TRICOTER, v. a. Battre.
On dit aussiTricoter les côtes.
TRICOTER, v. n. Danser.TRICOTER DES JAMBES, v. n. Courir.TRIFOUILLER, v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.TRIMAR, s. m. Chemin.—dans l'argot des voleurs, qui ytrimentsouvent en attendant leurs victimes.
Grand trimar.Grande route.
On dit aussiGrande tire.
TRIMAR(Faire son). Raccrocher,—dans l'argot des filles.TRIMARDE, s. f. Rue.
On dit aussiTrime.
TRIMARDER.Voyager.TRIMBALLER, v. n. Se promener,—dans l'argot des faubouriens.TRIMBALLER, v. a. Promener quelqu'un, traîner quelque chose.TRIMBALLEUR, s. m. Homme quifait allerson monde.TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,—dans l'argot des voleurs.
Trimballeur des refroidis.Cocher des pompes funèbres.
TRIMER, v. a. Aller ou venir inutilement; se morfondre dans l'attente. Argot des faubouriens.TRIMER(Faire), v. a. Se moquer des gens en les faisantposer,—dans l'argot de Breda-Street.TRIMMER, v. n. Écrire comme Léo Lespès,—dans l'argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï deTimothée Trimm, chroniqueur duPetit Journal.
Quelques-uns disent aussiTimothéetrimmer.
TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,—dans l'argot des voleurs.TRINGLE!adv. Rien, non, zéro,—dans l'argot des voyous.TRINGLO, s. m. Soldat dutrain,—dans l'argot des troupiers.TRIPASSE, s. f. Vieille femme,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis longtemps, comme on peut en juger par les vers suivants:
«Si elle estoit dure et poupine,Voulentiers je la regardasse;Mais elle semble une tripassePour quelque varlet de cuysine.»
«Si elle estoit dure et poupine,Voulentiers je la regardasse;Mais elle semble une tripassePour quelque varlet de cuysine.»
«Si elle estoit dure et poupine,
Voulentiers je la regardasse;
Mais elle semble une tripasse
Pour quelque varlet de cuysine.»
TRIPES, s. f. pl. Gorge mal faite,—ou trop fournie.TRIPES, s. f. pl. Les entrailles de l'homme.
«Quand Renaud de la guerre vint,Tenant ses tripes dans ses mains,»
dit une vieille chanson populaire.
TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou femme tropavantagée.TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens, qui s'imaginent peut-être qu'ils se nettoient la poitrine avec cela.
Coup de tripoli.Verre d'eau-de-vie.
TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité de choses.TRIPOTER, v. n. Hanter les tripots,—dans l'argot des faubouriens.TRIPOTER, v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens;farfouiller.
Tripoter une femme.S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de sa robe—de dessous—est moelleuse.
TRIPOTER LA COULEUR, v. a. Peindre,—dans l'argot des artistes.TRIPOTER LE CARTON.Jouer aux cartes.TRIQUAGE, s. m.Triage des matières,—dans l'argot des chiffonniers.TRIQUE, s. f. Canne, bâton, gourdin,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefoisTricot; d'où laloi du Tricot, pour signifier l'Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.
TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.TRIQUER, v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.TRIQUEUR, s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les autres.TROGNE, s. f. Visage,—dans l'argot du peuple, qui le dit surtout de toutetuberosa facies.
Belle trogne.Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d'ivrognes.
Le mot a des chevrons:
«Il faut être Jean LognePour n'aimer pas le vin;Pour moi, dès le matinJ'enlumine ma trogneDe ce jus divin!»
«Il faut être Jean LognePour n'aimer pas le vin;Pour moi, dès le matinJ'enlumine ma trogneDe ce jus divin!»
«Il faut être Jean Logne
Pour n'aimer pas le vin;
Pour moi, dès le matin
J'enlumine ma trogne
De ce jus divin!»
a chanté le goinfre Saint-Amand.
TROGNON, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disentCostard(grosse pomme).
