Chapter 9

[29]Cette prise de ville n'a rien d'invraisemblable: Bélisaire s'est emparé de Naples grâce au même stratagème, v. Procope,de Bello goth.,I, 10.

[29]Cette prise de ville n'a rien d'invraisemblable: Bélisaire s'est emparé de Naples grâce au même stratagème, v. Procope,de Bello goth.,I, 10.

[30]De même on voit, en 531, le roi Amalaric, attaqué à Barcelone par Childebert, se réfugier dans une église. Grégoire de Tours,III, 10. Cf.Histoire poétique des Mérovingiens, p. 263, note.

[30]De même on voit, en 531, le roi Amalaric, attaqué à Barcelone par Childebert, se réfugier dans une église. Grégoire de Tours,III, 10. Cf.Histoire poétique des Mérovingiens, p. 263, note.

[31]Grégoire de Tours,II, 33. Frédégaire,III, 23, prétend qu'il les fit périr: il n'y a là qu'une des preuves de la négligence avec laquelle il résume Grégoire.

[31]Grégoire de Tours,II, 33. Frédégaire,III, 23, prétend qu'il les fit périr: il n'y a là qu'une des preuves de la négligence avec laquelle il résume Grégoire.

La vengeance de Gondebaud fut atroce et indigne de lui. La curie de Vienne, qui existait encore et qui comptait quantité de personnages distingués, parmi lesquels plusieurs se glorifiaient du titre d'illustres, fut saignée largement. Tous ceux de ses membres qui avaient embrassé le parti de Godegisil périrent dans des supplices raffinés[32]. Le même sort frappa ceux des Burgondes qui s'étaient rendus coupables de la même trahison. La terreur régna dans le pays, retombé tout entier, depuis la prise de Vienne, au pouvoir de Gondebaud. Après les hécatombes des premiers jours, le vainqueur s'attacha à ramener par la douceur de son gouvernement les cœurs qu'il avait pu s'aliéner par ses violences. C'est des années qui suivirent ces événements que date laloi Gombette, ce code plus doux, fait, au dire d'un chroniqueur peu suspect,pour empêcher les Burgondes d'opprimer les Gallo-Romains[33]. Les leçons de l'expérience avaient profité au vieux roi: il s'était rendu compte de la nécessité de ménager les populations indigènes, seule base d'une nationalité stable et forte. Il semble même avoir entrevu l'urgence de combler l'abîme religieux qui le séparait de la plusgrande partie de ses sujets: ses conférences religieuses avec saint Avitus se multiplièrent à partir de cette date, et, s'il en faut croire Grégoire de Tours, il aurait même demandé à l'évêque de Vienne de le recevoir en secret dans la communion catholique[34]. Mais il ne put se décider à faire publiquement l'acte d'adhésion qu'on exigeait de lui, et la crainte des Burgondes ariens l'arrêta toute sa vie sur le seuil de la maison de Dieu.

[32]Interfectis senatoribus Burgundionibusque qui Godigiselo consenserant. C'est la leçon d'un des meilleurs manuscrits de Grégoire de Tours, leCasinensis(voir l'édition de Grégoire par W. Arndt, p. 25). Les autres manuscrits omettent leque, ce qui rend le texte inintelligible. En effet, en Burgondie, tous lessenatoressont romains et tous lesBurgundionessont barbares: dessenatores Burgundionesseraient des Romains-Germains ou des civilisés barbares.

[32]Interfectis senatoribus Burgundionibusque qui Godigiselo consenserant. C'est la leçon d'un des meilleurs manuscrits de Grégoire de Tours, leCasinensis(voir l'édition de Grégoire par W. Arndt, p. 25). Les autres manuscrits omettent leque, ce qui rend le texte inintelligible. En effet, en Burgondie, tous lessenatoressont romains et tous lesBurgundionessont barbares: dessenatores Burgundionesseraient des Romains-Germains ou des civilisés barbares.

[33]Grégoire de Tours,II, 33.

[33]Grégoire de Tours,II, 33.

[34]Grégoire de Tours,II, 34.

[34]Grégoire de Tours,II, 34.

Somme toute, il avait seul profité de la guerre entreprise pour le dépouiller du trône, et dans laquelle il avait passé par de si singulières vicissitudes. Elle lui avait permis de rétablir l'unité burgonde, de se débarrasser d'un rival dangereux, et de forcer le roi des Francs lui-même à compter avec lui. La neutralité de Clovis, quel qu'en ait été le motif, contribuait à rehausser encore le prestige de Gondebaud auprès des siens, et Avitus était sans doute l'interprète de l'opinion publique en Burgondie lorsqu'il lui écrivait: «Tous vos dommages se sont tournés en profit; ce qui faisait couler nos larmes nous réjouit maintenant[35].» Quant au peuple franc, étonné de voir son souverain, pour la première fois, revenir d'une guerre les mains vides, il se persuada qu'il y avait là-dessous quelque ruse déloyale qui lui avait enlevé les fruits de sa vaillance, et il imagina la légende que nous avons résumée plus haut.

