DIRE, v. n. Plaire, agréer, convenir,—dans l'argot du peuple.
Cela ne me dit pas.Je n'ai pas d'appétit, de goût pour cela.
DIRE LA SIENNE, v. a. Raconter son histoire ou chanter sa romance après que les autres ont chanté ou raconté. Même argot.DISCUSSION AVEC LES PAVÉS(Avoir une). Tomber sur les pavés et s'y égratigner le visage, soit en état d'ivresse, soit par accident,—dans l'argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les lundis, en revenant de la barrière.DIX-HUIT, s. m. Soulier ressemelé, c'est-à-dire deux fois neuf (9),—dans l'argot calembourique du peuple.DOCTES PUCELLES(Les). Les neuf Muses,—dans l'argot des Académiciens, qui devraient pourtant se rappeler le
...casta quam nemo rogavit
de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le monde y gagnerait,—et surtout la littérature française.
DODO, s. m. Lit,—dans l'argot des enfants et des filles.
Faire dodo.Dormir.
DOG-CART, s. m. Sorte de voiture de maître, d'invention anglaise, et maintenant à la mode française. Argot des gandins et des carrossiers.DOMINO-CULOTTE, s. m. Le domino restant dans la main du joueur.DOMINOS, s. m. pl. Les dents,—dans l'argot du peuple, qui emploie là, s'en sans douter, une expression duslanganglais.
Avoir le jeu complet.Avoir toutes ses dents.
Jouer des dominos.Manger.
DONDON, s. f. Femme chargée d'embonpoint; servante de cabaret,—dans le même argot.DONDON, s. f. Maîtresse,—dans l'argot dédaigneux des bourgeoises.DONNER, v. a. Dénoncer,—dans l'argot des voleurs.
Être donné.Être dénoncé.
DONNER(S'en), v. réfl. Prendre d'un plaisir avec excès,—dans l'argot du peuple.DONNER(Se la), v. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot elliptique des faubouriens.DONNER A LA BOURBONNAISE(La). Regarder quelqu'un d'un mauvais œil,—dans l'argot des voleurs.DONNER CINQ ET QUATRE, v. a. Donner deux soufflets, l'un de la paume de la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble; l'autre du revers de la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du peuple.
On dit aussiDonner dix-huit.
DONNER DANS L'œIL, v. n. Plaire,—dans l'argot des petites dames, qui l'emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont envie.
Les faubouriens disent:Taper dans l'œil. C'est plus expressif,—parce que c'est plus brutal.
Molière a employéDonner dans la vueavec la même signification. J'ai trouvé dansle Tempérament, tragédie-parade de 1755:Il m'a donné dans l'œil, employé dans le même sens.
DONNER DE COUPS DE PIED(Ne pas se). Faire son propre éloge, se dire des choses aimables, s'avantager dans un récit. Argot du peuple.DONNER DE LA GROSSE CAISSE.Faire des réclames à un livre ou à un médicament,—dans l'argot des journaux.DONNER DE L'AIR(Se), v. réfl. S'en aller de quelque part, non parce qu'on y étouffe, mais parce qu'on s'y ennuie, ou parce qu'il est l'heure de se retirer.DONNER DE LA SALADE.Battre, secouer quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption deDonner la salle, c'est-à-dire fouetter un écolier en public.
Ils disent aussiDonner une chicorée.
DONNER DU BALAI.Chasser quelqu'un, remercier un employé, congédier un domestique,—dans l'argot des bourgeois.DONNER DU BON TEMPS(Se). Se divertir, «cueillir le jour» et la nuit,—dans le même argot.DONNER DU CAMBOUIS.Se moquer de quelqu'un, lui jouer un tour, le duper,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis trois cents ans: «Ah! très orde vieille truande! vous me baillez du cambouys!» s'écrie le Diable dans laFarce du meunier.DONNER DU FIL A RETORDRE.Embarrasser quelqu'un, lui rendreune affaire épineuse, une question difficile à résoudre.DONNER DU VENT.Brimer,—dans l'argot des Saint-Cyriens.DONNER DU VINAIGRE.Tourner très vite,—dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent à la corde.DONNER LA MIGRAINE A UNE TÊTE DE BOIS, v. a. Être excessivement ennuyeux,—dans l'argot des gens de lettres.