Dévisser le trognon.Tordre le coup à quelqu'un.
TROGNON, s. f. Petite fille, lecœurd'une femme,—dans l'argot du peuple.TROIS-ÉTOILES.Nom qu'on donne—dans l'argot des gens de lettres—aux personnes que l'on ne veut pas nommer.
On dit aussiMonsieurouMadame Trois-Étoiles.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches d'un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc.
Tomber dans le troisième dessous.Se dit d'une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le monde des coquins, «la dernière sape,inferi», de la société, «la fosse des ténèbres, la grande caverne du mal», dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, sonEnfer.
«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,—de tout, y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social actuel: elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbres et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.»
TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière du cheval,—dans l'argot des maquignons.TROISIÈME SEXE, s. m. Celui qui déshonore les deux autres. «Il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes.—Hao! fit lord Durham, et qu'est-ce?*—C'est le troisième sexe, milord.» (H. de Balzac.)TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier,—dans l'argot des bourgeois.TROIS-SOUS, s. m.Water-closets.
On dit aussi Unquinze-centimes.
TROLLER, v. n. Remuer; aller çà et là, trimer. Argot du peuple.TROLLER, v. a. Porter,—dans l'argot des voleurs.TROLLEUR, s. m. Marchand de peaux de lapin,—chineurquand il achète ettrolleurquand il revend.TROMBILLE, s. f. Bête,—dans l'argot des voleurs.TROMBINE, s. f. Tête, visage,—dans l'argot des faubouriens.TROMBOLER LES GONZESSES, v. a. Aimer les filles,—dans l'argot des maquignons.TROMPE, s. f. Nez,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un proboscidien.TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture, tableau quelconque,—dans l'argot des voleurs.TROMPE-L'œIL, s. m. Accessoire d'un tableau, tel que clou, déchirure, etc., si bien peint, qu'on le croirait naturel. Argot des artistes.TROMPETTE, s. f. Visage,—dans l'argot des faubouriens.TROMPETTE, s. f. Le nez,—à cause du bruit qu'il fait lorsqu'on se mouche.TROMPETTE, s. f. Cigare,—parce qu'on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.TROMPETTER, v. a. Divulguer, publier une chose qui devait être tenue secrète,—dans l'argot du peuple.TRONCHE, s. f. Visage; tête,—dans l'argot des voleurs.TRONCHER, v. a. Embrasser.TRONCHINETTE, s. f. Figure de jeune fille; physionomie agréable; petitetête. Argot des voyous.TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait autrefois «chaise d'affaires», et, longtemps auparavant,trulla. Argot des bourgeois.
Être sur son trône.Alvum deponere.
TROTTANT, s. m. Rat,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiTrotteur.
TROTTANTE, s. f. Souris.TROTTE, s. f. Course,—dans l'argot du peuple.
Sacrée trotte.Course fort longue, que l'on ne peut faire qu'en beaucoup de temps.
TROTTIN, s. m. Cheval, parce qu'iltrotte. Argot des voleurs.TROTTIN DE MODISTE, s. m. Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou apprentie, qui va porter les chapeaux et faire les commissions des modistes. Argot des bourgeois.
Il y a longtemps que ce mot signifiepetit domestique, car Scarron a dit:
«Ensuite il appelle un trottin,Fait amener son guilledinOrné d'une belle fontange.»
TROTTINES FEUILLETÉES, s. f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est en mauvais état. Argot des voyous.TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,—dans le même argot.TROTTOIR, s. m. Répertoire,—dans l'argot des coulisses.
Grand trottoir.Répertoire classique.
Petit trottoir.Répertoire courant, drames et vaudevilles.
Grand trottoirse dit aussi de la Haute-Bicherie, etPetit trottoirdu fretin des drôlesses.
TROU, s. m. Chambre insalubre, logis incommode,—dans l'argot du peuple.TROU, s. m. Logis, habitation,—dans l'argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse modestie, d'une fort jolie maison de campagne.TROU, s. m. Emploi, position sociale.
