Chapter 28

MOULIN A VENT, s. m. Lepodex,—dans l'argot facétieux et scatologique des faubouriens.MOULINAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot des voleurs.MOULINER, v. n. Bavarder.MOULOIR, s. m. La bouche,—dans l'argot des voleurs.MOUNIN, s. m. Petit garçon, apprenti,—dans l'argot des faubouriens.MOUSCAILLE, s. f. Le résultat de la digestion,—dans l'argot des voleurs.MOUSCAILLER, v. a.Alvum deponere.MOUSQUETAIRE GRIS, s. m. Pou,—dans l'argot du peuple, qui aime les facéties.MOUSSANTE, s. f. Bière de mars,—dans l'argot des faubouriens.MOUSSE, s. m. Apprenti commis,—dans l'argot descalicots.MOUSSE, s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique,—dans l'argot des marbriers de cimetière.MOUSSELINE, s. f. Fers dont on charge un prisonnier,—dans l'argot des marbriers de cimetière.MOUSSELINE, s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au goût,—dans l'argot des faubouriens.MOUSSER, v. n.Alvum deponere.MOUSSER, v. n. S'emporter, être enrage, de dépit ou de colère,—dans l'argot des faubouriens.MOUSSER, v. n. Avoir du succès,—dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.

Faire mousser.Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des éloges exagérés et souvent répétés.

MOUSSER(Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses qualités. Argot du peuple.MOUSSERIE, s. f.Water-closets,—dans l'argot des voyous.MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,—dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.MOUSSU, s. m. Le sein de lafemme, d'où sort le lait,—dans l'argot des voleurs.MOUSSUE, s. f. Châtaigne,—dans le même argot.MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,—dans l'argot des bourgeois.MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,—dans l'argot du peuple, qui, n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.MOUTARDE, s. f. Lestercushumain.MOUTARDIER, s. m. Lepodex.

On disait autrefoisBaril à la moutarde, etRéservoir à moutarde.

MOUTARDIER, s. m.Goldfinder.

On dit aussiParfumeur.

MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile vaniteux. On ditqu'il se croit le premier moutardier du pape.MOUTON, s. m. Matelas,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement.

Mettre son mouton au clou.Porter son matelas au Mont-de-Piété.

MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.MOUTONNAILLE, s. f. La foule,—dans l'argot du peuple, qui sait par expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.MOUVER(Se), v. réfl. Se remuer,—dans l'argot du peuple.MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge.

Le mot est de H. de Balzac.

MOYENS, s. m. pl. Richesse,—dans l'argot des bourgeois.

Avoir des moyens.Être à son aise.

Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.

MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,—dans l'argot des petites dames qui le trouvent trop collant.MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos d'une soupe à l'oignon.MUETTE, s. f. La conscience,—dans l'argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur.

Avoir une puce à la muette.Avoir un remords; entendre—par hasard!—le cri de sa conscience.

MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens.

Donner une muette.Faire un exercice.

MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,—dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans.

Il trouve plus euphonique de prononcerMuffe.

MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.

M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapportemufetmouf,—afin qu'on puisse choisir. Je choisismuffle, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.

MUFFLE, s. m. Ouvrier,—dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la blouse.MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.

On dit aussiMuffletonnerie.

MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononceMuffeton.

MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,—dans l'argot des typographes.MURETTE, s. f. La giroflée desmurailles,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde; affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry Murger,—dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.MURON, s. m. Sel,—dans l'argot des voleurs.MURONNER, v. a. Saler.MURONNIER, s. m. Saunier.MURONNIÈRE, s. f. Salière.MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,—dans l'argot du peuple.

Nous avons, en vieux langage,Musardiepour Sottise.

MUSARDER, v. n. Flâner.

On dit aussiMuser.

MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,—où n'allait pas précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.

Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.

MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,—dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe,—dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,—dans l'argot du peuple.MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des ouvriers.MUSETTE, s. f. Sac à avoine,—dans l'argot des charretiers, qui le pendent aumuseaude leurs chevaux.

Ils disent aussiPochet.

MUSETTE, s. f. Voix.

Couper la musette à quelqu'un.Le forcer à se taire.

MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,—dans l'argot des voleurs.MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent lecrepitus ventris,—dans l'argot du peuple.MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,—dans l'argot des maçons.

Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.

MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,—dans l'argot des Rémonencqs.MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,—dans l'argot du peuple.MUSSER, v. n. Sentir, flairer.MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.

