TABLE

Et, sa tête à la main, demander son salaire.

Le salaire était cependant stipulé dans l’édit de Louis XI; et, pour que nulle autorité ne manque à l’examen d’une question aussi grave, j’en vais citer le point important.

Edit contre la non-révélation des crimes de lèse-majesté

Loys, par la grâce de Dieu, Roy de France à sçavoir faisons à tous présens et advenir que, comme par cy-devant maintes conjurations, conspirations damnables et pernicieuses entreprises ayant été faictes, conspirées et machinées, tant par grands personnages que par moyens et petits, à l’encontre d’aucuns nos progéniteurs Roys de France, et mesmement depuis notre advenement à la couronne:Disons, déclarons, constituons et ordonnons par lettres, édict, ordonnance et constitution perpétuelle, irrévocable et durable à toujours, que toutes personnes quelconques qui dores en avant sçauront ou auront connaissance de quelques traités, machinations, conspirations et entreprises qui se fairont à l’encontre de notre personne, de notre très chère et amée compagne la Royne, de notre très-cher et amé fils le Dauphin de Viennois, et de nos successeurs Roys et Roynes de France, et de leurs enfants, aussi à l’encontre de l’Estat et seureté de nous ou d’eux et de la chose publique de notre royaume, soient tenus et réputés crimineux de lèze-majesté, et punis de semblable peine et de pareille punition que doivent estre les principaux aucteurs, conspirateurs et fauteurs et conducteurs desdits crimes, sans exception ni réservation de personnes quelconques, de quelque estat, condition, qualité, dignité, noblesse, seigneurie, prééminence ou prérogative que ce soit ou puisse estre, à causede notre sang ou autrement en quelque manière que ce soit, s’ils ne le revellent ou envoyent reveller à nous ou à nos principaux juges et officiers des pays où ils seront, le plustot que possible leur sera appris, qu’ils en auront eu connoissance; auquel cas et quant ainsy le revelleront ou enverront reveller,ils ne seront en aucuns dangers des punitions desdits crimes; mais seront dignes de rémunération entre nous et la chose publique. Toutefois, en autre chose, nous voulons et entendons les anciennes lois, constitutions et ordonnances qui par nos prédécesseurs ou de droict sont introduites, et les usages qui d’ancienneté ont esté gardés et observés en notre royaume, demeurer à leur force et vertu sans aucunement y déroger par ces présentes. Si nous donnons et mandons à nos amés et féaux gens de notre grand conseil, gens de nos parlemens, et à nos autres justiciers, officiers et subjects qui à présent sont et qui seront pour le temps advenir et à chacun d’eux, sy comme à luy appartiendra, que cette présente notre loy, constitution et ordonnance ils facent publier par tous les lieux de leur pouvoir et jurisdiction accoutumés, de faire cris et proclamations publiques, les lire publiquement et enregistrer en leurs cours et auditoires, et, selon icelle loy et constitution, jugent, sententient et déterminent dores en avant, perpétuellement, sans quelconque difficulté, toutes les fois que les cas adviendront. Et afin que soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Et pour ce que ces présentes l’on pourra avoir à besogner à plusieurset divers lieux, nous voulons que auvidimusd’icelles fait soubs scel royal, foy soit adjoustée comme à ce présent original.Donné au Plessis du Parc-lès-Tours, le vingt-deuxième jour de décembre mil quatre cent soixante-dix-sept, et de notre règne le dix-septième.Sic signatum supra plicam.Par le Roy en son conseil,L. Texier.Et est scriptum: Lecto, publicato, et registrato, Parisiis, in parlemento, decima quintà die novembris, anno millesimo quadragintesimo septuagesimo nono.

Loys, par la grâce de Dieu, Roy de France à sçavoir faisons à tous présens et advenir que, comme par cy-devant maintes conjurations, conspirations damnables et pernicieuses entreprises ayant été faictes, conspirées et machinées, tant par grands personnages que par moyens et petits, à l’encontre d’aucuns nos progéniteurs Roys de France, et mesmement depuis notre advenement à la couronne:

Disons, déclarons, constituons et ordonnons par lettres, édict, ordonnance et constitution perpétuelle, irrévocable et durable à toujours, que toutes personnes quelconques qui dores en avant sçauront ou auront connaissance de quelques traités, machinations, conspirations et entreprises qui se fairont à l’encontre de notre personne, de notre très chère et amée compagne la Royne, de notre très-cher et amé fils le Dauphin de Viennois, et de nos successeurs Roys et Roynes de France, et de leurs enfants, aussi à l’encontre de l’Estat et seureté de nous ou d’eux et de la chose publique de notre royaume, soient tenus et réputés crimineux de lèze-majesté, et punis de semblable peine et de pareille punition que doivent estre les principaux aucteurs, conspirateurs et fauteurs et conducteurs desdits crimes, sans exception ni réservation de personnes quelconques, de quelque estat, condition, qualité, dignité, noblesse, seigneurie, prééminence ou prérogative que ce soit ou puisse estre, à causede notre sang ou autrement en quelque manière que ce soit, s’ils ne le revellent ou envoyent reveller à nous ou à nos principaux juges et officiers des pays où ils seront, le plustot que possible leur sera appris, qu’ils en auront eu connoissance; auquel cas et quant ainsy le revelleront ou enverront reveller,ils ne seront en aucuns dangers des punitions desdits crimes; mais seront dignes de rémunération entre nous et la chose publique. Toutefois, en autre chose, nous voulons et entendons les anciennes lois, constitutions et ordonnances qui par nos prédécesseurs ou de droict sont introduites, et les usages qui d’ancienneté ont esté gardés et observés en notre royaume, demeurer à leur force et vertu sans aucunement y déroger par ces présentes. Si nous donnons et mandons à nos amés et féaux gens de notre grand conseil, gens de nos parlemens, et à nos autres justiciers, officiers et subjects qui à présent sont et qui seront pour le temps advenir et à chacun d’eux, sy comme à luy appartiendra, que cette présente notre loy, constitution et ordonnance ils facent publier par tous les lieux de leur pouvoir et jurisdiction accoutumés, de faire cris et proclamations publiques, les lire publiquement et enregistrer en leurs cours et auditoires, et, selon icelle loy et constitution, jugent, sententient et déterminent dores en avant, perpétuellement, sans quelconque difficulté, toutes les fois que les cas adviendront. Et afin que soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Et pour ce que ces présentes l’on pourra avoir à besogner à plusieurset divers lieux, nous voulons que auvidimusd’icelles fait soubs scel royal, foy soit adjoustée comme à ce présent original.

