MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Peu m'importe!
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Reconnaissez-vous donc, c'est vous-même. Je ne vois que des âmes basses autour de moi, qu'y puis-je faire? Les baladins ne manqueront pas sous mon règne et il faudra qu'ils se conduisent bien mal pour que je prenne le parti de les chasser.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Je ne sais si vous avez exactement rapporté mes paroles; mais voici une citation que je puis vous garantir: elle vengera éternellement les peuples que vous calomniez:
«Les moeurs du prince contribuent autant à la liberté que les lois. Il peut, comme elle, faire des hommes des bêtes, et des bêtes des hommes; s'il aime les âmes libres, il aura des sujets, s'il aime les âmes basses, il aura des esclaves[24].»
Voilà ma réponse, et si j'avais aujourd'hui à ajouter quelque chose à cette citation, je dirais:
«Quand l'honnêteté publique est bannie du sein des cours, quand la corruption s'étale là sans pudeur, elle ne pénètre pourtant jamais que dans le coeur de ceux qui approchent un mauvais prince; l'amour de la vertu continue à vivre dans le sein du peuple, et la puissance de ce principe est si grande que le mauvais prince n'a qu'à disparaître pour que, par la force même des choses, l'honnêteté revienne dans la pratique du gouvernement en même temps que la liberté.»
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Cela est très-bien écrit, dans une forme très-simple. Il n'y a qu'un malheur à ce que vous venez de dire, c'est que, dans l'esprit comme dans l'âme de mes peuples, je personnifie la vertu, bien mieux, je personnifie laliberté, entendez-vous, comme je personnifie la révolution, le progrès, l'esprit moderne, tout ce qu'il y a de meilleur enfin dans le fond de la civilisation contemporaine. Je ne dis pas qu'on me respecte, je ne dis pas qu'on m'aime, je dis qu'on me vénère, je dis que le peuple m'adore; que, si je le voulais, je me ferais élever des autels, car, expliquez cela, j'ai les dons fatals qui agissent sur les masses. Dans votre pays on guillotinait Louis XVI qui ne voulait que le bien du peuple, qui le voulait avec toute la foi, toute l'ardeur d'une âme sincèrement honnête, et, quelques années auparavant, on avait élevé des autels à Louis XIV qui se souciait moins du peuple que de la dernière de ses maîtresses; qui, au moindre coup de tête, eût fait mitrailler la canaille en jouant aux dés avec Lauzun. Mais je suis, moi, bien plus que Louis XIV, avec le suffrage populaire qui me sert de base; je suis Washington, je suis Henri IV, je suis saint Louis, Charles-le-Sage, je prends vos meilleurs rois, pour vous faire honneur. Je suis un roi d'Égypte et d'Asie en même temps, je suis Pharaon, je suis Cyrus, je suis Alexandre, je suis Sardanapale; l'âme du peuple s'épanouit quand je passe; il court avec ivresse sur mes pas; je suis un objet d'idolâtrie; le père me montre du doigt à son fils, la mère invoque mon nom dans ses prières, la jeune fille me regarde en soupirant et songe que si mon regard tombait sur elle, par hasard, elle pourrait peut-être reposer un instant sur ma couche. Quand le malheureux est opprimé, il dit:Si le roi le savait; quand on veut se venger, qu'on espère un secours, on dit:Le roi le saura. On ne m'approche jamais, du reste, que l'on ne me trouve les mains pleines d'or. Ceux qui m'entourent, il est vrai, sont durs, violents, ils méritent parfois le bâton, mais il faut qu'il en soit ainsi; car leur caractère haïssable, méprisable, leur basse cupidité, leurs débordements, leurs gaspillages honteux, leur avarice crasse font contraste avec la douceur de mon caractère, mes allures simples, ma générosité inépuisable. On m'invoque, vous dis-je, comme un dieu; dans la grêle, dans la disette, dans les incendies, j'accours, la population se jette à mes pieds, elle m'emporterait au ciel dans ses bras, si Dieu lui donnait des ailes.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Ce qui ne vous empêcherait pas de la broyer avec de la mitraille au moindre signe de résistance.