L'expression appartient à Hippolyte Babou.
DONNER SON BOUT, v. a. Congédier un ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.
On dit aussidonner son bout de ficelle.
DONNER UN COUP DE PIED JUSQUE...Aller jusqu'à tel endroit désigné,—dans l'argot du peuple.DONNER UN COUP DE POING DONT ON NE VOIT QUE LA FUMÉE, v. a. L'appliquer sur le visage avec une grande violence,—même argot.
J'ai entendu la phrase, et j'ai frémi pour celui à qui elle s'adressait: «Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n'en verras que la fumée!» disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d'apparence médiocre.
DONNER UN PONT A FAUCHER, v. a. Tendre un piège,—dans l'argot des voleurs.DONNER UN REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d'un accusé,—dans le même argot.DONNEUR D'AFFAIRES, s. m. Celui qui indique les vols à faire.DONNEZ-LA!Méfiez-vous,—dans le même argot.DONT AUQUEL, adj. A qui rien n'est comparable,—dans l'argot du peuple.
Il y a plus d'un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.
DONZELLE, s. f. Fille qui préfère la compagnie des hommes à celle des femmes,—dans le même argot.
Signifie aussi Maîtresse.
Comme les mots déchoient! Ladonzelledu Moyen Age était la demoiselle de la maison,—dominicella, oudomina; ladonzelleduXIXesiècle est une demoiselle de maison.
DOR, s. m. Or, du dor,—dans l'argot des enfants.DORANCHER, v. a. Dorer,—dans l'argot des voleurs.DORMIR EN CHIEN DE FUSIL, v. n. C'est,—dans l'argot du peuple,—prendre en dormant une posture qui donne au corps la forme d'une S ou du morceau de fer qu'on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu'on veut tirer.DORSAY, s. m. Petite jaquette élégante,—dans l'argot des tailleurs et des gandins.DORT-DANS-L'AUGE, s. m. Paresseux, homme qui s'endort sur la besogne,—dans l'argot du peuple.DORT-EN-CHIANT, s. m. Homme mou, paresseux, lambin.DOS D'AZUR, s. m. Souteneur de filles.
(V.Dauphin.)
On dit aussiDos vert.
DOSSIÈRE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des voleurs, qui n'ont certainement pas voulu dire, comme le prétend un étymologiste, «femme sur laquelle tout le monde peut s'asseoir». Quelle étymologie alors? Ah! voilà!Difficile dictu.Une dossière, c'est une femme qui joue souvent le rôle de supin.DOSSIÈRE DE SATTE, s. f. Chaise, fauteuil,—dans le même argot.DOUBLAGE, s. m. Vol,—dans l'argot des voyous, qui appellent les voleursDoubleurs, probablement parce qu'ils témoignent une grandeduplicité.DOUBLE, s. m. Sergent-major,—dans l'argot des soldats, qui l'appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.DOUBLER, v. a. Voler.DOUBLER UN CAP, v. a. Passer heureusement une échéance, un 1erou un 15, sans avoir un billet protesté,—dans l'argot des commerçants, qui connaissent les écueils de la Fortune.
Henry Murger, dans saVie de Bohème, appelle ce 1eret ce 15 de chaque mois leCap des Tempêtes, à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour être payés.
DOUBLE SIX, s. m. Nègre,—dans l'argot des voleurs.DOUBLE SIX, s. m. Les deux dents au milieu de la mâchoire supérieure. Argot des faubouriens.DOUBLEUR, s. m. Voleur.
Doubleur de sorgue.Voleur de nuit.
