«7 décembre 1844.«Est-ce que vous vous souvenez encore de moi, Madame? Moi, je pense toujours à vous. Si je n'avais pas grand'peur d'être horriblement pédant, je vous citerais un vers que Virgile a fait sur vous ou sur moi, il y a deux mille ans. Je voulais vous aller voir aujourd'hui, et voici que, sans respect pour ce qui est trois fois saint, on me prend mon dimanche, ce dimanche sacré qu'on ne devrait pas plus prendre à un ouvrier qu'au bon Dieu. Je me résigne à vous écrire ces inutilités. Oh! si vous saviez quels vœux je fais pour que le régisseur qui a transporté les Vosges près du Taurus ait un beau matin l'idée de transporter le pavillon Marbeuf près de la place Royale!«Je mets à vos pieds mes plus tendres admirations et mes plus tendres respects.«V. H.»(Lettre inédite.)[168]Lettre inédite.[169]Et j'ai lu tout récemment, dans un très curieux dossier appartenant à M. Louis Barthou, une lettre écrite par Victor Hugo à Lacroix, son éditeur, à l'occasion de la publication de sonWilliam Shakespeare, qui m'a confirmé dans ce sentiment que Victor Hugo avait pour Lamartine une amitié exempte de jalousie.[170]Le mot est de Lamartine, je le trouve dans une lettre de lui à elle en date du 17 mai 1841.[171]C'était le jour anniversaire de la mort tragique de sa fille Léopoldine (4 septembre 1843).[172]La mort de Sophie Gay, sa mère.[173]Marguerite ou les Deux Amours.[174]Lettre inédite.[175]Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.[176]Mmede Girardin, disait Emile de Girardin à Victor Hugo, est aussi rouge que vous. Elle est indignée et elle dit comme vousce bandit.Et Victor Hugo écrivait à sa femme, le 19 mars 1852: «Si tu vois Mmede Girardin, félicite-la de ma part de son courage et de sa grandeur d'âme.» (Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.)—Delphine se montrait d'autant plus résolue qu'elle s'était laissé surprendre par les événements. Le 19 août 1850, elle mandait à Lamartine: «On s'attend ici à un coup d'Etat, moi je n'y crois pas. Je n'ai qu'une seule raison d'y croire: c'est qu'il y a un espion dans mon quartier qui vient à chaque instant demander si M. de Girardin se porte bien et quand il doit revenir. Je lui réponds que je n'en sais rien. Du reste, je n'ai pas d'autres indices, celui-là n'est pas bien significatif; j'ai foi dans la république, la royauté ne me paraît plus une chose sérieuse.» (Lettres à Lamartine, t. IV, p. 260.)[177]Le fils voyait plus clair que le père. Victor Hugo partageait à cet égard les nobles illusions de Michelet, qui disait de son air prophétique: «La loi morale s'oppose à ce que l'Empire dure!»—C'est pour cela qu'il a duré vingt ans![178]Lettre inédite.[179]Les Châtiments, Jersey, septembre 1853.[180]Lettre inédite.[181]Lady Tartuffe, un des grands succès au théâtre de Mmede Girardin, fut représentée la première fois sur la scène de la rue Richelieu, le 10 février 1853.[182]Lettre inédite.[183]Il était né à Paris le 19 avril 1801.[184]Marguerite ou les Deux Amours.[185]Lettre inédite.[186]Victor Hugo connaissait Pierre Leroux de longue date. En 1830, pendant qu'il travaillait àNotre-Dame, il lui lut le chapitre intituléles Cloches, mais Leroux trouva ce genre de littérature bien inutile.[187]Sous les espèces desLettres parisiennes, que Mmede Girardin avait réunies en un volume publié en 1843. Elles forment aujourd'hui 4 volumes.[188]Les tables tournantes, dont raffolait Mmede Girardin.[189]Lettre inédite. Comme Gœthe, Victor Hugo fut pendant plusieurs années hanté par ce qu'on est convenu d'appeler l'au-delà. Il interrogea les tables et crut fermement correspondre avec la plupart des grands morts du passé. Les procès-verbaux de ces séances mémorables existent, il y en a tout un cahier de la main de Charles Hugo, le fils du grand poète.[190]Cet article figure dansles Causeries du Lundi(t. III, p. 297) sous la date du 17 février 1851. Mais le lendemain de sa réception à l'Académie, Sainte-Beuve écrivait à M. Désiré Laverdant, rédacteur dela Démocratie pacifique: «...Il m'est très égal que Mmede Girardin vienne me dire que je fais de la réaction pure et simple, et je ne me donne pas même la peine d'y songer; mais si vous me le dites, je me permets de vous dire non, et que vous vous méprenez complètement, ce qui tient peut-être à ce que vous n'attachez pas la même importance que moi aux points purement littéraires sur lesquels je suis resté à peu près le même.» (Cf. Jules Troubat:la Vie de Sainte-Beuve, p.XXIX.)[191]La Joie fait peurfut représentée la première fois au Théâtre-Français le 25 février 1854.[192]Solution de la question d'Orient, par Emile de Girardin, 1 vol. in-8.Librairie nouvelle(1853).[193]M. Jules Bois écrivait dansle Matindu 14 septembre 1909: «Mmede Girardin, férue de spiritisme, arriva à Jersey le mardi 6 septembre 1853. Les premiers essais furent infructueux. La table, carrée, «contrariait le fluide». On acheta dans un magasin de jouets d'enfants une tablette qui ne bougea pas davantage.«Hugo, croyant, mais incrédule, répugnait aux premières séances qui lui semblaient une parodie presque sacrilège.«Mmede Girardin s'entêta: «Les esprits dit-elle, ne sont pas des chevaux de fiacre qui attendent le bon plaisir du client; ils sont libres et ne viennent qu'à leur heure.»«Enfin, le petit meuble s'anima. «Devine le mot que je pense», lui demanda Vacquerie. La réponse fut juste. «Traduis maintenant le mot qui est dans ma tête.» Le guéridon répliqua: «Tu veux dire souffrance.» L'interrogateur pensait: amour. On s'intéressait de plus en plus. «Qui es-tu?» demanda-t-on à l'esprit. Il épela: «Léopoldine.»«Au nom de la fille que Victor Hugo venait (?) de perdre, il y eut une émotion inexprimable. MmeHugo pleurait. Charles questionna sa sœur. La nuit fut vite passée en un dialogue où la curiosité alternait avec la joie, l'espérance et l'angoisse. A Léopoldine succédèrent d'autres personnages historiques ou fabuleux. On consulta le guéridon même pendant le jour. Les esprits donnaient des rendez-vous à heures fixes. Tant que brillait la lumière du jour, la table était envahie par les «Idées». La nuit, fidèles à la tradition qui nous montre l'essaim frileux des ombres préférer les ténèbres, du fond des siècles accouraient vers la table hospitalière de Hugo philosophes, poètes, criminels, pitres, héros, prophètes, rois et tribuns.«Les poètes s'exprimaient en vers, les autres en prose. Chacun exigeait d'être questionné à sa manière. Hugo, qui ne doutait pas de l'identité de ces visiteurs, prenait la peine d'improviser pour eux des strophes et des paragraphes...—«Mais, dira-t-on, il y a eu là un simple phénomène d'illusion. Hugo se jouait à lui-même, sans s'en douter, une comédie lyrique et dramatique. Nous savons comme les tables sont dociles aux mouvements inconscients. Hugo faisait à la fois des questions et des réponses.»«Je vous arrête. L'objection ne tient pas debout, car Hugo n'est jamais à la table: même il n'est pas toujours dans la chambre. Quand il assiste aux séances, il se contente de reproduire passivement et à leur suite les lettres qu'indique par coups frappés le meuble. Sauf pour les demandes, il n'est qu'un secrétaire machinal. Bien mieux, les réponses du trépied moderne sont si indépendantes de lui qu'il les désapprouve parfois, ne les comprend pas, discute avec elles. Il leur arrive de lui donner de rudes leçons, mais Hugo les traite toujours avec le plus grand respect.«Quel était donc le médium?«Car pour toute expérience de spiritisme il faut un médium, c'est-à-dire quelqu'un qui serve de transmetteur aux messages de l'invisible, comme l'employé du télégraphe enregistre les lettres et les mots qui lui sont adressés aussi par quelqu'un qu'on ne voit pas.«Le médium fut quelquefois MmeHugo, surtout Charles, son fils. On peut même dire que celui-ci (en consultant le programme des séances, on s'en rend compte) est presque indispensable aux manifestations.«Vous allez me dire: «Pourquoi ne pas supposer que Charles s'est amusé à faire parler la table? Il avait de l'esprit et même du talent; les cahiers de Jersey sont ses œuvres.»«Avec Auguste Vacquerie et Paul Meurice, nous avons examiné cette objection et nous avons conclu que la tricherie était improbable et impossible.«Improbable, car il faudrait admettre que ce fils très admirant se fût moqué non seulement d'un père très vénéré, mais aussi de la douleur de sa mère. Songez que c'est sa sœur Léopoldine, morte récemment, qui a parlé la première à la table et amené avec elle le cortège des autres ombres.«Impossible, car il eût fallu préparer dans l'intervalle des séances les très belles réponses en vers ou en prose que la table improvisait. Et l'on se serait vite aperçu de la supercherie. D'autre part, Charles était l'indolence même. Combien de fois il se plaint de lassitude au milieu des séances. Minuit a sonné, il a fait des armes toute la journée, il demande grâce. Mais dans la table l'esprit s'acharne, les assistants supplient; Charles se résigne.«Une anecdote entre mille démontrera que Charles était bien l'inconscient médium de ces messages, et non pas leur auteur conscient:«Un jeune Anglais qui fréquentait la maison appela, un soir, lord Byron. Celui-ci se refusa à parler français. Charles, ne sachant pas un mot d'anglais, fit l'observation qu'il lui serait difficile de suivre les lettres. Alors Walter Scott se présenta et, comme pour jouer un tour au médium, répondit ce qui suit:Vex nat the bard, his lyre is brokenHis last song sung, his last word spoken.—«Je n'y comprends rien, dit Charles après avoir épelé.«Le jeune Anglais expliqua:Ne tourmentez pas le barde, sa lyre est brisée,Son dernier poème chanté, sa dernière parole dite.«La table avait parlé dans une langue inconnue du médium. La preuve était faite: la table avait parlé.»[194]Aprèsla Joie fait peur, donnée à la Comédie-Française, elle avait fait représenter au Gymnassele Chapeau d'un horloger, qui n'est qu'un long éclat de rire.[195]Cf. le livre de Victor Hugo intituléActes et Paroles pendant l'exil.[196]Voir: laCorrespondance de Victor Hugo.[197]Mais M. Gustave Simon a publié depuis la note que Victor Hugo avait écrite sur le manuscrit dela Légende des siècles. La voici:«Continuation d'un phénomène étrange, auquel j'ai assisté plusieurs fois: c'est le phénomène du trépied antique. Une table à trois pieds dicte des vers par des frappements, et des strophes sortent de l'ombre. Il va sans dire que je n'ai jamais mêlé à mes vers un seul de ces vers venus du mystère; je les ai toujours religieusement laissés à l'Inconnu qui en est l'unique auteur. Je n'en ai même pas admis le reflet, j'en ai écarté jusqu'à l'influence. Le travail du cerveau humain doit rester à part et ne rien emprunter aux phénomènes.«Les manifestations extérieures de l'Invisible sont un fait et les créations intérieures de la pensée en sont un autre. La muraille qui sépare les deux faits doit être maintenue dans l'intérêt de l'observation et de la science. On ne doit lui faire aucune brèche. A côté de la science qui le défend, on sent aussi la religion, la grande, la vraie..., qui l'interdit. C'est donc, je le répète, autant par conscience religieuse que par conscience littéraire, par respect pour le phénomène même, que je m'en suis isolé, ayant pour loi de n'admettre aucun mélange dans mon inspiration, et voulant maintenir mon œuvre telle qu'elle vit, absolument mienne et personnelle.»[198]Lettre inédite.[199]Werdet,Portrait intime de Balzac, in-12, 1859.[200]Léon Gozlan lui écrivit un jour: à «MmeDurand, néeBalzac», histoire de l'ennuyer.[201]Le 1erjuin 1841, Balzac priait Victor Hugo de lui envoyer les 2 billets qu'il lui avait demandés (probablement pour l'Académie) au no47 de la rue des Martyrs. Et quelques jours après, Victor Hugo, qui avait sans doute égaré sa lettre, lui répondait: «Si j'avais su où vous écrire, je vous aurais épargné hier un dérangement.»[202]Nous avons la lettre par laquelle Mmede Girardin invitait Balzac à ce dîner: «M. de Lamartine, lui écrivait-elle, doit dîner chez moi dimanche, il veut absolument dîner avec vous. Rien ne lui ferait plus de plaisir. Venez donc et soyez aimable. Il a mal à la jambe, vous avez mal au pied, nous vous soignerons tous deux, nous vous donnerons des coussins, des tabourets. Venez, venez! Mille affectueux souvenirs.»[203]C'est même Sophie Gay qui avait obtenu pourla Modele patronage de la duchesse du Berry.[204]Il était né à Paris le 22 juin 1806 et avait été inscrit à l'état civil sous le nom d'Emile Delamotte et comme étant né de parents inconnus. Il était, comme on sait, fils adultérin du comte Alexandre de Girardin, dont il prit le nom en 1828, et de MmeDupuy, femme d'un conseiller à la Cour impériale de Paris.[205]André-Olivier-Ernest Sain de Bois-le-Comte, né à Tours le 20 juin 1799, mourut en 1862; d'abord garde du corps, il donna sa démission en 1830, reprit du service quelque temps après et démissionna de nouveau pour collaborer à l'Histoire parlementaire de la Révolutionpar Buchez et Roux. Lamartine le prit comme chef de cabinet en 1848 et l'envoya comme ministre de France à Naples. Nommé quelque temps après à Washington, il fut destitué au mois de mars 1851.[206]Cela prouve, une fois de plus, quoi qu'en disent certains biographes, que Latouche se faisait, dès ce temps-là (1828), appeler Henri, bien que son vrai nom fût Hyacinthe.[207]Pâques était le 30 mars en 1834.[208]Lettre inédite.[209]Bois-le-Comte.[210]Corresp. de Balzac.[211]Lettre inédite.[212]Lettre inédite.[213]Sur les murs de l'Hôtel des Haricots quelqu'un avait écrit: «M. de Balzac, prisonnier d'Etat, du 7 au 15 mars.»[214]Cette lettre, datée du 7 octobre 1850, a été publiée par Jules Claretie dansle Tempsdu 11 juin 1908. Elle était adressée au docteur Nacquart, qui fut le médecin dévoué de Balzac.