CHAPITRE XXXIQui surprendra.

MonsieurApatéon et le comte d'A*** arrivaient à la maison du marquis de C***. Ils en trouvent les portes ouvertes, les meubles enlevés, et les postes abandonnés par les gardes: un spectacle aussi peu attendu rendit immobile le dévot Apatéon: le comte tâche de ne paraître pas moins surpris: ils visitent, cherchent, examinent: tout a disparu: on a saccagé jusqu'aux fleurs qui décoraient le jardin. Il ne leur reste à prendre d'autre parti que de s'en retourner, pour demander aux gardes compte de leur conduite, et les faire punir, s'ils étaient coupables: mais on leur montra ces malheureux brisés de coups et demi-morts. Apatéon se rendit ensuite chez la comtesse de C***. La mère du marquis, coquette autrefois, s'efforce aujourd'hui de réparer par une dévotion hautement affichée, une conduite plus que libre; mais sa piété toute extérieure ressemble à celle d'Apatéon; au lieu d'édifier, elle donne un scandale nouveau. Apatéon fut d'abord très mal reçu de Mmede C***: lorsqu'il parla de petite-maison, de fille enlevée, à peine l'écoutait-on: on se contenta de lui répondre qu'onne savait ce qu'il voulait dire: mais à peine eût-il décliné son nom, ce nom fameux dans l'hypocrite sequelle des dévots, ce fut autre chose: la vieille coquette joue la surprise, lorgne du coin de l'œil l'air vigoureux et prédestiné de frère Apatéon, promet de lui donner satisfaction du marquis, le prie de la suivre dans le voluptueux boudoir qui lui sert d'oratoire... Cette bonne fortune n'était pas de celles aprês lesquelles courait Apatéon; mais il fallut se résigner... Le soir, le pauvre homme três-fatigué retourna chez lui, avec moins d'espérances que jamais de découvrir sa jolie pupille. Et de son côté, le comte d'A***, plus inquiet qu'on ne pense, cherchait de nouveaux éclaircissemens.

MonsieurApatéon et le comte d'A*** arrivaient à la maison du marquis de C***. Ils en trouvent les portes ouvertes, les meubles enlevés, et les postes abandonnés par les gardes: un spectacle aussi peu attendu rendit immobile le dévot Apatéon: le comte tâche de ne paraître pas moins surpris: ils visitent, cherchent, examinent: tout a disparu: on a saccagé jusqu'aux fleurs qui décoraient le jardin. Il ne leur reste à prendre d'autre parti que de s'en retourner, pour demander aux gardes compte de leur conduite, et les faire punir, s'ils étaient coupables: mais on leur montra ces malheureux brisés de coups et demi-morts. Apatéon se rendit ensuite chez la comtesse de C***. La mère du marquis, coquette autrefois, s'efforce aujourd'hui de réparer par une dévotion hautement affichée, une conduite plus que libre; mais sa piété toute extérieure ressemble à celle d'Apatéon; au lieu d'édifier, elle donne un scandale nouveau. Apatéon fut d'abord très mal reçu de Mmede C***: lorsqu'il parla de petite-maison, de fille enlevée, à peine l'écoutait-on: on se contenta de lui répondre qu'onne savait ce qu'il voulait dire: mais à peine eût-il décliné son nom, ce nom fameux dans l'hypocrite sequelle des dévots, ce fut autre chose: la vieille coquette joue la surprise, lorgne du coin de l'œil l'air vigoureux et prédestiné de frère Apatéon, promet de lui donner satisfaction du marquis, le prie de la suivre dans le voluptueux boudoir qui lui sert d'oratoire... Cette bonne fortune n'était pas de celles aprês lesquelles courait Apatéon; mais il fallut se résigner... Le soir, le pauvre homme três-fatigué retourna chez lui, avec moins d'espérances que jamais de découvrir sa jolie pupille. Et de son côté, le comte d'A***, plus inquiet qu'on ne pense, cherchait de nouveaux éclaircissemens.

