III
La question du lieu où Clovis reçut le baptême n'est pas une simple affaire de curiosité historique, livrée uniquement aux investigations des érudits. Le public lui-même, si peu attentif en général aux discussions purement scientifiques, ne saurait y rester indifférent. Ce problème ne s'impose pas seulement aux recherches des savants; il intéresse aussi la piété des fidèles; les uns et les autres ont toujours été désireux de connaître l'endroit précis où s'est accompli ce grand événement qui a eu une influence si décisive sur les destinées de l'Église et de la France. Dès le moyen âge, l'attention s'est portée sur ce point; diverses solutions ont été proposées, et comme les procédés d'une critique rigoureuse étaient fort étrangers aux habitudes de cette époque, on a tiré de quelques textes mal compris des conclusions arbitraires, et l'on a créé, à côté de la vérité et de l'exactitude, certains courants d'opinion qui se sont maintenus jusqu'à nos jours. Puisque ces erreurs ont trouvé longtemps du crédit, il est utile de les réfuter; nous nous efforcerons donc de reviser la cause et d'établir de notre mieux la thèse que nous jugeons la seule vraie et la seule admissible, celle qui fait d'un baptistère dépendant de la cathédrale de Reimsle théâtre de la conversion du roi des Francs. Cette thèse n'est pas nouvelle: elle a été soutenue par la plupart des anciens érudits, en particulier par Marlot[367], cet éminent bénédictin du dix-septième siècle, auquel nous devons la meilleure et la plus approfondie des histoires de Reims, et dont la science actuelle confirme très souvent les décisions, là où son esprit judicieux n'a pas trop subi le prestige des traditions locales. Si l'opinion que nous soutenons est déjà vieille,—nous la constaterons plus loin dès l'époque carolingienne,—la démonstration en peut être neuve: il est, en effet, certains détails qui ont échappé à nos devanciers, et certaines confusions dont ils n'ont pas assez nettement discerné l'origine. Aurons-nous réussi à compléter leurs recherches, et à faire la lumière sur ces points si obscurs? Tel est au moins le but que nous nous sommes proposé.
[367]Metropolis Remensis historia, t. I, p. 159; cf.Hist. de la ville, cité et université de Reims, t. II, p. 46.
[367]Metropolis Remensis historia, t. I, p. 159; cf.Hist. de la ville, cité et université de Reims, t. II, p. 46.
Avant d'entrer en matière, une première question devrait appeler notre examen, si elle n'avait été traitée ici même par une plume plus autorisée que la nôtre: Clovis a-t-il été réellement baptisé à Reims? Cette question, nous devons le reconnaître, est de celles qui peuvent être controversées; elle n'a pas pour elle de ces témoignages contemporains irrécusables qui suffisent à enlever toute incertitude, et à mettre un fait historique hors de contestation. De nos jours, on l'a vu résoudre dans le sens de la négative, contrairement à l'opinion générale, par un érudit fort compétent dans les questions mérovingiennes[368], et sa thèse a trouvé depuis assez de faveur près de la science allemande. Mais nous ne saurions accepter cette solution comme définitive, et les arguments présentés en sa faveur sont loin d'avoir cette clarté qui fait naître uneconviction absolue dans tout esprit impartial. L'un des principaux et des plus solides en apparence est tiré d'une lettre de saint Nizier, évêque de Trèves, presque un contemporain de Clovis, qui semble placer à Tours le baptême de ce monarque[369]. Ce texte mériterait d'être pris en sérieuse considération, si les termes en étaient assez précis pour autoriser cette explication et la rendre décisive; mais on en a donné d'autres interprétations qui nous paraissent aussi bien justifiées, et permettent de le concilier avec l'opinion traditionnelle fixant à Reims le lieu du baptême de Clovis[370]. Cette opinion, il est vrai, ne se manifeste pas d'une façon formelle antérieurement au septième siècle[371]; est-ce une raison pour en conclure qu'elle a été inventée seulement à cette date, et qu'elle est dépourvue de toute valeur historique? Si Grégoire de Tours ne désigne point la ville où fut baptisé Clovis et ne fait pas mention de Reims dans son récit, toutes les circonstances qu'il indique concourent implicitement à faire attribuer à Reims cette scène du baptême, dont il nous trace un si poétique tableau[372]. Et la chose est si vraie, que ceux-là mêmes qui veulent voir en cette attribution une simple invention du septième siècle lui donnent pour origine une conjecture fondée sur le texte de Grégoire de Tours[373]. Le silence de cet historien serait au contraire inexplicable, dans le cas où le baptêmeaurait eu lieu à Tours. Comment, en sa qualité d'évêque de cette ville, aurait-il pu l'ignorer, lui qui cherchait toujours, en écrivain consciencieux, à s'instruire de tous les faits et à recourir à toutes les sources d'informations[374]? Il pouvait encore interroger des témoins contemporains, et l'événement n'était pas assez ancien pour qu'on en ait perdu le souvenir. Et s'il en avait eu connaissance, s'il savait qu'il s'était passé dans sa ville épiscopale, comment comprendre qu'il n'ait point fait à cette circonstance la moindre allusion?
[368]B. Krusch,Zwei Helligenleben des Jonas von Susa; die ältere Vita Vedastis und die Taufe Chlodovechs, dans lesMittheilungen des Instituts für œsterreichische Geschichtsforschung, t. XIV, p. 441 et suiv.—Un doute sur le baptême de Clovis à Reims a déjà été émis au dix-septième siècle par les frères de Sainte-Marthe; voy. Marlot,Metr. Rem. hist., t. I, p. 158.