Faire son trou.Réussir dans la vie; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.
TROU, s. m. Entr'acte d'un long déjeuner ou d'un long dîner pendant lequel on sert le cognac ou le madère.
Faire un trou.Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d'appétit.
TROU AUX POMMES DE TERRE, s. m. La bouche,—dans l'argot des faubouriens.
C'est la même expression que celle des ouvriers anglais:Potatoe trap.
TROUBADE, s. m. Apocope deTroubadour.TROUBADOUR, s. m. Soldat de l'infanterie,—dans l'argot du peuple.
Est-ce à cause de laclarinettede cinq pieds?
TROU DE BALLE, s. m. Lepodex,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiTrou du souffleuretTrou de bise.
TROU DU CUL, s. m. Imbécile, homme incapable,—dans l'argot du peuple.TROUÉE, s. f. Dentelle,—dans l'argot des voleurs.TROUFIGNON, s. m. Lepodex,—dans l'argot du peuple, qui employait déjà cette expression du temps de Béroalde de Verville.TROUILLARDE, s. f. Femme de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens.TROUILLE, s. f. Domestique malpropre; femme du peuple rougeaude et avachie.TROUILLOTTER, v. n. Exhaler une mauvaise odeur.
Trouillotter du goulot.Avoir l'haleine homicide.
TROUPE D'ARGENT, s. f. Troupe de second ordre,—dans l'argot des coulisses.TROUPE DE CARTON, s. f. Troupe plus que médiocre.TROUPE DE FER-BLANC, s. f. Troupe composée d'acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires,—dans l'argot des journalistes.
On dit aussiTroupe d'été, parce qu'à ce moment de l'année, les Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.
TROUPE D'OR, s. f. Excellente troupe,—dans l'argot des comédiens. Les meilleurs rédacteurs,—dans l'argot des journalistes.
On dit aussiTroupe d'hiver, parce que c'est ordinairement dans cette saison—la meilleure de l'année théâtrale et journalistique—que les directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.
TROUSSÉ(Être). Mourir subitement, ou en peu de jours, sans avoir eu le temps d'être malade. Argot du peuple.TROUSSEQUIN, s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de pied,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiPétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s'élève sur l'arçon de derrière d'une selle.
TROUSSER, v. a. Expédier promptement une chose ou une personne,—dans l'argot du peuple.TROUVÉ, adj. Neuf, original, réussi,—dans l'argot des gens de lettres.
C'est trouvé.C'est ingénieux.
TROUVER DES PUCES.Rencontrer une dispute—et même des coups. Argot du peuple.
C'est la conséquence de cette autre expressionChercher des poux à quelqu'un.
TROUVER MAUVAISE(La). Se dit—dans l'argot des faubouriens et des petites dames—d'une histoire désagréable, d'un acte déplaisant, d'un événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras:Je la trouve mauvaise!dit-il. On enlève son amant à une petite dame:Je la trouve mauvaise!dit-elle.TROYEN, s. m. Le trois,—dans l'argot des joueurs de dominos.TRUC, s. m. Tromperie; malice,—dans l'argot du peuple.
Avoir du truc.Avoir un caractère ingénieux.
Connaître le truc.Connaître le secret d'une chose.
Le truc était, au commencement duXVIIIesiècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître lesecret.
TRUC, s. m.Ficelle, secret du métier,—dans l'argot des saltimbanques.
Débiner le truc.Révéler le secret d'un tour.
TRUC, s. m. Machine destinée à produire un changement à vue,—dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.
TRUCHE, s. f. Manière de voler,—dans l'argot des prisons.TRUCHEUR, s. m. Voleur.TRUCSIN, s. m.Prostibulum,—dans l'argot des voleurs.TRUCULENT, adj. Enorme; farouche, sauvage,—dans l'argot des romantiques, cette fois néologistes (truculentus).
Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.
TRUELLE, s. f. Cuiller,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussiPelle.
Manier la truelle.Manger.