Donné au Plessis du Parc-lès-Tours, le vingt-deuxième jour de décembre mil quatre cent soixante-dix-sept, et de notre règne le dix-septième.

Sic signatum supra plicam.

Par le Roy en son conseil,

L. Texier.

Et est scriptum: Lecto, publicato, et registrato, Parisiis, in parlemento, decima quintà die novembris, anno millesimo quadragintesimo septuagesimo nono.

Certes il est facile de comprendre que cet édit ait été rendu par Louis XI en 1477, c’est-à-dire lorsque le comte de La Marche, Jacques d’Armagnac, venait d’avoir la tête tranchée pour crime de lèse-majesté, et quand ses terres et ses biens immenses avaient été impudemment distribués à ses juges[41], héritagemonstrueux et inouï depuis les Tibère et les Néron, et qui s’accomplissait pendant que l’on forçait les enfants du condamné à recevoir goutte à goutte le sang de leur père qui tombait de son échafaud sur leur front. Après ce coup fameux, il pouvait poursuivre et se croire en droit de mépriser assez la France pour lui jeter un tel édit et lui proposer de nouvelles infamies. Accoutumé qu’il était à faire un perpétuel marché des consciences, à beaux deniers comptants, n’allant jamais en avant qu’une bourse dans une main et une hache dans l’autre, il suivait le vieil axiome, qui n’est pas un grand effort de génie et que Machiavel a trop fait valoir, de placer les hommes entre l’espérance et la crainte. Louis XI jouait finement son jeu, mais enfin la France se releva et joua noblement le sien en lui montrant qu’elle avait d’autreshommes que son barbier. Malgré le mot de son invention, car il faut le lui restituer en toute loyauté, malgré la traduction adoucie dedénonciationparrévélation, personne de propos délibéré ne sortit de chez soi pour aller répéter une confidence surprise dans l’abandon de l’amitié, échappée à la table ou au foyer. La vile ordonnance tomba en oubli jusqu’au jour où le cardinal de Richelieu donna le signal de sa résurrection. M. de Thou n’avait point d’échange de place forte à faire contre sa grâce, ainsi que M. de Bouillon, et sa mort devait ajouter à la terreur qu’inspirait celle de M. de Cinq-Mars; s’il était absous, ce serait au moins un censeur jeune et vertueux que conserverait M. de Richelieu; destiné à survivre au vieux ministre, il écrirait peut-être comme son père une histoire du cardinal, et serait un juge à son tour, juge inflexible et irrité par la mort de M. le Grand, son ami. M. de Richelieu pensait à tout, et ces motifs qui ne m’échappent pas ne sauraient lui avoiréchappé. Oublions, pour plus d’impartialité, son mot sur le président de Thou:Il a mis mon nom dans son histoire, je mettrai le sien dans la mienne. Faisons-lui la grâce de l’esprit de vengeance, il reste une dureté inflexible[42], une mauvaise foi profonde et le plus immoral égoïsme. La vie sévère de M. de Thou, qui pouvait devenir utile à un Etat où tout se corrompait, était importune et dangereuse au ministre; il n’hésita pas: n’hésitons pas non plus à juger cette justice. Il faut à tout prix connaître le fond de cesraisons d’Etatsi célébrées et dont on a fait une sorte d’arche sainte impossible à toucher. Les mauvaises actions nous laissent le germe des mauvaises lois, et il n’est pas un passager ministre qui ne cherche à les faire poindre pour conserver lasource de son pouvoir d’emprunt par amour de ce douteux éclat. Une chose peut, il est vrai, rassurer: c’est que toutes les fois qu’une pareille idée se porte au cerveau d’un homme politique la gestation en est pesante et pénible, l’enfantement en serait probablement mortel, et l’avortement est un bonheur public.

Je ne pense pas qu’il se rencontre dans l’histoire un fait qui soit plus propre que le jugement d’Auguste de Thou à déposer contre cette fatale idée, en cas que le mauvais génie de la France voulût jamais que la proposition fût renouvelée d’une loi de non-révélation.

Comme rien n’inspire mieux les réponses les plus sûres et ne les présente avec de plus nettes expressions qu’un danger extrême chez un homme supérieur, je vois que dès l’abord M. de Thou alla au fond de la question de droit et de possibilité avec sa raison, et au fond de la question de sentiment etd’honneur, avec son noble cœur; écoutons-le:

Le jour de sa confrontation avec M. de Cinq-Mars[43], il dit: «Qu’après avoir beaucoup considéré dans son esprit, sçavoir, s’il devoit déclarer au Roy (le voyant tous les jours au camp de Perpignan) la cognoissance qu’il avoit eue de ce traité, il résolut en luy-même pour plusieurs raisons de n’en point parler: 1oIl eut fallu se rendre délateur d’un crime d’Estat de Monsieur, frère unique du Roy, de Monsieur de Bouillon et de Monsieur le Grand,qui estoient tous beaucoup plus puissantset plus accrédités que luy, et qu’il y avoit certitude qu’il succomberoit en cette action, dont iln’avoit aucune preuvepour le vérifier.—Je n’aurois pu citer, dit-il, le tesmoignage de Fontrailles, qui estoit absent, et Monsieur le Grand auroit peut-être nié alors qu’il m’en eust parlé. J’aurois donc passé pour un calomniateur, et mon honneur, qui me sera toujours plus cher que ma propre vie, estoit perdu sans ressource.»2oPour ce qui regarde M. le Grand, il ajoute ces paroles déjà fidèlement rapportées (p. 361) et d’une beauté incomparable par leur simplicité antique, j’oserai presque dire évangélique:—«Il m’a cru son amy unique et fidèle, et je ne l’ai pas voulu trahir.»