[368]B. Krusch,Zwei Helligenleben des Jonas von Susa; die ältere Vita Vedastis und die Taufe Chlodovechs, dans lesMittheilungen des Instituts für œsterreichische Geschichtsforschung, t. XIV, p. 441 et suiv.—Un doute sur le baptême de Clovis à Reims a déjà été émis au dix-septième siècle par les frères de Sainte-Marthe; voy. Marlot,Metr. Rem. hist., t. I, p. 158.
[369]Dans cette lettre adressée à Clodoswinde, reine des Lombards, pour l'exhorter à convertir, à l'exemple de Clotilde, son époux Alboin à la religion catholique, Nizier (évêque de Trèves depuis 525), dit en parlant de Clovis: «Cum esset homo astutissimus, noluit adquiescere, antequam vera agnosceret. Cum ista... probata cognovit,humilis ad domini Martini limina cecidit, et baptizare se sine mora promisit.»Monumenta Germaniæ, Epistolæ, t. I, p. 122;Recueil des hist. de la France, t. IV, p. 77.
[369]Dans cette lettre adressée à Clodoswinde, reine des Lombards, pour l'exhorter à convertir, à l'exemple de Clotilde, son époux Alboin à la religion catholique, Nizier (évêque de Trèves depuis 525), dit en parlant de Clovis: «Cum esset homo astutissimus, noluit adquiescere, antequam vera agnosceret. Cum ista... probata cognovit,humilis ad domini Martini limina cecidit, et baptizare se sine mora promisit.»Monumenta Germaniæ, Epistolæ, t. I, p. 122;Recueil des hist. de la France, t. IV, p. 77.
[370]Voy. l'explication proposée par Suysken,AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 83.
[370]Voy. l'explication proposée par Suysken,AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 83.
[371]Elle est formulée pour la première fois dans laVie de saint Vaastet dans laChroniquedite de Frédégaire. Ces deux ouvrages ont été composés vers 642 (Krusch,l. cit., p. 440; G. Kurth,L'histoire de Clovis, d'après Frédégaire, dans laRevue des questions historiques, t. XLVII (1890), p. 62.)
[371]Elle est formulée pour la première fois dans laVie de saint Vaastet dans laChroniquedite de Frédégaire. Ces deux ouvrages ont été composés vers 642 (Krusch,l. cit., p. 440; G. Kurth,L'histoire de Clovis, d'après Frédégaire, dans laRevue des questions historiques, t. XLVII (1890), p. 62.)
[372]Historia Francorum, l. II, chap.XXXI.
[372]Historia Francorum, l. II, chap.XXXI.
[373]Krusch,l. cit., p. 442.
[373]Krusch,l. cit., p. 442.
[374]Sur la valeur de Grégoire de Tours comme historien, voyez le savant travail de M. Kurth surles Sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, dans laRevue des questions historiques, t. XLIV (1888), p. 386; cf. G. Monod,Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne.
[374]Sur la valeur de Grégoire de Tours comme historien, voyez le savant travail de M. Kurth surles Sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, dans laRevue des questions historiques, t. XLIV (1888), p. 386; cf. G. Monod,Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne.
C'est à tort aussi que l'on refuse toute autorité à la Vie de saint Vaast, qui place très nettement le baptême à Reims, et dont le témoignage a été fréquemment invoqué à ce sujet. Sans doute cette vie a été écrite vers 642, à une date notablement postérieure aux événements qu'elle relate; mais elle paraît s'appuyer en certains points sur d'antiques traditions locales. Il en est ainsi pour l'épisode de la guérison d'un aveugle opérée par saint Vaast près du village de Rilly, après qu'il eut franchi la rivière d'Aisne en compagnie de Clovis, «in pago Vongise, ad locum qui dicitur Grandeponte, juxta villam Reguliacam, super fluvium Axona.» C'était bien une tradition du pays; une église avait été élevée dans cet endroit, en souvenir du miracle, et elle existait encore au onzième siècle, ainsi que l'atteste un chroniqueur de cette époque[375]. Le pont dont il est ici questiondonnait passage sur la rivière à la voie romaine de Trèves à Reims, que Clovis n'avait qu'à suivre pour se rendre en cette dernière ville. Suivant l'itinéraire indiqué par notre hagiographe, après sa victoire sur les Alamans, il avait d'abord passé par Toul, puis avait remonté vers le nord et s'était dirigé du côté de l'Aisne et du pays de Voncq[376]. On s'est étonné de lui voir prendre un chemin si peu direct; ce voyage a semblé fort invraisemblable, et l'on a voulu en tirer un argument contre l'authenticité du récit[377]. Mais si étrange que ce détour paraisse, il a pu être déterminé par un motif qui nous est inconnu[378], et nous ne voyons pas de raisons suffisantes pour nous inscrire en faux, et pour rejeter d'une façon absolue toutes les données fournies par la Vie de saint Vaast.
[375]L'auteur desGesta episcoporum Cameracensium, l. 1, ch.VI: «Cernitur usque in hodiernum ecclesia», dit-il (éd. Colvener, p. 19); voy. aussiAA. SS. Boll., février, t. I, p. 797, note. Il faut observer toutefois qu'il paraît faire ici un emprunt à la Vie de saint Vaast, composée par Alcuin (ibid., p. 796), dont il reproduit certaines expressions. Quoi qu'il en soit, l'existence de l'église est très réelle; l'église du village de Rilly-aux-Oies avait hérité du vocable de saint Vaast, et le conservait encore au dix-septième et au dix-huitième siècle. Un document de 1774 constate qu'on y venait en pèlerinage pour invoquer ce saint (Archives de Reims, fonds de l'archevêché, G. 231, doyenné d'Attigny; cf.Inventaire sommaire, série G, t. I, p. 300).