TRUFFARD, s. m. Soldat,—dans l'argot des faubouriens.TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,—dans l'argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup autuber cibarium. Ils ont raison.TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises—comme un dindon de truffes.TRUFFE DE SAVETIER, s. f. Marron.TRUFFES(Aux)! C'est le:Aux ognons!des gandins.TRUMEAU, s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV,—dans l'argot des gens de lettres et des gens de théâtre.TRUQUER, v. n. Tromper; ruser,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Mendier.
TRUQUEUR, s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n'ayant pour toute industrie qu'un petit jeu de hasard.TRUQUEUR, s. m. Trompeur; homme qui vit de trucs.TUBE, s. m. Le gosier,—dans l'argot des faubouriens.
Se rincer le tube.Boire.
Se coller quelque chose dans le tube.Manger.
Signifie aussiVoix.
TUBE, s. m. Nez,—dans l'argot des marbriers de cimetière.
Se flanquer du terreau dans le tube.Priser.
TUBÉREUSE, s. f.Ventris flatus malè olens,—dans l'argot des faubouriens.
Lâcher une tubéreuse.Ventris flatum emittere.
TUDOR, s. m. Chapeau de femme ressemblant au chapeau andalou, avec une garniture de plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.TUÉ(Être). Être mis hors du jeu par ses adversaires,—au billard à trois.TUER LES MOUCHES AU VOL, v. n. Avoir l'haleine aussi cruelle que Domitien,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiTuer les mouches à quinze pas, et, pour rajeunir un peu cette vieille formule,Faire mouche à tout coup.
TUER LE TEMPS.Le passerd'une façon quelconque,—mais plus en se divertissant qu'en travaillant:carpere diem.
On dit volontiers, en manière de proverbe:Il vaut mieux tuer le temps que d'être tué par lui.
TUER LE VER, v. a. Étouffer ses remords,—dans l'argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce passage deMuch Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).
TUER LE VER, v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant,—dans l'argot des ouvriers, chez qui c'est une tradition sacrée.
On dit aussiTuer un colimaçon.
TUILE, s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.TUILE, s. f. Assiette,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussiPlatine.
TUILE, s. f. Chapeau,—dans l'argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du corps humain.
Les voyous anglais ont le même mot:Tile.
TUILEAU, s. m. Casquette.TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un ou quelque chose; juger du caractère ou de la qualité. Argot du peuple.TUILER(Se), v. réfl. S'enivrer; succomber sous l'ivresse comme sous une averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c'est-à-dire couleur de tuile neuve.TUILEUR, s. m. Frère examinateur,—dans l'argot des francs-maçons.TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété de cancan ou de chahut.TU ME LA TUMES!Tu m'ennuies!—dans l'argot des voyous, qui ont retenu, pour se l'approprier, ce refrain d'une chanson des rues célèbre il y a quinze ans.TUNE, n. de l. Bicêtre,—l'ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. Argot des voleurs.TUNE, s. f. Argent, monnaie,—dans le même argot.TUNEÇON, s. m. Prison; violon.TUNER, v. n. Mendier.TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.TURBIN, s. m. Travail; besogne en général,—dans l'argot des faubouriens et des voleurs.
Aller au turbin.Aller travailler.
On dit aussiTurbinementetTurbinage.
TURBINER, v.n. Travailler.TURBINEUR, s. m. Travailleur.TURC, s. m. Tourangeau,—dans l'argot des voleurs.TURC, s. m. Homme idéalement fort,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l'adresse des mains.
Les Anglais, eux, ont leTartare, l'homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard.He is quite a Tartar at billiards, disent-ils en leur argot à propos d'un rival de Berger.To catch a Tartar(prendre un Tartare), c'est, pour eux, s'attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.
Turcan, n. de l. Tours.TURCO, s. m. Tirailleur indigène dans l'armée d'Afrique, aujourd'hui aussi connu et aussi apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes que jadis le zouave.TURF, s. m. Champ de course,—dans l'argot des sportsmen.