Le jour de sa confrontation avec M. de Cinq-Mars[43], il dit: «Qu’après avoir beaucoup considéré dans son esprit, sçavoir, s’il devoit déclarer au Roy (le voyant tous les jours au camp de Perpignan) la cognoissance qu’il avoit eue de ce traité, il résolut en luy-même pour plusieurs raisons de n’en point parler: 1oIl eut fallu se rendre délateur d’un crime d’Estat de Monsieur, frère unique du Roy, de Monsieur de Bouillon et de Monsieur le Grand,qui estoient tous beaucoup plus puissantset plus accrédités que luy, et qu’il y avoit certitude qu’il succomberoit en cette action, dont iln’avoit aucune preuvepour le vérifier.—Je n’aurois pu citer, dit-il, le tesmoignage de Fontrailles, qui estoit absent, et Monsieur le Grand auroit peut-être nié alors qu’il m’en eust parlé. J’aurois donc passé pour un calomniateur, et mon honneur, qui me sera toujours plus cher que ma propre vie, estoit perdu sans ressource.»

2oPour ce qui regarde M. le Grand, il ajoute ces paroles déjà fidèlement rapportées (p. 361) et d’une beauté incomparable par leur simplicité antique, j’oserai presque dire évangélique:

—«Il m’a cru son amy unique et fidèle, et je ne l’ai pas voulu trahir.»

Quelle que puisse être l’entreprise secrète que l’on suppose, ou contre unetête couronnée, ou contre la constitution d’un Etat démocratique, ou contre les corps qui représentent une nation; quelle que soit la nature de l’exécution du complot, ou assassinat, ou expulsion à main armée, ou émeute du peuple, ou corruption ou soulèvement de troupes soldées, la situation sera la même entre le conjuré et celui qui aura reçu sa confidence. Sa première pensée sera la perte irréparable, éternelle de son honneur et de son nom, soit comme calomniateur s’il ne donne pas de preuves, soit comme lâche délateur s’il les donne: puni dans le premier cas par des peines infamantes, puni dans le second par la vindicte publique, qui le montre du doigt tout souillé du sang de ses amis.

Ce premier motif de silence, lorsque M. de Thou daigna l’exprimer, je crois que ce fut pour se mettre à la portée des esprits qui le jugeaient, et pour entrer dans le ton général du procès et dans les termes précis des lois, qui ne se supposent jamais faites que pour les âmes les plus basses, qu’elles circonscriventet pressent par des barrières grossières et une nécessité inexorable et uniforme. Il démontre qu’il n’eût pas pu être délateur quand même il l’eût voulu. Il sous-entend: Si j’eusse été un infâme, je n’aurais pu même accomplir mon infamie, on ne m’eût pas cru.—Mais après ce peu de mots sur l’impossibilité matérielle, il ajoute le motif de l’impossibilité morale, motif vrai et d’une vérité éternelle, immuable, que tous les cultes ont reconnue et sanctionnée, que tous les peuples ont mise en honneur:

Il m’a cru son amy.

Non seulement il ne l’a pas trahi, mais on remarquera que dans tous ses interrogatoires[44], ses confrontations avec M. de Bouillon et M. de Cinq-Mars, il ne nomme et ne compromet personne.

«Soudain que je fus seul avec M. de Thou, dit Fontrailles dans ses Mémoires, il me dit le voyage que je venois de faire en Espagne, et qui me surprit fort, car je croyois qu’il luy eust été célé,conformément à la délibération qui en avoit esté prise.—Quand je luy demanday comme quoy il l’avoit appris, il me déclara en confiance fort franchement qu’il lesçavoit de la Royneet qu’elle le tenoit de Monsieur.«Je n’ignorois pas que Sa Majesté eust fort souhaité une cabale et y avoit contribué de tout son pouvoir[45].»

«Soudain que je fus seul avec M. de Thou, dit Fontrailles dans ses Mémoires, il me dit le voyage que je venois de faire en Espagne, et qui me surprit fort, car je croyois qu’il luy eust été célé,conformément à la délibération qui en avoit esté prise.—Quand je luy demanday comme quoy il l’avoit appris, il me déclara en confiance fort franchement qu’il lesçavoit de la Royneet qu’elle le tenoit de Monsieur.

«Je n’ignorois pas que Sa Majesté eust fort souhaité une cabale et y avoit contribué de tout son pouvoir[45].»

M. de Thou pouvait donc s’appuyer sur cette autorité; mais il sait qu’il fera persécuter la reine Anne d’Autriche, et il se tait. Il se tait aussi sur le Roi lui-même et ne daigne pas répéter ce qu’il a dit au Cardinal dans son entretien particulier. Il ne veut pas de la vie à ce prix.

Quant à M. de Cinq-Mars, il n’a qu’une raison à donner:

Il m’a cru son amy.

Quand même, au lieu d’être un ami éprouvé, il n’eût été qu’un homme uni à M. de Cinq-Mars par des relations passagères,il l’a cru son amy, il a eu foi en lui,il ne l’a pas voulu trahir. Tout est là.

Lorsque la religion chrétienne a instituéla confession, elle a, je l’ai dit ailleurs, divinisé la confidence; comme on aurait pu se défier du confident, elle s’est hâtée de déclarer criminel et digne de la mort éternelle le prêtre qui révèlerait l’aveu fait à son oreille. Il ne fallait pas moins que cela pour transformer tout à coup un étranger en ami, en frère, pour faire qu’un chrétien pût aller ouvrir son âme au premier venu, à l’inconnu qu’il ne reverra jamais, et dormir le soir en paix dans son lit, sûr de son secret comme s’il l’eût dit à Dieu.

Donc, tout ce qu’a pu faire le confesseur à l’aide de sa foi et de l’autorité de l’Eglise, a été d’arriver à être considéré par le pénitent comme un ami, de parvenir à faire naître ces épanchements salutaires, ces larmes sacrées, ces récits complets, ces abandons sans réserve que l’amitié grave et bonne avait seule le droit de recevoir avant la confession, l’amitié, la sainte amitié, qui rend en vertueux conseils ce qu’elle reçoit en coupables aveux.

Si donc le confesseur prétend à la tendresse de cœur, à la bonté suprême de l’ami, quel ami ne doit regarder comme le premier devoir l’infaillible sûreté du secret déposé en lui comme dans le tabernacle du confesseur?

Mais ce n’est pas seulement de l’ami ancien et éprouvé qu’il s’agit, c’est encore de tout homme traité en ami, de toutpremier venuqui, la main dans la main, a reçu une confidence sérieuse. Le droit de l’hospitalité est aussi ancien que la famille et la race humaine: nulle tribu, nulle horde, si sauvage qu’elle soit, ne conçoit qu’il soit possible de livrer son hôte. Un secret est un hôte qui vient se cacher dans le cœur de l’honnête homme comme dans son inviolable asile. Quiconque le livre et le vend est hors la loi des nations.