[375]L'auteur desGesta episcoporum Cameracensium, l. 1, ch.VI: «Cernitur usque in hodiernum ecclesia», dit-il (éd. Colvener, p. 19); voy. aussiAA. SS. Boll., février, t. I, p. 797, note. Il faut observer toutefois qu'il paraît faire ici un emprunt à la Vie de saint Vaast, composée par Alcuin (ibid., p. 796), dont il reproduit certaines expressions. Quoi qu'il en soit, l'existence de l'église est très réelle; l'église du village de Rilly-aux-Oies avait hérité du vocable de saint Vaast, et le conservait encore au dix-septième et au dix-huitième siècle. Un document de 1774 constate qu'on y venait en pèlerinage pour invoquer ce saint (Archives de Reims, fonds de l'archevêché, G. 231, doyenné d'Attigny; cf.Inventaire sommaire, série G, t. I, p. 300).
[376]Cf. von Schubert,Die Unterwerfung der Alamannen unter die Franken, p. 169.
[376]Cf. von Schubert,Die Unterwerfung der Alamannen unter die Franken, p. 169.
[377]Krusch,l. cit., p. 430.
[377]Krusch,l. cit., p. 430.
[378]Le R. P. Jubaru, dans l'excellent article qu'il a publié sur le baptême de Clovis (Études religieuses, t. LXVII, 15 février 1896, p. 297 et suiv.), présente une explication fort ingénieuse. La ville d'Attigny, située non loin de Voncq, au bord de l'Aisne, aurait été dès lors un domaine royal, et l'une des résidences préférées du monarque. S'il en est ainsi, celui-ci a très bien pu, à l'issue de sa campagne, venir y faire un séjour, et pour s'y rendre en arrivant de Toul, il devait forcément passer l'Aisne à l'endroit désigné par l'auteur de la Vie de saint Vaast. C'est à Attigny que Clotilde aurait mandé en secret saint Remi, pour achever l'instruction religieuse de son époux et pour le décider à recevoir le baptême, et de là, une fois la résolution prise, Clovis et sa suite auraient gagné Reims directement par la voie antique de Trèves. Cette hypothèse est, à première vue, assez séduisante; malheureusement, elle pèche par la base, car Attigny n'est entré dans le domaine royal que beaucoup plus tard, sous le règne de Clovis II. Helgaud dans sonEpitoma vitæ Roberti regis(Duchesne,Hist. Francorum script., t. IV, p. 59), nous apprend que Liébaud, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, avait cédé à Clovis II la terre d'Attigny, «agellum Attiniacum, cum cunctis sibi adjacentibus, super Axonam fluvium situm», en échange du domaine de Fleury-sur-Loire (voy. Murlot,Metrop. Remensis hist., t. II, p. 227; Mabillon,De re diplomatica, p. 248). En présence d'un texte aussi formel, il est impossible de faire remonter le palais royal d'Attigny jusqu'aux premiers Mérovingiens.
[378]Le R. P. Jubaru, dans l'excellent article qu'il a publié sur le baptême de Clovis (Études religieuses, t. LXVII, 15 février 1896, p. 297 et suiv.), présente une explication fort ingénieuse. La ville d'Attigny, située non loin de Voncq, au bord de l'Aisne, aurait été dès lors un domaine royal, et l'une des résidences préférées du monarque. S'il en est ainsi, celui-ci a très bien pu, à l'issue de sa campagne, venir y faire un séjour, et pour s'y rendre en arrivant de Toul, il devait forcément passer l'Aisne à l'endroit désigné par l'auteur de la Vie de saint Vaast. C'est à Attigny que Clotilde aurait mandé en secret saint Remi, pour achever l'instruction religieuse de son époux et pour le décider à recevoir le baptême, et de là, une fois la résolution prise, Clovis et sa suite auraient gagné Reims directement par la voie antique de Trèves. Cette hypothèse est, à première vue, assez séduisante; malheureusement, elle pèche par la base, car Attigny n'est entré dans le domaine royal que beaucoup plus tard, sous le règne de Clovis II. Helgaud dans sonEpitoma vitæ Roberti regis(Duchesne,Hist. Francorum script., t. IV, p. 59), nous apprend que Liébaud, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, avait cédé à Clovis II la terre d'Attigny, «agellum Attiniacum, cum cunctis sibi adjacentibus, super Axonam fluvium situm», en échange du domaine de Fleury-sur-Loire (voy. Murlot,Metrop. Remensis hist., t. II, p. 227; Mabillon,De re diplomatica, p. 248). En présence d'un texte aussi formel, il est impossible de faire remonter le palais royal d'Attigny jusqu'aux premiers Mérovingiens.
Ainsi, sans vouloir pénétrer plus avant dans le débat, nous nous en tenons à l'opinion admise jusqu'ici par la très grande majorité des historiens, et malgré les objections qu'on lui aopposées, nous pensons qu'elle a toutes les probabilités pour elle. Avec les érudits du dix-septième et du dix-huitième siècle, avec Junghans[379], avec M. Kurth[380], nous admettons que les prétentions de Reims sont fort légitimes, et que cette ville a été véritablement le berceau de la France chrétienne.