[35]S. Avitus,Epist., 5:ad Gundobodum.

[35]S. Avitus,Epist., 5:ad Gundobodum.

Cependant les relations entre les deux monarques semblent s'être améliorées de bonne heure. Une ou deux années après la guerre, Gondebaud et Clovis eurent une entrevue aux confins de leurs royaumes, sur les bords de la Cure, affluent de l'Yonne en amont d'Auxerre[36]. Selonl'étiquette barbare, les deux souverains se rencontrèrent au milieu du cours de la rivière, chacun dans une embarcation avec son escorte: c'était le moyen imaginé par la diplomatie pour qu'aucun des deux ne fût obligé de poser le pied sur le sol d'autrui, et que les négociations pussent avoir lieu en pays neutre, dans des conditions de sécurité et de dignité égales de part et d'autre[37]. On devine quel fut l'objet principal de l'entretien des deux rois. Chacun désirait effacer le souvenir des dissentiments anciens; il ne fut donc pas difficile de s'entendre. Mais un point plus délicat, et qui fut certainement abordé par Clovis, ce fut la question de l'alliance franco-burgonde[38]. Gondebaud n'ignorait pas qu'elle signifiait pour lui la rupture avec les Visigoths, ses alliés d'hier, et qu'elle l'entraînerait dans tous les hasards où voudrait s'aventurer la politique de son jeune et ambitieux parent. Il est possible qu'il n'ait pas cédé sur l'heure, et qu'il ait voulu prendre le temps de la réflexion; ce qui est certain, c'est qu'en somme l'alliancefut conclue, et les Visigoths abandonnés par le roi des Burgondes. Vienne le jour où éclatera l'inévitable conflit entre le jeune royaume catholique et la vieille monarchie des persécuteurs ariens, et le roi des Burgondes sera aux côtés de Clovis, comme un auxiliaire sûr et éprouvé.

[36]Ou du Cousin, affluent de la Cure, selon M. Thomas,Sur un passage de la Vita sancti Eptadii, dans lesMélanges Julien Havet, Paris, 1895. Le texte, qui n'est conservé que dans deux manuscrits, est fort corrompu; M. Krusch par des conjectures très arbitraires (S. R. M. t. III, p. 189, c. 8), n'a fait que l'altérer davantage. Je garde la leçon de M. Thomas. (V. l'Appendice.)

[36]Ou du Cousin, affluent de la Cure, selon M. Thomas,Sur un passage de la Vita sancti Eptadii, dans lesMélanges Julien Havet, Paris, 1895. Le texte, qui n'est conservé que dans deux manuscrits, est fort corrompu; M. Krusch par des conjectures très arbitraires (S. R. M. t. III, p. 189, c. 8), n'a fait que l'altérer davantage. Je garde la leçon de M. Thomas. (V. l'Appendice.)

[37]LeVita Eptadii, par qui nous connaissons cette entrevue, n'en marque pas la date; mais d'aucune manière elle n'est postérieure à 507. Jahn, t. II, p. 109, qui ne cesse de se distinguer par l'excessive faiblesse de sa critique, s'avise cette fois de déployer une rigueur non moins excessive en contestant le témoignage duVita Eptadii, mais ses raisons n'ont aucune valeur. Quant à la date, M. Levison (Zur Geschichte des Frankenkönigs, Clodowech) croit que le texte fait penser plutôt à 494, attendu que notre épisode y est raconté avant un autre (ch. 11), qu'il croit de cette date. Mais, outre que ce dernier point est fort discutable, le passage duVita Eptadiinous montre que l'entrevue des deux rois a lieupacis mediante concordia, termes qui s'expliquent le mieux après une guerre.

[37]LeVita Eptadii, par qui nous connaissons cette entrevue, n'en marque pas la date; mais d'aucune manière elle n'est postérieure à 507. Jahn, t. II, p. 109, qui ne cesse de se distinguer par l'excessive faiblesse de sa critique, s'avise cette fois de déployer une rigueur non moins excessive en contestant le témoignage duVita Eptadii, mais ses raisons n'ont aucune valeur. Quant à la date, M. Levison (Zur Geschichte des Frankenkönigs, Clodowech) croit que le texte fait penser plutôt à 494, attendu que notre épisode y est raconté avant un autre (ch. 11), qu'il croit de cette date. Mais, outre que ce dernier point est fort discutable, le passage duVita Eptadiinous montre que l'entrevue des deux rois a lieupacis mediante concordia, termes qui s'expliquent le mieux après une guerre.