Ce serait une bien grande honte pour les pauvres règnes qui ne pourraient avoir un peu de durée qu’au prix de ces lois barbares, et se tenir debout qu’avec de si noirs appuis. Mais voulût-on en faire usage, on ne le pourrait pas. Ilfaudrait, pour que ce fût praticable, que la civilisation eût marché d’un pied et non de l’autre. Or on est venu partout à une sorte de délicatesse générale de sentiment qui fait que telles actions publiques ne sont pas même proposables. On ne sait comment, il se fait que telles choses, utiles il y a des siècles, ne se peuvent faire, ne se peuvent dire, ne se peuvent même nommer sérieusement par aucun homme vivant, et cela, sans que jamais on les ait abolies. Ce sont les véritables changements de mœurs qui forcent à naître les véritables et durables lois. Qui nous dira où est le pays si reculé qui oserait aujourd’hui donner à l’homme juge la dépouille de l’homme jugé! Toutes les lois ne sont pas de main humaine... La loi qui défend cet héritage sanglant n’a pas été écrite, elle est venue s’asseoir parmi nous. A ses côtés s’est posée celle qui dit:Tu ne dénonceras pas!et le plus humble journalier n’oserait, de nos jours, se placer à la table de son voisin s’il y avait manqué.

Pour moi, s’il fallait absolument aux hommes politiques quelques vieux ustensiles des temps barbares, j’aimerais mieux leur voir dérouiller, restaurer, et mettre en scène et en usage les chevalets et les outils de la torture; car ils ne souilleraient du moins que le corps et non l’âme de la créature de Dieu. Ils feraient parler peut-être la chair souffrante; mais le cri des nerfs et des os sous la tenaille est moins vil que la froide vente d’une tête sur un comptoir, et il n’y a pas encore eu de nom qui ait été inscrit plus bas que le nom deJudas.

Oui, mieux vaut le danger d’un prince que la démoralisation de l’espèce entière. Mieux vaudrait la fin d’une dynastie et d’une forme de gouvernement, mieux vaudrait même celle d’une nation, car tout cela se remplace et peut renaître, que la mort de toute vertu parmi les hommes.