[379]Geschichte der frankischen Kœnige Childerich und Chlodovech, p. 57.
[379]Geschichte der frankischen Kœnige Childerich und Chlodovech, p. 57.
[380]L. cit., p. 415.
[380]L. cit., p. 415.
Après avoir reconnu que Clovis se rendit à Reims pour recevoir le baptême, il est permis de serrer de plus près la question topographique, et de rechercher en quel endroit il a dû être logé pendant son séjour, et dans quelle église il a embrassé la foi catholique.
Plusieurs opinions sont ici en présence. Dans la dissertation que nous avons publiée à ce sujet, il y a quelques années[381], nous avons soutenu que le roi des Francs avait dû prendre gîte au palais épiscopal habité par saint Remi, et situé près de la cathédrale, sur l'emplacement de l'archevêché actuel. C'était là peut-être que se trouvait, à l'origine, la demeure des gouverneurs romains, qui avaient fixé leur résidence à Reims, dès le temps de Strabon[382]. L'évêque, devenu de bonne heure, à Reims en particulier, le personnage le plus important de la cité, a pu, au déclin de l'empire, prendre la place du gouverneur et s'installer dans son palais. On a découvert, à diverses reprises, dans les terrains de l'archevêché, des vestiges assez importants de constructions romaines. Au dix-septième siècle, quand on rebâtit,—hélas! dans le goût de l'époque,—la façade du palais, on découvrit à cinq ou six pieds de profondeur, en creusant des fondations, un pavé en mosaïque, et dans le voisinage, nous dit-on, «des fourneaux souterrains,» c'est-à-dire les restes d'un hypocauste[383]. Des travaux, exécutésen 1845, firent mettre de nouveau au jour une assez belle mosaïque, qui a été transportée dans l'une des chapelles de la cathédrale[384]. Ces trouvailles, sans apporter une preuve bien certaine, fournissent à notre hypothèse une présomption favorable. L'existence d'un édifice important par lui-même et par les souvenirs qui s'y rattachaient, n'a peut-être pas été étrangère au choix que fit l'évêque saint Nicaise de cet endroit pour y élever, au commencement du cinquième siècle, son église cathédrale,in arce sedis ipsius,—ce sont les expressions mêmes dont se sert l'auteur de la vie de ce prélat[385].
[381]En 1896, dans leClovisde M. Kurth, appendice II, p. 616 à 628, et dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t. XCVII, p. 269 à 291.
[381]En 1896, dans leClovisde M. Kurth, appendice II, p. 616 à 628, et dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t. XCVII, p. 269 à 291.
[382]L. IV; voy. Cougny,Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules, t. I, p. 128.
[382]L. IV; voy. Cougny,Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules, t. I, p. 128.
[383]Note de Lacourt, chanoine de Reims, dans Varin,Archives administratives de Reims, t. I, p. 724; Tarbé,Reims, p. 306.
[383]Note de Lacourt, chanoine de Reims, dans Varin,Archives administratives de Reims, t. I, p. 724; Tarbé,Reims, p. 306.
[384]Ch. Loriquet,La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t. XXXII (1862), p. 117, et pl. 3, fig. 4 et 5.
[384]Ch. Loriquet,La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t. XXXII (1862), p. 117, et pl. 3, fig. 4 et 5.
[385]Vita sancti Nichasii, ms. de la bibliothèque de Reims, K 792/772 (XIIIesiècle), fol. 3 rº.
[385]Vita sancti Nichasii, ms. de la bibliothèque de Reims, K 792/772 (XIIIesiècle), fol. 3 rº.
Ainsi, suivant toute vraisemblance, saint Remi a eu sa résidence épiscopale à proximité de cette église, et il est permis de supposer que Clovis a pu être son hôte. Cette tradition a été suivie par ses successeurs dans la suite des âges; lorsqu'ils venaient à Reims, c'est à l'archevêque qu'ils demandaient l'hospitalité. Tel était l'usage des rois capétiens; on a un diplôme de Louis VII, de l'année 1138, daté du palais duTau, ou palais de l'archevêché[386]; on lui donnait alors ce nom, à cause de sa salle principale qui rappelait, paraît-il, par la disposition de son plan, la forme de cette lettre de l'alphabet grec. Jusque dans les temps modernes, les souverains ont conservé l'habitude de loger à l'archevêché; ils y avaient leurs appartements, destinés surtout à les recevoir au milieu des pompes et des cérémonies de leur sacre.
[386]«Actum Remis publice in palatio Tau.» Original aux archives de Reims, fonds de l'abbaye de Saint-Denis, liasse 1; Varin,Archives administratives de Reims, t. I, p. 293.
[386]«Actum Remis publice in palatio Tau.» Original aux archives de Reims, fonds de l'abbaye de Saint-Denis, liasse 1; Varin,Archives administratives de Reims, t. I, p. 293.
