Il y a quelque temps, un magazine convia les lecteurs américains à énumérer les sept merveilles du monde moderne et un journal vient de reprendre chez nous cette idée. La mode est à l’enthousiasme. Les sept merveilles, c’est une invention grecque dont on ne sait pas bien l’origine, mais qui ne semble pas antérieure aux conquêtes d’Alexandre, ce grand fait qui révolutionna l’antiquité. Un rhéteur du premier ou du second siècle imagina de codifier cette notion et d’en établir le canon. Il fit à ce sujet un traité fort sérieux et depuis ce temps les sept merveilles furent à jamais spécifiées. Plutarque n’aurait pas su les réciter telles que nous les connaissons. Il cite comme une de ces sept merveilles un certain autel d’Apollon à Détos qui était tout entier façonné de cornes assemblées sans lien ni mortier. Cette merveille enfantine a disparu du catalogue définitif et comme il fallait qu’il y en eût sept, ni plus ni moins, on la remplaça par le phare d’Alexandrie qui était au moins une merveille utile. Quelles seront nos sept merveilles ? Il est à croire qu’elles seront toutes de ce dernier genre, car nous ne sommes guère aptes à concevoir une merveille qui ne servirait à rien. L’idéalisme des anciens est loin de nous, mais moins qu’il ne l’est de l’esprit américain. Les Américains ont cité en tête des merveilles modernes, le four électrique ! Voilà une idée qui ne viendra pas à un citoyen français. Ils ont nommé encore la soudure électrique, qui fait gagner beaucoup d’argent à leurs métallurgistes : c’est un point de vue. Le Français, qui a encore de la rêvasserie dans la cervelle, ne manquera pas de faire une belle place au phonographe ! Les merveilles qui enchantaient l’imagination des anciens étaient presque toutes architecturales. Nous n’avons pas cela à craindre, puisqu’il n’y a plus d’architecture.