RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.RASER, v. a. Ennuyer, être importun,—comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans:Faire la barbe.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre,au ras,—dans l'argot du peuple.RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
Rasoir anglais. Le plus ennuyeux,—les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussiRaseur.
RASOIR!Exclamation de la même famille queDes navets!RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,—dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
Passer sous le rasoir national.Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors.
On dit aussiRaton.
Courir le rat.Voler la nuitdans une auberge ou dans un hôtel garni.
RAT, s. m. Caprice,—dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois,Avoir des ratsc'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi,rat de cave.RAT, s. m. Retardataire,—dans l'argot des Polytechniciens.
Rat de ponts.Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
Rat de soupe.Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes—mal informées—lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,—dans l'argot des troupiers.RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiAnisette de barbillonetBourgogne de cheval.
RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1erEmpire et admirateur aveugle de l'empereur Napoléon.RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,—dans l'argot des marchands de vin V.—Rat.RAT DE PRISON, s. m. Avocat,—dans l'argot des voleurs.RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,—amoureuse ou autre. Argot du peuple.
Rater une femme.Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoircouchée en joue.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,—dans l'argot des voyous et des voleurs.
Serpillière de ratichon.Soutane de prêtre.
On dit aussiRaséouRasi.
RATICHON, s. m. Peigne,—dans l'argot des faubouriens.RATICHONNER, v. a. Peigner.RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.RATISSER, v. a. Prendre,chiper,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire ratisser.Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER(En), v. a. Se moquer de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on ditrattraper) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,—dans l'argot du peuple.RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.RAVIGNOLE, s. f. Récidive,—dans l'argot des voleurs.RAVIGOTE(A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,—dans l'argot des voleurs.RAZZIA, s. f. Rafle,—dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.RÉAC, adj. et s. Bourgeois,réactionnaire,—dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs.RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,—qui serebèqueen un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi Mademoiselle Rébecca. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER(Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère,—dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.REBÉQUER, v. n. Répéter,—dans l'argot des faubouriens.REBIFFER(Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement,—dans l'argot du peuple.REBIFFER(Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,—dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,—dans l'argot des faubouriens.REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,—dans l'argot des voleurs.
Rebonneter pour l'af.Flatter ironiquement.
RRebonneter(Se), v. réfl. Devenir meilleur,—dans l'argotdes faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.REBONNETEUR, s. m. Confesseur,—dans l'argot des voleurs.REBOUIS, adj. Mort,refroidi,—dans le même argot.REBOUISER, v. a. Tuer,—dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,—dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'Assommoir (o lepida cantio!) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte;Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.Si queuq's gonziers train'nt la savate,J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
«Faut pas blaguer, le treppe est batte;Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.Si queuq's gonziers train'nt la savate,J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
«Faut pas blaguer, le treppe est batte;
Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.
Si queuq's gonziers train'nt la savate,
J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.REBOUISEUR, s. m. Savetier,—dans l'argot des revendeurs.REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,—dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.RECALER(Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,—dans l'argot du peuple.RECARRER(Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu,Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE.Mourir,—dans l'argot des troupiers.RECHANGER(Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,—dans l'argot des voleurs.RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,—dans l'argot des voleurs.RÊCHE, s. m. Sou,—dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billonrude.RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,—dans l'argot du peuple.RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux décernent—moyennant cinq francs la ligne—à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d'être loué.RECONDUIRE, v. a. Siffler,—dans l'argot des coulisses.RECONDUIRE QUELQU'UN.Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiFaire la conduite.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,—dans l'argot des voleurs.RECOQUER(Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,—dans l'argot des voleurs.RRecta, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,—dans l'argot du peuple.
Payer recta.Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER(Se), v. réfl. Se purger.
Se faire récurer.Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,—dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leurrédemption.REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,—dans le même argot.REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons.
Chevalier de la Redresse.Industriel quicarottele vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,—dans l'argot des faubouriens.Refaire(Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME(Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque méchant tour.REFAITE, s. f. Repas,—dans l'argot des voleurs.
Refaite du mattois.Déjeuner.
Refaite de jorne.Dîner.
Refaite de sorgue.Souper.
Refaite de côni.Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.REFILER, v. a. Rendre, restituer,—dans l'argot des voyous.REFILER, v. a. Suivre, rechercher,—dans l'argot des voleurs.REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,—dans l'argot des ouvriers.
Refouler au travail.Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,—comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelleCamp des réfractairesun petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'Hôtel des réfractaires, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,—dans l'argot des voleurs.REFROIDIR, v. a. Tuer.RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,—dans l'argot du peuple.
A la régalade.Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.REGARDANT, adj. Économe, avare,—dans l'argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,—dans l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le marchande.RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,—en parlant des choses et des gens.
Être régence.Se donner des airs de roué.
Souper régence.Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
ÉGIMENT DES BOULES DESIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue,—quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois.
C'est le pendant deSage comme une image.
REGON, s. m. Dette,—dans l'argot des voleurs.REGONCER, v. a. Devoir.REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,—dans le même argot.
Faire du regout.Être arrêté.