Hincmar, dans saVita Remigii, nous raconte que le saint évêque eut avec Clovis, en la nuit qui précéda son baptême, un entretien où il acheva de l'instruire des vérités de la religion. Cette entrevue aurait eu lieu dans un oratoire consacré à saint Pierre, attenant à la chambre du roi, «oratorium beatissimiapostolorum principis Petri, cubiculo regis contiguum[387].» Nous n'avons pas à examiner si ce trait a un caractère historique. L'auteur a-t-il, en vue de la mise en scène, hasardé certaines conjectures et donné sur quelques points de détail un peu trop libre cours à son imagination[388]? L'entrevue de Clovis n'est rapportée par aucun autre chroniqueur; on ne la trouve que dans la vie de saint Remi composée par Hincmar; or, cette vie est remplie de fables,fabulis respersa, suivant l'expression sévère, mais rigoureusement exacte, des Bollandistes[389], et tout ce qui vient de cette source est justement suspect. Toutefois, nous croyons plutôt que l'illustre prélat s'est inspiré ici d'une tradition locale qui rattachait le souvenir de Clovis à l'oratoire de Saint-Pierre. Il y avait à Reims, de son temps, plusieurs églises et chapelles dédiées au prince des Apôtres. C'était le vocable d'une chapelle située précisément dans l'enceinte de l'archevêché, et dont l'existence à cette époque nous est confirmée par le témoignage de documents très précis.
[387]«Sed et rex... cum ipso et venerabili conjuge, in oratorium beatissimi apostolorum principis Petri, quod... cubiculo regis contiguum erat, processit.» Ch. IV, 58,AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 146. Hincmar, un peu avant (57), représente la reine Clotilde en prière,in oratorio sancti Petri juxta domum regiam.
[387]«Sed et rex... cum ipso et venerabili conjuge, in oratorium beatissimi apostolorum principis Petri, quod... cubiculo regis contiguum erat, processit.» Ch. IV, 58,AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 146. Hincmar, un peu avant (57), représente la reine Clotilde en prière,in oratorio sancti Petri juxta domum regiam.
[388]Hincmar se faisait une idée assez singulière de la manière dont on doit écrire l'histoire: «Vera est lex hystoriæ, dit-il, simpliciter ea quæ, fama vulgante, colliguntur, ad instructionem posteritatis litteris commendare.»Ibid., p. 132.
[388]Hincmar se faisait une idée assez singulière de la manière dont on doit écrire l'histoire: «Vera est lex hystoriæ, dit-il, simpliciter ea quæ, fama vulgante, colliguntur, ad instructionem posteritatis litteris commendare.»Ibid., p. 132.
[389]Ibid., p. 131.
[389]Ibid., p. 131.
Hincmar lui-même semble y faire allusion dans une lettre aujourd'hui perdue, mais dont l'analyse nous a été conservée par Flodoard, lettre de reproches adressée à un certain Rodoldus, qui avait indûment permis à d'autres prêtres de célébrer la messe «in quadam capella basilicæ cortis ecclesiæ subjecta[390]». Cette désignation n'est pas très claire, et a prêté àdifférentes interprétations[391]. Nous pensons que lacortis ecclesiæest bien le palais attenant à l'église métropolitaine. Il ne faut pas s'étonner de voir employer ici le terme debasilica; réservé plus tard à des édifices importants, il n'avait pas primitivement une acception aussi restreinte, et s'appliquait parfois à de fort modestes chapelles[392].
[390]«... Pro eo quod incaute solverit quod ipse presul canonice obligaverit, et aliis presbiteris missam celebrare permiseritin quadam capella basilicæ cortis ecclesiæ subjecta.» Flodoard,Historia Remensis ecclesiæ, t. III, chap.XXVIII, ap.Monumenta German. hist., t. XIII, p. 552. Cette expression desubjectane désignerait-elle pas ici une chapelle basse située sous la chapelle principale, disposition que nous retrouverons au treizième siècle dans la chapelle du palais?
[390]«... Pro eo quod incaute solverit quod ipse presul canonice obligaverit, et aliis presbiteris missam celebrare permiseritin quadam capella basilicæ cortis ecclesiæ subjecta.» Flodoard,Historia Remensis ecclesiæ, t. III, chap.XXVIII, ap.Monumenta German. hist., t. XIII, p. 552. Cette expression desubjectane désignerait-elle pas ici une chapelle basse située sous la chapelle principale, disposition que nous retrouverons au treizième siècle dans la chapelle du palais?
[391]Dans l'édition de Flodoard publiée en 1854 par l'Académie de Reims, M. Lejeune a traduit par «une chapelle dépendante de l'église de Bazancourt» (t. II, p. 394). Bazancourt, village de l'arrondissement de Reims, s'appelait, en effet,Basilica Cortisau moyen âge, mais il est douteux qu'il en soit question ici.
[391]Dans l'édition de Flodoard publiée en 1854 par l'Académie de Reims, M. Lejeune a traduit par «une chapelle dépendante de l'église de Bazancourt» (t. II, p. 394). Bazancourt, village de l'arrondissement de Reims, s'appelait, en effet,Basilica Cortisau moyen âge, mais il est douteux qu'il en soit question ici.
[392]Martigny,Dictionnaire des antiquités chrétiennes, p. 79.
[392]Martigny,Dictionnaire des antiquités chrétiennes, p. 79.
Flodoard nous apporte aussi sa part de renseignements sur l'oratoire du palais; il le connaissait d'autant mieux qu'il le desservait en qualité de chapelain. C'était alors une crypte, une chapelle souterraine que l'archevêque Ebbon avait fait construire «opere decenti», en l'honneur de saint Pierre et de tous les saints, avec d'autres bâtiments annexes, destinés à renfermer les archives de l'église de Reims[393]. Cette construction est celle qu'a connue également Hincmar; elle avait été rétablie peu d'années avant lui par le prélat qui l'avait immédiatement précédé sur le siège de saint Remi.
