La Tour Saint-Jacques, solitaire et honteuse de sa beauté démodée, la vieille tour aux bêtes parlantes, aux bêtes de pierre et de rêve…
Ils s'adonnaient rapidement, ce jour-là, à une brève et instructive promenade : un Américain de marque (c'est-à-dire semblable à tous les Américains, la distinction étant désormais dans la parité) et notre ami M. Virgile-Austère Méliorat.
— Voilà bien, murmurait le voyageur attristé, ces vieux Européens… Garder et entourer de grilles quelques pierres déformées et périmées… Pourquoi? Parce que c'est ancien!…
Élevant la voix, il ajouta, l'air négligent, la main dressée vers la vieille tour solitaire et honteuse :
— Naturellement, ça ne sert à rien!
— Comment, répondit notre ami, d'un ton où se mêlaient les reproches, la colère, la stupeur, à rien? Y songez-vous? Nous prenez-vous pour des enfants? L'heure des jouets n'est plus, Monsieur… Nous avons appris à tirer parti des choses. Cette tour est utile : elle sert, Monsieur, elle sert à la Science. Elle abrite, sous les ridicules symboles de ses moellons déchiquetés : 1oun laboratoire de physique expérimentale ; 2oun baromètre à eau (30 mètres de haut), à stylo-traceur électrique… Hein? Vous voyez?… Oh! ce vieux bute, cette antique coquille, ça ne doit pas être un fameux laboratoire, mais c'était tout fait, ça épargne de la maçonnerie…
— Avouez-le, répliqua, glacial et goguenard, l'Américain, — vous en êtes encore à respecter ça, ça…
— Mais non, cria presque en colère M. Virgile-Austère Méliorat, mais non, je vous jure que non!…
Ils passaient vite, hâtant leur instructive promenade, tournant le dos, — enfin! — à la vieille tour solitaire et honteuse de sa beauté démodée, à la vieille tour aux bêtes parlantes, aux bêtes de pierre et de rêve…