DOUBLURE, s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, dedoublerson chef d'emploi malade ou absent. Argot des coulisses.DOUBLURE DE LA PIÈCE, s. f. «Ce qu'il y a sous le corsage d'une robe de femme»,—dans l'argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois de la famille de Tartufe.DOUCE, s. f. Étoffe de soie ou de satin,—dans l'argot des voleurs.DOUCE, s. f. Fièvre,—dans le même argot.DOUCE(A la), adv. Doucement,—dans l'argot du peuple.
On dit quelquefois:A la douce, comme les marchands de cerises.
DOUCETTE, s. f. Lime,—dans l'argot des voleurs.DOUCEURS, s. f. pl. Choses de diverse nature qu'on porte aux malades ou aux prisonniers,—aux uns des oranges, aux autres du tabac.DOUILLARD, s. m. Homme riche, fourni dedouille.
Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.
DOUILLE, s. f. Argent, monnaie,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.DOUILLES, s. f. pl. Cheveux,—dans le même argot.
Douilles savonnées.Cheveux blancs.
DOUILLET, s. m. Crin, crinière.DOUILLURE, s. f. Chevelure.DOUSSIN, s. m. Plomb,—dans l'argot des voleurs.DOUX, s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc.,—dans l'argot des bourgeoises.DOUX LARCIN, s. m. Baiser,—dans l'argot des académiciens, qui traitent l'Amour d'«aimable voleur de cœurs».DRAGÉE, s. f. Balle,—dans l'argot des troupiers.
Recevoir une dragée.Être atteint d'une balle.
On dit aussiGober la dragée.
DRAGUE, s. f. Attirail d'escamoteur, tréteaux de charlatan,—dans l'argot des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissentnettoyerles poches.DRAGUEUR, s. m. Charlatan, escamoteur, saltimbanque.DRAPEAU, s. m. Serviette,—dans l'argot des francs-maçons.
Grand drapeau.Nappe.
DRAPEAUX, s. m. pl. Couches, langes de nouveau-né,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques siècles.DRINGUE, s. f.Ventris fluxus,—dans l'argot des faubouriens.DROGUE, s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure,camelote,—dans l'argot des bourgeois, qui se rappellent ledroguetde leurs pères.DROGUE, s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide,—dans l'argot du peuple, qui a de la peine àavalerces créatures-là.
Se dit aussi d'un Homme difficile à vivre.
DROGUEROGUE, s. f. Jeu de cartes,—dans l'argot des troupiers, qui condamnent le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu.
Faire une drogue.Jouer cette partie de cartes.
DROGUEROGUER, v. n. Attendre, faire le pied de grue,—dans l'argot du peuple.DROGUEROGUER, v. n. Demander,—dans l'argot des voleurs, qui savent qu'onattendtoujours, et quelquefois longtemps, une réponse.DROGUEROGUERIE, s. f. Demande.Drogueur de la haute, s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.DROGUERÔLE(Pas ou Peu), adj. Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie à propos de tout et de rien, d'un événement qui l'afflige ou d'une histoire qui l'ennuie, d'une bretelle qui se rompt ou d'une tuile qui tombe sur la tête d'un passant, etc., etc.DRÔLESSE, s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère,—dans l'argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.DRÔLESSE, s. f. Maîtresse, concubine,—dans l'implacable argot des bourgeoises, jalousesde l'empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.DRÔLICHON, ne, adj. Amusant,drôle,—dans l'argot du peuple.DUC DEGUICHE, s. m.Guichetier,—dans l'argot des faubouriens.DULCINÉE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.DUMANET, s. m. Soldat crédule à l'excès,—dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d'Alger.DUR, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiRaide.
DUR, s. m. Fer,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiDurin.
DUR A AVALER, adj. Se dit—dans l'argot du peuple—d'une histoire invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d'un accident dont on a de la peine à prendre son parti.
On dit aussi, dans le même sens:Dur à digérer.
DUR-A-CUIRE, s. m. Homme insensible à la douleur, physique ou morale.DURAILLE, s. f. Pierre,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiDure.
Dure à briquenion.Pierre à briquet.
Ils disent aussiDure à riffle.
Duraille sur mince.Diamant sur papier.
