Chapter 10

[357]C’est par erreur que Froissart et aussi Jean de Noyal (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 275) font honneur à Bertrand du Guesclin de l’expulsion des Anglais du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Cette erreur était déjà accréditée en basse Normandie au commencement duXVesiècle, comme on le voit par une enquête faite à Valognes en 1423 (Ibid., p. 340).[358]Trois habiles ingénieurs, Gérard de Figeac, Nicole de Billy et Bernard de Montferrat, servant sous le vice-amiral Jean de Vienne, le premier aux gages de 15 francs, les deux autres aux gages de 12 francs par mois, fabriquèrent pour le siège de Saint-Sauveur des canons plus puissants que ceux dont on s’était servi jusqu’alors. Un engin, dit le gros canon de Saint-Lô, parce que Girard de Figeac l’avait fait forger dans cette ville, lançait des pierres pesant cent livres (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 237, 238, 241). Un autre grand canon de fer, fabriqué dans la halle de Caen du 20 mars au 3 mai 1375 par quatre maîtres de forge travaillant sous la direction de Bernard de Montferrat, nécessita l’emploi de 885 livres de fer d’Auge, de 1200 livres de fer d’Espagne et de 200 livres d’acier (Ibid., p. 186 à 190). Ces batteries de canons, établies sur le mont de la Place à Rauville (Manche, arr. Valognes, c. Saint-Sauveur), un peu à l’est du château de Saint-Sauveur, et aussi dans l’enceinte de l’abbaye que les assiégeants avaient convertie en bastille, firent pleuvoir sur le château, principalement du 10 au 21 mai 1375, date de la capitulation, une pluie de grosses pierres taillées en forme de boulets.[359]Par acte daté du palais de Westminster le 24 novembre 1374, Édouard III institua Edmond, comte de Cambridge, et Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemond, ses lieutenants spéciaux et capitaines généraux dans le duché de Bretagne (Rymer, III, 1018, 1019). Les 16 et 24 décembre suivants, le roi d’Angleterre enjoignit à Hugh Tyrel, capitaine du château d’Auray, à Jean Devereux, capitaine du château de Brest, de recevoir en toute obéissance les ordres du duc de Bretagne et du comte de Cambridge, qui sont «ja à aler en Bretaigne», et de leur livrer les dits châteaux à leur premier commandement (Ibid., 1019, 1020).[360]A la fin de son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373, Froissart avait déjà mentionné par avance le décès d’Édouard Spencer, l’un de ses protecteurs, qui mourut en novembre 1375 (Voy. plus haut, p.CIII,note 311).[361]Des détails aussi précis et aussi minutieux doivent émaner de quelqu’un qui se trouvait, à ce moment du siège, dans l’intérieur de la place. Il y a lieu par conséquent de supposer que Froissart a raconté le siège de Saint-Sauveur d’après la version de l’un des hommes d’armes anglais qui avaient concouru à la défense. Si l’on admet cette supposition, on s’explique plus aisément l’erreur assez grave que le chroniqueur de Valenciennes a commise en plaçant Bertrand du Guesclin à la tête des assiégeants. Ceux-ci avaient intérêt à annoncer soit la présence, soit la prochaine arrivée de Bertrand, à cause de la terreur que le nom seul du connétable de France inspirait à ses adversaires; mais on n’a pu ajouter foi à ce faux bruit que dans les rangs des assiégés.[362]Pendant les derniers mois du siège de Saint-Sauveur, c’est-à-dire au printemps de 1375, Bertrand du Guesclin ne guerroyait point en basse Normandie, mais en Saintonge. Il assiégeait alors Cognac, qui se rendit le 1erjuin (Grandes Chroniques de France, VI, 346).[363]Le traité de capitulation fut conclu le 21 mai 1375. Par ce traité Thomas Catterton, écuyer, capitaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, s’engageait à rendre cette place le 3 juillet suivant, si le roi d’Angleterre ne parvenait point dans l’intervalle à envoyer à la garnison des renforts suffisants pour obliger les Français à lever le siège, moyennant toutefois une somme de 40 000 francs d’or dont le payement lui fut solennellement garanti par Jean de Vienne, amiral de France, lieutenant du roi de France en Normandie, Milon de Dormans, qui venait d’être transféré du siège de Bayeux à celui de Beauvais, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Guillaume Paynel, sire de Hambye, Guillaume du Fayel, dit le Bègue, Robert, seigneur de Pirou, Jean dit le Sénéchal d’Eu, Guillaume de Villiers, seigneur du Hommet, Jean de Blaisy, Jean le bâtard de Vernay, Raoul Tesson, Guillaume, seigneur de Magneville, Henri, seigneur de Colombières, Pierre Bardoul et Gui de Châtillon. Outre les 40 000 francs ainsi stipulés, il fut convenu que Thomas Catterton toucherait personnellement une somme de 12 000 francs, Thomas Trevet, une somme de 2000 francs et Hennequin Vallebreton, une somme de 1000 francs. Jean de Vienne dut promettre également de faire payer les rançons exigées de plusieurs hommes d’armes français, capturés par la garnison anglaise de Saint-Sauveur pendant le cours du siège. En retour, cette garnison livra huit otages en garantie de l’engagement qu’elle avait contracté de livrer la forteresse le 3 juillet. Ces huit otages étaient Thomas Trevet, Hochequin l’Inde, Jean de Burgh, Guillaume Maulevrier, Guillaume Chelleton, Janequin Noel, Willecoc Standon et Jean Hericié, que l’amiral Jean de Vienne interna, en les traitant avec les plus grands égards, dans les châteaux de Caen, de Falaise, de Rouen et de Vernon (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 198 à 200; Preuves, p. 242 à 248).[364]Le 15 juin 1375, Charles V notifia aux maréchaux de France qu’afin d’être le plus fort à la journée de Saint-Sauveur, il avait fait faire semonce générale à toutes manières de gens d’armes et arbalétriers du royaume pour se rendre à la dite journée (La Roque,Hist. de Harcourt, IV, 1597). M. Léopold Delisle a publié en 1867, comme pièces justificatives à la suite de sonHistoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, un certain nombre d’articles de comptabilité où l’on trouve les noms de beaucoup des hommes d’armes qui se réunirent dans le Cotentin à la fin du mois de juin 1375, sous les ordres des deux maréchaux de France Mouton de Blainville et Louis de Sancerre ainsi que du premier chambellan Bureau de la Rivière (Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 257, 265 à 277). Les milices communales fournirent leurs contingents, et la ville de Châlons-sur-Marne, par exemple, envoya douze arbalétriers à la journée de Saint-Sauveur (Boutaric,Institutions militaires de la France, p. 220, note 2).[365]A la fin de 1374 et au commencement de 1375, Jean Devereux était capitaine de Brest (Voy. plus haut, p.CXXI,note 359).[366]Quimperlé, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du Finistère, est situé à une certaine distance de la mer. Ce qui explique jusqu’à un certain point l’expression d’île dont se sert Froissart, c’est que l’ancienne ville fortifiée de Quimperlé s’entassait sur une étroite langue de terre resserrée entre les deux rivières d’Ellé et d’Isole, à la pointe même où elles viennent confondre leurs eaux. Le périmètre de cette ancienne ville était seulement de six hectares formant un parallélogramme irrégulier dont chaque grande face avait pour fossé le lit de l’une de ces deux rivières.[367]Cette trêve fut conclue à Bruges le 27 juin 1375 entre Jean, duc de Lancastre, qui s’intitule en outre roi de Castille et de Léon, traitant au nom d’Édouard III son père, et Philippe, duc de Bourgogne, investi des pleins pouvoirs de Charles V son frère; elle devait durer depuis le jour où elle avait été signée jusqu’au dernier jour de juin 1376. Jean de Montfort, duc de Bretagne, y fut compris avec cette réserve qu’il ne tiendrait sur pied que 200 hommes d’armes dans le duché pour la garde de ses villes. La trêve de Bruges stipulait: 1ola levée du siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte, les bastilles construites par les Français restant en l’état; 2ola remise de Cognac entre les mains du Saint-Père, qui rendrait cette place, à l’expiration de la trêve, à qui de droit; 3ola mise en liberté de Jean de Grailly, captal de Buch, fait prisonnier par les Français à Soubise, le 23 août 1372, de Roger de Beaufort et de Jean de la Roche, neveu du dit Roger, capturés par les Anglais à la prise de Limoges le 19 septembre 1370, lesquels prisonniers on promettait de délivrer sous caution pendant quatre mois afin de les mettre en mesure de payer leur rançon, à la condition toutefois qu’il leur serait interdit de pénétrer en Guyenne; 4ol’envoi à Bruges, le 15 septembre suivant, de personnes notables munies des pleins pouvoirs des deux rois de France et d’Angleterre pour traiter de la paix; 5ol’annulation du traité de capitulation intervenu le 21 mai précédent entre Jean de Vienne, amiral de France, et Thomas de Catterton, capitaine du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et la remise du dit château au roi de France, le 15 juin 1376, moyennant le payement de 40 000 francs; 6ole retour des négociateurs à Bruges, le 12 juin de l’année suivante, quinze jours avant l’expiration de la présente trêve (Rymer, vol. III, pars II, p. 1032 à 1034). Le duc de Bourgogne et les deux légats du pape étaient arrivés à Bruges dès la fin de mars 1375. Le dimanche 25 de ce mois, Philippe le Hardi donna dans cette ville un grand dîner diplomatique où il eut pour convives l’archevêque de Ravenne (Pileus de Prata), l’évêque de Carpentras (Guillaume de Lestrange), l’évêque d’Amiens (Jean de la Grange), Jean, comte de Saarbruck, Hue de Châtillon, maître des arbalétriers, messire Arnaud de Corbie, premier président du Parlement «et autres gens du roy estans à Bruges ainsi que plusieurs chevaliers, escuiers, bourghemaistres, officiers et bourgois de la dite ville» (Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé par M. Ernest Petit).[368]Le 27 juin 1375, le jour même où la trêve de Bruges fut conclue et signée, Jean, duc de Lancastre, expédia une dépêche à Thomas de Catterton pour inviter le capitaine de Saint-Sauveur à publier dans le Cotentin les articles de cette trêve qui concernaient la forteresse assiégée par les troupes du roi de France (Ibid., 1034). Cette lettre arriva sans doute trop tard à destination, et c’est ainsi que la convention du 21 mai fut rigoureusement exécutée, quoiqu’elle eût été annulée par le traité du 27 juin. Le roi d’Angleterre protesta avec énergie et prétendit qu’on eût dû s’en tenir aux stipulations de la trêve de Bruges et les exécuter strictement. Le 2 août suivant, il donna pleins pouvoirs à Jean, évêque de Hereford, à Jean, sire de Cobham, à Henri Le Scrop, bannerets, à maître Jean Shepey, docteur en droit, pour poursuivre l’exécution de la clause de la trêve de Bruges relative à Saint-Sauveur (Ibid., 1059); ces protestations n’aboutirent à aucun résultat, et la convention du 21 mai 1375 eut son plein effet.[369]Le 3 juillet 1375, la garnison anglaise évacua le château de Saint-Sauveur et s’achemina vers le havre de Carteret, où Thomas de Catterton devait s’embarquer avec ses compagnons pour rentrer en Angleterre (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 185, 263, 264). On fit expédier des lettres de rémission aux Français mêlés à cette garnison. Le mécontentement fut très vif en Angleterre, où Guillaume de Latymer et Thomas de Catterton furentaccusésde trahison (Rotuli parliament., II, 325). Charles V récompensa dignement tous ceux de ses serviteurs qui avaient concouru à amener le recouvrement de cette importante forteresse. Il concéda en usufruit les revenus de la baronnie de Saint-Sauveur à Bureau de la Rivière (Ibid.; Preuves, p. 297). Le 15 juillet 1375, il autorisa Jean le Mercier, qui avait mené à bien la partie financière de l’opération, à accepter une somme de six mille francs qui lui était offerte en témoignage de reconnaissance par les habitants de la basse Normandie (Ibid.; Preuves, p. 277, 279). Milon de Dormans, le prélat guerrier et patriote, qui avait tenu garnison dans la bastille de Beuzeville, fut promu à l’évêché de Beauvais, qui lui conférait la dignité de pair de France et d’où sa famille tirait son origine. Huguenin du Bois, capitaine de Bricquebec, fut gratifié d’un don de 600 francs (Ibid.; Preuves, p. 219), et Henri de Colombières reçut 200 francs pour remettre en bon état de défense son château de la Haye-du-Puits (Ibid., p. 288, 289). Comme nous l’avons fait remarquer plus haut (Voy. p.CXIX,note 357), Froissart s’est trompé en rapportant à Du Guesclin l’honneur d’avoir mis le siège devant Saint-Sauveur-le-Vicomte et d’avoir obtenu la reddition de cette place; cet honneur appartient à Jean de Vienne. Au moment où l’on commença le blocus, le connétable de France guerroyait en Languedoc avec le duc d’Anjou, d’abord contre les Compagnies, ensuite contre la Réole et les forteresses anglo-gasconnes situées sur les confins de l’Agenais et du Bordelais. Nous ne retrouvons Bertrand en basse Normandie qu’à la fin de décembre 1374. Le 14 de ce mois, le connétable, qui s’intitule dès lors seigneur de Tinténiac, parce que la seigneurie de ce nom venait de lui être apportée en dot par sa seconde femme Jeanne de Laval, le connétable se trouvait à Pontorson, où il donna quittance de 100 livres tournois au receveur d’Avranches (Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). En supposant qu’il ait mis à profit son séjour en basse Normandie pour prendre une part quelconque aux opérations commencées dès lors contre Saint-Sauveur-le-Vicomte, il ne put faire devant le château ainsi assiégé qu’une simple apparition.[370]Enguerrand VII, seigneur de Coucy, comte de Soissons, de Marle et de Bedford, était par Catherine sa mère, mariée à Enguerrand VI, le petit-fils de Léopold Ier, dit le Glorieux, troisième fils d’Albert de Habsbourg, duc d’Autriche de 1282 à 1308. Léopold Iermourut à Strasbourg le 28 février 1326. Catherine d’Autriche était, non la sœur germaine, mais la nièce de Frédéric Ierle Beau, duc d’Autriche de 1308 à 1330, d’Albert II le Sage, frère puîné et successeur de Frédéric le Beau, décédé le 23 juillet 1358; elle était par conséquent la cousine germaine de Rodolphe IV l’Ingénieux, de Frédéric II, d’Albert III et de Léopold II, fils et successeurs d’Albert II, dont le second, Frédéric II, fut tué à la chasse le 10 décembre 1362 et dont l’aîné, Rodolphe IV, mourut à Milan, à l’âge de 22 ans, le 27 juillet 1365.[371]Le seigneur de Coucy ne revendiquait pas le duché d’Autriche, mais seulement des biens allodiaux situés dans l’Alsace, le Brisgau et l’Argovie, qu’il prétendait avoir été assignés en dot à sa mère. Albert III et Léopold II, contre lesquels Enguerrand VII prit les armes, possédèrent par indivis le duché d’Autriche jusqu’en 1379; à cette date, un partage définitif intervenu entre les deux frères assura l’Autriche tout entière et quelques villes de la Styrie à Albert III, tandis que la Carinthie et le surplus de la Styrie échurent à Léopold II, qui fut en outre mis en possession des biens de sa maison situés en Alsace, en Souabe et en Suisse (Art de vérifier les dates, III, 573, 574; II, 721, 722; P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542-545). Cf. l’Abrégé de la vie d’Enguerrand VII du nom, sire de Couci, avec un détail de son expédition en Alsace et en Suisse, par le baron de Zurlauben, dansHistoire de l’Académie des inscriptions, XXV, 168-186.[372]Avant de mettre son épée au service du Saint-Siège, vers la fin de 1369, au moment où la lutte allait se rallumer entre Charles V et Édouard III, le seigneur de Coucy, gendre du roi d’Angleterre, auquel il répugnait de prendre parti, soit contre son suzerain, soit contre son beau-père, avait déjà cherché et trouvé une diversion en déclarant la guerre à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche, ses cousins. Nous possédons aux Archives, dans le fonds de Montbéliard, un acte daté du 10 novembre 1369, par lequel Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, s’oblige à payer une somme de 21 000 francs à Étienne, comte de Montbéliard et seigneur de Montfaucon, lequel a promis de l’aider dans la guerre qu’il a déclarée à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche (Arch. Nat., K 1752, no15).[373]Aisne, arr. Laon, c. la Fère. La seigneurie de Nouvion, récemment achetée par Jean le Mercier, avoisinait les possessions du seigneur de Coucy.[374]En 1365, Enguerrand VII avait épousé Isabelle d’Angleterre, fille d’Édouard III et de Philippa de Hainaut, et l’année suivante il avait été créé comte de Bedford à l’occasion de ce mariage.[375]En disant qu’Enguerrand VII voulait emmener les Compagnies en Autriche, Froissart commet une erreur que la plupart des historiens de ce siècle ont reproduite, quoiqu’elle ait été solidement réfutée dès 1759 par le baron de Zurlauben (Hist. de l’Acad. des inscriptions, XXV, 174). L’objectif de l’expédition était, non le duché d’Autriche, mais l’Alsace et les cantons suisses de Brisgau, d’Argovie et de Thurgovie, c’est-à-dire les pays où se trouvaient les biens allodiaux revendiqués par le seigneur de Coucy.[376]Ces routiers, désignés souvent sous la qualification de «Bretons», sans doute parce que beaucoup d’entre eux étaient originaires de la province de Bretagne, occupaient surtout le comtat d’Avignon, le Lyonnais, le Forez et le comté de Bourgogne, du moins pendant la première moitié de 1375, à la veille de l’expédition dont le seigneur de Coucy prit le commandement. Plusieurs de ces aventuriers, après avoir été l’année précédente à la solde du duc d’Anjou, s’étaient ensuite laissé enrôler au service du Saint-Siège, et l’on remarquait parmi leurs chefs des hommes d’armes appartenant aux meilleures familles de Bretagne. Tels étaient, par exemple, Olivier du Guesclin, frère puîné de Bertrand, Geoffroi et Silvestre Budes, cousins de Bertrand et d’Olivier, Jean de Malestroit et Jean de Saint-Pol. Charles V et Louis, duc d’Anjou, mirent tout en œuvre pour empêcher les bandes bretonnes cantonnées sur la rive gauche de la Saône et du Rhône de repasser ces deux fleuves et de rentrer dans le royaume. Le 14 mars 1375 (n. st.), Jean de Saint-Pol, chevalier, et Colin du Breuil, écuyer, du duché de Bretagne, donnèrent quittance à Pierre le Saut, sergent d’armes du roi, maître des ports et receveur de la traite des blés en la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes, d’une somme de 500 francs d’or qui leur avait été allouée par Louis, duc d’Anjou, moyennant l’engagement qu’ils avaient pris en leur nom et au nom de leurs compagnons: 1ode ne pas passer le Rhône pour venir au royaume sans mandement du roi ou du duc; 2ode ne porter aucun dommage en la terre de l’Église, c’est-à-dire dans le Comtat d’Avignon; 3od’empêcher Olivier du Guesclin et ses compagnons de passer la dite rivière et de porter dommage au royaume ainsi qu’à la dite terre de l’Église (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 386). Les comptes des ducs de Bourgogne sont remplis de mentions relatives aux brigandages exercés par ces Bretons en Dombes (Arch. de la Côte-d’Or, B 8254, 8767, 9296; Invent., 111, 228, 299, 399) ainsi qu’en Bourgogne (Ibid., B 5255, 5311, 5619;Invent., II, 238, 245, 291), particulièrement vers le milieu de l’année 1375. Ici, c’est un héraut de Philippe le Hardi qui va de Dijon à Chalon «vers les capitaines des routes de gens d’armes», pour leur présenter des lettres de la duchesse de Bourgogne. Là, c’est un messager qui accourt de Chalon à Dijon avertir le duc que «Jean de Malestroit venoit en Bourgogne avec une grande quantité de gens d’armes et le prier de s’opposer à cette invasion» (Ibid., 3575; Finot,Recherches sur les incursions des Anglais, Vesoul, 1874, p. 112, note 5). Ailleurs, Jean de Chatenay, écuyer, se rend de Dijon à Jaucourt auprès de la duchesse de Bourgogne, pour lui «dire nouvelles des routes de gens d’armes estans en Lyonnois, devers lesquelles il avoit esté pourter lettres de creance du lieutenant de messire Olivier du Guesclin pardevers ma dite dame, de certaines choses que le dit lieutenant li avoit enchargié» (Ibid., B 4421;Invent., 111, 114).