxde Saint Omer et des frontières prochaines.Après che il prissent le castiel de Dricehem, et furent5trois jours devant, anchois que il le peuissent avoir; etl’eurent par force, et i ot mort plus de deus cens hommes,qui là se tenoient en garnisson. Si le remparèrent liEnglois, et dissent que il le tenroient à leur loialpooir, et le rafresquirent de nouvelles gens; et puis10chevauchièrent oultre, et vinrent à Cassel et prissentla ville, et là orent grant pillage. Adont le repourveïrentil de leurs gens, et puis si s’en partirent, etdissent que il voloient venir veoir la ville d’Aire, maisbien savoient li pluiseur, qui le congnoissoient, que15elle n’estoit pas à prendre ne asalir, et que trop leurcousteroit. Toutesfois li evesques de Norduich dist queil le voloit veoir de priès.
§ 371. Apriès la desconfiture de Dunquerque et la
ville prise, il entrèrent tout en grant orguel, et leur
15sambla bien que toute Flandres fust leur, et au voir
dire, se il fussent adont venu devant Bruges, pluiseurs
gens dient et dissoient adont, qui bien quidoient
savoir le convenant de ceux de Bruges, que elle se
fust rendue englesque. Or ouvrèrent li Englois autrement,
20car il eurent conseil de aler devant Bourbourc
et de prendre la ville, et puis venir devers Aire et
devers Casel, et de conquerir tout le païs, et riens
laissier derrière qui leur fust contraire ou ennemi, et
puis venir devant Ippre. Il avoient imaginacion et
25intencion que la ville d’Ippre se renderoit tantos
quant il veroient le païs rendu. Lors se departirent li
Englois de Dunquerque, quant il en orent fait leur
volenté, et vinrent devers Bourbourc. Quant chil de
Bourbourc les sentirent aprochier, il furent si effraé
30que tantos il se rendirent salve lors vies et leurs biens;
enssi furent il pris. Et entrèrent [li Englois] en la ville
[108]et en orent grant joie, car il dissent que il en feroient
une belle garnisson, pour guerriier et heriier cheux
de Saint Omer et des frontières prochaines.
Après che il prissent le castiel de Dricehem, et furent
5trois jours devant, anchois que il le peuissent avoir; et
l’eurent par force, et i ot mort plus de deus cens hommes,
qui là se tenoient en garnisson. Si le remparèrent li
Englois, et dissent que il le tenroient à leur loial
pooir, et le rafresquirent de nouvelles gens; et puis
10chevauchièrent oultre, et vinrent à Cassel et prissent
la ville, et là orent grant pillage. Adont le repourveïrent
il de leurs gens, et puis si s’en partirent, et
dissent que il voloient venir veoir la ville d’Aire, mais
bien savoient li pluiseur, qui le congnoissoient, que
15elle n’estoit pas à prendre ne asalir, et que trop leur
cousteroit. Toutesfois li evesques de Norduich dist que
il le voloit veoir de priès.
§ 372. A che [jour] estoit cappitaine de la villed’Aire uns gentils chevaliers pikars, qui s’appelle, ou20appelloit pour le temps, messires Robers de Biethuneet viscontes de Miaux. Avoec lui estoient et de sa cargemessires Jehans de Roie, li sires de Clari, messiresJehans de Biethune, ses frères, li sires de Montegni,messires Perducas dou Pont Saint [March], messires25Jehans de Kauni et messires Florens, ses fils, et pluiseursautres, et tant que il estoient bien environ sisvins lances de bonnes gens d’armes, chevaliers etescuiers. Quant li evesques de Norduich, messiresHues de Cavrelée, messires Henris de Biaumont, messires30Thomas Trivès, messires Guillaumes Helmen,messires Mahieux Rademen et li autre deurent aprochier[109]Aire, et il furent venu asés priès sus un lieu etun pas que on claime ou païs au Noef Fosset, il semissent tout en ordenance de bataille, et passèrentoultre, tout serré, banières et pennons ventelans, car5il ne savoient que li viscontes de Miaulx et si compaignonavoient enpensset. Li viscontes, li chevalier etli escuier, qui pour che jour estoient là en garnison,estoient tout rengiet et mis en bonne ordonnance susla cauchie, devant les barrières de la ville d’Aire, et10pooient veoir les Englois tout clèrement passer sus lacostière de eux et prendre le chemin de Saint Venant;mais il n’estoient pas gens assés pour eux veer leurchemin, anchois se tinrent tout quoi sus leur pas, àleur garde et à leur deffense, et li Englois passèrent15oultre et vinrent che jour à Saint Venant, à deux petiteslieues priès de la ville.De Saint Venant estoit cappitains uns chevaliers dePicardie, qui s’appelloit messires Guillaumes de Nielle,liquels avoit fortefiiet le moustier de la ville, pour20retraire lui [et] ses compaignons, se il besongnoit,ensi comme il fera, car la ville n’estoit fremée que depalis petis et de fossés. Si ne dura point longhementà l’encontre des Englès; si entrèrent ens. Adont serequellièrent li François, aucun ou castiel, et aucun en25l’eglise qui estoit asés forte. Chil dou castiel ne furentpoint asailli, car li castiaux est durement fors, ne onne le puet aprochier pour les larges et parfons fossésqui sont entour; mais li eglise fu asaillie incontinentque li Englois se trouvèrent en la ville, et que il entendirent30que les gens d’armes estoient là trait.