Durant plusieurs jours toutes les peines qu'il se donna furent inutiles. Mais en attendant qu'il soit instruit du sort de Fanchette, et qu'il nous laisse pénétrer ses desseins, disons que cette aimable fille recouvre insensiblement ses forces, et néanmoins ne s'entretenait avec la jeune Agathe que de son cher Lussanville. Un jour la gouvernante entre auprès d'elle d'un air effrayé. «Ma chère fille! lui dit-elle, nous sommes perdues: monsieur Apatéon, qui sans doute aura lu la lettre que j'écrivais à Lussanville, ne m'en avait rien témoigné: mais il vient de découvrir qu'on lui a repris votre portrait et le reste; il est furieux: et pour comble de malheur, il est instruit, je ne sais comment, quevous êtes dans paris: point de milieu; ou retomber entre ses mains, ou bien épouser l'aimable Satinbourg. Il feint de ne me pas soupçonner: il m'a confié qu'il allait tout employer pour vous ravoir en sa puissance; et s'il ne peut en venir à bout, il doit... Ma chère fille, ce mot me fait frémir... vous faire regarder comme une fugitive, une... Le scélérat!... je dévoîlerais sa conduite, s'il osait le faire: mais il n'a parlé de la sorte que pour m'épouvanter... Chère Fanchette, déterminez-vous: donnez la main à Satinbourg: il vient d'instruire sa mère, de la gagner: elle consent à tout. Je leur ai montré l'écrit dont votre père me fit dépositaire dans sa dernière maladie: la boîte qui le renferme, faite de la forme et de la petitesse du soulier de votre mêre, lorsqu'elle avait votre âge, a frapé madame Satinbourg; elle l'a reconnue: dans leur jeunesse, la plus tendre amitié les unissait, elle était de tous ses secrets: Elle nous a raconté comment votre père ayant vu ce joli soulier chez celui qui le fesait, demanda le nom de la jeune personne qui devait le porter: il l'aprit, vit la belle Fanchette Rosin, brûla pour elle, et résolut de tout faire pour obtenir sa main. Ce fut lui, qui pour conserver toujours l'image de ce soulier délicat, qui fut l'occasion de son amour, fit faire cette boîte parfaitement semblable. «Voilà comme l'avait mademoiselle Rosin, a-t-elle ajoûté: et la fille?...—Ah! maman, a vivementinterrompu Satinbourg, elle est plus belle encore: si vous voyiez le sien!» Madame Satinbourg a souri: elle ne s'est plus fait presser. Nous avons consulté sur la dernière disposition de votre père: lesconseilsont dit qu'elle était suffisante pour rendre votre mariage valide, sans l'aveu de monsieur Apatéon. Venez, ma fille, dans les bras de votre époux... Vous hésitez, Fanchette!... Ah! quels malheurs mon aimable fille, tu vas attirer sur toi!... Vien, ma chère fanfan... Ton amant m'aurait suivie, si je ne l'en avais empêché; mais je n'ai pas voulu qu'il fût témoin de ce premier moment.» Fanchette troublée, émue, indécise, donnait des larmes à Lussanville, et tâchait de se déterminer pour Satinbourg. Elle avait ces mules, présent de son premier amant; la jeune fille trouvait à s'en parer une inexprimable volupté. Elle se lève; peut-être allait-elle accompagner sa bonne: ses yeux se fixent sur ce don de Lussanville: son cœur se serre: elle frissonne. «Eh! c'est donc pour un autre, cher amant, s'écrie-t-elle, que tu voulus m'enbellir!... Non, non, ma bonne...—Ma fille, tu veux donc m'accabler?—Qu'il espère, s'il le faut, mais il n'est pas tems encore de me donner.»

Tout ce que la gouvernante put ajouter ne fit point changer de résolution à la belle Florangis. Le tems se consumait: Satinbourg, inquiet de ne pas les voir arriver, craint quelqu'accident:il se rend chez sa maîtresse; il trouve la gouvernante à ses pieds, qui la conjurait de se laisser persuader. La jeune fille embrassait sa bonne, et la priait à son tour de lui donner quelques jours encore pour se déterminer. «Tout ce que mademoiselle voudra, dit Satinbourg: pourquoi la mortifier en la pressant trop? Adorable Florangis, continua-t-il, puis-je du moins concevoir quelqu'espérance?» Fanchette le regarda d'un œil serein. «Eh-bien! pour toute réponse, ajouta-t-il, j'ose demander une faveur: ce précieux portrait que votre bonne vous a rendu...» Fanchette baissa les yeux en rougissant. «Je ne veux plus rien, s'écria Satinbourg: mon adorable maîtresse, je m'en remets à vous pour mon bonheur: vous disposerez de mon sort; il ne saurait être en de meilleures mains.—Je rougis, monsieur, répondit l'aimable fille, de faire si peu pour mériter les sentimens que vous me montrez: mais j'ose vous assurer, que s'il est quelque moyen d'occuper dans mon cœur une seconde place, aprês la mémoire de monsieur de Luss... de celui que je regardais comme mon époux, c'est la route que vous prenez.—Je suis trop heureux, reprit le jeune homme. Allons, madame, dit-il à la gouvernante, porter cette réponse à ma mère: elle lui fera connaître tout le prix du cœur de mademoiselle: et nous, prenons d'ailleurs toutes les précautions pour la préserver des malheurs qui la menacent.» En sortant,Satinbourg remarqua que la jeune Agathe avait les yeux humides.

«Ah mon amie! dit cette fille à Fanchette, je ne suis pas étonnée que vous aimiez si tendrement encore votre cher Lussanville: si monsieur Satinbourg m'avait recherchée, que je l'eusse perdu, je ne m'en consolerais jamais. Heureuse celle dont il sera l'époux!—Ma chère Agathe, répondit l'aimable Florangis, l'aimerais-tu?—Non... car l'on n'aime pas lorsque l'on est sans espérance.—Mais si tu pouvais espérer?—Si je pouvais espérer?... je préférerais monsieur Satinbourg à tout l'univers.—(O ciel! dit Fanchette, tu m'offres un moyen de rester libre, sans être ingrate et dure. C'en est fait, je suis décidée). Écoute-moi, mon Agathe; par reconnaissance envers ce jeune-homme, par respect et par déférence pour ma bonne, j'allais me donner: mais il sera plus heureux avec toi, qu'en épousant une fille, dont le cœur est rempli... Si j'ai quelque pouvoir sur Satinbourg...» La marchande qui monta, intérompit cette conversation, qui fut suivie de ce qu'on verra dans le chapitre suivant.


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