[38]Eodem tempore quo se ad fluvium Quorandam, pacis mediante concordia, duorum regnum Burgundionum gentis et Francorum est conjuncta potentia.Vita Eptadii, dans Bouquet, III, p. 380. Voir toutefois l'Appendice.

[38]Eodem tempore quo se ad fluvium Quorandam, pacis mediante concordia, duorum regnum Burgundionum gentis et Francorum est conjuncta potentia.Vita Eptadii, dans Bouquet, III, p. 380. Voir toutefois l'Appendice.

Un épisode de l'entrevue sur la Cure a été heureusement conservé par l'histoire. Il y avait alors, aux confins des deux royaumes, un saint personnage du nom d'Eptadius, que Clovis désirait vivement attacher à la destinée des Francs. Il pria Gondebaud, dont cet homme était le sujet, d'abandonner ses droits sur lui, et de permettre qu'il devînt évêque d'Auxerre. Gondebaud, dit l'hagiographe, ne céda qu'à grand'peine, et comme quelqu'un à qui on demande de renoncer à un trésor; finalement, il ne put pas se dérober aux sollicitations de son nouvel allié, et il accorda l'autorisation demandée. On eut plus de peine à vaincre la modestie du saint que la constance de son roi. Eptadius eut beau être élu à l'unanimité par le clergé et par le peuple, il ne voulut pas accepter le redoutable honneur qu'on lui destinait, et il s'enfuit dans les solitudes montagneuses du Morvan. Il fallut, pour le décider à revenir, que Clovis s'engageât à respecter ses scrupules et lui fournît les ressources pour racheter les prisonniers qui avaient été faits pendant la guerre. Alors le saint reparut, et, encouragé par le roi, reprit avec une énergie redoublée sa noble tâche de rédempteur des prisonniers. Il est bien probable que les deux souverains secondèrent son action en se rendant spontanément l'un à l'autre les captifs qu'ils avaient faits: ainsi la religion fermait les plaies qu'avait ouvertes la guerre, et effaçait la trace des dissentiments d'autrefois.

C'est un chef-d'œuvre de la diplomatie de Clovis d'avoirgagné à son alliance la Burgondie arienne, et toute frémissante encore des récentes humiliations qu'il venait de lui infliger. Peut-être, en la détachant de l'amitié des Visigoths, le roi des Francs pensait-il déjà à sa campagne d'Aquitaine, qu'il n'aurait pu entreprendre s'il avait eu sur ses flancs les Burgondes hostiles. Mais comment s'expliquer cette volte-face de la politique burgonde, lâchant le Visigoth, qui est son allié naturel, pour entrer dans l'alliance du Franc qui l'a dépouillé? L'attitude équivoque d'Alaric II, qui, après avoir accepté la garde des prisonniers francs faits par Gondebaud, les avait renvoyés à Clovis, avait sans doute cruellement blessé le roi burgonde, en lui montrant le peu de fond qu'il devait faire, le cas échéant, sur un allié aussi versatile. Il pouvait aussi avoir une raison plus directe encore d'en vouloir à Alaric. S'il est vrai que la ville d'Avignon où il s'était réfugié pendant sa guerre contre son frère Godegisil lui eût été enlevée, peu d'années après, par les armes des Visigoths, alors ce n'est pas lui qui a changé d'attitude: il a pris le seul moyen que la trahison de son allié lui rendît possible en se jetant dans les bras des Francs[39]. D'autre part, il est permis de croire que les considérations de parenté n'auront pas été absolument sans influence, et que les instances de Clotilde n'auront pas été étrangères à l'heureux aboutissement des négociations. Si cette dernière hypothèse est fondée, on conviendra que l'histoire a été bien ingrate envers la reine des Francs[40].

[39]En effet, l'évêque d'Avignon se trouve représenté en 506 au concile national du royaume visigoth, convoqué par saint Césaire d'Arles. (Malnory,Saint Césaire, p. 48.) Toutefois, cet auteur accorde, p. 70, note 1, que l'évêque d'Avignon n'était peut-être intéressé au concile d'Agde que pour la partie de son diocèse située sur la rive gauche de la Durance.

[39]En effet, l'évêque d'Avignon se trouve représenté en 506 au concile national du royaume visigoth, convoqué par saint Césaire d'Arles. (Malnory,Saint Césaire, p. 48.) Toutefois, cet auteur accorde, p. 70, note 1, que l'évêque d'Avignon n'était peut-être intéressé au concile d'Agde que pour la partie de son diocèse située sur la rive gauche de la Durance.

[40]Cf. G. Kurth,Sainte Clotilde, 6eédition, Paris, 1900, pp. 73 et 78-80.

[40]Cf. G. Kurth,Sainte Clotilde, 6eédition, Paris, 1900, pp. 73 et 78-80.


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