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
C'est vrai, mais l'amour n'existe pas sans la crainte.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Ce songe affreux est-il fini?
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Un songe! Ah! Montesquieu! vous allez pleurer longtemps: déchirez l'Esprit des lois, demandez à Dieu de vous donner l'oubli pour votre part dans le ciel; car voici venir la vérité terrible dont vous avez déjà le pressentiment; il n'y a pas de songe dans ce que je viens de vous dire.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Qu'allez-vous m'apprendre!
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Ce que je viens de vous décrire, cet ensemble de choses monstrueuses devant lesquelles l'esprit recule épouvanté, cette oeuvre que l'enfer même pouvait seul accomplir, tout cela est fait, tout cela existe, tout cela prospère à la face du soleil, à l'heure qu'il est, sur un point de ce globe que nous avons quitté.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Où?
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Non, ce serait vous infliger une seconde mort.
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Ah! parlez, au nom du ciel!
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Eh bien!...
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Quoi?...
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
L'heure est passée! Ne voyez-vous pas que le tourbillon m'emporte!
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Machiavel!!
MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
Voyez ces ombres qui passent non loin de vous en se couvrant les yeux; les reconnaissez-vous? ce sont des gloires qui ont fait l'envie du monde entier. A l'heure qu'il est, elles redemandent à Dieu leur patrie!...
MONTESQUIEU.
MONTESQUIEU.
Dieu éternel, qu'avez-vous permis!...
Notes de bas de page:
[1]
Esp. des lois, p. 24 et 25, chap. IX, livre III.
[2]
Esp. des lois, p. 129, liv. XI, ch. VI.
[3]
Machiavel fait évidemment ici allusion à Joseph de Maistre, dont le nom se retrouve d'ailleurs plus loin.(Note de l'Éditeur.)
(Note de l'Éditeur.)
[4]
Esp. des lois, p. 543, 544, liv. XXXI, ch. IV.
[5]
Traité du Prince, p. 114, ch. XVII.
[6]
Esp. des lois, p. 252 et s., liv. XIX, ch. V.
[7]
Traité du Prince, p. 47, ch. VII.
[8]
Esp. des lois, p. 123, livre XI, chap. III.
[9]
Esp. des lois, p. 12 et s., liv. II, et s., ch. II, et s.
[10]
Esp. des lois, p. 371, liv. XXIV, ch. I et suiv.
[11]
Esp. des lois, p. 393, liv. XXV, ch. XII.
[12]
Esp. des lois, p. 68, livre VI, chap. V.
[13]
Esp. des lois, p. 80. chap. X, liv. XIII.
[14]
Traité du Prince, p. 106, ch. XVI.
[15]
Esp. des lois, liv. X, ch. XV, p. 127.
[16]
Cette phrase se trouve dans la préface de l'Esprit des lois, p. 1.(Note de l'Éditeur.)
(Note de l'Éditeur.)
[17]
Esp. des lois, liv. XXV, chap. II, p 386.
[18]
Traité du Prince, chap. IX, p. 63.
[19]
On ne peut se dissimuler qu'ici Machiavel ne soit en contradiction avec lui-même, car il dit formellement, ch. IV, p. 26, «que le Prince qui en rend un autre puissant travaille à sa propre ruine.»(Note de l'éditeur.)
(Note de l'éditeur.)
[20]
Traité du Prince, chap. XIV, p. 98.
[21]
Traité du Prince, ch. III, p. 17.
[22]
Benjamin Constant.(Note de l'éditeur.)
(Note de l'éditeur.)
[23]
Esp. des lois, liv. XIX, chap. II, p. 253.
[24]
P. 173, chap. XXVII, liv. XII.
1re PARTIE.—PREMIER DIALOGUE.
Rencontre de Machiavel et de Montesquieu aux enfers.
Machiavel fait l'éloge de la vie posthume. Il se plaint de la réprobation que la postérité a attachée à son nom, et se justifie.
