Chapter 10

COCO, s. m. Gorge, gosier,—dans le même argot.

Se passer par le coco.Avaler, boire, manger.

COCO, s. m. Homme singulier,original,—dans le même argot.

Joli coco.Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.

Drôle de coco.Homme qui ne fait rien comme un autre.

COCO, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.COCO, s. m. Cheval,—dans l'argot du peuple.

Il a graissé la patte à coco.Se dit ironiquement d'un homme qui s'est mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.

COCO, s. m. Œuf,—dans l'argot des enfants, pour qui les poules sont descocottes.C>OCODÈS, s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.

On pourrait croire ce mot de la même date quecocotte: il n'en est rien,—car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en circulation.

COCODETTE, s. f. Drôlesse,—la femelle du cocodès,—comme la chatte est la femelle de la souris.COCO ÉPILEPTIQUE, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argot des gens de lettres qui ont lula Vie de Bohème.COCOS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des enfants.COCOTTE, s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n'a pas de rentes, et qui cependant trouve le moyen de bien vivre—aux dépens des imbéciles riches qui tiennent à se ruiner.

Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient:Poulette.

COCOTTERIE, s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent lescocottes.COCOTTES, s. f. pl. Poules, canards, dindons, etc.,—dans l'argot des enfants.

Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.

CœUR D'ARTICHAUT, s. m. Homme à l'amitié banale; femme à l'amour vénal,—dans l'argot du peuple.

On dit:IlouElle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour tout le monde.

COFFRE, s. m. La poitrine,—dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon.

Avoir le coffre bon.Se bien porter physiquement.

COFFRER, v. a. Emprisonner,—dans l'argot du peuple, qui s'est rencontré pour ce mot avec Voltaire.

Se faire coffrer.Se faire arrêter.

COGNADE, s. f. Gendarmerie,—dans l'argot des voleurs, qui ont de fréquentes occasions de secogneravec les représentants de la loi.COGNE, s. m. Gendarme.

La cogne.La gendarmerie.

COGNE, s. m. Apocope de Cognac,—dans l'argot des faubouriens.COGNER(Se), v. réfl. Echanger des coups de pied et des coups de poing,—dans le même argot.

Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une émeute.

COIFFER, v. a. Donner un soufflet, une _calotte_.COIFFER, v. a. Trahir son mari,—dans l'argot des bourgeoises.COIFFER(Se). Se prendre d'amitié ou d'amour pour quelqu'un ou pour quelque chose,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à La Fontaine.COIFFER SAINTECATHERINE, v. a. Rester vieille fille,—dans l'argot des bourgeois.COIRE, s. f. Ferme, métairie,—dans l'argot des voleurs.COLAS, s. m. Cou,—dans le même argot.

Faucher le colas.Couper le cou.

On dit aussile colin.

COLAS, s. m. Imbécile, ou seulement homme timide,—dans l'argot du peuple, qui aime les gens dégourdis.

Grand Colas.Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

COLBACK, s. m. Conscrit,—dans l'argot des vieux troupiers, pleins de mépris pour les débutants.COL CASSÉ, s. m. Gandin,—jeune homme à la mode. Argot des faubouriens.COLLAGE, s. m. Union morganatique,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.COLLANT, adj. Ennuyeux,—dans l'argot des petites dames, qui n'aiment pas les gens qui ont l'air de les trop aimer.COLLE, s. f. Examen préparatoire à un examen véritable,—dans l'argot des Polytechniciens.

Être tangent à une colle.Être menacé d'un simulacre d'examen.

COLLE, s. f. Mensonge,—dans l'argot des faubouriens.COLLÉ(Être). Ne plus savoir quoi répondre; être interdit,—dans l'argot du peuple.COLLÈGE, s. m. La prison,—dans l'argot des voleurs, qui y font en effet leur éducation et en sortent plus forts qu'ils n'y sont entrés.

Collèges de Pantin.Prisons de Paris.