«Permettez-moi, lui disait MmeHanska, de vous offrir un objet qui a appartenu à votre illustre ami... Cette canne, que je prends la liberté de vous offrir, et dont on a beaucoup parlé dans le temps, cette fameuse canne dont tout le mystère consiste en une petite chaîne de jeune fille qui a servi à faire sa pomme, vous rappellera non seulement cet ami si cher, mais aussi cette jeune fille, devenue, avec les années la triste et malheureuse femme dont vous avez essayé de soutenir le courage et de calmer la douleur...»—La canne de Balzac appartient aujourd'hui à Mmela baronne de Fontenay, fille du docteur Nacquart.[215]Roman de Mmede Girardin paru en 1835, chez Dumont, 2 vol. in-8o.[216]L'autographe de cette lettre appartient au comte Primoli.[217]Les lettres de Théophile Gautier sont extrêmement rares. D'abord il en a écrit très peu, sous prétexte que c'était de la copie qui n'était pas payée et puis le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul leur a fait pendant vingt ans une chasse effrénée. En dehors de ce petit billet inédit vraiment amusant, je n'en ai trouvé qu'un autre de Théo dans les papiers de Delphine. Le voici: «Madame, je suis aux regrets de m'être engagé aujourd'hui, mais j'irai le soir et j'assisterai au bouquet de feu d'artifice qui se tirera après le dessert; comme les gamins dans les fêtes publiques je reviendrai avec cinq ou six fusées. A vos pieds.»[218]Lettre inédite.[219]Le 18 juillet de la même année, Balzac écrivait encore à son amie: «Je suis revenu à 1 heure du matin de chez Mmede Girardin. Le dîner était donné pour Mmede Hahn, fameuse actrice d'Allemagne, qu'un monsieur doué de cinquante mille francs de rente a retirée de la scène et qu'il a épousée en dépit de tous les hobereaux de sa famille et de sa caste. Mmede Girardin avait ses deux grands hommes, Hugo et Lamartine... Le dîner a fini à dix heures. A la suite d'une tartine politique de Hugo, je me suis laissé aller à une improvisation où je l'ai combattu et battu, avec quelque succès, je vous assure. Lamartine en a paru charmé; il m'en a remercié avec effusion... J'ai conquis Lamartine par mon appréciation de son dernier discours (sur les affaires de Syrie) et j'ai été sincère, comme toujours, car véritablement ce discours est magnifique d'un bout à l'autre. Lamartine a été bien grand, bien éclatant pendant cette session.» (Corresp. de Balzac.)[220]Théophile Gautier, souvenirs intimes, par Ernest Feydeau, p. 120.[221]Cf.la Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[222]Première partie dela Rabouilleuse, qui parut dansla Presseau mois de février 1841.[223]Lettre publiée par le vicomte de Lovenjoul dansla Genèse d'un roman de Balzac.[224]La Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[225]L'article de Musset sur Rachel parut dans laRevue des Deux-Mondesdu 1ernovembre 1838.—Voir à ce sujet notre livre surAlfred de Musset, t. II.[226]Lettre inédite.[227]Où elle avait une villa.[228]Lettre inédite.[229]Sur la réception de Rachel au château de Windsor, cf. lesAutographes de la collection Ad. Crémieux, Hetzel, 1885, p. 177.[230]Lettre inédite.[231]Lettre inédite.[232]Dans sesMémoires d'un Bourgeois de Paris, le DrVéron dit que, du 12 juin 1838 au 28 juin 1839, Rachel fit encaisser à la Comédie-Française la somme de 452.595 fr. 15.[233]Lettre inédite.[234]Lettre inédite.[235]Lettres de MmeHamelin, publiées par M. André Gayot dansla Nouvelle Revue, août 1908.[236]Lettre inédite.[237]Tragédie de Latour Saint-Ybars.[238]Lettre inédite.[239]Lettre inédite.[240]L'Histoire des Girondins, qui venait de paraître.[241]Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 241, éd. in-18.—Le grand poète n'avait pas attendu cette circonstance pour témoigner son admiration à Rachel. Dès 1839, il avait entrepris pour elle sa tragédie deToussaint-Louverture. Il écrivait, le 20 septembre de cette année, à Mmede Girardin: «Je vais me remettre aussi à ma tragédie interrompue au 3eacte, et j'espère la terminer avant Paris. Mais voilà MlleRachel condamnée au silence quand je veux la faire parler.»Corresp. de Lamartine, t. IV, p. 28.[242]Lettre inédite.[243]Corresp. de Lamartine; extrait d'une lettre du 18 novembre 1847.—On sait pourtant que Sainte-Beuve ne goûtait pas beaucoupCléopâtre. Un an avant la représentation de cette pièce, Mmed'Arbouville, devançant le jugement sévère du critique et se fiant aux on-dit, lui écrivait:«... Je viens de relire sur mon banc solitaire laCléopâtrede Shakespeare pour me convaincre que ce n'est pas là que Mmede Girardin a puisé la fatale idée de faire de Cléopâtre une Messaline. On y indique à peine qu'elle a aimé César, et encore rien n'en transpire. Entre César et elle, qui ne se voient qu'après la mort d'Antoine, tout est d'une convenance et d'une réserve parfaites. C'est seulement dans un paroxysme d'amour que Cléopâtre, «étant seule», s'écrie: «Oh! je n'ai jamais aimé César ainsi!» J'aimerais mieux que le mot n'y fût pas. Mais il y est. Du reste l'amour le plus passionné remplit seul le rôle de Cléopâtre, ce qui intéresse bien mieux que toutes les réminiscences dela Tour de Nesleà la façon de Mmede Girardin.»(Muses romantiques: Madame d'Arbouville, d'après ses lettres à Sainte-Beuve(1846-1850), par Léon Séché, p. 141) (Mercure de France, 1909).[244]Lettre inédite.[245]Lettre inédite.[246]Lockroy.[247]Senart.[248]A Lockroy succéda Sevestre,—sous le titre de «régisseur général agent de la Société du Théâtre-Français».[249]Ferdinand Barrot.[250]C'est la première fois que nous entendons parler de ce petit théâtre. Il est à croire que les événements empêchèrent Delphine de donner suite à son projet.[251]Pendant longtemps ce fut effectivement Crémieux, «mon cher papa Crémieux», comme elle l'appelait, qui servit de secrétaire à Rachel et qui lui rédigeait ses lettres. Quand elle était en voyage, elle lui envoyait les noms et qualités de ceux qui lui faisaient des politesses et à qui elle était obligée de répondre, ne fût-ce que pour décliner leurs invitations, et Crémieux lui adressait de petits billets, voire de longues lettres, qu'elle n'avait qu'à copier et à mettre à la poste. Elle ne faisait d'exceptions que pour ses amis intimes à qui elle écrivait sans brouillon, dans le style émaillé de fautes d'orthographe qui était le sien. «S. M. la reine, mandait-elle de Londres à Crémieux, au mois de mai 1841, a exprimé à lady Normanby le désir d'avoir ma signature dans son petit album: j'en ai fait part à quelques personnes des mieux posées; elles m'ont conseillée d'écrire une petite lettre à Sa Majesté le lendemain de la soirée de Windsor. Mon cher monsieur Crémieux, vous voyez que, malgré les grands progrès que je fais dans le style, il me faudra cette fois encore avoir recours à vos complaisances éternelles.»—«A qui ai-je à écrire? lui mandait-elle encore. Cherchons. Vous me parlez de Cavé: j'y ai pensé, et, comme il connaît mon style, je lui ai envoyé sans crainte; il m'a répondu une petite lettre charmante. Un petit billet à ce brave Milbert, qui m'a écrit deux fois et à qui je n'ai pas répondu... Dites un mot aimable à ce brave vieillard comte de Cherval... M. Defresne m'a écrit aussi deux ou trois fois; faut-il lui écrire? Voyez: c'est vous que cela regarde puisque c'est vous qui écrivez, mon aimable et bon secrétaire.» (Voir à ce sujet lesAutographes de la collection Crémieux, pp. 178 et 184.)—Mais il vint un jour—c'était en 1841—où le «cher papa Crémieux», ferma sa porte à Rachel. J'ai raconté dans quelles circonstances au t. II de mon livre surAlfred de Musset, et tout récemment MlleThomson, confirmant mes renseignements, a publié la lettre par laquelle MmeCrémieux signifia son congé à la tragédienne. (Cf.la Vie sentimentale de Rachel, p. 77.) Ce n'est qu'en 1848 que Rachel parvint à franchir le seuil du grand avocat, encore MmeCrémieux lui tint-elle rigueur jusqu'en 1854.[252]Lettre inédite.[253]S'il faut en croire M. Frédéric Loliée (la Comédie-Française, p. 254), c'est elle-même qui aurait désigné Arsène Houssaye à l'Elysée et qui l'aurait emporté sur Mazères, dont la candidature était appuyée par M. de Rémusat.[254]Lettre inédite.[255]Lettre inédite.[256]Voir le chap. III de ce livre, p. 1810. Après le coup d'Etat, Victor Hugo habitait à Bruxelles, place de l'Hôtel-de-Ville.[257]Voir la lettre de Rachel à Ponsard publiée par M. Jules Claretie dansle Tempsdu 30 avril 1909.[258]Voirle Tempsdu 30 avril 1909.[259]La salle à manger de l'hôtel de la rue de Chaillot donnait sur une petite pelouse au centre de laquelle s'élevait une fontaine, formée du groupe des Grâces de Germain Pilon.[260]Extrait d'une lettre inédite.[261]Il ne faut pas oublier queles Mystères de Parisavaient paru en feuilleton dansle Journal des Débats.[262]Corresp., t. IV.[263]La Pressedu 2 mars 1848.[264]La mort de Sophie Gay (5 mars 1852).[265]MmeO'Donnell, morte le 10 août 1841.[266]Eugène Sue était un fervent admirateur de Lamartine. Il était entré en relations avec lui, dès 1830, à la suite d'un article qu'il avait consacré dansla Modede Girardin auxHarmonies poétiques et religieuseset qui finissait ainsi: «Maintenant qu'il est bien avéré que M. de Lamartine n'est pas un jésuite, il ne nous reste qu'un fait à constater, c'est l'immense succès desHarmonies poétiques et religieuses.» Quand Lamartine partit pour l'Orient, Eugène Sue eut l'idée de l'accompagner, mais il se récusa au dernier moment. Quelques années après, durant un séjour qu'il fit à Saint-Point, Lamartine lui lut des fragments deJocelyn. (Cf.la Correspondance de Lamartine.)[267]Dain (Charles), né à la Guadeloupe le 29 août 1812, mort à Bordeaux le 22 février 1871. Avocat à Paris, il entra dans le petit groupe des Phalanstériens et publia, dansla Démocratie pacifique, des articles sur l'esclavage qui eurent un grand retentissement dans son pays. Elu député de la Guadeloupe à l'Assemblée nationale de 1848, il ne fut cependant pas réélu à la Législative, mais, le 10 mai 1850, le département de Saône-et-Loire, qui l'année précédente avait renié Lamartine, le choisit pour son représentant. Il siégea alors à l'extrême-gauche. Cela ne l'empêcha pas de se rallier à l'Empereur, qui le nomma conseiller à la Cour de la Guadeloupe.[268]Lettre inédite.[269]Marguerite ou deux amours, roman paru en 1853.[270]Genève, Laffer et Cie, 1853.[271]Cadot, éditeur, 4 vol., 1853.[272]Cette lettre finissait ainsi:«Ma sœur m'a appris, et j'en suis ravi, que vous allez publier en volumes vos anciens feuilletons—ne m'oubliez pas, lors de l'apparition du livre—j'y compte pour mes longues soirées d'hiver—je retrouverai là tant et tant de souvenirs!... Je reverrai ainsi le monde que vous peigniez avec tant de grâce, de finesse et de profondeur, et où nous nous rencontrions si souvent—de grâce encore, ne m'oubliez pas, les soiréespassées avec vousdans ma solitude me seront si précieuses!... Adieu, adieu, je suis horriblement triste, ma sœur part dans deux heures, et ma pauvre petite maison va me paraître bien grande et bien vide... Mille choses de ma part à Emile. Si vous avez un moment à perdre, un mot, et vous me rendrez bien heureux. Encore adieu à tous et bien à vous.» (Lettre inédite).[273]A cette époque, en effet, Ponsard était dans le plein de sa passion pour Mmede Solms.[274]Leur correspondance, qui a été un certain nombre d'années en la possession de M. Bégis, chez qui je l'ai lue, se trouve aujourd'hui entre les mains de M. Chéramy.[275]Corresp. inédite de Sainte-Beuve avec M. et MmeJuste Olivier.[276]Gérant dela Presse.[277]Lettre inédite.[278]Lettre inédite.[279]Cette lettre fut publiée dans le feuilleton dela Pressedu 1? mars 1828.[280]Lettres à Lamartine, p. 259.[281]Lettre inédite.[282]Lettre inédite.[283]Lettre inédite.[284]Jeanne-Gabrielle, fille de Solange, née à Guillery le 20 mai 1849.[285]Lettre inédite.[286]Lettre inédite.[287]Le Chapeau d'un horloger, représente au Gymnase le 16 décembre 1854.[288]Lettre inédite.[289]Allusion aux journées de Juin.—Bethmont faisait partie, comme ministre de la Justice, du premier cabinet formé le 28 juin 1848 par le général Cavaignac.[290]Le petit corps, ramené à Nohant, fut déposé sous le grand if, auprès des restes d'Aurore de Saxe, grand'mère de George Sand.[291]M. Bethmont, qui défendait Clésinger, avait fait appel du jugement qui confiait à George Sand la garde de sa petite-fille.[292]Lettre inédite.[293]Elle l'avait vue pour la dernière fois le 21 mai, et, comme si elle avait eu le pressentiment de sa fin prochaine, Delphine avait abordé devant elle la question de l'au-delà: «Je ne crois pas, lui disait-elle, à aucun mystère et à aucun miracle transmis ou expliqués par les hommes. Tout est mystère et tout est miracle dans le seul fait de la vie et de la mort. Je ne crois pas à une table tournante autant qu'on se l'imagine: ce n'est qu'un instrument qui écrit ce que ma pensée évoque. Je me sens très bien avec Dieu; je ne crois ni au diable ni à l'enfer. Si je n'ai pas la foi, j'ai l'équivalent: j'ai la confiance.»Mmede Girardin devait penser souvent à la mort, car on a trouvé dans son album, sous ces dates:mars 1841-juillet 1851, les réflexions que voici:«La mort n'égalise rien: à sa dernière heure, l'homme qui a lâchement vécu n'est pas l'égal de celui qui a vécu noblement. A son dernier soupir, l'homme dont l'existence est douce et belle n'est pas non plus l'égal de celui qui a souffert toujours. Les vertus sont des titres, les souffrances sont des droits. On ne s'améliore pas en vain; on ne souffre pas inutilement. Dieu est un maître équitable qui récompense chacun selon ses œuvres, et surtout selon ses peines. Heureuse l'âme qui a l'intelligence de ses douleurs; pour elle, les larmes ont un langage qu'elle comprend, le désespoir a des promesses qu'elle écoute.«Oh! qui de nous ne l'a senti, qu'en nous frappant Dieu s'engage et qu'il est de certains chagrins, tourments inouïs, insupportables, horribles, qui le compromettent avec nous pour l'éternité.«Non, ceux qui auront toujours ignoré ces affreuses peines ne seront pas, au jour du jugement dernier, les égaux de ceux qui les auront connues et dévorées.«D. GAY DE GIRARDIN.»(Communiqué par MmeLéonce Détroyat.)[294]L'Esprit de Madame de Girardin, p. 316.