Évreux, imprimerie deCh. Hérissey

Notes de bas de page[1]Ce nom lui fut donné pour sa valeur et un caractère trop ferme, qui fut son seul crime.[2]On nommait ainsi par abréviation le grand écuyer Cinq-Mars. Ce nom reviendra souvent dans le cours du récit.[3]Dans le long siège de cette ville, on donna ce nom à M. de Richelieu pour tourner en ridicule son obstination à commander comme général en chef et s’attribuer le mérite de la prise de la Rochelle.[4]Il se nommait Laporte. Ni la crainte des supplices, ni l’espoir de l’or du Cardinal ne lui arrachèrent un mot des secrets de la Reine.[5]Lisez l’Astrée(s’il est possible).[6]Un édit de 1639 avait déterminé le costume de la cour. Il était simple et noir.[7]Milton passa en cette année même à Paris, en retournant d’Italie en Angleterre. (VoyezTeland’s Life of Milton.)[8]Lisez laClélie, t. I.[9]Termes des ligueurs.[10]D’Olivarès, comte-duc de San-Lucar.[11]Cette sorte de prédiction en calembours fut publique trois mois avant la conjuration.[12]Rive où Laure égarait ses pas et ses pensées,Qui de sa voix touchante écoutais les accents:Fleurs qui de vos parfums lui présentiez l’encens,Que ses pieds délicats ont doucement pressées.Pétrarque, trad. de Saint-Geniez.[13]La fille.[14]Petit bonnet de laine.[15]Noms des chemins qui mènent d’Espagne en France par les Pyrénées.[16]Exclamation et jurement habituel et intraduisible.[17]Sorte de ballade.[18]Servante.[19]Aucune expression française ne peut représenter la précision énergique de cette romance espagnole. Il faut l’entendre chanter par la voix nasillarde et éclatante, dure et molle, vive et nonchalante tour à tour de quelque Andalous qui caresse de l’extrémité des doigts les cordes d’une petite guitare. Le mouvement est celui d’une danse, et les pensées celles d’un chant de guerre.Yo que soy contrabandistaY campo por mi respecto,A todos los désafioPues a nadie tengo miedo.Ay, jaleo! Muchachas.Quien me marca un hilo negro?Mi caballo esta cansado,Y yo me marcho corriendo.[20]Ay! ay! que viene la ronda,Y se mueve el tiroteo;Ay! ay! cavallito mio,Ay! saca me deste aprieto.Viva, viva mi cavallo,Cavallo mio carreto:Ay! jaleo! Muchachas, ay! jaleo...[21]«Il vécut et mourut avec des brigands. Ne voilà-t-il pas une punition divine dans la famille de ce juge, pour expier en quelque façon la mort cruelle et impitoyable de ce pauvreGrandier, dont le sang crie vengeance?» (Patin, lettre LXV, du 22 décembre 1631.)[22]Le 19 mai 1632.[23]Voyez les Mémoires de Richelieu,Collection des Mémoires, t. XXVIII. p. 139.[24]COPIE TEXTUELLE DE LA CORRESPONDANCE DE MONSIEUR ET DU CARDINAL DE RICHELIEU.A Monsieur de Chavigny.«Monsieur de Chavigny,«Encore que je croie que vous n’êtes pas satisfait de moy, et que véritablement vous en ayez sujet, je ne laisse pas de vous prier de travailler à mon accommodement avec Son Eminence, et d’attendre cet effet de la véritable affection que vous avez pour moy, qui, je crois, sera encore plus grande que votre colère. Vous sçavez le besoin que j’ai que vous me tiriez de la peine où je suis. Vous l’avez déjà fait deux fois auprès de Son Eminence. Je vous jure que ce sera la dernière fois que je vous donnerai de pareils employs.«Gaston d’Orléans.»[25]A Son Excellence le Cardinal-Duc.«Mon Cousin,«Ce mesconnoissant M. le Grand est homme du monde le plus coupable de vous avoir dépleu; les grâces qu’il recevoit de Sa Majesté m’ont toujours fait garder de lui et de tous ses artifices; mais c’est pour vous, mon Cousin, que je conserve mon estime et mon amitié tout entière... Je suis touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy, mon seigneur, et je prends Dieu à témoin de la sincérité avec laquelle je serai toute ma vie le plus fidèle de vos amis, et avec la mesme passion que je suis,«Mon Cousin,«Votre affectionné Cousin,«Gaston.»[26]Réponse du Cardinal.«Monsieur,«Puisque Dieu veut que les hommes aient recours à une ingénue et entière confession pour être absous de leurs fautes en ce monde, je vous enseigne le chemin que vous devez tenir pour vous tirer de peine. Votre Altesse a bien commencé, c’est à elle d’achever. C’est tout ce que je puis vous dire.[27]En 1638, le prince Thomas ayant fait lever le siége d’Hesdin, le Cardinal en fut très peiné. Une religieuse du couvent du Mont-Calvaire avait dit que la victoire seroit au Roy, et le père Joseph vouloit ainsi que l’on crût que le Ciel protégeoit le ministre.(Mémoires pour l’histoire du Cardinal de Richelieu.)[28]En 1639, le Roi consulta son conseil sur la supplique de sa mère exilée pour rentrer en France; Richelieu répondit:«Qui peut douter qu’il ne soit permis à un prince de se séparer d’une mère pour des considérations importantes?... Le Fils de Dieu n’a point fait difficulté de se séparer un temps de sa mère et de la laisser en peine quelques jours. La réponse qu’il fit à sa mère, lorsqu’elle s’en plaignoit, apprend aux Roys que ceux à qui Dieu a commis le soin du bien général d’un royaume doivent toujours le préférer à toutes les obligations particulières.»(Relation de M. de Fontrailles.)[29]Les articles de ce traité sont rapportés en détail dans laRelation de Fontrailles. V. les notes.[30]Mémoires de Sully, 1595.[31]Manuscrit de Pointis, 1642, no183.[32]Mémoires d’Anne d’Autriche, 1642.[33]Maison qui appartenait à un abbé d’Esnay, frère de M. de Villeroy, dit Montrésor.[34]Voir lacopie de cette lettreà Mmela princesse de Guéménée, dans les notes à la fin du volume.[35]Le portrait en pied de M. de Cinq-Mars est conservé dans le musée de Versailles.[36]Le Roi donna au Cardinal, en 1626, une garde de deux cents Arquebusiers; en 1632, quatre cents Mousquetaires à pied; en 1638, deux compagnies de Gens d’armes et de Chevau-légers furent formées par lui.[37]Il avait donné au Roi, sous réserve d’usufruit durant sa vie, ce palais avec ses dépendances, comme aussi sa magnifique chapelle de diamants, avec son grand buffet d’argent ciselé, pesant trois mille marcs, et son grand diamant en forme de cœur, pesant plus de vingt carats; M. de Chavigny accepta cette donation pour le Roi.(Histoire du père Joseph.)[38]Cette gravure existe encore.[39]Chant des guerres civiles. (Voy.Mém. de la Ligue.)[40]On appelait le ParlementSénat. Il existe des lettres adressées àMonseigneur de Harlay, prince du Sénat de Paris et premier juge du royaume.[41]Le seigneur de Beaujeu eut le comté de La Marche (l’arrêt avait été prononcé en son nom); le chevalier de Bonsile, le comté de Castrée; Blosset, la vicomté Carlat; Louis de Graville, les villes de Nemours et de Pont-sur-Yonne; le seigneur de l’Isle eut la vicomté de Murat, etc.; et l’on regrette de voir, parmi les autres noms de ceux qui eurent part à la proie, Philippe de Comines partageant avec Jean de Daillon les biens de Tournai et du Tournaisis, qui avaient appartenu à ce duc de Nemours qu’ils venaient de condamner à mort.[42]Dupuy rapporte dans ses Mémoires que lorsque l’exempt lui apporta la lettre du Chancelier qui lui apprenait l’arrêt:«Et M. de Thou aussi! dit le Cardinal avec un air de satisfaction. M. le Chancelier m’a délivré d’un grand fardeau. Mais, Picaut, ils n’ont point de bourreau!»—On voit s’il pensait à tout.[43]Voir interrogatoire et confrontation (12 septembre 1612), Journal de M. le Cardinal-Duc, écrit de sa main (p. 190).[44]Voir l’interrogatoire et procès-verbaux instruits par M. le Chancelier, etc., 1612.[45]Relation de M. de Fontrailles.

[1]Ce nom lui fut donné pour sa valeur et un caractère trop ferme, qui fut son seul crime.

[1]Ce nom lui fut donné pour sa valeur et un caractère trop ferme, qui fut son seul crime.

[2]On nommait ainsi par abréviation le grand écuyer Cinq-Mars. Ce nom reviendra souvent dans le cours du récit.

[2]On nommait ainsi par abréviation le grand écuyer Cinq-Mars. Ce nom reviendra souvent dans le cours du récit.

[3]Dans le long siège de cette ville, on donna ce nom à M. de Richelieu pour tourner en ridicule son obstination à commander comme général en chef et s’attribuer le mérite de la prise de la Rochelle.

[3]Dans le long siège de cette ville, on donna ce nom à M. de Richelieu pour tourner en ridicule son obstination à commander comme général en chef et s’attribuer le mérite de la prise de la Rochelle.

[4]Il se nommait Laporte. Ni la crainte des supplices, ni l’espoir de l’or du Cardinal ne lui arrachèrent un mot des secrets de la Reine.

[4]Il se nommait Laporte. Ni la crainte des supplices, ni l’espoir de l’or du Cardinal ne lui arrachèrent un mot des secrets de la Reine.

[5]Lisez l’Astrée(s’il est possible).

[5]Lisez l’Astrée(s’il est possible).

[6]Un édit de 1639 avait déterminé le costume de la cour. Il était simple et noir.

[6]Un édit de 1639 avait déterminé le costume de la cour. Il était simple et noir.

[7]Milton passa en cette année même à Paris, en retournant d’Italie en Angleterre. (VoyezTeland’s Life of Milton.)

[7]Milton passa en cette année même à Paris, en retournant d’Italie en Angleterre. (VoyezTeland’s Life of Milton.)

[8]Lisez laClélie, t. I.

[8]Lisez laClélie, t. I.

[9]Termes des ligueurs.

[9]Termes des ligueurs.

[10]D’Olivarès, comte-duc de San-Lucar.

[10]D’Olivarès, comte-duc de San-Lucar.

