CHAPITRE CII

1375, août et septembre.GUERRE ENTRE ENGUERRAND VII, SEIGNEUR DE COUCY, ET LÉOPOLD II, DUC D’AUTRICHE, AU SUJET DE SEIGNEURIES SITUÉES EN ALSACE, DANS LE BRISGAU, L’ARGOVIE ET LE COMTÉ DE NYDAU; MARCHE DES COMPAGNIES RASSEMBLÉES PAR LE DIT ENGUERRAND A TRAVERS LA CHAMPAGNE ORIENTALE, LE BARROIS, LE PAYS MESSIN, LA LORRAINE ET L’ALSACE.—1375, décembre-1376, 12 mars.CONFÉRENCES DE BRUGES; PROROGATION JUSQU’AU1erAVRIL1377DES TRÊVES QUI DEVAIENT EXPIRER LE DERNIER JUIN1376.—1375, octobre, novembre, décembre.RAVAGES EXERCÉS PAR LES COMPAGNIES SUR LA RIVE GAUCHE DU RHIN, EN ALSACE ET EN SUISSE.—1376, 13 janvier.CONCLUSION D’UN TRAITÉ DE PAIX AVEC LES DUCS D’AUTRICHE ET RETOUR FURTIF EN FRANCE DU SEIGNEUR DE COUCY.—8 juin.MORT D’ÉDOUARD, PRINCE DE GALLES, SURNOMMÉ LE PRINCE NOIR.—Septembre.MORT DE JEAN DE GRAILLY, CAPTAL DE BUCH.—1376, 20 septembre-1377, 17 janvier.DÉPART D’AVIGNON DU PAPE GRÉGOIRE XI ET ARRIVÉE A ROME.—1377, mars, avril et mai.NOUVELLES CONFÉRENCES POUR LA PAIX ENTRE LES PLÉNIPOTENTIAIRES DU ROI DE FRANCE, QUI SE TIENNENT A MONTREUIL-SUR-MER ET A BOLOGNE, ET CEUX DU ROI D’ANGLETERRE ÉTABLIS A CALAIS. PRÉPARATIFS MARITIMES DES FRANÇAIS POUR FAIRE DES DESCENTES SUR LES CÔTES D’ANGLETERRE ET DES ANGLAIS POUR S’OPPOSER A CES DESCENTES.—21 juin.MORT D’ÉDOUARD III.—28 juin.DESCENTE DES FRANÇAIS A RYE; PRISE ET PILLAGE DE CETTE VILLE.—16 juillet.COURONNEMENT DE RICHARD II.—Fin de juin et juillet.COMBAT DE LEWES; PRISE ET PILLAGE DE CETTE VILLE, DE FOLKESTONE, DE PORTSMOUTH, DE DARMOUTH ET DE PLYMOUTH.—15 août-septembre.NOUVELLE CAMPAGNE MARITIME DES FRANÇAIS; OCCUPATION DE L’ILE DE WIGHT; DESCENTES A SOUTHAMPTON ET A WINCHELSEA; INCENDIE DE POOLE. EXPÉDITION DU DUC DE BOURGOGNE SUR LES CONFINS DU BOULONNAIS ET DU CALAISIS; PRISE D’ARDRES ET D’AUDRUICQ(§§769 à 788).

C’est au moment où les Compagnies, qui désolent depuis si longtemps la France, redoublent ainsi leurs ravages, qu’une occasion se présente d’en débarrasser le royaume. Cette occasion est offerte par les démêlés relatifs à la succession du duché d’Autriche.Enguerrand, seigneur de Coucy, revendique cette succession du chef de sa mère, sœur germaine du dernier duc d’Autriche[370], à l’encontre d’un autre prétendant qui s’est emparé du duché[371], quoiqu’il ne soit que le cousin germain de son prédécesseur. Les conseillers de Charles V sont d’avis que le seigneur de Coucy entre en campagne pour faire valoir ses droits les armes à la main en s’aidant des Compagnies qu’il devra emmener à cet effet hors de France. Enguerrand était alors de retour depuis peu de temps d’une expédition en Italie[372]où il avait combattu pendant plusieursannées pour le Saint-Siège contre les Milanais, les Florentins et les Pisans. Deux des principaux conseillers de Charles V, Bureau de la Rivière et [Jean] le Mercier, profitent du séjour du seigneur de Coucy à Saint-Gobain[373]auprès de sa femme[374], fille d’Édouard III, pour lui faire des ouvertures. Il est convenu que, si Enguerrand consent à emmener en Autriche[375]les gens des Compagnies et particulièrement les Bretons[376], il sera défrayé d’une partie des dépensesde l’expédition par le roi de France[377], qui lui assurera en outre un libre passage à travers la Bourgogne, l’Alsace et même au delà du Rhin. Les bandes dont on veut obtenir l’éloignement s’empressent d’accepter les grandes sommes d’argent qu’on leur distribue au nom du roi Charles[378]; mais on va voir que le seigneur de Coucy, malgré cette distribution et ces avances, n’en put obtenir plus tard aucun service. P.214à216,321.