«7 décembre 1844.«Est-ce que vous vous souvenez encore de moi, Madame? Moi, je pense toujours à vous. Si je n'avais pas grand'peur d'être horriblement pédant, je vous citerais un vers que Virgile a fait sur vous ou sur moi, il y a deux mille ans. Je voulais vous aller voir aujourd'hui, et voici que, sans respect pour ce qui est trois fois saint, on me prend mon dimanche, ce dimanche sacré qu'on ne devrait pas plus prendre à un ouvrier qu'au bon Dieu. Je me résigne à vous écrire ces inutilités. Oh! si vous saviez quels vœux je fais pour que le régisseur qui a transporté les Vosges près du Taurus ait un beau matin l'idée de transporter le pavillon Marbeuf près de la place Royale!«Je mets à vos pieds mes plus tendres admirations et mes plus tendres respects.«V. H.»(Lettre inédite.)[168]Lettre inédite.[169]Et j'ai lu tout récemment, dans un très curieux dossier appartenant à M. Louis Barthou, une lettre écrite par Victor Hugo à Lacroix, son éditeur, à l'occasion de la publication de sonWilliam Shakespeare, qui m'a confirmé dans ce sentiment que Victor Hugo avait pour Lamartine une amitié exempte de jalousie.[170]Le mot est de Lamartine, je le trouve dans une lettre de lui à elle en date du 17 mai 1841.[171]C'était le jour anniversaire de la mort tragique de sa fille Léopoldine (4 septembre 1843).[172]La mort de Sophie Gay, sa mère.[173]Marguerite ou les Deux Amours.[174]Lettre inédite.[175]Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.[176]Mmede Girardin, disait Emile de Girardin à Victor Hugo, est aussi rouge que vous. Elle est indignée et elle dit comme vousce bandit.Et Victor Hugo écrivait à sa femme, le 19 mars 1852: «Si tu vois Mmede Girardin, félicite-la de ma part de son courage et de sa grandeur d'âme.» (Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.)—Delphine se montrait d'autant plus résolue qu'elle s'était laissé surprendre par les événements. Le 19 août 1850, elle mandait à Lamartine: «On s'attend ici à un coup d'Etat, moi je n'y crois pas. Je n'ai qu'une seule raison d'y croire: c'est qu'il y a un espion dans mon quartier qui vient à chaque instant demander si M. de Girardin se porte bien et quand il doit revenir. Je lui réponds que je n'en sais rien. Du reste, je n'ai pas d'autres indices, celui-là n'est pas bien significatif; j'ai foi dans la république, la royauté ne me paraît plus une chose sérieuse.» (Lettres à Lamartine, t. IV, p. 260.)[177]Le fils voyait plus clair que le père. Victor Hugo partageait à cet égard les nobles illusions de Michelet, qui disait de son air prophétique: «La loi morale s'oppose à ce que l'Empire dure!»—C'est pour cela qu'il a duré vingt ans![178]Lettre inédite.[179]Les Châtiments, Jersey, septembre 1853.[180]Lettre inédite.[181]Lady Tartuffe, un des grands succès au théâtre de Mmede Girardin, fut représentée la première fois sur la scène de la rue Richelieu, le 10 février 1853.[182]Lettre inédite.[183]Il était né à Paris le 19 avril 1801.[184]Marguerite ou les Deux Amours.[185]Lettre inédite.[186]Victor Hugo connaissait Pierre Leroux de longue date. En 1830, pendant qu'il travaillait àNotre-Dame, il lui lut le chapitre intituléles Cloches, mais Leroux trouva ce genre de littérature bien inutile.[187]Sous les espèces desLettres parisiennes, que Mmede Girardin avait réunies en un volume publié en 1843. Elles forment aujourd'hui 4 volumes.[188]Les tables tournantes, dont raffolait Mmede Girardin.[189]Lettre inédite. Comme Gœthe, Victor Hugo fut pendant plusieurs années hanté par ce qu'on est convenu d'appeler l'au-delà. Il interrogea les tables et crut fermement correspondre avec la plupart des grands morts du passé. Les procès-verbaux de ces séances mémorables existent, il y en a tout un cahier de la main de Charles Hugo, le fils du grand poète.[190]Cet article figure dansles Causeries du Lundi(t. III, p. 297) sous la date du 17 février 1851. Mais le lendemain de sa réception à l'Académie, Sainte-Beuve écrivait à M. Désiré Laverdant, rédacteur dela Démocratie pacifique: «...Il m'est très égal que Mmede Girardin vienne me dire que je fais de la réaction pure et simple, et je ne me donne pas même la peine d'y songer; mais si vous me le dites, je me permets de vous dire non, et que vous vous méprenez complètement, ce qui tient peut-être à ce que vous n'attachez pas la même importance que moi aux points purement littéraires sur lesquels je suis resté à peu près le même.» (Cf. Jules Troubat:la Vie de Sainte-Beuve, p.XXIX.)[191]La Joie fait peurfut représentée la première fois au Théâtre-Français le 25 février 1854.[192]Solution de la question d'Orient, par Emile de Girardin, 1 vol. in-8.Librairie nouvelle(1853).[193]M. Jules Bois écrivait dansle Matindu 14 septembre 1909: «Mmede Girardin, férue de spiritisme, arriva à Jersey le mardi 6 septembre 1853. Les premiers essais furent infructueux. La table, carrée, «contrariait le fluide». On acheta dans un magasin de jouets d'enfants une tablette qui ne bougea pas davantage.«Hugo, croyant, mais incrédule, répugnait aux premières séances qui lui semblaient une parodie presque sacrilège.«Mmede Girardin s'entêta: «Les esprits dit-elle, ne sont pas des chevaux de fiacre qui attendent le bon plaisir du client; ils sont libres et ne viennent qu'à leur heure.»«Enfin, le petit meuble s'anima. «Devine le mot que je pense», lui demanda Vacquerie. La réponse fut juste. «Traduis maintenant le mot qui est dans ma tête.» Le guéridon répliqua: «Tu veux dire souffrance.» L'interrogateur pensait: amour. On s'intéressait de plus en plus. «Qui es-tu?» demanda-t-on à l'esprit. Il épela: «Léopoldine.»«Au nom de la fille que Victor Hugo venait (?) de perdre, il y eut une émotion inexprimable. MmeHugo pleurait. Charles questionna sa sœur. La nuit fut vite passée en un dialogue où la curiosité alternait avec la joie, l'espérance et l'angoisse. A Léopoldine succédèrent d'autres personnages historiques ou fabuleux. On consulta le guéridon même pendant le jour. Les esprits donnaient des rendez-vous à heures fixes. Tant que brillait la lumière du jour, la table était envahie par les «Idées». La nuit, fidèles à la tradition qui nous montre l'essaim frileux des ombres préférer les ténèbres, du fond des siècles accouraient vers la table hospitalière de Hugo philosophes, poètes, criminels, pitres, héros, prophètes, rois et tribuns.«Les poètes s'exprimaient en vers, les autres en prose. Chacun exigeait d'être questionné à sa manière. Hugo, qui ne doutait pas de l'identité de ces visiteurs, prenait la peine d'improviser pour eux des strophes et des paragraphes...—«Mais, dira-t-on, il y a eu là un simple phénomène d'illusion. Hugo se jouait à lui-même, sans s'en douter, une comédie lyrique et dramatique. Nous savons comme les tables sont dociles aux mouvements inconscients. Hugo faisait à la fois des questions et des réponses.»«Je vous arrête. L'objection ne tient pas debout, car Hugo n'est jamais à la table: même il n'est pas toujours dans la chambre. Quand il assiste aux séances, il se contente de reproduire passivement et à leur suite les lettres qu'indique par coups frappés le meuble. Sauf pour les demandes, il n'est qu'un secrétaire machinal. Bien mieux, les réponses du trépied moderne sont si indépendantes de lui qu'il les désapprouve parfois, ne les comprend pas, discute avec elles. Il leur arrive de lui donner de rudes leçons, mais Hugo les traite toujours avec le plus grand respect.«Quel était donc le médium?«Car pour toute expérience de spiritisme il faut un médium, c'est-à-dire quelqu'un qui serve de transmetteur aux messages de l'invisible, comme l'employé du télégraphe enregistre les lettres et les mots qui lui sont adressés aussi par quelqu'un qu'on ne voit pas.«Le médium fut quelquefois MmeHugo, surtout Charles, son fils. On peut même dire que celui-ci (en consultant le programme des séances, on s'en rend compte) est presque indispensable aux manifestations.«Vous allez me dire: «Pourquoi ne pas supposer que Charles s'est amusé à faire parler la table? Il avait de l'esprit et même du talent; les cahiers de Jersey sont ses œuvres.»«Avec Auguste Vacquerie et Paul Meurice, nous avons examiné cette objection et nous avons conclu que la tricherie était improbable et impossible.«Improbable, car il faudrait admettre que ce fils très admirant se fût moqué non seulement d'un père très vénéré, mais aussi de la douleur de sa mère. Songez que c'est sa sœur Léopoldine, morte récemment, qui a parlé la première à la table et amené avec elle le cortège des autres ombres.«Impossible, car il eût fallu préparer dans l'intervalle des séances les très belles réponses en vers ou en prose que la table improvisait. Et l'on se serait vite aperçu de la supercherie. D'autre part, Charles était l'indolence même. Combien de fois il se plaint de lassitude au milieu des séances. Minuit a sonné, il a fait des armes toute la journée, il demande grâce. Mais dans la table l'esprit s'acharne, les assistants supplient; Charles se résigne.«Une anecdote entre mille démontrera que Charles était bien l'inconscient médium de ces messages, et non pas leur auteur conscient:«Un jeune Anglais qui fréquentait la maison appela, un soir, lord Byron. Celui-ci se refusa à parler français. Charles, ne sachant pas un mot d'anglais, fit l'observation qu'il lui serait difficile de suivre les lettres. Alors Walter Scott se présenta et, comme pour jouer un tour au médium, répondit ce qui suit:Vex nat the bard, his lyre is brokenHis last song sung, his last word spoken.—«Je n'y comprends rien, dit Charles après avoir épelé.«Le jeune Anglais expliqua:Ne tourmentez pas le barde, sa lyre est brisée,Son dernier poème chanté, sa dernière parole dite.«La table avait parlé dans une langue inconnue du médium. La preuve était faite: la table avait parlé.»[194]Aprèsla Joie fait peur, donnée à la Comédie-Française, elle avait fait représenter au Gymnassele Chapeau d'un horloger, qui n'est qu'un long éclat de rire.[195]Cf. le livre de Victor Hugo intituléActes et Paroles pendant l'exil.[196]Voir: laCorrespondance de Victor Hugo.[197]Mais M. Gustave Simon a publié depuis la note que Victor Hugo avait écrite sur le manuscrit dela Légende des siècles. La voici:«Continuation d'un phénomène étrange, auquel j'ai assisté plusieurs fois: c'est le phénomène du trépied antique. Une table à trois pieds dicte des vers par des frappements, et des strophes sortent de l'ombre. Il va sans dire que je n'ai jamais mêlé à mes vers un seul de ces vers venus du mystère; je les ai toujours religieusement laissés à l'Inconnu qui en est l'unique auteur. Je n'en ai même pas admis le reflet, j'en ai écarté jusqu'à l'influence. Le travail du cerveau humain doit rester à part et ne rien emprunter aux phénomènes.«Les manifestations extérieures de l'Invisible sont un fait et les créations intérieures de la pensée en sont un autre. La muraille qui sépare les deux faits doit être maintenue dans l'intérêt de l'observation et de la science. On ne doit lui faire aucune brèche. A côté de la science qui le défend, on sent aussi la religion, la grande, la vraie..., qui l'interdit. C'est donc, je le répète, autant par conscience religieuse que par conscience littéraire, par respect pour le phénomène même, que je m'en suis isolé, ayant pour loi de n'admettre aucun mélange dans mon inspiration, et voulant maintenir mon œuvre telle qu'elle vit, absolument mienne et personnelle.»[198]Lettre inédite.[199]Werdet,Portrait intime de Balzac, in-12, 1859.[200]Léon Gozlan lui écrivit un jour: à «MmeDurand, néeBalzac», histoire de l'ennuyer.[201]Le 1erjuin 1841, Balzac priait Victor Hugo de lui envoyer les 2 billets qu'il lui avait demandés (probablement pour l'Académie) au no47 de la rue des Martyrs. Et quelques jours après, Victor Hugo, qui avait sans doute égaré sa lettre, lui répondait: «Si j'avais su où vous écrire, je vous aurais épargné hier un dérangement.»[202]Nous avons la lettre par laquelle Mmede Girardin invitait Balzac à ce dîner: «M. de Lamartine, lui écrivait-elle, doit dîner chez moi dimanche, il veut absolument dîner avec vous. Rien ne lui ferait plus de plaisir. Venez donc et soyez aimable. Il a mal à la jambe, vous avez mal au pied, nous vous soignerons tous deux, nous vous donnerons des coussins, des tabourets. Venez, venez! Mille affectueux souvenirs.»[203]C'est même Sophie Gay qui avait obtenu pourla Modele patronage de la duchesse du Berry.[204]Il était né à Paris le 22 juin 1806 et avait été inscrit à l'état civil sous le nom d'Emile Delamotte et comme étant né de parents inconnus. Il était, comme on sait, fils adultérin du comte Alexandre de Girardin, dont il prit le nom en 1828, et de MmeDupuy, femme d'un conseiller à la Cour impériale de Paris.[205]André-Olivier-Ernest Sain de Bois-le-Comte, né à Tours le 20 juin 1799, mourut en 1862; d'abord garde du corps, il donna sa démission en 1830, reprit du service quelque temps après et démissionna de nouveau pour collaborer à l'Histoire parlementaire de la Révolutionpar Buchez et Roux. Lamartine le prit comme chef de cabinet en 1848 et l'envoya comme ministre de France à Naples. Nommé quelque temps après à Washington, il fut destitué au mois de mars 1851.[206]Cela prouve, une fois de plus, quoi qu'en disent certains biographes, que Latouche se faisait, dès ce temps-là (1828), appeler Henri, bien que son vrai nom fût Hyacinthe.[207]Pâques était le 30 mars en 1834.[208]Lettre inédite.[209]Bois-le-Comte.[210]Corresp. de Balzac.[211]Lettre inédite.[212]Lettre inédite.[213]Sur les murs de l'Hôtel des Haricots quelqu'un avait écrit: «M. de Balzac, prisonnier d'Etat, du 7 au 15 mars.»[214]Cette lettre, datée du 7 octobre 1850, a été publiée par Jules Claretie dansle Tempsdu 11 juin 1908. Elle était adressée au docteur Nacquart, qui fut le médecin dévoué de Balzac.