DUR-A-LA-DÉTENTE, adj. et s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les ressorts de la bienfaisance ou du crédit,—dans l'argot du peuple, pour qui ces sortes de gens sont de «singuliers pistolets».
On dit aussiDur à la desserre.
DURE, s. f. La terre,—dans l'argot des voleurs et du peuple.
Coucher sur la dure.Coucher à la belle étoile.
DURÊME, s. m. Fromage blanc,—dans l'argot des voleurs.DURILLON, s. m. Gibbosité humaine,—dans l'argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire.
Ils disent aussiLoupe.
DURINER, v. a. Ferrer,—dans l'argot des voleurs.DU VENT! de la mousse!Phrase de l'argot des faubouriens, qui l'emploient fréquemment en réponse à quelque chosequi leur déplaît ou ne leur va pas.
Ils disent aussi, soit:De l'anis!soit:Des navets!soit:Des nèfles!soit:Du flan!
Qu'on ne croie pas l'expressionmoderne, car elle a des chevrons: «Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n'aura que du vent en diverses façons,» dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d'Arsy, fille d'honneur de la reine (1638).
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E
EAU BÉNITE DE CAVE, s. f. Vin,—dans l'argot du peuple, qui sait que tous les cabaretiers font concurrence à saint Jean-Baptiste.EAU DE BOUDIN, s. f. Chose illusoire.
Tourner en eau de boudin.Se dit d'une promesse qu'on ne tient pas, d'un héritage qui échappe, d'un projet qui avorte.
Ne serait-ce pas plutôtos de boudin? Car enfin à la rigueur, on peut trouver de l'eaudans un boudin, tandis qu'on n'y trouvera jamais d'os.
EAU-FORTIER, s. m. Graveur.EAUX SONT BASSES(Les). N'avoir plus ou presque pas d'argent,—dans l'argot des bourgeois.ÉBASIR, v. a. Assassiner,—dans l'argot des prisons.ÉBAUBI, adj. et s. Étonné, émerveillé,—dans l'argot du peuple.ÉBERLUÉ, adj. Surpris, émerveillé,aveuglépar l'étonnement.ÉBOUFFER(S'), v. réfl. Rire aux éclats.ÉCACHER, v. a. Écraser en aplatissant.
On disait et on écrivait autrefoisEsquacher.
ÉCARBOUILLER, v. a. Écraser, aplatir, réduire en miettes, enescarbilles, ou plutôt enescarres.
On dit aussiÉcrabouiller, etEscrabouiller.
ÉCARTER DU FUSI, v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur.
On disait autrefoisÉcarter la dragée.
ÉCHALAS, s. m. pl. Jambes, surtout quand elles sont maigres,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir avalé un échalas.Être d'une maigreur remarquable.
ÉCHAPPÉ D'HÉRODE, s. m. Homme innocent, c'est-à-dire niais,—dans l'argot ironique du peuple.ÉCHARPILLER, v. a. Briser une chose en mille morceaux.
Se faire écharpiller.Se faire accabler de coups.
ÉCHASSES, s. f. pl. Jambes fines, et même maigres. Argot du peuple.ÉCHASSIER, s. m. Homme long et maigre.ÉCHAUBOULURE, s. f. Petite élevure rouge qui vient sur la peau à la suite d'une brûlure.ÉCHAUDÉ(Être). Trompé par un marchand, volé par un restaurateur, carotté par un neveu.ÉCHAUDER, v. a. Surfaire un prix, exagérer lequantumd'une note,—dans l'argot des bourgeois, qui, depuis le temps qu'il y a des marchands et des restaurateurs, doivent avoir l'eau froide en horreur.ÉCHO!Bis,—dans l'argot des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter les couplets des autres, afin qu'on fasse bisser les leurs.ÉCHOS, s. m. pl. Les bruits de ville et de théâtre,—dans l'argot des petits journalistes.ÉCHOTER, v. n. Rédiger deséchos.ÉCHOTIER, s. m. Faiseur ou collecteur d'échos.ÉCLAIRER, v. n. Payer,—dans l'argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d'orreluisanteou pièce d'argent toute battante neuve.ÉCLAIRER, v. n. Montrer qu'on a de l'argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries,—dans l'argot de Breda-Street.ÉCLIPSER(S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot des bourgeois frottés d'astronomie.ÉCLOPÉ, s. et adj. Qui marche difficilement,—dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
«Il n'i a borgne n'esclopé.»
dit leRoman du renard.
