— Il me semble pourtant que j’omets quelque chose,Quoi, je ne sais pas dire, et pourtant je sens bien,Ce recueil-là n’est pas complet : quelle est la choseQui lui manque pour être bien, tout à fait bien ?Malheureux, tu n’as point promulgué ta technique !Voilà l’âpre hiatus, et voilà le souciQui ce cœur dévasta ! Seulement, de technique,Il faut donc l’avouer, je n’eus jamais souci !Il urge cependant que je m’en déterre une :Tant de héros jamais n’ayant produit rien plusN’en sont héros que plus ! je vais en bâtir une,Fais-lui, Lecteur, accueil : quoi te faut-il de plus ?Technique— Tu veux naître Poète, eh ! gars ? baise ta plume,Tes brosses, burin, lyre ou pipeaux, puis écris,Vers carrés, biscornus, vers, proses ; sois tout grisOu tout resplendissant ; mastique, fange et brumeOu ravage l’azur : mais que ton cerveau fumeD’un intérieur feu ! trotte avec les espritsBien peignés, ou bien sois un ange malappris,Comme l’Enfant Sigfried bête et dieu, fends l’enclume,Mais comme lui sors-nous ton glaive de géant :Et le reste n’est pas, et le reste est néant,Et l’art sans rage aux reins, c’est morne apostasie ;Entends ce seul avis, — il semble insane — que :L’unique arcane pour fleurir en Poésie,C’est se sentir Poète, et le reste un beau jeu !
— Il me semble pourtant que j’omets quelque chose,Quoi, je ne sais pas dire, et pourtant je sens bien,Ce recueil-là n’est pas complet : quelle est la choseQui lui manque pour être bien, tout à fait bien ?Malheureux, tu n’as point promulgué ta technique !Voilà l’âpre hiatus, et voilà le souciQui ce cœur dévasta ! Seulement, de technique,Il faut donc l’avouer, je n’eus jamais souci !Il urge cependant que je m’en déterre une :Tant de héros jamais n’ayant produit rien plusN’en sont héros que plus ! je vais en bâtir une,Fais-lui, Lecteur, accueil : quoi te faut-il de plus ?Technique— Tu veux naître Poète, eh ! gars ? baise ta plume,Tes brosses, burin, lyre ou pipeaux, puis écris,Vers carrés, biscornus, vers, proses ; sois tout grisOu tout resplendissant ; mastique, fange et brumeOu ravage l’azur : mais que ton cerveau fumeD’un intérieur feu ! trotte avec les espritsBien peignés, ou bien sois un ange malappris,Comme l’Enfant Sigfried bête et dieu, fends l’enclume,Mais comme lui sors-nous ton glaive de géant :Et le reste n’est pas, et le reste est néant,Et l’art sans rage aux reins, c’est morne apostasie ;Entends ce seul avis, — il semble insane — que :L’unique arcane pour fleurir en Poésie,C’est se sentir Poète, et le reste un beau jeu !
— Il me semble pourtant que j’omets quelque chose,
Quoi, je ne sais pas dire, et pourtant je sens bien,
Ce recueil-là n’est pas complet : quelle est la chose
Qui lui manque pour être bien, tout à fait bien ?
Malheureux, tu n’as point promulgué ta technique !
Voilà l’âpre hiatus, et voilà le souci
Qui ce cœur dévasta ! Seulement, de technique,
Il faut donc l’avouer, je n’eus jamais souci !
Il urge cependant que je m’en déterre une :
Tant de héros jamais n’ayant produit rien plus
N’en sont héros que plus ! je vais en bâtir une,
Fais-lui, Lecteur, accueil : quoi te faut-il de plus ?
Technique
— Tu veux naître Poète, eh ! gars ? baise ta plume,
Tes brosses, burin, lyre ou pipeaux, puis écris,
Vers carrés, biscornus, vers, proses ; sois tout gris
Ou tout resplendissant ; mastique, fange et brume
Ou ravage l’azur : mais que ton cerveau fume
D’un intérieur feu ! trotte avec les esprits
Bien peignés, ou bien sois un ange malappris,
Comme l’Enfant Sigfried bête et dieu, fends l’enclume,
Mais comme lui sors-nous ton glaive de géant :
Et le reste n’est pas, et le reste est néant,
Et l’art sans rage aux reins, c’est morne apostasie ;
Entends ce seul avis, — il semble insane — que :
L’unique arcane pour fleurir en Poésie,
C’est se sentir Poète, et le reste un beau jeu !