[377]Par lettres patentes datées de Paris le 4 août 1374, Charles V assigna une pension annuelle de six mille francs d’or au seigneur de Coucy, qui donna quittance de la sixième partie de cette somme, c’est-à-dire de mille francs, le 8 novembre suivant (P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542).[378]La concentration de ces bandes dut avoir lieu vers le milieu de 1375, sur les confins de la Champagne et des duché et comté de Bourgogne. Des lettres de rémission octroyées en octobre 1375 à Garnier, dit le Grangier, retracent une scène de pillage dont la seigneurie d’Amance (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Vendeuvre), appartenant au doyen de Vendeuvre, avait été le théâtre «environ la Saint Michel archange», c’est-à-dire vers le 29 septembre précédent (Arch. Nat., JJ 107, no278, fo136). A Togny en Champagne (auj. Togny-aux-Bœufs, Marne, arr. Châlons-sur-Marne, c. Écury-sur-Coole), les habitants avaient été réduits à s’entasser dans des cachettes, «pour doubte des gens d’armes qui lors passoient continuelment par le pais pour aler en Autriche avec nostre amé et feal le seigneur de Coucy» (Ibid., no337, fo167).[379]L’appel adressé par Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, aux cités de Strasbourg, de Colmar et autres cités impériales d’Alsace, contre Albert et Léopold, ses cousins, ducs d’Autriche, est daté de Massevaux ou Masmunster (Haut-Rhin, arr. Belfort), le 24 septembre 1375. D’où il y a lieu de conclure que le gros des Compagnies, après avoir remonté le cours de la Moselle, depuis Metz jusqu’à la source de cette rivière, s’avança vers la rive gauche du Rhin, en suivant les petits cours d’eau qui descendent du Ballon d’Alsace et viennent grossir l’Ill près de Mulhouse. Le seigneur de Coucy écrit aux villes impériales d’Alsace qu’il vient revendiquer la succession de Léopold Ier, son aïeul, usurpée par Albert et Léopold ses cousins. Il déclare que Wenceslas, duc de Brabant, lieutenant de l’empereur, l’a assuré qu’il ne mettrait aucun obstacle à cette revendication. Il termine en réclamant la fidélité, l’amitié, le concours effectif des bourgeois des villes impériales d’Alsace, en s’engageant, de son côté, à ne rien entreprendre contre eux et à concentrer tous ses efforts contre les fauteurs de ceux qui détiennent injustement son héritage (Wencker,Apparatus archivorum, 216; analysé par Schoepflin,Alsatia diplomatica, II, 272).[380]Les Compagnies, s’étant répandues dans les duchés de Bar et de Lorraine avant d’entrer en Alsace, se firent payer par les bourgeois de Metz une indemnité de guerre de 34 000 francs. A cette condition, elles promirent d’épargner le territoire messin dans un rayon de trois lieues autour de cette ville. Quant à l’évêque de Metz Thierry, dont les domaines s’étendaient bien au delà du rayon ainsi épargné, il acheta la même faveur en payant une somme de 16 000 francs et en comblant de riches présents les principaux chefs de ces bandes (Hist. de Metz, Metz, 1775, II, 589). On voit par les registres de comptabilité du duché de Bar conservés aux archives de la Meuse que, dès la première quinzaine d’août 1375, Robert, duc de Bar, prit certaines mesures de précaution contre les bandes de Bretons et d’Anglais dont on lui avait annoncé la prochaine arrivée, en garnissant de bonnes troupes ses principales forteresses, notamment Saint-Mihiel, Gondrecourt, Foug et Lamothe en Bassigny. On y voit également que ces bandes, après avoir franchi la frontière du duché de Bar, traversèrent ce duché par le centre en passant par Revigny, vers le 28 août, et par Gondrecourt, dont quelques-uns de ces aventuriers occupèrent les faubourgs jusqu’au 12 septembre suivant (Servais,Annales historiques du Barrois, Bar-le-Duc, 1865, I, 302-304). On lit dans un des registres dont nous venons de parler que «li grant route des Bretons estoit ou paiix après la mixon l’an 75 avec le signour de Coucy». L’irruption de ces bandes dans la plaine de Metz dut par conséquent avoir lieu vers la mi-septembre 1375. Un cadet de la maison ducale de Bar, Pierre de Bar, seigneur de Pierrefort (château situé à Martincourt, Meurthe-et-Moselle, arr. Toul, c. Domèvre), prit part à l’expédition du seigneur de Coucy.[381]Raoul de Coucy, seigneur de Montmirail (Marne, arr. Épernay), troisième fils de Guillaume, seigneur de Coucy, et d’Isabeau de Châtillon, frère puîné d’Enguerrand VI, était par suite l’oncle d’Enguerrand VII.[382]Par actes datés de Reims le 3 mars et de Vienne le 2 mai 1376, Robert de Béthune, vicomte de Meaux, donna quittance des gages qu’il avait desservis à la poursuite des Compagnies (Bibl. Nat., collect. Clairambault, reg. 14, p. 917).[383]Jean, III du nom, dit le Grand, seigneur de Vergy, de Fouvent, de Champlitte et de Port-sur-Saône, mort le 25 mai 1418, revêtu des titres de sénéchal, de maréchal et de gouverneur du duché de Bourgogne.[384]Par acte daté de Reims le 1ermars 1376 (n. st.), Jean, seigneur de Roye, chevalier, donna quittance des gages qu’il avait desservis ès guerres de Champagne contre les Compagnies de routiers (Ibid., reg. 97, p. 7543).[385]Raoul, seigneur de Renneval (Aisne, arr. Laon, c. Rozoy-sur-Serre).[386]Par acte daté de Reims le 1ermars 1376, Jean, seigneur de Hangest, donna quittance des gages qu’il avait desservis ès guerres de Champagne contre les Compagnies de routiers (Ibid., reg. 57, p. 4355).[387]Hue ou Hugues de Roucy, seigneur de Pierrepont (Aisne, arr. Laon, c. Marle), troisième fils de Jean V, comte de Roucy, et de Marguerite de Baumez.[388]Enguerrand VII prend en effet cet engagement d’une manière formelle dans la lettre qu’il adressa de Massevaux ou Masmunster aux villes impériales d’Alsace le 24 septembre 1375 et dont nous avons donné plus haut l’analyse. Léopold II, duc d’Autriche, écrivit de son côté, aux bourgeois de Strasbourg, pour les inviter à lui prêter main-forte afin d’empêcher les Anglais, c’est ainsi qu’il désigne les bandes du seigneur de Coucy, de faire irruption sur la rive droite du Rhin. Cette dépêche de Léopold II est datée de Brisach le 12 octobre 1375 (Schoepflin,Alsatia diplomatica, II, 273). A propos de cette qualification d’Anglais, Thomas Holand, depuis comte de Kent, est le seul cité comme ayant pris part à cette expédition.[389]Le 1ernovembre 1375, les grands personnages mentionnés ici par Froissart, et notamment le duc de Bourgogne, ne se trouvaient ni à Bruges ni à Gand. Les joutes dont il s’agit eurent lieu à Bruges dans les premiers jours d’avril de cette année (Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, t. LV, fo28 vo).[390]Par actes datés de Bruges le 12 mars 1376, Jean, duc de Lancastre, Simon, archevêque de Canterbury, Edmond, comte de Cambridge, traitant au nom du roi d’Angleterre, Louis, duc d’Anjou et de Touraine, comte du Maine, Philippe, duc de Bourgogne, chargés des pleins pouvoirs du roi de France, prorogèrent jusqu’au 1eravril 1377 les trêves qui devaient expirer le dernier juin 1376 (Rymer, III, 1048). Ces trêves étaient celles que l’on avait conclues dans cette même ville de Bruges le 27 juin 1375 (Ibid., 1031 à 1034). (Cf. plus haut, p.CXVI,note 352, et p.CXVII). La date du 1eravril 1376 donnée par Froissart n’en est pas moins exacte, parce qu’il s’agit de l’année 1376, ancien style, sur la date finale de laquelle le chroniqueur semble avoir partagé la méprise du rédacteur desGrandes Chroniques: «Mais il proroguèrent les trièves jusques au premier jour du mois d’avril mil trois cens septante six, et Pasques furent le sixiesme jour du dit mois, que l’en dit mil trois cens septante sept» (Gr. Chron., VI, 347). En réalité, Pâques tomba en 1376 le 13 avril, en 1377 le 29 mars.[391]Une curieuse série de lettres, adressées par le bourgmestre et le Conseil de la ville de Bâle au bourgmestre et au Conseil de la ville de Strasbourg, notamment à la date des 14 et 19 octobre, 25 novembre et 15 décembre 1375, nous retrace tous les mouvements de ces bandes, d’abord aux environs de Haguenau, ensuite au village de Roche, d’où une bande venant de Lure sous les ordres de Jean de Vienne et d’Owen de Galles menace Belfort, les progrès de ces mêmes bandes s’avançant de Montbéliard et de Belfort contre Bâle, le combat de Marlen où une troupe de braves paysans d’Alsace osa attaquer l’une de ces bandes et se fit exterminer, le ravage des environs de Bâle, l’occupation et le pillage de Wallenburg (gros bourg situé dans le canton de Bâle-Campagne), le passage à travers la montagne de Havenstein et le défilé de la Clus, dans le canton de Soleure, la destruction de Wangen (sur la rive droite de l’Aar, au nord-est du canton de Berne), l’investissement de la ville de Buren (au sud-ouest de Wangen, sur la rive droite de l’Aar, dans le canton de Berne) appartenant au comte de Nydau, et enfin les trois échecs successifs que ces Compagnies subirent à Buttisholz, à Sonns et à Fraubrunnen, entre Soleure et Berne. L’issue malheureuse de ces deux derniers engagements, livrés les 25 et 26 décembre 1375, s’ajoutant à la rigueur de la saison et à la disette croissante des vivres, arrêta la marche en avant des bandes conduites par le seigneur de Coucy et les décida à reprendre le chemin de l’Alsace (Trouillat,Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, Porrentruy, 1861, IV, 347, note 1; baron de Zurlauben,Hist. de l’Acad. des Inscriptions, XXV, 178-181). Le 25 décembre, une de ces bandes avait brûlé l’abbaye de Fontaine-André, située dans le canton actuel de Neuchâtel (Matile,Monuments, p. 1012). Le 2 septembre 1376, Jean de Vienne, évêque de Bâle, cousin de l’amiral Jean de Vienne, l’un des chefs des bandes dévastatrices, fit don de 200 florins d’or à Jacques de Tavannes, écuyer, pour le récompenser des services que le dit écuyer avait rendus à l’église de Bâle, «especialment en defendre et garder leaulment nostre ville du Byenne, adonc et quant les Compaignes, gens et servans du seignour de Couci, furent en Arguel et en la terre ai conte de Nydowe, contre les dictes Compaignes.» (Trouillat,Monuments de Bâle, IV, 366).[392]Ferrette ou Pfirt, ancien département du Haut-Rhin, arr. Altkirch, à 18 kil. au sud-est de cette ville. Le comté de Ferrette, qui comprenait les seigneuries d’Altkirch, de Thann, de Delle, de Rougemont et de Belfort, séparé au commencement du douzième siècle de celui de Montbéliard, passé en 1319 dans la maison d’Autriche, ne fut réuni à la France que par le traité de Westphalie en 1648.[393]L’acte par lequel Enguerrand VII, seigneur de Coucy, fit la paix avec son cousin Léopold II, duc d’Autriche, est daté de Wattwiller (anc. dép. du Haut-Rhin, à 5 kil. au N. E. de Thann), le 13 janvier 1376. L’endroit même où fut dressé cet acte diplomatique prouve que, suivant la version de Froissart, les Compagnies et leur chef, après avoir poussé des pointes jusqu’aux environs de Bienne, de Nydau, de Neuchâtel et de Berne, avaient été forcées, vers la fin de décembre 1375, de rétrograder en Alsace. Pour arriver à un arrangement, Albert III et Léopold II, ducs d’Autriche, cédèrent au seigneur de Coucy, non pas le comté de Ferrette, dont l’offre aurait été repoussée, s’il en faut croire notre chroniqueur, mais un autre comté situé un peu plus au sud, celui de Nydau, qui comprenait la ville de Buren, et dont le seigneur de Coucy resta en possession pendant douze ans. Léopold II se réserva seulement le titre de protecteur des deux villes de Nydau et de Buren et le conserva jusqu’à sa mort sur le champ de bataille de Sempach, le 9 juillet 1386.[394]Comme nous l’avons fait remarquer dans une des notes précédentes, Pâques tomba en 1376 le 13 avril.[395]Dès la seconde quinzaine de janvier 1376, les Compagnies commencèrent à refluer en France. Vers la fin de ce mois, des bandes bretonnes se répandirent de nouveau dans le duché de Bar; le 24, un détachement de ces routiers occupait les faubourgs de Lamarche, en Bassigny. Au commencement de février, d’autres détachements envahirent le Barrois, s’avancèrent jusqu’à Saint-Mihiel, se cantonnèrent pendant plusieurs jours aux environs de cette forteresse, puis se dirigèrent vers le comté de Réthel, en menaçant la Champagne septentrionale et en particulier les comtés de Soissons, de Marle, ainsi que la baronnie de Coucy (Servais,Annales historiques du Barrois, I, 311). A la fin de février et dans les premiers jours de mars 1376, Charles V fit faire à Reims un grand rassemblement de troupes pour repousser ces bandes et leur donner la chasse. Parmi les hommes d’armes qui prirent part à cette nouvelle campagne contre les Compagnies figurent Enguerrand, seigneur de Coucy, naguères le chef de ces mêmes bandes (Bibl. Nat., collect. Clairambault, reg. 35, p. 2619), Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes (Ibid., reg. 17, p. 1181), Philibert, seigneur de Beaufremont (Ibid., reg. 11, p. 649), Oger d’Anglure (Ibid., reg. 5, p. 185), Gilles de Boqueaux (Ibid., reg. 18, p. 1), Jean de Fauconnière (Ibid., reg. 46, p. 3419 et reg. 49, p. 3713), Lionnel d’Airaines (Ibid., reg. 5, p. 239), enfin Robert de Béthune, vicomte de Meaux, Jean, seigneur de Roye, Jean, seigneur de Hangest (Voy. plus haut, p.CXXXIV, notes382,384,386). Ces trois derniers chevaliers étaient ainsi appelés à combattre leurs compagnons d’armes de la veille, puisqu’ils avaient fait partie, s’il faut en croire Froissart, aussi bien qu’Enguerrand VII lui-même, de l’expédition contre Léopold II, duc d’Autriche. Louis de Sancerre, maréchal de France, partagea avec Enguerrand VII et Guillaume des Bordes le commandement des troupes ainsi rassemblées «en la poursuite de certaines routes de gens d’armes qui par maniere de Compaignes sont venuz de nouvel des parties d’Alemaigne» (Bibl. Nat., Clairambault, reg. 5, p. 239).[396]Monté sur le trône d’Angleterre le 25 janvier 1327, Édouard III célébra le cinquantième anniversaire de son avènement au commencement de 1377.[397]Cette date est parfaitement exacte. Édouard, prince de Galles, mourut au palais de Westminster le 8 juin 1376, jour de la fête de la Sainte Trinité. Thomas Walsingham fait un pompeux éloge de ce prince qu’il compare à Hector (Historia anglicana, p. 321).[398]Le héraut Chandos a rapporté textuellement à la fin de saChronique rimée du Prince Noirl’épitaphe, composée de 28 vers français octosyllabiques, qu’on lit encore aujourd’hui sur le tombeau du Prince dans la cathédrale de Canterbury. Cf.The black prince, éd. Francisque Michel, London et Paris, 1883, p. 291, 292, vers 4277 à 4304.[399]Geoffroi Chaucer, le protégé de la favorite Alice Perers et l’ami de Froissart, valet pensionnaire du roi d’Angleterre en 1367 (Rymer, III, 829), écuyer de ce même roi qui le charge de négociations auprès du doge de Gênes en 1372 (Ibid., 964, 966), contrôleur de la coutume des laines, des cuirs et des peaux au port de Londres et gratifié d’un pichet de vin à prendre tous les jours au dit port en 1374 (Ibid., 1001, 1004), Chaucer ne figure dans aucune des députations officielles de 1376 et de 1377; mais il n’en saurait être autrement, puisque les négociations, auxquelles le malicieux observateur des mœurs anglaises de la fin du quatorzième siècle fut mêlé, devaient rester secrètes et n’ont point laissé sans doute d’autres traces écrites que des articles de comptabilité. Nous apprenons précisément par un de ces articles qu’un payement fut fait, le 17 février 1377, à Geoffroi Chaucer qu’Édouard III avait chargé d’une mission en Flandre: «Galfrido Chaucer, armigero regis, misso in nuncium in secretis negotiis domini regis versus partes Flandriæ.»[400]Le 26 janvier 1377, Édouard III, se trouvant malade à Haveryng, chargea son très cher petit-fils Richard, dit Richard de Bordeaux à cause du lieu de sa naissance, prince de Galles, duc de Cornouaille, comte de Chester, d’ouvrir en personne la session du Parlement (Rymer, III, 1070).[401]Par acte daté du palais de Westminster le 26 avril 1377, Édouard III donna pleins pouvoirs pour traiter avec les ambassadeurs du roi de France à Adam, évêque de Saint-David, son chancelier, à Jean, évêque de Hereford, à William de Montagu, comte de Salisbury, à Robert de Asheton son chambellan, à Guichard d’Angle, chevalier banneret, à Aubry de Weer, à Hugh de Segrave, chevaliers, à maître Walter Skirlawe, doyen de Saint-Martin le Grand de Londres et à maître Jean de Shepey, docteur en lois (Rymer, III, 1076). Un autre acte du 20 février précédent avait déjà investi des mêmes pouvoirs Jean, évêque de Hereford, Jean, seigneur de Cobham, de Kent, Jean de Montagu, chevaliers bannerets, et maître Jean Shepey, docteur en lois (Ibid., 1073).[402]«Et envoia assez tost après le roy de France ses messages à Bouloigne pour traictier, et les messages d’Angleterre furent à Calais, et furent les dites trièves proroguées de terme en terme jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste ensuivant qui fu mil trois cens septante sept dessus dit. Et aloient les deux arcevesques (les archevêques de Ravenne et de Rouen), messages du pape, de Bouloigne à Calais et de Calais à Bouloigne, en traictant entre les parties.» (Grandes Chroniques, VI, 347).[403]Le pape Grégoire XI partit d’Avignon le samedi 20 septembre 1376, laissant pour vicaires dans le Comtat les cardinaux de Sainte-Sabine et de Saint-Vital. Il se rendit à Marseille où il s’embarqua le jeudi 2 octobre. Débarqué à Corvetto le vendredi 5 décembre, il en partit le 16 du mois suivant, arriva le même jour à Ostie et fit son entrée à Rome le samedi 17 janvier 1377, jour de la fête Saint-Antoine (Thalamus parvus, p. 395). Le rédacteur de la chronique romane de Montpellier, d’après laquelle nous venons de résumer les principaux incidents du retour de Grégoire XI dans les États romains, a noté avec soin cette coïncidence de l’entrée du pape à Rome avec la fête de Saint-Antoine, parce que ce saint passait au moyen âge et passe encore aujourd’hui, du moins dans l’opinion de quelques dévots, pour faire retrouver les objets perdus.[404]Froissart n’a pu écrire cette phrase et n’a rédigé sans doute la fin de son premier livre, où on la trouve, que plusieurs années après 1377, au moment des premiers grands troubles occasionnés par le schisme d’Avignon.[405]Le 20 janvier 1377 (n. st.), Charles V avait chargé Richard Frogier de se rendre du port de Harfleur en Castille, où le dit Frogier avait mission de remettre à leurs destinataires trois paires de lettres closes, les unes adressées au roi d’Espagne, les autres à l’évêque de Léon, les troisièmes enfin à D. Pierre de Valesque (D. Pero Ferrandez de Velasco), grand chambellan de Castille. Étienne du Moustier, huissier d’armes du roi, vice-amiral de la mer, fit payer une somme de 70 francs à cet envoyé du roi (Bibl. Nat., Quittances, XXII, no1847).[406]Dès la première quinzaine de mars 1377, le Conseil du roi d’Angleterre avait prescrit des mesures pour la mise en état de défense de l’île de Wight (Rymer, III, 1073) et de la principauté de Galles (Ibid., 1075). Le 16 de ce mois, il fut enjoint à tous les vicomtes des régions maritimes du royaume d’obliger tous les possesseurs de fiefs situés sur le rivage de la mer à résider en armes sur ces fiefs à la tête de tous leurs gens et de leurs vassaux également armés, afin d’être prêts à repousser les Français qui faisaient alors des rassemblements formidables d’hommes, de munitions et de vaisseaux pour opérer à bref délai des descentes en Angleterre, pour anéantir et extirper la race anglaise tout entière: «regnum nostrum et totam linguam anglicanam destruere et delere» (Ibid.). Le 14 mai, on adressa la même injonction aux abbés, aux prieurs, aux châtelains des environs de Darmouth et de Plymouth auxquels on prescrivit de se tenir sur leurs gardes et que l’on somma de se préparer à la résistance (Ibid., 1078). Le 30 de ce même mois, quelques semaines avant la mort d’Édouard III, on prit toutes les dispositions pour mettre l’île de Wight, que l’on supposait particulièrement menacée, à l’abri d’un coup de main (Ibid., 1079).