«Permettez-moi, lui disait MmeHanska, de vous offrir un objet qui a appartenu à votre illustre ami... Cette canne, que je prends la liberté de vous offrir, et dont on a beaucoup parlé dans le temps, cette fameuse canne dont tout le mystère consiste en une petite chaîne de jeune fille qui a servi à faire sa pomme, vous rappellera non seulement cet ami si cher, mais aussi cette jeune fille, devenue, avec les années la triste et malheureuse femme dont vous avez essayé de soutenir le courage et de calmer la douleur...»—La canne de Balzac appartient aujourd'hui à Mmela baronne de Fontenay, fille du docteur Nacquart.[215]Roman de Mmede Girardin paru en 1835, chez Dumont, 2 vol. in-8o.[216]L'autographe de cette lettre appartient au comte Primoli.[217]Les lettres de Théophile Gautier sont extrêmement rares. D'abord il en a écrit très peu, sous prétexte que c'était de la copie qui n'était pas payée et puis le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul leur a fait pendant vingt ans une chasse effrénée. En dehors de ce petit billet inédit vraiment amusant, je n'en ai trouvé qu'un autre de Théo dans les papiers de Delphine. Le voici: «Madame, je suis aux regrets de m'être engagé aujourd'hui, mais j'irai le soir et j'assisterai au bouquet de feu d'artifice qui se tirera après le dessert; comme les gamins dans les fêtes publiques je reviendrai avec cinq ou six fusées. A vos pieds.»[218]Lettre inédite.[219]Le 18 juillet de la même année, Balzac écrivait encore à son amie: «Je suis revenu à 1 heure du matin de chez Mmede Girardin. Le dîner était donné pour Mmede Hahn, fameuse actrice d'Allemagne, qu'un monsieur doué de cinquante mille francs de rente a retirée de la scène et qu'il a épousée en dépit de tous les hobereaux de sa famille et de sa caste. Mmede Girardin avait ses deux grands hommes, Hugo et Lamartine... Le dîner a fini à dix heures. A la suite d'une tartine politique de Hugo, je me suis laissé aller à une improvisation où je l'ai combattu et battu, avec quelque succès, je vous assure. Lamartine en a paru charmé; il m'en a remercié avec effusion... J'ai conquis Lamartine par mon appréciation de son dernier discours (sur les affaires de Syrie) et j'ai été sincère, comme toujours, car véritablement ce discours est magnifique d'un bout à l'autre. Lamartine a été bien grand, bien éclatant pendant cette session.» (Corresp. de Balzac.)[220]Théophile Gautier, souvenirs intimes, par Ernest Feydeau, p. 120.[221]Cf.la Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[222]Première partie dela Rabouilleuse, qui parut dansla Presseau mois de février 1841.[223]Lettre publiée par le vicomte de Lovenjoul dansla Genèse d'un roman de Balzac.[224]La Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[225]L'article de Musset sur Rachel parut dans laRevue des Deux-Mondesdu 1ernovembre 1838.—Voir à ce sujet notre livre surAlfred de Musset, t. II.[226]Lettre inédite.[227]Où elle avait une villa.[228]Lettre inédite.[229]Sur la réception de Rachel au château de Windsor, cf. lesAutographes de la collection Ad. Crémieux, Hetzel, 1885, p. 177.[230]Lettre inédite.[231]Lettre inédite.[232]Dans sesMémoires d'un Bourgeois de Paris, le DrVéron dit que, du 12 juin 1838 au 28 juin 1839, Rachel fit encaisser à la Comédie-Française la somme de 452.595 fr. 15.[233]Lettre inédite.[234]Lettre inédite.[235]Lettres de MmeHamelin, publiées par M. André Gayot dansla Nouvelle Revue, août 1908.[236]Lettre inédite.[237]Tragédie de Latour Saint-Ybars.[238]Lettre inédite.[239]Lettre inédite.[240]L'Histoire des Girondins, qui venait de paraître.[241]Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 241, éd. in-18.—Le grand poète n'avait pas attendu cette circonstance pour témoigner son admiration à Rachel. Dès 1839, il avait entrepris pour elle sa tragédie deToussaint-Louverture. Il écrivait, le 20 septembre de cette année, à Mmede Girardin: «Je vais me remettre aussi à ma tragédie interrompue au 3eacte, et j'espère la terminer avant Paris. Mais voilà MlleRachel condamnée au silence quand je veux la faire parler.»Corresp. de Lamartine, t. IV, p. 28.[242]Lettre inédite.[243]Corresp. de Lamartine; extrait d'une lettre du 18 novembre 1847.—On sait pourtant que Sainte-Beuve ne goûtait pas beaucoupCléopâtre. Un an avant la représentation de cette pièce, Mmed'Arbouville, devançant le jugement sévère du critique et se fiant aux on-dit, lui écrivait:«... Je viens de relire sur mon banc solitaire laCléopâtrede Shakespeare pour me convaincre que ce n'est pas là que Mmede Girardin a puisé la fatale idée de faire de Cléopâtre une Messaline. On y indique à peine qu'elle a aimé César, et encore rien n'en transpire. Entre César et elle, qui ne se voient qu'après la mort d'Antoine, tout est d'une convenance et d'une réserve parfaites. C'est seulement dans un paroxysme d'amour que Cléopâtre, «étant seule», s'écrie: «Oh! je n'ai jamais aimé César ainsi!» J'aimerais mieux que le mot n'y fût pas. Mais il y est. Du reste l'amour le plus passionné remplit seul le rôle de Cléopâtre, ce qui intéresse bien mieux que toutes les réminiscences dela Tour de Nesleà la façon de Mmede Girardin.»(Muses romantiques: Madame d'Arbouville, d'après ses lettres à Sainte-Beuve(1846-1850), par Léon Séché, p. 141) (Mercure de France, 1909).[244]Lettre inédite.[245]Lettre inédite.[246]Lockroy.[247]Senart.[248]A Lockroy succéda Sevestre,—sous le titre de «régisseur général agent de la Société du Théâtre-Français».[249]Ferdinand Barrot.[250]C'est la première fois que nous entendons parler de ce petit théâtre. Il est à croire que les événements empêchèrent Delphine de donner suite à son projet.[251]Pendant longtemps ce fut effectivement Crémieux, «mon cher papa Crémieux», comme elle l'appelait, qui servit de secrétaire à Rachel et qui lui rédigeait ses lettres. Quand elle était en voyage, elle lui envoyait les noms et qualités de ceux qui lui faisaient des politesses et à qui elle était obligée de répondre, ne fût-ce que pour décliner leurs invitations, et Crémieux lui adressait de petits billets, voire de longues lettres, qu'elle n'avait qu'à copier et à mettre à la poste. Elle ne faisait d'exceptions que pour ses amis intimes à qui elle écrivait sans brouillon, dans le style émaillé de fautes d'orthographe qui était le sien. «S. M. la reine, mandait-elle de Londres à Crémieux, au mois de mai 1841, a exprimé à lady Normanby le désir d'avoir ma signature dans son petit album: j'en ai fait part à quelques personnes des mieux posées; elles m'ont conseillée d'écrire une petite lettre à Sa Majesté le lendemain de la soirée de Windsor. Mon cher monsieur Crémieux, vous voyez que, malgré les grands progrès que je fais dans le style, il me faudra cette fois encore avoir recours à vos complaisances éternelles.»—«A qui ai-je à écrire? lui mandait-elle encore. Cherchons. Vous me parlez de Cavé: j'y ai pensé, et, comme il connaît mon style, je lui ai envoyé sans crainte; il m'a répondu une petite lettre charmante. Un petit billet à ce brave Milbert, qui m'a écrit deux fois et à qui je n'ai pas répondu... Dites un mot aimable à ce brave vieillard comte de Cherval... M. Defresne m'a écrit aussi deux ou trois fois; faut-il lui écrire? Voyez: c'est vous que cela regarde puisque c'est vous qui écrivez, mon aimable et bon secrétaire.» (Voir à ce sujet lesAutographes de la collection Crémieux, pp. 178 et 184.)—Mais il vint un jour—c'était en 1841—où le «cher papa Crémieux», ferma sa porte à Rachel. J'ai raconté dans quelles circonstances au t. II de mon livre surAlfred de Musset, et tout récemment MlleThomson, confirmant mes renseignements, a publié la lettre par laquelle MmeCrémieux signifia son congé à la tragédienne. (Cf.la Vie sentimentale de Rachel, p. 77.) Ce n'est qu'en 1848 que Rachel parvint à franchir le seuil du grand avocat, encore MmeCrémieux lui tint-elle rigueur jusqu'en 1854.[252]Lettre inédite.[253]S'il faut en croire M. Frédéric Loliée (la Comédie-Française, p. 254), c'est elle-même qui aurait désigné Arsène Houssaye à l'Elysée et qui l'aurait emporté sur Mazères, dont la candidature était appuyée par M. de Rémusat.[254]Lettre inédite.[255]Lettre inédite.[256]Voir le chap. III de ce livre, p. 1810. Après le coup d'Etat, Victor Hugo habitait à Bruxelles, place de l'Hôtel-de-Ville.[257]Voir la lettre de Rachel à Ponsard publiée par M. Jules Claretie dansle Tempsdu 30 avril 1909.[258]Voirle Tempsdu 30 avril 1909.[259]La salle à manger de l'hôtel de la rue de Chaillot donnait sur une petite pelouse au centre de laquelle s'élevait une fontaine, formée du groupe des Grâces de Germain Pilon.[260]Extrait d'une lettre inédite.[261]Il ne faut pas oublier queles Mystères de Parisavaient paru en feuilleton dansle Journal des Débats.[262]Corresp., t. IV.[263]La Pressedu 2 mars 1848.[264]La mort de Sophie Gay (5 mars 1852).[265]MmeO'Donnell, morte le 10 août 1841.[266]Eugène Sue était un fervent admirateur de Lamartine. Il était entré en relations avec lui, dès 1830, à la suite d'un article qu'il avait consacré dansla Modede Girardin auxHarmonies poétiques et religieuseset qui finissait ainsi: «Maintenant qu'il est bien avéré que M. de Lamartine n'est pas un jésuite, il ne nous reste qu'un fait à constater, c'est l'immense succès desHarmonies poétiques et religieuses.» Quand Lamartine partit pour l'Orient, Eugène Sue eut l'idée de l'accompagner, mais il se récusa au dernier moment. Quelques années après, durant un séjour qu'il fit à Saint-Point, Lamartine lui lut des fragments deJocelyn. (Cf.la Correspondance de Lamartine.)[267]Dain (Charles), né à la Guadeloupe le 29 août 1812, mort à Bordeaux le 22 février 1871. Avocat à Paris, il entra dans le petit groupe des Phalanstériens et publia, dansla Démocratie pacifique, des articles sur l'esclavage qui eurent un grand retentissement dans son pays. Elu député de la Guadeloupe à l'Assemblée nationale de 1848, il ne fut cependant pas réélu à la Législative, mais, le 10 mai 1850, le département de Saône-et-Loire, qui l'année précédente avait renié Lamartine, le choisit pour son représentant. Il siégea alors à l'extrême-gauche. Cela ne l'empêcha pas de se rallier à l'Empereur, qui le nomma conseiller à la Cour de la Guadeloupe.[268]Lettre inédite.[269]Marguerite ou deux amours, roman paru en 1853.[270]Genève, Laffer et Cie, 1853.[271]Cadot, éditeur, 4 vol., 1853.[272]Cette lettre finissait ainsi:«Ma sœur m'a appris, et j'en suis ravi, que vous allez publier en volumes vos anciens feuilletons—ne m'oubliez pas, lors de l'apparition du livre—j'y compte pour mes longues soirées d'hiver—je retrouverai là tant et tant de souvenirs!... Je reverrai ainsi le monde que vous peigniez avec tant de grâce, de finesse et de profondeur, et où nous nous rencontrions si souvent—de grâce encore, ne m'oubliez pas, les soiréespassées avec vousdans ma solitude me seront si précieuses!... Adieu, adieu, je suis horriblement triste, ma sœur part dans deux heures, et ma pauvre petite maison va me paraître bien grande et bien vide... Mille choses de ma part à Emile. Si vous avez un moment à perdre, un mot, et vous me rendrez bien heureux. Encore adieu à tous et bien à vous.» (Lettre inédite).[273]A cette époque, en effet, Ponsard était dans le plein de sa passion pour Mmede Solms.[274]Leur correspondance, qui a été un certain nombre d'années en la possession de M. Bégis, chez qui je l'ai lue, se trouve aujourd'hui entre les mains de M. Chéramy.[275]Corresp. inédite de Sainte-Beuve avec M. et MmeJuste Olivier.[276]Gérant dela Presse.[277]Lettre inédite.[278]Lettre inédite.[279]Cette lettre fut publiée dans le feuilleton dela Pressedu 1? mars 1828.[280]Lettres à Lamartine, p. 259.[281]Lettre inédite.[282]Lettre inédite.[283]Lettre inédite.[284]Jeanne-Gabrielle, fille de Solange, née à Guillery le 20 mai 1849.[285]Lettre inédite.[286]Lettre inédite.[287]Le Chapeau d'un horloger, représente au Gymnase le 16 décembre 1854.[288]Lettre inédite.[289]Allusion aux journées de Juin.—Bethmont faisait partie, comme ministre de la Justice, du premier cabinet formé le 28 juin 1848 par le général Cavaignac.[290]Le petit corps, ramené à Nohant, fut déposé sous le grand if, auprès des restes d'Aurore de Saxe, grand'mère de George Sand.[291]M. Bethmont, qui défendait Clésinger, avait fait appel du jugement qui confiait à George Sand la garde de sa petite-fille.[292]Lettre inédite.[293]Elle l'avait vue pour la dernière fois le 21 mai, et, comme si elle avait eu le pressentiment de sa fin prochaine, Delphine avait abordé devant elle la question de l'au-delà: «Je ne crois pas, lui disait-elle, à aucun mystère et à aucun miracle transmis ou expliqués par les hommes. Tout est mystère et tout est miracle dans le seul fait de la vie et de la mort. Je ne crois pas à une table tournante autant qu'on se l'imagine: ce n'est qu'un instrument qui écrit ce que ma pensée évoque. Je me sens très bien avec Dieu; je ne crois ni au diable ni à l'enfer. Si je n'ai pas la foi, j'ai l'équivalent: j'ai la confiance.»Mmede Girardin devait penser souvent à la mort, car on a trouvé dans son album, sous ces dates:mars 1841-juillet 1851, les réflexions que voici:«La mort n'égalise rien: à sa dernière heure, l'homme qui a lâchement vécu n'est pas l'égal de celui qui a vécu noblement. A son dernier soupir, l'homme dont l'existence est douce et belle n'est pas non plus l'égal de celui qui a souffert toujours. Les vertus sont des titres, les souffrances sont des droits. On ne s'améliore pas en vain; on ne souffre pas inutilement. Dieu est un maître équitable qui récompense chacun selon ses œuvres, et surtout selon ses peines. Heureuse l'âme qui a l'intelligence de ses douleurs; pour elle, les larmes ont un langage qu'elle comprend, le désespoir a des promesses qu'elle écoute.«Oh! qui de nous ne l'a senti, qu'en nous frappant Dieu s'engage et qu'il est de certains chagrins, tourments inouïs, insupportables, horribles, qui le compromettent avec nous pour l'éternité.«Non, ceux qui auront toujours ignoré ces affreuses peines ne seront pas, au jour du jugement dernier, les égaux de ceux qui les auront connues et dévorées.«D. GAY DE GIRARDIN.»(Communiqué par MmeLéonce Détroyat.)[294]L'Esprit de Madame de Girardin, p. 316.