Se dit aussi pour Blessé.
ÉCLUSER, v. n.Meiere,—dans l'argot des ouvriers facétieux.
Ils disent aussiLâcher les écluses.
ÉCONOMIE DE BOUTS DE CHANDELLE, s. f. Économie mal entendue, qu'il est ridicule parce qu'inutile de faire. Argot des bourgeois.ÉCOPER, v. n. Boire,—dans l'argot des typographes.ÉCOPER, v. n. Recevoir des coups,—dans l'argot des gamins.ÉCORCHE-CUL(A), loc. adv. En glissant, en se traînant sur le derrière,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi A contre-cœur.
ÉCORCHER, v. a. Surfaire un prix, exagérer lequantumd'une addition, de façon à fairecrierles consommateurs et à les empêcher de revenir.ÉCORNÉ, adj. et s. Voleur sur la sellette.ÉCORNER, v. a. Médire dequelqu'un, attaquer sa réputation,—dans l'argot du peuple.ÉCORNER, v. a. Injurier, faire lescornes,—dans l'argot des voleurs.ÉCORNER LES BOUCARDS, v. a. Forcer les boutiques,—dans le même argot.ÉCOSSAIS, s. et adj. Hospitalier,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont conservé bon souvenir des montagnards dela Dame blanche.
Hospitalité écossaise.Hospitalité gratuite, désintéressée, aimable.
ÉCOSSEUR, s. m. Secrétaire, homme chargé d'ouvrir les dépêches,—dans l'argot des employés.ÉCOT, s. m. Part de chacun dans un repas. Argot du peuple.
Être à son écot.Payer ce qu'on consomme.
Être à l'écot de quelqu'un.Dîner à ses dépens.
ÉCOUTE S'IL PLEUT, s. m. Fadaise, conte à dormir debout,—dans le même argot.ÉCRACHE, s. m. Passeport,—dans l'argot des voleurs.
Écrache-tarte.Faux passeport.
ÉCRACHER, v. a. Exhiber son passeport. Même argot.ÉCRASANT, adj. Etonnant, inouï, accablant,—dans l'argot des littérateurs, qui emploient ce mot à propos des gens aussi bien qu'à propos des choses.ÉCRASER DES TOMATES, v. a. Avoir sesmenses,—dans l'argot des petites dames.ÉCRASER UN GRAIN, v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier,—dans l'argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l'estomac.ÉCREVISSE, s. f. Cardinal,—dans l'argot des voleurs, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Jules Janin, lequel a employé le même trope à propos du Homard, «ce cardinal de la mer». Cardinaux sans doute, ces crustacés décapodes,—mais seulement lorsqu'ils ont subi la douloureuse épreuve du court-bouillon.ÉCRIVASSER, v. n. Ecrire, faire des livres,—dans l'argot des gens de lettres, qui n'emploient cette expression que péjorativement.ÉCRIVASSIER, s. m. Mauvais écrivain.
Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par Gilbert.
Écriveur, euse, s. et adj. Qui se plaît à écrire, et, à cause de cela, écrit à tort et à travers. Argot du peuple.
Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d'esprit, a employé le motécriveux.
ÉCUELLE, s. f. Assiette,—dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
«Et doibt, por grace deservir,Devant le compaignon servir,Qui doibt mengier en s'escuelle.»
«Et doibt, por grace deservir,Devant le compaignon servir,Qui doibt mengier en s'escuelle.»
«Et doibt, por grace deservir,
Devant le compaignon servir,
Qui doibt mengier en s'escuelle.»
dit leRoman de la Rose.