RÉGUISÉ(Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamnépar la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.RELEVANTE, s. f. Moutarde,—dans l'argot des voleurs.RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,—dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de direSe relever de la misère.
On dit aussiÊtre à la relève.
RELICHER(Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussiSe relicher le morviau.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,—dans l'argot du peuple.RELUIT, s. m. Œil,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; undébinage,—dans l'argot des voyous.REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,—dans l'argot des voleurs.REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un ouvrier,—dans l'argot des bourgeois.REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiRemercier son boulanger.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE!disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher de parler davantage.REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE.Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.REMISER SON FIACRE.Se taire,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires qu'il procure à un agent de change.RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat,chineur,—dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent dela Comédie humainede Balzac.REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,—dans l'argot des ouvriers.REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,—dans l'argot du peuple.REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,—dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disentrimorchiare, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes—ou des prétextes à rixe.REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas—dans l'argot des ménagères.REMPLIR LE BATTANT(Se). Manger,—dans l'argot des faubouriens.REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume,—dans l'argot des gens de lettres.REMPLUMER(Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,—dans l'argot des faubouriens.Renaché, s. m. Fromage,—dans l'argot des voleurs.RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,—dans l'argot des ouvriers.RENARD, s. m. Pourboire,—dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer toutes lesrusesde leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais «dures à la détente».RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,—dans l'argot du peuple.
Piquer un renard.Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disaitEcorcher le renard.
Les Anglais ont une expression analogue:to shoot the cat(décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbearnauderde la langue romane.
Renaudersignifie aussi Se plaindre.
RENCARTouRancart(Au) A l'écart, au rebut.RENDÈVE, s. m. Apocope deRendez-vous,—dans l'argot des faubouriens.RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,—dans l'argot des voleurs.RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,—dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,—rendre son âme auGrêle d'en haut.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. Mourir,—dans l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.RENDRE SA CLEF.Mourir,—dans l'argot des bohèmes.RENDRE SON CORDON.Mourir,—dans l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.RENDRE SON LIVRET.Mourir,—dans l'argot des domestiques.RENDRE SON PERMIS DE CHASSE.Mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE AM. DUBOIS.Aller «où le Roi va à pied»,—dans l'argot des faubouriens.RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.RENFRUSQUINER(Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,—dans l'argot des ouvriers.RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,—telles que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,—dans l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.
Rengraciez!Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,—dans l'argot des voyous.RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,—dans l'argot des faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot,Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,—dans l'argot des joueurs de billard.RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,—dans l'argot des voyous.RENQUILLER, v. n. Rentrer.RENQUILLER(Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,—dans l'argot des typographes.RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,—dans l'argot des canotiers.
Prendre un renseignement.S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,—dans l'argot des faubouriens.RENTOILER(Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.RENTRER BREDOUILLE.Rentrer sans avoirlevépersonne,—dans l'argot des petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.RENTRER BREDOUILLE.Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.RENTRER SES POUCES.Mourir,—dans l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.—dans l'argot du peuple et des gandins.RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,—dans l'argot des bourgeois.RENVERSER SA MARMITE.Mourir,—dans l'argot des ouvriers.RENVERSER SON CASQUE.Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.RÉPANDRE(Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.
REPASSE, s. f. Mauvais café,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussiCafetiau.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,—dans l'argot du peuple.
Repasser une taloche.Donner un soufflet.
Repaumer, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,—dans l'argot des voleurs.RÉPÉTER, v. n. Aimer,—dans l'argot des cabotins.
On dit aussiAller à la répétition.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,—dans l'argot des faubouriens.REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet quelconque,—dans l'argot des coulisses.
Envoyer la réplique.Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,—dans l'argot du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.REPORTER SON OUVRAGE.Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a t...,—pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des faubouriens.REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.REPOUSSANT, s. m. Fusil,—dans l'argot des voleurs.REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussiRepousser du corridor.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,—dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans lesŒuvres diversesde Cyrano de Bergerac.REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussiMacaron.
REQUINQUER(Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.RESTANT DE NOS ÉCUS(Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.RESTE(Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle façon.RESTE(Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications—et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.RESTER EN FIGURE.Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa consommation.RESTITUER SA DOUBLURE.Mourir,—dans l'argot des faubouriens.RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussiC'est de la troisièmeoude la quatrième resucée.
RÉSURRECTION(La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,—dans l'argot des faubouriens.RETAPE, s. f. Raccrochage,—dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Aller à la retape.Raccrocher.
On dit aussiFaire la retape.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,—dans l'argot du peuple.RETIRATION(Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,—dans l'argot des typographes.RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.RETOURNE, s. f. Atout,—dans l'argot des joueurs.
Chevalier de la Retourne.Joueur passionné—jusqu'à en être grec.
RETOURNER(S'en). Vieillir,—dans l'argot de Breda-Street.RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiRendre son tablieretRetourner son paletot.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.REVENIR, v. n. Se dit—dans l'argot des bourgeois—de tout ce qui plaît, choses ou gens.REVENIR DEPONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,—dans l'argot du peuple.
Faireoudire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention publique.REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain:Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,—ce qui est une façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefoisRhume ecclésiastique.