[407]Froissart et le rédacteur desGrandes Chroniques(VI, 348) fixent par erreur la mort d’Édouard III à la veille de la Saint-Jean, c’est-à-dire au mardi 23 juin 1377. En réalité, ce prince rendit le dernier soupir au manoir de Sheen le dimanche 21 juin, dans la soirée, comme on le voit par un article du compte de Richard de Beverley, gardien de la garderobe du roi d’Angleterre, où on lit ces mots: «a vigesimo quinto die novembris, anno regis Edwardi tertii, avi regis hujus Ricardi, quinquagesimo finiente....usque ad vigesimum primum diem junii proxime sequentem quo pie idem avus obiit» (Fragment de compte signalé par M. Joseph Stevenson et publié par M. Kervyn de Lettenhove dansŒuvres de Froissart, VIII, 423). C’est également la date donnée par Thomas Walsingham (Hist. anglicana, p. 329) et par un acte authentique dont Rymer a publié le texte (III, pars III et IV, p. 60).[408]Après une messe deRequiemcélébrée à l’église cathédrale de Saint-Paul de Londres, le 4 juillet, en présence de Simon Sudbury, archevêque de Canterbury, et d’Edmond, comte de Cambridge, les restes mortels d’Édouard III, embaumés par Robert Chaundeler, bourgeois de Londres, auquel on paya 21 livres pour cette opération, furent inhumés le lendemain 5 dans l’église abbatiale de Saint-Pierre de Westminster. Au-dessus du catafalque, le roi défunt était représenté en cire, de grandeur naturelle, avec un sceptre, un globe et un crucifix d’argent doré. Étienne Hadle, l’artiste qui avait façonné cette image, reçut 22 livres 4 sous 11 deniers pour son travail. Lorsque l’on transporta le cercueil de Sheen à Westminster, 1700 torches pour la confection desquelles on avait employé 7511 livres de cire et qui étaient portées par un égal nombre de pauvres mendiants vêtus de noir, 15 grands cierges et 12 mortiers allumés éclairaient sur tout le parcours la marche du cortège funèbre; et le jour de l’inhumation, trois cents grosses torches, du poids de 1800 livres, brûlèrent pendant toute la durée de la cérémonie autour du sarcophage, protégé par une espèce de grille en forme de herse qui avait coûté 59 livres 16 sous 8 deniers. En résumé, un devis dressé à Westminster le 28 juin 1377, fixa les frais des funérailles d’Édouard III à la somme, considérable pour le temps, de 1447 livres.[409]En 1377, la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui se célèbre le 29 juin, tomba un lundi. Par conséquent, d’après Froissart, la descente à Rye aurait eu lieu le dimanche 28 juin. D’après Thomas Walsingham (Ypodigma Neustriæ, ed. Riley, London, 1876, p. 327) et d’après la chronique du religieux de Saint-Albans (Chronicon Angliæ(1328-1388), ed. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 151), cette descente des Français se fit le jour même de la fête Saint-Pierre et Saint-Paul, c’est-à-dire le lundi 29 juin, au point du jour, «in festo apostolorum Petri et Pauli, in aurora». La flotte française se composait, d’après le religieux de Saint-Albans, de 50 navires grands et petits montés par 5000 hommes. Ce religieux flétrit la lâcheté des paysans des environs de Rye qui s’étaient enfermés dans cette ville avec leurs biens meubles et qui, malgré l’intérêt personnel qu’ils y avaient, ne surent défendre contre l’attaque de l’ennemi ni la place où ils s’étaient réfugiés ni les richesses entassées derrière ses remparts. Comme la trêve avec l’Angleterre expira le 24 juin 1377, la flotte française ancrée à Harfleur dut mettre à la voile et cingler vers les côtes d’Angleterre ce jour-là même. Composée selon toute apparence d’une cinquantaine de galées, 35 appartenant au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 347), 8 au roi de Castille et 5 au roi de Portugal, cette flotte était commandée par les deux amiraux de France et de Castille, Jean de Vienne et D. Ferrand Sanchez de Tomar, ayant sous leurs ordres le Génois Renier Grimaldi et un certain nombre d’hommes d’armes picards et normands, tels que Colard, seigneur de Torcy (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Longueville), Jean, seigneur de la Ferté (la Ferté-Fresnel, Orne, arr. Argentan), maréchal de Normandie, Guillaume dit le Châtelain de Beauvais, Guillaume et Jean le Bigot; il y faut joindre un chevalier du comté de Bourgogne, compatriote et compagnon d’armes habituel de Jean de Vienne, Jean de Rye (Jura, arr. Dôle, c. Chaumergy), dont un érudit contemporain, originaire lui aussi de Franche-Comté, M. le marquis Terrier de Loray, a défiguré le nom en l’appelant Jean de Roye (Jean de Vienne, amiral de France, Paris, 1878, p. 105). Après la prise de Rye par les Français, une altercation très violente surgit entre l’amiral Jean de Vienne, qui donna l’ordre de mettre le feu à cette place, et le seigneur de Torcy, qui aurait voulu que l’on essayât de s’y maintenir et d’y tenir garnison pour le roi de France (Chronique des quatre premiers Valois, p. 263). Les pièces relatives à l’armement de la flotte qui fit campagne en juillet 1377 ont été publiées par M. de Loray (Jean de Vienne, p.XXIIàXXXI).[410]Rye est une petite ville, non du comté d’Essex vers les marches du comté de Kent, comme on le lit dans Froissart, mais du comté de Sussex, l’un des Cinq Ports, à 13 kil. au N.-E. de Winchelsea, à l’embouchure d’une petite rivière appelée la Rother. La plupart des habitants de Rye sont, de nos jours comme au temps de Froissart, des mariniers qui se livrent surtout à la pêche du hareng.[411]Le couronnement de Richard II à Westminster n’eut pas lieu le 8, comme le dit Froissart, mais le jeudi 16 juillet. Thomas Walsingham a raconté avec le plus grand détail le cérémonial qui fut déployé à cette occasion (Historia anglicana, p. 332 à 338).[412]Thomas de Woodstock, sixième fils d’Édouard III et de Philippa de Hainaut; il devint plus tard duc de Gloucester. En 1377, il était après Jean de Gand, duc de Lancastre, et Edmond, comte de Cambridge, plus tard duc d’York, le troisième par ordre de primogéniture des oncles survivants de Richard II. Celui-ci assigna en outre au plus jeune de ses oncles une rente annuelle de mille marcs sur le trésor royal. Jean, duc de Lancastre, avait le titre de sénéchal, Thomas, comte de Buckingham, celui de connétable, Henri Percy, comte de Northumberland, celui de maréchal d’Angleterre. Thomas avait été institué connétable le 22 juin le lendemain même de la mort d’Édouard III.[413]Fils de Thomas Holand et de Jeanne de Kent, Thomas Holand était le frère utérin de Richard II, parce que sa mère, après la mort de son premier mari, avait épousé en secondes noces Édouard, prince de Galles, dont elle avait eu Richard, dit de Bordeaux.[414]Par acte daté de Westminster le 30 juin 1377, le jeune roi Richard II, informé que la flotte ennemie avait pris la mer, chargea spécialement son très cher oncle Edmond, comte de Cambridge, connétable du château royal de Douvres, Guillaume Latymer, Jean de Cobham de Kent, Jean de Clynton et Étienne de Valence de mettre dans le meilleur état possible de défense les côtes du comté de Kent (Rymer, éd. de 1740, t. III, parsIIIetIV, p. 61).[415]Par un autre acte daté de Westminster le 2 juillet 1377, Richard II, ayant reçu la nouvelle que ses ennemis de France avaient déjà opéré des descentes à main armée sur certains points des côtes de son royaume, confia à son amé et féal Guillaume, comte de Salisbury, le soin de mettre en état de défense, par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, les rivages des comtés de Southampton et de Dorset (Ibid., p. 62). Des mesures spéciales furent prises pour empêcher la flotte ennemie de remonter le cours de la Tamise; d’où l’on peut conclure qu’à la date du 7 juillet, où ces mesures furent prescrites, on craignit un instant quelque tentative des Français contre la ville de Londres.[416]Port du comté de Dorset, situé sur une baie de la Manche, à 32 kil. à l’est de Dorchester et à 60 kil. au S.-O. de Winchester.[417]Froissart confond ici, selon son habitude, deux campagnes navales tout à fait distinctes, quoique les mêmes navires, placés sous la direction du même chef, l’amiral Jean de Vienne, y aient pris part. La première campagne, commencée le 24 juin, signalée par la prise de Rye, de Rottingdean, de Lewes, par le sac de Folkestone, de Portsmouth, de Darmouth et de Plymouth, se termina au commencement du mois d’août suivant. Débarqué à Harfleur, l’amiral Jean de Vienne, dont une quittance en date du 8 août 1377 atteste la présence à Paris à cette date (Jean de Vienne; pièces justificatives, p.XXVIII), ne dut reprendre la mer que vers le milieu de ce mois; et ce fut alors seulement qu’il opéra une descente dans l’île de Wight. Cette descente, suivie de l’occupation de cette île presque tout entière, sauf le château de Carelsbrook défendu par Hugh Tyrel, eut lieu le 21 août 1377: «Galli eodem anno(1377),vicesimo primo die mensis augusti, insulam, ut ita dicam, incapiabilem, de Wyght, capiunt, minus virtute quam astu.» (Thoma Walsingham,Historia anglicana, p. 340, 341.)[418]Port situé dans l’île de Portsey et dépendant du Hampshire. Après la prise de Rye le 28 juin, Froissart aurait dû mentionner l’occupation de Rottingdean, à l’ouest de Winchelsea, le combat de Lewes, qui se livra dans les premiers jours de juillet, le sac de Folkestone fixé par un chroniqueur contemporain au 20 de ce mois. Les opérations contre Portsmouth, Darmouth et Plymouth sont certainement postérieures à ces faits et notamment au combat de Lewes, que notre chroniqueur raconte presque en dernier lieu, quoiqu’il ait suivi immédiatement la prise de Rye et précédé, au moins d’une vingtaine de jours, les démonstrations de la flotte française contre les ports du Hampshire et du Devonshire (Terrier de Loray,Jean de Vienne, amiral de France, p. 108, 109).[419]Lewes, petite ville du comté de Sussex, n’est pas sur le bord de la mer, mais sur la rivière d’Ouse, à l’embouchure de laquelle se trouve New Haven, qui sert de port à Lewes.[420]Thomas Walsingham cite également ces deux chevaliers comme ayant été faits prisonniers avec le prieur de Lewes à la défense de cette place: «Eodem anno(1377),Gallici intraverunt ad villam de Rottyngdene prope villam de Lewes, ubi obviavit eis prior de Lewes cum parva manu, et superveniente copia Gallorum captus est ductusque ad naves eorum cum duobus militibus qui sibi adhæserunt, videlicet domino Johanne de Fallesley et domino Thoma Cheyne et uno armigero cujus nomen erat Johannes Brokas.» (Historia anglicana, p. 342.)[421]Si les vainqueurs de Lewes furent informés pour la première fois de la mort d’Édouard III par les prisonniers faits dans cette rencontre, il en faut conclure que Froissart s’est trompé en plaçant cette affaire à la fin de la campagne de l’amiral de France. Comme cette mort avait eu lieu le 21 juin, les compagnons d’armes de Jean de Vienne, faisant tous les jours des descentes en terre anglaise à partir du 13 de ce mois, n’ont pas dû rester dans l’ignorance d’un événement aussi considérable plus tard que le commencement de juillet, et telle est en effet la date qu’il nous paraît vraisemblable d’attribuer au combat de Lewes. D’ailleurs, comme l’a fait justement remarquer M. Terrier de Loray, le chroniqueur Cabaret d’Orville dit que ce combat fut livré immédiatement après la prise de Rye, et le voisinage de ces deux localités s’ajoute aux autres considérations pour donner beaucoup de vraisemblance à cette assertion.[422]Cette démonstration contre Douvres termina la seconde campagne navale de Jean de Vienne, celle qui, commencée vers le milieu du mois d’août, signalée par l’occupation et la dévastation de l’île de Wight, l’attaque de Southampton et de Winchelsea, l’incendie de Poole, se termina devant Calais le 10 septembre environ. Par acte daté de Westminster le 4 de ce mois, Richard II demanda des prières publiques à Simon, archevêque de Canterbury, en faveur de son royaume envahi sur plusieurs points par les Français, «qualiter inimici nostri Franciæ et alii quamplures nos et regnum nostrum Angliæ, in primordiis regiminis nostri, pluribus locis sæpius invaserunt.» (Rymer, III, parsIIIetIV, p. 69.)[423]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 259), Jean de Grailly, captal de Buch, mourut à Paris, au château du Louvre, vers le mois de septembre 1376.[424]Jean, seigneur de Gommegnies, avait été institué capitaine d’Ardres en vertu d’une «endenture» intervenue et signée à Calais le 1erdécembre 1369 entre Jean, duc de Lancastre, sénéchal d’Angleterre, alors lieutenant en ces parties de France, et le dit seigneur de Gommegnies. Il avait sous ses ordres une garnison composée de 100 hommes d’armes et de 200 archers. Ces 100 hommes d’armes se décomposaient en 1 chevalier à bannière qui était le capitaine, 10 chevaliers bacheliers et 89 écuyers (Rymer, III, 882). La solde de cette garnison était payée avec beaucoup d’irrégularité, surtout pendant les dernières années du règne d’Édouard III. Un mandement de Charles V, en date du 17 juin 1375, nous révèle à ce sujet un fait curieux; il y est fait injonction aux habitants de Soissons, de Saint-Quentin, de Chauny et de Nesle de contribuer pour leur quote-part à la rançon d’un nommé Henri de la Voulte, l’un des deux bourgeois envoyés en Angleterre par la ville de Compiègne comme otages du traité de Brétigny. Or, cette rançon, fixée à 800 francs d’or, était exigée sous peine de mort par le seigneur de Gommegnies, capitaine d’Ardres, auquel le roi d’Angleterre avait livré, à défaut d’espèces sonnantes, Henri de la Voulte, pour en faire argent (Delisle,Mandements de Charles V, p. 588, 589, no1135).[425]Le duc de Bourgogne se trouvait à Troyes le lundi 24 août 1377, occupé sans doute, comme le dit Froissart, à faire ses préparatifs et à rassembler ses forces. Le 9 septembre suivant, un acte de la duchesse daté de Dijon (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, III, Preuves, p.XLV) établit que Philippe le Hardi était à cette date absent de son duché (Ibid., Preuves, p.XLI). Mais, dès le 26 du même mois, le duc, déjà de retour de son expédition en Artois et dans le Boulonnais, fit son entrée à Auxerre, où la ville lui présenta, à titre d’offrande et de bienvenue, une queue de vin (Lebeuf,Hist. d’Auxerre, éd. Challe, III, 263). Dom Plancher a publié la liste des chevaliers et écuyers, la plupart bourguignons, qui prirent part à l’expédition de Philippe le Hardi dans le Boulonnais et le Calaisis pendant les trois premières semaines de septembre 1377, en rapportant par erreur cette expédition au mois d’août précédent (Hist. de Bourgogne, III, 564, noteIX). Voici les principaux noms qui figurent sur cette liste: «Thibaud de Neufchastel, chevalier banneret, avec un chevalier bachelier et dix escuyers. Regnaud de Trie. Charles de Chambly. Raoul de Chennevieres. Lancelot de Loris. Robin de Maule. Guyot de la Tour. Jean de Seignelay. Guillaume de Vonecq. Jehan de Conflans. Simonet des Exceps. Jehan Angenault de l’Isle. Michaut des Potests. Guillaume Guenaut. Pierre de Voiserie. Jehan de Crux. Jehan de Tintrey. Breton de la Bretonniere. Jehan de Musigny. Thevenin Durée. Le bastart de Chappes. Henri Petitjehan. Guyot de Chambly. Aymart de Marcilly. Bertrand Guay. Auson de Centens. Mahiet de Pommalin. Guillaume le Gras. Erard, seigneur de Crux. Mahiet de Montmorency. Jehan de Digoinne. Jehan de Beaumont. Macé de la Roche. Jehan de Chennevieres. Thomas de Voudenay. Thomas Perlesdits. Jehan de Saint Omer. Perrenot de Rouvres. Tous chevaliers et escuyers.»[426]Les arbalétriers qui tenaient garnison pour le roi de France à Honfleur, à Harfleur et à Montivilliers prirent part à cette chevauchée du duc de Bourgogne, dont le résultat fut la reddition d’Ardres, d’Audruicq et de quelques autres petites places occupées par les Anglais aux environs de Calais. Par acte daté de Paris le 23 septembre 1377, Charles V fit indemniser les conducteurs de dix voitures, attelées chacune de deux chevaux, qui avaient transporté devant Ardres et Audruicq les armures, arbalètes, harnois et autres habillements de guerre des dits arbalétriers (Delisle,Mandements de Charles V, p. 738, 739, no1460).[427]Les compagnons de la garnison anglaise d’Ardres comptaient aussi dans leurs rangs quelques Français. Au mois de février 1376, Charles V octroya des lettres de rémission à un pauvre valet nommé Hennequin Brice, dit le Barbier, originaire de Houlle (Pas-de-Calais, arr. et c. Saint-Omer), âgé de 18 ans, qui avait demeuré pendant trois ou quatre ans au service des Anglais d’Ardres (Arch. Nat., JJ 108, no164, fo99).[428]La forteresse d’Ardres se rendit à Philippe, duc de Bourgogne, le 7 septembre 1377, après trois jours de siège (Grandes Chroniques, VI, 356). Par acte daté de Melun le 22 septembre 1377, Charles V fit mettre une somme de 500 francs à la disposition de son amé et féal chevalier et chambellan Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes, institué capitaine d’Ardres, «pour mettre et convertir en certaines reparacions neccessaires en la forteresce d’Ardres, laquelle forteresce a esté rendue nouvellement à nostre obeissance.» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 737, no1457.)[429]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres.[430]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer. Le château d’Audruicq ne fut pas emporté de vive force; la garnison anglaise qui occupait ce château ne consentit à l’évacuer que moyennant le payement d’une somme assez considérable. Le 22 septembre 1377, Charles V, qui se trouvait alors à Melun, ordonna d’allouer sur les comptes de François Chanteprime une somme de 2000 francs d’or, qu’il avait fait «baillier et delivrer à nos ennemis qui n’a gaires tenoient le chastel d’Audruic es parties de Picardie.» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 737, no1456.)[431]Si Robert de Béthune, vicomte de Meaux, et Jean, seigneur de Sempy, furent placés à la tête de la garnison d’Ardres, ce ne put être que sous le commandement supérieur de Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes, institué le 22 septembre 1377 capitaine de cette place. Voy. plus haut, p.CLII,note 428.[432]Charles V fit réparer la plupart des forteresses de cette région et notamment celle du Crotoy, comme on le voit par des lettres de rémission octroyées en octobre 1377 aux maçons employés «es euvres de nostre chastel de Crotoy sur la mer» (Arch. Nat., JJ 111, no236).[433]Le Janequin, dit Clerc, mentionné dans ce passage de Froissart, doit sans doute être identifié avec Jean Clerk, de Southampton, qui fut chargé à diverses reprises par Édouard III de missions plus ou moins importantes (Rymer, III, 666, 765, 809, 848, 849, 891).[434]Froissart fait ici une allusion vague et tout à fait sommaire à une campagne dans le Bordelais, dont une chronique locale, celle de Bazas, mentionne en ces termes quelques-uns des principaux incidents: «Thomas de Hitton, Angliæ regis vicem gerens, congreditur cum Francis prope Regulam. Franci ubi Anglis Castillionem eripuere, contendunt Salvam Terram quam triduo expugnant, dein adoriuntur Beatæ Basiliæ fanum, inde Montem Securum ac demum Cauderotum.» (Arch. hist. de la Gironde, XV, 48.)[435]Guillaume Larchevêque.[436]Louis de Harcourt.[437]Miles de Thouars, père de Regnault de Thouars.[438]Gui IV, seigneur d’Argenton, frère d’Aimeri d’Argenton.[439]Robert, seigneur d’Aubeterre.[440]Nieul, sans doute Nieul-sur-l’Autize, Vendée, arr. Fontenay-le-Comte.[441]La copie fort mauvaise d’après laquelle nous publions le texte de la convention de Surgères porte ici «XXVIII»; mais cette leçon est évidemment fautive. Outre que les premières lignes du vidimus indiquent la date du 18 septembre, le contexte et en particulier ces mots:Donné davant ou devant Surgièresne permettent pas d’admettre une autre date, puisque les Français ne se tinrent devant cette place que du jeudi 16 au dimanche 19 septembre, jour où Surgères se rendit aux assiégeants (Ernest Petit,Itinéraires de Philippe le Hardi, Paris, Imprimerie Nationale, p. 86).Les Itinérairesque nous venons de citer fournissent les trois mentions suivantes relatives à l’exécution de la convention de Surgères: «Mardi 30 novembre. Monseigneur (le duc de Bourgogne) disne aux champs devant Thouars, soupe et giste à Monstereuil Bellay, et y furent le duc de Loraine, le conte du Perche et plusieurs chevaliers et escuiers.—Mercredi 1erdécembre. Furent aux champs devant Thouars mon dit seigneur, le duc de Loraine, le conte de la Marche, le viconte de Rauhen, et plusieurs autres seigneurs, chevaliers et escuiers.—Jeudi 2 décembre. Mon dit seigneur tout le jour à Saumur, et ce jour mangèrent deux cens personnes en sale, et sept vint et quatorze dehors.» (Ibid., p. 89.) Cf. p.LII,en note,LIVetLV.