«7 décembre 1844.«Est-ce que vous vous souvenez encore de moi, Madame? Moi, je pense toujours à vous. Si je n'avais pas grand'peur d'être horriblement pédant, je vous citerais un vers que Virgile a fait sur vous ou sur moi, il y a deux mille ans. Je voulais vous aller voir aujourd'hui, et voici que, sans respect pour ce qui est trois fois saint, on me prend mon dimanche, ce dimanche sacré qu'on ne devrait pas plus prendre à un ouvrier qu'au bon Dieu. Je me résigne à vous écrire ces inutilités. Oh! si vous saviez quels vœux je fais pour que le régisseur qui a transporté les Vosges près du Taurus ait un beau matin l'idée de transporter le pavillon Marbeuf près de la place Royale!«Je mets à vos pieds mes plus tendres admirations et mes plus tendres respects.«V. H.»(Lettre inédite.)[168]Lettre inédite.[169]Et j'ai lu tout récemment, dans un très curieux dossier appartenant à M. Louis Barthou, une lettre écrite par Victor Hugo à Lacroix, son éditeur, à l'occasion de la publication de sonWilliam Shakespeare, qui m'a confirmé dans ce sentiment que Victor Hugo avait pour Lamartine une amitié exempte de jalousie.[170]Le mot est de Lamartine, je le trouve dans une lettre de lui à elle en date du 17 mai 1841.[171]C'était le jour anniversaire de la mort tragique de sa fille Léopoldine (4 septembre 1843).[172]La mort de Sophie Gay, sa mère.[173]Marguerite ou les Deux Amours.[174]Lettre inédite.[175]Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.[176]Mmede Girardin, disait Emile de Girardin à Victor Hugo, est aussi rouge que vous. Elle est indignée et elle dit comme vousce bandit.Et Victor Hugo écrivait à sa femme, le 19 mars 1852: «Si tu vois Mmede Girardin, félicite-la de ma part de son courage et de sa grandeur d'âme.» (Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.)—Delphine se montrait d'autant plus résolue qu'elle s'était laissé surprendre par les événements. Le 19 août 1850, elle mandait à Lamartine: «On s'attend ici à un coup d'Etat, moi je n'y crois pas. Je n'ai qu'une seule raison d'y croire: c'est qu'il y a un espion dans mon quartier qui vient à chaque instant demander si M. de Girardin se porte bien et quand il doit revenir. Je lui réponds que je n'en sais rien. Du reste, je n'ai pas d'autres indices, celui-là n'est pas bien significatif; j'ai foi dans la république, la royauté ne me paraît plus une chose sérieuse.» (Lettres à Lamartine, t. IV, p. 260.)[177]Le fils voyait plus clair que le père. Victor Hugo partageait à cet égard les nobles illusions de Michelet, qui disait de son air prophétique: «La loi morale s'oppose à ce que l'Empire dure!»—C'est pour cela qu'il a duré vingt ans![178]Lettre inédite.[179]Les Châtiments, Jersey, septembre 1853.[180]Lettre inédite.[181]Lady Tartuffe, un des grands succès au théâtre de Mmede Girardin, fut représentée la première fois sur la scène de la rue Richelieu, le 10 février 1853.[182]Lettre inédite.[183]Il était né à Paris le 19 avril 1801.[184]Marguerite ou les Deux Amours.[185]Lettre inédite.[186]Victor Hugo connaissait Pierre Leroux de longue date. En 1830, pendant qu'il travaillait àNotre-Dame, il lui lut le chapitre intituléles Cloches, mais Leroux trouva ce genre de littérature bien inutile.[187]Sous les espèces desLettres parisiennes, que Mmede Girardin avait réunies en un volume publié en 1843. Elles forment aujourd'hui 4 volumes.[188]Les tables tournantes, dont raffolait Mmede Girardin.[189]Lettre inédite. Comme Gœthe, Victor Hugo fut pendant plusieurs années hanté par ce qu'on est convenu d'appeler l'au-delà. Il interrogea les tables et crut fermement correspondre avec la plupart des grands morts du passé. Les procès-verbaux de ces séances mémorables existent, il y en a tout un cahier de la main de Charles Hugo, le fils du grand poète.[190]Cet article figure dansles Causeries du Lundi(t. III, p. 297) sous la date du 17 février 1851. Mais le lendemain de sa réception à l'Académie, Sainte-Beuve écrivait à M. Désiré Laverdant, rédacteur dela Démocratie pacifique: «...Il m'est très égal que Mmede Girardin vienne me dire que je fais de la réaction pure et simple, et je ne me donne pas même la peine d'y songer; mais si vous me le dites, je me permets de vous dire non, et que vous vous méprenez complètement, ce qui tient peut-être à ce que vous n'attachez pas la même importance que moi aux points purement littéraires sur lesquels je suis resté à peu près le même.» (Cf. Jules Troubat:la Vie de Sainte-Beuve, p.XXIX.)[191]La Joie fait peurfut représentée la première fois au Théâtre-Français le 25 février 1854.[192]Solution de la question d'Orient, par Emile de Girardin, 1 vol. in-8.Librairie nouvelle(1853).[193]M. Jules Bois écrivait dansle Matindu 14 septembre 1909: «Mmede Girardin, férue de spiritisme, arriva à Jersey le mardi 6 septembre 1853. Les premiers essais furent infructueux. La table, carrée, «contrariait le fluide». On acheta dans un magasin de jouets d'enfants une tablette qui ne bougea pas davantage.«Hugo, croyant, mais incrédule, répugnait aux premières séances qui lui semblaient une parodie presque sacrilège.«Mmede Girardin s'entêta: «Les esprits dit-elle, ne sont pas des chevaux de fiacre qui attendent le bon plaisir du client; ils sont libres et ne viennent qu'à leur heure.»«Enfin, le petit meuble s'anima. «Devine le mot que je pense», lui demanda Vacquerie. La réponse fut juste. «Traduis maintenant le mot qui est dans ma tête.» Le guéridon répliqua: «Tu veux dire souffrance.» L'interrogateur pensait: amour. On s'intéressait de plus en plus. «Qui es-tu?» demanda-t-on à l'esprit. Il épela: «Léopoldine.»«Au nom de la fille que Victor Hugo venait (?) de perdre, il y eut une émotion inexprimable. MmeHugo pleurait. Charles questionna sa sœur. La nuit fut vite passée en un dialogue où la curiosité alternait avec la joie, l'espérance et l'angoisse. A Léopoldine succédèrent d'autres personnages historiques ou fabuleux. On consulta le guéridon même pendant le jour. Les esprits donnaient des rendez-vous à heures fixes. Tant que brillait la lumière du jour, la table était envahie par les «Idées». La nuit, fidèles à la tradition qui nous montre l'essaim frileux des ombres préférer les ténèbres, du fond des siècles accouraient vers la table hospitalière de Hugo philosophes, poètes, criminels, pitres, héros, prophètes, rois et tribuns.«Les poètes s'exprimaient en vers, les autres en prose. Chacun exigeait d'être questionné à sa manière. Hugo, qui ne doutait pas de l'identité de ces visiteurs, prenait la peine d'improviser pour eux des strophes et des paragraphes...—«Mais, dira-t-on, il y a eu là un simple phénomène d'illusion. Hugo se jouait à lui-même, sans s'en douter, une comédie lyrique et dramatique. Nous savons comme les tables sont dociles aux mouvements inconscients. Hugo faisait à la fois des questions et des réponses.»«Je vous arrête. L'objection ne tient pas debout, car Hugo n'est jamais à la table: même il n'est pas toujours dans la chambre. Quand il assiste aux séances, il se contente de reproduire passivement et à leur suite les lettres qu'indique par coups frappés le meuble. Sauf pour les demandes, il n'est qu'un secrétaire machinal. Bien mieux, les réponses du trépied moderne sont si indépendantes de lui qu'il les désapprouve parfois, ne les comprend pas, discute avec elles. Il leur arrive de lui donner de rudes leçons, mais Hugo les traite toujours avec le plus grand respect.«Quel était donc le médium?«Car pour toute expérience de spiritisme il faut un médium, c'est-à-dire quelqu'un qui serve de transmetteur aux messages de l'invisible, comme l'employé du télégraphe enregistre les lettres et les mots qui lui sont adressés aussi par quelqu'un qu'on ne voit pas.«Le médium fut quelquefois MmeHugo, surtout Charles, son fils. On peut même dire que celui-ci (en consultant le programme des séances, on s'en rend compte) est presque indispensable aux manifestations.«Vous allez me dire: «Pourquoi ne pas supposer que Charles s'est amusé à faire parler la table? Il avait de l'esprit et même du talent; les cahiers de Jersey sont ses œuvres.»«Avec Auguste Vacquerie et Paul Meurice, nous avons examiné cette objection et nous avons conclu que la tricherie était improbable et impossible.«Improbable, car il faudrait admettre que ce fils très admirant se fût moqué non seulement d'un père très vénéré, mais aussi de la douleur de sa mère. Songez que c'est sa sœur Léopoldine, morte récemment, qui a parlé la première à la table et amené avec elle le cortège des autres ombres.«Impossible, car il eût fallu préparer dans l'intervalle des séances les très belles réponses en vers ou en prose que la table improvisait. Et l'on se serait vite aperçu de la supercherie. D'autre part, Charles était l'indolence même. Combien de fois il se plaint de lassitude au milieu des séances. Minuit a sonné, il a fait des armes toute la journée, il demande grâce. Mais dans la table l'esprit s'acharne, les assistants supplient; Charles se résigne.«Une anecdote entre mille démontrera que Charles était bien l'inconscient médium de ces messages, et non pas leur auteur conscient:«Un jeune Anglais qui fréquentait la maison appela, un soir, lord Byron. Celui-ci se refusa à parler français. Charles, ne sachant pas un mot d'anglais, fit l'observation qu'il lui serait difficile de suivre les lettres. Alors Walter Scott se présenta et, comme pour jouer un tour au médium, répondit ce qui suit:Vex nat the bard, his lyre is brokenHis last song sung, his last word spoken.—«Je n'y comprends rien, dit Charles après avoir épelé.«Le jeune Anglais expliqua:Ne tourmentez pas le barde, sa lyre est brisée,Son dernier poème chanté, sa dernière parole dite.«La table avait parlé dans une langue inconnue du médium. La preuve était faite: la table avait parlé.»[194]Aprèsla Joie fait peur, donnée à la Comédie-Française, elle avait fait représenter au Gymnassele Chapeau d'un horloger, qui n'est qu'un long éclat de rire.[195]Cf. le livre de Victor Hugo intituléActes et Paroles pendant l'exil.[196]Voir: laCorrespondance de Victor Hugo.[197]Mais M. Gustave Simon a publié depuis la note que Victor Hugo avait écrite sur le manuscrit dela Légende des siècles. La voici:«Continuation d'un phénomène étrange, auquel j'ai assisté plusieurs fois: c'est le phénomène du trépied antique. Une table à trois pieds dicte des vers par des frappements, et des strophes sortent de l'ombre. Il va sans dire que je n'ai jamais mêlé à mes vers un seul de ces vers venus du mystère; je les ai toujours religieusement laissés à l'Inconnu qui en est l'unique auteur. Je n'en ai même pas admis le reflet, j'en ai écarté jusqu'à l'influence. Le travail du cerveau humain doit rester à part et ne rien emprunter aux phénomènes.«Les manifestations extérieures de l'Invisible sont un fait et les créations intérieures de la pensée en sont un autre. La muraille qui sépare les deux faits doit être maintenue dans l'intérêt de l'observation et de la science. On ne doit lui faire aucune brèche. A côté de la science qui le défend, on sent aussi la religion, la grande, la vraie..., qui l'interdit. C'est donc, je le répète, autant par conscience religieuse que par conscience littéraire, par respect pour le phénomène même, que je m'en suis isolé, ayant pour loi de n'admettre aucun mélange dans mon inspiration, et voulant maintenir mon œuvre telle qu'elle vit, absolument mienne et personnelle.»[198]Lettre inédite.[199]Werdet,Portrait intime de Balzac, in-12, 1859.[200]Léon Gozlan lui écrivit un jour: à «MmeDurand, néeBalzac», histoire de l'ennuyer.[201]Le 1erjuin 1841, Balzac priait Victor Hugo de lui envoyer les 2 billets qu'il lui avait demandés (probablement pour l'Académie) au no47 de la rue des Martyrs. Et quelques jours après, Victor Hugo, qui avait sans doute égaré sa lettre, lui répondait: «Si j'avais su où vous écrire, je vous aurais épargné hier un dérangement.»[202]Nous avons la lettre par laquelle Mmede Girardin invitait Balzac à ce dîner: «M. de Lamartine, lui écrivait-elle, doit dîner chez moi dimanche, il veut absolument dîner avec vous. Rien ne lui ferait plus de plaisir. Venez donc et soyez aimable. Il a mal à la jambe, vous avez mal au pied, nous vous soignerons tous deux, nous vous donnerons des coussins, des tabourets. Venez, venez! Mille affectueux souvenirs.»[203]C'est même Sophie Gay qui avait obtenu pourla Modele patronage de la duchesse du Berry.[204]Il était né à Paris le 22 juin 1806 et avait été inscrit à l'état civil sous le nom d'Emile Delamotte et comme étant né de parents inconnus. Il était, comme on sait, fils adultérin du comte Alexandre de Girardin, dont il prit le nom en 1828, et de MmeDupuy, femme d'un conseiller à la Cour impériale de Paris.[205]André-Olivier-Ernest Sain de Bois-le-Comte, né à Tours le 20 juin 1799, mourut en 1862; d'abord garde du corps, il donna sa démission en 1830, reprit du service quelque temps après et démissionna de nouveau pour collaborer à l'Histoire parlementaire de la Révolutionpar Buchez et Roux. Lamartine le prit comme chef de cabinet en 1848 et l'envoya comme ministre de France à Naples. Nommé quelque temps après à Washington, il fut destitué au mois de mars 1851.[206]Cela prouve, une fois de plus, quoi qu'en disent certains biographes, que Latouche se faisait, dès ce temps-là (1828), appeler Henri, bien que son vrai nom fût Hyacinthe.[207]Pâques était le 30 mars en 1834.[208]Lettre inédite.[209]Bois-le-Comte.[210]Corresp. de Balzac.[211]Lettre inédite.[212]Lettre inédite.[213]Sur les murs de l'Hôtel des Haricots quelqu'un avait écrit: «M. de Balzac, prisonnier d'Etat, du 7 au 15 mars.»[214]Cette lettre, datée du 7 octobre 1850, a été publiée par Jules Claretie dansle Tempsdu 11 juin 1908. Elle était adressée au docteur Nacquart, qui fut le médecin dévoué de Balzac.«Permettez-moi, lui disait MmeHanska, de vous offrir un objet qui a appartenu à votre illustre ami... Cette canne, que je prends la liberté de vous offrir, et dont on a beaucoup parlé dans le temps, cette fameuse canne dont tout le mystère consiste en une petite chaîne de jeune fille qui a servi à faire sa pomme, vous rappellera non seulement cet ami si cher, mais aussi cette jeune fille, devenue, avec les années la triste et malheureuse femme dont vous avez essayé de soutenir le courage et de calmer la douleur...»—La canne de Balzac appartient aujourd'hui à Mmela baronne de Fontenay, fille du docteur Nacquart.