Son seul crime a été de dire la vérité aux peuples comme aux rois; lemachiavélisme est antérieur à Machiavel.
Son système philosophique et moral; théorie de la force.—Négation de la morale et du droit en politique.
Les grands hommes font le bien des sociétés en violant toutes les lois.Le bien sort du mal.
Causes de la préférence donnée à la monarchie absolue.—Incapacité de la démocratie.—Despotisme favorable au développement des grandes civilisations.
DEUXIÈME DIALOGUE.
Réponse de Montesquieu.—Les doctrines de Machiavel n'ont point de base philosophique.—La force et l'astuce ne sont pas des principes.
Les pouvoirs les plus arbitraires sont obligés de s'appuyer sur le droit. La raison d'État n'est que l'intérêt particulier du Prince ou de ses favoris.
Le droit et la morale sont les fondements de la politique. Inconséquence du système contraire. Si le Prince s'affranchit des règles de la morale, les sujets en feront autant.
Les grands hommes qui violent les lois sous prétexte de sauver l'État font plus de mal que de bien. L'anarchie est souvent bien moins funeste que le despotisme.
Incompatibilité du despotisme avec l'état actuel des institutions chez les principaux peuples de l'Europe.—Machiavel invite Montesquieu à justifier cette proposition.
TROISIÈME DIALOGUE.
Développement des idées de Montesquieu.—La confusion des pouvoirs est la cause première du despotisme et de l'anarchie.
Influence des moeurs politiques sous l'empire desquelles leTraité du Princea été écrit. Progrès de la science sociale en Europe.
Vaste système de garanties dont les nations se sont entourées. Traités, constitutions, lois civiles.
Séparation des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. C'est le principe générateur de la liberté politique, le principal obstacle à la tyrannie.
Que le régime représentatif est le mode de gouvernement le mieux approprié aux temps modernes. Conciliation de l'ordre et de la liberté.
Justice, base essentielle du gouvernement. Le Monarque qui pratiquerait aujourd'hui les maximes duTraité du Princeserait mis au ban de l'Europe.
Machiavel soutient que ses maximes n'ont pas cessé de prévaloir dans la politique des princes.—Il offre de le prouver.
QUATRIÈME DIALOGUE.
Machiavel fait la critique du régime constitutionnel. Les pouvoirs resteront immobiles ou sortiront violemment de leur orbite.
Masse du peuple indifférente aux libertés publiques dont la jouissance réelle lui échappe.
Régime représentatif inconciliable avec le principe de la souveraineté populaire et l'équilibre des pouvoirs.
Révolutions. Que la souveraineté populaire conduit à l'anarchie et l'anarchie au despotisme.
État moral et social des peuples modernes incompatible avec la liberté.
Le salut est dans la centralisation.
Césarisme du Bas-Empire. Inde et Chine.
CINQUIÈME DIALOGUE.
La fatalité du despotisme est une idée que Montesquieu continue à combattre.
Machiavel a pris pour des lois universelles des faits qui ne sont que des accidents.
Développement progressif des institutions libérales depuis le système féodal jusqu'au régime représentatif.
Les institutions ne se corrompent qu'avec la perte de la liberté. Il faut donc la maintenir avec soin dans l'économie des pouvoirs.
Montesquieu n'admet pas sans réserve le principe de la souveraineté populaire. Comment il entend ce principe. Du droit divin, du droit humain.
SIXIÈME DIALOGUE.
Continuation du même sujet.—Antiquité du principe électif. Il est la base primordiale de la souveraineté.
Conséquences extrêmes de la souveraineté du peuple.—Les révolutions ne seront pas plus fréquentes sous l'empire de ce principe.
Rôle considérable de l'industrie dans la civilisation moderne. L'industrie est aussi inconciliable avec les révolutions qu'avec le despotisme.
Le despotisme est tellement sorti des moeurs dans les sociétés les plus avancées de l'Europe, que Montesquieu défie Machiavel de trouver le moyen de l'y ramener.
Machiavel accepte le défi, et le dialogue s'engage sur cette donnée.
