Chapter 21

GRIPPER, v. a. Chiper, etmême voler,—dans l'argot du peuple.GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,—dans l'argot des voleurs.GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,—dans l'argot du peuple.GRIS, adj. Cher, précieux,—dans l'argot des voleurs.

Grise.Chère, aimable.

GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,—dans l'argot des faubouriens qui savent qu'on appelle ces saintes filles dessœurs grises.GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,—dans l'argot du peuple.

En voir de grises.Peiner, pâtir.

En faire voir de grises.Jouer des tours désagréables à quelqu'un.

GRISERIE, s. f. Ivresse légère,—dans l'argot des bourgeois.GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE(Être). Être en complet état d'ivresse,à en déborder,—dans l'argot des troupiers, qui savent que la troisième capucine est près de labouchedu fusil.GRISOTTER(Se), v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi dire,—dans l'argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont amis de la vie.GRIVE, s. f. La garde,—dans l'argot des voleurs, qui se rappellent peut-être que les soldats s'appelaient autrefois desgrivois.

Corps de grive.—Corps de garde.

Harnais de grive.Uniforme.

GRIVIER, s. m. Soldat.GRIVOIS, s. m. Libertin,—dans l'argot du peuple.GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes riches.GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.

L'expression (qui vient degrundire, grogner) ne date pas de l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.

On dit aussigrognon.

GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt lagrolle, une corneille.

Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,—et alors c'est un verbe actif.

GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,—dans l'argot des faubouriens.GROS, adv. Beaucoup,—dans l'argot du peuple.

Coucher gros.Dire quelque chose d'énorme.

Gagner gros.Avoir de grands bénéfices.

Il y a gros à parier.Il y a de nombreuses chances pour que...

Tout en gros.Seulement.

GROS LÉGUMES, s. m. pl. Lesofficiers supérieurs,—dans l'argot des troupiers.GROS LOT, s. m. Mal de Naples.GROS NUMÉRO, s. m.Prostibulum.GROS PAPA, s. m. Homme bon enfant, rond de caractère comme de ventre, ayant ou non des enfants.

On dit aussiGros père.

GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs d'égout,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes du corps de ballet qu'on ne fait jamaisdonner,—dans l'argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait toujours donner.GROSSIER COMME DU PAIN D'ORGE, adj. Extrêmement brutal, dans l'argot des bourgeois amis du pain blanc et des discours amènes.GROUCHY, s. m. Retardataire, flâneur,—dans l'argot du peuple. Passé de mode.GROUCHY, s. m. Article qui arrive trop tard à l'imprimerie.—dans l'argot des journalistes.

L'expression est d'H. de Balzac.

On dit aussiRappel de Waterloo.

GROUILLER, v. n. Remuer, s'agiter,—dans l'argot du peuple.GROUILLIS-GROUILLOT, s. m. Foule de gens ou d'animaux,—par allusion à leurs mouvements vermiculaires.

Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité.

GROUIN, s. m. Visage,—dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas le moindre respect pour le «miroir de l'âme».GROUMER, v. n. Gronder, murmurer,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.GRUE, s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d'autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.

C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.

Bécasses! disaient-elles.Grues! leur répond-on.

Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

GRUERIE, s. f. Bêtise rare,—comme il en sort tant de tant de jolies bouches.GRUGER, v. a. Manger le bien de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

Les gens de lettres écriventgrue-ger, par allusion aux mœurs desgrues,—ces Ruine-maison!

Grugeur, s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne.

GUANO, s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de l'homme,—dans l'argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent volontiers la lie de l'esprit pour en dégager les parfums nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.GUELTE, s. f. Bénéfice (geld) qu'on abandonne aux commis d'un magasin qui sont parvenus à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des gaudissards modernes, il est rare qu'unrossignolreste sur les rayons, et leur guelte s'en accroît d'autant.GUENILLON, s. m. Fille ou femme mal habillée,—dans l'argot des bourgeoises, qui ne tolèrent pas les infractions à la mode.GUENON, s. f. Femme laide ou corrompue,—dans l'argot du peuple.

C'est latrotdes Anglais.

On dit aussiGuenippeetGuenuche.

