COMBATS

Je vis hier, au cinéma bien entendu, le combat de la pieuvre et du homard. Ce sont des ennemis traditionnels. Hier, ce fut la pieuvre qui fut forcée de lâcher prise. Elle se retira noblement, en repliant ses tentacules, pendant que le crustacé faisait claquer ses redoutables pinces. J’aurais aimé voir le vainqueur manger le vaincu, mais cela doit arriver rarement, car la pieuvre est bien coriace et le homard est un peu croustillant. Vraiment je ne sais pas lequel des deux adversaires succombe d’ordinaire, mais je crois bien que c’est le homard, car ce n’est pas lui qui attaque : il se borne à des manœuvres de défense, mauvais augure. On ne peut pas deviner, dans ces duels fantastiques, quelle est la victime prédestinée, mais il y en a presque toujours une, et ce n’est pas toujours celle qui nous semble la mieux armée. On sait que les astéries ou étoiles de mer qui semblent inertes et inoffensives, connaissent parfaitement l’art d’ouvrir une huitre, ce qui est loin d’être facile à un homme inhabile. Elles y parviennent très bien, nourrissent leur estomac, qui absorbe le mollusque, dépeuplent ainsi avec la plus grande rapidité un parc d’huitres. Qui devinerait un semblable mécanisme à voir les deux animaux ? Ces scènes sont prises dans de grands aquariums. Dans leur véritable habitat, les homards se tiennent très souvent dans les trous de rochers, où ils vivent en compagnie d’un congre. J’ai assisté à cette pêche sur les côtes de la Manche. Le pêcheur qui a pris une des bêtes insiste et happe très souvent la seconde. Les haines et les sympathies sont également inexplicables. Que fait donc ce congre avec ce homard ? On dit que l’un est le commensal de l’autre et qu’ils se rendent de mutuels services. Qu’il se passe donc d’étranges choses au fond de la mer !


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