SEPTIÈME DIALOGUE.
Machiavel généralise d'abord le système qu'il se propose d'employer.
Ses doctrines sont de tous les temps; dans le siècle même, il a des petits-fils qui savent le prix de ses leçons.
Il ne s'agit que de mettre le despotisme en harmonie avec les moeurs modernes.—Principales règles qu'il déduit pour arrêter le mouvement dans les sociétés contemporaines.
Politique intérieure, politique extérieure.
Nouvelles règles empruntées au régime industriel.
Comment on peut se servir de la presse, de la tribune et des subtilités du droit.
A qui il faut donner le pouvoir.
Que par ces divers moyens on change le caractère de la nation la plus indomptable et on la rend aussi docile à la tyrannie qu'un petit peuple de l'Asie.
Montesquieu engage Machiavel à sortir des généralités; il le met en présence d'un État fondé sur des institutions représentatives et lui demande comment il pourra retourner de là au pouvoir absolu.
2e PARTIE.—HUITIÈME DIALOGUE.—La politique de Machiavel en action
On a raison, par un coup d'État, de l'ordre de choses constitué.
On s'appuie sur le peuple et pendant la dictature on remanie toute la législation.
Nécessité d'imprimer la terreur, au lendemain d'un coup d'État. Pacte du sang avec l'armée. Que l'usurpateur doit frapper toute la monnaie à son effigie.
Il fera une constitution nouvelle et ne craindra pas de lui donner pour base les grands principes du droit moderne.
Comment il s'y prendra pour ne pas appliquer ces principes et les écarter successivement.
NEUVIÈME DIALOGUE.—La Constitution
Continuation du même sujet. On fait ratifier par le peuple le coup d'État.
On établit le suffrage universel; il en sort l'absolutisme.
La constitution doit être l'oeuvre d'un seul homme; soumise au suffrage sans discussion, présentée en bloc, acceptée en bloc.
Pour changer la complexion politique de l'État, il suffit de changer la disposition des organes: Sénat, Corps législatif, Conseil d'État, etc.
Du Corps législatif. Suppression de la responsabilité ministérielle et de l'initiative parlementaire. La proposition des lois n'appartient qu'au Prince.
On se garantit contre la souveraineté du peuple par le droit d'appel au peuple et le droit de déclarer l'état de siége.
Suppression du droit d'amendement. Restriction du nombre des députés.—Salariat des députés. Raccourcissement des sessions.—Pouvoir discrétionnaire de convocation, de prorogation et de dissolution.
DIXIÈME DIALOGUE.—La Constitution. (Suite.)
Du Sénat et de son organisation. Le Sénat ne doit être qu'un simulacre de corps politique destiné à couvrir l'action du Prince et à lui transmettre le pouvoir absolu et discrétionnaire sur toutes les lois.
Du Conseil d'État. Il doit jouer dans une autre sphère le même rôle que le Sénat. Il transmet au Prince le pouvoir réglementaire et judiciaire.
La Constitution est faite. Récapitulation des diverses manières dont le Prince fait la loi dans ce système. Il la fait de sept manières.
Aussitôt après la Constitution, le Prince doit décréter une série de lois qui écarteront, par voie d'exception, les principes de droit public reconnus en bloc dans la constitution.
ONZIÈME DIALOGUE.—Des lois
De la presse. Esprit des lois de Machiavel. Sa définition de la liberté est empruntée à Montesquieu.
Machiavel s'occupe d'abord de la législation de la Presse dans son royaume. Elle s'étendra aux journaux comme aux livres.
Autorisation du Gouvernement pour fonder un journal et pour tous changements dans le personnel de la rédaction.
Mesures fiscales pour enrayer l'industrie de la Presse. Abolition du jury en matière de Presse.—Pénalités par voie administrative et judiciaire. Système des avertissements. Interdiction des comptes rendus législatifs et des procès de Presse.