[11]Cette sorte de prédiction en calembours fut publique trois mois avant la conjuration.

[11]Cette sorte de prédiction en calembours fut publique trois mois avant la conjuration.

[12]Rive où Laure égarait ses pas et ses pensées,Qui de sa voix touchante écoutais les accents:Fleurs qui de vos parfums lui présentiez l’encens,Que ses pieds délicats ont doucement pressées.Pétrarque, trad. de Saint-Geniez.

[12]

Rive où Laure égarait ses pas et ses pensées,Qui de sa voix touchante écoutais les accents:Fleurs qui de vos parfums lui présentiez l’encens,Que ses pieds délicats ont doucement pressées.Pétrarque, trad. de Saint-Geniez.

Rive où Laure égarait ses pas et ses pensées,Qui de sa voix touchante écoutais les accents:Fleurs qui de vos parfums lui présentiez l’encens,Que ses pieds délicats ont doucement pressées.

Pétrarque, trad. de Saint-Geniez.

[13]La fille.

[13]La fille.

[14]Petit bonnet de laine.

[14]Petit bonnet de laine.

[15]Noms des chemins qui mènent d’Espagne en France par les Pyrénées.

[15]Noms des chemins qui mènent d’Espagne en France par les Pyrénées.

[16]Exclamation et jurement habituel et intraduisible.

[16]Exclamation et jurement habituel et intraduisible.

[17]Sorte de ballade.

[17]Sorte de ballade.

[18]Servante.

[18]Servante.

[19]Aucune expression française ne peut représenter la précision énergique de cette romance espagnole. Il faut l’entendre chanter par la voix nasillarde et éclatante, dure et molle, vive et nonchalante tour à tour de quelque Andalous qui caresse de l’extrémité des doigts les cordes d’une petite guitare. Le mouvement est celui d’une danse, et les pensées celles d’un chant de guerre.Yo que soy contrabandistaY campo por mi respecto,A todos los désafioPues a nadie tengo miedo.Ay, jaleo! Muchachas.Quien me marca un hilo negro?Mi caballo esta cansado,Y yo me marcho corriendo.

[19]Aucune expression française ne peut représenter la précision énergique de cette romance espagnole. Il faut l’entendre chanter par la voix nasillarde et éclatante, dure et molle, vive et nonchalante tour à tour de quelque Andalous qui caresse de l’extrémité des doigts les cordes d’une petite guitare. Le mouvement est celui d’une danse, et les pensées celles d’un chant de guerre.

Yo que soy contrabandistaY campo por mi respecto,A todos los désafioPues a nadie tengo miedo.Ay, jaleo! Muchachas.Quien me marca un hilo negro?Mi caballo esta cansado,Y yo me marcho corriendo.

Yo que soy contrabandistaY campo por mi respecto,A todos los désafioPues a nadie tengo miedo.

Ay, jaleo! Muchachas.Quien me marca un hilo negro?Mi caballo esta cansado,Y yo me marcho corriendo.

[20]Ay! ay! que viene la ronda,Y se mueve el tiroteo;Ay! ay! cavallito mio,Ay! saca me deste aprieto.Viva, viva mi cavallo,Cavallo mio carreto:Ay! jaleo! Muchachas, ay! jaleo...

[20]

Ay! ay! que viene la ronda,Y se mueve el tiroteo;Ay! ay! cavallito mio,Ay! saca me deste aprieto.Viva, viva mi cavallo,Cavallo mio carreto:Ay! jaleo! Muchachas, ay! jaleo...

Ay! ay! que viene la ronda,Y se mueve el tiroteo;Ay! ay! cavallito mio,Ay! saca me deste aprieto.

Viva, viva mi cavallo,Cavallo mio carreto:Ay! jaleo! Muchachas, ay! jaleo...

[21]«Il vécut et mourut avec des brigands. Ne voilà-t-il pas une punition divine dans la famille de ce juge, pour expier en quelque façon la mort cruelle et impitoyable de ce pauvreGrandier, dont le sang crie vengeance?» (Patin, lettre LXV, du 22 décembre 1631.)

[21]«Il vécut et mourut avec des brigands. Ne voilà-t-il pas une punition divine dans la famille de ce juge, pour expier en quelque façon la mort cruelle et impitoyable de ce pauvreGrandier, dont le sang crie vengeance?» (Patin, lettre LXV, du 22 décembre 1631.)

[22]Le 19 mai 1632.

[22]Le 19 mai 1632.

[23]Voyez les Mémoires de Richelieu,Collection des Mémoires, t. XXVIII. p. 139.

[23]Voyez les Mémoires de Richelieu,Collection des Mémoires, t. XXVIII. p. 139.

[24]COPIE TEXTUELLE DE LA CORRESPONDANCE DE MONSIEUR ET DU CARDINAL DE RICHELIEU.A Monsieur de Chavigny.«Monsieur de Chavigny,«Encore que je croie que vous n’êtes pas satisfait de moy, et que véritablement vous en ayez sujet, je ne laisse pas de vous prier de travailler à mon accommodement avec Son Eminence, et d’attendre cet effet de la véritable affection que vous avez pour moy, qui, je crois, sera encore plus grande que votre colère. Vous sçavez le besoin que j’ai que vous me tiriez de la peine où je suis. Vous l’avez déjà fait deux fois auprès de Son Eminence. Je vous jure que ce sera la dernière fois que je vous donnerai de pareils employs.«Gaston d’Orléans.»

[24]

COPIE TEXTUELLE DE LA CORRESPONDANCE DE MONSIEUR ET DU CARDINAL DE RICHELIEU.A Monsieur de Chavigny.«Monsieur de Chavigny,«Encore que je croie que vous n’êtes pas satisfait de moy, et que véritablement vous en ayez sujet, je ne laisse pas de vous prier de travailler à mon accommodement avec Son Eminence, et d’attendre cet effet de la véritable affection que vous avez pour moy, qui, je crois, sera encore plus grande que votre colère. Vous sçavez le besoin que j’ai que vous me tiriez de la peine où je suis. Vous l’avez déjà fait deux fois auprès de Son Eminence. Je vous jure que ce sera la dernière fois que je vous donnerai de pareils employs.«Gaston d’Orléans.»

COPIE TEXTUELLE DE LA CORRESPONDANCE DE MONSIEUR ET DU CARDINAL DE RICHELIEU.

A Monsieur de Chavigny.