ÉCUME DE TERRE, s. f. Etain,—dans l'argot des voleurs.ÉCUMOIRE, s. f. Visage marqué de petite vérole,—dans l'argot des faubouriens.ÉCURER SON CHAUDRON, v. a. Aller à confesse,—dans l'argot du peuple, pour qui c'est un moyen de nettoyer sa conscience de tout le vert-de-gris qu'y ont déposé les passions mauvaises.ÉDREDON DE TROIS PIEDS, s. m. Botte de paille.ÉF, s. m. Apocope d'effet,—dans l'argot de Breda-Street.
Faire de l'ef.Briller; faire des embarras.
EFFACER, v. a. Boire ou manger,—dans l'argot des faubouriens.
Effacer un morceau de fromage.
Effaroucher, v. a. Voler,—dans l'argot des voleurs, qui sont si adroits qu'en effet la chose qu'ils dérobent a l'air de s'enfuir, effarouchée, de la poche du volé dans la leur.EFFET, s. m. Impression produite sur le public par une pièce ou par un acteur. Argot des coulisses.
Se dit en général de l'ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d'un mot, d'un geste, d'une intonation.
Avoir un effet.Avoir à dire un mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou pleurer.
Couper un effet.Distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer.
EFFETS DE BICEPS, s. m. pl. Vanité de boucher ou de débardeur,—dans l'argot du peuple.
Faire des effets de biceps.Battre quelqu'un, uniquement pour lui prouver qu'on est plus fort que lui.
EFFETS DE POCHE, s. m. pl. Étalage de pièces d'or et de billets de banque.
Faire des effets de poche.Payer.
EFFONDRER, v. a. Enfoncer,—dans l'argot des voyous.EFFONDRILLES, s. f. pl. Les scories du pot-au-feu,—dans l'argot des ménagères.ÉGAYER, v. n. Siffler,—dans l'argot des coulisses.
Se faire égayer.Se faire envoyer des trognons de pommes.
ÉGLISIER, s. m. Bigot, homme qui hante trop leséglises. Argot des faubouriens.ÉGRAFFIGNER, v. a. Égratigner,—dans l'argot du peuple.ÉGRUGEOIR, s. m. Chaire à prêcher,—dans l'argot des voleurs, par allusion à sa forme et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble assez à un pilon.ÉGUEULER, v. a. Écorner un vase, l'ébrécher,—dans l'argot du peuple.ÉGYPTIEN, s. m. Mauvais acteur,—dans l'argot des coulisses.ELBEUF, s. m. Habit,—dansl'argot du peuple, qui emploie fréquemment la métonymie.ÉLIXIR DE HUSSARD, s. m. Eau-de-vie inférieure.ÉLOQUENT(Être). Fairesentirses paroles,—dans l'argot facétieux des bourgeois, qui croient seulement pour eux à la vertu de l'Eau de Botot.ÉMANCIPER(S'), v. réfl. Se permettre des familiarités déplacées envers les femmes,—dans l'argot des bourgeoises, à qui leur devoir impose l'obligation de s'en fâcher.EMBALLER, v. a. Arrêter,—dans l'argot des voleurs et des filles.EMBALLER, v. n. Se dit,—dans l'argot des maquignons,—d'un cheval qui prend le mors aux dents, sans se soucier des voyageurs qu'il traîne après lui.
S'emballer, se dit dans le même sens d'un homme qui s'emporte.
EMBALLER(Se faire). Se faire mettre à Saint-Lazare,—dans l'argot des filles.EMBALLES, s. f. pl. Manières,embarras,—dans le même argot.
Faire des emballes.Faire des embarras.
EMBALLEUR, s. m. Agent de police.EMBALUCHONNER, v. a. Empaqueter, faire unbaluchon.EMBARBOTTER(S'). S'embarrasser dans un discours, bredouiller.—Argot du peuple.
On dit aussiS'embarbouiller.
EMBARDER, v. n. Tergiverser, digressionner,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine, et se rappellent combien de faux coups de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.EMBARQUER SANS BISCUIT(S'), v. réfl. Oublier l'essentiel, ne prendre aucune précaution,—dans l'argot des bourgeois, d'ordinaire prudents comme Ulysse.EMBARRAS, s. m. pl. Grands airs, manières arrogantes, dédaigneuses,—dans l'argot du peuple.