[357]C’est par erreur que Froissart et aussi Jean de Noyal (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 275) font honneur à Bertrand du Guesclin de l’expulsion des Anglais du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Cette erreur était déjà accréditée en basse Normandie au commencement duXVesiècle, comme on le voit par une enquête faite à Valognes en 1423 (Ibid., p. 340).

[358]Trois habiles ingénieurs, Gérard de Figeac, Nicole de Billy et Bernard de Montferrat, servant sous le vice-amiral Jean de Vienne, le premier aux gages de 15 francs, les deux autres aux gages de 12 francs par mois, fabriquèrent pour le siège de Saint-Sauveur des canons plus puissants que ceux dont on s’était servi jusqu’alors. Un engin, dit le gros canon de Saint-Lô, parce que Girard de Figeac l’avait fait forger dans cette ville, lançait des pierres pesant cent livres (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 237, 238, 241). Un autre grand canon de fer, fabriqué dans la halle de Caen du 20 mars au 3 mai 1375 par quatre maîtres de forge travaillant sous la direction de Bernard de Montferrat, nécessita l’emploi de 885 livres de fer d’Auge, de 1200 livres de fer d’Espagne et de 200 livres d’acier (Ibid., p. 186 à 190). Ces batteries de canons, établies sur le mont de la Place à Rauville (Manche, arr. Valognes, c. Saint-Sauveur), un peu à l’est du château de Saint-Sauveur, et aussi dans l’enceinte de l’abbaye que les assiégeants avaient convertie en bastille, firent pleuvoir sur le château, principalement du 10 au 21 mai 1375, date de la capitulation, une pluie de grosses pierres taillées en forme de boulets.