«Monsieur de Chavigny,

«Encore que je croie que vous n’êtes pas satisfait de moy, et que véritablement vous en ayez sujet, je ne laisse pas de vous prier de travailler à mon accommodement avec Son Eminence, et d’attendre cet effet de la véritable affection que vous avez pour moy, qui, je crois, sera encore plus grande que votre colère. Vous sçavez le besoin que j’ai que vous me tiriez de la peine où je suis. Vous l’avez déjà fait deux fois auprès de Son Eminence. Je vous jure que ce sera la dernière fois que je vous donnerai de pareils employs.

«Gaston d’Orléans.»

[25]A Son Excellence le Cardinal-Duc.«Mon Cousin,«Ce mesconnoissant M. le Grand est homme du monde le plus coupable de vous avoir dépleu; les grâces qu’il recevoit de Sa Majesté m’ont toujours fait garder de lui et de tous ses artifices; mais c’est pour vous, mon Cousin, que je conserve mon estime et mon amitié tout entière... Je suis touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy, mon seigneur, et je prends Dieu à témoin de la sincérité avec laquelle je serai toute ma vie le plus fidèle de vos amis, et avec la mesme passion que je suis,«Mon Cousin,«Votre affectionné Cousin,«Gaston.»

[25]

A Son Excellence le Cardinal-Duc.«Mon Cousin,«Ce mesconnoissant M. le Grand est homme du monde le plus coupable de vous avoir dépleu; les grâces qu’il recevoit de Sa Majesté m’ont toujours fait garder de lui et de tous ses artifices; mais c’est pour vous, mon Cousin, que je conserve mon estime et mon amitié tout entière... Je suis touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy, mon seigneur, et je prends Dieu à témoin de la sincérité avec laquelle je serai toute ma vie le plus fidèle de vos amis, et avec la mesme passion que je suis,«Mon Cousin,«Votre affectionné Cousin,«Gaston.»

A Son Excellence le Cardinal-Duc.

«Mon Cousin,

«Ce mesconnoissant M. le Grand est homme du monde le plus coupable de vous avoir dépleu; les grâces qu’il recevoit de Sa Majesté m’ont toujours fait garder de lui et de tous ses artifices; mais c’est pour vous, mon Cousin, que je conserve mon estime et mon amitié tout entière... Je suis touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy, mon seigneur, et je prends Dieu à témoin de la sincérité avec laquelle je serai toute ma vie le plus fidèle de vos amis, et avec la mesme passion que je suis,

«Mon Cousin,

«Votre affectionné Cousin,«Gaston.»

[26]Réponse du Cardinal.«Monsieur,«Puisque Dieu veut que les hommes aient recours à une ingénue et entière confession pour être absous de leurs fautes en ce monde, je vous enseigne le chemin que vous devez tenir pour vous tirer de peine. Votre Altesse a bien commencé, c’est à elle d’achever. C’est tout ce que je puis vous dire.

[26]

Réponse du Cardinal.«Monsieur,«Puisque Dieu veut que les hommes aient recours à une ingénue et entière confession pour être absous de leurs fautes en ce monde, je vous enseigne le chemin que vous devez tenir pour vous tirer de peine. Votre Altesse a bien commencé, c’est à elle d’achever. C’est tout ce que je puis vous dire.

Réponse du Cardinal.

«Monsieur,

«Puisque Dieu veut que les hommes aient recours à une ingénue et entière confession pour être absous de leurs fautes en ce monde, je vous enseigne le chemin que vous devez tenir pour vous tirer de peine. Votre Altesse a bien commencé, c’est à elle d’achever. C’est tout ce que je puis vous dire.

[27]En 1638, le prince Thomas ayant fait lever le siége d’Hesdin, le Cardinal en fut très peiné. Une religieuse du couvent du Mont-Calvaire avait dit que la victoire seroit au Roy, et le père Joseph vouloit ainsi que l’on crût que le Ciel protégeoit le ministre.(Mémoires pour l’histoire du Cardinal de Richelieu.)

[27]En 1638, le prince Thomas ayant fait lever le siége d’Hesdin, le Cardinal en fut très peiné. Une religieuse du couvent du Mont-Calvaire avait dit que la victoire seroit au Roy, et le père Joseph vouloit ainsi que l’on crût que le Ciel protégeoit le ministre.

(Mémoires pour l’histoire du Cardinal de Richelieu.)

[28]En 1639, le Roi consulta son conseil sur la supplique de sa mère exilée pour rentrer en France; Richelieu répondit:«Qui peut douter qu’il ne soit permis à un prince de se séparer d’une mère pour des considérations importantes?... Le Fils de Dieu n’a point fait difficulté de se séparer un temps de sa mère et de la laisser en peine quelques jours. La réponse qu’il fit à sa mère, lorsqu’elle s’en plaignoit, apprend aux Roys que ceux à qui Dieu a commis le soin du bien général d’un royaume doivent toujours le préférer à toutes les obligations particulières.»(Relation de M. de Fontrailles.)

[28]En 1639, le Roi consulta son conseil sur la supplique de sa mère exilée pour rentrer en France; Richelieu répondit:

«Qui peut douter qu’il ne soit permis à un prince de se séparer d’une mère pour des considérations importantes?... Le Fils de Dieu n’a point fait difficulté de se séparer un temps de sa mère et de la laisser en peine quelques jours. La réponse qu’il fit à sa mère, lorsqu’elle s’en plaignoit, apprend aux Roys que ceux à qui Dieu a commis le soin du bien général d’un royaume doivent toujours le préférer à toutes les obligations particulières.»

(Relation de M. de Fontrailles.)

[29]Les articles de ce traité sont rapportés en détail dans laRelation de Fontrailles. V. les notes.

[29]Les articles de ce traité sont rapportés en détail dans laRelation de Fontrailles. V. les notes.

[30]Mémoires de Sully, 1595.

[30]Mémoires de Sully, 1595.

[31]Manuscrit de Pointis, 1642, no183.

[31]Manuscrit de Pointis, 1642, no183.

[32]Mémoires d’Anne d’Autriche, 1642.

[32]Mémoires d’Anne d’Autriche, 1642.

[33]Maison qui appartenait à un abbé d’Esnay, frère de M. de Villeroy, dit Montrésor.

[33]Maison qui appartenait à un abbé d’Esnay, frère de M. de Villeroy, dit Montrésor.

