PANAMA

Les nouvelles de Panama sont mauvaises. Un glissement s’est encore produit le long du canal et il est probable qu’il s’en produira toujours en attendant le tremblement de terre qui ravagera tout, qui défera l’actuel canal et peut-être en creusera un autre un peu plus loin. L’isthme semble en effet destiné à être coupé par les soins mêmes de la nature. Mais l’homme de ce temps est impatient. Il a hâte de mettre en œuvre les magnifiques instruments que lui fournissent la science et l’industrie, et, malgré tous les glissements, toutes les catastrophes prévisibles, on passera prochainement par le canal de Panama et ce ne sera pas une révolution aussi grande que celle qu’a construite l’imagination des hommes. On s’en apercevra peu d’abord, mais surtout on s’y habituera si vite qu’on ne se souviendra plus des temps où un bateau devait faire le détour par le cap Horn. Il fut un moment où pour aller à Buenos Aires, on était obligé de suivre un itinéraire fantastique imposé par la prudence espagnole. Les bateaux d’Europe s’arrêtaient devant l’isthme, on transportait les marchandises à Panama. Là elles reprenaient la mer jusqu’au Pérou, puis s’engageaient dans la longue voie de terre qui mène par de durs chemins vers La Plata. Ces tyrannies absurdes ont engagé les colonies espagnoles à la révolte. Il est vrai que des facilités de communication auraient sans doute eu le même effet. Le canal de Panama en aura un que l’on peut prévoir avec certitude. Il facilitera la main-mise de l’Amérique du Nord sur l’Amérique du Sud qui déjà en dépend économiquement. Toutes les républiques du Pacifique y passeront. Mais cela est-il de nature à beaucoup nous passionner ? Réservons nos émois pour des choses moins lointaines.


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