DIPTYQUE ET TRIPTYQUE

Ce qui suit ne représente que les éléments d’un beau livre. Je les ai glanés autour des expositions d’Alfred Stevens, de la lecture deRodenbach, de l’examen du personnage et des œuvres deMonticelliet deBresdin(celui-ci serré de plus près), enfin de la fréquentation des ouvrages deMallarméet de leur auteur.

Le plus jeune de ces essais date d’environ quinze années, je laisse à penser des autres. Plutôt que de les laisser attendre indéfiniment une mise au point difficile à des productionsd’époques différentes et, par suite, forcément disparates, j’aime mieux leur donner la vie à l’état d’ébauches assez poussées. Aujourd’hui le temps passe, même presse, il me faut choisir de laisser ces esquisses abondantes et développées dormir dans la nuit des cartons jusqu’à ce que moi-même je m’endorme, ou de leur accorder une lumière qui laisse voir leur imperfection, mais aussi leur application et un sincère souci de servir les causes auxquelles leur prédilection les attache.

J’hésite d’autant moins que des détails exacts, de savoureux récits, des anecdotes véridiques ou vraisemblables me paraissent quelquefois assurer à ces pages une instruction de catalogue associée à des dissertations apologétiques et à une distraction deMémoires.

Telles quelles, je les publie, ne fût-ce que pour m’en délivrer et pouvoir consacrer le temps qui me reste à quelques volumes que je veux hâter.

J’ai encore à solliciter l’indulgence pour la présentation de ces cinq morceaux : ces études sont vieilles, leur phraséologie, compliquée et pauvre, n’est plus guère de mon goût, encore moins leur ponctuation imprécise et sommaire ; mais j’en aime toujours les sujets, et surtout l’hommage qu’elles s’efforcent de rendre à des artistes élus, dont les trois derniers sont groupés en une fraternité de méconnaissance, puis de reconnaissance tardive, bien faite pour séduire, dans un temps où rien ne séduit plus, et encourager, à l’heure où l’encouragement n’est plus de saison, ceux qui croient, en art, au festin évangélique, où les premiers deviennent souvent les derniers, et où les derniers ne le sont pas pour toujours.

Robert de Montesquiou.


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