Répression des fausses nouvelles,—cordons de ceinture contre les journaux étrangers. Défense d'importer des écrits non autorisés.—Lois contre les nationaux qui écriront à l'étranger contre le gouvernement.—Lois du même genre imposées aux petits États-frontières contre leurs propres nationaux.—Les correspondants étrangers doivent être à la solde du gouvernement.
Moyens de refréner les livres.—Brevets délivrés par le gouvernement aux imprimeurs, éditeurs et libraires.—Retraits facultatifs de ces brevets.—Responsabilité pénale des imprimeurs. Elle oblige ces derniers à faire eux-mêmes la police des livres et à en référer aux agents de l'administration.
DOUZIÈME DIALOGUE.—De la Presse(suite)
Comment le gouvernement de Machiavel annihilera la Presse en se faisant journaliste.
Les feuilles dévouées au gouvernement seront deux fois plus nombreuses que les feuilles indépendantes. Journaux officiels, semi-officiels, officieux, semi-officieux.
Journaux libéraux, démocratiques, révolutionnaires tenus à la solde du gouvernement à l'insu du public. Mode d'organisation et de direction.
Maniement de l'opinion. Tactique, manéges, ballons d'essais.
Journaux de province. Importance de leur rôle.
Censure administrative sur les journaux.—Communiqués.—Interdiction de reproduire certaines nouvelles privées.
Les discours, les rapports et les comptes-rendus officiels sont une annexe de la Presse gouvernementale.—Procédés de langage, artifices et style nécessaires pour s'emparer de l'opinion publique.
Éloge perpétuel du gouvernement.—Reproduction de prétendus articles de journaux étrangers qui rendent hommage à la politique du gouvernement.—Critique des anciens gouvernements.—Tolérance en fait de discussions religieuses et de littérature légère.
TREIZIÈME DIALOGUE.—Des complots
Compte de victimes à faire pour assurer la tranquillité.
Des sociétés secrètes. Leur danger.—Déportation et proscription en masse de ceux qui en auront fait partie.
Déportation facultative de ceux qui resteront sur le territoire.
Lois pénales contre ceux qui s'affilieront à l'avenir.
Existence légale donnée à certaines sociétés secrètes dont le gouvernement nommera les chefs, afin de tout savoir et de tout diriger.
Lois contre le droit de réunion et d'association.
Modification de l'organisation judiciaire. Moyens d'agir sur la magistrature sans abroger expressément l'inamovibilité des juges.
QUATORZIÈME DIALOGUE.—Des institutions antérieurement existantes
Ressources que Machiavel leur emprunte.
Garantie constitutionnelle. Que c'est une immensité absolue, mais nécessaire, accordée aux agents du gouvernement.
Du ministère public. Parti que l'on peut tirer de cette institution.
Cour de Cassation; danger que présenterait cette juridiction si elle était trop indépendante.
Des ressources que présente l'art de la jurisprudence dans l'application des lois qui touchent à l'exercice des droits politiques.
Comment on supplée à un texte de loi par un arrêt. Exemples.
Moyen de prévenir autant que possible, dans certains cas délicats, le recours des citoyens aux tribunaux.—Déclarations officieuses de l'administration que la loi s'applique à tel ou tel cas ou dans tel et tel sens. Résultat de ces déclarations.
QUINZIÈME DIALOGUE.—Du suffrage
Des difficultés à éviter dans l'application du suffrage universel.
Il faut enlever à l'élection la nomination des chefs de corps dans tous les conseils d'administration qui sont issus du suffrage.
Que le suffrage universel ne saurait, sans le plus grand péril, être abandonné à lui-même pour l'élection des députés.
Il faut lier les candidats par un serment préalable.—Le gouvernement doit poser ses candidats en face des électeurs, et faire concourir à leur nomination tous les agents dont il dispose.
Les électeurs ne doivent pas avoir la faculté de se réunir pour concerter leur vote. On doit éviter de les faire voter dans les centres d'agglomération.
Suppression du scrutin de liste: Démembrement des circonscriptions électorales où l'opposition se fait sentir.—Comment ou peut gagner le suffrage sans l'acheter directement.