[393]«Archivum ecclesiæ (Ebo) tutissimis ædificis cum cripta in honore sancti Petri, omniumque apostolorum, martirum, confessorum ac virginum dedicata, ubi Deo propitio deservire videmur, opere decenti construxit.» Flodoard,Hist., l. II, chap.XIX,Mon. Germ., t. XIII, p. 467.
[393]«Archivum ecclesiæ (Ebo) tutissimis ædificis cum cripta in honore sancti Petri, omniumque apostolorum, martirum, confessorum ac virginum dedicata, ubi Deo propitio deservire videmur, opere decenti construxit.» Flodoard,Hist., l. II, chap.XIX,Mon. Germ., t. XIII, p. 467.
Au commencement du treizième siècle, tandis qu'on jetait les fondements de notre admirable cathédrale, on résolut en même temps de rebâtir de fond en comble la chapelle de l'archevêché. Le nouvel édifice, qui a heureusement survécu à toutes nos révolutions, est un chef-d'œuvre de goût et d'élégance, dû probablement à Jean d'Orbais, le premier architecte de Notre-Dame de Reims[394]. Suivant une disposition qui se rencontre fréquemment au moyen âge dans les chapelles despalais et des châteaux, dans la Sainte Chapelle de Paris, par exemple, on lui a donné deux étages. La chapelle supérieure, aux légers arceaux et aux voûtes élancées, était réservée aux archevêques et aux membres du clergé attachés à leur personne; l'étage inférieur, plus simple, moins orné et en partie souterrain, était affecté aux gens de service et aux officiers subalternes. Cette chapelle basse était restée sous le vocable de saint Pierre. Un manuscrit liturgique, écrit vers la fin du treizième siècle[395], mentionne une procession que l'on faisait le mercredi des Cendres «in capellam archiepiscopi inferiorem, scilicetin oratorium sancti Petri», et où l'on chantait des antiennes en l'honneur de cet apôtre[396]. On remarquera ici ces mots d'oratorium sancti Petri; ils semblent être une réminiscence du texte d'Hincmar, qui n'a peut-être pas été sans influence pour la conservation de ce vocable.
[394]Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1894, p. 26, note.
[394]Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1894, p. 26, note.
[395]Bibliothèque de Reims, nº 327 (anc. C 174/185). La fête de saint Louis y est déjà indiquée, ce qui fixe sa date à la fin du treizième siècle. Les caractères de son écriture ne permettent pas de le rajeunir davantage.
[395]Bibliothèque de Reims, nº 327 (anc. C 174/185). La fête de saint Louis y est déjà indiquée, ce qui fixe sa date à la fin du treizième siècle. Les caractères de son écriture ne permettent pas de le rajeunir davantage.
[396]«... Datis cineribus, incipit cantor antiphonamInmutemur, et hanc decantantes ordinate procedunt in capellam archiepiscopi inferiorem, scilicet in oratorium sancti Petri... Introitu capelle canitur antiphonaTu es pastor... Qua finita, procumbunt ad orationem..., quousque tacite decurrerint VII psalmos penitentiales. Quibus finitis, presbyter dicit:Et ne nos inducas... Postea dicit orationem de sancto Petro; qua finita, canitur in eodem reditu hec antiphona:Quodcumque ligaveris, que incipitur a cantore.» (Fol. 15 vº.) M. le chanoine Ul. Chevalier a publié récemment ce texte (Bibliothèque liturgique, t. VII,Ordinaires de Reims, p. 113). Il se retrouve avec quelques variantes dans un ordinaire du douzième siècle, conservé au Musée britannique (Ibid., p. 274).—Cf. Mabillon,Annales benedictini, t. II, p. 422.
[396]«... Datis cineribus, incipit cantor antiphonamInmutemur, et hanc decantantes ordinate procedunt in capellam archiepiscopi inferiorem, scilicet in oratorium sancti Petri... Introitu capelle canitur antiphonaTu es pastor... Qua finita, procumbunt ad orationem..., quousque tacite decurrerint VII psalmos penitentiales. Quibus finitis, presbyter dicit:Et ne nos inducas... Postea dicit orationem de sancto Petro; qua finita, canitur in eodem reditu hec antiphona:Quodcumque ligaveris, que incipitur a cantore.» (Fol. 15 vº.) M. le chanoine Ul. Chevalier a publié récemment ce texte (Bibliothèque liturgique, t. VII,Ordinaires de Reims, p. 113). Il se retrouve avec quelques variantes dans un ordinaire du douzième siècle, conservé au Musée britannique (Ibid., p. 274).—Cf. Mabillon,Annales benedictini, t. II, p. 422.
La même mention est reproduite, à peu près en termes identiques, dans un processionnel imprimé à Reims en 1624, par ordre de l'archevêque Gabriel de Sainte-Marie[397]. A cette époque, la chapelle était encore consacrée à saint Pierre, et l'usage de la procession s'est conservé jusqu'à la fin de l'ancien régime[398].
[397]Fol. 35 vº.
[397]Fol. 35 vº.
[398]Les cérémonies de cette procession figurent encore dans le processionne imprimé à Reims en 1780 par ordre de l'archevêque, Mgr de Talleyrand-Périgord (Propre du temps, p. 61).
[398]Les cérémonies de cette procession figurent encore dans le processionne imprimé à Reims en 1780 par ordre de l'archevêque, Mgr de Talleyrand-Périgord (Propre du temps, p. 61).
Ainsi, il y a là une tradition constante qui nous permet de reconnaître, dès une date fort ancienne, l'existence, dans le palais de l'archevêché, d'une chapelle de Saint-Pierre, dont le titre s'est perpétué à travers les siècles, malgré bien des changements et des reconstructions successives.