Par extension, Arène quelconque.
Le turf littéraire.La littérature; les journaux.
TURFISTE, s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.TURIN, s. m. Pot de terre,—dans l'argot des voleurs.TURLUPINER, v. a. Agacer, ennuyer quelqu'un, se moquer de lui,—dans l'argot du peuple.TURLURETTE, s. f. Grisette, fille ou femme amie de la joie—et des hommes.TURLUTAINE, s. f. Fantaisie, caprice, lubie.TURNE, s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre,—dans l'argot des faubouriens.TURQUIE, n. de l. Touraine,—dans l'argot des voleurs.TUTOYER, v. a. S'emparer sans façon,familièrement, d'une chose. Argot du peuple.TU VAS ME LE PAYER, AGLAÉ!Expression de l'argot des filles et des faubouriens, qui l'emploient à propos de tout—et surtout à propos de rien. Quelqu'un annonce une nouvelle ou dit un mot drôle:Tu vas me le payer, Aglaé!Il pleut ou il neige:Tu vas me le payer, Aglaé... On tombe ou l'on voit tomber quelqu'un:Tu vas me le payer... Etc.TUYAU, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot des faubouriens.
Se jeter quelque chose dans le tuyau.Manger ou boire.
Le tuyau est bouché.Quand on est enrhumé.
Se dit aussi pour Oreille.
TUYAU DE POÊLE, s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes.
Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l'ont ainsi baptisé.
TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,—dans l'argot des faubouriens.
Ramoner ses tuyaux.Se laver les pieds.
TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl. Bottes usées par le bout.TYPO, s. m. Apocope deTypographe,—dans l'argot des compositeurs d'imprimerie.TYRAN, s. m. Roi,—dans l'argot du peuple, qui ne peut s'en passer, quoiqu'il fasse une révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne.
Sous le règne du tyran.Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on, après 1848 et avant l'Empire.
U
ULTRA, s. m. Royaliste,—dans l'argot des libéraux. Libéral,—dans l'argot des royalistes. Bonapartiste,—dans l'argot des conservateurs.ULTRAMONTAIN, s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape,—dans l'argot des voltairiens. Cagot,—dans l'argot des abonnés duSiècle.UN DE PLUS, s. m. Galant homme qui a eu le malheur d'épouser une femme galante,—dans l'argot pudibond des bourgeois, qui n'osent pas direCocu.UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité qui, dans le classement, à l'Ecole polytechnique, sert à maintenir un rang, au lieu d'avoir un zéro.URGE, s. m. Mot de l'argot des petites dames, qui s'en servent entre elles pour coter un homme devant lui-même sans qu'il s'en doute.
Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés.Trois urges!diront celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire; «Ce monsieur n'est pas généreux, ilgantedans les numéros bas.» Si, au contraire, elles disent:Six urges!ouhuit urges!oudix urges!oh! alors, c'est un banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l'avant-veille. L'échelle n'a que dix échelons: le premier urge s'emploie à propos despignoufs; le dixième urge seulement à propos des grands seigneurs.
UUsager, s. et adj. Homme poli, bien élevé, ayant l'usagedu monde,—dans l'argot du peuple.UTILITÉ, s. f. Acteur qui joue tout ce qui se présente, les premiers rôles comme les comparses. Argot des coulisses.
V
VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,—dans l'argot du peuple.
On dit souventPrendre la vache et le veau, pour Épouser une femme enceinte des œuvres d'un autre,—uxorem gravidam nubere.
VACHE, s. f. Homme sans courage,avachi.VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible qui ne se lasse pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.VACHER, s. m. Homme mal élevé,—dans l'argot des bourgeois.VACHERIE, s. t. Nonchalance,avachissement.VADE, s. f. Foule; rassemblement,—dans l'argot des voleurs.VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,—dans l'argot du peuple.VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles et en action,—dans l'argot des faubouriens.VA DONC!Expression signifiant: «Va te promener! tu m'ennuies!»
On dit aussiVa donc te laver!ouVa donc te chier!