[215]Roman de Mmede Girardin paru en 1835, chez Dumont, 2 vol. in-8o.[216]L'autographe de cette lettre appartient au comte Primoli.[217]Les lettres de Théophile Gautier sont extrêmement rares. D'abord il en a écrit très peu, sous prétexte que c'était de la copie qui n'était pas payée et puis le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul leur a fait pendant vingt ans une chasse effrénée. En dehors de ce petit billet inédit vraiment amusant, je n'en ai trouvé qu'un autre de Théo dans les papiers de Delphine. Le voici: «Madame, je suis aux regrets de m'être engagé aujourd'hui, mais j'irai le soir et j'assisterai au bouquet de feu d'artifice qui se tirera après le dessert; comme les gamins dans les fêtes publiques je reviendrai avec cinq ou six fusées. A vos pieds.»[218]Lettre inédite.[219]Le 18 juillet de la même année, Balzac écrivait encore à son amie: «Je suis revenu à 1 heure du matin de chez Mmede Girardin. Le dîner était donné pour Mmede Hahn, fameuse actrice d'Allemagne, qu'un monsieur doué de cinquante mille francs de rente a retirée de la scène et qu'il a épousée en dépit de tous les hobereaux de sa famille et de sa caste. Mmede Girardin avait ses deux grands hommes, Hugo et Lamartine... Le dîner a fini à dix heures. A la suite d'une tartine politique de Hugo, je me suis laissé aller à une improvisation où je l'ai combattu et battu, avec quelque succès, je vous assure. Lamartine en a paru charmé; il m'en a remercié avec effusion... J'ai conquis Lamartine par mon appréciation de son dernier discours (sur les affaires de Syrie) et j'ai été sincère, comme toujours, car véritablement ce discours est magnifique d'un bout à l'autre. Lamartine a été bien grand, bien éclatant pendant cette session.» (Corresp. de Balzac.)[220]Théophile Gautier, souvenirs intimes, par Ernest Feydeau, p. 120.[221]Cf.la Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[222]Première partie dela Rabouilleuse, qui parut dansla Presseau mois de février 1841.[223]Lettre publiée par le vicomte de Lovenjoul dansla Genèse d'un roman de Balzac.[224]La Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.[225]L'article de Musset sur Rachel parut dans laRevue des Deux-Mondesdu 1ernovembre 1838.—Voir à ce sujet notre livre surAlfred de Musset, t. II.[226]Lettre inédite.[227]Où elle avait une villa.[228]Lettre inédite.[229]Sur la réception de Rachel au château de Windsor, cf. lesAutographes de la collection Ad. Crémieux, Hetzel, 1885, p. 177.[230]Lettre inédite.[231]Lettre inédite.[232]Dans sesMémoires d'un Bourgeois de Paris, le DrVéron dit que, du 12 juin 1838 au 28 juin 1839, Rachel fit encaisser à la Comédie-Française la somme de 452.595 fr. 15.[233]Lettre inédite.[234]Lettre inédite.[235]Lettres de MmeHamelin, publiées par M. André Gayot dansla Nouvelle Revue, août 1908.[236]Lettre inédite.[237]Tragédie de Latour Saint-Ybars.[238]Lettre inédite.[239]Lettre inédite.[240]L'Histoire des Girondins, qui venait de paraître.[241]Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 241, éd. in-18.—Le grand poète n'avait pas attendu cette circonstance pour témoigner son admiration à Rachel. Dès 1839, il avait entrepris pour elle sa tragédie deToussaint-Louverture. Il écrivait, le 20 septembre de cette année, à Mmede Girardin: «Je vais me remettre aussi à ma tragédie interrompue au 3eacte, et j'espère la terminer avant Paris. Mais voilà MlleRachel condamnée au silence quand je veux la faire parler.»Corresp. de Lamartine, t. IV, p. 28.[242]Lettre inédite.[243]Corresp. de Lamartine; extrait d'une lettre du 18 novembre 1847.—On sait pourtant que Sainte-Beuve ne goûtait pas beaucoupCléopâtre. Un an avant la représentation de cette pièce, Mmed'Arbouville, devançant le jugement sévère du critique et se fiant aux on-dit, lui écrivait:«... Je viens de relire sur mon banc solitaire laCléopâtrede Shakespeare pour me convaincre que ce n'est pas là que Mmede Girardin a puisé la fatale idée de faire de Cléopâtre une Messaline. On y indique à peine qu'elle a aimé César, et encore rien n'en transpire. Entre César et elle, qui ne se voient qu'après la mort d'Antoine, tout est d'une convenance et d'une réserve parfaites. C'est seulement dans un paroxysme d'amour que Cléopâtre, «étant seule», s'écrie: «Oh! je n'ai jamais aimé César ainsi!» J'aimerais mieux que le mot n'y fût pas. Mais il y est. Du reste l'amour le plus passionné remplit seul le rôle de Cléopâtre, ce qui intéresse bien mieux que toutes les réminiscences dela Tour de Nesleà la façon de Mmede Girardin.»(Muses romantiques: Madame d'Arbouville, d'après ses lettres à Sainte-Beuve(1846-1850), par Léon Séché, p. 141) (Mercure de France, 1909).[244]Lettre inédite.[245]Lettre inédite.[246]Lockroy.[247]Senart.[248]A Lockroy succéda Sevestre,—sous le titre de «régisseur général agent de la Société du Théâtre-Français».[249]Ferdinand Barrot.[250]C'est la première fois que nous entendons parler de ce petit théâtre. Il est à croire que les événements empêchèrent Delphine de donner suite à son projet.[251]Pendant longtemps ce fut effectivement Crémieux, «mon cher papa Crémieux», comme elle l'appelait, qui servit de secrétaire à Rachel et qui lui rédigeait ses lettres. Quand elle était en voyage, elle lui envoyait les noms et qualités de ceux qui lui faisaient des politesses et à qui elle était obligée de répondre, ne fût-ce que pour décliner leurs invitations, et Crémieux lui adressait de petits billets, voire de longues lettres, qu'elle n'avait qu'à copier et à mettre à la poste. Elle ne faisait d'exceptions que pour ses amis intimes à qui elle écrivait sans brouillon, dans le style émaillé de fautes d'orthographe qui était le sien. «S. M. la reine, mandait-elle de Londres à Crémieux, au mois de mai 1841, a exprimé à lady Normanby le désir d'avoir ma signature dans son petit album: j'en ai fait part à quelques personnes des mieux posées; elles m'ont conseillée d'écrire une petite lettre à Sa Majesté le lendemain de la soirée de Windsor. Mon cher monsieur Crémieux, vous voyez que, malgré les grands progrès que je fais dans le style, il me faudra cette fois encore avoir recours à vos complaisances éternelles.»—«A qui ai-je à écrire? lui mandait-elle encore. Cherchons. Vous me parlez de Cavé: j'y ai pensé, et, comme il connaît mon style, je lui ai envoyé sans crainte; il m'a répondu une petite lettre charmante. Un petit billet à ce brave Milbert, qui m'a écrit deux fois et à qui je n'ai pas répondu... Dites un mot aimable à ce brave vieillard comte de Cherval... M. Defresne m'a écrit aussi deux ou trois fois; faut-il lui écrire? Voyez: c'est vous que cela regarde puisque c'est vous qui écrivez, mon aimable et bon secrétaire.» (Voir à ce sujet lesAutographes de la collection Crémieux, pp. 178 et 184.)—Mais il vint un jour—c'était en 1841—où le «cher papa Crémieux», ferma sa porte à Rachel. J'ai raconté dans quelles circonstances au t. II de mon livre surAlfred de Musset, et tout récemment MlleThomson, confirmant mes renseignements, a publié la lettre par laquelle MmeCrémieux signifia son congé à la tragédienne. (Cf.la Vie sentimentale de Rachel, p. 77.) Ce n'est qu'en 1848 que Rachel parvint à franchir le seuil du grand avocat, encore MmeCrémieux lui tint-elle rigueur jusqu'en 1854.[252]Lettre inédite.[253]S'il faut en croire M. Frédéric Loliée (la Comédie-Française, p. 254), c'est elle-même qui aurait désigné Arsène Houssaye à l'Elysée et qui l'aurait emporté sur Mazères, dont la candidature était appuyée par M. de Rémusat.[254]Lettre inédite.[255]Lettre inédite.[256]Voir le chap. III de ce livre, p. 1810. Après le coup d'Etat, Victor Hugo habitait à Bruxelles, place de l'Hôtel-de-Ville.[257]Voir la lettre de Rachel à Ponsard publiée par M. Jules Claretie dansle Tempsdu 30 avril 1909.[258]Voirle Tempsdu 30 avril 1909.[259]La salle à manger de l'hôtel de la rue de Chaillot donnait sur une petite pelouse au centre de laquelle s'élevait une fontaine, formée du groupe des Grâces de Germain Pilon.[260]Extrait d'une lettre inédite.[261]Il ne faut pas oublier queles Mystères de Parisavaient paru en feuilleton dansle Journal des Débats.[262]Corresp., t. IV.[263]La Pressedu 2 mars 1848.[264]La mort de Sophie Gay (5 mars 1852).[265]MmeO'Donnell, morte le 10 août 1841.[266]Eugène Sue était un fervent admirateur de Lamartine. Il était entré en relations avec lui, dès 1830, à la suite d'un article qu'il avait consacré dansla Modede Girardin auxHarmonies poétiques et religieuseset qui finissait ainsi: «Maintenant qu'il est bien avéré que M. de Lamartine n'est pas un jésuite, il ne nous reste qu'un fait à constater, c'est l'immense succès desHarmonies poétiques et religieuses.» Quand Lamartine partit pour l'Orient, Eugène Sue eut l'idée de l'accompagner, mais il se récusa au dernier moment. Quelques années après, durant un séjour qu'il fit à Saint-Point, Lamartine lui lut des fragments deJocelyn. (Cf.la Correspondance de Lamartine.)[267]Dain (Charles), né à la Guadeloupe le 29 août 1812, mort à Bordeaux le 22 février 1871. Avocat à Paris, il entra dans le petit groupe des Phalanstériens et publia, dansla Démocratie pacifique, des articles sur l'esclavage qui eurent un grand retentissement dans son pays. Elu député de la Guadeloupe à l'Assemblée nationale de 1848, il ne fut cependant pas réélu à la Législative, mais, le 10 mai 1850, le département de Saône-et-Loire, qui l'année précédente avait renié Lamartine, le choisit pour son représentant. Il siégea alors à l'extrême-gauche. Cela ne l'empêcha pas de se rallier à l'Empereur, qui le nomma conseiller à la Cour de la Guadeloupe.[268]Lettre inédite.[269]Marguerite ou deux amours, roman paru en 1853.[270]Genève, Laffer et Cie, 1853.[271]Cadot, éditeur, 4 vol., 1853.[272]Cette lettre finissait ainsi:«Ma sœur m'a appris, et j'en suis ravi, que vous allez publier en volumes vos anciens feuilletons—ne m'oubliez pas, lors de l'apparition du livre—j'y compte pour mes longues soirées d'hiver—je retrouverai là tant et tant de souvenirs!... Je reverrai ainsi le monde que vous peigniez avec tant de grâce, de finesse et de profondeur, et où nous nous rencontrions si souvent—de grâce encore, ne m'oubliez pas, les soiréespassées avec vousdans ma solitude me seront si précieuses!... Adieu, adieu, je suis horriblement triste, ma sœur part dans deux heures, et ma pauvre petite maison va me paraître bien grande et bien vide... Mille choses de ma part à Emile. Si vous avez un moment à perdre, un mot, et vous me rendrez bien heureux. Encore adieu à tous et bien à vous.» (Lettre inédite).[273]A cette époque, en effet, Ponsard était dans le plein de sa passion pour Mmede Solms.[274]Leur correspondance, qui a été un certain nombre d'années en la possession de M. Bégis, chez qui je l'ai lue, se trouve aujourd'hui entre les mains de M. Chéramy.[275]Corresp. inédite de Sainte-Beuve avec M. et MmeJuste Olivier.[276]Gérant dela Presse.[277]Lettre inédite.[278]Lettre inédite.[279]Cette lettre fut publiée dans le feuilleton dela Pressedu 1? mars 1828.[280]Lettres à Lamartine, p. 259.[281]Lettre inédite.[282]Lettre inédite.[283]Lettre inédite.[284]Jeanne-Gabrielle, fille de Solange, née à Guillery le 20 mai 1849.[285]Lettre inédite.[286]Lettre inédite.[287]Le Chapeau d'un horloger, représente au Gymnase le 16 décembre 1854.[288]Lettre inédite.[289]Allusion aux journées de Juin.—Bethmont faisait partie, comme ministre de la Justice, du premier cabinet formé le 28 juin 1848 par le général Cavaignac.[290]Le petit corps, ramené à Nohant, fut déposé sous le grand if, auprès des restes d'Aurore de Saxe, grand'mère de George Sand.[291]M. Bethmont, qui défendait Clésinger, avait fait appel du jugement qui confiait à George Sand la garde de sa petite-fille.[292]Lettre inédite.[293]Elle l'avait vue pour la dernière fois le 21 mai, et, comme si elle avait eu le pressentiment de sa fin prochaine, Delphine avait abordé devant elle la question de l'au-delà: «Je ne crois pas, lui disait-elle, à aucun mystère et à aucun miracle transmis ou expliqués par les hommes. Tout est mystère et tout est miracle dans le seul fait de la vie et de la mort. Je ne crois pas à une table tournante autant qu'on se l'imagine: ce n'est qu'un instrument qui écrit ce que ma pensée évoque. Je me sens très bien avec Dieu; je ne crois ni au diable ni à l'enfer. Si je n'ai pas la foi, j'ai l'équivalent: j'ai la confiance.»Mmede Girardin devait penser souvent à la mort, car on a trouvé dans son album, sous ces dates:mars 1841-juillet 1851, les réflexions que voici:«La mort n'égalise rien: à sa dernière heure, l'homme qui a lâchement vécu n'est pas l'égal de celui qui a vécu noblement. A son dernier soupir, l'homme dont l'existence est douce et belle n'est pas non plus l'égal de celui qui a souffert toujours. Les vertus sont des titres, les souffrances sont des droits. On ne s'améliore pas en vain; on ne souffre pas inutilement. Dieu est un maître équitable qui récompense chacun selon ses œuvres, et surtout selon ses peines. Heureuse l'âme qui a l'intelligence de ses douleurs; pour elle, les larmes ont un langage qu'elle comprend, le désespoir a des promesses qu'elle écoute.«Oh! qui de nous ne l'a senti, qu'en nous frappant Dieu s'engage et qu'il est de certains chagrins, tourments inouïs, insupportables, horribles, qui le compromettent avec nous pour l'éternité.«Non, ceux qui auront toujours ignoré ces affreuses peines ne seront pas, au jour du jugement dernier, les égaux de ceux qui les auront connues et dévorées.«D. GAY DE GIRARDIN.»(Communiqué par MmeLéonce Détroyat.)[294]L'Esprit de Madame de Girardin, p. 316.
«7 décembre 1844.«Est-ce que vous vous souvenez encore de moi, Madame? Moi, je pense toujours à vous. Si je n'avais pas grand'peur d'être horriblement pédant, je vous citerais un vers que Virgile a fait sur vous ou sur moi, il y a deux mille ans. Je voulais vous aller voir aujourd'hui, et voici que, sans respect pour ce qui est trois fois saint, on me prend mon dimanche, ce dimanche sacré qu'on ne devrait pas plus prendre à un ouvrier qu'au bon Dieu. Je me résigne à vous écrire ces inutilités. Oh! si vous saviez quels vœux je fais pour que le régisseur qui a transporté les Vosges près du Taurus ait un beau matin l'idée de transporter le pavillon Marbeuf près de la place Royale!«Je mets à vos pieds mes plus tendres admirations et mes plus tendres respects.«V. H.»(Lettre inédite.)
«7 décembre 1844.
