Un médecin américain vient d’inventer une pommade à redresser les bossus. Son invention a été généralement bien accueillie. Ajoutons qu’il s’agit plutôt des déviés que des gens pourvus d’une proéminence entre les deux épaules, et que la pommade en question s’applique au moyen d’un appareil plâtré, après que l’on a préalablement soumis les patients à la torture du redressement mécanique sur une table analogue à celle dont on se sert pour courber le bois. Dirais-je que cela ne m’inspire aucune confiance et aussi que cela n’est pas très nouveau. Il y a longtemps que les orthopédistes se sont adonnés à la méthode de redressement des épines dorsales et je ne sais pas du tout s’ils y ont réussi, mais on le croirait assez, à voir la prospérité de leurs établissements. Quant aux bossus véridiques, ceux qui ont une bosse et beaucoup d’esprit dedans, il faut bien espérer qu’on n’inventera jamais rien qui fera rentrer leur bosse et leur esprit avec. Ils ne sont d’ailleurs nullement malheureux. Ceux que j’ai connus m’ont toujours paru de bonne humeur. Ils sont d’ailleurs fort recherchés des femmes à cause de la croyance qui les veut pourvus de vertus secrètes. Le bossu ne se marie pas moins facilement qu’un autre et nombre d’observateurs ont remarqué qu’il était généralement homme à bonnes fortunes. C’est peut-être que ce qui charme d’abord les femmes c’est la jovialité, et le bossu est presque toujours jovial. Il est souvent doué d’un visage doux et d’une grande facilité de parole. Or, c’est avec le visage et avec la parole que l’on capte d’abord les sympathies. Dans les campagnes, les bossus sont généralement tailleurs ambulants, passent toutes les journées avec les ménagères, ont tout le temps de faire valoir près d’elles, leur esprit, je ne dirai pas leurs grâces. Ils n’en ont guère, mais les femmes, pour ce qu’elles sont la grâce, y sont peu sensibles. Je souhaite aux bossus d’échapper à la chirurgie.