Vers la Saint-Michel 1375[379], les Compagnies enrôlées pourl’expédition d’Autriche traversent la Lorraine en la ravageant, pillent villes et châteaux et obtiennent en or et argent des bourgeois de Metz[380]à peu près tout ce qu’elles demandent. Les principaux chevaliers, qui ont pris la direction de ces bandes, sont le seigneur de Coucy, Raoul de Coucy, oncle[381]de ce grand seigneur,le vicomte de Meaux[382], les seigneurs de Vergy[383], de Roye[384], de Renneval[385], de Hangest[386]et Hue de Roucy[387]. Avant de donner passage aux Bretons et aux Bourguignons à travers leur pays, les seigneurs d’Alsace leur font promettre de s’abstenir des actes de déprédation dont ils sont coutumiers. Les capitaines en prennent l’engagement[388]et observent d’abord tant bien que mal cet engagement; mais par la suite ces bandes indisciplinées ne tinrent rien de ce qui avait été promis.—A la Toussaint de cette même année 1375, des conférences se tiennent à Bruges entre les ducs de Lancastre et de Bretagne, chargés des pleins pouvoirs du roi d’Angleterre, et les ducs d’Anjou et de Bourgogne, députés par le roi de France. A l’occasion de ces conférences, Louis, comte de Flandre, et Philippe, duc de Bourgogne, gendre du dit comte, donnent à Gand des joutes solennelles[389]en l’honneur des ducsd’Anjou, de Lancastre et de Bretagne. Le duc et la duchesse de Brabant, le duc Aubert de Bavière et sa femme, la duchesse de Bourgogne, assistent à ces joutes qui durent quatre jours et auxquelles prennent part cinquante chevaliers et cinquante écuyers. Les négociations entamées à Bruges immédiatement après ces joutes ne peuvent, malgré l’entremise des deux légats, aboutir à aucun résultat. Le roi d’Angleterre exige d’abord que les Français rendent tout ce qu’ils ont reconquis depuis l’ouverture des hostilités, ensuite qu’ils achèvent de payer la rançon stipulée par le traité de Brétigny et enfin qu’ils mettent en liberté le captal de Buch. Le roi de France, à l’inverse, réclame, outre la cession de Calais et la démolition des fortifications de cette place, la restitution de toutes les sommes versées tant par lui que par le roi Jean II son père pour l’acquittement de la dite rançon de Brétigny. Des réclamations aussi contradictoires rendent impossible toute entente. Toutefois, j’appris alors que ce furent principalement les deux questions de Bretagne et d’Espagne qui amenèrent la rupture des négociations. On proroge la trêve jusqu’au 1eravril 1376[390]. Après quoi, les ducs se séparent pour retourner les uns en Angleterre, les autres en France. Les légats seuls restent à Bruges; il est vrai que l’on est convenu, avant de se séparer, de renvoyer dans cette ville des députés chargés de pleins pouvoirs pour la Toussaint suivante. P.216à219,321.

Arrivé en Alsace, le seigneur de Coucy défie le duc d’Autriche et lui déclare la guerre. A la première nouvelle des projets hostiles de ce grand seigneur et de la marche des Compagnies, les gens de Léopold II brûlent et détruisent eux-mêmes bien trois journées du pays que doivent traverser ces bandes. Accoutumés aux grasses et riches campagnes de France, de Berry et de Bretagne, des bords de la Marne et de la Loire, les gens des Compagnies, trouvant partout sur leur chemin un territoire pauvre et dévasté, manquant d’ailleurs de fourrage pour leurs chevaux, veulent rebrousser chemin. Ils s’échelonnent sur la rive gauche du Rhin et refusent de franchir ce fleuve sous prétexte qu’ils ne le peuvent passer à gué et qu’ils n’ont point de bateaux pour y établir un pont. A tous les reproches que leur adresse Enguerrand VII, ils répondent qu’iln’a qu’à leur donner l’exemple en allant de l’avant et qu’ils le suivront[391]. Le duc d’Autriche, quin’en redoute pas moins l’approche de ces bandes, fait offrir le comté de Ferrette[392]dont le revenu annuel est de vingt mille francs, au seigneur de Coucy qui repousse cette offre. P.219à221,321.

Le seigneur de Coucy, dans la crainte d’être trahi par les gens des Compagnies et livré au duc d’Autriche ou aux Allemands, se sauve pendant la nuit à la faveur d’un déguisement, escorté de deux de ses chevaliers seulement[393]. Un retour aussi précipité fait l’étonnement du roi de France, des ducs d’Anjou, de Berry et de Bourgogne, auxquels Enguerrand VII, qui était doué d’une éloquence naturelle, n’a pas de peine à faire approuver les motifs de ce retour. Après Pâques[394], le seigneur de Coucy obtient du roi de France l’autorisation d’aller passer quelque temps en Angleterre avec sa femme, fille d’Édouard III; Charles V l’a chargé de rechercher les bases d’un arrangement entre les deux pays. P.221à223,321,322.