GUÉRETS, s. m. pl. Les blés mûrs,—dans l'argot des Académiciens.GUÉRITE, s. f. Chapelle,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui s'y réfugient au moment des averses.GUETTE, s. f. Gardien,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des chiens.

Bonne guette.Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.

Être de guette.Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.

GUEULARD, s. m. Gourmand.

Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.

GUEULARD, s. m. Poêle,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Bissac.

GUEULARDE, s. f. Poche,—dans le même argot.GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,—dans l'argot du peuple.GUEULE, s. f. Visage.

Bonne gueule.Visage sympathique.

Casser la gueule à quelqu'un.Lui donner des coups de poing en pleine figure.

Gueule en pantoufle.Visage emmitouflé.

GUEULE, s. f. Appétit énorme.

Être porté sur sa gueule.Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles.

Donner un bon coup de gueule.Manger avec appétit.

GUEULE, s. f. Bouche.

Bonne gueule.Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat le plus ordinaire.

Se sculpter une gueule de bois.Commencer à se griser.

GUEULE D'EMPEIGNE, s. f. Homme qui a une voix de stentor ou qui mange très chaud ou très épicé.

Avoir une gueule d'empeigne.Avoir le palais assuré contre l'irritation que causerait à tout autrel'absorption de certains liquides frelatés.

On dit aussiAvoir la gueule ferrée.

GUEULÉE, s. f. Repas.

Chercher la gueulée.Piquer l'assiette.

Signifie aussi une grosse bouchée.

GUEULÉES, s. f. pl. Paroles fescennines, et même ordurières.GUEULE ENFARINÉE(Avoir la). Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou d'amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité sans pareilles.GUEULE FINE, s. f. Gourmet.GUEULER, v. n. Crier, gronder.

Signifie aussi Parler.

GUEULETON, s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas.

Fin gueuleton.Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.

GUEULETONNER, v. n. Faire un gueuleton.GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder, mendier,—dans l'argot des bourgeois.GUEUSAILLE, s. f. La canaille.GUEUSARD, s. m. Polisson.GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus exquis des sentiments humains, l'amour, et «s'en fait des tapis de pieds»,—pour employer l'abominable expression que j'ai entendu un jour sortir, comme un crapaud visqueux, de la bouche de l'une d'elles.

Courir les gueuses.Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.

En 1808 on disait:Courir la gueuse.

GUEUSERIE, s. f. Action vile, honteuse, comme les coquins en peuvent seuls commettre.GUEUX, s. m. Petit pot de terre qu'on emplit de cendres rouges et que les marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds pour se chauffer.GUEUX, s. m. Coquin,—dans l'argot du peuple, qui, d'un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.GUEUX D'ARGENT!Expression du même argot, qui équivaut à l'argentum sceleratum(c'est-à-direcausa omnium scelerum) de l'argot des convives de Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que poussent depuis longtemps les misérables et qui retentira longtemps encore à travers les âges.GUIBES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des voyous.GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.

Jouer des guibolles.Courir, s'enfuir.

GUICHEMAR, s. m. Guichetier,—dans l'argot des voyous.GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,—dans l'argot des cochers qui ne veulent pas direguignon.

Porter la guigne.Porter malheur.

GUIGNE A GAUCHE, s. m. Homme qui louche,—dans l'argot des faubouriens.GUIGNER, v. a. Viser, convoiter, attendre,—dans l'argot du peuple.GUIGNON, s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum.

Avoir du guignon.Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on entreprend.

GUIGNONNANT, adj. Désagréable.

C'est guignonnant!C'est une fatalité!

On dit aussi—à tort—guignolant.

GUIGNONNÉ(Être). Être poursuivi par la déveine au jeu, par l'insuccès dans ce qu'on entreprend.GUIMBARDE, s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d'il y a cinquante ans,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n'importe quelle voiture.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».

Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.

GUINAL, s. m. Juif,—dans l'argot des voleurs.

Grand-guinal.Le Mont-de-Piété.

GUINCHE, s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.GUINCHE, s. f. Bal de barrière,—dans l'argot des voyous, qui appellent de ce nom laBelle Moissonneuse,Aux Deux Moulins, leVieux chêne, rue Mouffetard, leSalon de la Victoire, à Grenelle, etc.GUINCHER, v. n. Danser.Guincher(Se). S'habiller à la hâte,—et mal.GUINCHEUR, s. m. Habitué des bastringues.GUINDAL, s. m. Verre,—dans l'argot des bouchers.