[359]Par acte daté du palais de Westminster le 24 novembre 1374, Édouard III institua Edmond, comte de Cambridge, et Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemond, ses lieutenants spéciaux et capitaines généraux dans le duché de Bretagne (Rymer, III, 1018, 1019). Les 16 et 24 décembre suivants, le roi d’Angleterre enjoignit à Hugh Tyrel, capitaine du château d’Auray, à Jean Devereux, capitaine du château de Brest, de recevoir en toute obéissance les ordres du duc de Bretagne et du comte de Cambridge, qui sont «ja à aler en Bretaigne», et de leur livrer les dits châteaux à leur premier commandement (Ibid., 1019, 1020).

[360]A la fin de son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373, Froissart avait déjà mentionné par avance le décès d’Édouard Spencer, l’un de ses protecteurs, qui mourut en novembre 1375 (Voy. plus haut, p.CIII,note 311).

[361]Des détails aussi précis et aussi minutieux doivent émaner de quelqu’un qui se trouvait, à ce moment du siège, dans l’intérieur de la place. Il y a lieu par conséquent de supposer que Froissart a raconté le siège de Saint-Sauveur d’après la version de l’un des hommes d’armes anglais qui avaient concouru à la défense. Si l’on admet cette supposition, on s’explique plus aisément l’erreur assez grave que le chroniqueur de Valenciennes a commise en plaçant Bertrand du Guesclin à la tête des assiégeants. Ceux-ci avaient intérêt à annoncer soit la présence, soit la prochaine arrivée de Bertrand, à cause de la terreur que le nom seul du connétable de France inspirait à ses adversaires; mais on n’a pu ajouter foi à ce faux bruit que dans les rangs des assiégés.

[362]Pendant les derniers mois du siège de Saint-Sauveur, c’est-à-dire au printemps de 1375, Bertrand du Guesclin ne guerroyait point en basse Normandie, mais en Saintonge. Il assiégeait alors Cognac, qui se rendit le 1erjuin (Grandes Chroniques de France, VI, 346).

[363]Le traité de capitulation fut conclu le 21 mai 1375. Par ce traité Thomas Catterton, écuyer, capitaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, s’engageait à rendre cette place le 3 juillet suivant, si le roi d’Angleterre ne parvenait point dans l’intervalle à envoyer à la garnison des renforts suffisants pour obliger les Français à lever le siège, moyennant toutefois une somme de 40 000 francs d’or dont le payement lui fut solennellement garanti par Jean de Vienne, amiral de France, lieutenant du roi de France en Normandie, Milon de Dormans, qui venait d’être transféré du siège de Bayeux à celui de Beauvais, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Guillaume Paynel, sire de Hambye, Guillaume du Fayel, dit le Bègue, Robert, seigneur de Pirou, Jean dit le Sénéchal d’Eu, Guillaume de Villiers, seigneur du Hommet, Jean de Blaisy, Jean le bâtard de Vernay, Raoul Tesson, Guillaume, seigneur de Magneville, Henri, seigneur de Colombières, Pierre Bardoul et Gui de Châtillon. Outre les 40 000 francs ainsi stipulés, il fut convenu que Thomas Catterton toucherait personnellement une somme de 12 000 francs, Thomas Trevet, une somme de 2000 francs et Hennequin Vallebreton, une somme de 1000 francs. Jean de Vienne dut promettre également de faire payer les rançons exigées de plusieurs hommes d’armes français, capturés par la garnison anglaise de Saint-Sauveur pendant le cours du siège. En retour, cette garnison livra huit otages en garantie de l’engagement qu’elle avait contracté de livrer la forteresse le 3 juillet. Ces huit otages étaient Thomas Trevet, Hochequin l’Inde, Jean de Burgh, Guillaume Maulevrier, Guillaume Chelleton, Janequin Noel, Willecoc Standon et Jean Hericié, que l’amiral Jean de Vienne interna, en les traitant avec les plus grands égards, dans les châteaux de Caen, de Falaise, de Rouen et de Vernon (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 198 à 200; Preuves, p. 242 à 248).

[364]Le 15 juin 1375, Charles V notifia aux maréchaux de France qu’afin d’être le plus fort à la journée de Saint-Sauveur, il avait fait faire semonce générale à toutes manières de gens d’armes et arbalétriers du royaume pour se rendre à la dite journée (La Roque,Hist. de Harcourt, IV, 1597). M. Léopold Delisle a publié en 1867, comme pièces justificatives à la suite de sonHistoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, un certain nombre d’articles de comptabilité où l’on trouve les noms de beaucoup des hommes d’armes qui se réunirent dans le Cotentin à la fin du mois de juin 1375, sous les ordres des deux maréchaux de France Mouton de Blainville et Louis de Sancerre ainsi que du premier chambellan Bureau de la Rivière (Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 257, 265 à 277). Les milices communales fournirent leurs contingents, et la ville de Châlons-sur-Marne, par exemple, envoya douze arbalétriers à la journée de Saint-Sauveur (Boutaric,Institutions militaires de la France, p. 220, note 2).

[365]A la fin de 1374 et au commencement de 1375, Jean Devereux était capitaine de Brest (Voy. plus haut, p.CXXI,note 359).

[366]Quimperlé, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du Finistère, est situé à une certaine distance de la mer. Ce qui explique jusqu’à un certain point l’expression d’île dont se sert Froissart, c’est que l’ancienne ville fortifiée de Quimperlé s’entassait sur une étroite langue de terre resserrée entre les deux rivières d’Ellé et d’Isole, à la pointe même où elles viennent confondre leurs eaux. Le périmètre de cette ancienne ville était seulement de six hectares formant un parallélogramme irrégulier dont chaque grande face avait pour fossé le lit de l’une de ces deux rivières.

[367]Cette trêve fut conclue à Bruges le 27 juin 1375 entre Jean, duc de Lancastre, qui s’intitule en outre roi de Castille et de Léon, traitant au nom d’Édouard III son père, et Philippe, duc de Bourgogne, investi des pleins pouvoirs de Charles V son frère; elle devait durer depuis le jour où elle avait été signée jusqu’au dernier jour de juin 1376. Jean de Montfort, duc de Bretagne, y fut compris avec cette réserve qu’il ne tiendrait sur pied que 200 hommes d’armes dans le duché pour la garde de ses villes. La trêve de Bruges stipulait: 1ola levée du siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte, les bastilles construites par les Français restant en l’état; 2ola remise de Cognac entre les mains du Saint-Père, qui rendrait cette place, à l’expiration de la trêve, à qui de droit; 3ola mise en liberté de Jean de Grailly, captal de Buch, fait prisonnier par les Français à Soubise, le 23 août 1372, de Roger de Beaufort et de Jean de la Roche, neveu du dit Roger, capturés par les Anglais à la prise de Limoges le 19 septembre 1370, lesquels prisonniers on promettait de délivrer sous caution pendant quatre mois afin de les mettre en mesure de payer leur rançon, à la condition toutefois qu’il leur serait interdit de pénétrer en Guyenne; 4ol’envoi à Bruges, le 15 septembre suivant, de personnes notables munies des pleins pouvoirs des deux rois de France et d’Angleterre pour traiter de la paix; 5ol’annulation du traité de capitulation intervenu le 21 mai précédent entre Jean de Vienne, amiral de France, et Thomas de Catterton, capitaine du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et la remise du dit château au roi de France, le 15 juin 1376, moyennant le payement de 40 000 francs; 6ole retour des négociateurs à Bruges, le 12 juin de l’année suivante, quinze jours avant l’expiration de la présente trêve (Rymer, vol. III, pars II, p. 1032 à 1034). Le duc de Bourgogne et les deux légats du pape étaient arrivés à Bruges dès la fin de mars 1375. Le dimanche 25 de ce mois, Philippe le Hardi donna dans cette ville un grand dîner diplomatique où il eut pour convives l’archevêque de Ravenne (Pileus de Prata), l’évêque de Carpentras (Guillaume de Lestrange), l’évêque d’Amiens (Jean de la Grange), Jean, comte de Saarbruck, Hue de Châtillon, maître des arbalétriers, messire Arnaud de Corbie, premier président du Parlement «et autres gens du roy estans à Bruges ainsi que plusieurs chevaliers, escuiers, bourghemaistres, officiers et bourgois de la dite ville» (Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé par M. Ernest Petit).

[368]Le 27 juin 1375, le jour même où la trêve de Bruges fut conclue et signée, Jean, duc de Lancastre, expédia une dépêche à Thomas de Catterton pour inviter le capitaine de Saint-Sauveur à publier dans le Cotentin les articles de cette trêve qui concernaient la forteresse assiégée par les troupes du roi de France (Ibid., 1034). Cette lettre arriva sans doute trop tard à destination, et c’est ainsi que la convention du 21 mai fut rigoureusement exécutée, quoiqu’elle eût été annulée par le traité du 27 juin. Le roi d’Angleterre protesta avec énergie et prétendit qu’on eût dû s’en tenir aux stipulations de la trêve de Bruges et les exécuter strictement. Le 2 août suivant, il donna pleins pouvoirs à Jean, évêque de Hereford, à Jean, sire de Cobham, à Henri Le Scrop, bannerets, à maître Jean Shepey, docteur en droit, pour poursuivre l’exécution de la clause de la trêve de Bruges relative à Saint-Sauveur (Ibid., 1059); ces protestations n’aboutirent à aucun résultat, et la convention du 21 mai 1375 eut son plein effet.

[369]Le 3 juillet 1375, la garnison anglaise évacua le château de Saint-Sauveur et s’achemina vers le havre de Carteret, où Thomas de Catterton devait s’embarquer avec ses compagnons pour rentrer en Angleterre (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur; Preuves, p. 185, 263, 264). On fit expédier des lettres de rémission aux Français mêlés à cette garnison. Le mécontentement fut très vif en Angleterre, où Guillaume de Latymer et Thomas de Catterton furentaccusésde trahison (Rotuli parliament., II, 325). Charles V récompensa dignement tous ceux de ses serviteurs qui avaient concouru à amener le recouvrement de cette importante forteresse. Il concéda en usufruit les revenus de la baronnie de Saint-Sauveur à Bureau de la Rivière (Ibid.; Preuves, p. 297). Le 15 juillet 1375, il autorisa Jean le Mercier, qui avait mené à bien la partie financière de l’opération, à accepter une somme de six mille francs qui lui était offerte en témoignage de reconnaissance par les habitants de la basse Normandie (Ibid.; Preuves, p. 277, 279). Milon de Dormans, le prélat guerrier et patriote, qui avait tenu garnison dans la bastille de Beuzeville, fut promu à l’évêché de Beauvais, qui lui conférait la dignité de pair de France et d’où sa famille tirait son origine. Huguenin du Bois, capitaine de Bricquebec, fut gratifié d’un don de 600 francs (Ibid.; Preuves, p. 219), et Henri de Colombières reçut 200 francs pour remettre en bon état de défense son château de la Haye-du-Puits (Ibid., p. 288, 289). Comme nous l’avons fait remarquer plus haut (Voy. p.CXIX,note 357), Froissart s’est trompé en rapportant à Du Guesclin l’honneur d’avoir mis le siège devant Saint-Sauveur-le-Vicomte et d’avoir obtenu la reddition de cette place; cet honneur appartient à Jean de Vienne. Au moment où l’on commença le blocus, le connétable de France guerroyait en Languedoc avec le duc d’Anjou, d’abord contre les Compagnies, ensuite contre la Réole et les forteresses anglo-gasconnes situées sur les confins de l’Agenais et du Bordelais. Nous ne retrouvons Bertrand en basse Normandie qu’à la fin de décembre 1374. Le 14 de ce mois, le connétable, qui s’intitule dès lors seigneur de Tinténiac, parce que la seigneurie de ce nom venait de lui être apportée en dot par sa seconde femme Jeanne de Laval, le connétable se trouvait à Pontorson, où il donna quittance de 100 livres tournois au receveur d’Avranches (Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). En supposant qu’il ait mis à profit son séjour en basse Normandie pour prendre une part quelconque aux opérations commencées dès lors contre Saint-Sauveur-le-Vicomte, il ne put faire devant le château ainsi assiégé qu’une simple apparition.

[370]Enguerrand VII, seigneur de Coucy, comte de Soissons, de Marle et de Bedford, était par Catherine sa mère, mariée à Enguerrand VI, le petit-fils de Léopold Ier, dit le Glorieux, troisième fils d’Albert de Habsbourg, duc d’Autriche de 1282 à 1308. Léopold Iermourut à Strasbourg le 28 février 1326. Catherine d’Autriche était, non la sœur germaine, mais la nièce de Frédéric Ierle Beau, duc d’Autriche de 1308 à 1330, d’Albert II le Sage, frère puîné et successeur de Frédéric le Beau, décédé le 23 juillet 1358; elle était par conséquent la cousine germaine de Rodolphe IV l’Ingénieux, de Frédéric II, d’Albert III et de Léopold II, fils et successeurs d’Albert II, dont le second, Frédéric II, fut tué à la chasse le 10 décembre 1362 et dont l’aîné, Rodolphe IV, mourut à Milan, à l’âge de 22 ans, le 27 juillet 1365.

[371]Le seigneur de Coucy ne revendiquait pas le duché d’Autriche, mais seulement des biens allodiaux situés dans l’Alsace, le Brisgau et l’Argovie, qu’il prétendait avoir été assignés en dot à sa mère. Albert III et Léopold II, contre lesquels Enguerrand VII prit les armes, possédèrent par indivis le duché d’Autriche jusqu’en 1379; à cette date, un partage définitif intervenu entre les deux frères assura l’Autriche tout entière et quelques villes de la Styrie à Albert III, tandis que la Carinthie et le surplus de la Styrie échurent à Léopold II, qui fut en outre mis en possession des biens de sa maison situés en Alsace, en Souabe et en Suisse (Art de vérifier les dates, III, 573, 574; II, 721, 722; P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542-545). Cf. l’Abrégé de la vie d’Enguerrand VII du nom, sire de Couci, avec un détail de son expédition en Alsace et en Suisse, par le baron de Zurlauben, dansHistoire de l’Académie des inscriptions, XXV, 168-186.

[372]Avant de mettre son épée au service du Saint-Siège, vers la fin de 1369, au moment où la lutte allait se rallumer entre Charles V et Édouard III, le seigneur de Coucy, gendre du roi d’Angleterre, auquel il répugnait de prendre parti, soit contre son suzerain, soit contre son beau-père, avait déjà cherché et trouvé une diversion en déclarant la guerre à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche, ses cousins. Nous possédons aux Archives, dans le fonds de Montbéliard, un acte daté du 10 novembre 1369, par lequel Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, s’oblige à payer une somme de 21 000 francs à Étienne, comte de Montbéliard et seigneur de Montfaucon, lequel a promis de l’aider dans la guerre qu’il a déclarée à Albert et à Léopold, ducs d’Autriche (Arch. Nat., K 1752, no15).