Les Compagnies, ayant renoncé définitivement à envahir leduché d’Autriche, refluent vers la France[395]qu’elles appellent leur chambre.—Le seigneur de Coucy, pendant son séjour au delà du détroit, rend successivement visite, d’abord au roi d’Angleterre qui fait bon accueil à son gendre et à sa fille, ensuite à ses quatre beaux-frères, Édouard, prince de Galles, gravement malade à Londres, Jean, duc de Lancastre, Edmond, comte de Cambridge, et Thomas, le plus jeune des quatre frères. Il va voir aussi son neveu le jeune Richard, fils du prince de Galles, confié à la garde et à la direction de Guichard d’Angle; puis il laisse en Angleterre sa femme ainsi que sa fille cadette la damoiselle de Coucy et revient en France.—Sur ces entrefaites, Édouard III, qui règne depuis cinquante ans, célèbre son jubilé ou cinquantenaire[396]et fait à cette occasion des largesses à ses chevaliers. Un peu avant lacélébration de ce jubilé, le jour de la Trinité 1376[397], Édouard, prince de Galles, était mort au palais de Westminster lez Londres; après avoir embaumé ses restes et les avoir mis dans un cercueil de plomb, on les garda ainsi jusqu’à la fête Saint-Michel suivante, jour où on lui fit des obsèques solennelles dans l’abbaye de Westminster[398]. P.223à225,322.

Charles V, aussitôt qu’il est informé de la mort du prince de Galles, fait célébrer en la Sainte-Chapelle du Palais à Paris un service funèbre auquel assistent ses trois frères.—A la Toussaint, de nouvelles conférences se tiennent à Bruges entre Jean de Montagu, le seigneur de Cobham, l’évêque de Herford, le doyen de Saint-Paul de Londres, députés par le roi d’Angleterre, le comte de Saarbruck, le seigneur de Châtillon et Philibert de l’Espinasse, plénipotentiaires du roi de France; mais ces conférences n’aboutissent, malgré l’entremise des deux légats, à aucun résultat. L’échec de ces entrevues officielles n’empêche pas les deux Cours d’engager des négociations secrètes pendant le carême, et l’ouverture de ces négociations amène la prorogation de la trêve jusqu’au 1ermai. Les pourparlers ont lieu à Montreuil-sur-Mer, et les personnages qui y prennent part sont, du côté des Français, le seigneur de Coucy, Bureau de la Rivière, Nicolas Braque et Jean le Mercier; du côté des Anglais, Guichard d’Angle, Richard Stury et Geoffroi Chaucer[399]. Ces pourparlers sont relatifs à un projet demariage entre le jeune Richard, fils du prince de Galles, et Marie, fille du roi de France, et n’ont au reste d’autre résultat que de faire proroger la trêve un mois de plus. P.225,226,322.

A la fête de Noël de l’année précédente (1376), dans un grand Parlement[400]tenu au palais de Westminster, en présence des prélats, des ducs, des comtes, des barons et des chevaliers d’Angleterre, Édouard III avait reconnu Richard, fils du prince de Galles, comme son héritier présomptif et l’avait associé à la Couronne; tous les assistants et aussi les officiers des cités et bonnes villes, des ports et passages, avaient prêté serment de fidélité à ce jeune prince. Immédiatement après cette cérémonie, le vieux roi avait ressenti les premières atteintes de la maladie dont il devait bientôt mourir. P.226,227,322.

Charles V délègue le seigneur de Coucy et Guillaume de Dormans, chancelier de France, pour prendre part aux conférences secrètes qui se doivent tenir à Montreuil-sur-Mer. Édouard III, de son côté, renvoie pour le même objet à Calais le comte de Salisbury, Guichard d’Angle, l’évêque de Herford et l’évêque de Saint-David, chancelier d’Angleterre[401]. Les deux légats du pape, l’archevêque de Ravenne et l’évêque de Carpentras, continuent de servir d’intermédiaires entre les ambassadeurs des deux nations. Outre la main d’une princesse de sang royal, les Français offrent d’abandonner aux Anglais douze cités du duché d’Aquitaine,mais à la condition que la forteresse de Calais sera abattue. On ne parvient point à s’entendre sur le choix d’une place neutre[402], située entre Montreuil et Calais, où se tiendraient les conférences, et cette circonstance détermine la rupture des négociations. Aussi, dès que la trêve est expirée, la guerre se rallume entre les deux pays. Le comte de Salisbury et Guichard d’Angle, à la tête de cent hommes d’armes et de deux cents archers, vont chercher le duc de Bretagne à Bruges, où il se tient auprès de son cousin le comte de Flandre, et le ramènent à Calais. P.227,228,322.

Désespérant de ramener la paix entre les deux rois de France et d’Angleterre, le pape Grégoire XI déclare aux cardinaux qu’il veut partir d’Avignon pour aller tenir son siège à Rome. Les membres du sacré collège s’efforcent en vain de combattre cette résolution qui, selon eux, va mettre l’Église en grand trouble. Bon gré, mal gré, il leur faut s’embarquer avec le Saint-Père à Marseille[403], d’où ils vont toucher terre à Gênes. Là, ils se rembarquent sur leurs galées et arrivent à Rome où leur venue comble de joie les Romains et les habitants de la Romagne. Le retour du Saint-Siège à Rome occasionna depuis de grands troubles dans l’Église[404], comme il sera raconté ci-après, s’il m’est donné de conduire jusque-là cette histoire. P.228,229,322.

