Rosinreçut chez le magistrat de nouvelles preuves que ses malheurs étaient cessés; des assurances de la protection du monarque pour continuer son commerce; des lumières sur les crîmes d'Apatéon. Au retour, l'amant d'Adélaïde épancha son âme dans le sein paternel. Rosin, surpris de l'embarras avec lequel il s'exprimait au sujet d'Adélaïde, arracha son secret à demi: il ne put se défendre de ressentir au fond de son cœur une joie secrète, et des espérances.
Rosinreçut chez le magistrat de nouvelles preuves que ses malheurs étaient cessés; des assurances de la protection du monarque pour continuer son commerce; des lumières sur les crîmes d'Apatéon. Au retour, l'amant d'Adélaïde épancha son âme dans le sein paternel. Rosin, surpris de l'embarras avec lequel il s'exprimait au sujet d'Adélaïde, arracha son secret à demi: il ne put se défendre de ressentir au fond de son cœur une joie secrète, et des espérances.
Lorsqu'il rentra, Fanchette venait d'accompagner Agathe chez sa mère. [Et ce fut ce jour-là, cher lecteur, que l'éditeur de cette véritable histoire vit Fanchette chez la marchande de modes, et que son joli pied fut pour lui la divine Clio. On essayait à cette belle fille sa parure pour le lendemain: celle qui nomma Fanchette était la jeune Agathe; celui qui la caressait, monsieur Satinbourg.] Rosin ne pouvait plus vivre sans elle; il y vole avec son fils. En la voyant si belle, son cœur palpita de plaisir. «Ah! mon fils! dit-il bas à Valincourt, voila l'objet qui devait te charmer: faut-il que Lussanville te l'enlève!» Le jeune-homme surpris, répondit en soupirant: «C'est assez d'un malheureux! faites la félicité de ma cousine. J'aime, vous le savez... Mon père! je vous ai découvert mon secret: tout dépend de vous...—Comment!—Quel autre que mon père aurait pu me forcer d'être heureux?» Rosin l'entendit, et tous ses projets s'évanouirent. «Vous le serez, mes enfans, s'écrie-t-il...» Et dans le moment, Lussanville, que Fanchette avait prié de s'informer de Néné, vint lui dire que lui-même et ses gens n'avaient encore pu la découvrir.
Fanchette, à cette nouvelle, ne put retenir ses larmes... O quel prix la sensibilité, la tendre reconnaissance donnent à la beauté!... Rosin disait: «Comme elle aurait aimé sa mère!» Lussanville: «Comme elle aimera son époux!»Rien ne put la consoler. Mais on n'avait garde de trouver la gouvernante; qui, dans les lieux où elle était, ne s'occupait que des intérêts de sa chère Florangis, que son amant, son oncle et Valincourt reconduisirent à son couvent.
La vue de la belle Adélaïde, qui vint recevoir Fanchette, diminua dans Rosin son antipatie pour Lussanville. Il aurait été flaté de la double alliance, sans le crîme d'une mère odieuse. Car, dans ses principes, le malheur d'Adélaïde était moins que rien, et les perplexités de son fils un enfantillage: mais madame Lussanville lui fesait horreur. Cependant, touché de l'amitié que lui montrait le jeune-homme, pressé du desir de faire le bonheur de sa nièce; de donner à son fils une épouse toute belle, et aussi riche qu'il avait apris que le serait la jeune religieuse, il signa, quoiqu'avec répugnance, le contrat de Fanchette, que le notaire venait d'aporter. L'aimable fille lui montrait combien elle était touchée de sa bonté. Il soupira: il cédait deux objets qui l'avaient charmé: tant de générosité ne demeura pas sans recompense.
Tous trois, aprês avoir pris congé des deux jeunes amies, sortaient du couvent: le jour finissait, et les rues desertes, voisines de ce monastère, n'étaient point encore éclairées: deux femmes, qui marchaient fort vite et d'un air effrayé, passent tout prês d'eux. L'une heurta violemment Lussanville qu'elle ne voyait pas: A peine l'amant de Fanchette eut ouvert labouche, pour lui faire quelques excuses, que la jeune personne se jette dans ses bras, en s'écriant: «Ah! mon frère!» Lussanville et Valincourt même demeurent immobiles d'étonnement, en reconnaissant la voix de Bibi, que Lolote accompagnait.
«Est-il possible!—Mon frère!—Qui l'aurait pensé!—Un perfide...—Tu respires!...—abusant de ma confiance...—Apatéon!—Lui-même. Il me persuada de feindre une agonie, et tandis qu'il éloignerait ma mère, de me laisser enlever.—Qu'espérais-tu, grand dieu!—D'être réunie à Valincourt: il m'en avait flatée... le traître!... il m'a cruellement trompée... il ne travaillait que pour lui: mais le scélérat n'a rien obtenu: ensevelie toute vivante, mon desespoir même m'a soutenue. Aujourd'hui, je ne sais par quel coup du sort, je me suis vue abandonnée d'un vieux geolier qu'il m'avait donné: je l'ai attendu jusqu'au soir inutilement: je me suis cru condannée à périr de faim. Je vais à la porte de ma prison: je vois avec surprise qu'elle n'est point fermée: je sors; rien ne s'opose à ma fuite: parvenue dehors, j'ai aperçu cette jeune personne, et l'ai priée de me conduire au couvent de ma sœur.»
Mes lecteurs sentiront quel effet dut produire cet étonnant récit sur Lussanville et Valincourt. On rentre dans le couvent avec Bibi et Lolote même, que Lussanville reconnut avec plaisir. La surprise d'Adélaïde et de Fanchette ne sepeut décrire. La joie succéda: Bibi trouva deux tendres sœurs. Cette jeune personne, en croissant, était embellie: et Rosin se dit en lui-même: «Pour le coup, celle-ci n'a point d'amant; elle sera pour moi.» Cependant il n'ignorait pas ce qui s'était passé: mais on a du s'apercevoir qu'il estimait la vertu, la beauté, et non des chimères: ce fut une raison de plus pour offrir sa main à Bibi. Il tressaillit: puis tout-à-coup, l'idée de sa sœur expirante vint modérer sa joie. Lussanville, de son côté songeait à s'acquitter avec Lolote: il offrit de payer sa pension dans le couvent, au cas qu'elle voulût y rester, et de l'établir un jour.
Mais l'instant où tous ne doivent plus rien avoir à desirer, s'aproche. Le voîle va tomber, et déja le scélérat est puni.