[34]Voir lacopie de cette lettreà Mmela princesse de Guéménée, dans les notes à la fin du volume.

[34]Voir lacopie de cette lettreà Mmela princesse de Guéménée, dans les notes à la fin du volume.

[35]Le portrait en pied de M. de Cinq-Mars est conservé dans le musée de Versailles.

[35]Le portrait en pied de M. de Cinq-Mars est conservé dans le musée de Versailles.

[36]Le Roi donna au Cardinal, en 1626, une garde de deux cents Arquebusiers; en 1632, quatre cents Mousquetaires à pied; en 1638, deux compagnies de Gens d’armes et de Chevau-légers furent formées par lui.

[36]Le Roi donna au Cardinal, en 1626, une garde de deux cents Arquebusiers; en 1632, quatre cents Mousquetaires à pied; en 1638, deux compagnies de Gens d’armes et de Chevau-légers furent formées par lui.

[37]Il avait donné au Roi, sous réserve d’usufruit durant sa vie, ce palais avec ses dépendances, comme aussi sa magnifique chapelle de diamants, avec son grand buffet d’argent ciselé, pesant trois mille marcs, et son grand diamant en forme de cœur, pesant plus de vingt carats; M. de Chavigny accepta cette donation pour le Roi.(Histoire du père Joseph.)

[37]Il avait donné au Roi, sous réserve d’usufruit durant sa vie, ce palais avec ses dépendances, comme aussi sa magnifique chapelle de diamants, avec son grand buffet d’argent ciselé, pesant trois mille marcs, et son grand diamant en forme de cœur, pesant plus de vingt carats; M. de Chavigny accepta cette donation pour le Roi.

(Histoire du père Joseph.)

[38]Cette gravure existe encore.

[38]Cette gravure existe encore.

[39]Chant des guerres civiles. (Voy.Mém. de la Ligue.)

[39]Chant des guerres civiles. (Voy.Mém. de la Ligue.)

[40]On appelait le ParlementSénat. Il existe des lettres adressées àMonseigneur de Harlay, prince du Sénat de Paris et premier juge du royaume.

[40]On appelait le ParlementSénat. Il existe des lettres adressées àMonseigneur de Harlay, prince du Sénat de Paris et premier juge du royaume.

[41]Le seigneur de Beaujeu eut le comté de La Marche (l’arrêt avait été prononcé en son nom); le chevalier de Bonsile, le comté de Castrée; Blosset, la vicomté Carlat; Louis de Graville, les villes de Nemours et de Pont-sur-Yonne; le seigneur de l’Isle eut la vicomté de Murat, etc.; et l’on regrette de voir, parmi les autres noms de ceux qui eurent part à la proie, Philippe de Comines partageant avec Jean de Daillon les biens de Tournai et du Tournaisis, qui avaient appartenu à ce duc de Nemours qu’ils venaient de condamner à mort.

[41]Le seigneur de Beaujeu eut le comté de La Marche (l’arrêt avait été prononcé en son nom); le chevalier de Bonsile, le comté de Castrée; Blosset, la vicomté Carlat; Louis de Graville, les villes de Nemours et de Pont-sur-Yonne; le seigneur de l’Isle eut la vicomté de Murat, etc.; et l’on regrette de voir, parmi les autres noms de ceux qui eurent part à la proie, Philippe de Comines partageant avec Jean de Daillon les biens de Tournai et du Tournaisis, qui avaient appartenu à ce duc de Nemours qu’ils venaient de condamner à mort.

[42]Dupuy rapporte dans ses Mémoires que lorsque l’exempt lui apporta la lettre du Chancelier qui lui apprenait l’arrêt:«Et M. de Thou aussi! dit le Cardinal avec un air de satisfaction. M. le Chancelier m’a délivré d’un grand fardeau. Mais, Picaut, ils n’ont point de bourreau!»—On voit s’il pensait à tout.

[42]Dupuy rapporte dans ses Mémoires que lorsque l’exempt lui apporta la lettre du Chancelier qui lui apprenait l’arrêt:

«Et M. de Thou aussi! dit le Cardinal avec un air de satisfaction. M. le Chancelier m’a délivré d’un grand fardeau. Mais, Picaut, ils n’ont point de bourreau!»—On voit s’il pensait à tout.

[43]Voir interrogatoire et confrontation (12 septembre 1612), Journal de M. le Cardinal-Duc, écrit de sa main (p. 190).

[43]Voir interrogatoire et confrontation (12 septembre 1612), Journal de M. le Cardinal-Duc, écrit de sa main (p. 190).

[44]Voir l’interrogatoire et procès-verbaux instruits par M. le Chancelier, etc., 1612.

[44]Voir l’interrogatoire et procès-verbaux instruits par M. le Chancelier, etc., 1612.

[45]Relation de M. de Fontrailles.

[45]Relation de M. de Fontrailles.

— Note de transcription détaillée —Cette version électronique comporte les corrections suivantes:p. 64, «Louis XII» corrigé en «Louis XIII» («le buste [...] du roi Louis XIII», qui est aussi mentionné en page 120);p. 70, «tenait» corrigé en «tentait» («et tentait de cacher la surprise»);p. 159, «Ambijoux» corrigé en «Aubijoux» («N’est-ce pas, d’Aubijoux?»);p. 272, second «de» manquant ajouté dans «l’avis de la Reine-mère et de la cour»;p. 281/282, «chevaux» corrigé en «cheveux» («Les diamants ne vont bien qu’aux cheveux noirs»);p. 329, «dont» corrigé en «donc» («Le duc de Bragance donc»);p. 332, «même» corrigé en «mêmes» («dans les ressources mêmes qu’il inventait.»);p. 379, «même» corrigé en «mêmes» («ceux mêmes qui doivent affliger»);p. 450, «aimée» corrigé en «animée» («une voix forte et animée»).Les variations dans l’orthographe et l’accentuation des mots n’ont pas été corrigées.Dans la note en bas de la page 178 (ici note 7), «Teland’s Life of Milton» est vraisemblablement une erreur pour «Toland’s Life of Milton».

— Note de transcription détaillée —

Cette version électronique comporte les corrections suivantes:

Les variations dans l’orthographe et l’accentuation des mots n’ont pas été corrigées.

Dans la note en bas de la page 178 (ici note 7), «Teland’s Life of Milton» est vraisemblablement une erreur pour «Toland’s Life of Milton».


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