Pendant que ces négociations se poursuivent à Bruges, le roi de France fait de grands préparatifs maritimes pour porter le ravage et l’incendie sur les côtes d’Angleterre. D. Ferrand Sanchez de Tovar commande la flotte envoyée par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille[405], au secours de Charles V son allié. La flotte française proprement dite est sous les ordres de Jean de Vienne, amiral de France, et de Jean de Rye, lesquels ont enrôlé sous leurs bannières un certain nombre de chevaliers de Bourgogne, de Champagne et de Picardie. Les deux flottes réunies explorent la mer et n’attendent que la déclaration de guerre pour ouvrir les hostilités. Informé de cette situation, Jean, duc de Lancastre, préposé au gouvernement du royaume au lieu et place de son père Édouard III gravement malade, envoie Jean d’Arundel à Southampton avec deux cents hommes d’armes et trois cents archers pour faire frontière contre les Français[406].—A peine arrivé de Bruges à Calais, Jean, duc de Bretagne, laisse danscette dernière ville le comte de Salisbury ainsi que Guichard d’Angle et repasse le détroit; puis il se rend, en passant par Douvres et Londres, au petit manoir royal de Sheen, situé sur la Tamise à cinq lieues anglaises de Londres. C’est dans ce manoir que le roi d’Angleterre, dont l’état ne laisse plus aucun espoir, est assisté à son lit de mort par Jean, duc de Lancastre, Edmond, comte de Cambridge, Thomas, le plus jeune de ses fils, le comte de March et la dame de Coucy sa fille. La veille de Saint-Jean-Baptiste 1377, Édouard III rend le dernier soupir[407]. On rapporte les restes du vieux roi à Londres où, après lui avoir fait de magnifiques funérailles, on l’enterre à l’abbaye de Westminster[408]à côté de Philippa de Hainaut sa femme. Il est pleuré par tousses sujets. Les grands du royaume sont d’avis de faire couronner immédiatement comme roi son petit-fils le jeune Richard. Le comte de Salisbury et Guichard d’Angle reviennent de Calais en Angleterre, et l’on prend des mesures pour mettre en bon état de défense tous les points faibles des côtes anglaises avant que la nouvelle de la mort d’Édouard III ne se soit répandue au dehors. P.229à232,322.

La veille de Saint-Pierre et Saint-Paul[409], les Français opèrentune descente à Rye[410], port situé dans le comté de [Sussex], vers les marches du comté de Kent, dont la population se compose de pêcheurs et de mariniers; ils mettent cette ville au pillage et la brûlent; puis ils se rembarquent et cinglent vers Southampton, mais sans faire encore de ce côté une nouvelle descente. Les nouvelles en arrivent à Londres le 8 juillet, le jour même où l’on couronne[411]en cette ville, dans la chapelle de Westminster, le jeune Richard II, alors âgé de onze ans. A l’occasion de son couronnement, le nouveau roi crée neuf chevaliers et cinq comtes dont voici les noms: Thomas, oncle de Richard, créé comte de Buckingham[412]; Henri, seigneur de Percy, promu comte de Northumberland; Thomas Holand, frère utérin du roi[413], nommé comte de Kent; Guichard d’Angle, le gouverneur du jeune roi, qui devient comte de Huntingdon; enfin Thomas, seigneur de Mowbray, élevé à la dignité de comte de Nottingham. Aussitôt après cette cérémonie du couronnement, les deux frères Edmond, comte de Cambridge, et Thomas, comte de Buckingham, oncles du roi, vont faire frontière à Douvres[414]avec quatre cents hommes d’armeset six cents archers, tandis que Guillaume, comte de Salisbury[415], et Jean de Montagu, frère du dit comte, sont préposés à la garde du port de Poole[416]à la tête de deux cents hommes d’armes et de trois cents archers. Jean d’Arundel est chargé de la défense de Southampton. Les Français débarquent dans l’île de Wight[417], pillent et brûlent les villes de Portsmouth[418], de Darmouth, dePlymouth et de Weymouth. Ils essayent de prendre terre à Southampton, mais ils sont repoussés après un petit engagement par Jean d’Arundel et forcés de regagner leurs vaisseaux. Une autre tentative de débarquement près de Poole n’est pas plus heureuse; elle échoue grâce aux mesures prises par Guillaume, comte de Salisbury, et par Jean de Montagu, son frère, qui se transportent à cheval sur tous les points menacés de cette partie des côtes d’Angleterre et réussissent ainsi à empêcher tout débarquement des Français. P.232à234,323.

Jean de Vienne et Jean de Rye opèrent une descente près de Lewes[419], bon gros village sur mer où se trouve un riche prieuré. Les habitants des environs ont cherché un refuge dans cette place défendue par le prieur et par deux chevaliers, Thomas Cheyne et Jean Fallesley[420]. Un combat très disputé se livre sur la grande place, devant l’église. La supériorité du nombre finit par assurer la victoire aux Français, qui tuent deux cents Anglais et font les deux chevaliers prisonniers ainsi que le prieur. Après avoir pillé et détruit la ville de Lewes, les vainqueurs se rembarquent à la marée montante sur leurs navires chargés de butin et apprennent par leurs prisonniers la mort d’Édouard III[421]et le couronnementde Richard II. Jean de Vienne s’empresse d’envoyer un de ses chevaliers et trois écuyers porter ces nouvelles au roi de France. Ces quatre messagers traversent le détroit sur une grosse barge espagnole, abordent au Crotoy, passent à côté d’Abbeville sans y entrer, chevauchent vers Amiens et arrivent à Paris, où ils trouvent Charles V entouré des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. Aussitôt qu’il est informé de la mort de son «frère» d’Angleterre, Charles fait célébrer à la Sainte Chapelle à Paris un service funèbre aussi solennel que si Édouard III eût été son cousin germain. P.234à237,323.