Siffler le guindal.Boire.

GUINGOIS(De), adv. De travers,—dans l'argot du peuple.GUINGUETTE, s. f. Grisette,—parce qu'elle hante les bals de barrière.GUITARE, s. f. Rengaîne; plainte banale,blaguesentimentale,—dans l'argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers desOrientalesde Victor Hugo.GY, adv. Oui,—dans l'argot des voleurs.

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H

HABILLÉ DE SOIE, s. m. Porc,—dans l'argot des faubouriens et des paysans des environs de Paris.HABILLER, v. a. Médire de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

Habiller de taffetas à 40 sous.Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

HABILLER, v. a. Préparer un animal pour l'étal,—dans l'argot des bouchers.HABILLER DE SAPIN(S'), v. réfl. Mourir,—par allusion au bois dont se composent ordinairement les cercueils. Argot du peuple.

Les gueux de Londres appellent le cercueila wooden coat(un habit de bois ou une redingote en sapin).

HABIN, Chien,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens.

On dit aussiHappinetHubin.

Habin ergamé.Chien enragé.

HABINER, v. a. Mordre.HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,—dans l'argot des souteneurs de filles, gens au peuple, et, à cause de cela, ennemis de l'habit.

Être habit noir.Être par trop simple, par trop naïf,—comme les bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.

HABITONGUE, s. f. Habitude,—dans l'argot des voleurs.HACHER DE LA PAILLE, v. a. Parler allemand,—dans l'argot des ouvriers.HALEINE CRUELLE, s. f. C'est-à-dire fétide—dans l'argot des gens de lettres, qui ne veulent pas direhaleine homicide.

Ils disent aussiHaleine à la Domitien.

HALEINER, v. a. Respirer l'haleine de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne pense.

HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,—dans l'argot des faubouriens.

Aller à la halle aux draps.Se coucher.

HALLEBARDE, s. f. Femme trop grande et mal habillée.

On disait autrefois, et plus justement,Hallebréda, qui était une corruption deHalbrené(dépenaillé).

HALOT, s. m. Soufflet,—dans l'argot des voleurs.HALOTER, v. n. et a. Souffleter.

Signifie aussi Souffler.

HANNETON, s. m. Manie quelconque, idée fixe,—dans l'argot de Breda-Street, où les hannetons-hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le fil à la patte.

Avoir un hanneton dans le plafond.Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.

Les voyous anglais ont une expression analogue:To have a bee in his bonnet(avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

HANNETONNER, v. n. Se conduire comme un enfant; avoir des distractions.HARAUDER, v. n. Crier après quelqu'un, le poursuivre d'injures ou de moqueries,—dans l'argot du peuple.

J'ai respecté l'orthographe dece verbe, que j'ai entendu souvent après l'avoir lu dans lesMatinées du seigneur de Cholières.Mais, à vrai dire, on devrait l'écrireHaroder, puisqu'il vient deHaro. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de l'exclamationHa!et du nom deRaoul, premier duc de Normandie?...

HARDES, s. f. pl. Vêtements.HARDI A LA SOUPE, adj. Homme doué de plus d'appétit que de courage,—gulo.

On dit aussi dans le même sens:N'avoir de courage qu'à la soupe.

HARENGÈRE, s. f. Femme du peuple quelconque, «un peu trop forte en gueule»—dans l'argot des bourgeoises, qui se souviennent des plaisanteries salées dont les accablaient jadis les Dames de la Halle, aujourd'hui muselées par ordonnance de police.HARIA, s. m. Embarras; chose ennuyeuse à faire ou à dire,—dans l'argot du peuple.

J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italienaria, air,—d'oùarietta, ariette, air de peu d'importance. A moins cependant queHariane vienne d'Hariolus, sorcier.

HARICANDER, v. n. Chamailler quelqu'un sur des vétilles; être de mauvaise composition.HARICOTS, s. m. pl. Maison d'arrêt de la garde nationale, où il est de tradition—fausse—que l'ordinaire de cette prison pour rire se compose de légumes, comme celui des prisons sérieuses.

On dit aussi l'Hôtel des Haricots.

Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'Hôtel Darricau. Il a peut-être raison.

HARIDELLE, s. f. Femme maigre et grande.