§ 372. A che [jour] estoit cappitaine de la ville
d’Aire uns gentils chevaliers pikars, qui s’appelle, ou
20appelloit pour le temps, messires Robers de Biethune
et viscontes de Miaux. Avoec lui estoient et de sa carge
messires Jehans de Roie, li sires de Clari, messires
Jehans de Biethune, ses frères, li sires de Montegni,
messires Perducas dou Pont Saint [March], messires
25Jehans de Kauni et messires Florens, ses fils, et pluiseurs
autres, et tant que il estoient bien environ sis
vins lances de bonnes gens d’armes, chevaliers et
escuiers. Quant li evesques de Norduich, messires
Hues de Cavrelée, messires Henris de Biaumont, messires
30Thomas Trivès, messires Guillaumes Helmen,
messires Mahieux Rademen et li autre deurent aprochier
[109]Aire, et il furent venu asés priès sus un lieu et
un pas que on claime ou païs au Noef Fosset, il se
missent tout en ordenance de bataille, et passèrent
oultre, tout serré, banières et pennons ventelans, car
5il ne savoient que li viscontes de Miaulx et si compaignon
avoient enpensset. Li viscontes, li chevalier et
li escuier, qui pour che jour estoient là en garnison,
estoient tout rengiet et mis en bonne ordonnance sus
la cauchie, devant les barrières de la ville d’Aire, et
10pooient veoir les Englois tout clèrement passer sus la
costière de eux et prendre le chemin de Saint Venant;
mais il n’estoient pas gens assés pour eux veer leur
chemin, anchois se tinrent tout quoi sus leur pas, à
leur garde et à leur deffense, et li Englois passèrent
15oultre et vinrent che jour à Saint Venant, à deux petites
lieues priès de la ville.
De Saint Venant estoit cappitains uns chevaliers de
Picardie, qui s’appelloit messires Guillaumes de Nielle,
liquels avoit fortefiiet le moustier de la ville, pour
20retraire lui [et] ses compaignons, se il besongnoit,
ensi comme il fera, car la ville n’estoit fremée que de
palis petis et de fossés. Si ne dura point longhement
à l’encontre des Englès; si entrèrent ens. Adont se
requellièrent li François, aucun ou castiel, et aucun en
25l’eglise qui estoit asés forte. Chil dou castiel ne furent
point asailli, car li castiaux est durement fors, ne on
ne le puet aprochier pour les larges et parfons fossés
qui sont entour; mais li eglise fu asaillie incontinent
que li Englois se trouvèrent en la ville, et que il entendirent
30que les gens d’armes estoient là trait.
§ 373. Messires Guillaumes de Nielle fu là bons[110]chevaliers et vaillans, et vassaument se porta en deffendantl’eglise de Saint Venant. Englois et archierestoient environné autour, qui traioient saïettes contremontsi ouniement et si roit que à paines de ceux5dedens osoit nuls venir ne estre à sa deffense. Toutesfois,chil qui se tenoient amont en leurs garites, estoientpourveu de pieres, de bois et d’artellerie par raison;si jetoient à effort et traioient sus ceux qui estoientbas, et tant que il en blechièrent pluiseurs; mais finablement10li asaulx fu si bien continués, et si fort s’iesprouvèrent li Englès, que li eglise fu prise de force,et Guillaume de Nielle dedens, qui mout vaillaumentse combati et deffendi. Ossi [firent] tout li autre, et,se il esperaissent à avoir esté conforté de nul costé, il15se fuissent encores mieux tenu et plus longuement,mais nuls confors ne leur apparoit; pour tant furent ilplus legier à prendre. Si demora messires Guillaumesde Nielle prisonniers devers les Englès, et puis semist il à finance, et retourna en France dou bon gré20son maistre, par obligacion, enssi que tout gentilhomme françois et englès ont tousjours fait ouniementl’un à l’autre. Et ce n’ont pas fait Alemant, car, quantuns Alemans tient un prisonnier en son dangier, il lemet en ceps, en fiers, en buies et en dures prisons,25ne il n’en a nulle pité, et tout pour estordre plusgrant argent.