Après cette descente à Lewes, la flotte française et espagnole cingle vers Douvres. La garnison de cette place, composée de quatre cents lances et de huit cents archers sous les ordres des comtes de Cambridge et de Buckingham, oncles du roi, a résolu de ne point s’opposer au débarquement des Français qu’elle attend de pied ferme, rangée en bon ordre sur le rivage. Frappé de cette belle contenance, Jean de Vienne renonce à attaquer Douvres[422]et vient mouiller devant les remparts de Calais un jour que Hugh de Calverly, gouverneur de cette forteresse, est allé chevaucher devant Saint-Omer en compagnie de Jean de Harleston et de Jean, seigneur de Gommegnies, capitaines de Guines et d’Ardres (Guillaume de Gommegnies, fils aîné du seigneur de Gommegnies, fut armé chevalier au cours de cette chevauchée). Hugh de Calverly, trouvant à son retour les navires ennemis ancrés devant Calais, se prépare à soutenir un siège et à repousserun assaut qu’il croit inévitable; mais après huit jours de mouillage la flotte franco-espagnole est réduite par le mauvais temps à lever l’ancre sans avoir rien fait, pour chercher un abri dans le havre de Harfleur. P.237,238,323.

On a vu plus haut comment Jean de Grailly, captal de Buch, fut pris devant Soubise en Poitou par le corps d’armée d’Owen de Galles et de Radigo de Rojas, amené captif à Paris et enfermé dans la tour du Temple. Maintes fois le roi d’Angleterre, en échange de la mise en liberté du captal, avait offert de rendre le comte de Saint-Pol et trois ou quatre autres prisonniers dont il eût pu tirer une rançon de plus de cent mille francs, mais le roi de France avait toujours repoussé ces offres. Il était bien décidé à ne délivrer son prisonnier qu’à une condition, c’est que Jean de Grailly embrasserait le parti français, auquel cas il promettait de lui donner de grandes terres, de beaux revenus et de le marier aussi hautement que richement. Le captal, de son côté, refusait de se prêter au marché qu’on lui proposait et disait qu’en ne consentant pas à le mettre à finance on ne lui faisait pas le droit d’armes. Il ajoutait que le roi d’Angleterre son maître s’était mieux conduit en semblable occurrence envers Bertrand du Guesclin et les plus nobles du royaume de France. Pierre d’Auvilliers, l’écuyer qui avait fait Jean de Grailly prisonnier et qui avait cédé sa prise en échange d’une somme de douze cents francs, partageait le mécontentement du captal et en arrivait à regretter d’avoir livré ce grand seigneur au roi de France. Pour couper court à toutes ces difficultés, Enguerrand, seigneur de Coucy, conseille à Charles V de mettre en liberté Jean de Grailly, à la condition que celui-ci jurera de ne point prendre les armes à l’avenir contre le royaume de France. Mis en demeure d’être délivré sous cette condition, le captal de Buch demande du temps pour réfléchir; mais il succombe, sur ces entrefaites, à une maladie de langueur qui le minait depuis le commencement de sa captivité et l’empêchait de boire et de manger[423]. Charles V lui fait faire de magnifiques obsèques, non seulement comme à un vaillant chevalier, mais encore comme à un grand seigneur issu de la lignée des comtes de Foix et apparenté à la maison de France. P.239à241,323.

Pendant que la flotte franco-espagnole, placée sous les ordres de Jean de Vienne, opère des descentes et porte le ravage sur les côtes d’Angleterre, Hugh de Calverly, Jean de Harleston, Jean, seigneur de Gommegnies, capitaines de Calais, de Guines et d’Ardres, ravagent de leur côté la marche de Saint-Omer, les environs de Thérouanne, les comtés de Saint-Pol, d’Artois et de Boulogne, faisant main basse sur tout ce que l’on n’a pas eu la précaution de mettre en sûreté dans l’intérieur de quelque forteresse. Des trois places fortes occupées dans cette région par les Anglais, Calais, Guines et Ardres, cette dernière est la plus facile à prendre parce que le seigneur de Gommegnies[424], qui en est le capitaine, n’a pas eu soin de la munir d’artillerie. A l’instigation de quelques-uns de ses conseillers, Charles V fait secrètement des préparatifs considérables pour s’emparer de cette place. Philippe, duc de Bourgogne, mis à la tête de l’expédition, convoque à Troyes[425]les gens d’armes de ses duché et comté de Bourgogne,tandis que le roi donne à Paris rendez-vous aux hommes d’armes de la Bretagne et de l’Ile de France et mande à Arras ceux du Vermandois et de l’Artois; ces détachements font leur jonction à Paris; puis, une fois réunis, ils se dirigent, pendant la dernière semaine du mois d’août, vers Arras et de là vers Saint-Omer. L’effectif de ces troupes d’élite s’élève à deux mille cinq cents lances[426]. Un samedi, ce corps d’armée, campé à Saint-Omer et dans les environs de cette ville, s’ébranle en bon ordre et vient mettre le siège devant Ardres. Noms des principaux bannerets de Bourgogne, de Bretagne, de Normandie, de l’Ile de France, du Vermandois, de l’Artois, qui composent ce corps d’armée. Logés sous de simples abris de feuillage ou même sur la terre nue, les assiégeants font dresser et appareiller leurs canons, qui lancent des carreaux pesant deux cents livres. P.241à244,323,234.