[373]Aisne, arr. Laon, c. la Fère. La seigneurie de Nouvion, récemment achetée par Jean le Mercier, avoisinait les possessions du seigneur de Coucy.

[374]En 1365, Enguerrand VII avait épousé Isabelle d’Angleterre, fille d’Édouard III et de Philippa de Hainaut, et l’année suivante il avait été créé comte de Bedford à l’occasion de ce mariage.

[375]En disant qu’Enguerrand VII voulait emmener les Compagnies en Autriche, Froissart commet une erreur que la plupart des historiens de ce siècle ont reproduite, quoiqu’elle ait été solidement réfutée dès 1759 par le baron de Zurlauben (Hist. de l’Acad. des inscriptions, XXV, 174). L’objectif de l’expédition était, non le duché d’Autriche, mais l’Alsace et les cantons suisses de Brisgau, d’Argovie et de Thurgovie, c’est-à-dire les pays où se trouvaient les biens allodiaux revendiqués par le seigneur de Coucy.

[376]Ces routiers, désignés souvent sous la qualification de «Bretons», sans doute parce que beaucoup d’entre eux étaient originaires de la province de Bretagne, occupaient surtout le comtat d’Avignon, le Lyonnais, le Forez et le comté de Bourgogne, du moins pendant la première moitié de 1375, à la veille de l’expédition dont le seigneur de Coucy prit le commandement. Plusieurs de ces aventuriers, après avoir été l’année précédente à la solde du duc d’Anjou, s’étaient ensuite laissé enrôler au service du Saint-Siège, et l’on remarquait parmi leurs chefs des hommes d’armes appartenant aux meilleures familles de Bretagne. Tels étaient, par exemple, Olivier du Guesclin, frère puîné de Bertrand, Geoffroi et Silvestre Budes, cousins de Bertrand et d’Olivier, Jean de Malestroit et Jean de Saint-Pol. Charles V et Louis, duc d’Anjou, mirent tout en œuvre pour empêcher les bandes bretonnes cantonnées sur la rive gauche de la Saône et du Rhône de repasser ces deux fleuves et de rentrer dans le royaume. Le 14 mars 1375 (n. st.), Jean de Saint-Pol, chevalier, et Colin du Breuil, écuyer, du duché de Bretagne, donnèrent quittance à Pierre le Saut, sergent d’armes du roi, maître des ports et receveur de la traite des blés en la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes, d’une somme de 500 francs d’or qui leur avait été allouée par Louis, duc d’Anjou, moyennant l’engagement qu’ils avaient pris en leur nom et au nom de leurs compagnons: 1ode ne pas passer le Rhône pour venir au royaume sans mandement du roi ou du duc; 2ode ne porter aucun dommage en la terre de l’Église, c’est-à-dire dans le Comtat d’Avignon; 3od’empêcher Olivier du Guesclin et ses compagnons de passer la dite rivière et de porter dommage au royaume ainsi qu’à la dite terre de l’Église (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 386). Les comptes des ducs de Bourgogne sont remplis de mentions relatives aux brigandages exercés par ces Bretons en Dombes (Arch. de la Côte-d’Or, B 8254, 8767, 9296; Invent., 111, 228, 299, 399) ainsi qu’en Bourgogne (Ibid., B 5255, 5311, 5619;Invent., II, 238, 245, 291), particulièrement vers le milieu de l’année 1375. Ici, c’est un héraut de Philippe le Hardi qui va de Dijon à Chalon «vers les capitaines des routes de gens d’armes», pour leur présenter des lettres de la duchesse de Bourgogne. Là, c’est un messager qui accourt de Chalon à Dijon avertir le duc que «Jean de Malestroit venoit en Bourgogne avec une grande quantité de gens d’armes et le prier de s’opposer à cette invasion» (Ibid., 3575; Finot,Recherches sur les incursions des Anglais, Vesoul, 1874, p. 112, note 5). Ailleurs, Jean de Chatenay, écuyer, se rend de Dijon à Jaucourt auprès de la duchesse de Bourgogne, pour lui «dire nouvelles des routes de gens d’armes estans en Lyonnois, devers lesquelles il avoit esté pourter lettres de creance du lieutenant de messire Olivier du Guesclin pardevers ma dite dame, de certaines choses que le dit lieutenant li avoit enchargié» (Ibid., B 4421;Invent., 111, 114).

[377]Par lettres patentes datées de Paris le 4 août 1374, Charles V assigna une pension annuelle de six mille francs d’or au seigneur de Coucy, qui donna quittance de la sixième partie de cette somme, c’est-à-dire de mille francs, le 8 novembre suivant (P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 542).

[378]La concentration de ces bandes dut avoir lieu vers le milieu de 1375, sur les confins de la Champagne et des duché et comté de Bourgogne. Des lettres de rémission octroyées en octobre 1375 à Garnier, dit le Grangier, retracent une scène de pillage dont la seigneurie d’Amance (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Vendeuvre), appartenant au doyen de Vendeuvre, avait été le théâtre «environ la Saint Michel archange», c’est-à-dire vers le 29 septembre précédent (Arch. Nat., JJ 107, no278, fo136). A Togny en Champagne (auj. Togny-aux-Bœufs, Marne, arr. Châlons-sur-Marne, c. Écury-sur-Coole), les habitants avaient été réduits à s’entasser dans des cachettes, «pour doubte des gens d’armes qui lors passoient continuelment par le pais pour aler en Autriche avec nostre amé et feal le seigneur de Coucy» (Ibid., no337, fo167).

[379]L’appel adressé par Enguerrand, seigneur de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, aux cités de Strasbourg, de Colmar et autres cités impériales d’Alsace, contre Albert et Léopold, ses cousins, ducs d’Autriche, est daté de Massevaux ou Masmunster (Haut-Rhin, arr. Belfort), le 24 septembre 1375. D’où il y a lieu de conclure que le gros des Compagnies, après avoir remonté le cours de la Moselle, depuis Metz jusqu’à la source de cette rivière, s’avança vers la rive gauche du Rhin, en suivant les petits cours d’eau qui descendent du Ballon d’Alsace et viennent grossir l’Ill près de Mulhouse. Le seigneur de Coucy écrit aux villes impériales d’Alsace qu’il vient revendiquer la succession de Léopold Ier, son aïeul, usurpée par Albert et Léopold ses cousins. Il déclare que Wenceslas, duc de Brabant, lieutenant de l’empereur, l’a assuré qu’il ne mettrait aucun obstacle à cette revendication. Il termine en réclamant la fidélité, l’amitié, le concours effectif des bourgeois des villes impériales d’Alsace, en s’engageant, de son côté, à ne rien entreprendre contre eux et à concentrer tous ses efforts contre les fauteurs de ceux qui détiennent injustement son héritage (Wencker,Apparatus archivorum, 216; analysé par Schoepflin,Alsatia diplomatica, II, 272).

[380]Les Compagnies, s’étant répandues dans les duchés de Bar et de Lorraine avant d’entrer en Alsace, se firent payer par les bourgeois de Metz une indemnité de guerre de 34 000 francs. A cette condition, elles promirent d’épargner le territoire messin dans un rayon de trois lieues autour de cette ville. Quant à l’évêque de Metz Thierry, dont les domaines s’étendaient bien au delà du rayon ainsi épargné, il acheta la même faveur en payant une somme de 16 000 francs et en comblant de riches présents les principaux chefs de ces bandes (Hist. de Metz, Metz, 1775, II, 589). On voit par les registres de comptabilité du duché de Bar conservés aux archives de la Meuse que, dès la première quinzaine d’août 1375, Robert, duc de Bar, prit certaines mesures de précaution contre les bandes de Bretons et d’Anglais dont on lui avait annoncé la prochaine arrivée, en garnissant de bonnes troupes ses principales forteresses, notamment Saint-Mihiel, Gondrecourt, Foug et Lamothe en Bassigny. On y voit également que ces bandes, après avoir franchi la frontière du duché de Bar, traversèrent ce duché par le centre en passant par Revigny, vers le 28 août, et par Gondrecourt, dont quelques-uns de ces aventuriers occupèrent les faubourgs jusqu’au 12 septembre suivant (Servais,Annales historiques du Barrois, Bar-le-Duc, 1865, I, 302-304). On lit dans un des registres dont nous venons de parler que «li grant route des Bretons estoit ou paiix après la mixon l’an 75 avec le signour de Coucy». L’irruption de ces bandes dans la plaine de Metz dut par conséquent avoir lieu vers la mi-septembre 1375. Un cadet de la maison ducale de Bar, Pierre de Bar, seigneur de Pierrefort (château situé à Martincourt, Meurthe-et-Moselle, arr. Toul, c. Domèvre), prit part à l’expédition du seigneur de Coucy.

[381]Raoul de Coucy, seigneur de Montmirail (Marne, arr. Épernay), troisième fils de Guillaume, seigneur de Coucy, et d’Isabeau de Châtillon, frère puîné d’Enguerrand VI, était par suite l’oncle d’Enguerrand VII.

[382]Par actes datés de Reims le 3 mars et de Vienne le 2 mai 1376, Robert de Béthune, vicomte de Meaux, donna quittance des gages qu’il avait desservis à la poursuite des Compagnies (Bibl. Nat., collect. Clairambault, reg. 14, p. 917).

[383]Jean, III du nom, dit le Grand, seigneur de Vergy, de Fouvent, de Champlitte et de Port-sur-Saône, mort le 25 mai 1418, revêtu des titres de sénéchal, de maréchal et de gouverneur du duché de Bourgogne.

[384]Par acte daté de Reims le 1ermars 1376 (n. st.), Jean, seigneur de Roye, chevalier, donna quittance des gages qu’il avait desservis ès guerres de Champagne contre les Compagnies de routiers (Ibid., reg. 97, p. 7543).

[385]Raoul, seigneur de Renneval (Aisne, arr. Laon, c. Rozoy-sur-Serre).

[386]Par acte daté de Reims le 1ermars 1376, Jean, seigneur de Hangest, donna quittance des gages qu’il avait desservis ès guerres de Champagne contre les Compagnies de routiers (Ibid., reg. 57, p. 4355).

[387]Hue ou Hugues de Roucy, seigneur de Pierrepont (Aisne, arr. Laon, c. Marle), troisième fils de Jean V, comte de Roucy, et de Marguerite de Baumez.

[388]Enguerrand VII prend en effet cet engagement d’une manière formelle dans la lettre qu’il adressa de Massevaux ou Masmunster aux villes impériales d’Alsace le 24 septembre 1375 et dont nous avons donné plus haut l’analyse. Léopold II, duc d’Autriche, écrivit de son côté, aux bourgeois de Strasbourg, pour les inviter à lui prêter main-forte afin d’empêcher les Anglais, c’est ainsi qu’il désigne les bandes du seigneur de Coucy, de faire irruption sur la rive droite du Rhin. Cette dépêche de Léopold II est datée de Brisach le 12 octobre 1375 (Schoepflin,Alsatia diplomatica, II, 273). A propos de cette qualification d’Anglais, Thomas Holand, depuis comte de Kent, est le seul cité comme ayant pris part à cette expédition.

[389]Le 1ernovembre 1375, les grands personnages mentionnés ici par Froissart, et notamment le duc de Bourgogne, ne se trouvaient ni à Bruges ni à Gand. Les joutes dont il s’agit eurent lieu à Bruges dans les premiers jours d’avril de cette année (Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, t. LV, fo28 vo).

[390]Par actes datés de Bruges le 12 mars 1376, Jean, duc de Lancastre, Simon, archevêque de Canterbury, Edmond, comte de Cambridge, traitant au nom du roi d’Angleterre, Louis, duc d’Anjou et de Touraine, comte du Maine, Philippe, duc de Bourgogne, chargés des pleins pouvoirs du roi de France, prorogèrent jusqu’au 1eravril 1377 les trêves qui devaient expirer le dernier juin 1376 (Rymer, III, 1048). Ces trêves étaient celles que l’on avait conclues dans cette même ville de Bruges le 27 juin 1375 (Ibid., 1031 à 1034). (Cf. plus haut, p.CXVI,note 352, et p.CXVII). La date du 1eravril 1376 donnée par Froissart n’en est pas moins exacte, parce qu’il s’agit de l’année 1376, ancien style, sur la date finale de laquelle le chroniqueur semble avoir partagé la méprise du rédacteur desGrandes Chroniques: «Mais il proroguèrent les trièves jusques au premier jour du mois d’avril mil trois cens septante six, et Pasques furent le sixiesme jour du dit mois, que l’en dit mil trois cens septante sept» (Gr. Chron., VI, 347). En réalité, Pâques tomba en 1376 le 13 avril, en 1377 le 29 mars.

[391]Une curieuse série de lettres, adressées par le bourgmestre et le Conseil de la ville de Bâle au bourgmestre et au Conseil de la ville de Strasbourg, notamment à la date des 14 et 19 octobre, 25 novembre et 15 décembre 1375, nous retrace tous les mouvements de ces bandes, d’abord aux environs de Haguenau, ensuite au village de Roche, d’où une bande venant de Lure sous les ordres de Jean de Vienne et d’Owen de Galles menace Belfort, les progrès de ces mêmes bandes s’avançant de Montbéliard et de Belfort contre Bâle, le combat de Marlen où une troupe de braves paysans d’Alsace osa attaquer l’une de ces bandes et se fit exterminer, le ravage des environs de Bâle, l’occupation et le pillage de Wallenburg (gros bourg situé dans le canton de Bâle-Campagne), le passage à travers la montagne de Havenstein et le défilé de la Clus, dans le canton de Soleure, la destruction de Wangen (sur la rive droite de l’Aar, au nord-est du canton de Berne), l’investissement de la ville de Buren (au sud-ouest de Wangen, sur la rive droite de l’Aar, dans le canton de Berne) appartenant au comte de Nydau, et enfin les trois échecs successifs que ces Compagnies subirent à Buttisholz, à Sonns et à Fraubrunnen, entre Soleure et Berne. L’issue malheureuse de ces deux derniers engagements, livrés les 25 et 26 décembre 1375, s’ajoutant à la rigueur de la saison et à la disette croissante des vivres, arrêta la marche en avant des bandes conduites par le seigneur de Coucy et les décida à reprendre le chemin de l’Alsace (Trouillat,Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, Porrentruy, 1861, IV, 347, note 1; baron de Zurlauben,Hist. de l’Acad. des Inscriptions, XXV, 178-181). Le 25 décembre, une de ces bandes avait brûlé l’abbaye de Fontaine-André, située dans le canton actuel de Neuchâtel (Matile,Monuments, p. 1012). Le 2 septembre 1376, Jean de Vienne, évêque de Bâle, cousin de l’amiral Jean de Vienne, l’un des chefs des bandes dévastatrices, fit don de 200 florins d’or à Jacques de Tavannes, écuyer, pour le récompenser des services que le dit écuyer avait rendus à l’église de Bâle, «especialment en defendre et garder leaulment nostre ville du Byenne, adonc et quant les Compaignes, gens et servans du seignour de Couci, furent en Arguel et en la terre ai conte de Nydowe, contre les dictes Compaignes.» (Trouillat,Monuments de Bâle, IV, 366).

[392]Ferrette ou Pfirt, ancien département du Haut-Rhin, arr. Altkirch, à 18 kil. au sud-est de cette ville. Le comté de Ferrette, qui comprenait les seigneuries d’Altkirch, de Thann, de Delle, de Rougemont et de Belfort, séparé au commencement du douzième siècle de celui de Montbéliard, passé en 1319 dans la maison d’Autriche, ne fut réuni à la France que par le traité de Westphalie en 1648.