N

NA!Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu deLà!NABAB, s. m. Homme immensément riche,—qu'il soit ou non gouverneur dans l'Inde. Argot des bourgeois.NABOT, s. et adj. Homme de petite taille,nain,—dans l'argot du peuple.

On ait aussiNabotin.

Nabote.Naine.

Je n'ai jamais entendu direNabotine.

NAGEOIR, s. m. Poisson,—dans l'argot des voleurs.NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,—dans l'argot des faubouriens.NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,—dans l'argot des voyous qui voient des poissons partout.

Les voyous anglais ont la même expression:Fin.

NANAN, s. m. Friandise, gâteau,—dans l'argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,—dans l'argot des grandes personnes.

C'est du nanan!C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.

NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.

Faire des narrés.Faire des cancans.

NASE, s. m. Nez,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils parlent latin comme Ovide-Nason, et français comme Brantôme.NASER, v. a. et n.Avoir quelqu'un dans le nez.NATURE(Être). Être vrai comme la nature,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.NATURE(Faire), v. n. Peindre avec exactitude,—dans l'argot des artistes, qui savent que l'Art consiste précisément à ne pas faire nature.NAUTONIER, s. m. Pilote,—dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussiNocher.

NAVARIN, s. m. Navet,—dans l'argot des voleurs.NAVARIN, s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets,—dans l'argot des restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un mets connu depuis longtemps.NAVET, s. m. Flatuosité sonore,—dans l'argot du peuple, qui l'attribue ordinairement auBrassica napus, quoiqu'elle ait souvent une autre cause.NAVETS, s. m. pl. Jambes ou bras trop ronds, sans musculature apparente,—dans l'argot des artistes.NAVETS(Des)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient toutes les fois qu'ils ont à dire catégoriquement non.NAYER, v. a. Noyer,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Zalas! mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard Panurge durant la tempête.NAZARETH, s. m. Nez,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussiNazicot.

NÈFLES(Des)! Non,—dans l'argot des faubouriens.

On dit plus élégamment:Ah! des nèfles!

NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,—dans l'argot des matelots, qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant militaire,—dans l'argot des voleurs; ouvrier,—dans l'argot du peuple.NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,—dans l'argot des voyous.NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille de vin,—dans l'argot des faubouriens.

ÉtoufferouÉventrer une négresse. Boire une bouteille.

On dit aussiÉternuer sur une négresse.

NÉGRESSE, s. f. Punaise.NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène ou d'autre bois.

On dit aussiMoricaud.

NÉNETS, s. m. pl. Seins,—dans l'argot des grisettes.

Quelques-uns écriventnénais; mais ce mot n'est pas plus français que l'autre.

NÉNETS D'HOMME, s. m. pl. Les biceps,—dans l'argot des filles.NEPS, s. m. pl. Nom d'une certaine catégorie de voleurs israélites qui, dit Vidocq, savent vendre très cher une croix d'ordre, garnie de pierreries fausses.NET COMME TORCHETTE, adj. Se dit,—dans l'argot du peuple,—des choses ou des gens excessivement propres.NETTOYER, v. a. Voler; ruiner, gagner au jeu; dépenser; battre, et même tuer,—dans l'argot des faubouriens.

Se faire nettoyer.Perdre au jeu; se laisser voler, battre ou tuer.

NETTOYER UN PLAT, v. a. Manger ce qu'il contient,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiTorcher un plat.

NEZ, s. m. Mauvaise humeur.

Faire son nez.Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.

NEZ(Avoir dans le), v. a. Détester une chose ou quelqu'un.

C'est leNe pouvoir sentirde l'argot des bourgeois.

NEZ, s. m. Finesse, habileté, adresse.

Avoir du nez.Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes occasions.

Manquer de nez.N'être pas habile en affaires.

NEZ(Ce n'est pas pour ton)! Ce n'est pas pour toi.

On dit aussi:Ce n'est pas pour ton fichu nez!

On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (Satyre XIII):

«Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie,Mais c'est pour leur beau nez.»

dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en garde contre les faiblesses de son cœur.

NEZ CREUX(Avoir le), v. a. Avoir le pressentiment d'une chose, d'un événement; flairer une bonne occasion, une bonne affaire.

Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.

On dit aussiAvoir bon nez.

NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT, s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au lieu d'être percées horizontalement, l'ont été perpendiculairement.

C'est leNez en as de treufflede Rabelais.

NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange de bière et d'eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.

Avoir le nez de chien.Être gris,—parce qu'on ne boit pas impunément ce mélange.

NEZ QUI A COUTÉ CHER, s. m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui n'a pu arriver à cet état qu'après de longues années d'un culte assidu à Bacchus.