Jean, seigneur de Gommegnies, capitaine d’Ardres, compte parmi ses compagnons d’armes[427]plusieurs chevaliers originairesdu Hainaut et notamment Eustache, seigneur de Vertain, Pierre, frère d’Eustache, Jacques du Sart. Mathieu, seigneur de Hangest, brave chevalier du Vermandois, un jour qu’il a poussé sa chevauchée jusqu’aux barrières d’Ardres, somme les Hainuyers de la garnison à la solde du roi d’Angleterre de rendre cette forteresse au duc de Bourgogne. Deux de ceux-ci, les frères Ireux et Hutin du Lay, refusent, tant en leur nom qu’au nom de leurs compagnons d’armes, de se rendre à cette sommation. Le seigneur de Hangest leur déclare alors que, si la place est emportée de vive force, nul de ses défenseurs ne sera pris à merci. P.244,245,324.

Raoul, seigneur de Renneval, cousin germain du seigneur de Gommegnies, pénètre à la faveur d’un sauf-conduit dans l’enceinte de la forteresse et renouvelle à son cousin la déclaration déjà faite par le seigneur de Hangest; il y met tant d’insistance qu’il décide le capitaine d’Ardres à venir parler au duc de Bourgogne et au seigneur de Clisson. Une fois revenu au milieu de ses compagnons d’armes, le seigneur de Gommegnies leur expose la situation et les consulte sur le parti à prendre. Ceux-ci, après lui avoir reproché sa négligence et le manque d’artillerie de la forteresse confiée à sa garde, sont d’avis de se rendre. Aux termes de cette reddition, les habitants d’Ardres conservent leurs biens et ont la vie sauve[428]. Gauvinet de Bailleul conduit jusqu’à Calais les quatre chevaliers du Hainaut mentionnés ci-dessus ainsi que leurs soudoyers, tandis que le seigneur de Clisson et les maréchaux de France prennent possession d’Ardres. P.245à247,324.

Un détachement français de quatre cents lances se fait rendre le petit fort de La Planque. Un autre détachement de douze cents combattants occupe un beau et fort château du comté de Guines nommé Balinghem[429], et ensuite un autre petit lieu fort appelé La Haie. Après plusieurs assauts qui durent depuis le mercredi jusqu’au dimanche et où les assiégeants font jouer sept canons, le château d’Audruicq[430], assis sur une motte, entouré de fossés profonds remplis d’eau et défendu par les trois frères de Maulevrier, se rend au duc de Bourgogne. La perte de toutes ces forteresses plonge dans la désolation les Anglais de Calais, qui commencent à tenir en suspicion le seigneur de Gommegnies, naguère capitaine d’Ardres, au sujet de la reddition de cette place. Hugh de Calverly, capitaine de Calais, suggère à ce seigneur de passer en Angleterre pour exposer sa conduite au conseil du roi et se justifier auprès du duc de Lancastre. P.247à250,324.

Conformément à cet avis, Jean, seigneur de Gommegnies, après avoir donné congé à son fils Guillaume, à Eustache, seigneur de Vertain, à Pierre, frère d’Eustache, à Jacques du Sart et en général à tous ses compagnons d’armes du Hainaut, traverse le détroit. Il trouve auprès des habitants de Londres un assez mauvais accueil, mais le duc de Lancastre ne fait nulle difficulté d’agréer ses excuses, persuadé qu’il est qu’un aussi vaillant chevalier n’a reçu ni or ni argent pour la reddition d’Ardres. P.250,251,324.

Philippe, duc de Bourgogne, termine cette honorable et heureuse chevauchée sur les marches de Picardie en instituant des capitaines dans chacun des châteaux de la frontière d’Artois et de Saint-Omer dont il s’est emparé. Le vicomte de Meaux et le seigneur de Sempy, entre autres, placés par le duc à la tête de la garnison de la ville d’Ardres[431], font mettre aussitôt cette forteresseen bon état de défense. Le roi de France, de son côté, très satisfait des résultats de cette expédition, envoie l’ordre aux habitants de Saint-Omer d’approvisionner Ardres de toute espèce de vivres en très grande abondance[432]. Une fois ces mesures prises, le duc de Bourgogne donne congé à ses hommes d’armes et revient en France près du roi son frère. Seuls, le seigneur de Clisson et les Bretons, auxquels se joint Jacques de Werchin, sénéchal de Hainaut, restent sous les armes sans se disperser et regagnent leur province à marches forcées parce qu’ils ont appris qu’un écuyer anglais, nommé Janequin, dit Clerc[433], vient de débarquer en Bretagne et tient étroitement bloquée la forteresse de Brest devant laquelle il a fait construire des bastilles.—Vers ce même temps, Louis, duc d’Anjou, et Bertrand du Guesclin, connétable de France, opéraient en la marche de Bordeaux[434]un grand rassemblement de troupes. Ce rassemblement avait été provoqué par une rencontre qui devait avoir lieu au jour convenu entre les Français et les Anglo-Gascons, rencontre dont je me propose de parler plus en détail lorsque j’en serai mieux informé. P.251,252,324.

