Chapter 26

MARQUISE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des faubouriens.MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,—comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,—dans l'argot des soldats.MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,—dans l'argot des typographes.MARRON(Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.

Être servioupaumé marron. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,—dans l'argot des voleurs.

Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable deBertrand et Raton, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette expression. Le verbemarronner, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné naissance àÊtre marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu'on appellenègre marronun nègre fugitif,—qu'onreprendtoujours. Que le lecteur daigne conclure.

MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,—dans l'argot du peuple.

Faire marronner quelqu'un.Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent.

Signifie aussi Faire enrager, taquiner.

MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,—dans l'argot des voleurs.MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,—dans l'argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.

On dit aussiPomme de canne.

MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.MARTYR, s. m. Le caporal,—dans l'argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et pour une paye moins haute.MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,—dans l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop mauvaise part.MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,—dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.

MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,—dans l'argot du peuple.

En masse.En grand nombre, en grande quantité.

MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,—dans l'argot des joueurs de billard.MASSER, v. n. Travailler,—dans l'argot des ouvriers.MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des faubouriens.MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.MASTIC, s. m. Homme,—dans l'argot des canotiers.MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.MASTIC, s. m. Homme,—dans l'argot des voleurs.MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,—dans l'argot des francs-maçons.MASTIQUER, v. n. Manger,—dans l'argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à lamasticationcomme de simples profanes.MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,—dans l'argot du peuple.MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,—dans l'argot des faubouriens.

Ne serait-ce pas une corruption demastoquet, hommemastoc, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?

MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,—dans l'argot du peuple.

Faire le matador.Faire desembarras.

MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur desinge.MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,—dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.MATELASSER(Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton pour tromper les yeux—des myopes.MATELOT, s. m. Copain,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,—dans l'argot des francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.

Ils disent aussiParfums.

MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,—dans l'argot des voleurs.

Mathurins plats.Dominos.

MATIGNON, s. m. Messager,—dans le même argot.MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,—dans l'argot du peuple.

Mâtine,, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.

Mâtin!Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.

On dit aussiSacré mâtin.

MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.

On dit aussifin matois, malgré le pléonasme.

Matoise, s. f. Intrigante,—ou seulement Femme habile à vendre sa marchandise.

On dit aussiFine matoise.

MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.

Bon matou.Libertin.

MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,—dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.

Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire:ma traquepourma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.

MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,—dans l'argot du peuple.

Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ:Allons, en route, mauvaise troupe!lui dit-on.

MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament délicat, d'une apparence chétive.MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussiTrompe-l'œil.

MAYEUX, s. m. Bossu,—dans l'argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.

Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.

MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,—dans l'argot des garçons de café.

Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre, au lieu de l'être dans une tasse.

MAZARO, s. m. Prison,—dans l'argot des troupiers.MAZETTE, s. f. Conscrit,—dans l'argot des troupiers. Homme de petite taille,—dans l'argot du peuple.MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un peu,—dans l'argot des faubouriens.

Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage desVies des dames illustresde Brantôme», et ce germe, c'estmœquaniqueté... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus moderne. Quant à son «germe», le premiermécanicienvenu le trouverait en conduisant samachine.

MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.

Il y a mèche.Il y a moyen.

Il n'y a pas mèche.Cela n'est pas possible.

On dit aussi elliptiquement:Mèche!

MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.

Découvrir la mèche.Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.

Mèche, s. m. Travail, ouvrage à faire,—dans l'argot des typographes.

Chercher mèche.Chercher de l'ouvrage.

MÈCHE, s. f. Moitié, demi,—dans l'argot des voleurs.

Être de mèche.Partager un butin avec celui qui l'a fait.

Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des faubouriens:Et mèche.

MÉCHI, s. m. Malheur,—dans le même argot.

C'est assurément lemeschiefde notre vieille langue.

MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,—dans l'argot des artistes et des faubouriens.

Le mot sort de la_Vie de Bohême, d'Henry Murger.

Médaille d'or.Pièce de vingt francs.

MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent dela rage de dents.MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,—dansl'argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.

On a dit aussiMédaille de commissionnaireetContre-marque du Père-Lachaise.

MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.

C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant auportraitde l'argot des faubouriens.

Médaillon de flac.Impasse,cul-de-sac.

MÉDECIN, s. m. Avocat,—dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.MÉDECINE, s. f. Conseil.

Médecine flambante.Bon conseil, avis salutaire.

MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.

Facultés médianimiques.Celles que possèdent les médiums et qui leur permettent d'entrer en communication avec les Esprits,—à ce qu'ils disent.

L'expression a été forgée par Delaage.

MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,—leslémures, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.

Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.

MEG, s. m. Maître, roi,—dans l'argot des voleurs, qui, quoiqueaffranchis, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin qu'eux.

Meg des megs.Dieu.

Meg de la rousse.Le préfet de police.

Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et prononcermecet nonmeg.

MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et d'absinthe,—dans l'argot des faubouriens.MELET, te, adj. Petit, petite,—dans l'argot des voleurs.MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression au propre et au figuré.MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.

Cette injure,—quoique le melon soit une chose exquise,—a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle πεπονες [grec: pepones].»

Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité méprise et conspue l'autre moitié.

MELON, s. m. Elève de première année,—dans l'argot des Saint-Cyriens.MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,—dans l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour direcamelus.MENÉE, s. f. Douzaine,—dans l'argot des voleurs.MENER LARGE(N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,—dans l'argot des faubouriens.MENER LES POULES PISSER.Se dit,—dans l'argot du peuple, d'un homme qui s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte.

L'expression date duXVIIesiècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d'Orléans, on voitJocrissequi mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.

MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on est homme, d'un homme quand on est femme.

Se laisser mener par le bout du nez.Être d'une faiblesse extrême, faire la volonté des autres et non la sienne propre.

MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers.

On ne le mène pas pisser!Une phrase de l'argot du peuple, qui l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il veut, et non ce que les autres veulent.

Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.

MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,—dans l'argot des soldats.MENESTRE, s. f. Soupe, potage,—dans l'argot des voleurs et des honnêtes gens.

«Mon docteur de menestre en sa mine altérée,Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»

dit Mathurin Régnier, en sa satire duSouper ridicule.

«L'ingrat époux lui fit taterD'une menestre empoisonnée,»

dit Scarron, en sa satire contre Baron.

MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.

Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.

MENOTTES, s. f. pl. Mains,—dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.

On disaitmainettesau temps jadis, comme le prouvent ces vers de Coquillart:

«Tousjours un tas de petits ris,Un tas de petites sornettes.Tant de petits charivaris,Tant de petites façonnettes,Petits gants, petites mainettes.Petite bouche à barbeter...»

«Tousjours un tas de petits ris,Un tas de petites sornettes.Tant de petits charivaris,Tant de petites façonnettes,Petits gants, petites mainettes.Petite bouche à barbeter...»

«Tousjours un tas de petits ris,

Un tas de petites sornettes.

Tant de petits charivaris,

Tant de petites façonnettes,

Petits gants, petites mainettes.

Petite bouche à barbeter...»

MENTEUSE, s. f. La langue,—dans l'argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»

Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellentla langueprating cheat(la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).

MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le drap que les bourgeois. Argot des rapins.MÉQUARD, s. m. Commandant,mec, dans l'argot des voleurs.MÉQUER, v. a. Commander.MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des coulisses.

Aller voir la mer.Remonter la scène jusqu'au dernier plan.

MER A BOIRE(C'est la). Se dit—dans l'argot du peuple—de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire; et,—dans l'argot des bourgeois—de toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.

Ce n'est pas la mer à boire.Se dit, au contraire, de toute chose facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne fin.

MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.MERCANDIER, s. m. Boucher qui netrafiqueque sur les viandes de qualité inférieure.MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,—dans l'argot des rapins.MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple.

On dit aussiMerdeux.

Merdaille, s. f. Troupe importune de petits enfants.MERDE!Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois, le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,—dix fois plutôt qu'une.

Ah! merde alors!Exclamation qui n'échappe que dans les situations critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on casse sa pipe, etc.

MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.MERDEUX(Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire agir.MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles—indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,—dans l'argot des voleurs, qui veulent faire croire aux autres que c'est le chemin duciel, sans le croire eux-mêmes.MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actricejeune qui veut se faire respecter—des gens pauvres. C'est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille—adoptive—comme les papillons autour d'une lampe.MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'haleine forte,—dans l'argot des faubouriens, qui se plaisent aux calembours.MERLAN, s. m. Coiffeur,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. LeJournal de Barbieren fait mention, ce qui lui donne plus d'un siècle de circulation.MÉRUCHE, s. f. Poêle,—dans l'argot des voleurs.

«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»

Méruchée.Poêlée.

Méruchon.Poêlon.

MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.

Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît:The Mess, dit le Dictionnaire de Spiers;to mess, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.

MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,—dans l'argot des voleurs, qui sont volontiers athées.MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,—dans le même argot.

Messière franc.Bourgeois.

Messière de la haute.Homme comme il faut.

Ne serait-ce pas leMessiredu vieux temps?

MESSIRELUC, s. m. Anagramme facile à deviner,—dans l'argot des érudits amis de la scatologie.MÉTAL, s. m. Argent,—dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se sert de la même expression qu'Horace:Metallis potior libertas(La liberté vaut tout l'or du monde).MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,—dans l'argot des francs-maçons.MÉTHODECHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes.

S'applique aussi au Bilboquet,quand on le prend par la boule et qu'on veut faire entrer le manche dedans.

MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,—dans l'argot des artistes.

Avoir un métier d'enfer.Être d'une grande habileté.

METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,—dans l'argotdu peuple. Tuer,—dans l'argot des voleurs.METTRE A MÊME.Tromper,—dans l'argot des faubouriens.

«Voyez quel emblême!Sa nièc' d'AngoulèmeNous met tous à même!»

dit une chanson de 1832.

METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.METTRE A QUELQU'UN(Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il accepte pour des vérités,—dans l'argot des faubouriens.METTRE A TABLE(Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le point de faire des révélations,—dans l'argot des voleurs qui veulentmanger le morceau.METTRE A TOUTES LES SAUCES(Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie,—dans l'argot du peuple.METTRE AVEC QUELQU'UN(Se), v. réfl. Vivre maritalement,—dans l'argot des ouvriers et des grisettes.METTRE BIEN(Se), v. réfl. Ne rien se refuser,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.

On dit aussi:Être dans de beaux draps.

METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des faubouriens.

Signifie aussi Tromper, jouer un tour.

METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.

Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.

METTRE DANS SON SAC.Recevoir des injures ou des coups sans y répondre; encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.

Signifie aussi Tromper.

METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant; reconnaître ses torts.METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie; avoir des chances heureuses.METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurspaquetsen les transportant ou en imposant,—dans l'argot des typographes.

On dit aussiTomber en pâte.

METTRE EN QUATRE(Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour quelque chose,—dans l'argot des bourgeois.METTRE EN RANG D'OGNONS(Se). Se placer les uns derrière les autres,—dans l'argot du peuple.

On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition que lui.

Mettre la main a la pate.Aider à un vol et participer à ses bénéfices.METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse nouvelle.

C'est l'alicui curam et angorem animi crearedes Latins.

METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS.Mourir,—dans l'argot des voyous.METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,—dans l'argot des voleurs.METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS.Dormir,—dans l'argot des soldats.METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se réveiller, sonttrès drôles, au dire des troupiers farceurs.

AuXVIesiècle on disaitBailler le moine.

METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir ses invités,—dans l'argot des bourgeois.METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT.Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME(Se). Se mettre dans une position difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.METTRE TOUS SES œUFS DANS LE MÊME PANIER.Confier toute sa fortune à un seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans ses meubles.

L'expression est toute récente.

MEULARD, s. m. Veau,—dans l'argot des voleurs.MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement lesmolaires, qui broient le pain,—dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en douter une expression tout à fait biblique.

Les ouvriers anglais disentgrinders(les broyeuses).

MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiMeurt-la-faimetCrève-la-faim.

MEURT-DE-FAIM, s. m. Petitpain d'un sou,—dans l'argot des faubouriens.MÉZIGO, pron. pers. Moi,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussiMézigue,Mézère, etMa fiole.

MIBouMIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on excelle,—dans l'argot des gamins.

C'est mon mib!C'est mon triomphe!

Signifie aussi Défi.C'est ton mib, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais cela.

MICHE, s. f. Dentelle,—dans l'argot des voleurs.MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,—dans l'argot du peuple.

Se dit aussi pour Pain entier.

«Et moins encor il fait du bienAux pauvres gens, tant il est chiche;Si il a mangé de leur miche.»

(Les Touches du seigneur des Accords.)

MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,—dans l'argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine demichon(argent) et demiche(pain).

«On appelle miché. . .Quiconque va de nuit et se glisse en cachetteChez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).

Miché de carton.Amant de passage, qui n'offre que des gants de filoselle.

Miché sérieux.Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

MICHÉ, s. m. Client,—dans l'argot des photographes; homme ou femme qui achète, quipaie,—dans plusieurs autres argots.MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un rabais.MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,—dans l'argot du peuple.MIDI!Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!

Il est midi!C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites; «Je ne coupe pas dans ce pont-là!»

MIE DE PAIN, s. f. Pou,—dans l'argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,—dans l'argot des typographes.

Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.

MIEL!Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.MIEL(C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle:C'est un miel. Ils entrent dans un endroit qui pue:C'est un miel. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule:C'est un miel, etc., etc.MIETTE(Une). Un peu,—dans l'argot du peuple.MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,—dans l'argot des bourgeois.

Faire la mijaurée.Faire des manières et des façons pour accepter une chose.

On dit aussiMinaudière.

MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.MIKEL, s. m. Dupe,—dans l'argot des saltimbanques.MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,—dans l'argot du peuple.MILLERIE, s. f. Loterie,—dans l'argot des voleurs.MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les Anglais.MILORD, s. m. Entreteneur,—dans l'argot des petites dames.

Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaientMilord pot-au-feu, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:

«Lorsque nous aimons,Nous finançonsAfin de plaire.D'où vient qu'en tout lieuOn dit: «Un milord pot-au-feu.»

«Lorsque nous aimons,Nous finançonsAfin de plaire.D'où vient qu'en tout lieuOn dit: «Un milord pot-au-feu.»

«Lorsque nous aimons,

Nous finançons

Afin de plaire.

D'où vient qu'en tout lieu

On dit: «Un milord pot-au-feu.»

MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,—dans l'argot des cochers.MIMI, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred de Musset.MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaisemine,—dans l'argot du peuple.MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.Mince alors!MINCE, s. m. Papier à lettres,—dans l'argot des voleurs.MINCES, s. m. pl. Billets de banque,—dans l'argot des faubouriens, qui, originairement, ont donné ce nom aux assignats.MINET, s. m. Chat,—dans l'argot des enfants.

Ils disent aussiMinon.

Minois, s. m. Nez,—dans l'argot des voleurs.MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.

L'expression sort de laPhysiologie du mariaged'H. de Balzac.


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