On dit aussiNez qui a coûté cher à mettre en couleur.

NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE, s. m. Nez retroussé, révélateur d'une complexion amoureuse,—dans l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane à la Vénus de Médicis.NIAIS, s. m. Voleur qui a des scrupules; prisonnier qui a des remords de sa faute ou de son crime.NIBouNIBERGUE, adv. Rien, zéro,—dans l'argot des voleurs.

Nib de braise!Pas d'argent.

NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants de la même famille,—dans l'argot du peuple.NICHER, v. n. Demeurer, habiter quelque part.

Se nicher.Se placer.

NICHET, s. m. Œuf de plâtre qu'on met dans unnidpour que les poules y viennent pondre.NICHONNETTE, s. f. Drôlesseà la mode, coifféeà la chien. Argot de gens de lettres.NICHONS, s. m. pl. Seins,—dans l'argot des enfants.NICODÈME, s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE!Exclamation de défi,—dans l'argot des écoliers.NID A PUNAISES, s. m. Chambre d'hôtel garni,—dans l'argot du peuple.NID D'HIRONDELLE, s. m. Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles, tel enfin que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.NIÈRE, s. m. Individu quelconque,—dans l'argot des voleurs.

Bon nière.Bon vivant, bon enfant.

Mon nière bobèchon.Moi.

NIGAUDINOS, s. m. Imbécile,nigaud,—dans l'argot du peuple, qui se souvient duPied de Moutonde Martainville.NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile,nigaud,—dans l'argot des faubouriens.

C'est une des formes du vieux mot françaisniau,—lenidasiusde la basse latinité,—dont nous avons faitniais.Gniolle—qu'on devrait écrireniolle, mais que j'ai écrit comme on le prononce a la même racine.

N, I, NI, C'EST FINI!Formule qu'on emploie—dans l'argot des grisettes et du peuple—pour faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture, l'irrémédiabilité d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.NINI.Diminutif caressant d'Eugénie.

On dit aussiNiniche.

NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,—dans l'argot des marchandes du Temple.NIOLEUR, s. m. Chapelier.NIORTE, s. f. Viande,—dans l'argot des voleurs.NIQUE DE MÈCHE(Être). Sans aucune complicité,—dans le même argot.NISCO!interj. Rien, zéro, néant,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussiNix,—pour parodier leNichtdes Allemands.

Nisco braisicoto!Pas d'argent.

NISETTE, s. f. Olive,—dans l'argot des voleurs.NISETTIER, s. m. Olivier.NIVET, s. m. Chanvre.—dans le même argot.NIVETTE, s. f. Chenevière.NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE!Exclamation de l'argot du peuple, qui signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont lula Vie de Bohème.NOC, s. et adj. Imbécile parfait.NOCE, s. f. Débauche de cabaret,—dans l'argot du peuple.

Faire la noce.S'amuser, dépenser son argent avec des camarades ou avec des drôlesses.

N'être pas à la noce.Être dans une position critique; s'ennuyer.

NOCE DE BATONS DE CHAISES, s. f. Débauche plantureuse de cabaret,—dans l'argot des faubouriens, qui, une fois en train de s'amuser, cassent volontiers les tables et les bancs du «bazar».NOCER, v. n. S'amuser plus ou moins crapuleusement.NOCEUR, s. et adj. Ouvrier qui se dérange; homme qui se débauche avec les femmes.NOCEUSE, s. f. Drôlesse de n'importe quel quartier, qui fuit toutes les occasions de travail et recherche tous les prétextes à plaisir.NOCTAMBULE, s. et adj. Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits où l'on soupe.NOCTAMBULER, v. n. Se promener la nuit, dans les rues, en causant d'amour et d'art avec quelques compagnons.NœUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes de lard rassemblées en un petit paquet,—dans l'argot des charcutiers.NOIR, s. f. Café noir,—dans l'argot des voyous.

Ils disent aussiNègrepour un gloria, etNégressepour une demi-tasse.

NOMBRIL, s. m. Midi, le centre du jour,—dans l'argot des voleurs, qui emploient, sans s'en douter, une expression familière aux Latins:Ad umbilicum jam dies est.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus de deux mille ans.NOM D'UN!Juron innocent ou semblant de juron de la même famille que:Nom de d'là!Nom de çà!Nom de deux!Nom d'un nom_!Nom d'une pipe!Nom d'un chien!Nom d'un petit bonhomme!Nom d'un tonnerre!NONNE, s. f. Encombrement volontaire,—dans l'argot des voleurs.