FIN DU SOMMAIRE DU TOME HUITIÈME ET DU LIVRE PREMIER.

TRAITÉ CONCLU ENTRE JEAN, DUC DE BERRY ET D’AUVERGNE, COMTE DE POITOU, DE MACONNAIS, D’ANGOULÊME ET DE SAINTONGE, LIEUTENANT DU ROI DE FRANCE, D’UNE PART, ET CERTAINS PRÉLATS ET BARONS DU PAYS DE POITOU, D’AUTRE PART, STIPULANT UNE TRÊVE ET SOUS CERTAINES CONDITIONS LA SOUMISSION DU DIT PAYS DE POITOU A CHARLES V LE1erDÉCEMBRE SUIVANT.

Copie du traictié fait davant Surgieres en Poitou par monseigneur de Berry avecques aucuns prelaz et barons du dit pais de Poitou leXVIIIejour de septembreMCCCLXXIIsur la manière de faire retourner à l’obeissance du roy de France le pais du duchié de Guyenne, pour lequel traictié consummer fut assemblée la puissance du roy davant Thouars tout le jour de Saint André l’anMCCCLXXIIdessus dit, et le landemain fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du roy à Loudun en l’eglise des Frères Meneurs.

Jehan, filz de roy de France, duc de Berry et d’Auvergne, conte de Poitou et de Masconnais, d’Angolesme et de Xaintonge, lieutenant de monseigneur le roy es diz pais et en pluseurs autres parties de son royaume, faisons savoir à tous que bonnes et loyaulx treuves et bonnes souffrances de toutes guerres sont prinses et accordées entre nous, ou nom que dessus et ou nostre propre, les subgiez, submis et aliez du roy et de nous, d’une part, et les prelas evesques de Maillezays et de Luczon, dame Perrenelle, dame et vicontesse de Thoars, le seigneur de Partenay[435],le viconte de Chasteleraut[436], le seigneur de Pouzauges[437], monseigneur Renault de Vivonne, monseigneur Jaques de Surgières, le seigneur d’Argenton[438], monseigneur Regnault de Thoars, monseigneur Guy de la Forest, monseigneur Emery d’Argenton, le sire d’Aubeterre[439], messire Hugues de Vivonne, monseigneur Emery de la Roche, monseigneur André Bonnaut, Perceval de Couloigne, Lestrange de Saint Jallais, messire Jehan de Machecoul, messire Brandelis Coutentin, le sire de Niule[440], le sire de Goureville, messire Guillaume de Pellevesin, Emery Helies, Jehan Marrosonne et Jehan Jourdan, tant pour eulz que pour leurs subgiez et aliez desquielx ilz envoyeront les noms pardevers nous dedenz dimanche en quinze jours, et d’iceulx auront prins seurté de tenir les choses contenues en cestes, d’autre part. Lesquelles treuves et souffrances tendront et dureront jusques au jour de la Saint André prouchaine venant, et cellui jour enclos, sanz faire guerre en aucune maniere par monseigneur le roy, nous, nos subgiez et aliez ne aucun de nous aus dessus nommez, leurs subgiez et aliez, villes, chasteaulx, fortereces ne à celles qu’ilz tiennent en leurs mains ou ont en garde, leurs terres, pais ne aux habitanz ou demouranz en ycelles. Et aussi les dessus nommez, leurs subgiz et aliez ne aucun d’eulz ne feront guerre en aucune maniere ne ne recourront en leurs fors aucune personne pour la faire ne à monseigneur le roy ne à nous, nos subgiez ou aliez ne aucun de nous, durant le dit temps. Et s’il avenoit que aucun des dessus diz, leurs villes, chasteaulz et forteresses, subgiz et aliez d’eulx fussent prins ou occuppez par monseigneur le roy, par nous, nos subgiez et aliez ou aucuns de leurs biens durant le temps de la dicte sueffrance, nous promettons et sommes tenuz de les rendre ou faire rendre et restituer tantost et sanz delay. Et aussi les dessus nommez et chascun d’eulx, pour eulx et pour leurs aliez, ont promis et sont tenuz que, si durant le temps de la dicte treuve et suffrance, aucuns des subgiez et aliez de monseigneur le roy, de noz villes, chasteaulx et forteresses ou celles des subgiez et aliez de monseigneur le roy et de nous ou d’aucune d’elles,estoient prins par eulx, leurs subgiez et aliez ou par aucun d’eulx, de les rendre ou faire rendre et restituer tantost et sanz delay.

Et en outre est parlé et accordé entre nous et les dessus nommez que, si le roy d’Angleterre, son filz ainzné le prince de Galles qui hores est ne viennent le jour de la prouchaine feste Saint André à Thoars et qu’ilz peussent mettre monseigneur le roy ou son povair hors des champs et les faire retraire en fors par force, les dessus nommez subgiez et aliez leurs hoirs et successeurs l’andemain retourneront, seront et demourront d’ores en avant en l’obeissance de monseigneur le roy et de nous, si et par tele maniere que les dessus nommez, leurs predecesseurs et chascun d’eulx estoient au temps et paravant que par monseigneur le roy Jehan nostre père, que Dieux absoille, ilz furent baillez et livrez au roy d’Angleterre et à son obeissance, sanz plus lui faire ne aux siens obeissance ne recognoissance en aucune maniere. Et si le roy d’Angleterre ou son filz le prince qui hores est venoit à la prouchaine feste de Saint André en la maniere que dessus est dit, les dessus nommez et chascun d’eulz et leurs aliez demourrayent et seroyent quittes de leurs accors, convenances, seremens et autres choses contenues en ces presentes, et demourrayent en l’estat qu’il estoient paravant la date de cestes, et se pourrayent armer sans reprouche le dit jour passé.