Ici nous devons nous arrêter un instant devant une assertion étrange, qui mériterait peu d'attention, si elle ne trouvait encore dans le public trop de personnes disposées à l'accueillir. La crypte actuelle de l'archevêché serait l'oratoire même où saint Remi aurait catéchisé Clovis. Cette opinion s'est produite surtout, il y a une soixantaine d'années; des écrivains rémois, très populaires, lui ont prêté leur appui et ont contribué à la répandre[399]. On était alors sous l'inspiration du romantisme; on avait l'amour du pittoresque, et l'on sacrifiait aisément la prose de l'histoire à la poésie de la légende. Ces voûtes mystérieuses, ce demi-jour de la chapelle souterraine, ces vieux murs noircis, semblaient un cadre merveilleusement approprié à la scène retracée par Hincmar. On savait que cette chapelle avait été dédiée à saint Pierre; on n'en demandait guère plus, et la conjecture fut bientôt mise en circulation. Nous devons dire à la décharge de nos auteurs que la crypte était alors une cave remplie de décombres, et qu'ils n'ont pas eu peut-être la faculté de l'examiner de très près. Depuis ce temps, on l'a déblayée; elle est devenue accessible, et, d'autre part, l'archéologie a fait beaucoup de progrès. Aujourd'hui on ne saurait y voir un oratoire de l'époque mérovingienne sans montrer la plus profonde incompétence. Il est certain qu'il n'y a pas dans la chapelle basse de l'archevêché une seule pierre antérieure au treizième siècle[400]; elle est absolument contemporaine de la gracieuse chapelle qui la surmonte, et elle a été bâtie en même temps et d'un seul jet. Il n'est pas bien sûr nonplus qu'elle occupe la place exacte de l'oratoire ancien, tant le palais archiépiscopal a subi de remaniements et de modifications dans le cours des âges; mais elle a hérité de son vocable, et cela probablement par une tradition non interrompue. Ce sont là pour elle des titres de noblesse suffisants.
[399]L. Paris,Chronique de Champagne, t. III (1838), p. 127 à 130; Tarbé,Reims(1844), p. 315. Ces auteurs ont été réfutés par M. Amé, dans sa notice sur la chapelle de l'archevêché de Reims,Annales archéologiquesde Didron, t. XV (1855), p. 214 et suiv.
[399]L. Paris,Chronique de Champagne, t. III (1838), p. 127 à 130; Tarbé,Reims(1844), p. 315. Ces auteurs ont été réfutés par M. Amé, dans sa notice sur la chapelle de l'archevêché de Reims,Annales archéologiquesde Didron, t. XV (1855), p. 214 et suiv.
[400]Bull. archéologique, 1894, p. 29, note.
[400]Bull. archéologique, 1894, p. 29, note.
Donc, tout en rejetant les fantaisies imaginées vers 1840, nous avions pensé qu'Hincmar, en parlant du logement de Clovis, avait eu en vue le palais occupé par saint Remi, et qu'il faut placer dans cette antique demeurel'oratorium Sancti Petriet lecubiculum regis, voisin de l'oratoire. Ce serait par conséquent à l'archevêché, ou du moins à son emplacement, que se rattacheraient ces vieilles traditions et ces souvenirs du séjour du roi, à la veille de son baptême.
Telles étaient les conclusions qui résultaient de nos premières recherches, et que nous avions exposées dans le travail cité précédemment[401]. Elles ont été combattues depuis par le R. P. Jubaru, dans un très intéressant mémoire qu'il a fait paraître dans lesÉtudes religieusessur le lieu du baptême de Clovis[402]. L'auteur de cette notice, qui a fait preuve d'une érudition solide et d'un esprit fort judicieux, a apporté dans cette discussion des arguments dont nous ne saurions nous dissimuler la valeur. Sans doute, il ne nous semble pas être arrivé à une certitude absolue; pour des événements si lointains et si obscurs, avec le peu de renseignements que les sources historiques nous fournissent à leur sujet, on est réduit forcément aux conjectures. En réfutant notre opinion, le P. Jubaru n'a pas tenu assez compte, à notre sens, de l'oratoire de Saint-Pierre du palais archiépiscopal, dont l'existence est attestée, comme nous l'avons vu, pour une époque assez reculée. Nous persistons à croire que notre hypothèse n'est pas insoutenable, et qu'il y a toujours de bonnes raisons en sa faveur. Mais d'autre part, celle qu'a émise notre savant contradicteur est très plausible, et s'appuie sur un ensemble depreuves qui méritent un sérieux examen. On a donc le choix entre les deux opinions en présence; elles peuvent se défendre l'une et l'autre. Nous devons avouer toutefois qu'après mûr examen, nos préférences vont plutôt maintenant à celle du P. Jubaru, pour des motifs que nous allons énoncer.
[401]Voyez leClovisde M. Kurth, appendice, p. 619 et suiv.
[401]Voyez leClovisde M. Kurth, appendice, p. 619 et suiv.
[402]Clovis a-t-il été baptisé à Reims?dans lesÉtudes religieusesdes Pères de la Compagnie de Jésus, t.LXVII(1896), p. 292 à 320.
[402]Clovis a-t-il été baptisé à Reims?dans lesÉtudes religieusesdes Pères de la Compagnie de Jésus, t.LXVII(1896), p. 292 à 320.