Faire nonne.Simuler à huit ouneufun petit rassemblement afin d'arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.

NONNEUR, s. m. Compère dutireur(V. ce mot); variété de voleur.

Manger sur ses nonneurs.Dénoncer ses complices.

NORDISTE, s. et adj. Partisan du gouvernement fédéral américain, et, en même temps, de l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans distinction de couleur d'épiderme.

Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux Etats-Unis est désormais dans la circulation générale.

NOS VOISINS.Les Anglais,—dans l'argot des journalistes et des bourgeois.NOS VOISINS VIENNENT.Se dit, dans l'argot des bourgeoises,—lorsque leursmensesfont leur apparition.NOTAIRE, s. m. Comptoir du marchand de vin,—dans l'argot des faubouriens, qui y font beaucoupde transactions, honnêtes ou malhonnêtes, et un certain nombre de mariages à la détrempe.NOUNOU, s. f. Nourrice,—dans l'argot des enfants et des mamans.NOURRICE, s. f. Femme que la nature aavantagée,—dans l'argot du peuple.NOURRIR LE POUPARD, v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire, avant de l'exécuter.

Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire:Nourrir le poupon.

NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE.Se bercer de chimères, vivre d'illusions folles. Argot des bourgeois.NOURRISSEUR, s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur, cabaretier,—dans l'argot des bohèmes.NOURRISSON DES MUSES, s. m. Poète,—dans l'argot des académiciens, qui ont été allaités par des Naïades.NOUSAILLES, pr. pers. Nous,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiNosigues.

NOUVEAU, s. m. Elève récemment arrivé au collège,—dans l'argot des collégiens; soldat récemment arrivé au régiment,—dans l'argot des troupiers; ouvrier récemment embauché,—dans l'argot du peuple; prisonnier récemment écroué,—dans l'argot des voleurs.NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui vient de paraître,—dans l'argot des libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et de vieilles histoires.NOUVELLE A LA MAIN, s. f. Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit toujours y avoir unmot, et que le public blasé lit de préférence à n'importe quel bon article,—parce que cela se retient facilement comme les centons et peut se citer dans la conversation.NOYAUX, s. m. pl. Pièces de monnaie,—dans l'argot des faubouriens.

L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces deux vers de Vadé:

«L'sacré violon qu'avait joué fauxVoulut me d'mander des noyaux.»

NUMÉRO(Être d'un bon). Être grotesque, ou ennuyeux,—dans l'argot des artistes.NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,—dans l'argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.NUMÉROTE TES OS!C'est la phrase par laquelle les faubouriens commencent une rixe. Ils ajoutent:Je vais te démolir!NUMÉRO UN, adj. Très bien, très beau, très grand,—dans l'argot du peuple.NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,—dans l'argot des bourgeois.NYMPHE DEGUINÉE, s. f. Négresse,—dans l'argot des faubouriens.NYMPHE POTAGÈRE, s. f. Cuisinière.

O

OBÉLISQUAL, adj. Écrasant d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,—dans l'argot des romantiques, amis des superlatifs étranges.OBJET, s. m. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers.OCCASE, s. f. Apocope d'Occasion,—dans l'argot des faubouriens.OCCASION, s. f. Chandelier,—dans l'argot des voleurs.OCCASION(D'). De peu de valeur, d'un prix très réduit,—dans l'argot du peuple qui dit cela à propos des choses.OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile et de leur Horace.Ocreatus in nive dormis, a dit ce dernier, qui n'était pas fait pour dormir toutbottésous la neige, comme un soldat, car on sait qu'à la bataille de Philippes il prit la fuite en jetant son bouclier aux orties.ŒIL, s. m. Crédit,—dans l'argot des bohèmes.

Avoir l'œil quelque part.Y trouver à boire et à manger sans bourse délier.

Faireououvrir un œil à quelqu'un. Lui faire crédit.

Crever un œil.Se voir refuser la continuation d'un crédit.

Fermer l'œil.Cesser de donner à crédit.

Quoique M. Charles Nisard s'en aille chercher jusqu'au 1ersiècle de notre ère un mot grec «forgé par saint Paul» (chap. VII de l'Épître aux Éphésiens, et chap. III de l'Épître aux Colossiens), j'oserai croire que l'expressionA l'œil—que ne rend pas du tout d'ailleurs l'οφθαλμοδουλεια [grec: ophthalmodouleia] de l'Apôtre des Gentils—est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n'y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé parfaire de l'œilaux dames de comptoir, qui ont fini par leurfaire l'œil: une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

ŒIL, s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d'être d'une robe, d'un tableau, d'un paysage, etc.