Faire ses embarras.Éclabousser ses rivales du haut de son coupé,—dans l'argot des petites dames.
EMBAUDER, v. a. Prendre de force,—dans l'argot des voleurs.EMBÉGUINER(S'), v. réfl. S'éprendre d'amitié pour un homme ou d'amour pour une femme,—dans l'argot du peuple.EMBERLIFICOTER, v. a. Embarrasser, gêner, obséder,entortiller.
S'emberlificoter.Se troubler dans ses réponses, s'embarrasser dans un discours, comme dans un piège.
EMBERLIFICOTEUR, s. m. Homme rusé, qui saitentortillerson monde.EMBERLUCOQUER(S'), v. réfl. S'enticher d'une chose ou de quelqu'un, s'attacher à une opinion sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait laberlue.
L'expression se trouve dansRabelais sous cette forme. Hauteroche a ditEmbrelicoquer, et ChâteaubriandEmberloquer.
EMBÊTEMENT, s. m. Contrariété, ennui,—dans l'argot des bourgeois, qui ne veulent pas employer le substantif poli des gens bien élevés et n'osent pas employer le substantif énergique des faubouriens.EMBÊTER, v. a. Obséder quelqu'un, le taquiner.
S'embêter.S'ennuyer.
S'embêter comme une croûte de pain derrière une malle.S'ennuyer extrêmement.
EMBLÈME, s. m. Tromperie,—dans l'argot des voleurs.EMBLÉMER, v. n. Tromper.EMBLÈMES(Des)! Se dit,—dans l'argot des faubouriens,—pour se moquer de quelqu'un qui se vante, qui ment, ou qui ennuie.EMBOBINER, v. a. Circonvenir, enjôler,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd'hui,Embobeliner.
EMBOUCHÉ(Bien ou mal), adj. Homme poli ou grossier,—dans l'argot des bourgeois.EMBRENER(S'). Se couvrir les doigts ou les vêtements d'ordures,—dans l'argot du peuple.
Par extension,S'engluer.
EMBROCHER, v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du corps,—dans l'argot des troupiers.
Se faire embrocher.Se faire tuer.
EMBROUILLAMINI, s. m. Confusion de choses ou de mots,—embrouillement.
Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L'auteur duCode orthographique,—fort bon livre d'ailleurs,—prétend qu'il ne faut pas direembrouillamini, parce que ce mot n'est pas français, mais bienbrouillamini,—qui n'est pas plus français, j'ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l'Académie, son autorité. On a commencé par direBol d'Arménie, et le bol d'Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fortembrouillé; deBol d'Arménieon a faitBrouillamini, puisEmbrouillamini: Molière a employé le premier dans sonBourgeois Gentilhomme, et Voltaire s'est servi du second dans saLettre à d'Argental.
Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui,—puisque c'est le Dictionnaire du peuple que je fais ici? Le peuple prononceEmbrouillamini. Cela me suffit.
Embrouillamini du diable.Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.
EMBROUILLER(S'), v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de l'ivresse,—dans l'argot des ouvriers.
Ils disent aussiS'embrouillarder.
EMBU, s. m. Tache à un tableau;ton terne, crasseux,—dans l'argot des artistes.ÉMÉCHER(S'), v. réfl. Se griser, être sur la pente de l'ivresse,—dans l'argot des faubouriens.ÉMÉRILLONNER(S'), v. réfl. S'égayer en buvant et s'empourprer la face en s'allumant les yeux.—Argot du peuple.EMMANCHER UNE AFFAIRE, v. a. L'entamer, la commencer.Emmastoquer(S'), v. réfl. Se bien nourrir,—dans l'argot du peuple, pour qui c'est une façon de devenirmastoc.EMMERDEMENT, s. m. Profond ennui,—dans le même argot.EMMERDER, v. a. Ennuyer, obséder quelqu'un.
Les bourgeois disentEmmieller.