De l'opposition dans les Chambres. De la stratégie parlementaire et de l'art d'enlever le vote.
SEIZIÈME DIALOGUE.—De certaines corporations
Danger que présentent les forces collectives en général.
Des gardes nationales. Nécessité de les dissoudre. Organisation et désorganisation facultatives.
De l'Université. Qu'elle doit être entièrement sous la dépendance de l'État, afin que le gouvernement puisse diriger l'esprit de la jeunesse.—Suppression des chaires de droit constitutionnel.—Que l'enseignement et l'apologie de l'histoire contemporaine seraient très-utiles pour imprimer l'amour et la vénération du Prince dans les générations futures.—Mobilisation de l'influence gouvernementale au moyen de cours libres faits par les professeurs d'université.
Du Barreau. Réformes désirables. Les avocats doivent exercer leur profession sous le contrôle du gouvernement et être nommés par lui.
Du Clergé. De la possibilité pour un Prince de cumuler la souveraineté spirituelle avec la souveraineté politique. Danger que l'indépendance du sacerdoce fait courir à l'État.
De la politique à tenir avec le souverain pontife. Menace perpétuelle d'un schisme très-efficace pour le contenir.
Que le meilleur moyen serait de pouvoir tenir garnison à Rome, à moins que l'on ne se décide à détruire le pouvoir temporel.
DIX-SEPTIÈME DIALOGUE.—De la police
Vaste développement qu'il faut donner à cette institution.
Ministère de la police. Changement de nom si le nom déplaît.—Police intérieure, police extérieure.—Services correspondants dans tous les ministères.—Services de police internationale.
Rôle que l'on peut faire jouer à un Prince du sang.
Rétablissement du cabinet noir nécessaire.
Des fausses conspirations. Leur utilité. Moyen d'exciter la popularité en faveur du Prince et d'obtenir des lois d'État exceptionnelles.
Escouades invisibles qui doivent environner le Prince quand il sort. Perfectionnements de la civilisation moderne à cet égard.
Diffusion de la police dans tous les rangs de la société.
Qu'il est à propos d'user d'une certaine tolérance quand on a entre les mains toute la puissance de la force armée et de la police.
Comme quoi le droit de statuer sur la liberté individuelle doit appartenir à un magistrat unique et non à un conseil.
Assimilation des délits politiques aux délits de droit commun. Effet salutaire.
Listes du jury criminel composées par les agents du gouvernement. De la juridiction en matière de simple délit politique.
3e PARTIE.—DIX-HUITIÈME DIALOGUE.Des Finances et de leur esprit
Objections de Montesquieu. Le despotisme ne peut s'allier qu'avec le système des conquêtes et le gouvernement militaire.
Obstacles dans le régime économique. L'absolutisme ébranle le droit de propriété.
Obstacles dans le régime financier. L'arbitraire en politique implique l'arbitraire en finances. Vote de l'impôt, principe fondamental.
Réponse de Machiavel. Il s'appuie sur le prolétariat qui est désintéressé dans les combinaisons financières, et ses députés sont salariés.
Montesquieu répond que le mécanisme financier des États modernes résiste de lui-même aux exigences du pouvoir absolu. Des budgets. Leur mode de confection.
DIX-NEUVIÈME DIALOGUE.Du système budgétaire(suite)
Garanties que présente ce système d'après Montesquieu. Équilibre nécessaire des recettes et des dépenses. Vote distinct du budget des recettes et du budget des dépenses. Interdiction d'ouvrir des crédits supplémentaires et extraordinaires. Vote du budget par chapitre. Cour des comptes.
Réponse de Machiavel. Les finances sont de toutes les parties de la politique celle qui se prête le mieux aux doctrines du machiavélisme.
Il ne touchera pas à la Cour des comptes, qu'il regarde comme une institution ingénue. Il se réjouit de la régularité de la perception des deniers publics et des merveilles de la comptabilité.
Il abroge les lois qui garantissent l'équilibre des budgets, le contrôle et la limitation des dépenses.