VADROUILLE, s. f. Drôlesse; fille ou femme de peu.VAGUE, s. m. Flânerie,Vagabondage.
On dit aussiCoup de vague.
VAGUE(Du)! Rien! Néant! Terme de refus.VAGUE, s. m. Promenade intéressée,—dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Envoyer une femme au vague.Lui faire faire le trottoir.
VAGUER, v. n. Sortir sans savoiravec qui on rentrera;—dans l'argot des petites dames.
On dit aussiAller au vague.
VALOIR SON PESANT D'OR.Se dit,—dans l'argot du peuple,—de toute bêtise un peu forte, de tout mensonge un peu violent.VAISSELLE DE POCHE, s. f. Argent, monnaie,—dans l'argot des faubouriens.VALADE, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs.
Sonder les valades.Fouiller les poches dans la foule.
Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
VALOIR CHER(Ne pas). Être d'un caractère désagréable,—dans l'argot des faubouriens.VALSER, v. n. S'enfuir, ou seulement s'en aller.
Faire valser quelqu'un.Le mettre brutalement à la porte.
VALTREUSE, s. f. Valise,—dans l'argot des voleurs.VALTREUSIER, s. m. Voleur de valises.VANER, v. n. S'en aller,—dans l'argot des voyous.VANNAGE, s. m. Piège, amorce,—dans l'argot des voleurs.
Faire un vannage.Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller.
VANTERNE, s. f. Lanterne,—dans le même argot.
Vanterne sans loches.Lanterne sourde.
VAPEREAU, s. m. Livre fort épais,—beaucoup plus fait pour servir de tabouret que pour être consulté,—dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas oubliés par l'auteur duDictionnaire des Contemporains.
On ait aussiBottin.
VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,—dans l'argot des romantiques.VASE NOCTURNE, s. m.Vase étrusque,—dans l'argot des bourgeois.VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON!Expression ironique qu'on emploie,—dans l'argot des faubouriens,—envers les gens que l'on veut congédier ou dont on veut se moquer.
On dit aussiVa t'asseoir sur ma veste et ne casse pas ma pipe.
VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet aller et retour,—dans le même argot.VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine, femme qui se fait engager sur un théâtre de vaudeville quelconque, non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à sa juste valeur—comme fille égrillarde—par les habitués de l'orchestre, fins appréciateurs de l'art dramatique, surtout en cabinet particulier.
Le mot a été créé par Jules Noriac.
VEAU, s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle defille. Argot des faubouriens.VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,—dans l'argot du peuple.
Il ne faut pas croire l'expression nouvelle.Galli socordes etstultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans sonHistoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même:
«Ce malheur est venu de quelques jeunes veauxQui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux.»
VÉCU, adj. Arrivé, véridique,—dans l'argot des gens de lettres.
Roman vécu.Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.
VÉCU(Avoir). Avoir joyeusement dépensé sa vie à boire, à manger, à aimer, etc.,—dans l'argot des bourgeois.VEDETTE, s. f. Nom imprimé en caractères très gros, sur une affiche de théâtre,—dans l'argot des coulisses.
Être en vedette.Avoir son nom en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.
VEILLER AU GRAIN, v. n. Surveiller ses domestiques quand on est maître, ses ouvriers quand on est patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et de gaspillage. Argot des bourgeois.VEINARD, s. et adj. Homme heureux en affaires ou en amour,—dans l'argot des faubouriens.VEINARDE, adj. et s. Drôlesse qui a du succès en hommes sérieux. Argot de Breda-Street.VEINE, s. f. Chance heureuse, bonheur imprévu,—dans l'argot du peuple.VÊLER, v. n. Accoucher.VELO, s. m. Postillon,—dans l'argot des voleurs.VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.VELOURS, s. m. Tapis,—dans l'argot des joueurs de cartes.
Eclairer le velours.Déposer son enjeu sur le tapis.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ceveloursest en cuir ou en drap, en n'importe quoi,—excepté en velours.