On dit aussi, mais en moins mauvaise part,Haquenée.

HARNACHÉ, adj. Mal habillé.HARPE, s. f. Barreaux de fer qui garnissent les fenêtres des prisons,—dans l'argot des voleurs.

Pincer de la harpe.Se mettre à la fenêtre.

HARPIE, s. f. Femme acariâtre comme la femme de Socrate,—dans l'argot des bourgeois, qui ont souvent le malheur d'épouser une Xantippe.HARPIGNER(Se), v. réfl. Se quereller, se battre,—dans l'argot du peuple.HASARD!Expression de l'argot des typographes, qui s'en servent ironiquement à propos de choses qu'on répète trop souvent devant eux.

Souvent ils se contentent de dire H!

HASARD DE LA FOURCHETTE(Au). Expression proverbiale de l'argot du peuple, qui, après l'avoir longtemps employée au propre, l'emploie maintenant au figuré.

C'est l'équivalent deAu petit bonheur.

HASARDER LE PAQUET.Tenter une chose, fortune ou danger, après avoir longtemps hésité.HAUS, s. m. Nom que les commis de nouveautés donnent à toute personne qui entre dans le magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en va sans rien acheter.HAUSSIER, s. m. Spéculateur qui joue plus souvent à la hausse qu'à la baisse,—dans l'argot des boursiers.HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,—dans l'argot des voleurs, pour qui ce mot a signifié originairement Haut-de-chausses.

Ils disent aussiTirants.

HAUTE, s. f. La fraction riche de chaque classe de la société, bourgeois, lorettes, et même ouvriers.

Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories,Hauteetbasse pègre.

HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les plus élégantes et les plus connues d'entre les coureuses parisiennes, reines d'un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille.»HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,—dans l'argot du peuple.HAUTOCHER, v. n. Monter,—dans l'argot des voleurs.HAUT-ET-BAS, s. m. pl. Chances diverses de bonheur et de malheur, de perte et de gain, de tristesse et de joie,—dans l'argot du peuple, qui connaît le jeu de bascule de la vie.

Avoir des hauts et des bas.N'avoirpas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.

Les Anglais ont la même expression:the ups and downs, disent-ils à propos de ces vicissitudes de l'existence.

HERBE A GRIMPER, s. f. Belle gorge ou belles épaules,—éperons du cœur, compulsoires d'amour.HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,—à cause de la désinence, et par antiphrase.HERBES DE LASAINT-JEAN, s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour faire réussir une affaire, soins excessifs donnés à une chose,—dans l'argot du peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir commehiatus.

L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc Duclos.

HIBOU, s. m. Homme d'un commerce difficile et désagréable,—dans l'argot des bourgeois, incapables de comprendre les susceptibilités sauvages d'Alceste, qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec ses bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les hommes.HIC, s. m. Difficulté, obstacle, ennui quelconque.Hic jacet lepus.

Voilà le hic.Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement désagréable.

HIRONDELLE, s. f. Ouvrier récemment débarqué de province,—dans l'argot des tailleurs.HIRONDELLE, s. f. Commis voyageur,—dans l'argot des faubouriens.HIRONDELLE, s. f. Cocher de remise,—dans l'argot des cochers de place.HIRONDELLE DEGRÈVE, s. f. Gendarme,—dans l'argot des voleurs, qui se souviennent du temps où l'on exécutait en Grève.

On disait autrefois, avant Guillotin,Hirondelle de potence.

Les voleurs anglais disent de même:gallows bird.

HIRONDELLES D'HIVER, s. f. pl. Les marchands de marrons, et aussi les petits ramoneurs, parce que c'est au milieu de l'automne, aux approches de l'hiver, que les premiers viennent s'installer dans les boutiques des marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans les rues de Paris.HISTOIRE, s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise,—dans l'argot du peuple, qui donne ce nom à tout ce qui n'en a pas pour lui.HISTOIRE, s. f.Visage de campagneque découvrent si volontiers et si innocemment les petits garçons et les petites filles.HISTOIRES, s. f. pl. Discussion à propos de quelque chose,—et surtout à propos de rien.

Faire des histoires.Se fâcher sans motif raisonnable; exagérerun événement de peu d'importance.