§ 373. Messires Guillaumes de Nielle fu là bons
[110]chevaliers et vaillans, et vassaument se porta en deffendant
l’eglise de Saint Venant. Englois et archier
estoient environné autour, qui traioient saïettes contremont
si ouniement et si roit que à paines de ceux
5dedens osoit nuls venir ne estre à sa deffense. Toutesfois,
chil qui se tenoient amont en leurs garites, estoient
pourveu de pieres, de bois et d’artellerie par raison;
si jetoient à effort et traioient sus ceux qui estoient
bas, et tant que il en blechièrent pluiseurs; mais finablement
10li asaulx fu si bien continués, et si fort s’i
esprouvèrent li Englès, que li eglise fu prise de force,
et Guillaume de Nielle dedens, qui mout vaillaument
se combati et deffendi. Ossi [firent] tout li autre, et,
se il esperaissent à avoir esté conforté de nul costé, il
15se fuissent encores mieux tenu et plus longuement,
mais nuls confors ne leur apparoit; pour tant furent il
plus legier à prendre. Si demora messires Guillaumes
de Nielle prisonniers devers les Englès, et puis se
mist il à finance, et retourna en France dou bon gré
20son maistre, par obligacion, enssi que tout gentil
homme françois et englès ont tousjours fait ouniement
l’un à l’autre. Et ce n’ont pas fait Alemant, car, quant
uns Alemans tient un prisonnier en son dangier, il le
met en ceps, en fiers, en buies et en dures prisons,
25ne il n’en a nulle pité, et tout pour estordre plus
grant argent.
§ 374. Quant li evesques de Norduich et li Engloispartirent de Saint Venant, il s’en vinrent logier enses bos de Niepe, qui ne siet mie lonch de là, et30environ Bailluel en Flandres. Si entrèrent en lecastelerie de Popringhe et de Miessines, et prissent[111]toutes ces villes là, et itrouvèrenttrès grant financeet mout de pillage, et toutes les villes fremées il retenoientpour eux et mettoient en leur obeïssance, etlà retraio[ie]nt leur butin à Berghes et à Bourbourc.5Quant il eurent de tout le païs fait leur volenté,ne nuls ne leur aloit au devant, et que il furenttout signeur de la marine, de Gravelines jusquesà l’Escluse, de Dunquerque, de Noef Port, de Furneset de Blancqueberghe, il s’en vinrent mettre le siège10devant Ippre. Là s’arrestèrent li evesques de Norduichet li Englois, messires Hues de Cavrelée et li autre, etpuis envoiièrent devers ceux de Gand; et me sambleque François Acremen i ala, qui avoit esté à la batailleet à tous ces conquès, et avoit mené les Englès de15ville en ville et de fort en fort.
§ 374. Quant li evesques de Norduich et li Englois
partirent de Saint Venant, il s’en vinrent logier ens
es bos de Niepe, qui ne siet mie lonch de là, et
30environ Bailluel en Flandres. Si entrèrent en le
castelerie de Popringhe et de Miessines, et prissent
[111]toutes ces villes là, et itrouvèrenttrès grant finance
et mout de pillage, et toutes les villes fremées il retenoient
pour eux et mettoient en leur obeïssance, et
là retraio[ie]nt leur butin à Berghes et à Bourbourc.
5Quant il eurent de tout le païs fait leur volenté,
ne nuls ne leur aloit au devant, et que il furent
tout signeur de la marine, de Gravelines jusques
à l’Escluse, de Dunquerque, de Noef Port, de Furnes
et de Blancqueberghe, il s’en vinrent mettre le siège
10devant Ippre. Là s’arrestèrent li evesques de Norduich
et li Englois, messires Hues de Cavrelée et li autre, et
puis envoiièrent devers ceux de Gand; et me samble
que François Acremen i ala, qui avoit esté à la bataille
et à tous ces conquès, et avoit mené les Englès de
15ville en ville et de fort en fort.