Les Anglais ont la même expression:City college, disent-ils à propos de Newgate.

COLLÉGIEN, s. m. Prisonnier.COLLER, v. a. Donner,—dans l'argot des faubouriens, qui collent souvent des soufflets sans se douter que le verbecolaphizo(χολαπτω [grec: cholaptô]) signifie exactement la même chose.

Se coller.S'approprier quelque chose.

COLLER, v. a. Mettre, placer, envoyer,—dans l'argot du peuple.COLLER(Se), v. réfl. Se placer quelque part et n'en pas bouger.COLLER(Se), v. réfl. Se liertrop facilement; faire commerce d'amitié avec des gens qui n'y sont pas disposés.COLLER(Se faire). Se faire refuser aux examens,—dans l'argot des étudiants.COLLER SOUS BANDE, v. a. Châtier un impertinent; river son clou à un farceur; tromper un trompeur; sortir victorieux d'un pugilat de paroles.COLLER UN PAIN, v. a. Appliquer un soufflet ou un coup de poing sur la figure de quelqu'un.—Argot des faubouriens.COLLEUR, s. m. Menteur.COLLEUR, s. m. Examinateur—dans l'argot des Polytechniciens.COLLEUR, s. m. Homme qui se lie trop facilement; importun bavard qui, une fois qu'il vous tient, ne vous lâche plus.

On dit plutôt:Collant.

COLLOQUER(Se), v. réfl. Se placer, s'asseoir,—dans l'argot du peuple.COLOQUINTE, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé dans certains individus grotesques une ressemblance avec lecucumis colocynthis.COLTIN, s. m. Force, énergie,—dans l'argot du peuple, qui tire ducoudans presque tous ses travaux.COLTINER, v. n. Traîner une charrette avec unlicol, comme font les hommes de peine, qui remplacent ainsi les bêtes de somme.COLTINEUR, s. m. Homme qui traîne une charrette avec un licol.COMBERGEANTE, s. f. Confession,—dans l'argot des voleurs.COMBERGO, s. m. Confessionnal,—dans le même argot.

Aller à comberge.Aller à confesse.

COMBLANCE, s. f. Abondance, excès, chosecomble,—dans le même argot.

Par comblance.Par surcroît.

COMBRE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de comparer cette coiffure à unconcombre, et plus plaisant encore de supprimer la première syllabe de ce dernier mot.

Ils disent aussiCombriot.

COMBRIE, s. f. Pièce d'un franc,—dans le même argot.COMBRIEU, s. m. Chapeau,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussiCambrieu, plus conforme à l'étymologie qui est certainementcambré.

COMBROUSIER, s. m. Paysan,—dans l'argot des voleurs.COMBUSTIBLE(Du)! Se dit, comme Chaud! Chaud!—dans l'argot du peuple,—pour exciter quelqu'un à faire quelque chose.COME, s. m. Apocope de Commerce,—dans l'argot des voyous.COMÈTE, s. f. Vagabond,—dans l'argot des faubouriens.COMMANDER A CUIRE, v. n. Envoyer à l'échafaud,—dans l'argot des prisons.COMMANDITE, s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d'un tâcheron,—dans l'argot des typographes.COMME IL FAUT, s. m. Les règles de l'élégance et de la distinction, le suprême bon ton,—dans l'argot des bourgeois, à propos des gens et des choses. C'est leCantdes Anglais.

On prononcecomifô.

COMME IL FAUT, adj. Selon le code du bon goût et du bon ton, du bien dire et du bien élevé.

L'homme comme il fautdes bourgeoises est lemonsieur biendes petites dames.