HOGNER, v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.HOMARD, s. m. Soldat de la ligne,—dans l'argot des faubouriens, qui, sans connaître l'anglais, imitent cependant les malfaiteurs de Londres appelant les soldats de leur payslobsters, à cause de la couleur rouge de leur uniforme.

Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.

HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,—dans l'argot du peuple, qui se soucie peu des Pères de l'Église, et bâille aussi volontiers devant un sermon profane que Gil Blas devant les sermons religieux de l'archevêque de Grenade.HOMICIDE, s. m. L'hiver,—dans l'argot des vagabonds, pour qui cette saison est en effet meurtrière.HOMMASSE, adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de l'homme,—dans l'argot du peuple.HOMME, s. m. «Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection.»

C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.

HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,—dans l'argot du peuple.HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en plein vent, pédicure de place publique, etc.HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,—dans l'argot des petites dames qui voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,—dans l'argot des voleurs.HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable, machine à signatures,—dans l'argot des bourgeois.

Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer leman of straw,—et l'homme de paille fut.

HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:

«Jean qui estoit homme de paille,N'ayant que mettre sous la dent,Prit une vieille et de l'argent:Maintenant il vit et travaille.»

«Jean qui estoit homme de paille,N'ayant que mettre sous la dent,Prit une vieille et de l'argent:Maintenant il vit et travaille.»

«Jean qui estoit homme de paille,

N'ayant que mettre sous la dent,

Prit une vieille et de l'argent:

Maintenant il vit et travaille.»

HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou plusieurs condamnations.HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et des vices de l'homme,—dans l'argot du peuple, ami «des lurons».HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,—dans l'argot des bourgeois.HÔPITAL, s. m. Prison,—dansl'argot des voleurs, dont la conscience est souvent malade.HORION, s. m. Coup donné ou reçu.HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans l'argot des ouvriers, qui y portent volontiers leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas chasser,—dans l'argot des bourgeoises, qui commencent à seshockignercomme les ladies anglaises.HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelleturpitudo verbarum,—dans l'argot des bourgeois.

Dire des horreurs.Tenir des propos plus que grivois.

Dire des horreurs de quelqu'un.L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,—par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.

Faire des horreurs.Agir trop librement.

HOSTO, s. m. Prison,—dans l'argot des ouvriers.HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont pas le droit de faire les fiers.

Ils disent aussiÊtre logé à l'enseigne des Haricots.

HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,—dans l'argot des marbriers de cimetière.HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,—dans l'argot des francs-maçons.HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V.Boulvari.HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou par action.HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,—dans l'argot des faubouriens.HUILE, s. f. Vin,—dans l'argot du peuple, qui oint ses membres avec cette onctueuse liqueur.

Pomper les huiles.Boire avec excès.

HUILE, s. f. Soupçon,—dans l'argot des voyous.HUILE BLONDE, s. f. Bière,—dans l'argot des étudiants, habitués des brasseries.HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement l'huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple.

On dit aussiHuile de poignet.

HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,—dans l'argot des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pourdemander un litre de cette huile-là.

La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.

HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse toujours entre les doigts,—dans l'argot du peuple, plagiaire involontaire des voyous anglais:Oil of palmsdisent ces derniers.HUIT, s. m. Entrechat,—dans l'argot des troupiers.

Battre un huit.S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.

HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,—dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques acéphales.

Faire des huîtres.Cracher beaucoup et malproprement.

HUÎTRE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête des gens.

Le parti des huîtres.Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits,—et attachés à leursbancs.

HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de petite dame.

Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.

HUÎTRIFIER(S'). S'embourgeoiser, se parquer dans une vie casanière.—Argot des gens de lettres.HUMECTER(S'), v. réfl. Boire,—dans l'argot des ouvriers qui avaient assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu le palais.HUMIDE EMPIRE(L'). La mer,—dans l'argot des académiciens.

Ils disent de mêmeLes plaines humides.

La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.

HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre, et de Jean-Paul Richter et Henri Heine en Allemagne,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté le mot (humourist) et la littérature qu'il représente.HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de gaieté et de mélancolie, d'ironie et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les écrivains anglais, et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de Nerval, etc. Argot des gens de lettres.HUPPÉ, adj. Bien habillé,—dans l'argot du peuple.

Monsieur huppé.Personne de distinction.


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