On dit:Cette chose a de l'œil.

ŒIL, s. m. Lepodex,—dans l'argot des faubouriens facétieux.

Crever l'œil à quelqu'un.Lui donner un coup de pied au derrière.

ŒIL(Avoir l'). Faire bonne garde autour d'une personne ou d'une chose.

On dit aussiOuvrir l'œil.

ŒIl(Faire de l'). Donner à penser des choses fort agréables aux hommes,—dans l'argot des petites dames; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l'argot des gandins.ŒIL AMÉRICAN(Avoir l'). Voir très clair là où les autres voient trouble,—dans l'argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l'herbe pousser.ŒIL BORDÉ D'ANCHOIS, s. m. Aux paupières rouges et décillées,—dans l'argot des faubouriens.ŒIL DE Bœuf, s. m. Pièce de cinq francs.ŒIL DE VERRE, s. m. Lorgnon.ŒIL EN COULISSE, s. m. Regard tendre et provocateur,—ce que Sénèque appelle en son langage sévèreoculorum fluxus.

Faire les yeux en coulisse.Regarder amoureusement quelqu'un.

ŒIL EN TIRELIRE, s. m. Regard chargé d'amour, provocateur, à demi clos.ŒIL MARÉCAGEUX, s. m. Regard langoureux, voluptueux,—dans l'argot des petites dames.OFFICIER, s. m. Garçon d'office,—dans l'argot des limonadiers.OFFICIER DE LOGE, s. m. Frère chargé d'un office,—dans l'argot des francs-maçons.OFFICIER DE TOPO, s. m. Homme qui triche au jeu de la bassette,—dans l'argot des joueurs.

On dit aussiOfficier de tango.

OGNON, s, m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe,—dans l'argot du peuple, ami des mots-images.

On remarquera que, contrairement à l'orthographe officielle, j'ai écritognonet nonoignon. Pour deux raisons: la première, parce que le peuple prononce ainsi; la seconde, parce qu'il a raison,oignonvenant du latinunio. J'ai même souvent entendu prononcerunion.

OGNON(Il y a de l'), On va se fâcher, on est sur le point de se battre, par conséquent depleurer. Argot des faubouriens.OGNONS(Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de bien, de bon et de beau.

On dit aussiAux petites ognons!et mêmeAux petites oignes!

Cette expression et celle-ci:Aux petits oiseaux!sont les descendantes de cette autre:Aux pommes!qu'explique à merveille une historiette de Tallemant des Réaux.

OGRE, s. m. Agent de remplacement militaire,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi: Usurier, Escompteur.

OGRE, s. m. Marchand de chiffons,—dans l'argot des chiffonniers.OGRESSE, s. f. Maîtresse de tapis-franc, de maisonborgne,—dans l'argot des voleurs, qui ont sans doute voulu faire allusion à l'effroyable quantité de chair fraîche qui se consomme là dedans.OGRESSE, s. f. Marchande à la toilette, proxénète,—dans l'argot des filles, ses victimes.OH! LA! LA!Exclamation ironique et méprisante de l'argot des faubouriens, qui la mettent à toutes sauces.OIE DU FRÈREPHILIPPE, s. f. Jeune fille ou jeune femme,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu lesContesde la Fontaine.

L'expression tend à s'introduire dans la circulation générale: à ce titre, j'ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à sa disposition, à propos de la «plus belle moitié du genre humain», tant d'expressions brutales et cyniques, n'emploierait-il pas cette galante périphrase? Le peuple anglais dit bien depuis longtemps, à propos des demoiselles de petite vertu, lesOies de l'évêque de Winchester(The bishop of Winchester's geese).

OISEAU, s. m. Auge à plâtre.—dans l'argot des maçons.OISEAU, s. m. Original; homme difficile à vivre,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie presque toujours ce mot que dans un sens péjoratif ou ironique. Ainsi il dira, à propos d'un homme qu'on lui vante et qu'il n'aime pas: «Oui, un bel oiseau!» Ou, à propos d'un homme taré ou suspect: «Quel triste oiseau!» Ou, à propos d'un homme laid ou ennuyeux: «Le vilain oiseau!» Ou, à propos d'un homme excentrique: «Drôle d'oiseau!»

Les Anglais disent de même:Queer bird.

OISEAUX(Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme le superlatif de bien, de beau, de bon. Une femme est auxoiseauxquand elle réunit la sagesse à la beauté. Un mobilier estaux oiseauxquand il réunit l'élégance et la solidité au bon marché, etc., etc.

On dit aussiAux petits oiseaux!


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