Cette opinion a été proposée pour la première fois au dix-huitième siècle par l'abbé Lebeuf. Dans une de ses savantes dissertations[403], cet érudit prétend qu'il y avait à Reims un palais royal d'où Clovis sortit pour aller au baptistère, et que «c'était l'ancien palais des empereurs romains», résidence de Valentinien Ier, qui y rendit plusieurs décrets dont le texte nous a été conservé dans le code Théodosien[404]. Les décrets en question sont datés du 27 janvier, du 13 février et du 29 mars 367; ils nous montrent que Valentinien a bien en effet séjourné à Reims durant les premiers mois de cette année.
[403]Dissertation sur plusieurs circonstances du règne de Clovis, Paris (1738), p. 10 et 11.
[403]Dissertation sur plusieurs circonstances du règne de Clovis, Paris (1738), p. 10 et 11.
[404]Marlot,Metrop. Remensis historia, t.I, p. 43; cf.Hist. de la ville de Reims, t.I, p. 554.
[404]Marlot,Metrop. Remensis historia, t.I, p. 43; cf.Hist. de la ville de Reims, t.I, p. 554.
Plus tard, Clovis et ses successeurs ont pu occuper à leur tour la demeure impériale. Le fils de Clovis, Thierry Ier, paraît avoir habité Reims[405]; Sigebert Ier, neveu de Thierry, y avait établi le siège de son gouvernement, au témoignage de Grégoire de Tours[406]. Le séjour permanent d'un roi suppose l'existence d'un palais; Reims, qui conservait encore des restes de son antique splendeur, avait pu aisément offrir aux princes mérovingiens un abri parmi les monuments qui avaient été élevés du temps de l'empire. Le palais destiné aux empereurs était tout désigné pour leur servir de résidence; c'est là sans doute qu'ils s'étaient fixés et qu'ils tenaient leur cour; c'est bien, nous dit-on, la «domus regia» désignée par Hincmar, le lieu où Clovis a passé la nuit qui précéda son baptême.
[405]Marlot.Metr. Rem. hist., t.I, p. 175.
[405]Marlot.Metr. Rem. hist., t.I, p. 175.
[406]«... Sigiberto quoque regnum Theuderici, sedemque habere Remensem.» L.IV, ch.XXII. Voy. D. Bouquet,Rec. des historiens de la France, t.II, p. 214, note e.
[406]«... Sigiberto quoque regnum Theuderici, sedemque habere Remensem.» L.IV, ch.XXII. Voy. D. Bouquet,Rec. des historiens de la France, t.II, p. 214, note e.
Mais en quel endroit se trouvait ce palais? On a pensé qu'ildevait être voisin de la porte Basée, l'antiqueporta Basilica, l'une des entrées principales de la ville. Cette porte, détruite seulement au dix-huitième siècle, était à l'origine, comme la porte de Mars qui a eu un meilleur sort et subsiste encore aujourd'hui, un arc de triomphe érigé, dans des temps prospères, à l'entrée de la cité, au point de départ des grandes voies qui reliaient Reims aux autres villes de la Gaule[407]. A la fin du troisième siècle, sous la menace des invasions barbares, on se vit forcé, pour faciliter la défense, d'abandonner les faubourgs et leurs opulentes villas, de rentrer dans les étroites limites de l'ancienne cité, et d'entourer cet espace restreint d'une ceinture de remparts. L'arc de triomphe de laporta Basilicadevint une porte fortifiée de la nouvelle enceinte[408]. Cette position était très importante; elle donnait accès à lavia Cæsarea, l'une des voies les plus notables de la région; elle jouait dans la protection de la ville un rôle capital. Il n'est pas étonnant qu'un palais ait été élevé en ce lieu et compris dans ce système défensif. On connaît ailleurs d'autres exemples analogues: c'est ainsi que laporta Nigrade Trèves a été également transformée en palais. Au moyen âge, la tradition s'est conservée, et l'on a, de même, construit des châteaux aux portes des villes: sans quitter Reims, nous pouvons citer la demeure féodale des archevêques, construite au douzième siècle pour commander la porte de Mars[409].
[407]Voy. notre notice surLes Portes antiques de Reims, dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t.LXV(année 1878-79), p. 442 et suiv.
[407]Voy. notre notice surLes Portes antiques de Reims, dans lesTravaux de l'Académie de Reims, t.LXV(année 1878-79), p. 442 et suiv.
[408]Elle portait aussi le nom deporta Collaticia, qui paraît répondre à l'expression deporte coleïcedans l'ancienne langue française, et qui désigne une porte munie d'une herse (ibid., p. 444).
[408]Elle portait aussi le nom deporta Collaticia, qui paraît répondre à l'expression deporte coleïcedans l'ancienne langue française, et qui désigne une porte munie d'une herse (ibid., p. 444).
[409]Le château de Porte-Mars a été probablement bâti par l'archevêque Henri de France, d'après une chronique citée par Marlot,Metr. Rem. hist., t.II, p. 401.
[409]Le château de Porte-Mars a été probablement bâti par l'archevêque Henri de France, d'après une chronique citée par Marlot,Metr. Rem. hist., t.II, p. 401.
Des fouilles faites à différentes époques dans les terrains voisins de la porte Basée ont révélé la présence de substructions romaines assez considérables. Quand on a creusé près de la muraille antique les fondations des bâtiments de l'université et du séminaire, on a trouvé des débris de sculpture,des pans de murs incrustés de marbre et des restes de mosaïques[410]. Partout, dans ces environs, les vestiges antiques abondent et décèlent l'existence d'un édifice important.