COMMODE, s. f. Cheminée,—dans l'argot des voleurs, qui y serrent les objets dont ils veulent se débarrasser comme trop compromettants.COMMUNE COMME UNE MOULe, adj. Se dit—dans l'argot des Précieuses bourgeoises—de toute femme, du peuple ou d'ailleurs, qui ne leur convient pas.COMMUNISTE, s. m. Républicain,—dans l'argot des bourgeois, qui, en 1848, donnaient ce nom à tout ce qui n'était pas eux.COMPAS, s. m. Les jambes,—dans l'argot des ouvriers.

Ouvrir le compas.Marcher.

Allonger le compas.Précipiter sa marche.

COMPÈRE-COCHON, s. m. Homme plus familier qu'il n'en a le droit,—dans l'argot des bourgeois.COMPTE(Avoir son), v. a. Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort pour s'être battu en duel.COMPTER SES CHEMISES, v. a. Vomir,—dans l'argot des marins et du peuple.

Les Anglais ont une expression analogue:To cast up one's accounts(rendre ses comptes), disent-ils.

COMTE DE CARUCHE, s. m. Porte-clés,—dans l'argot des voleurs, qui se plaisent à occuper leurs loisirs forcés en s'improvisant les Borel d'Hauterive de leur prison.COMTE DE GIGOT-FIN, s. m. Beau mangeur,—dans l'argot du peuple, qui ne craint pas de créer des types comme Molière et d'anoblir des vilains comme Napoléon.COMTE DU CANTON, s. m. Geôlier,—dans l'argot des voleurs.CONDÉ, s. m. Permission de tenir des jeux de hasard,—dans l'argot des voleurs, qui obtiennent cette permission d'un descondéssuivants:

Grand condé.Préfet.

Petit condé.Maire.

Demi-condé.Adjoint.

Condé francouaffranchi. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.

Plus particulièrement: Faveur obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.

CONFÉRENCIER, s. m. Orateur en chambre, qui parle de tout sans souvent être payé pour cela.

Mot nouveau, profession nouvelle.

CONFIRMER, v. a. Donner une paire de soufflets.CONFRÈRE DE LA LUNE, s. m. Galant homme qui a eu le tort d'épouser une femme galante,—dans l'argot du peuple, trop irrévérencieux envers le croissant de la chaste Diane.CONILLER, v. n. User de subterfuges pour échapper à un ennui ou à un danger, se cacher, disparaître, comme un lapin (cuniculus, conil) dans son trou. Argot du peuple.CONIR, v. n. Mourir.CONJUNGO, s. m. Mariage,—dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au premier mot du discours du prêtre aux mariés:Conjungo(je joins).CONNAISSANCE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.CONNAÎTRE LE JOURNAL.Être au courant d'une chose; savoir à quoi s'en tenir sur quelqu'un. Argot des bourgeois.

Signifie aussi: Savoir de quoi se compose le dîner auquel on est invité.

CONNAÎTRE LE NUMÉRO, v. a. Avoir de l'habileté, de l'expérience,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'expression a appartenu à l'argot des chevaliers d'industrie. «Les escrocs disent d'une personne qu'ils n'ont pu duper: Celui-là sait le numéro, il n'y a rien à faire.» (Les Numéros parisiens, 1788.)

Connaître le numéro de quelqu'un.Savoir ce qu'il cache; connaître ses habitudes, son caractère, etc.

CONNU!Exclamation de l'argot du peuple, qui l'emploie pour interrompre les importuns, les bavards—et même les éloquents.

Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!

CONOBRER, v. a. Connaître,—dans l'argot des voleurs.

Ce verbe ne viendrait-il pas decognoscere, connaître, ou decognobilis, facile à connaître.

CONQUÊTE, s. f. Maîtresse d'une heure ou d'un mois,—dans l'argot des bourgeois, Alexandres pacifiques.CONSCIENCE, s. f. Travail spécial, fait à la journée au lieu de l'être aux pièces. Argot des typographes.

Être en conscience, ouà la conscience. Travailler à la journée.

CONSCRIT, s. m. Elève de première année,—dans l'argot des Polytechniciens, dont beaucoup se destinent à l'armée.