[393]L’acte par lequel Enguerrand VII, seigneur de Coucy, fit la paix avec son cousin Léopold II, duc d’Autriche, est daté de Wattwiller (anc. dép. du Haut-Rhin, à 5 kil. au N. E. de Thann), le 13 janvier 1376. L’endroit même où fut dressé cet acte diplomatique prouve que, suivant la version de Froissart, les Compagnies et leur chef, après avoir poussé des pointes jusqu’aux environs de Bienne, de Nydau, de Neuchâtel et de Berne, avaient été forcées, vers la fin de décembre 1375, de rétrograder en Alsace. Pour arriver à un arrangement, Albert III et Léopold II, ducs d’Autriche, cédèrent au seigneur de Coucy, non pas le comté de Ferrette, dont l’offre aurait été repoussée, s’il en faut croire notre chroniqueur, mais un autre comté situé un peu plus au sud, celui de Nydau, qui comprenait la ville de Buren, et dont le seigneur de Coucy resta en possession pendant douze ans. Léopold II se réserva seulement le titre de protecteur des deux villes de Nydau et de Buren et le conserva jusqu’à sa mort sur le champ de bataille de Sempach, le 9 juillet 1386.

[394]Comme nous l’avons fait remarquer dans une des notes précédentes, Pâques tomba en 1376 le 13 avril.

[395]Dès la seconde quinzaine de janvier 1376, les Compagnies commencèrent à refluer en France. Vers la fin de ce mois, des bandes bretonnes se répandirent de nouveau dans le duché de Bar; le 24, un détachement de ces routiers occupait les faubourgs de Lamarche, en Bassigny. Au commencement de février, d’autres détachements envahirent le Barrois, s’avancèrent jusqu’à Saint-Mihiel, se cantonnèrent pendant plusieurs jours aux environs de cette forteresse, puis se dirigèrent vers le comté de Réthel, en menaçant la Champagne septentrionale et en particulier les comtés de Soissons, de Marle, ainsi que la baronnie de Coucy (Servais,Annales historiques du Barrois, I, 311). A la fin de février et dans les premiers jours de mars 1376, Charles V fit faire à Reims un grand rassemblement de troupes pour repousser ces bandes et leur donner la chasse. Parmi les hommes d’armes qui prirent part à cette nouvelle campagne contre les Compagnies figurent Enguerrand, seigneur de Coucy, naguères le chef de ces mêmes bandes (Bibl. Nat., collect. Clairambault, reg. 35, p. 2619), Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes (Ibid., reg. 17, p. 1181), Philibert, seigneur de Beaufremont (Ibid., reg. 11, p. 649), Oger d’Anglure (Ibid., reg. 5, p. 185), Gilles de Boqueaux (Ibid., reg. 18, p. 1), Jean de Fauconnière (Ibid., reg. 46, p. 3419 et reg. 49, p. 3713), Lionnel d’Airaines (Ibid., reg. 5, p. 239), enfin Robert de Béthune, vicomte de Meaux, Jean, seigneur de Roye, Jean, seigneur de Hangest (Voy. plus haut, p.CXXXIV, notes382,384,386). Ces trois derniers chevaliers étaient ainsi appelés à combattre leurs compagnons d’armes de la veille, puisqu’ils avaient fait partie, s’il faut en croire Froissart, aussi bien qu’Enguerrand VII lui-même, de l’expédition contre Léopold II, duc d’Autriche. Louis de Sancerre, maréchal de France, partagea avec Enguerrand VII et Guillaume des Bordes le commandement des troupes ainsi rassemblées «en la poursuite de certaines routes de gens d’armes qui par maniere de Compaignes sont venuz de nouvel des parties d’Alemaigne» (Bibl. Nat., Clairambault, reg. 5, p. 239).

[396]Monté sur le trône d’Angleterre le 25 janvier 1327, Édouard III célébra le cinquantième anniversaire de son avènement au commencement de 1377.

[397]Cette date est parfaitement exacte. Édouard, prince de Galles, mourut au palais de Westminster le 8 juin 1376, jour de la fête de la Sainte Trinité. Thomas Walsingham fait un pompeux éloge de ce prince qu’il compare à Hector (Historia anglicana, p. 321).

[398]Le héraut Chandos a rapporté textuellement à la fin de saChronique rimée du Prince Noirl’épitaphe, composée de 28 vers français octosyllabiques, qu’on lit encore aujourd’hui sur le tombeau du Prince dans la cathédrale de Canterbury. Cf.The black prince, éd. Francisque Michel, London et Paris, 1883, p. 291, 292, vers 4277 à 4304.

[399]Geoffroi Chaucer, le protégé de la favorite Alice Perers et l’ami de Froissart, valet pensionnaire du roi d’Angleterre en 1367 (Rymer, III, 829), écuyer de ce même roi qui le charge de négociations auprès du doge de Gênes en 1372 (Ibid., 964, 966), contrôleur de la coutume des laines, des cuirs et des peaux au port de Londres et gratifié d’un pichet de vin à prendre tous les jours au dit port en 1374 (Ibid., 1001, 1004), Chaucer ne figure dans aucune des députations officielles de 1376 et de 1377; mais il n’en saurait être autrement, puisque les négociations, auxquelles le malicieux observateur des mœurs anglaises de la fin du quatorzième siècle fut mêlé, devaient rester secrètes et n’ont point laissé sans doute d’autres traces écrites que des articles de comptabilité. Nous apprenons précisément par un de ces articles qu’un payement fut fait, le 17 février 1377, à Geoffroi Chaucer qu’Édouard III avait chargé d’une mission en Flandre: «Galfrido Chaucer, armigero regis, misso in nuncium in secretis negotiis domini regis versus partes Flandriæ.»

[400]Le 26 janvier 1377, Édouard III, se trouvant malade à Haveryng, chargea son très cher petit-fils Richard, dit Richard de Bordeaux à cause du lieu de sa naissance, prince de Galles, duc de Cornouaille, comte de Chester, d’ouvrir en personne la session du Parlement (Rymer, III, 1070).

[401]Par acte daté du palais de Westminster le 26 avril 1377, Édouard III donna pleins pouvoirs pour traiter avec les ambassadeurs du roi de France à Adam, évêque de Saint-David, son chancelier, à Jean, évêque de Hereford, à William de Montagu, comte de Salisbury, à Robert de Asheton son chambellan, à Guichard d’Angle, chevalier banneret, à Aubry de Weer, à Hugh de Segrave, chevaliers, à maître Walter Skirlawe, doyen de Saint-Martin le Grand de Londres et à maître Jean de Shepey, docteur en lois (Rymer, III, 1076). Un autre acte du 20 février précédent avait déjà investi des mêmes pouvoirs Jean, évêque de Hereford, Jean, seigneur de Cobham, de Kent, Jean de Montagu, chevaliers bannerets, et maître Jean Shepey, docteur en lois (Ibid., 1073).

[402]«Et envoia assez tost après le roy de France ses messages à Bouloigne pour traictier, et les messages d’Angleterre furent à Calais, et furent les dites trièves proroguées de terme en terme jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste ensuivant qui fu mil trois cens septante sept dessus dit. Et aloient les deux arcevesques (les archevêques de Ravenne et de Rouen), messages du pape, de Bouloigne à Calais et de Calais à Bouloigne, en traictant entre les parties.» (Grandes Chroniques, VI, 347).

[403]Le pape Grégoire XI partit d’Avignon le samedi 20 septembre 1376, laissant pour vicaires dans le Comtat les cardinaux de Sainte-Sabine et de Saint-Vital. Il se rendit à Marseille où il s’embarqua le jeudi 2 octobre. Débarqué à Corvetto le vendredi 5 décembre, il en partit le 16 du mois suivant, arriva le même jour à Ostie et fit son entrée à Rome le samedi 17 janvier 1377, jour de la fête Saint-Antoine (Thalamus parvus, p. 395). Le rédacteur de la chronique romane de Montpellier, d’après laquelle nous venons de résumer les principaux incidents du retour de Grégoire XI dans les États romains, a noté avec soin cette coïncidence de l’entrée du pape à Rome avec la fête de Saint-Antoine, parce que ce saint passait au moyen âge et passe encore aujourd’hui, du moins dans l’opinion de quelques dévots, pour faire retrouver les objets perdus.

[404]Froissart n’a pu écrire cette phrase et n’a rédigé sans doute la fin de son premier livre, où on la trouve, que plusieurs années après 1377, au moment des premiers grands troubles occasionnés par le schisme d’Avignon.

[405]Le 20 janvier 1377 (n. st.), Charles V avait chargé Richard Frogier de se rendre du port de Harfleur en Castille, où le dit Frogier avait mission de remettre à leurs destinataires trois paires de lettres closes, les unes adressées au roi d’Espagne, les autres à l’évêque de Léon, les troisièmes enfin à D. Pierre de Valesque (D. Pero Ferrandez de Velasco), grand chambellan de Castille. Étienne du Moustier, huissier d’armes du roi, vice-amiral de la mer, fit payer une somme de 70 francs à cet envoyé du roi (Bibl. Nat., Quittances, XXII, no1847).

[406]Dès la première quinzaine de mars 1377, le Conseil du roi d’Angleterre avait prescrit des mesures pour la mise en état de défense de l’île de Wight (Rymer, III, 1073) et de la principauté de Galles (Ibid., 1075). Le 16 de ce mois, il fut enjoint à tous les vicomtes des régions maritimes du royaume d’obliger tous les possesseurs de fiefs situés sur le rivage de la mer à résider en armes sur ces fiefs à la tête de tous leurs gens et de leurs vassaux également armés, afin d’être prêts à repousser les Français qui faisaient alors des rassemblements formidables d’hommes, de munitions et de vaisseaux pour opérer à bref délai des descentes en Angleterre, pour anéantir et extirper la race anglaise tout entière: «regnum nostrum et totam linguam anglicanam destruere et delere» (Ibid.). Le 14 mai, on adressa la même injonction aux abbés, aux prieurs, aux châtelains des environs de Darmouth et de Plymouth auxquels on prescrivit de se tenir sur leurs gardes et que l’on somma de se préparer à la résistance (Ibid., 1078). Le 30 de ce même mois, quelques semaines avant la mort d’Édouard III, on prit toutes les dispositions pour mettre l’île de Wight, que l’on supposait particulièrement menacée, à l’abri d’un coup de main (Ibid., 1079).

[407]Froissart et le rédacteur desGrandes Chroniques(VI, 348) fixent par erreur la mort d’Édouard III à la veille de la Saint-Jean, c’est-à-dire au mardi 23 juin 1377. En réalité, ce prince rendit le dernier soupir au manoir de Sheen le dimanche 21 juin, dans la soirée, comme on le voit par un article du compte de Richard de Beverley, gardien de la garderobe du roi d’Angleterre, où on lit ces mots: «a vigesimo quinto die novembris, anno regis Edwardi tertii, avi regis hujus Ricardi, quinquagesimo finiente....usque ad vigesimum primum diem junii proxime sequentem quo pie idem avus obiit» (Fragment de compte signalé par M. Joseph Stevenson et publié par M. Kervyn de Lettenhove dansŒuvres de Froissart, VIII, 423). C’est également la date donnée par Thomas Walsingham (Hist. anglicana, p. 329) et par un acte authentique dont Rymer a publié le texte (III, pars III et IV, p. 60).

[408]Après une messe deRequiemcélébrée à l’église cathédrale de Saint-Paul de Londres, le 4 juillet, en présence de Simon Sudbury, archevêque de Canterbury, et d’Edmond, comte de Cambridge, les restes mortels d’Édouard III, embaumés par Robert Chaundeler, bourgeois de Londres, auquel on paya 21 livres pour cette opération, furent inhumés le lendemain 5 dans l’église abbatiale de Saint-Pierre de Westminster. Au-dessus du catafalque, le roi défunt était représenté en cire, de grandeur naturelle, avec un sceptre, un globe et un crucifix d’argent doré. Étienne Hadle, l’artiste qui avait façonné cette image, reçut 22 livres 4 sous 11 deniers pour son travail. Lorsque l’on transporta le cercueil de Sheen à Westminster, 1700 torches pour la confection desquelles on avait employé 7511 livres de cire et qui étaient portées par un égal nombre de pauvres mendiants vêtus de noir, 15 grands cierges et 12 mortiers allumés éclairaient sur tout le parcours la marche du cortège funèbre; et le jour de l’inhumation, trois cents grosses torches, du poids de 1800 livres, brûlèrent pendant toute la durée de la cérémonie autour du sarcophage, protégé par une espèce de grille en forme de herse qui avait coûté 59 livres 16 sous 8 deniers. En résumé, un devis dressé à Westminster le 28 juin 1377, fixa les frais des funérailles d’Édouard III à la somme, considérable pour le temps, de 1447 livres.

[409]En 1377, la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui se célèbre le 29 juin, tomba un lundi. Par conséquent, d’après Froissart, la descente à Rye aurait eu lieu le dimanche 28 juin. D’après Thomas Walsingham (Ypodigma Neustriæ, ed. Riley, London, 1876, p. 327) et d’après la chronique du religieux de Saint-Albans (Chronicon Angliæ(1328-1388), ed. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 151), cette descente des Français se fit le jour même de la fête Saint-Pierre et Saint-Paul, c’est-à-dire le lundi 29 juin, au point du jour, «in festo apostolorum Petri et Pauli, in aurora». La flotte française se composait, d’après le religieux de Saint-Albans, de 50 navires grands et petits montés par 5000 hommes. Ce religieux flétrit la lâcheté des paysans des environs de Rye qui s’étaient enfermés dans cette ville avec leurs biens meubles et qui, malgré l’intérêt personnel qu’ils y avaient, ne surent défendre contre l’attaque de l’ennemi ni la place où ils s’étaient réfugiés ni les richesses entassées derrière ses remparts. Comme la trêve avec l’Angleterre expira le 24 juin 1377, la flotte française ancrée à Harfleur dut mettre à la voile et cingler vers les côtes d’Angleterre ce jour-là même. Composée selon toute apparence d’une cinquantaine de galées, 35 appartenant au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 347), 8 au roi de Castille et 5 au roi de Portugal, cette flotte était commandée par les deux amiraux de France et de Castille, Jean de Vienne et D. Ferrand Sanchez de Tomar, ayant sous leurs ordres le Génois Renier Grimaldi et un certain nombre d’hommes d’armes picards et normands, tels que Colard, seigneur de Torcy (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Longueville), Jean, seigneur de la Ferté (la Ferté-Fresnel, Orne, arr. Argentan), maréchal de Normandie, Guillaume dit le Châtelain de Beauvais, Guillaume et Jean le Bigot; il y faut joindre un chevalier du comté de Bourgogne, compatriote et compagnon d’armes habituel de Jean de Vienne, Jean de Rye (Jura, arr. Dôle, c. Chaumergy), dont un érudit contemporain, originaire lui aussi de Franche-Comté, M. le marquis Terrier de Loray, a défiguré le nom en l’appelant Jean de Roye (Jean de Vienne, amiral de France, Paris, 1878, p. 105). Après la prise de Rye par les Français, une altercation très violente surgit entre l’amiral Jean de Vienne, qui donna l’ordre de mettre le feu à cette place, et le seigneur de Torcy, qui aurait voulu que l’on essayât de s’y maintenir et d’y tenir garnison pour le roi de France (Chronique des quatre premiers Valois, p. 263). Les pièces relatives à l’armement de la flotte qui fit campagne en juillet 1377 ont été publiées par M. de Loray (Jean de Vienne, p.XXIIàXXXI).

[410]Rye est une petite ville, non du comté d’Essex vers les marches du comté de Kent, comme on le lit dans Froissart, mais du comté de Sussex, l’un des Cinq Ports, à 13 kil. au N.-E. de Winchelsea, à l’embouchure d’une petite rivière appelée la Rother. La plupart des habitants de Rye sont, de nos jours comme au temps de Froissart, des mariniers qui se livrent surtout à la pêche du hareng.

[411]Le couronnement de Richard II à Westminster n’eut pas lieu le 8, comme le dit Froissart, mais le jeudi 16 juillet. Thomas Walsingham a raconté avec le plus grand détail le cérémonial qui fut déployé à cette occasion (Historia anglicana, p. 332 à 338).

