Nous avions déjà les chevaux qui parlent, résolvent des problèmes, extraient des racines carrées, voire des racines cubiques ; le chien qui parle n’est plus beaucoup pour nous surprendre. On l’attendait. Des gens prennent au sérieux ces expériences, d’autres les tiennent pour de simples exercices de dressage, et je ne sais pas bien encore parmi lesquels je dois me ranger. Mon amour du merveilleux, du nouveau, de l’inattendu me fait pencher vers la première attitude. Sur le chien qui parle (avec la patte), nous ne savons pas encore grand’chose, mais nous sommes assez bien renseignés sur les chevaux d’Eberfeld, chez lesquels il se passe assurément quelque chose de troublant. L’orgueil humain, même si c’était hors de toute contestation, serait très longtemps à le reconnaître. Il veut entre les animaux et l’homme un fossé profond, si profond que les animaux ne puissent le franchir. S’ils le franchissaient pourtant ? S’il devenait évident qu’il ne leur manque que le moyen de s’exprimer, et ce moyen leur étant fourni par l’ingéniosité humaine elle-même, s’ils prouvaient que leurs idées ne sot pas beaucoup plus courtes que celles de certains hommes ? Un savant allemand, après avoir étudié les chevaux d’Eberfeld, s’est écrié : « C’est l’âme de l’animal qui se révèle ! » Et vraiment, pourquoi pas ? A vrai dire, elle ne s’est pas révélée d’une profondeur insondable, mais elle aurait montré qu’elle était capable de quelque spontanéité. Ce qui nous étonne, c’est qu’un animal puisse se servir d’une combinaison alphabétique, car qu’un chien dise à sa maîtresse : « Heureux ! » cela n’a rien d’extraordinaire, si c’est avec ses yeux, sa queue, son attitude. Si l’homme devait frapper vingt coups avec sa patte pour figurer l’hdu mot, il n’en dirait peut-être pas davantage.