C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.

CONSERVATOIRE, s. m. Grand Mont-de-piété,—dans l'argot du peuple.CONSOLATION, s. f. Eau-de-vie,—dans l'argot du peuple, qui se console à peu de frais.

Débit de consolation.Liquoriste, cabaret.

CONSOLER SON CAFÉ.Mettre de l'eau-de-vie dedans. Habitude normande,—très parisienne.CONSOMME, s. f. Apocope deconsommation,—dans l'argot des faubouriens.CONSTANTE, s. f. Nom que les Polytechniciens donnent à l'élève externe, parce que l'externe sort de l'école comme il y est entré: il n'a pas d'avancement; il n'est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le rôle de laconstantedans les calculs: il passe par toutes les transformations sans que sa nature en subisse aucune variation.CONTRE, s. m. Consommation personnelle, au café, que l'on joue avec une autre personnecontresa consommation.CONTRÔLE, s. m. Flétrissure, marque de fer rouge sur l'épaule des forçats,—dans l'argot des prisons.CONTRÔLER, v. a. Donner un coup de talon de botte sur la figure de quelqu'un. Argot des faubouriens.

On dit aussimettre le contrôle.

CONVALESCENCE, s. f. Surveillance de la haute police,—dans l'argot des voleurs.

Être en convalescence.Être sous la surveillance de la police.

COPAIN, s. m. Compagnon d'études,—dans l'argot des écoliers.

On écrivait et on disait autrefoiscompaing, mot très expressif que je regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami, le frère choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son pain,—cum pane. C'est l'ancien nominatif decompagnon.

COPE, s. f. Apocope de copie,—dans l'argot des typographes.

Avoir de la cope.Avoir un manuscrit à composer.

COPEAU, s. m. La langue,—dans l'argot des souteneurs de filles.

Lever son copeau.Parler, bavarder.

COPIE, s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l'imprimeur,—dans l'argot des gens de lettres, qui écriventcopiosissimèdans l'intérêt de leurcopia.

Faire de la copie.Écrire un article pour un journal ou pour une revue.

Caner sa copie.Ne pas écrire l'article promis.

Pisser de la copie.Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets.

Pisseur de copie.Ecrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l'étranger, de sa prose ou de ses vers.

COQ, s. m. Cuisinier,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans la marine, et qui ne savent pas parler si bien latin,coquus.COQUARD, s. m. Œil,—dans l'argot des bouchers.COQUARD, s. m. Œuf,—dans l'argot des enfants.COQUARDEAU, s. m. Galant que les femmes dupent facilement,—dans l'argot du peuple.

Le mot n'est pas aussi moderne qu'on serait tenté de le croire,car il sort duBlason des fausses amours:

«Se ung coquardeauQui soit nouviauTombe en leurs mains,C'est un oyseauPris au gluauNe plus ne moins.»

«Se ung coquardeauQui soit nouviauTombe en leurs mains,C'est un oyseauPris au gluauNe plus ne moins.»

«Se ung coquardeau

Qui soit nouviau

Tombe en leurs mains,

C'est un oyseau

Pris au gluau

Ne plus ne moins.»

COQUARDER, v. n.Alvum deponere.Argot des faubouriens. (V.CoquardetPondre un œuf.)COQUER, v. a. Dénoncer,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté à l'argot lyonnais ce mot qui signifieembrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.COQUER, v. a. Donner,—dans le même argot.

Coquer la camouffle.Présenter la chandelle.

Coquer la loffitude.Donner l'absolution.

Coquer le poivre.Empoisonner.

Coquer le taf.Faire peur.