«Est-ce que vous vous souvenez encore de moi, Madame? Moi, je pense toujours à vous. Si je n'avais pas grand'peur d'être horriblement pédant, je vous citerais un vers que Virgile a fait sur vous ou sur moi, il y a deux mille ans. Je voulais vous aller voir aujourd'hui, et voici que, sans respect pour ce qui est trois fois saint, on me prend mon dimanche, ce dimanche sacré qu'on ne devrait pas plus prendre à un ouvrier qu'au bon Dieu. Je me résigne à vous écrire ces inutilités. Oh! si vous saviez quels vœux je fais pour que le régisseur qui a transporté les Vosges près du Taurus ait un beau matin l'idée de transporter le pavillon Marbeuf près de la place Royale!
«Je mets à vos pieds mes plus tendres admirations et mes plus tendres respects.
«V. H.»
(Lettre inédite.)
[168]Lettre inédite.
[169]Et j'ai lu tout récemment, dans un très curieux dossier appartenant à M. Louis Barthou, une lettre écrite par Victor Hugo à Lacroix, son éditeur, à l'occasion de la publication de sonWilliam Shakespeare, qui m'a confirmé dans ce sentiment que Victor Hugo avait pour Lamartine une amitié exempte de jalousie.
[170]Le mot est de Lamartine, je le trouve dans une lettre de lui à elle en date du 17 mai 1841.
[171]C'était le jour anniversaire de la mort tragique de sa fille Léopoldine (4 septembre 1843).
[172]La mort de Sophie Gay, sa mère.
[173]Marguerite ou les Deux Amours.
[174]Lettre inédite.
[175]Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.
[176]Mmede Girardin, disait Emile de Girardin à Victor Hugo, est aussi rouge que vous. Elle est indignée et elle dit comme vousce bandit.
Et Victor Hugo écrivait à sa femme, le 19 mars 1852: «Si tu vois Mmede Girardin, félicite-la de ma part de son courage et de sa grandeur d'âme.» (Corresp. de Victor Hugo pendant l'exil.)—Delphine se montrait d'autant plus résolue qu'elle s'était laissé surprendre par les événements. Le 19 août 1850, elle mandait à Lamartine: «On s'attend ici à un coup d'Etat, moi je n'y crois pas. Je n'ai qu'une seule raison d'y croire: c'est qu'il y a un espion dans mon quartier qui vient à chaque instant demander si M. de Girardin se porte bien et quand il doit revenir. Je lui réponds que je n'en sais rien. Du reste, je n'ai pas d'autres indices, celui-là n'est pas bien significatif; j'ai foi dans la république, la royauté ne me paraît plus une chose sérieuse.» (Lettres à Lamartine, t. IV, p. 260.)
[177]Le fils voyait plus clair que le père. Victor Hugo partageait à cet égard les nobles illusions de Michelet, qui disait de son air prophétique: «La loi morale s'oppose à ce que l'Empire dure!»—C'est pour cela qu'il a duré vingt ans!
[178]Lettre inédite.
[179]Les Châtiments, Jersey, septembre 1853.
[180]Lettre inédite.
[181]Lady Tartuffe, un des grands succès au théâtre de Mmede Girardin, fut représentée la première fois sur la scène de la rue Richelieu, le 10 février 1853.
[182]Lettre inédite.
[183]Il était né à Paris le 19 avril 1801.
[184]Marguerite ou les Deux Amours.
[185]Lettre inédite.
[186]Victor Hugo connaissait Pierre Leroux de longue date. En 1830, pendant qu'il travaillait àNotre-Dame, il lui lut le chapitre intituléles Cloches, mais Leroux trouva ce genre de littérature bien inutile.
[187]Sous les espèces desLettres parisiennes, que Mmede Girardin avait réunies en un volume publié en 1843. Elles forment aujourd'hui 4 volumes.
[188]Les tables tournantes, dont raffolait Mmede Girardin.
[189]Lettre inédite. Comme Gœthe, Victor Hugo fut pendant plusieurs années hanté par ce qu'on est convenu d'appeler l'au-delà. Il interrogea les tables et crut fermement correspondre avec la plupart des grands morts du passé. Les procès-verbaux de ces séances mémorables existent, il y en a tout un cahier de la main de Charles Hugo, le fils du grand poète.
[190]Cet article figure dansles Causeries du Lundi(t. III, p. 297) sous la date du 17 février 1851. Mais le lendemain de sa réception à l'Académie, Sainte-Beuve écrivait à M. Désiré Laverdant, rédacteur dela Démocratie pacifique: «...Il m'est très égal que Mmede Girardin vienne me dire que je fais de la réaction pure et simple, et je ne me donne pas même la peine d'y songer; mais si vous me le dites, je me permets de vous dire non, et que vous vous méprenez complètement, ce qui tient peut-être à ce que vous n'attachez pas la même importance que moi aux points purement littéraires sur lesquels je suis resté à peu près le même.» (Cf. Jules Troubat:la Vie de Sainte-Beuve, p.XXIX.)
[191]La Joie fait peurfut représentée la première fois au Théâtre-Français le 25 février 1854.
[192]Solution de la question d'Orient, par Emile de Girardin, 1 vol. in-8.Librairie nouvelle(1853).
[193]M. Jules Bois écrivait dansle Matindu 14 septembre 1909: «Mmede Girardin, férue de spiritisme, arriva à Jersey le mardi 6 septembre 1853. Les premiers essais furent infructueux. La table, carrée, «contrariait le fluide». On acheta dans un magasin de jouets d'enfants une tablette qui ne bougea pas davantage.
«Hugo, croyant, mais incrédule, répugnait aux premières séances qui lui semblaient une parodie presque sacrilège.
«Mmede Girardin s'entêta: «Les esprits dit-elle, ne sont pas des chevaux de fiacre qui attendent le bon plaisir du client; ils sont libres et ne viennent qu'à leur heure.»
«Enfin, le petit meuble s'anima. «Devine le mot que je pense», lui demanda Vacquerie. La réponse fut juste. «Traduis maintenant le mot qui est dans ma tête.» Le guéridon répliqua: «Tu veux dire souffrance.» L'interrogateur pensait: amour. On s'intéressait de plus en plus. «Qui es-tu?» demanda-t-on à l'esprit. Il épela: «Léopoldine.»
«Au nom de la fille que Victor Hugo venait (?) de perdre, il y eut une émotion inexprimable. MmeHugo pleurait. Charles questionna sa sœur. La nuit fut vite passée en un dialogue où la curiosité alternait avec la joie, l'espérance et l'angoisse. A Léopoldine succédèrent d'autres personnages historiques ou fabuleux. On consulta le guéridon même pendant le jour. Les esprits donnaient des rendez-vous à heures fixes. Tant que brillait la lumière du jour, la table était envahie par les «Idées». La nuit, fidèles à la tradition qui nous montre l'essaim frileux des ombres préférer les ténèbres, du fond des siècles accouraient vers la table hospitalière de Hugo philosophes, poètes, criminels, pitres, héros, prophètes, rois et tribuns.
«Les poètes s'exprimaient en vers, les autres en prose. Chacun exigeait d'être questionné à sa manière. Hugo, qui ne doutait pas de l'identité de ces visiteurs, prenait la peine d'improviser pour eux des strophes et des paragraphes...
—«Mais, dira-t-on, il y a eu là un simple phénomène d'illusion. Hugo se jouait à lui-même, sans s'en douter, une comédie lyrique et dramatique. Nous savons comme les tables sont dociles aux mouvements inconscients. Hugo faisait à la fois des questions et des réponses.»
«Je vous arrête. L'objection ne tient pas debout, car Hugo n'est jamais à la table: même il n'est pas toujours dans la chambre. Quand il assiste aux séances, il se contente de reproduire passivement et à leur suite les lettres qu'indique par coups frappés le meuble. Sauf pour les demandes, il n'est qu'un secrétaire machinal. Bien mieux, les réponses du trépied moderne sont si indépendantes de lui qu'il les désapprouve parfois, ne les comprend pas, discute avec elles. Il leur arrive de lui donner de rudes leçons, mais Hugo les traite toujours avec le plus grand respect.
«Quel était donc le médium?
«Car pour toute expérience de spiritisme il faut un médium, c'est-à-dire quelqu'un qui serve de transmetteur aux messages de l'invisible, comme l'employé du télégraphe enregistre les lettres et les mots qui lui sont adressés aussi par quelqu'un qu'on ne voit pas.
«Le médium fut quelquefois MmeHugo, surtout Charles, son fils. On peut même dire que celui-ci (en consultant le programme des séances, on s'en rend compte) est presque indispensable aux manifestations.
«Vous allez me dire: «Pourquoi ne pas supposer que Charles s'est amusé à faire parler la table? Il avait de l'esprit et même du talent; les cahiers de Jersey sont ses œuvres.»
«Avec Auguste Vacquerie et Paul Meurice, nous avons examiné cette objection et nous avons conclu que la tricherie était improbable et impossible.
«Improbable, car il faudrait admettre que ce fils très admirant se fût moqué non seulement d'un père très vénéré, mais aussi de la douleur de sa mère. Songez que c'est sa sœur Léopoldine, morte récemment, qui a parlé la première à la table et amené avec elle le cortège des autres ombres.
«Impossible, car il eût fallu préparer dans l'intervalle des séances les très belles réponses en vers ou en prose que la table improvisait. Et l'on se serait vite aperçu de la supercherie. D'autre part, Charles était l'indolence même. Combien de fois il se plaint de lassitude au milieu des séances. Minuit a sonné, il a fait des armes toute la journée, il demande grâce. Mais dans la table l'esprit s'acharne, les assistants supplient; Charles se résigne.
«Une anecdote entre mille démontrera que Charles était bien l'inconscient médium de ces messages, et non pas leur auteur conscient:
«Un jeune Anglais qui fréquentait la maison appela, un soir, lord Byron. Celui-ci se refusa à parler français. Charles, ne sachant pas un mot d'anglais, fit l'observation qu'il lui serait difficile de suivre les lettres. Alors Walter Scott se présenta et, comme pour jouer un tour au médium, répondit ce qui suit:
Vex nat the bard, his lyre is brokenHis last song sung, his last word spoken.
—«Je n'y comprends rien, dit Charles après avoir épelé.
«Le jeune Anglais expliqua:
Ne tourmentez pas le barde, sa lyre est brisée,Son dernier poème chanté, sa dernière parole dite.
«La table avait parlé dans une langue inconnue du médium. La preuve était faite: la table avait parlé.»
[194]Aprèsla Joie fait peur, donnée à la Comédie-Française, elle avait fait représenter au Gymnassele Chapeau d'un horloger, qui n'est qu'un long éclat de rire.
[195]Cf. le livre de Victor Hugo intituléActes et Paroles pendant l'exil.
[196]Voir: laCorrespondance de Victor Hugo.
[197]Mais M. Gustave Simon a publié depuis la note que Victor Hugo avait écrite sur le manuscrit dela Légende des siècles. La voici:
«Continuation d'un phénomène étrange, auquel j'ai assisté plusieurs fois: c'est le phénomène du trépied antique. Une table à trois pieds dicte des vers par des frappements, et des strophes sortent de l'ombre. Il va sans dire que je n'ai jamais mêlé à mes vers un seul de ces vers venus du mystère; je les ai toujours religieusement laissés à l'Inconnu qui en est l'unique auteur. Je n'en ai même pas admis le reflet, j'en ai écarté jusqu'à l'influence. Le travail du cerveau humain doit rester à part et ne rien emprunter aux phénomènes.
«Les manifestations extérieures de l'Invisible sont un fait et les créations intérieures de la pensée en sont un autre. La muraille qui sépare les deux faits doit être maintenue dans l'intérêt de l'observation et de la science. On ne doit lui faire aucune brèche. A côté de la science qui le défend, on sent aussi la religion, la grande, la vraie..., qui l'interdit. C'est donc, je le répète, autant par conscience religieuse que par conscience littéraire, par respect pour le phénomène même, que je m'en suis isolé, ayant pour loi de n'admettre aucun mélange dans mon inspiration, et voulant maintenir mon œuvre telle qu'elle vit, absolument mienne et personnelle.»
[198]Lettre inédite.
[199]Werdet,Portrait intime de Balzac, in-12, 1859.
[200]Léon Gozlan lui écrivit un jour: à «MmeDurand, néeBalzac», histoire de l'ennuyer.
[201]Le 1erjuin 1841, Balzac priait Victor Hugo de lui envoyer les 2 billets qu'il lui avait demandés (probablement pour l'Académie) au no47 de la rue des Martyrs. Et quelques jours après, Victor Hugo, qui avait sans doute égaré sa lettre, lui répondait: «Si j'avais su où vous écrire, je vous aurais épargné hier un dérangement.»
[202]Nous avons la lettre par laquelle Mmede Girardin invitait Balzac à ce dîner: «M. de Lamartine, lui écrivait-elle, doit dîner chez moi dimanche, il veut absolument dîner avec vous. Rien ne lui ferait plus de plaisir. Venez donc et soyez aimable. Il a mal à la jambe, vous avez mal au pied, nous vous soignerons tous deux, nous vous donnerons des coussins, des tabourets. Venez, venez! Mille affectueux souvenirs.»
[203]C'est même Sophie Gay qui avait obtenu pourla Modele patronage de la duchesse du Berry.
[204]Il était né à Paris le 22 juin 1806 et avait été inscrit à l'état civil sous le nom d'Emile Delamotte et comme étant né de parents inconnus. Il était, comme on sait, fils adultérin du comte Alexandre de Girardin, dont il prit le nom en 1828, et de MmeDupuy, femme d'un conseiller à la Cour impériale de Paris.
[205]André-Olivier-Ernest Sain de Bois-le-Comte, né à Tours le 20 juin 1799, mourut en 1862; d'abord garde du corps, il donna sa démission en 1830, reprit du service quelque temps après et démissionna de nouveau pour collaborer à l'Histoire parlementaire de la Révolutionpar Buchez et Roux. Lamartine le prit comme chef de cabinet en 1848 et l'envoya comme ministre de France à Naples. Nommé quelque temps après à Washington, il fut destitué au mois de mars 1851.
[206]Cela prouve, une fois de plus, quoi qu'en disent certains biographes, que Latouche se faisait, dès ce temps-là (1828), appeler Henri, bien que son vrai nom fût Hyacinthe.
[207]Pâques était le 30 mars en 1834.
[208]Lettre inédite.
[209]Bois-le-Comte.
[210]Corresp. de Balzac.
[211]Lettre inédite.
[212]Lettre inédite.
[213]Sur les murs de l'Hôtel des Haricots quelqu'un avait écrit: «M. de Balzac, prisonnier d'Etat, du 7 au 15 mars.»
[214]Cette lettre, datée du 7 octobre 1850, a été publiée par Jules Claretie dansle Tempsdu 11 juin 1908. Elle était adressée au docteur Nacquart, qui fut le médecin dévoué de Balzac.
«Permettez-moi, lui disait MmeHanska, de vous offrir un objet qui a appartenu à votre illustre ami... Cette canne, que je prends la liberté de vous offrir, et dont on a beaucoup parlé dans le temps, cette fameuse canne dont tout le mystère consiste en une petite chaîne de jeune fille qui a servi à faire sa pomme, vous rappellera non seulement cet ami si cher, mais aussi cette jeune fille, devenue, avec les années la triste et malheureuse femme dont vous avez essayé de soutenir le courage et de calmer la douleur...»—La canne de Balzac appartient aujourd'hui à Mmela baronne de Fontenay, fille du docteur Nacquart.