[412]Thomas de Woodstock, sixième fils d’Édouard III et de Philippa de Hainaut; il devint plus tard duc de Gloucester. En 1377, il était après Jean de Gand, duc de Lancastre, et Edmond, comte de Cambridge, plus tard duc d’York, le troisième par ordre de primogéniture des oncles survivants de Richard II. Celui-ci assigna en outre au plus jeune de ses oncles une rente annuelle de mille marcs sur le trésor royal. Jean, duc de Lancastre, avait le titre de sénéchal, Thomas, comte de Buckingham, celui de connétable, Henri Percy, comte de Northumberland, celui de maréchal d’Angleterre. Thomas avait été institué connétable le 22 juin le lendemain même de la mort d’Édouard III.

[413]Fils de Thomas Holand et de Jeanne de Kent, Thomas Holand était le frère utérin de Richard II, parce que sa mère, après la mort de son premier mari, avait épousé en secondes noces Édouard, prince de Galles, dont elle avait eu Richard, dit de Bordeaux.

[414]Par acte daté de Westminster le 30 juin 1377, le jeune roi Richard II, informé que la flotte ennemie avait pris la mer, chargea spécialement son très cher oncle Edmond, comte de Cambridge, connétable du château royal de Douvres, Guillaume Latymer, Jean de Cobham de Kent, Jean de Clynton et Étienne de Valence de mettre dans le meilleur état possible de défense les côtes du comté de Kent (Rymer, éd. de 1740, t. III, parsIIIetIV, p. 61).

[415]Par un autre acte daté de Westminster le 2 juillet 1377, Richard II, ayant reçu la nouvelle que ses ennemis de France avaient déjà opéré des descentes à main armée sur certains points des côtes de son royaume, confia à son amé et féal Guillaume, comte de Salisbury, le soin de mettre en état de défense, par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, les rivages des comtés de Southampton et de Dorset (Ibid., p. 62). Des mesures spéciales furent prises pour empêcher la flotte ennemie de remonter le cours de la Tamise; d’où l’on peut conclure qu’à la date du 7 juillet, où ces mesures furent prescrites, on craignit un instant quelque tentative des Français contre la ville de Londres.

[416]Port du comté de Dorset, situé sur une baie de la Manche, à 32 kil. à l’est de Dorchester et à 60 kil. au S.-O. de Winchester.

[417]Froissart confond ici, selon son habitude, deux campagnes navales tout à fait distinctes, quoique les mêmes navires, placés sous la direction du même chef, l’amiral Jean de Vienne, y aient pris part. La première campagne, commencée le 24 juin, signalée par la prise de Rye, de Rottingdean, de Lewes, par le sac de Folkestone, de Portsmouth, de Darmouth et de Plymouth, se termina au commencement du mois d’août suivant. Débarqué à Harfleur, l’amiral Jean de Vienne, dont une quittance en date du 8 août 1377 atteste la présence à Paris à cette date (Jean de Vienne; pièces justificatives, p.XXVIII), ne dut reprendre la mer que vers le milieu de ce mois; et ce fut alors seulement qu’il opéra une descente dans l’île de Wight. Cette descente, suivie de l’occupation de cette île presque tout entière, sauf le château de Carelsbrook défendu par Hugh Tyrel, eut lieu le 21 août 1377: «Galli eodem anno(1377),vicesimo primo die mensis augusti, insulam, ut ita dicam, incapiabilem, de Wyght, capiunt, minus virtute quam astu.» (Thoma Walsingham,Historia anglicana, p. 340, 341.)

[418]Port situé dans l’île de Portsey et dépendant du Hampshire. Après la prise de Rye le 28 juin, Froissart aurait dû mentionner l’occupation de Rottingdean, à l’ouest de Winchelsea, le combat de Lewes, qui se livra dans les premiers jours de juillet, le sac de Folkestone fixé par un chroniqueur contemporain au 20 de ce mois. Les opérations contre Portsmouth, Darmouth et Plymouth sont certainement postérieures à ces faits et notamment au combat de Lewes, que notre chroniqueur raconte presque en dernier lieu, quoiqu’il ait suivi immédiatement la prise de Rye et précédé, au moins d’une vingtaine de jours, les démonstrations de la flotte française contre les ports du Hampshire et du Devonshire (Terrier de Loray,Jean de Vienne, amiral de France, p. 108, 109).

[419]Lewes, petite ville du comté de Sussex, n’est pas sur le bord de la mer, mais sur la rivière d’Ouse, à l’embouchure de laquelle se trouve New Haven, qui sert de port à Lewes.

[420]Thomas Walsingham cite également ces deux chevaliers comme ayant été faits prisonniers avec le prieur de Lewes à la défense de cette place: «Eodem anno(1377),Gallici intraverunt ad villam de Rottyngdene prope villam de Lewes, ubi obviavit eis prior de Lewes cum parva manu, et superveniente copia Gallorum captus est ductusque ad naves eorum cum duobus militibus qui sibi adhæserunt, videlicet domino Johanne de Fallesley et domino Thoma Cheyne et uno armigero cujus nomen erat Johannes Brokas.» (Historia anglicana, p. 342.)

[421]Si les vainqueurs de Lewes furent informés pour la première fois de la mort d’Édouard III par les prisonniers faits dans cette rencontre, il en faut conclure que Froissart s’est trompé en plaçant cette affaire à la fin de la campagne de l’amiral de France. Comme cette mort avait eu lieu le 21 juin, les compagnons d’armes de Jean de Vienne, faisant tous les jours des descentes en terre anglaise à partir du 13 de ce mois, n’ont pas dû rester dans l’ignorance d’un événement aussi considérable plus tard que le commencement de juillet, et telle est en effet la date qu’il nous paraît vraisemblable d’attribuer au combat de Lewes. D’ailleurs, comme l’a fait justement remarquer M. Terrier de Loray, le chroniqueur Cabaret d’Orville dit que ce combat fut livré immédiatement après la prise de Rye, et le voisinage de ces deux localités s’ajoute aux autres considérations pour donner beaucoup de vraisemblance à cette assertion.

[422]Cette démonstration contre Douvres termina la seconde campagne navale de Jean de Vienne, celle qui, commencée vers le milieu du mois d’août, signalée par l’occupation et la dévastation de l’île de Wight, l’attaque de Southampton et de Winchelsea, l’incendie de Poole, se termina devant Calais le 10 septembre environ. Par acte daté de Westminster le 4 de ce mois, Richard II demanda des prières publiques à Simon, archevêque de Canterbury, en faveur de son royaume envahi sur plusieurs points par les Français, «qualiter inimici nostri Franciæ et alii quamplures nos et regnum nostrum Angliæ, in primordiis regiminis nostri, pluribus locis sæpius invaserunt.» (Rymer, III, parsIIIetIV, p. 69.)

[423]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 259), Jean de Grailly, captal de Buch, mourut à Paris, au château du Louvre, vers le mois de septembre 1376.

[424]Jean, seigneur de Gommegnies, avait été institué capitaine d’Ardres en vertu d’une «endenture» intervenue et signée à Calais le 1erdécembre 1369 entre Jean, duc de Lancastre, sénéchal d’Angleterre, alors lieutenant en ces parties de France, et le dit seigneur de Gommegnies. Il avait sous ses ordres une garnison composée de 100 hommes d’armes et de 200 archers. Ces 100 hommes d’armes se décomposaient en 1 chevalier à bannière qui était le capitaine, 10 chevaliers bacheliers et 89 écuyers (Rymer, III, 882). La solde de cette garnison était payée avec beaucoup d’irrégularité, surtout pendant les dernières années du règne d’Édouard III. Un mandement de Charles V, en date du 17 juin 1375, nous révèle à ce sujet un fait curieux; il y est fait injonction aux habitants de Soissons, de Saint-Quentin, de Chauny et de Nesle de contribuer pour leur quote-part à la rançon d’un nommé Henri de la Voulte, l’un des deux bourgeois envoyés en Angleterre par la ville de Compiègne comme otages du traité de Brétigny. Or, cette rançon, fixée à 800 francs d’or, était exigée sous peine de mort par le seigneur de Gommegnies, capitaine d’Ardres, auquel le roi d’Angleterre avait livré, à défaut d’espèces sonnantes, Henri de la Voulte, pour en faire argent (Delisle,Mandements de Charles V, p. 588, 589, no1135).

[425]Le duc de Bourgogne se trouvait à Troyes le lundi 24 août 1377, occupé sans doute, comme le dit Froissart, à faire ses préparatifs et à rassembler ses forces. Le 9 septembre suivant, un acte de la duchesse daté de Dijon (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, III, Preuves, p.XLV) établit que Philippe le Hardi était à cette date absent de son duché (Ibid., Preuves, p.XLI). Mais, dès le 26 du même mois, le duc, déjà de retour de son expédition en Artois et dans le Boulonnais, fit son entrée à Auxerre, où la ville lui présenta, à titre d’offrande et de bienvenue, une queue de vin (Lebeuf,Hist. d’Auxerre, éd. Challe, III, 263). Dom Plancher a publié la liste des chevaliers et écuyers, la plupart bourguignons, qui prirent part à l’expédition de Philippe le Hardi dans le Boulonnais et le Calaisis pendant les trois premières semaines de septembre 1377, en rapportant par erreur cette expédition au mois d’août précédent (Hist. de Bourgogne, III, 564, noteIX). Voici les principaux noms qui figurent sur cette liste: «Thibaud de Neufchastel, chevalier banneret, avec un chevalier bachelier et dix escuyers. Regnaud de Trie. Charles de Chambly. Raoul de Chennevieres. Lancelot de Loris. Robin de Maule. Guyot de la Tour. Jean de Seignelay. Guillaume de Vonecq. Jehan de Conflans. Simonet des Exceps. Jehan Angenault de l’Isle. Michaut des Potests. Guillaume Guenaut. Pierre de Voiserie. Jehan de Crux. Jehan de Tintrey. Breton de la Bretonniere. Jehan de Musigny. Thevenin Durée. Le bastart de Chappes. Henri Petitjehan. Guyot de Chambly. Aymart de Marcilly. Bertrand Guay. Auson de Centens. Mahiet de Pommalin. Guillaume le Gras. Erard, seigneur de Crux. Mahiet de Montmorency. Jehan de Digoinne. Jehan de Beaumont. Macé de la Roche. Jehan de Chennevieres. Thomas de Voudenay. Thomas Perlesdits. Jehan de Saint Omer. Perrenot de Rouvres. Tous chevaliers et escuyers.»

[426]Les arbalétriers qui tenaient garnison pour le roi de France à Honfleur, à Harfleur et à Montivilliers prirent part à cette chevauchée du duc de Bourgogne, dont le résultat fut la reddition d’Ardres, d’Audruicq et de quelques autres petites places occupées par les Anglais aux environs de Calais. Par acte daté de Paris le 23 septembre 1377, Charles V fit indemniser les conducteurs de dix voitures, attelées chacune de deux chevaux, qui avaient transporté devant Ardres et Audruicq les armures, arbalètes, harnois et autres habillements de guerre des dits arbalétriers (Delisle,Mandements de Charles V, p. 738, 739, no1460).

[427]Les compagnons de la garnison anglaise d’Ardres comptaient aussi dans leurs rangs quelques Français. Au mois de février 1376, Charles V octroya des lettres de rémission à un pauvre valet nommé Hennequin Brice, dit le Barbier, originaire de Houlle (Pas-de-Calais, arr. et c. Saint-Omer), âgé de 18 ans, qui avait demeuré pendant trois ou quatre ans au service des Anglais d’Ardres (Arch. Nat., JJ 108, no164, fo99).

[428]La forteresse d’Ardres se rendit à Philippe, duc de Bourgogne, le 7 septembre 1377, après trois jours de siège (Grandes Chroniques, VI, 356). Par acte daté de Melun le 22 septembre 1377, Charles V fit mettre une somme de 500 francs à la disposition de son amé et féal chevalier et chambellan Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes, institué capitaine d’Ardres, «pour mettre et convertir en certaines reparacions neccessaires en la forteresce d’Ardres, laquelle forteresce a esté rendue nouvellement à nostre obeissance.» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 737, no1457.)

[429]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres.

[430]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer. Le château d’Audruicq ne fut pas emporté de vive force; la garnison anglaise qui occupait ce château ne consentit à l’évacuer que moyennant le payement d’une somme assez considérable. Le 22 septembre 1377, Charles V, qui se trouvait alors à Melun, ordonna d’allouer sur les comptes de François Chanteprime une somme de 2000 francs d’or, qu’il avait fait «baillier et delivrer à nos ennemis qui n’a gaires tenoient le chastel d’Audruic es parties de Picardie.» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 737, no1456.)

[431]Si Robert de Béthune, vicomte de Meaux, et Jean, seigneur de Sempy, furent placés à la tête de la garnison d’Ardres, ce ne put être que sous le commandement supérieur de Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes, institué le 22 septembre 1377 capitaine de cette place. Voy. plus haut, p.CLII,note 428.

[432]Charles V fit réparer la plupart des forteresses de cette région et notamment celle du Crotoy, comme on le voit par des lettres de rémission octroyées en octobre 1377 aux maçons employés «es euvres de nostre chastel de Crotoy sur la mer» (Arch. Nat., JJ 111, no236).

[433]Le Janequin, dit Clerc, mentionné dans ce passage de Froissart, doit sans doute être identifié avec Jean Clerk, de Southampton, qui fut chargé à diverses reprises par Édouard III de missions plus ou moins importantes (Rymer, III, 666, 765, 809, 848, 849, 891).

[434]Froissart fait ici une allusion vague et tout à fait sommaire à une campagne dans le Bordelais, dont une chronique locale, celle de Bazas, mentionne en ces termes quelques-uns des principaux incidents: «Thomas de Hitton, Angliæ regis vicem gerens, congreditur cum Francis prope Regulam. Franci ubi Anglis Castillionem eripuere, contendunt Salvam Terram quam triduo expugnant, dein adoriuntur Beatæ Basiliæ fanum, inde Montem Securum ac demum Cauderotum.» (Arch. hist. de la Gironde, XV, 48.)

[435]Guillaume Larchevêque.

[436]Louis de Harcourt.

[437]Miles de Thouars, père de Regnault de Thouars.

[438]Gui IV, seigneur d’Argenton, frère d’Aimeri d’Argenton.

[439]Robert, seigneur d’Aubeterre.

[440]Nieul, sans doute Nieul-sur-l’Autize, Vendée, arr. Fontenay-le-Comte.

[441]La copie fort mauvaise d’après laquelle nous publions le texte de la convention de Surgères porte ici «XXVIII»; mais cette leçon est évidemment fautive. Outre que les premières lignes du vidimus indiquent la date du 18 septembre, le contexte et en particulier ces mots:Donné davant ou devant Surgièresne permettent pas d’admettre une autre date, puisque les Français ne se tinrent devant cette place que du jeudi 16 au dimanche 19 septembre, jour où Surgères se rendit aux assiégeants (Ernest Petit,Itinéraires de Philippe le Hardi, Paris, Imprimerie Nationale, p. 86).Les Itinérairesque nous venons de citer fournissent les trois mentions suivantes relatives à l’exécution de la convention de Surgères: «Mardi 30 novembre. Monseigneur (le duc de Bourgogne) disne aux champs devant Thouars, soupe et giste à Monstereuil Bellay, et y furent le duc de Loraine, le conte du Perche et plusieurs chevaliers et escuiers.—Mercredi 1erdécembre. Furent aux champs devant Thouars mon dit seigneur, le duc de Loraine, le conte de la Marche, le viconte de Rauhen, et plusieurs autres seigneurs, chevaliers et escuiers.—Jeudi 2 décembre. Mon dit seigneur tout le jour à Saumur, et ce jour mangèrent deux cens personnes en sale, et sept vint et quatorze dehors.» (Ibid., p. 89.) Cf. p.LII,en note,LIVetLV.


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