COQUEUR, s. m. Dénonciateur.COQUEUR DE BILLE, s. m. Bailleur de fonds.COQUILLARD, s. m. Pèlerin,—dans l'argot des faubouriens.COQUILLE, s. f. Lettre mise à la place d'une autre,—dans l'argot des typographes.COQUILLON, s. m. Pou,—dans l'argot des faubouriens, qui se rappellent sans doute qu'on donnait autrefois ce nom à un capuchon qui se relevait sur la tête.CORBEAU, s. m. Frère de la Doctrine chrétienne,—dans l'argot des faubouriens, qui ont été frappés de l'analogie d'allures qu'il y a entre ces honnêtes instituteurs de l'enfance et l'oiseau du prophète Elie.CORBEAU, s. m. Employé des pompes funèbres,—dans le même argot.CORBUCHE, s. f. Ulcère,—dans l'argot des voleurs.

Corbuche-lof.Ulcère factice.

CORDER, v. n. Fraterniser, vivre avec quelqu'untoto corde,—dans l'argot du peuple.CORDON BLEU, s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.CORNARD, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,—dans l'argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.CORNEAU, s. m. Bœuf,—dans l'argot des voleurs.

Corneaude.Vache.

CORNER, v. a. Publier une chose avec éclat; répéter une nouvelle, fausse ou vraie,—dans l'argot du peuple.

Corner une chose aux oreilles de quelqu'un.La lui répéter de façon à lui être désagréable.

CORNER, v. n. Puer,—dans l'argot des faubouriens, qui font probablement allusion à l'odeur insupportable qu'exhale la corne brûlée.CORNET, s. m. Estomac,—dans le même argot.

Se mettre quelque chose dans le cornet.Manger.

N'avoir rien dans le cornet.Être à jeun.

CORNET D'ÉPICES, s. m. Capucin,—dans l'argot des voleurs.CORNICHE, s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.CORNICHON, s. m. Veau. Argot des voleurs.CORNICHON, s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes,—dans l'argot de Breda-Street; parfois imbécile,—dans l'argot au peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.CORNIÈRE, s. f. Étable.CORNIFICETUR, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante et qui le regrette tous les jours.CORSER, v. a. Multiplier les péripéties,—dans l'argot des gens de lettres; augmenter la force d'un liquide,—dans l'argot des marchands de vin.CORSER(Se). Se compliquer, devenir grave. Argot des gens de lettres.CORVETTE, s. f. L'Héphestion des Alexandres populaciers,—dans l'argot des voleurs.COSSU, adj. Riche,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.COSTEL, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des voyous.COSTIÈRES, s. f. pl. Rainures pratiquées dans le plancher d'un théâtre pour y faire glisser les portants; celles qui avancent sur la scène se ferment au moyen des trappillons.

On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sonttombés dans les costières.

CÔTE, s. f. Passe difficile de la vie,—dans l'argot des bohèmes, qui s'essoufflent à gravir le Double-Mont.

Être à la côte.N'avoir pas d'argent.

Frère de la côte.Compagnon de misère.

CÔTE-DE-BœUF, s. f. Sabre d'infanterie,—dans l'argot du peuple.COTEG, s. f. Objet de peu de valeur innocemment détourné, en vertu d'un usage immémorial, par les clercs inventoriant une succession. Ce bibelot, ne figurant à aucune cote de l'acte, passe à lacote G, qui me fait l'effet d'être un jeu de mots (cotej'ai).CÔTELARD, s. m. Melon àcôtes,—dans l'argot des faubouriens.CÔTELETTE DE PERRUQUIER, s. f. Morceau de fromage de Brie,—dans l'argot du peuple, qui suppose que les garçons perruquiers n'ont pas un salaire assez fort pour déjeuner à la fourchette comme les gandins.

On dit aussiCôtelette de vache.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre:A welsh rabbit(un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une tartine de fromage fondu.

CÔTELETTES, s. f. pl. Favoris larges par le bas et minces par le haut,—dans le même argot.COTERIE, s. f. Compagnon,—dans l'argot des maçons.COTILLON, s. m. Fille ou femme,—dans l'argot du peuple.