[215]Roman de Mmede Girardin paru en 1835, chez Dumont, 2 vol. in-8o.
[216]L'autographe de cette lettre appartient au comte Primoli.
[217]Les lettres de Théophile Gautier sont extrêmement rares. D'abord il en a écrit très peu, sous prétexte que c'était de la copie qui n'était pas payée et puis le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul leur a fait pendant vingt ans une chasse effrénée. En dehors de ce petit billet inédit vraiment amusant, je n'en ai trouvé qu'un autre de Théo dans les papiers de Delphine. Le voici: «Madame, je suis aux regrets de m'être engagé aujourd'hui, mais j'irai le soir et j'assisterai au bouquet de feu d'artifice qui se tirera après le dessert; comme les gamins dans les fêtes publiques je reviendrai avec cinq ou six fusées. A vos pieds.»
[218]Lettre inédite.
[219]Le 18 juillet de la même année, Balzac écrivait encore à son amie: «Je suis revenu à 1 heure du matin de chez Mmede Girardin. Le dîner était donné pour Mmede Hahn, fameuse actrice d'Allemagne, qu'un monsieur doué de cinquante mille francs de rente a retirée de la scène et qu'il a épousée en dépit de tous les hobereaux de sa famille et de sa caste. Mmede Girardin avait ses deux grands hommes, Hugo et Lamartine... Le dîner a fini à dix heures. A la suite d'une tartine politique de Hugo, je me suis laissé aller à une improvisation où je l'ai combattu et battu, avec quelque succès, je vous assure. Lamartine en a paru charmé; il m'en a remercié avec effusion... J'ai conquis Lamartine par mon appréciation de son dernier discours (sur les affaires de Syrie) et j'ai été sincère, comme toujours, car véritablement ce discours est magnifique d'un bout à l'autre. Lamartine a été bien grand, bien éclatant pendant cette session.» (Corresp. de Balzac.)
[220]Théophile Gautier, souvenirs intimes, par Ernest Feydeau, p. 120.
[221]Cf.la Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.
[222]Première partie dela Rabouilleuse, qui parut dansla Presseau mois de février 1841.
[223]Lettre publiée par le vicomte de Lovenjoul dansla Genèse d'un roman de Balzac.
[224]La Genèse d'un roman de Balzac, par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.
[225]L'article de Musset sur Rachel parut dans laRevue des Deux-Mondesdu 1ernovembre 1838.—Voir à ce sujet notre livre surAlfred de Musset, t. II.
[226]Lettre inédite.
[227]Où elle avait une villa.
[228]Lettre inédite.
[229]Sur la réception de Rachel au château de Windsor, cf. lesAutographes de la collection Ad. Crémieux, Hetzel, 1885, p. 177.
[230]Lettre inédite.
[231]Lettre inédite.
[232]Dans sesMémoires d'un Bourgeois de Paris, le DrVéron dit que, du 12 juin 1838 au 28 juin 1839, Rachel fit encaisser à la Comédie-Française la somme de 452.595 fr. 15.
[233]Lettre inédite.
[234]Lettre inédite.
[235]Lettres de MmeHamelin, publiées par M. André Gayot dansla Nouvelle Revue, août 1908.
[236]Lettre inédite.
[237]Tragédie de Latour Saint-Ybars.
[238]Lettre inédite.
[239]Lettre inédite.
[240]L'Histoire des Girondins, qui venait de paraître.
[241]Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 241, éd. in-18.—Le grand poète n'avait pas attendu cette circonstance pour témoigner son admiration à Rachel. Dès 1839, il avait entrepris pour elle sa tragédie deToussaint-Louverture. Il écrivait, le 20 septembre de cette année, à Mmede Girardin: «Je vais me remettre aussi à ma tragédie interrompue au 3eacte, et j'espère la terminer avant Paris. Mais voilà MlleRachel condamnée au silence quand je veux la faire parler.»Corresp. de Lamartine, t. IV, p. 28.
[242]Lettre inédite.
[243]Corresp. de Lamartine; extrait d'une lettre du 18 novembre 1847.—On sait pourtant que Sainte-Beuve ne goûtait pas beaucoupCléopâtre. Un an avant la représentation de cette pièce, Mmed'Arbouville, devançant le jugement sévère du critique et se fiant aux on-dit, lui écrivait:
«... Je viens de relire sur mon banc solitaire laCléopâtrede Shakespeare pour me convaincre que ce n'est pas là que Mmede Girardin a puisé la fatale idée de faire de Cléopâtre une Messaline. On y indique à peine qu'elle a aimé César, et encore rien n'en transpire. Entre César et elle, qui ne se voient qu'après la mort d'Antoine, tout est d'une convenance et d'une réserve parfaites. C'est seulement dans un paroxysme d'amour que Cléopâtre, «étant seule», s'écrie: «Oh! je n'ai jamais aimé César ainsi!» J'aimerais mieux que le mot n'y fût pas. Mais il y est. Du reste l'amour le plus passionné remplit seul le rôle de Cléopâtre, ce qui intéresse bien mieux que toutes les réminiscences dela Tour de Nesleà la façon de Mmede Girardin.»
(Muses romantiques: Madame d'Arbouville, d'après ses lettres à Sainte-Beuve(1846-1850), par Léon Séché, p. 141) (Mercure de France, 1909).
[244]Lettre inédite.
[245]Lettre inédite.
[246]Lockroy.
[247]Senart.
[248]A Lockroy succéda Sevestre,—sous le titre de «régisseur général agent de la Société du Théâtre-Français».
[249]Ferdinand Barrot.
[250]C'est la première fois que nous entendons parler de ce petit théâtre. Il est à croire que les événements empêchèrent Delphine de donner suite à son projet.
[251]Pendant longtemps ce fut effectivement Crémieux, «mon cher papa Crémieux», comme elle l'appelait, qui servit de secrétaire à Rachel et qui lui rédigeait ses lettres. Quand elle était en voyage, elle lui envoyait les noms et qualités de ceux qui lui faisaient des politesses et à qui elle était obligée de répondre, ne fût-ce que pour décliner leurs invitations, et Crémieux lui adressait de petits billets, voire de longues lettres, qu'elle n'avait qu'à copier et à mettre à la poste. Elle ne faisait d'exceptions que pour ses amis intimes à qui elle écrivait sans brouillon, dans le style émaillé de fautes d'orthographe qui était le sien. «S. M. la reine, mandait-elle de Londres à Crémieux, au mois de mai 1841, a exprimé à lady Normanby le désir d'avoir ma signature dans son petit album: j'en ai fait part à quelques personnes des mieux posées; elles m'ont conseillée d'écrire une petite lettre à Sa Majesté le lendemain de la soirée de Windsor. Mon cher monsieur Crémieux, vous voyez que, malgré les grands progrès que je fais dans le style, il me faudra cette fois encore avoir recours à vos complaisances éternelles.»—«A qui ai-je à écrire? lui mandait-elle encore. Cherchons. Vous me parlez de Cavé: j'y ai pensé, et, comme il connaît mon style, je lui ai envoyé sans crainte; il m'a répondu une petite lettre charmante. Un petit billet à ce brave Milbert, qui m'a écrit deux fois et à qui je n'ai pas répondu... Dites un mot aimable à ce brave vieillard comte de Cherval... M. Defresne m'a écrit aussi deux ou trois fois; faut-il lui écrire? Voyez: c'est vous que cela regarde puisque c'est vous qui écrivez, mon aimable et bon secrétaire.» (Voir à ce sujet lesAutographes de la collection Crémieux, pp. 178 et 184.)—Mais il vint un jour—c'était en 1841—où le «cher papa Crémieux», ferma sa porte à Rachel. J'ai raconté dans quelles circonstances au t. II de mon livre surAlfred de Musset, et tout récemment MlleThomson, confirmant mes renseignements, a publié la lettre par laquelle MmeCrémieux signifia son congé à la tragédienne. (Cf.la Vie sentimentale de Rachel, p. 77.) Ce n'est qu'en 1848 que Rachel parvint à franchir le seuil du grand avocat, encore MmeCrémieux lui tint-elle rigueur jusqu'en 1854.
[252]Lettre inédite.
[253]S'il faut en croire M. Frédéric Loliée (la Comédie-Française, p. 254), c'est elle-même qui aurait désigné Arsène Houssaye à l'Elysée et qui l'aurait emporté sur Mazères, dont la candidature était appuyée par M. de Rémusat.
[254]Lettre inédite.
[255]Lettre inédite.
[256]Voir le chap. III de ce livre, p. 1810. Après le coup d'Etat, Victor Hugo habitait à Bruxelles, place de l'Hôtel-de-Ville.
[257]Voir la lettre de Rachel à Ponsard publiée par M. Jules Claretie dansle Tempsdu 30 avril 1909.
[258]Voirle Tempsdu 30 avril 1909.
[259]La salle à manger de l'hôtel de la rue de Chaillot donnait sur une petite pelouse au centre de laquelle s'élevait une fontaine, formée du groupe des Grâces de Germain Pilon.
[260]Extrait d'une lettre inédite.
[261]Il ne faut pas oublier queles Mystères de Parisavaient paru en feuilleton dansle Journal des Débats.
[262]Corresp., t. IV.
[263]La Pressedu 2 mars 1848.
[264]La mort de Sophie Gay (5 mars 1852).
[265]MmeO'Donnell, morte le 10 août 1841.
[266]Eugène Sue était un fervent admirateur de Lamartine. Il était entré en relations avec lui, dès 1830, à la suite d'un article qu'il avait consacré dansla Modede Girardin auxHarmonies poétiques et religieuseset qui finissait ainsi: «Maintenant qu'il est bien avéré que M. de Lamartine n'est pas un jésuite, il ne nous reste qu'un fait à constater, c'est l'immense succès desHarmonies poétiques et religieuses.» Quand Lamartine partit pour l'Orient, Eugène Sue eut l'idée de l'accompagner, mais il se récusa au dernier moment. Quelques années après, durant un séjour qu'il fit à Saint-Point, Lamartine lui lut des fragments deJocelyn. (Cf.la Correspondance de Lamartine.)
[267]Dain (Charles), né à la Guadeloupe le 29 août 1812, mort à Bordeaux le 22 février 1871. Avocat à Paris, il entra dans le petit groupe des Phalanstériens et publia, dansla Démocratie pacifique, des articles sur l'esclavage qui eurent un grand retentissement dans son pays. Elu député de la Guadeloupe à l'Assemblée nationale de 1848, il ne fut cependant pas réélu à la Législative, mais, le 10 mai 1850, le département de Saône-et-Loire, qui l'année précédente avait renié Lamartine, le choisit pour son représentant. Il siégea alors à l'extrême-gauche. Cela ne l'empêcha pas de se rallier à l'Empereur, qui le nomma conseiller à la Cour de la Guadeloupe.
[268]Lettre inédite.
[269]Marguerite ou deux amours, roman paru en 1853.
[270]Genève, Laffer et Cie, 1853.
[271]Cadot, éditeur, 4 vol., 1853.
[272]Cette lettre finissait ainsi:
«Ma sœur m'a appris, et j'en suis ravi, que vous allez publier en volumes vos anciens feuilletons—ne m'oubliez pas, lors de l'apparition du livre—j'y compte pour mes longues soirées d'hiver—je retrouverai là tant et tant de souvenirs!... Je reverrai ainsi le monde que vous peigniez avec tant de grâce, de finesse et de profondeur, et où nous nous rencontrions si souvent—de grâce encore, ne m'oubliez pas, les soiréespassées avec vousdans ma solitude me seront si précieuses!... Adieu, adieu, je suis horriblement triste, ma sœur part dans deux heures, et ma pauvre petite maison va me paraître bien grande et bien vide... Mille choses de ma part à Emile. Si vous avez un moment à perdre, un mot, et vous me rendrez bien heureux. Encore adieu à tous et bien à vous.» (Lettre inédite).
[273]A cette époque, en effet, Ponsard était dans le plein de sa passion pour Mmede Solms.
[274]Leur correspondance, qui a été un certain nombre d'années en la possession de M. Bégis, chez qui je l'ai lue, se trouve aujourd'hui entre les mains de M. Chéramy.
[275]Corresp. inédite de Sainte-Beuve avec M. et MmeJuste Olivier.
[276]Gérant dela Presse.
[277]Lettre inédite.
[278]Lettre inédite.
[279]Cette lettre fut publiée dans le feuilleton dela Pressedu 1? mars 1828.
[280]Lettres à Lamartine, p. 259.
[281]Lettre inédite.
[282]Lettre inédite.
[283]Lettre inédite.
[284]Jeanne-Gabrielle, fille de Solange, née à Guillery le 20 mai 1849.
[285]Lettre inédite.
[286]Lettre inédite.
[287]Le Chapeau d'un horloger, représente au Gymnase le 16 décembre 1854.
[288]Lettre inédite.
[289]Allusion aux journées de Juin.—Bethmont faisait partie, comme ministre de la Justice, du premier cabinet formé le 28 juin 1848 par le général Cavaignac.
[290]Le petit corps, ramené à Nohant, fut déposé sous le grand if, auprès des restes d'Aurore de Saxe, grand'mère de George Sand.
[291]M. Bethmont, qui défendait Clésinger, avait fait appel du jugement qui confiait à George Sand la garde de sa petite-fille.
[292]Lettre inédite.
[293]Elle l'avait vue pour la dernière fois le 21 mai, et, comme si elle avait eu le pressentiment de sa fin prochaine, Delphine avait abordé devant elle la question de l'au-delà: «Je ne crois pas, lui disait-elle, à aucun mystère et à aucun miracle transmis ou expliqués par les hommes. Tout est mystère et tout est miracle dans le seul fait de la vie et de la mort. Je ne crois pas à une table tournante autant qu'on se l'imagine: ce n'est qu'un instrument qui écrit ce que ma pensée évoque. Je me sens très bien avec Dieu; je ne crois ni au diable ni à l'enfer. Si je n'ai pas la foi, j'ai l'équivalent: j'ai la confiance.»
Mmede Girardin devait penser souvent à la mort, car on a trouvé dans son album, sous ces dates:mars 1841-juillet 1851, les réflexions que voici:
«La mort n'égalise rien: à sa dernière heure, l'homme qui a lâchement vécu n'est pas l'égal de celui qui a vécu noblement. A son dernier soupir, l'homme dont l'existence est douce et belle n'est pas non plus l'égal de celui qui a souffert toujours. Les vertus sont des titres, les souffrances sont des droits. On ne s'améliore pas en vain; on ne souffre pas inutilement. Dieu est un maître équitable qui récompense chacun selon ses œuvres, et surtout selon ses peines. Heureuse l'âme qui a l'intelligence de ses douleurs; pour elle, les larmes ont un langage qu'elle comprend, le désespoir a des promesses qu'elle écoute.
«Oh! qui de nous ne l'a senti, qu'en nous frappant Dieu s'engage et qu'il est de certains chagrins, tourments inouïs, insupportables, horribles, qui le compromettent avec nous pour l'éternité.
«Non, ceux qui auront toujours ignoré ces affreuses peines ne seront pas, au jour du jugement dernier, les égaux de ceux qui les auront connues et dévorées.
«D. GAY DE GIRARDIN.»
(Communiqué par MmeLéonce Détroyat.)
[294]L'Esprit de Madame de Girardin, p. 316.