Et unquore est parlé et accordé que les dessus nommez et chascun d’eulx pourront aller, venir et chevaucher, armez ou desarmez, sanz faire guerre à monseigneur le roy ne à nous, à nos subgiez et aliez ne ne au pais de monseigneur le roy et de nous, nos subgiez et aliez, durant le dicte treuve, sinon ou cas dessus dit. Et touz marchanz du pais de monseigneur le roy et du nostre et du povair des dessus nommez et de chescun d’eulx et de leurs aliez pourraient aler, venir et marchander, à pié ou à cheval, ou leurs denrées et marchandises, sauvement et seurement, par tout là où il leur plaira, ou pays, d’un costé et d’autre, sanz aucun empeschement leur faire, ainsi toutes voyes que aus dessus nommez subgiez et aliez et chascun d’eulx, pour tant comme à chascun touche.

Si tost comme ilz seront entrez en l’obeissance de monseigneur le roy et de nous, leur seront renduz, baillez et delivrez realment et de fait leurs villes, chasteaulx, forteresses, herbergemens, terres ou leurs appartenances et appendences et autres biens et droiz quielxconques receanz ou royaulme de France ou ailleurs oupovair de monseigneur le roy et de nous, que les dessus nommez et chascun d’eulx tiennent et à eulx appartenoient ou temps paravant le commencement de ces presentes guerres, avecques tout ce que nous aux dessus nommez, leurs subgiz et aliez ou à chascun d’eulx depuis le dit temps seroit avenu et appartendra pour cause de la succession de leurs parens ou autrement qui prins ou empeschiez auroient esté par monseigneur le roy et par nous, not subgiz et aliez ou aucun de nous; et d’iceulx joyront delivrement et de plain droit sanz aucun empeschement, si et par la maniere que eulx et leurs davanciers joyent et avoyent acoustumé joïr ou temps de monseigneur le roy Jehan, que Dieux absoille, et que les empeschemens y furent mis, avecques les lettres de monseigneur le roy en laz de soye et cire vert et les nostres, des requestes par nous aus diz nommez octroyées, desqueles nous leur avons baillié coppie enclose soubz nostre seel, et autant en avons retenu pour en faire les dictes lettres de monseigneur le roy et de nous.

De rechief, les pastiz qui sont prins se tendront de cy au terme qu’ilz sont prins, se payeront à ceulx qu’ilz sont deubz passé le dit terme, et ne se prandront plus nulz pastiz ne suffrance. Toutevoye, se paieront pastiz, d’une part et d’autre, sanz acroistre ne amaindrir deça ne delà, pour celle partie et par porcion et selon le regart du temps qu’il a, de la Saint Michiel jusques à la dicte feste de Saint André. Et si aucunes restes estoient deuez des diz pastiz et ranczons du temps passé, elles ne seront prinses ne executées de fait par fait de guerre, mès payeroient les dessus nommez, leurs subgiez et aliez, en tel povair et juridiccion seroient ceulx qui la dite reste ou restes devroyent, [et devroyent] les faire rendre et payer à ceulx à qui deuez seroient tantost et sanz delay. Et en cas de debat sur ce avons esleu pour cognoistre et mettre à fin le dit debat sans dilacion; et, ycellui feni, ce que sera trouvé qui deu sera sera executé par le seigneur de qui povair et juridiccion et fait payer sanz delay.

Et voulons que les fortifficacions que les dessus nommez et chascun d’eulx donrront soubz leurs seaulx à leurs subgiez, hommes et aliez et aux habitanz et demouranz en leurs villes, chasteaulx et forteresses, leur baillent treuves, souffrance, saufconduit et sehurté et que à la coppie ou coppies de ces presentes soubz seel auctentique soit adjoustée planiere foy et autele foy comme à l’original. Si mandons et deffendons, de par monseigneur le roy etde par nous, à touz les subgiz bienveillans et aliez de monseigneur le roy et de nous que contre la teneur de cestes et de nostre souffrance par nous donnée aux dessus diz et chascun d’eulz, leurs aliez et subgiz, leurs biens quielxconques ne meffacent ne sueffrent meffaire en leurs fors, fortresses, hostel, maisons, terres et biens quielxconques, durant le dit temps. Et afin que ces choses soient fermes et tenables le dit temps, nous avons fait mettre à ces presentes nostre seel secret en absence de nostre grant. Donné davant Surgieres leXVIIIe[441]jour de septembre l’an milCCCLXXII.Et s’ensuit: par monseigneur le duc et lieutenant.Et signé:J. Raigereau.

Donné par maniere de coppie soubz le seel des contrax establi à Poictiers pour monseigneur le conte leXXIIIIejour de janvier l’an milCCCLXXIIII.Ainsi signé:Boucart.Vivien.

(Arch. Nat., P 13341, fos23 et 24.)


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