Aimer le cotillon.Être de complexion amoureuse.

Faire danser le cotillon.Battre sa femme.

COTON, s. m. Douceur,—dans le même argot.

Elever un enfant dans du coton.Le gâter de caresses.

COTON, s. m. Coups échangés,—dans l'argot des faubouriens, dont la main dégaine volontiers.

Il y a euouil y aura du coton. On s'est battu ou l'on se battra.

COTON, s. m. Travail pénible, difficulté, souci,—dans le même argot.

Il y a du coton.On aura de la peine à se tirer d'affaire.

COTRETS, s. m. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussifumerons.

COTTE, s. f. Pantalon de toile bleue,—dans l'argot des ouvriers, qui ne le mettent que pour travailler, par-dessus un autre pantalon.COUAC, s. m. Prêtre,—dans l'argot des voyous, fils des faubouriens, qui, en croyant dire une plaisanterie et faire une allusion au cri du corbeau, prononcent sérieusementquaker.COUCHER, s. m. Homme qui s'attarde volontairement dans une maison où il ne devrait jamais même mettre les pieds.COUCHER A LA CORDE, v. n. Passer la nuit dans un de ces cabarets comme il en existait encore, il y a quelques années, assis et les bras appuyés sur une corde tendue à hauteur de ceinture.COUCHER BREDOUILLE(Se). Se coucher sans avoir dîné.COUCHER DANS LE LIT AUX POIS VERTS, v. n. Coucher dans les champs, à la belle étoile.COUCHER EN CHAPON(Se), v. réfl. Se coucher repu de viande et de vin,—dans l'argot du peuple.COUCOU, s. m. Cocu,—par antiphrase.

Faire coucou.Tromper un homme avec sa femme.

On dit aussiFaire cornette, quand c'est la femme qui est trompée.

COUCOU, s. m. Montre,—dans l'argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire.

Ils disent mieuxBogue.

COUDE, s. m. Permission,—dans l'argot des voyous.

Prendre sa permission sous son coude.Se passer de permission.

COUENNE, s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie,—dans l'argot des faubouriens, qui pensent comme Emile Augier (dansla Ciguë), que «les sots sont toujours gras».COUENNE, s. f. Chair,—dans l'argot du peuple.

Gratter la couenne à quelqu'un.Le flatter, lui faire des compliments exagérés.

COUENNE DE LARD, s. f. Brosse,—dans le même argot.COUENNES, s. f. pl. Joues pendantes.COULE, s. f. Les dégâts, les petits vols que commettent les employés, les ouvriers, les domestiques d'une maison, et spécialement les garçons de café, parce que c'est par là souvent qu'oncouleune maison.

On dit aussiCoulage.

Veiller à la coule.Veiller sur les domestiques, avoir l'œil sur les garçons de café et autres, pour empêcher la dilapidation.

COULE(Être à la). Être d'un aimable caractère, d'un commerce agréable, doux,coulant,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt que dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à celui d'enclume.

COULER(En). En conter aux gens crédules, dans le même argot.COULER DOUCE(Se la), v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d'aucune sorte,—dans l'argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette façon-là, pour changer.COULEUR, s. f. Menterie, conte en l'air,—dans l'argot du peuple, qui s'est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu'un ment, il rougit, à moins qu'il n'ait l'habitude du mensonge.

Monter une couleur.Mentir.

AuXVIIesiècle on disait:Sous couleur de, pourSous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu unecouleur.

COULEUR, s. f. Opinion politique. Même argot.COULEUVRE, s. f. Femme enceinte,—dans l'argot des voyous, qui, probablement, font allusion aux lignes serpentines de la taille d'une femme en cette «position intéressante».COULIANT, s. m. Lait,—dans l'argot des voleurs.COULOIR, s. m. Le gosier,—dans l'argot des faubouriens, qui en lavent les parois à grands coups de vin et d'eau-de-vie, sans redouter l'humidité.

Chelinguer du couloir.Fetidum halitum emittere.

COUPAILLON, s. m. Coupeur maladroit, inexpérimenté. Argot des tailleurs.COUP D'ARROSOIR, s. m. Verre de vin bu sur le comptoir du cabaretier. Argot des faubouriens.COUP DE BOUTEILLE, s. m. Rougeur du visage, coup de sang occasionné par l'ivrognerie,—dans l'argot du peuple.COUP DE CANIF, s. m. Infidélité conjugale,—dans l'argot des bourgeois.

Donner un coup de canif dans le contrat.Tromper sa femme ou son mari.

COUP DE CASSEROLE, s. m. Dénonciation,—dans l'argot des voleurs.COUP DE CHASSELAS, s. m. Demi-ébriété,—dans l'argot du peuple.

Avoir un coup de chasselas.Être en état d'ivresse.

COUP DE CHIEN, s. m. Traîtrise, procédé déloyal et inattendu,—dans le même argot.COUP DE FEU, s. m. Moment de presse.COUP DE FEU DE SOCIÉTÉ, s. m. Dernier degré de l'ivresse,—dans l'argot des typographes.COUP DE FOURCHETTE, s. m. Déjeuner. Argot des bourgeois.

Donner un coup de fourchette.Manger.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Vol à l'aide de deux doigts seulement.COUP DE FOURCHETTE, s. m. Coup donné dans les deux yeux avec les deux doigts qui suivent le pouce de la main droite. Argot des faubouriens.COUP DE GAZ, s. m. Coup de vin. Argot des faubouriens.COUP DE PIED DE JUMENT, s. m. Maladie désagréable,—dans l'argot du peuple.COUP DE PIED DE VÉNUS, s. m. «Trait empoisonné lancé par le fils de Cythérée au nom de sa mère»,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leur mythologie.COUP DE PISTOLET, s. m. Opération isolée et sans suite, mais destinée cependant à faire un peu de bruit.

Coup de pistolet dans l'eau.Affaire ratée.

COUP DE POING DE LA FIN, s. m. Mot ironique ou cruel, qu'on lance à la fin d'une conversation ou d'un article. Argot des gens de lettres.COUP DE RAGUSE, s. m. Traîtrise, acte déloyal, trahison,—dans l'argot des ouvriers, chez qui le souvenir de la défection de Marmont est toujours vivant. C'est pour eux ce qu'est lecoup de Jarnacpour les lettrés.COUP DE RIFLE, s. m. Ivresse,—dans l'argot des typographes.COUP DE SOLEIL, s. m. Demi-ébriété,—dans l'argot des faubouriens, que le vinallumeet dont iléclairele visage.COUP DE TAMPON, s. m. Coup de poing. Argot du peuple.COUP DE TORCHON, s. m. Baiser,—dans l'argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu'on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvresessuientle visage.COUP DE TORCHON(Se donner un), v. réfl. Se battre en duel ou à coups de poing, comme des gentilshommes ou comme des goujats.

C'est une façon comme une autre d'essuyerl'injure reçue. Même argot.

COUP DE TRENTE-TROIS CENTIMÈTRES, s. m. Coup depied. Argot calembourique des faubouriens.COUP DE VAGUE, s. m. Vol improvisé.COUP DU LAPIN, s. m. Coup féroce que se donnent parfois les voyous dans leursbattures. Il consiste à saisir son adversaire, d'une main par les testicules, de l'autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens:celui qui est saisi et tiré ainsi n'a pas même le temps de recommander son âme à Dieu. (V. laGazette des Tribunaux, mai 1864.)COUP DU LAPIN, s. m. Coup plus féroce encore, que la nature vous donne vers la cinquantième année, à l'époque de l'âgecritique.

Recevoir le coup du lapin.Vieillir subitement du soir au lendemain; se réveiller avec des rides et les cheveux blancs.

Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.


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